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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Dominique Costermans - Outre-mère

12 Juillet 2017, 11:38am

Publié par zazy

 

Outre-Mère

Dominique Costermans

Editions Luce Wilquin

Février 2017

176 pages

ISBN 978-2-88253-529-0

 

4ème de couverture :

Outre-Mère est moins le récit de la véritable histoire de Charles Morgenstern, juif, bruxellois, enrôlé dans l’armée allemande puis indicateur au service de la Gestapo, que celui de son dévoilement, malgré le silence imposé qui règne encore dans sa famille deux générations plus tard. Que faire des secrets ? De la famille, de la guerre et de ses monstres ? Du silence de la mère ?

Ces questions provoquent tout autant l’enquête de Lucie que l’écriture envoûtante de ce texte.

Le paradoxe de ce roman, son paradoxe passionnant, c’est que le secret le plus crucial apparaît moins dans une révélation – vite livrée au lecteur – que dans les moments anxieux, obstinés et rebondissants de son dévoilement tentaculaire.

Il en résulte un étrange passage de la souffrance et du silence à la délivrance de la mère comme de la narratrice – et du lecteur.

 

Dominique Costermans est l’auteur d’une demi-douzaine de recueils de nouvelles. Elle signe ici un premier roman au style clair et à l’architecture subtile.

 

===========================

 

Lorsque l’on faisait sa communion solennelle, Il fallait choisir des images pieuses parmi tout un lot présenté par nos parents. Lucie est convoquée dans le bureau de son père pour faire cela. Le texte est déjà choisi. Il est inscrit au dos d’une image « Hélène Morgenstern, en souvenir de la première visite de Jésus dans mon cœur, le 30 mai 1946 ». Il n’y aura que le nom à changer.

Alors, Lucie demande :

- C’est qui, Hélène Morgenstern ?
La question a fusé, mais la réponse de Maman aussi, d’un petit ton sec que Lucie connaît bien.
« C’était une amie de classe », dit-elle, indiquant que la conversation s’arrête là.

Pourquoi porte t'elle le même prénom que sa mère, quelles étaient leurs relations pour qu’elle ait gardé l’image de communion et veuille le même texte pour ses images de communion à elle ? Que de questions dans la tête de la petite fille. Oui, Lucie voudrait en savoir plus sur cette amie de sa mère qu’elle n’a jamais rencontrée, dont sa mère n’a jamais parlé. « D’ailleurs, elle ne parle jamais d’avant »

« Lucie sait que dans cette famille, il y a des questions à ne pas poser et des sujets à ne pas aborder. Mais c’est la première fois qu’elle en prend conscience. »

Lucie voudrait bien connaître ce qui est arrivé à ses grands-parents, mais toujours la même réponse de sa mère : « pas question ! »

Adulte, pour arriver à ses fin, savoir ce qui se cache derrière ce silence obstiné, Lucie va devoir ruser, passer outre-mère, outre l’obstacle de sa mère et essayer de vider l’outre qui gonfle et étouffe sa mère

« Ma mère use avec nous de ce procédé qui a muselé toute une génération après la guerre, celle des rescapés, celle des revenus de l'enfer, celle des enfants cachés, celle des survivants. De tous ceux qui tentaient de raconter leur épouvantable histoire et qu'on a fait taire d'un "Tu n'as pas à te plaindre; au moins, toi, tu es vivant". Ils avaient survécu, leur souffrance était inaudible: on les priva de parole. Ou ils se résignèrent d'eux-mêmes au silence. »

Est-ce la douleur  de la disparition ? Ses grands-parents sont-ils morts dans les camps ? Petit-à-petit, j’apprends que non. Pas de résistants, pas de héros, mais un grand-père, Charles Morgenstern, juif,  qui collabora activement avec les autorités allemandes en dénonçant des réfractaires au travail obligatoire, voire des juifs. Il s’est enfui en Allemagne.

« Vous avez obligé sa mère (la grand-mère de Lucie) à partir pour l’Allemagne alors que l’enfant avait juste quatre mois. Il n’était même pas sevré. Mais bien sûr, de cela vous ne vous êtes pas vanté. »

La narratrice se découvre toute une famille car  son grand-père a eu une vie amoureuse compliquée avec maîtresses et enfants de plusieurs lits.

 

Lucie ne cache rien de ses recherches, ne met pas sous le boisseau la noirceur de son grand-père qui tombe du mauvais côté parce que « l’armée belge n’a pas voulu de lui ».

« La frontière est parfois mince entre ce qui fait qu’un homme devient un héros ou un traître. Combien se sont trouvés du côté des bons ou des méchants juste parce qu’ils avaient fait un choix d’opportunité qui, en fin de compte, leur a ouvert un destin ? »

Lucie a remué beaucoup de documents, casser la gangue, fait quelques dégâts. A la veille d’écrire un livre sur ses recherches, elle se demande qu’elle sera la réaction de ses amis juifs lorsqu’ils découvriront le document.

"Je l'écris pour Hélène. Je l'écris contre son gré.
J'écris aussi cette histoire pour mes enfants. Je l'écris pour mettre à plat, comprendre, reconstituer, mettre de l'ordre. Pour transmettre."

« Dans les caves de cette histoire dont personne ne m'a donné les clés, j'ai trouvé des cadavres et des monstres ; quelques trésors, aussi. J'ai trié, rangé, empaqueté, nettoyé les toiles d'araignée et chassé la poussière. »

Seront-elles pus heureuses, plus apaisée après ? Rien n’est moins sûr  pour sa mère. Pas facile d’officialiser être la fille d’un salaud. J’avais rencontré ce thème avec  « Trompe-la-mort – Les carnets de Pierre Paoli, agent français de la Gestapo » de Jacques Gimard ».

Une écriture efficace, sans fioriture, quelques fois poignante sans être larmoyante, juste, dense. Un livre fort, un très bon premier roman sur les secrets de famille.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

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Laetitia Colombani - La tresse

27 Juin 2017, 22:04pm

Publié par zazy

La tresse

Laetitia Colombani

Editions Grasset

Mai 2017

224 Pages :

ISBN : 9782246813880

 

4ème de couverture :

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

 

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

 

Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

 

Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

 

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs métrages. A la folie pas du tout  et  Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La tresse  est son premier roman

 

 

Pour confectionner une tresse, il faut trois mèches de cheveux, trois fils. Dans son livre Laetitia Colombani tresse la vie de trois femmes, trois lieux, trois vies pour une histoire de chevelure pas tirée par les cheveux. Oui, il fallait que je la fasse, vous connaissez mon goût pour les jeux de mots douteux !

Ce qui les relies, c’est leur soif de liberté, leur désir de prendre leur destinée à bras le corps.

 

Smita vit en Inde, à Badlapur. Intouchable elle est, Intouchable elle reste. Son travail, son darma depuis l’âge de six ans ? « Elle ramasse la merde des autres à mains nues, toute la journée »

Elle a décidé que sa fille ne serait pas comme elle et qu’elle irait à l’école pour sortir de sa condition

Giulia vit en Sicile à Palerme et travaille avec son père où ils « récoltent » les cheveux chez des particuliers ou chez les coiffeurs. Giulia n’a pas son pareil pour débusquer le cheveu blanc. Son père, victime d’un accident de la route est dans un coma profond. Elle décide donc de prendre le manche de l’entreprise et découvre avec effroi que l’entreprise est en faillite et doit relever le défi de la pérennité.

Montréal, Canada, Sarah,  avocate réputée à la veille d’être associée  au cabinet qui l’emploie apprend qu’un cancer a fait son nid en son sein. Cette femme d’affaires douée, divorcée, mère de deux enfants a tout misé sur sa réussite professionnelle. KO debout à l’annonce de son cancer, elle décide de mettre son opiniâtreté à faire reculer le crabe et vivre.

Oui, ces trois femmes décident de ne pas accepter, de dire non à la fatalité, de se battre pour un avenir meilleur, ou autre.

Leurs histoires se tressent pour une fin que je ne dévoilerai pas.

Laetitia Colombani avec son  écriture directe, un brin idéaliste, plein d’humanité, d’espoir, a concocté un roman qui fait du bien, ceci dit sans ironie, agréable à lire.

Ce n’est pas un roman inoubliable, plutôt un livre à lire dans un train, en vacances pour passer un instant agréable et positiver.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Cécile Balavoine - Maestro

27 Juin 2017, 08:29am

Publié par zazy

Maestro

Cécile Balavoine

Mercure de France

Avril 2017

224 pages

ISBN : 9782715245440

 

 

4ème de couverture :

C'est tant de joie, ces trois premiers accords qui font résonner toute ma chambre, les phrasés qui s'envolent, les triolets qui glissent et qui m'emportent avec eux au-delà du jardin, la partition bordée d'un liseré vert, baroque. Dessus, on lit le nom de Wolfgang Amadeus Mozart. Wolfgang Amadeus Mozart. Ce nom-là, je le répète dans ma tête, ça ne fait plus qu'un seul et très long mot, dur à dire, pareil qu'Azay-le-Rideau. Volfgangamadéoussemozare, Volfgangamadéoussemozare.

     À neuf ans, Cécile découvre la musique de Mozart, et c’est une révélation. Certains enfants s’inventent des amis imaginaires, d’autres vouent un culte à des personnages de fiction. Pour la petite Cécile, le plus grand des héros s’appelle Mozart ! Elle l’aime sans partage et comme un dieu.

     Devenue journaliste, la passion de Cécile demeure intacte. Elle a désormais une connaissance intime de l’œuvre de Mozart. Le jour où elle doit interviewer un chef d’orchestre de renom, elle ne sait pas que sa vie va basculer. Au bout du fil, la voix du maestro la trouble comme l’avait troublée et envoûtée la musique de Mozart des années auparavant… Mais tombe-t-on amoureuse d’une voix, fût-elle celle d’un grand maestro ?

     Maestro est le premier roman de Cécile Balavoine.

Cécile,

Dès les premiers mots, dès l’introitus, je suis happée, conquise. Vous débutez par  votre entretien téléphonique avec le Maestro

« Dans votre voix j’ai huit ans, Maestro…. Et je ne sais pas pourquoi. »

Aussitôt les souvenirs arrivent.

A neuf ans, sur le piano, que vos parents ont acheté pour combler le vide et votre ennui, vous « balbutiez une sonatine » et vous découvrez la joie, vous découvrez Volgangamadéoussemozare, vous entrez en Mozartie, novice en cet ordre musical.

Si jeune et déjà emplie de LUI, même pas peur du Requiem,

« Le calme déchirant des toutes premières mesures ne m’effraie pas. Ni les cordes et les cors en longues plaintes traversées soudainement par la violence des trombones. Je n’ai pas peur en écoutant la fugue sévère du Kyrie eleison ou bien les voix implorantes, donnne-leur, donne-leur le repos éternel. Sans doute parce que, comme tout enfant, sortant à peine de ce néant qui s’éloigne en se rapprochant toujours plus, je sais d’instinct que c’est de là que nous venons. Que c’est vers là que nous tendons. »

Si jeune est déjà si pénétrée par ces choses là

« Dans cette musique, je reconnais que la mort sera belle, et qu’elle sera vivante. »

« Dans cette musique, je reconnais que la mort sera belle, et qu’elle sera vivante. »

Vos parents acceptent votre passion et la nourrisse de disques, de livres, de séjours à Salzbourg.

Pour rester dans votre passion, vous apprenez l’allemand à l’école et continuez vos études à Salzbourg, Sa ville tant honnie et aimée, où vous faites des pèlerinages. Partie aux Etats-Unis, vous rompez avec votre petit ami qui est plus jazz que Mozart.

Votre conversation téléphonique avec le grand chef d’orchestre va chambouler votre vie.  Là, oh surprise, une osmose se créé entre vos deux voix, la magie opère et vous voilà sous le charme de sa voix. Une histoire d’amour à distance, pas facile de vous retrouver, empreinte du même respect envers Mozart. Une passion qui vous rapproche de Mozart  « Désormais,

« Désormais, pour moi, c’était par vous qu’IL revivait. »

Je ne vous ai encore pas parlé de ce père que vous aimez et qui sait vous blesser. Souvenez-vous de l’arrivée de Lucie, votre petite sœur.

« Le souvenir qui me reste est que je rends papa malade. »

Ou cette phrase entendue

« Cécile c’est l’ombre, la cécité. Lucie, c’est la lumière »

« Il m’ouvre les yeux sur ma propre noirceur devant un homme que je ne connais même pas. Je suis l’obscurité. »

Pas facile, à quinze ans, d’écouter cela

Pas facile cette vie autour et pour Mozart. Pas facile de dire aux copines de classe que vous avez un poster de Mozart dans votre chambre. Pas facile tous ces rendez-vous manqués avec SA musique. Pas facile d’être habitée par LUI. Pas facile de sentir, comme une évidence, le fait de connaitre, de reconnaître des lieux où IL a vécu. Pas facile de vivre sa foi, car Mozart est Dieu pour vous qui le portez au Pinacle. Maestro ne serait-il pas sa réincarnation ? Hou, ma chère Colette, tu blasphèmes ! Disons le passeur, le trait d’union entre vous et LUI. Les  sentiments que vous vous portez au Maestro ont besoin de l’enveloppe charnelle, de la communion de vos deux corps, mais saurez-vous vous trouver ou vous retrouver dans cette évidente passion de « La juxtaposition du sensuel et du sacré » ?

« Vous prononcez des mots très beaux. Les mots ivresse, lumière et plénitude ».

Maestro a prononcé les mots qui peuvent dépeindre votre relation à Mozart.

 

Cécile Balavoine, merci pour ce livre très abouti et sensuel, à la fois limpide, fou, mystérieux, évident, amoureux, magique, doux, tumultueux qui aboutit à l’ivresse.

Un coup de cœur

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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François Szabowski - L'amour est une maladie ordinaire

26 Juin 2017, 20:04pm

Publié par zazy

L’amour est une maladie ordinaire

François Szabowski

Editions le Tripode

août 2017

280 pages

ISBN : 9782370551238

 

4ème de couverture :

Qui, dans sa vie, n’a pas rêvé de disparaître subitement pour laisser un souvenir impérissable ? Dans L’Amour est une maladie ordinaire, un homme succombe à ce dangereux fantasme. Parce qu’il refuse que l’amour ne soit pas éternel, parce qu’il ne supporte plus les ruptures et les histoires qui partent en déroute, il se voit régulièrement obligé, la mort dans l’âme, d’organiser son décès auprès des femmes qu’il aime. Pour le meilleur et pour le pire…

 

 

Les Editions du Tripode me permettent de faire un nouvel essai avec François Szabowski. Je n’avais jamais pu entrer dans Il n’y a pas de sparadraps pour les blessures du cœur.

Ici, également, un mec trentenaire ( ?) se regarde le nombril et ne veut pas affronter la vie et surtout, l’amour.

François et marie forment un couple heureux et amoureux.

« Nous étions l’un des couples le plus extraordinaires du monde. Notre entente était parfaite. »

Pour ne pas que ce bonheur partagé, sans tâche, sans faille ne flétrisse et reste à son acmé, il voudrait disparaître, mourir.

Ce con va mettre son plan à exécution. Oui, mais voilà, la mort n’a pas voulu de lui et il se retrouve à l’hôpital où son « demi-frère » (lisez et vous saurez le pourquoi des guillemets, c’est croquignolet), Didier, veille sur lui. Explications, délires, catastrophes

« Si je mourrais maintenant, au plus fort de notre relation, notre amour avec Marie n’aurait pas à subir les épreuves du couple, et ne pourrait donc pas décroître. Qu’elle m’aimerait à jamais. Et que c’est pour ça que j’avais préféré mourir plutôt que de prendre le risque de perdre son amour. »

C’est vraiment un raisonnement vaseux de mec qui ne s’assume pas, qui n’assume pas son, leur, avenir. Peur de perdre, de ne pas être le plus beau, le plus fort, le plus aimant, le plus aimé….

Il monte un plan abracadabrantesque au lieu de disparaître tout bonnement. Il demande à Didier d’annoncer la triste nouvelle à Marie qui, bien sûr, ne verra jamais le corps, ni n’assistera à l’enterrement. Et oui, en plus, cet homme est lâche.

« Comment j’avais dérapé sur une flaque de vomi au bord du quai de la station Place des fêtes, et comment j’étais tombé sur les voies au moment du passage de la rame. Celle-ci m’avait totalement broyé. Mon corps était en morceaux. Il manquait même des bouts. Seule la tête, miraculeusement, avait été épargnée, et j’avais pu être identifié grâce à une ordonnance pour des anxiolytiques qu’on avait retrouvée au milieu de mes viscères, imbibe de bile. ».

pour des anxiolytiques qu’on avait retrouvée au milieu de mes viscères, imbibe de bile. ».

On dirait un miracle ! Saint François du Métro himself ! Bien sûr, Marie recevra l’urne funéraire, faut pas déconner, être crédible !!

Quant à François, il s’en va avec une nouvelle identité, un nouveau logement, une nouvelle vie… pleine d’espoir.

Bien sûr, ce qui devait arriver, arriva, il retombe amoureux et….Oui, vous avez compris, il recommence. Didier est encore chargé de la délicate mission, cette fois, elle s’appelle Roxane, puis ce fut le tour d’Anna. Tranquillisez-vous, les scénarios catastrophes de la mort de François n’étaient jamais les mêmes… Il a de la ressource et de l’imagination, le bougre.

Didier, le pauvre se fait avoir, pourtant il le sait

« Il n’y a rien de plus lâche, de plus misérable, de plus bas que de disparaître comme ça, du jour au lendemain. Que de faire sentir à l’autre qu’on n’existe plus. »

Il arrive que le serpent se morde la queue, que les montagnes se rencontrent, que tel est pris qui croyait prendre…

La suite, la chute ? A vous de les découvrir.

 

Au début du livre, je me suis dit, mince, encore un nombriliste… Y en a marre et puis, cette fois, la magie a opéré. Je me suis laissé prendre au jeu de l’écriture de François Szabowski, son humour grinçant, son ironie, sa tendresse pour son homonyme. J’ai beaucoup aimé la parabole de l’invisibilité. A tout refuser, on devient transparent. La scène du café, chapitre 13 est fort drôle.

Dans ce livre l’auteur a mis en scène le désir, le rêve, le fantasme de certains. Oui, dans un amour naissant il y a toujours la peur du désamour. Pourtant, il y a beaucoup de bonheur, de joie, à faire vivre une union. La folie du début disparait, mais il faut  avoir le courage de construire le nid, savoir accepter que l’autre n’est pas l’Icône que l’on voyait au début, accepter de se monter bêtement humain.

« On ne choisit pas de qui on tombe amoureux. Aussi horrible et toxique que puisse être l a personne, il y a au fond de nous ce cancer qui nous fait penser qu’on peut la changer. Qui nous donne envie de la soigner, d’essayer de la rendre heureuse. Même si on sait qu’elle pourra nous faire souffrir à tout moment. Parce qu’au fond, l’amour, c’est ça, malheureusement… »

Oh, François, as-tu compris la leçon ? Pas certaine… « Fuir le bonheur avant qu’il ne se sauve » telle pourrait être ta devise. Il faudrait comprendre que personne n’est parfait, une certaine comtesse ou duchesse l’a écrit avant moi, et, surtout prendre confiance en toi, t’accepter et ne pas fuir.

 

Ce titre du Grand trip fut un beau voyage en Absurdie et vous savez que j’adore.

 

 

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Sarah Barukh - Elle voulait juste marcher tout droit

20 Juin 2017, 14:50pm

Publié par zazy

Elle voulait juste marcher tout droit

Sarah Barukh

Editions Albin Michel

Février 2017

432 pages

ISBN : 9782226329769

 

4ème de couverture :

1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre cachée dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras.

C’est le début d’un long voyage : de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance.

Comment trouver son chemin dans un monde dévasté par la guerre ? Avec une sensibilité infinie,  Sarah Barukh exprime les sentiments et les émotions d’une enfant prise dans la tourmente de l’Histoire.

Un premier roman magistral.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Depuis l’enfance, Sarah Barukh a toujours aimé les histoires, celles qu’on lui contait ou celles qu’elle s’inventait. Elle a longtemps travaillé dans la communication, la production audiovisuelle et éditoriale. Elle voulait juste marcher tout droit est son premier roman.

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Mai 1943. Je découvre Alice, petite fille de 6 ans, laissée par sa mère, en nourrice chez Jeanne dans un petit village pyrénéens où elle va traverser la guerre. Jeanne son seul point d’ancrage qui répond à toutes les questions de l’enfant pas « Parce que c’est la guerre ». D’autres questions affluent lorsque, en 1946, sa mère, aussi maigre qu’un fantôme la récupère pour l’emmener à Paris. Une seconde vie s’offre à elle, où elle voit survivre et souffrir sa mère. Troisième départ lorsque sa mère est hospitalisée, presque mourante. Cette fois, direction les Etats-Unis chez son supposé père… Et d’autres péripéties.

Une lecture  émouvante, voire lacrymale. J’aurais préféré que l’auteure s’arrête plus profondément sur les personnages de Jeanne et de la mère revenue des camps et que le livre se termine là. Les péripéties américaines sont trop invraisemblables et la fin  un peu trop téléguidée.

Sarah Barukh sait très bien raconter de belles histoires car, à peine commencé, j’ai su que je ne fermerai pas la lumière tant que je n’aurai lu le denier mot. Pourtant c’est une lecture en demi-teinte. J’attends le second livre !

 

 

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David Bosc - Relever les déluges

13 Juin 2017, 13:25pm

Publié par zazy

Relever les déluges

David Bosc

Editions Verdier

96 pages

Mars 2017

ISBN : 978-2-86432-919-0

 

 

4ème de couverture :

Enfants de rois, de paysans ou de bourgeois, les personnages de ces quatre récits ont ouvert sur le monde des yeux de premier homme : l’ordre des choses, ils entendent l’éprouver, en restant sourds aux « vérités éternelles »Ce sont alors des assauts et des ruses, des solidarités intempestives et de soudains dégagements. Liberté, égalité, fraternité : les vieilles lunes sont décrochées avec tout le décor, et les voici qui se rallument, fragiles, toutes neuves, à hauteur de regard, sur le visage de n’importe qui.

L’auteur (site de l’éditeur)

David Bosc est né à Carcassonne le 7 avril 1973.

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Quatre histoires, quatre époques, quatre hommes pour illustrer ce qui est écrit au fronton de nos mairies : Liberté – Egalité – Fraternité.

Farid Imperator, alias Frédéric II, empereur des Romains  à qui l’on a fait le cadeau empoisonné, suite à la mort de ses parents, de la liberté.

« Comme Frédéric, pupille du pape, est intouchable, il prend le parti de le délaisser. Il lui fait l’infamant cadeau de la liberté (car personne n’en veut, à cette heure, et le mot lui-même ne fait rêver que les fous. ».

Il vit  en Sicile, à Palerme ville arabo-normande

« On y aimait tant les différences qu’on en inventait quand, faute de vent, il en venait moins ».

« Frédéric choisit ses maîtres parmi les Arabes et les Gréco-Syriens ; son appétit de connaissance les enchante, sa vivacité les émerveille ».

Il n’a que huit ans. Sa vie fut un long combat contre la papauté. Il a su

« conquérir la moitié du monde sans jamais tirer l’épée ».

Avec son armée et sa bande, il fonde, devant Palerme, au lieu d’un camp, une ville qu’il baptise « Victoria »

Frédéric, parti à la chasse, Victoria est détruite par les Parmesans. Basta ! « L’empire s’effondrera bientôt.

« Quelle importance ? Il n’était fait que d’un jeu d’écritures. »

Saut dans le dix-huitième Siècle.  Honoré Mirabel,  est un homme heureux, mais il ne s'appartient pas.

« Quand les branches des cerisiers sont lourdes de cerises, quand je vais boire mon pot de vin sur la Veaune, après la cueillette des azeroles, je suis heureux. »,

« Tout me plait en ce monde et il ne me va pas Je voudrais que tout change sans que rien ne se perde. »

valet de ferme, issu de serfs, il annonce qu’il a trouvé un trésor et… Que la fête commence. Il fera bombance sans débourser un liard, embobinera le bourgeois, pour finir aux galères.

« Au vrai, je n’ai pas volé grand-chose, mais je crois que j’ai fait pire à leurs yeux : j’ai blasphémé l’argent. »

Son comparse, Auquier sortira de prison, mais la leçon de Mirabel n’est pas perdue.

Pour la troisième nouvelle, je rencontre Miguel Samper, jeune espagnol qui va s’enrôler dans l’armée populaire combattre Franco, pour l’égalité (il y croyait) pour ne pas rester chez lui et risquer  de faire des saloperies comme

« Les vainqueurs se livraient aux saloperies. Et même les pauvres diables, pour peu qu’on leur ait donné un fragment de pouvoir. Alors, pour faire face au salaud que l’on porte en soi, pour étouffer le porc tout au fond de son ventre, mieux valait retourner au front, fusil contre fusil, ou la pelle à la main. Du moins, c’était encore ce que je croyais ».

Il subit, des républicains, les mêmes vilénies qu’il dénonce chez les phalangistes. Il trouve toujours le moyen de s’évader, de retrouver une certaine liberté. En fin de compte, il se retrouve dans un camp à Argelès alors qu’il voulait lutter 

« pour les copains, pour le matin du monde, pour l’égalité »

Désolé Miguel, mais cela n’a pas beaucoup changé, peut-être même un peu empiré.

« L’égalité est à la fois le passé et l’avenir de notre histoire. Il finira le temps des caciques, de ceux qui possèdent davantage que leur regard ne peut embrasser, même s’ils montent sur le toit. Il finira le temps de ceux qui font le tour en auto de terres dont ils ne sauront rien, sinon le rendement l’hectare. »

Denis, l’onagre du quatrième récit, fabrique et colle des stickers à hauteur du cœur

« Il dit que s’il imprime petit, c’est, en quelque sorte, afin de choisir les lecteurs ; si une personne s’arrête, se penche, sort ses lunettes, c’est qu’elle a encore de la curiosité, et aussi l’espérance que quelque chose d’important peut lui être donné par un semblable, sans puissance ni relais ni porte-voix ».

C’est un anar, qui prend d’assaut, avec d’autres comparses, un bateau-restaurant amarré dans le port de Marseille, offre un feu d’artifice aux prisonniers des Baumettes. Il est à part, il a toujours été à part, dans la meute, dans le groupe. Jamais il ne renonce à sa liberté, son indépendance… qu’il battrait bien en brèche pour Mathilde, s’il arrive à la sortir du groupe.

Le point commun à ses quatre hommes est leur besoin d’indépendance, de liberté. Faire plutôt qu’attendre.

Ils décident de leur vie, du bon ou mauvais côté, veulent vivre leurs aventures intensément. Ce sont des rêveurs, mais pas de doux rêveurs car ils ont en eux un jusqu’auboutisme  qui les poussent à aller, à ferrailler, à titiller jusqu’à ce que la pirouette les transportent ailleurs

Lorsque je lis un livre de David Bosc, je vois un tableau se confectionner avec ses mots, sous mon regard. Son écriture  est lourde du sens qu’il donne aux mots. Elle me fait penser à ses vignobles caillouteux qui donnent un vin qui tient en bouche et qui, une fois dans la gorge exprime sa vitalité, sa rondeur et dont on se souvient.

Je me dis qu’en ces périodes électorales où nous dépassons les cinquante pour cent d’abstention, ce serait une bonne chose que de faire circuler ce livre. A bon entendeur….

Les éditions Verdier m’ont permis de redécouvrir David Bosc. Je les remercie de leur politique éditoriale exigeante. Grâce à eux, j'ai fait de belles lectures qui me donnent l’impression d’être moins sotte.

Livre lu dans le cadre d’une opération Masse Critique de Babelio. Merci à eux pour cette lecture.

 

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Jacky Durand - Marguerite

6 Juin 2017, 15:39pm

Publié par zazy

Marguerite

Jacky Durand

Editions Carnets nord

janvier 2017

240 pages

ISBN : 9782355362330

 

4ème de couverture :

Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.

Un roman d’une grande sensibilité sur la révélation à soi d’une femme seule pendant la guerre, sur l’affirmation de sa liberté aux heures les plus sombres de son siècle.

Le premier roman de Jacky Durand.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jacky Durand est journaliste et chroniqueur gourmand à Libération. Il aime le bleu de Gex, la marche en ville et en forêt, Simenon et Maxime Gorki. Quand il ne travaille pas, il écoute les conversations de bistrot. Il est l’auteur de Cuisiner, un sentiment (2010).

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« Pensez donc, elle a couché avec les Allemands, Marguerite. C’est écrit en gros sur son front et ses joues : trois croix gammées peintes avec le trait épais et gras du goudron encore tout frais».

mâles ont chopé deux femmes, dont Marguerite, accusées d’avoir couché avec l’occupant. Ces hommes qui la tondent se prétendent de la résistance, mais certainement juste après le départ des allemands ! Mais là n’est pas l’argumentaire du livre de Jacky Durand.

Après cet épisode, nous remontons le temps. Août 1939, Marguerite est heureuse, elle vient de se marier avec son homme, Pierre. Un bonheur qui ne durera qu’un mois.

« La guerre va frapper à leur porte, Marguerite le sait, Pierre sait qu'elle sait mais ils n'en parlent pas. Le silence est la plus supportable des complicités. »

Pierre part au front, enfin là où on l’envoie dans cette drôle de guerre. Commence le mal de l’absence du corps de Pierre, l’ennui, la lente descente dans la solitude.

« C’est le vide et le silence qui se sont engouffrés entre les murs. Tout est devenu froid, inanimé. »

Une petite éclaircie avec une permission volée et des retrouvailles teintées de gris un soir de Noël, puis plus rien, il est prisonnier quelque part.

Heureusement quelques figures bienveillantes mettent un peu de bleu dans son ciel gris. Raymonde la receveuse des Postes, entrée en résistance, lui propose des heures de ménage. Ce sera sa première décision prise sans en référé à son homme. Germaine sa vieille voisine, tant détestée aux heures heureuses, la soutient.

André, un jeune gitan va lui permettre de redonner un peu de sens à la grisaille de sa vie.  Juste avant Noël,

« Un gamin rougeaud apparaît, il a les bras chargés de paniers en osier de toutes les ailles dont les anses strient sa pauvre veste rapiécée ». Après l’avoir refoulé, elle remarque que le gamin à la place de godasses « a les pieds enroulés de lambeaux de tissus crasseux maintenus par de la ficelle ».

Prise de pitié, elle lui achète un panier, lui offre un bon café chaud et une tartine beurrée, quelques provision et… la peau du lapin qu’elle vient d’écorcher. C’est leur première rencontre, mais pas la dernière. Un rituel se met en place ; chaque dimanche, il vient manger avec elle et repart avec nourriture et vêtements pour lui et sa famille qui vit dans une roulotte délabrée.

Un jour, elle découvre André chantant la Marseillaise à un soldat allemand ! Imaginez la scène ! C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Franz officier allemand, occupant...  Les clichés sur le boche en prennent un coup avec cet allemand qui prend André, un gitan, sous son aile, prenant le risque de se faire fusiller

«Plus courageux que la plupart de ses voisins. Elle veut savoir pourquoi il agit ainsi, à prendre des risques qui pourraient le mener au peloton d’exécution. ».

Petit à petit Marguerite découvre la liberté, s’enhardit, est capable de tenir tête au contremaître de l’usine où elle travaille comme un homme, accepte de déplaire aux autres, à ne pas être un mouton. Je la vois prendre de l’assurance au fil des pages. Le manque de Pierre se dissipe pour laisser place à un espace de liberté et une crainte du retour, quelque chose d’indéfinissable, même si elle pense que son Pierre n’est pas comme les autres 

« Mais Marguerite, elle, redoute qu’avec les hommes revienne la soumission »,

.Marguerite découvre la liberté de soi. Forte tête, elle a trouvé un certain équilibre dans la solitude, s’abrutissant des besognes autrefois accomplies par Pierre, elle y trouve beaucoup de fierté.

André satisfait son besoin de tendresse, de prendre soin de quelqu’un d’autre.  C’est osé, à cette époque, d’aider des gitans, alors voués aux camps d’internement.

Marguerite ne veut pas que je m’apitoie sur son sort et l’écriture de Jacky Durand par une certaine distanciation permet cela. Pourtant, à certains moments,  le voile se déchire et l’émotion arrive.

Une femme digne.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Michel Bernard - Deux remords de Claude Monet

30 Mai 2017, 16:51pm

Publié par zazy

Deux remords de Claude Monet

Michel Bernard

Editions de la Table Ronde

Juin 2016

224 pages,

ISBN : 9782710380702

 

4ème de couverture :

«Lorsque Claude Monet, quelques mois avant sa disparition, confirma à l’État le don des Nymphéas, pour qu’ils soient installés à l’Orangerie selon ses indications, il y mit une ultime condition : l’achat un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, pour qu'il soit exposé au Louvre. À cette exigence et au choix de ce tableau, il ne donna aucun motif. Deux remords de Claude Monet raconte l’histoire d’amour et de mort qui, du flanc méditerranéen des Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l’Île-de-France à la Normandie, entre le siège de Paris en 1870 et la tragédie de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu’au bout.»
Michel Bernard.

L’auteur (site de l’éditeur)

Michel Bernard est né à Bar-le-Duc. Haut fonctionnaire, il est l'auteur de Mes tours de France (L'Âge d'Homme, 1999, la petite vermillon, 2014) et de Comme un enfant, biographie romancée de Charles Trenet (Le Temps qu'il fait, 2003). Après La Tranchée de Calonne en 2007, couronné par le Prix Erckmann-Chatrian, il publie deux autres livres à La Table Ronde, La Maison du docteur Laheurte (2009, Prix Maurice Genevoix) et Le Corps de la France (2010, Prix Erwan Bergot de l'Armée de Terre). Suivront, toujours à la Table Ronde, un livre sur l'écrivain Maurice Genevoix, Pour Genevoix (2011), ainsi qu'un roman sur l'expérience humaine et musicale du compositeur Maurice Ravel durant la Grande Guerre, Les Forêts de Ravel (2014), pour lequel il a reçu le Prix Livres et Musiques du festival de Deauville en 2015.

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J’avais aimé « Les forêts de Ravel » .Avec ce nouveau livre, je plonge dans la vie de Claude Monet avec délectation.

Bien calée, je lis les mots de Michel Bernard, je l’écoute me conter la vie de Claude Monet.

Le livre s’ouvre sur le père de Frédéric Bazille recherchant le corps de son fils jusque dans les bastions ennemis, quelque part vers Beaune-la-Rolande. Une partie superbe d’émotion retenue, d’amour paternel. Frédéric Bazille, l’ami trop tôt disparu, mort à la guerre de 1870, charpente du trio Bazille-Monet-Renoir. Ce jeune homme de bonne famille venu de Montpelier était aussi grand que généreux avec ses amis fauchés.

Puis, il y a Camille, l’adorée, la première épouse et modèle de Monet qui le soutient le temps des vaches maigres et accompagne dans un amour partagé jusqu’à sa mort, dont il ne se remettra jamais tout-à-fait. C’est elle qui pose dans le fameux tableau dit de la robe verte, le début de la reconnaissance puis de la gloire pour Monet.

Ainsi coule, tranquille comme l’Oise qu’il peint sur son bateau-atelier la vie de Claude Monet avec ses douleurs, ses morts, ses grands joies, ses orgueils de peintre…

L’évocation de la vie de Monet, de ses débuts miséreux jusqu’à Giverny, de son entourage, de son époque, me fait plonger dans une époque que l’on qualifie de charnière. L’industrie explose. Après la guerre de 70

 

« Paris, en léchant ses palies, se pardonnait lui-même. "

Monet peint ce qui l’entoure, des usines, le train à vapeur (superbe le train dans la neige, dantesque le pont de l’Europe). Qui oserait peindre une centrale nucléaire ou une gare de TGV de nos jours ?

Je n’arrive pas à parler correctement de ce livre que j’ai tellement aimé. Je l’ai lu lentement pour en déguster chaque page, chaque mot. L’écriture tour à tour impressionniste, descriptive, languissante, nerveuse, dépeint si bien l’amour, l’amitié, la rage des débuts, le besoin et le désir de peindre, l’insatisfaction de Monet qui

« Souvent mécontent, Monet grattai son travail le lendemain. Dans un coin du jardin, il faisait tomber de la toile en copeaux ses images de la neige. »

Ne voyez-vous pas dans cette description un tableau s’élaborer sous vos yeux ?

« Il entendait le peuple des eaux vives, les mouettes criardes remontées de l’estuaire, le miracle bleuté du martin-pêcheur, les cris des oiseaux de la terre poussés vers le miroir par un coup de vent , qui, comme ébahis de leur audace, se postaient sur le liston du bateau, le vol troublé de la libellule, le saut d’un gardon poursuivi par un brochet, et, au bout d’un moment, ce bruit qui ne se révélait que lorsque le corps et l’esprit avaient fait amitié avec le lieu : le fin bruissement de l’onde contre les flancs de l’embarcation, le glissement de l’énorme masse d’eau entre les berges, le chant du fleuve. »

Une belle métaphore  parlant de l’annexion de l’Alsace et la Lorraine par l’Allemagne.

« Un boulet de canon avait emporté l’épaule du pays »

Le portrait de Camille sur son lit de mort est pour moi, la seule façon qu’a eu Monet pour parler de son amour, de son chagrin.

« Il fit entrer plus largement dans la pièce le début du jour en ouvrant à demi les volets, puis il alla chercher une toile, un pinceau, sa palette et quelques tubes de couleur. Il installa une chaise au bout du gisant, s’assit, appuya le haut de la toile posée sur ses genoux contre les barreaux du pied du lit, et commença de représenter les traits de la morte tels qu’il les voyait. Avec du bleu et du blanc, il fit monter à la surface du monde, une dernière fois, le visage de Camille. Les joues avaient fondu, le nez était pincé, la peau tirée sur l’os avait déjà pris, par places, une teinte jaune tirant sur le gris. Monet alla chercher d’autres tubes pour restituer aussi cela, les progrès de la corruption sous la peau si souvent embrassée, dans la chair si bien étreinte. Pour terminer, il sabra de traits verts le milieu de la toile et les moucheta de pointes de rouge. C’étaient les fleurs de septembre qu’il avait disposées sur les mains de la morte. »

J’aime la peinture de Monet que je vais admirer à chacun de mes passages parisiens. Ce livre, par l’écriture admirable de Michel Bernard est un grand coup de cœur pour moi.

Un seul regret, je vais devoir rendre le livre à la bibliothèque

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Virginie Roels - La plume

28 Mai 2017, 22:19pm

Publié par zazy

La plume

Virginie Roels

Editions Stock

Collection : La Bleue

Mars 2017

320 pages

ISBN : 9782234082618

 

4ème de couverture :

« Le président était à moins d’un mètre quand il se mit à dévisager le public. Il s’arrêta net sur un jeune homme assis au deuxième rang. Ce dernier le fixa d’un sourire de Joconde. Le président baissa les yeux, puis se tourna vers son ministre de l’Intérieur. La suite, nous la connaissons tous, les images ont fait le tour du monde : à vingt-deux heures trente, devant cinquante millions de téléspectateurs, le président de la République française a littéralement perdu les pédales.
Quelques secondes qui brisèrent sa carrière ; jamais humiliation ne fut si foudroyante. Dès cet instant, nous fûmes des centaines de journalistes cherchant à savoir ce qui s’était passé. La chance voulut que je sois la seule à avoir identifié l’objet de son effroi : le jeune au sourire de Joconde. »
Une fable contemporaine sur la classe politique, où tout est fiction, mais presque tout est vrai… Un roman inventif, brillant et audacieux.

L’auteur (site de l’éditeur)

Longtemps journaliste d’investigation pour la télévision et la presse écrite, Virginie Roels est directrice de la publication du magazine Causette. La Plume est son premier roman.

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Lors du débat télévisé avant le second tour de l’élction présidentielle, le président Debanel, donné gagnant, dérape, panique et perd ses moyens. Pourquoi, simplement à la vue d’un nom, a-t-il blêmi, paniqué ? C’est ce que va chercher à trouver une jeune journaliste qui travaille pour un obscur hebdomadaire télévision  qui a été témoin de la scène.

« La chance voulut que je sois la seule à avoir identifié l’objet de son effroi : le jeune au sourire de Joconde. »

« Pour la première fois de ma médiocre carrière, j'avais une intuition, un indice, et la conviction d'en avoir été l'unique témoin. J'ai tiré les fils, patiemment, jusqu'à reconstituer le puzzle. Après des mois passés à écouter tous les acteurs de cet affreux quoique jouissif naufrage, celui d'un président, en voici le récit. »
Entre ceux qui sont au pouvoir, ceux qui sont dans l’anticambre et ceux qui voudraient bien… la lutte est dure. Seul le résultat compte. Ainsi, le ministre de l’éducation nationale doit écrire un discours pour le président. Bien sûr, il « sous-traite » l’affaire à un subalterne qui fera de même pour arriver à David Joli qui est en plus, prof. La source étant tarie, il a la brillante idée de faire plancher ses élèves sur le thème demandé. Le devoir de Le Dantec sort du lot. Pris par le temps, Joli le recopie in extenso. A partir de là, la chaîne déraille, le pédalier est en roue libre.

Ce que je regrette un peu dans ce roman, ce n’est pas la servilité des subalternes ni la veulerie, l’égocentrisme, la courte-vue des politiques, ça je sais. Non, ce qui m’a gêné, c’est la radicalisation express de Le Dantec et le fait que je n’ai pas cru aux personnages . Je n’ai jamais pu trouver la clé pour ouvrir la porte de ce livre.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Anne-Laure Béatrix, François-Xavier Dillard - Austerlitz 10.5

27 Mai 2017, 21:40pm

Publié par zazy

Austerlitz 10.5

Anne-Laure Béatrix

François-Xavier Dillard

Editions Belfond

Mars 2016
272 pages

ISBN : 9782714473356

 

4ème de couverture :

Imaginez un monde où la Joconde a disparu...

En 1910 la Seine avait atteint lors de la grande crue de Paris son niveau maximal : 8.62 mètres sur l'échelle hydrométrique du pont d'Austerlitz.
Aujourd'hui, la pluie tombe depuis trois jours dans la capitale. Les trois premiers jours les habitants de la grande ville ont râlé. Et puis, le soir du quatrième jour, l'alimentation électrique a été coupée. La plupart des arrondissements ont alors connu un black-out total faisant souffler un vent de panique sans précédent dans la population. Le métro a été fermé. L'ensemble du vaste réseau sous-terrain des transports publics s'étant retrouvé noyé par des hectolitres d'eau sombre et glacée. Lorsque les premiers immeubles se sont effondrés et que la grande vague de boue a déferlé sur la ville, une véritable hystérie collective s'est emparée des parisiens et les pires exactions ont été commises. Au nom de la survie... La peur, puis la violence ont déferlé sur la ville.
Paris est dévastée et la plupart des habitants, du moins ceux qui ont la chance d'avoir encore un toit, se terrent chez eux en attendant que cette pluie démentielle cesse enfin...
Sous le pont d'Austerlitz l'eau a atteint son record : 10.5.

Un an plus tard, on sait que Paris ne sera plus jamais la même. Pour François Mallarmé qui a tout perdu dans cette catastrophe, sa femme et son enfant, la vie n'est qu'un long cauchemar. Il continue tant bien que mal à faire son boulot de flic dans une ville où plus rien n'a de sens. Jusqu'au jour où une affaire de meurtres sordides le ramène à son cauchemar, au cœur même du Louvre, dans ce musée qui pour le monde entier était le symbole de ce qui fut la plus belle ville du monde, et où même la Joconde a disparu....

Les auteurs (site de l’éditeur) :

Anne-Laure Béatrix est directrice de la communication du Louvre. Austerlitz 10.5 est son premier roman.

Né à Paris en 1971, François-Xavier Dillard a fait des études de droit et de gestion avant d'intégrer un grand groupe énergétique français au service des ressources humaines puis à la communication. Il est l'auteur de Un vrai jeu d'enfant et Fais-le pour maman, parus chez Fleuve noir. Après Austerlitz 10.5, co-écrit avec Anne-Laure Beatrix, Ne dis rien à papa est son deuxième roman à paraître chez Belfond.

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Le déluge s’est abattu sur Paris. L’eau monte, s’engouffre dans le métro, s’infiltre dans les tunnels, sape les immeubles  qui s’effondrent comme des châteaux de sable. La catastrophe a fait beaucoup de morts, causé d’énormes dégâts dont la ville n’arrive pas à se relever.

Paris est  dévasté et la province ne veut plus payer pour réparer. Le gouvernement s’est replié à Vincennes, laissant la place à la maire de Paris. Les politiques étant ce qu’ils sont, les luttes intestines, larvées, ou au grand jour éclatent qui facilitent les trafics en tout genre. Une faune composée de gangs, de trafiquants, meurtriers… règne dans les sous-sols de la capitale.

« Car après le chagrin et la peine, après la sueur et les larmes, viendrait le temps du chaos et des troubles. »

Des personnalités, des peoples comme l’on dit, sont tuées. François Mallarmé (mal armé pour survivre à la mort de sa femme et de son fils) reprend son métier de flic et conduit cette enquête qui le mènera au Louvre, dévasté après l’explosion, par la force de l’eau, de la pyramide. En effet, le seul point commun que Mallarmé trouve entre toutes ces personnalités est un rendez-vous au Louvre.

Le fils d’une des victimes était avec son père et a sûrement été kidnappé par le meurtrier. Une bande comme il y en a tant dans les boyaux du métro ? Une demande de rançon ?

KKK le rédacteur en chef  du Nouveau Parisien, colle l’affaire entre les mains de  Chloé, jeune journaliste,

« L’affaire prend une tournure éminemment politique, Chloé. Notre ministre de l’Intérieur ne manquera pas de saurer sur l’occasion de ce nouveau meurtre, de cette disparition, pour appeler à un retour immédiat du gouvernement à Paris. Et pour flinguer au passage les projets d’autonomie de notre maire chérie, l’inénarrable Marianne Figari… Tu ne vas quand même pas laisser ça à ce pauvre Fignol et à ses chiens écrasés »

On dit que les parallèles ne rejoignent jamais. Pourtant Mallarmé et Chloé vont finir par se rencontrer et travailler ensemble soulevant les trafics d’œuvres d’art, les soirées privées spéciales

Comment parler de ce bouquin qui m’a tenu en haleine jusqu’à la fin ?

De fausses pistes en rencontre, de meurtres en soirées licencieuses… chapitre par chapitre, de page en page, les deux auteurs ont écrit un suspens avec de nombreuses pistes, habilement tressées avec une fin….

Anne-Laure Béatrix connait le Louvre sur le bout de ses pieds, donnant, ainsi beaucoup de véracité aux lieux. Chaque titre de chapitre porte le nom d’une œuvre où le crime lié est mis en scène. Pourquoi le meurtrier  a-t-il agi ainsi ?

 

Ce roman apocalyptique à quatre mains est stupéfiant de réalisme. Les eaux troubles de la Seine ne sont rien à côté du marigot souterrain et politique. Les premiers chapitres parlant de l’inondation sont  apocalyptiques et vraisemblables. L’écriture est nerveuse sans être sèche, le scénario construit aux petits oignons ; de la belle ouvrage.

 

Je suis conquise

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