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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Sandra Reinflet - Ne parle pas aux inconnus

20 Mai 2017, 22:25pm

Publié par zazy

Ne parle pas aux inconnus

Sandra Reinflet

Editions JC Lattès

Janvier 2017

380 pages

ISBN : 9782709659376

 

4ème de couverture :

Ce devait être une fête, une libération, la fin du lycée et des « ne pas ». Mais Eva ne répond plus et Camille ne répond plus de rien. Depuis que sa Polonaise a disparu, la jeune femme se cogne au silence comme un papillon à une ampoule. Elle décide de prendre la route pour la chercher. Un voyage au cours duquel elle croisera ces étrangers dont ses parents lui disaient de se méfier et qui tous, à leur manière, l’aideront à trouver ce qu’elle ne cherchait pas : elle-même.
Les secrets les mieux gardés ne sont-ils pas les plus en vue ? Les inconnus, parfois, sont ceux dont on croit tout connaître.

L’auteur (site de l’éditeur)

Née en 1981, Sandra Reinflet est inventeuse d’histoires vraies. Après trois ouvrages photos-texte, Ne parle pas aux inconnus est son premier roman.

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Camille fête son bac mention bien avec les autres lycéens et Eva. Eva, celle qui lui a fait connaître le bonheur, l’amour, la transgression, celle dont les parents sont si gentils toujours à l’écoute, alors que les siens… Eva qui ne répond plus à ses mails, ses appels, ses cris, depuis cette soirée. Pourquoi ?

Chez elle, elle étouffe entre ses parents et sa jeune sœur. Depuis toute petite, interdiction de sortir, de parler aux inconnus, rester dans la cour, dans le jardin et le mur du silence… Elle se rêve dessinatrice de BD,  ses parents brident ses rêves et la veulent dans des bureaux à faire des études sérieuses, à vivre une petite vie étriquée, sans surprise (apparemment) comme la leur.

Pourquoi Eva est-elle partie du jour au lendemain avec ses parents sans la prévenir ? Elle en hurle de désespoir. Un beau jour, Camille décide de partir pour la Pologne retrouver son amoureuse mystérieusement disparue, puisque c’est de là qu’elle vient et qu’elle y retourne pour les vacances. Elle prévient quand même ses parents par sms.

"Il faut que je parte, c'est une urgence. Je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant, mais faites moi confiance".

Partir, fuguer à l’étranger, facile à dire, mais plus difficile à faire. La peur est présente, surtout avec la litanie « Ne parle par aux inconnus » qui résonne dans sa tête, la peur du viol….

Camille roule d’Allemagne en Pologne via la Serbie, la Roumanie, la Hongrie. Elle fait d’heureuses rencontres qui la forment. Enfermée en elle-même, elle s’ouvre, parle, raconte. Elle a osé faire ce que ses parents lui interdisaient : parler aux étrangers. Elle s’est ouverte aux autres et en cherchant Eva, s’est trouvée elle-même.

Le retour à la maison, le drame. Elle remonte, grâce à des carnets le fil de l’histoire maternelle,  comprend et peut dépasser son enfance, retrouver sa mère « Et il a fallu aller loin pour qu’on se rencontre enfin. »

Comme souvent, la famille est un lieu où les secrets sont cachés, les silences envahissent et pourrissent la vie familiale, dont il faut s’extraire pour grandir et progresser.

NPAI, son tatouage pour Eva  N’habite pas à l’adresse indiquée ou Ne parle pas aux inconnus, les deux axes de ce livre.

Le rythme des  phrases de Sandra Reinflet fait ressortir l’urgence de Camille, son besoin de foutre le camp, sa colère. Ce voyage est comme un rite de passage de l’enfance vers l’adulte. Un très bon premier livre que je n’ai pu lâcher avant le dernier mot écrit par une fameuse "inventeuse d'histoires vraies".

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

 

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Vanessa Bamberger - Principe de suspension

13 Mai 2017, 21:19pm

Publié par zazy

Principe de suspension

Vanessa Bamberger

Editions Liana Levy

Janvier 2017

208 pages

ISBN : 9782867468759

 

4ème de couverture :

«10% de talent, 90 % d’efforts.» C’est la devise de Thomas pour défendre son usine et ses salariés. Depuis qu’il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique, il lutte pour conjurer le déclin de l’industrie dans sa région du Grand Ouest. Un hiver pourtant tout bascule, et il se retrouve dans la chambre blanche d’un service de réanimation, relié à un respirateur. À ses côtés, Olivia, sa femme, attend son réveil. Calme, raisonnable, discrète. Comme toujours. Dans ce temps suspendu, elle revit les craintes des ouvriers, les doutes de Thomas, les trahisons intimes ou professionnelles qui les ont conduits jusqu’à ce grand silence, ce moment où se sont grippés le mécanisme des machines et la mécanique des sentiments. Parce que la vie s’accommode mal de l’immobilisme, il faut parfois la secouer un peu, selon le «principe de suspension».
Un premier roman juste et subtil sur le blues du petit patron et le fragile équilibre du couple.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Vanessa Bamberger est née en 1972. Journaliste, elle vit à Paris. Principe de suspension est son premier roman.

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« Dans la chambre de réanimation du Centre hospitalier de Cambregy, l’air est rare et poisseux… Thomas est étendu sur le lit médicalisé, son long corps est recouvert d’un drap jusqu’aux aisselles. »

Cet homme couché, est dans le coma, relié à un respirateur. Sa vie est suspendue à ce tube. Olivia, sa femme, le veille, elle dont la vie est suspendue à celle de son mari.

Thomas, marié, père de famille, lâche un bon boulot pour racheter une petite  entreprise. Le voici sous-traitant unique d’une entreprise de respirateurs artificiels  française (l’ironie du sort) qui choisit de délocaliser en Europe de l’Est. Sa PME se trouve acculée à la fermeture. Thomas, victime d’un malaise,  est entre la vie et la mort, physiquement et socialement.

Thomas, en rachetant cette entreprise avait un idéal

« Thomas était persuadé que son optimiste pouvait se communiquer, il voulait changer les mentalités, redonner aux opérateurs leur fierté, il suffisait d’avoir de bonnes machines, croyait-il, les plus performantes, les plus innovantes. ».

Il a mis sa confiance, s’est presque rendu pieds et poings liés à  Loïc Rodier, beau parleur qui lui a vendu de l’espoir, du mirifique, du vent. César Gomez, le contremaître, « organisé, précis, posé, peu impressionnable » en conçoit quelque jalousie, mais l’amour de la boîte est le plus fort. Il reste, solide, aux côtés du patron.

Il a fait le mauvais choix en engageant Rodier et en ne diversifiant pas ses activités, ses clients

« Thomas n’avait pas cherché d’autres clients : il n’en avait pas eu besoin, puisque l’aérosol du laboratoire français se vendait si bien. »

HFL, son client licenciant ses propres employés, il va devoir faire de même et se sent un mauvais patron, se sent fautif.

«Dans ce pays, tous les patrons étaient des coupables potentiels. A force d'être pointé du doigt, on finissait par se sentir fautif.»

Thomas aime l’industrie, les machines.

« Thomas croyait à la performance de la machine créée par l’homme, à l’homme couplé à sa machine. On les détestait, on les méprisait de nos ours, les machines industrielles et leurs vieux opérateurs. C’est ce qui rendait vraiment malheureux les ouvriers de l’Ouest, encore plus que leur mauvaise paye et la menaces du chômage. Les nouveaux arrivants, plus jeunes, les contemplaient avec mépris. Comment acceptaient-ils ces conditions de travail, pour ce salaire de misère ? Oui, le métier était épuisant, le travail en équipe, les trois-huit, tous les quatre jours il fallait changer de cycle, deux nuits deux matins deux après-midi –les patrons étaient intransigeants sur la ponctualité comme à l’armée-, au bout de vingt ans les types étaient cramés, la machine les avait fait vieillir à grande vitesse quant elle ne leur avait pas cassé le dos, les mains. »

Un patron, maintenant, ne peut plus être paternaliste. César le confirme

« Tu veux sauver des gens, des emplois ? Tu veux être un bon patron ? T’es pas dabs l’humanitaire, t’es pas assistante sociale ! Qu’est-ce que ça peut faire que tu sois un chc type si tu plantes ta boîte ? De toute façon, il n’y en a pas un seul ici qui est reconnaissant des efforts que tu fais. »

Toutes ces petites PME, sous-traitantes uniques de grands groupes se font sucer, laminer. Toujours moins chers, plus vite, en flux tendu, à payer sous quatre-vingt-dix jours au lieu des soixante … Jusqu’au jour où ils s’enfuient vers l’Eldorado de l’Est ou d’ailleurs. C’est la vie quotidienne de Thomas. En tant que patron, il travaille beaucoup et plus il travaille, plus il est seul, La fuite dans le travail.

Olivia, sa femme, le veille, elle dont la vie est suspendue à celle de son mari, en suspension de sa propre vie, peintre sans exposition, même pas dilettante.

« A son avis, elle ne travaillait pas assez. La réussite, c’était dix pour cent de talent et quatre vingt dix pour cent d’effort ».

Petit à petit, elle fait le bilan de sa propre vie. Le coma de Thomas lui a permis de faire un travail sur elle-même

« Thomas ne parle jamais de son travail non plus, il a besoin de se changer les idées. Olivia respecte cette décision même si elle aimerait en savoir davantage. Parce que cela l’intéresse. Parce que cela leur ferait un sujet de conversation, à table.

Un roman très bien construit où l’alternance entre l’hôpital,  la vie privée, la vie de  et dans l’entreprise donne du corps à la trame psychologique. Thomas et Olivia, comme tout un chacun sont faits de glaise, structures non linéaires que l’épreuve changera, mais je vous laisse le plaisir de la découverte.

Un très bon premier roman sur un patron de PME. C’est un milieu que je connais un peu ; la solitude du patron, les difficultés des ouvriers, la dureté du travail, la saleté, le bruit, la petite paye …

«Chaque mois, Thomas signait les nombreuses demandes d'acompte sursalaire de ses employés.»

Un livre fort bien écrit, réaliste, avec de très belles tournures de phrases. Un très bon premier roman au ton juste lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Stéphanie Kalfon - Les parapluies d'Erik Satie

3 Mai 2017, 15:52pm

Publié par zazy

Les parapluies d’Erik Satie

Stéphanie Kalfon

Editions Joëlle Losfeld

Février 2017

216 pages

ISBN : 9782072706349

 

4ème de couverture :

En 1901, Erik Satie a trente-quatre ans. Sans ressources et sans avenir professionnel, il délaisse Montmartre et l'auberge du Chat Noir pour une chambre de banlieue sordide où, coincé entre deux pianos désaccordés et quatorze parapluies identiques, il boit autant, ou plus, qu'il compose. Observateur critique de ses contemporains, l'homme dépeint par Stéphanie Kalfon est aussi un créateur brillant et fantaisiste : il condamne l'absence d'originalité de la société musicale de l'époque, et son refus des règles lui vaut l'incompréhension et le rejet de ses professeurs au Conservatoire.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Lauréate en 2007 de la bourse « Scénariste TV » décernée par la Fondation Lagardère, Stéphanie Kalfon a notamment travaillé pour la série Vénus et Apollon diffusée sur Arte. Elle est également la réalisatrice du film Super triste avec Emma de Caunes, et travaille actuellement sur un long métrage avec Jean-Pierre Darroussin. Les parapluies d'Erik Satie est son premier roman.

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Ce n’est pas une biographie mais une interprétation, une recomposition de la vie d’Erik Satie, sa longue descente dans les enfers de la solitude, de la folie, de la création.

Avec Erik Satie, homme très entier

 

« On ne partage rien pour de faux. On ne partage rien pour passer le temps, faire quelque chose, rester à ensemble sans importance. »

Depuis sa plus tendre enfance, le compositeur est hors temps, hors jeu, "un égaré dans ce siècle" Il se cherche dans un monde qui se modernise mais dont les parangons refusent toute innovation comme ses professeurs du Conservatoire. Il entre en lui-même, écorché vif. Sa chambre à Arcueil, est son cercueil, son refuge ultime, il y crève de solitude. Pourquoi partir si loin de Paris, de ses amis ?

« Il veut être à la périphérie car il se sent périphérique. Et Satie est avant tout un être cohérent. Voilà ce que les autres n’ont pas compris, ceux qui le croient fou, excentrique. Ceux qui ne voient en lui qu’une dérisoire dérision ».

L’amitié est importante pour lui et n’en veut même pas à son ami Debussy qui lui vole ses idées et créera  Pelléas et Mélisande.

« Il s’était senti compris, et aussitôt dépossédé, mais trop tard mon bon vieux, il ne fallait pas en dire autant, tout donner pourquoi ? Est-ce qu’un peu d’admiration vaut assez pour tout donner ? Juste pour le plaisir d’être le centre éphémère du monde ? »

Man Ray, quant à lui estimait que

« Erik était le seul musicien à avoir des yeux.. Le photographe avait repéré qu'Erik n'écoutait pas la musique, il la peignait, il la photographiait, il l'observait."

Un écorché vif qui se protège, mais de quoi ? Avec ses quatorze parapluies noirs.

Quelques petits entractes lorsque Stéphanie Kalfon met en scène les actualités de l’époque, naissance du cinéma, la construction de la Tour Eiffel, même la naissance du Coca Cola ! Heudebert et la création de la biscotte…  « Mais ceci est une autre histoire. »

L’écriture vive, alerte, de Stéphanie Kalfon est à l’opposé de ce qu’elle raconte de la vie misérable, décalée d’Erik Satie. Pourtant, elle épouse le rythme du compositeur, scande la musique de ses mots au rythme des divagations de Satie, le suit dans ses désespérances, sa fuite en avant. Elle le suit en Absurdie, dans sa déchéance, son enfermement. Pour moi, cette apparente dichotomie est la force de ce livre.

Un très bon premier livre qui m’a permis de découvrir une autre vue de la musique de Satie

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

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Maryam Madjidi - Marx et la poupée

5 Avril 2017, 19:52pm

Publié par zazy

Marx et la poupée Maryam Madjidi

Le Nouvel Attila

208 pages

Janvier 2017

ISBN : 9782371000438

 

Résumé de l’éditeur :

Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.
À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes -, l’effacement progressif du persan au profit du français qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.

Dans ce récit qui peut être lu comme une fable autant que comme un journal, Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive.

L’auteur (site de l’éditeur)

Maryam Madjidi est née en 1980 à Téhéran, et quitte l’Iran à l’âge de 6 ans pour vivre à Paris puis à Drancy. Aujourd’hui, elle enseigne le français à des mineurs étrangers isolés, après l’avoir enseigné à des collégiens et lycéens de banlieue puis des beaux quartiers, des handicapés moteur et psychiques, des étudiants chinois et turcs, et des détenus. Elle a vécu quatre ans à Pékin et deux ans à Istanbul.

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Comment devenir française et comment rester iranienne. Un dilemme qui court tout au long de la vie de Maryam Madjidi. Avant que de naître, elle a failli périr. Sa mère, enceinte, pour ne pas tomber dans les griffes de gardiens de la révolution, saute par une fenêtre du second étage. Les deux seront sauves.

« Ma mère porte ma vie mais la Mort danse autour d’elle en ricanant ».

Cela n’arrête pas le couple versé côté communisme, de continuer à publier et distribuer des tracts, jusqu’à les cacher dans les couches-culottes de Maryam. Elle servait de boîte à lettres.

Un jour, pourtant, il a bien fallu partir, s’exiler. Avant, ses parents enjoignent Maryam à donner ses jouets, dont une fameuse poupée, à ses voisins, d’où le titre Marx et  la poupée.

- Pourquoi je dois donner mes jouets ?
- Parce qu’on ne peut pas les emporter avec nous là-bas.
- Mais je veux pas.
- Ecoute, c’est beau de donner, tu comprends ?
- Non, je suis obligée de donner, c’est pas la même chose. Je veux pas !

Pas facile d’expliquer le communisme, le partage à une fillette qui ne veut pas se séparer de son petit monde. Elle les enterre comme ses parents enterrent les livres interdits (Marx, Makarebki, Che Guevara)

L’exil l’amène en France retrouver son père. La séance à l’aéroport est  aux petits oignons.

La chute dans ce pays inconnu est rude, les croissants n’ont pas le goût du lavâsh, le camembert sent les chaussettes. La petite fille est complètement perdue lors de sa première journée de classe. Personne ne lui explique. L’angoisse la pousse à se sauver, sortir de l’école. Elle ne parle toujours pas, s’abreuve de français, écoute, digère… ne dit rien jusqu’au jour où elle accouche de la langue française et déserte le farsi.

Soudain c’est sorti : j’ai enfanté mon français. Je me suis mise à parler en français sans m’arrêter avec un enthousiasme et une vitesse fulgurants.

Adulte, elle séduira les hommes en jouant l’orientale, leur récitant des poèmes persans. Ils tomberont dans ses bras.

« Je module ma voix, je mets mon costume de femme persane, je secoue mes voiles et, sous les feux de ses yeux déjà conquis : je lui récite Omar Khayyâm. Je commence toujours en persan et je donne ensuite la traduction française. »

A la faveur de sa thèse, elle réapprend le persan, se réapproprie  la langue qui l’a vue naître. Ce sera sa troisième naissance et son premier retour en Iran.

« C’était le premier voyage, le premier retour à la terre-mère, la première descente vers l’origine. Une descente ou une chute, je ne sais pas. J’ai failli perdre la tête, j’ai glissé sur mon identité et je suis tombée. »

Sa vie sera faite de ces allers-retours avec son passeport français.

« Il y eu aussi le soulagement d’un autre retour : le retour en France et le sentiment de m’y sentir un peu chez moi malgré tout. L’Iran, dépouillé de mes fantasmes et de mes idéalisations, était de plus en plus difficile à supporter. Je n’ai jamais idéalisé la France. »

"Mais toujours l’Iran m’appelle, voix en sourdine, présence derrière mon dos, il me tapote l’épaule pour me rappeler à lui. Par devoir, par culpabilité, par peur de ne plus revoir les vieux, par rituel, par amour peut-être aussi, je me sens poussée à y retourner régulièrement."

Souvenirs éparpillés restitués dans cette autofiction éclatée, où elle raconte une vie, une famille dispersée par l’exil, mais toujours avec deux soutiens, le persan et sa grand-mère.

Un très bon premier livre à la fois tendre, triste, drôle, original d’une très belle plume, qui se lit d’une seule traite : un petit bonheur de lecture.

 Livre lu dans le cadre des 68 Premières fois

 

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Je n'aurais pas dû - 3

30 Mars 2017, 20:10pm

Publié par zazy

Le principe du désir

Saïdeh Pakravan

Editions Belfond

mars 2017

432 pages

ISBN : 9782714470942

 

4ème de couverture :

Sarah Bly, artiste new-yorkaise en pleine ascension dans le marché de l'art contemporain, rencontre un homme exceptionnel et immensément charismatique, Thaddeus Clark. Non seulement est-il un collectionneur de renommée internationale, un mécène et un géant des marchés financiers mais c'est aussi un être profondément équilibré et adorant la vie. Un homme heureux dont Sarah s'éprend de toute son âme mais avec qui elle ne veut pas vivre une banale histoire d'amour. Pour parer à ce risque, elle fait sien le Principe du désir : puisque nous voulons tous ce que nous n'avons pas, jamais Clark ne verra d'elle autre chose qu'une tiédeur amicale et plutôt indifférente, sauf dans leur vie sexuelle, d'une rare intensité. Devant la poursuivre sans cesse, il continuera à l'aimer.

Dans l'état second qui devient le sien, saura-t-elle dépasser sa folie passagère pour arriver à vivre avec Thaddeus?

L’auteur (site de l’éditeur)

Saïdeh Pakravan, écrivaine franco-américaine de fiction et poète, est née en Iran. Ayant grandi dans un milieu francophone, elle s'installe à Paris, participant, après la révolution iranienne de 1979, à un mouvement de libération de l'Iran.
Publiée dans de nombreuses revues littéraires et anthologies, lauréate de prix littéraires dont le prix Fitzgerald, Saïdeh Pakravan est également essayiste et critique de film.

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Du début, ce livre avait un gros handicap ; je l’ai lu juste après « Les putes voilées n’iront pas au Paradis ! ». Un challenge qui n’a pas été relevé.

Cela m’a paru trop superficiel, trop convenu, trop roman à la BC. Je n’ai pas tenu plus de cent pages, je l’ai refermé définitivement. Je sais qu’il conviendra parfaitement à une personne : ma mère.

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Chahdortt Djavann - Les putes voilées n'iront jamais au Paradis !

30 Mars 2017, 19:55pm

Publié par zazy

Les putes voilées n’iront jamais au paradis !

Chahdortt Djavann

Editions Grasset

Avril 2016

208 pages :

ISBN : 9782246856979

 

4ème de couverture :

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran.
Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire.
À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes.
Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

L’auteur (site de l’éditeur)

Chahdortt Djavann, romancière et essayiste, est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, notamment Bas les voiles ! (Gallimard, 2003), La muette (Flammarion, 2008), Je ne suis pas celle que je suis (Flammarion, 2011), La dernière séance (Fayard, 2013), Big Daddy (Grasset, 2015), et Les putes voilées n'iront pas jamais au paradis! (Grasset, 2016).

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Une grosse colère  m’est venue à la lecture de ce livre et n’a cessée depuis.

Une femme est retrouvée morte dans son tchador, c’est automatiquement une pute. Sauf l’ouvrier qui l’a trouvée et se demande s’il doit avertir la police, personne, ni femme, ni homme pour avoir une once d’humanité devant le cadavre de cette femme.

« Moi, j’ai entendu une fois un gardien dire qu’il faudrait exterminer toutes ces femmes qui répandent le mal et pervertissent les croyants
Moi, je dis qu’elle méritait ce qui lui est arrivé
Moi, je dis pas
Et tu dis quoi ? Il faut les laisser faire, ces putes ?
Non, il faut les sanctionner fermement
Rien n’arrête une pute. C’est vrai, on n’en peut plus de ces traînées
Nos fils sont pervertis
Et nos maris alors ?
Une femme qui va avec des hommes inconnus ne mérite pas mieux que ça.
J’espère que ça va servir de leçon aux autres
Il faut laisser son corps, comme un chien, pour que les autres traînées la voient.
C’est vrai quoi ! On n’ose pus marcher Danby la vie à cause de ces traînées…
Vous dites n’importe quoi. Il ne manquait plus que des assassins dans ce quartier !
Ce n’est pas un assassinat, c’est du nettoyage.
Enfin un homme qui a eu le courage de nous débarrasser d’une souillure !
En tout cas, c’est un croyant courageux. »

En tout cas, c’est un croyant courageux. »

Que voici une bonne mise en appétit !

Oui, il y a un homme courageux, un bon croyant qui prend la peine de débarrasser l’Iran de ce fléau que sont les putes. Les a t-il exterminées avant ou après usage ?? J’opterais pour le numéro deux. De toute façon, ce n’est pas grave, le sang de ces femmes était sans valeur, des chiennes.

Zahra et Soudabeh deux amies d’enfance, belles comme le jour, ont, au départ des envies, des espoirs. Las ! Zahra est mariée à douze ans, impubère, à un homme peut-être plus âgé que son propre père, ce qui signifie plus d’école et plus d avenir.

« Une fille si belle est un danger permanent, une tentation diabolique même pour ses propres frères ».

« Son époux avait dépucelé la gamine sans égard ni tendresse. Brutalement. Ce qui l’avait fait jouir puissamment. Préparer sa très jeune épouse avec des caresses et des baiser, l’exciter de sorte que son vagin fût humide et prêt à être pénétré était une vision avilissante et dégradante pour la sexualité virile des hommes de son milieu. On pénètre sa femme avec force, d’un coup, comme on enfonce une porte. Comme on viole. On pénètre sa femme vagin sec et fermé avant qu’elle n’écarte les cuisses comme une pute. »

Veuve à dix-sept ans, avec deux jeunes enfants, sans avoir connu l’insouciance de l’adolescence, et très naïve, elle sera mise sur le trottoir par un très bon ami de feu son mari. Elle n’est pas belle la vie !!!

Soudabeh, quant à elle, pour ne pas se trouver mariée à l’adolescence, et tout aussi naïve,  à treize ans, fait une figue qui se termine… au bordel

« En tant que novice, c’est avec talent et obéissance que Soudabeh se soumit à la volonté de Dieu et débuta sa carrière de prostituée. Puisque Dieu en avait décidé ainsi, elle accomplirait de son mieux sa destinée. ».

Soudabeh devient pute de luxe. Ces macs ne cessent de lui rappeler d’où elle vient.

« N’oublie jamais dans quel taudis on t’a ramassée, ta chance est inespérée. »

N’est-il pas !

 

Chahdortt Djavann, entre fiction et réalité, vous donnez la parole à ces femmes qui se sont prostituées et qui, toutes, sont mortes parce qu’elles étaient putes. Elles sont cueillies par la misère, pour avoir fait confiance à la mauvaise personne, payer les drogues parentales et ou maritales, vendues, bonnes à tout faire, dans le plein sens de l’expression. Ces fillettes n’ont aucune éducation et lorsqu’à 17 ou 20 ans, elles sont veuves, répudiées, divorcées quel autre destin peuvent-elles avoir. De toute façon, la mort est au bout de leur chemin d’épines. Mouche sur le tas de fumier qui leur sert de vie, la mère, à sa naissance ne la déclare pas et se sert du certificat de naissance de l’aînée morte à quelques trois mois. Dès le début les dés sont pipés, une fille cela ne cause que des ennuis, alors, le plut tôt elle sera mariée, le mieux ce sera.

Les termes sont crus, durs. Elles parlent de cul, de bite, de branlette, de violence, de sueur, de saleté, de viol, jamais de l’amour, elle ne l’on jamais connu. Ces termes n’évoquent que la violence

« Une femme de ce pays, même une pute, se déplace sans faire de bruit. A travers le tchador noir, les clients ne voient ni jambes, ni seins, ni peau, ni boucles de cheveux, ni chute de reins… Les hommes visent directement le trou où tremper leur bite, c’est tout. »

Shahnaz assume son métier, elle aime le sexe, c’est presque l’exception qui confirme la règle, mais sa fin fut commune aux autres femmes.

« Je préfère la bite et le sperme à l’urine et les excréments, et même parfois, outre le pognon, je prends mon pied avec vos pères, vos frères et vos maris ».

« Ce n’est pas pour rien que, dès que les extrémistes islamistes s’emparent du pouvoir, ils s’en prennent tout de suite au plaisir en général et au plaisir sexuel en particulier… Pour eux, la sexualité des femmes est diabolique. Ils ne supportent pas l’idée que leur mère ait écartée les jambes pour les fabriquer. »

Ces mollahs, ces hommes vertueux, religieux, obéissants…. Sont issus du ventre de leur mère. Est-ce pour cela qu’ils ne veulent pas écouter ni voir le plaisir d’une femme ?  parce que la jouissance, possible, de leur génitrice la rabaisserait ? Touche pas à ma mère, mais je viole ta sœur qui est seule dans la rue ou je l’épouse pas encore nubile.

Epouser une gamine de huit, dix ans, pour moi, c’est de la pédophilie. Tout comme ces contrats de mariage temporaire s’apparentent à du proxénétisme. Une fois le contrat terminé, la jeune femme ne sera plus vierge et, finira au bordel ou dans la rue. Quelle belle morale vous nous donnez-là, messieurs les mollahs !

Malheureusement, cela ne se passe pas qu’en Iran. La pauvreté engendre cette vie sans espoir, J’ai l’impression d’enfoncer des portes ouvertes. En France, je ne crois pas que les femmes venues chercher une vie un peu meilleure et qui se retrouvent sur le trottoir sans papiers, sous les ordres  d’un mac, d’une mafia, soient plus heureuses. Laissons venir à la tête du pays, des ultras et….

Que de conneries sont faites et dites au nom de la religion… Toujours au détriment de la femme. C’est à elle de se cacher, de s’enfouir sous un tchador, pas à l’homme de se maîtriser. Je me demande si la religion qui interdit tout n’est pas la raison de cela, le serpent se mord la queue (pardon pour l’image).

Pour ceux que la longueur de ma chronique  rebute, sachez que c’est un livre-document à lire absolument

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Elisabeth Jacquet - Mon mari et moi

28 Mars 2017, 13:17pm

Publié par zazy

Mon mari et moi

Elisabeth Jacquet

Editions Serge Safran

mars 2017

144 pages

ISBN : 979-10-90175-65-5

 

4ème de couverture :

Il y a un homme et une femme. Puis il y a une femme et un mari. « Un jour un homme est devenu mon mari » dit-elle. Mais au fait qu’est-ce qu’un mari ?
Avec humour, sérieux, tendresse ou gravité, Élisabeth Jacquet explore le concept de mari, éternel ou pas, le considère, l’interroge, s’en étonne, cherche des éclaircissements.
Essai sentimental sous forme de précis conjugal, Mon mari et moi conte ce qui se joue au cœur de notre intimité quand nous la partageons avec quelqu’un d’autre.
Après le mariage pour tous, voici un petit livre pour tous sur le mariage.

L’auteur (site de l’éditeur)

Élisabeth Jacquet travaille différentes formes de narration. Chacun de ses livres possède, en fonction du sujet traité, sa forme singulière. Certains de ses textes, dont Mon mari et moi sont adaptés en fictions radiophoniques.

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La couverture orange traditionnelle a fait place à une couverture noire très élégante. J’aime beaucoup les sous-titres qui sont souvent très explicites. Il en va ainsi de ce livre « Petite exploration de la vie conjugale ». Tout un programme.

Oui, une fois marié, un couple devient une entité, mari et femme. On ne dit plus époux-épouse. Ce sont mes parents qui disaient cela.

« Tous les objets usuels ou de décoration, du plus grand au plus petit, sont devenus ni à moi, ni à lui : à nous. ».

Beaucoup de choses passent par le nous, par le besoin du regard de l’autre.

« En revanche seul(e) face à une nouveauté, plongé(e) dans un ravissement ou la sensation d’une découverte, notre émotion légèrement se fissure, aussitôt s’y profile la dimension manquante de l’absent(e) »

L’autre dont on ne sait pas tout et dont on ne saura jamais tout

« Non seulement mon mari ne l’a pas toujours été, mais l’étant il n’a en plus jamais cessé d’être en majorité Autre Chose. »

En fait, qu’est-ce que le mariage, que représente t-il ?

« Le mariage est-il un but en soi ?
Une fin ou un commencement ?
Cela dépend-il des gens ?

Oui, pourquoi nous sommes-nous mariés ? Bien sûr, le PACS n’existait pas. Qu’est-ce qui fait qu’un mariage dure ? Pourquoi cela fonctionne ? Pourquoi lui, pourquoi elle ?

Qu’imaginions-nous mon mari et moi en nous mariant ?
Nous nous imaginions à la fois semblables et très différents, les mêmes mais autrement, puisqu’il était impossible de prévoir l’ensemble et la nature des évènements qui prendraient place au cours de notre vie commune »

« Avec qui d’autre aussi longtemps partager les sanitaires, bruits odeurs et rituels de nos corps sans cesse à proximité ? »

Les disputes, les réconciliations, l’usure du quotidien, l’amour profond, la confiance, les enfants, bref tout ce qui fait le sel et le poivre d’une vie de couple.

Tout au long de ce recueil d’aphorismes, je me regarde, pardon, je nous regarde, mon mari et moi, dans le miroir des mots, des phrases d’Elisabeth Jacquet.

 

Théorème mathématique à méditer

"Ainsi sommes-nous chacun la somme de ce que nous sommes l'un avec, pour, contre, indépendamment mais jamais vraiment sans l'autre."

Une petite exploration conjugale lue d’une traite, dont j’apprécie, maintenant, de picorer ça et là quelques phrases.

Un ravissement charmant, mutin, sérieux, fin, Elisabeth Jacquet joue avec les mots pour mon plus grand plaisir tout en s’interrogeant, et m’interrogeant de ce fait, sur cette union

« Finalement où, dans quel monde, selon quels plans et pour combien de temps mon mari et moi sonnes-nous mariés ?

Une ode drôle, fine, un brin décalée au mariage

Serge Safran, à travers les auteurs qu’il publie, nous permet de belles découvertes

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Arnaud Dudek - Les vérités provisoires

26 Mars 2017, 11:09am

Publié par zazy

Les vérités provisoires

Arnaud Dudek

Alam Editeur

184 pages

février 2017

ISBN : 978-2-36279-207-6

4ème de couverture :

Céline Carenti a disparu. Un dimanche matin, elle s’est tout simplement volatilisée. On la cherche, puis on la cherche un peu moins. Deux ans après la disparition, Jules Carenti, le frère, s’installe dans l’appartement de Céline. Ce drôle d’adolescent, menteur chronique aussi attachant qu’agaçant, se met en tête de la retrouver. Au cours de son enquête, il rencontrera une jeune amatrice de tisanes, puis un intrigant industriel. Il se réconciliera aussi avec lui-même. Mais quel genre de vérité émergera de ses recherches ? Car si, pour Jules, les vérités sont provisoires, c’est qu’il ne se résigne pas à ce que règne l’ordre des choses.

Famille, absence, Arnaud Dudek creuse le sillon de ses thèmes de prédilection. Un roman vif et tendre, habillé en intrigue policière.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Arnaud Dudek déménage souvent (en ce moment, il vit et travaille à Paris). Selon des sources concordantes, ce garçon discret serait né à Nancy, en 1979. Dans ses nouvelles (pour la revue littéraire Les Refusés ou pour Décapage) et dans ses romans (tous publiés chez Alma), il raconte les gens ordinaires avec humour et tendresse. Son premier roman, Rester sage (2012) a fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman et a été adapté au théâtre par la Compagnie Oculus. Le second, Les fuyants (2013), a été sélectionné pour le prix des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le troisième, Une plage au pôle Nord (2015) est traduit en allemand.

Il est par ailleurs co-organisateur des rencontres littéraires AlternaLivres, dont la dernière édition s’est tenue en octobre 2015 à Messey-sur- Grosne en Saône-et- Loire.

Les vérités provisoires est son quatrième roman.

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« On est sans nouvelles de Céline Carenti, une étudiante âgée de vingt-deux ans. »

Céline a disparu depuis deux ans, faute de nouvelles pistes, les dossiers s’entassant, les recherches ont été abandonnées. Jules, son frère s’installe dans l’appartement, s’y enferme comme dans une coquille, pour chercher, essayer de savoir.

Jules ? Un être inadapté, perpétuel étudiant, menteur patenté, mais pas pour faire le bravache, non, par faiblesse, par gentillesse, pour mieux vivre ou rêver sa vie. Sa vie est une esquive perpétuelle.

« Le garçon a longtemps posé problème. Son comportement, sa timidité, ses mensonges, ça ne faisait pas rire. On a frôlé le psychothérapeute. Mais on a fini par se convaincre que mieux valait ce genre de crise d’adolescence que pas d’adolescence du tout. »

valait ce genre de crise d’adolescence que pas d’adolescence du tout. »

Jules semble être un ventre mou et l’appartement devient sa carapace. Il se cache tellement que c’est le narrateur, donc l’auteur, qui décrit les scènes.

Qui sait si, à force de fouiller dans les affaires de sa sœur, d’enquêter sur sa vie avant la disparition, il ne se trouvera pas lui-même, d’autant qu’une jeune et jolie voisine répondant au doux nom de Bérénice, entre dans sa vie et qu’un industriel allemand, amant de sa sœur, lui offre une béquille.

Le regard tendrement ironique qu’Arnaud Dudek pose sur Jules me le rend sympathique, malgré des défauts rédhibitoires pour moi.

Bien calée sur mes oreillers, je regarde avec le narrateur évoluer Jules, je l’admire de ne pas s’empêtrer dans ses mensonges grâce à une mémoire prodigieuse, je le suis dans les méandres de son aventure avec Bérénice. Je le vois évoluer doucement vers un retour à la « vraie vie » avec beaucoup moins de mensonges, vivre avec ses souvenirs et, enfin, regarder plus loin.

Les vérités sont provisoires, mais la vie est une permanence.

Alma offre un catalogue d’auteurs qui, sans faire trop de bruits, tracent une belle route, preuve de leurs talents d'écrivains.

Arnaud Dubek, je fus séduite par Rester sage et là, je confirme, votre univers me plait.

 je vous remercie de m’avoir proposé votre livre. J’ai souri en lisant votre dédicace. Je ne l’avais pas vu en recevant le livre car je savais que, si je l’ouvrais, je ne pourrais le refermer avant d’en avoir terminé la lecture. Voyez que de temps à autre, je puis être sage !

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Dominique Rameau - Sanglier

25 Mars 2017, 21:27pm

Publié par zazy

Sanglier

Dominique Rameau

Editions Corti

Collection Biophilia n°11

Février 2017

128 pages

ISBN : 978-2-7143-1175-7

 

 

4ème de couverture :

Sybille débarque fortuitement à la campagne, dans une maison qu’on lui prête une semaine. Elle est d’abord perdue, très seule ; mais les rares habitants qu’elle rencontre sont chaleureux. Et surtout dehors, toutes ces choses qu’elle ne connaît que de nom, grillons, oiseaux, herbes, l’intéressent.

Syb tâche d’en savoir plus. Dynamique et intrépide, elle multiplie les sorties, les explorations, les expériences ; le jour, la nuit ; sur les rochers, dans l’eau glacée, au fond d’un pré. Elle prend des risques. Pour rejoindre les vaches, les lézards, les sons bizarres, la lune, elle invente, varie les approches, dessine, rêve.

C’est très physique : elle se cogne, s’essouffle, se blesse aux ronces et aux barbelés. Mais elle n’a pas froid aux yeux. Sa solitude semble ici normale : renard, âne, vieille dame farouche et rieuse, adolescente étrange et attirante.

Chaque jour de cette petite semaine l’éloigne davantage de ce qu’elle maîtrise, l’ouvrant à l’inconnu du monde ; elle s’y livre sans retenue.

Un roman bref, à une seule aventure et cent cinquante deux herbes, bêtes et gens.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Dominique Rameau, comme la plupart des ovnis littéraires de chez Corti, est, pour le moment, totalement inconnu.

Naissance en 1947. Enfance tranquille, adolescence ravagée. Étudie de façon chaotique la philosophie, puis la littérature.

Pratique la méditation, la promenade.

Après des péripéties et près de quarante ans de travail, vit avec sa femme dans le Morvan.

Sanglier est son premier roman publié.

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Sa patronne, lui octroie, d’office, une semaine de congés. Pour faire passer la pilule, elle lui propose sa maison dans le Morvan. Maison de pierre qui a appartenu au Jean Lhomme et à l’Antoinette, lieu d’un crime sanglant, dans un hameau vidé.

Pour une parisienne pur jus, ce n’est pas évident. Elle y arrive par le car, enfin le car la dépose au hameau le plus proche. Elle fait le reste à pieds.

 

« On entend des oiseaux. Il ya beaucoup de fleurs au bord de la route… Pas de maisons, ni de voitures, ni personne. Sybille reste interdite ».

Commence une quête presque initiatique et très sensuelle, une ode au retour à la nature.

Son plaisir, hors les promenades, s’asseoir sur les marches du perron, écouter les oiseaux, les grillons. Elle rencontre les rares habitants, la boulangère du village voisin, sa « voisine » qui lui racontent l’histoire de ce lieu.

« Sybille Vanaen est profondément satisfaite d’être là, mais elle a peur »

Sybille profite de cette liberté pour découvrir son petit coin qui n’est pas loin d’être le paradis. Elle va s’ouvrir à la nature, à son environnement, essayer de ne faire qu’un avec son entourage. Elle marche à travers les forêts, les prairies, même pas peur de se perdre.

Elle marche de jour, de nuit, vêtue ou nue, elle respire les odeurs de la campagne, suit les oiseaux du regard, fait corps avec la nature à son apogée.

« Les hirondelles font de l’épate, elle lui effleurent les cheveux Fryy fryy kibutchipp »

L’écriture est très belle, les descriptions minutieuses emplies de poésie. Je ressentais le trouble de Sybille, un trouble sensuel, exquis et délicieux lors de ses promenades. Oui, la nature est sensuelle à qui se laisse caresser par les hautes herbes, les chants d’oiseaux, la course des nuages, la nuit sous la voûte céleste étoilée, le bruit du ruisseau et de sa petite cascade….

Sybille s’est laissée aller, à lâché prise, s’est ouverte telle une fleur, s’est mise entre les mains de Dame Nature. Je gage que cette semaine morvandelle laissera des traces dans son futur.

Comme Sybille,  prenez le temps de déguster chaque instant, chaque mot. Prenez le sentier des mots, laissez  le chant des oiseaux, des grillons vous pénétrer par la beauté de ce texte, vous arriverez dans la clairière des chapitres, écouterez la petite cascade vous murmurer les phrases… et ce sera le bonheur.

Un coup de cœur pour ce magnifique premier roman.

L'oiseau décrit dans le livre qui fait houm houm houm est une huppe fasciée (photo prise dans ma pelouse)

 

Sanglier est également un hameau près de Villapouçon dans le Morvan. Un peu plus loin, il y a le village de Biches. Des coins à belle balades.  

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Marine Westphal - La téméraire

24 Mars 2017, 23:26pm

Publié par zazy

La téméraire

Marine Westphal

Editions Stock

Collection : La Bleue

Janvier 2017

144 pages

ISBN : 9782234081901

 

4ème de couverture :

Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. »

Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.

La téméraire est un texte bouleversant qui embrasse la maladie dans une danse grave et généreuse.

Quelle découverte ! Quelle plume ! Quel talent ! "

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marine Westphal a vingt-sept ans, elle est infirmière. La téméraire est son premier roman.

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J’ai reçu une claque avec ce livre.

Sali et Bartoloméo dit Lo Meo, un couple qui a su garder et faire grandir leur amour. Ils se tiennent par la main depuis trente années. Pourtant l’irréparable arrive par le biais d’un AVC  de Lo Mehttps://68premieresfois.wordpress.com/o lors d’une randonnée dans les Pyrénées avec son ami, son poto.

Bien sûr, comme disent les médecins, il est vivant, mais le verdict tombe, dommages irréversibles, débrouillez-vous avec cela. On le ramène chez lui,  se retrouve dans un lit médicalisé qui encombre le salon. LUI, le vivant, le roc, le socle, le chêne, le voici devenu légume, poireau flétri par le gel.

« Un lit au centre du salon, un matelas aux bourrelets tendus d’air, un homme en pyjama au mois d’août, allongé. Est-ce qu’il dort, je l’ignore. Sali veille. »

Sali est là, passe ses journées à ses côtés, assise dans le fauteuil, témoin de tant de bonheur, se refusant toute autre activité, même se laver les cheveux. Elle y vit, y campe.

« Le corps d’une femme disparait dans un volumineux fauteuil aux gros boudins de bras, baptisé Goliath. Le genre confortable et crevé d’avoir trop servi. »

Suite à une phrase d’Olga, l’infirmière à domicile, un jour l’idée germe dans l’esprit de Sali, d’emmener une dernière fois Lo Meo à son « jardin », qu’il s’éteigne sur son tapis de mousse la face vers le paysage qu’il admire tant et où ils aimaient aller.

« Car elle avait un but, un incroyable objectif qui mobilisait toutes ses pensées et des forces : ne pas le laisser crever là, lui qui aimait tant l'impolitesse du vent et les grands espaces »

« L’endroit était si pur que les astres semblaient se pencher sur la Terre et sur ses colonisateurs bornés, l’altitude rendais les étoiles grosses comme des galets, presque palpables. Allongés sur la mousse, une nuit d’été, Sali et Lo Meo s’étaient amusés à les collectionner entre le pouce et l’index réunis en pincette, bras tendus, bouches béantes, émerveillés devant l’espace infini. Puis ils avaient entrelacé leurs dix doigts ».

« Sali voulait juste le porter là-bas, lui offrir ce voyage ».

Ainsi, elle est devenue la Téméraire, celle qui se cachant de tout le monde a porté, au sens littéral du mot, Lo Meo vers leur jardin, son jardin. C’était leur moment, le dernier, l’ultime, à tous les deux. Une fois les yeux de son mari fermés définitivement, elle prévient ses enfants.

Maïa, habite loin de chez ses parents, depuis l’annonce de l’AVC, elle se soûle la nuit et emmène des mecs chez elle, juste pour se sentir vivante et retarder l’apparition de la bête, de la mort. Quant à Gabin, resté proche, il est là, se tient pas trop loin de sa mère, passe tous les jours.

Marie Westphal a mis des mots, des phrases sur mes peurs, sur MA peur, sur mon cauchemar ; voir mon mari partir avant moi, victime légumière d’un AVC.  Avec ses mots, ses phrases, son écriture lumineuse, précise, ses descriptions poétiques sur la nature, elle a trouvé les mots justes, les phrases intenses pour parler de la fin de vie. Nonobstant l’émotion qui m’a submergée, j’ai aimé la façon dont l’auteure s’est emparée du sujet. C’est un premier roman maîtrisé et abouti.

Merci Marie Westphal.

Ce livre fait partie de la sélection des 68 Premières fois et c’est un coup de cœur, même un coup dans l’estomac.

J'aime beaucoup le dessin du bandeau

 

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