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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Marie-Hélène Lafon - Nos vies

17 Septembre 2017, 21:04pm

Publié par zazy

Nos vies

Marie-Hélène Lafon

Editions Buchet-Chastel

août2017

ISBN 9782283030493

 

4ème de couverture :

« J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. »

 

Le Franprix de la rue du Rendez-vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin... Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.

 

Nos vies est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon. Il aurait pour sujet la ville et ses solitudes.

 

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Elle s’appelle Gordana, est caissière (caisse n°4) au Franprix du n°93 de la rue du Rendez-vous dans le 12ème arrondissement de Paris. La narratrice la décrit avec force de mots, de
superlatifs, lui invente une vie. Un homme, Horacio Fortunato (je saurai son nom plus tard), chaque vendredi à la même heure, passe toujours par la caisse de Gordana. Jeanne lui invente aussi une vie et, comme les enfants, emploie le futur du conditionnel, il serait, il aurait… Son assiduité l’autorise à ébaucherune histoire d’amour entre eux, histoire d’amour qui n’aura pas lieu.

Cette femme qui raconte à la première personne, s’appelle Jeanne Santoire. Elle remonte aussi sa vie, parle de sa grand-mère aveugle, de la vieillesse de ses parents, des liens qui les relient. Il y eut Karim, l’homme de sa vie, un Algérien, que le père qui avait fait la guerre d’Algérie n’a jamais voulu rencontrer. Une vie de couple entrecoupée de silence. Il ne sait rien de sa vie antérieure pas plus qu’elle ne connait la sienne. Un jour, il part pour l’Algérie et ne reviendra jamais à Paris, sans plus d’explication. Plus tard, elle apprend qu’il vit à Marseille, marié, avec un enfant.

Cette fois, le roman se passe à Paris, même si il y a des incursions mémorielles en province. Marie-Hélène Lafon a quitté sa Creuse natale pour remonter vers le nord, en suivant, peu ou prou, la Nationale 7. Souvigny, Saint-Hilaire, Moulins, Nevers… Comme elle remonte le fil de ses souvenirs.

Toutes ces histoires inventées sont faites à partir de solitude, pour en combler le vide qu’elle ressent. Ses souvenirs jouent à saute-moutons avec les vies qu’elle invente.

Les phrases sont longues, ponctuées, comme elle les aime, de virgules et points virgules (plus guère utilisé). L’écriture est riche, inventive. Avec Marie-Hélène Lafon, je prends un bain de mots que les voyelles font mousser, les ponctuations me soutiennent dans ma lévitation au
pays de ses rêves.

J’ai gardé ce livre pour la fin, pour le déguster comme un dessert et je me lèche les doigts de ses expressions qui fleurent bon l’Auvergne. « Il s’était enroutiné à Saint-Hilaire ». « Il faisait besoin à sa mère». « En me regardant aux yeux », « Faire maison ». Une madeleine gourmande et goûtue.

Faire partie des Explolecteurs fut un grand plaisir pour moi. Je ne serais jamais allée du côté  de "C'est le cœur qui lâche en dernier". Grâce à "Une fille dans la jungle", je peux mettre
beaucoup d'humanité sur des faits divers. Je fus un peu déçue par "Le Cœur battant de nos mères" qui promettait plus que ce que j'en ai ressenti. Quant à "Nos vies » !!!!

Une pépite que je dois à l'opération Explolecteurs organisée par Lecteurs.com

 

 

 

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Delphine Coulin - Une fille dans la jungle

17 Septembre 2017, 19:49pm

Publié par zazy

 

Une fille dans la jungle

Delphine Coulin

Editions Grasset

Août /2017

240 Pages :

ISBN : 9782246814344

 

4ème de couverture :

«  Cela ressemblait moins que jamais à une jungle, ou alors une jungle froide, de bois et de boue, avec des animaux crottés, et des monstres de métal au loin, sous le crachin. Pas le genre qui fait rêver, avec les perroquets et les feuilles vertes et grasses, où on transpire dans une odeur d’humus. Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait pas un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six.

Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde.  »

L’auteur (site de l’éditeur) :

Delphine Coulin est écrivain et cinéaste. Ses cinq livres : Les Traces (2004), Une seconde de plus (2006), Les Mille-Vies (2008), Samba pour la France (2011), et Voir du pays (2013), ont tous eu un succès critique et public, et sont traduits dans une dizaine de langues. Elle a aussi coréalisé avec sa sœur, Muriel Coulin, six courts-métrages et deux longs-métrages : 17 Filles, sélectionné au Festival de Cannes 2011 à la Semaine de la Critique, sorti en salles dans une vingtaine de pays, et Voir du pays, sélectionné au Festival de Cannes 2016 dans la catégorie Un Certain Regard, où elle a obtenu le prix du meilleur scénario.

 

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« Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait par un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Rien n’avait de couleur. C’était gris. Ça puait la fumée et les ordures. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six. »

 

Ils sont six, si jeunes gens, encore des enfants à assister au démantèlement, à la déforestation de la jungle de Calais, de l’intérieur.

Ils sont six dont deux filles qui ont quitté l’enfer de leurs pays ou pour éviter le pire.

Ils sont six à rêver d’Angleterre.

Ils sont six à se serrer les coudes, à avoir refusé de monter dans un car pour aller… trop loin de l’Angleterre.

Ils étaient six : deux gars, deux petits, deux filles. Une troupe en guenille qui marchait presque en rythme. »

Ce sont encore des enfants, mais ils ont affronté le pire.

Hawa vient d’Ethiopie où elle a connu une enfance heureuse, la préférée de son père « qui était fier d’avoir une fille aussi intelligente et courageuse qu’un garçon ». Une fois le père mort, la mère s’empresse de la marier avec un vieux. Hawa veut être libre, alors, elle part de chez elle.

« Elle avait treize ans et personne n’aurait pu lui reprocher de ne pas imaginer tout ce qui allait suivre ».

A treize ans, elle est vendue plusieurs fois avec tout ce qui va avec.

« C’était juste avant d’arriver en Europe, où tout irait bien ».

Elira vient d’Albanie « Elle avait presque quinze ans, la vie devant elle ». Violée par son père au vu et aux su de tous, elle s’enfuit et se retrouve prisonnière d’une maquerelle, obligée de faire la pute au noir puis dans un bordel.

Hawa, Elira, Milad et son frère Jawad (neuf ans), Ali, Ibrahim ne veulent pas la quitter « leur » jungle, ne veulent pas être séparés. Ils se tiennent chaud ensemble. En attendant, ils survivent dans un trou à rats, ou un autre, mangent à même la boîte de conserves lorsqu’ils en dénichent une en fouillant les reste de la jungle dévastée.

Pourtant, ils ne se savent pas en sécurité, traqués, comme des bêtes, par les policiers, les hommes en noir, les trafiquants en tout genre, surtout genre humain. La nuit, les deux filles se mettent des couches pour ne pas aller aux toilettes.

Ils voudraient tant partir de la jungle pour arriver en Angleterre, leur Eldorado, même s’ils sentent confusément que ce ne sera pas un havre de paix et de prospérité. C’est tout ce qui leur reste, cet espoir si minime soit-il.

Ils vont de désillusions en désillusions, de catastrophes en catastrophes et ils restent debout.  Malgré la boue, les immondices où ils doivent se cacher, ces gosses restent humains, terriblement humains malgré tous les pièges et arnaques qui visent à leur ôter leur humanité, à les anéantir. Pourtant, la ville et ses lumières ne sont pas loin d’eux. « Chaque lueur qui vacillait au loin était une fête possible, une maison où d’autres enfants dormaient. »

Bénévole à la CIMADE, Delphine Coulin a écrit ce court roman à charge où la désillusion, la colère, la déception, la peur, la solitude, le froid, la colère  habitent ces six jeunes gens qui ont eu la « mauvaise idée » de vouloir fuir la mort dans leurs pays, d’avoir eu l’espoir en un autre lieu meilleur.

Une fille dans la jungle, un livre écrit à hauteur des enfants, les pieds dans la fange avec des mots qui frappent et sonnent juste. Elle rend leur humanité à Ali, Elira, Hawa, Ibrahim, Milad et le petit Jawad.

Une lecture marquante qui ne s’oublie pas. Découverte Explolecteurs  Lecteurs.com

 

 

 

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Ludovic Ninet - La fille du Van

8 Septembre 2017, 14:51pm

Publié par zazy

La fille du van

 Ludovic Ninet

Editions Serge Safran

Août 2017

208 pages

ISBN : 979-10-90175-71-6

 

4ème de couverture :

Sonja, jeune femme à la chevelure rousse, fuit son passé militaire en Afghanistan et lutte contre ses cauchemars. Elle se déplace et dort dans un van. Tout en enchaînant des petits boulots, elle erre dans le sud de la France.

Échouée à Mèze, dans l’Hérault, elle rencontre Pierre, ancien champion olympique de saut à la perche, homme aux rêves brisés. Puis se lie d’amitié avec Sabine qui la fait embaucher dans un supermarché, et Abbes, fils de harki au casier judiciaire bien rempli.

Entre Mèze, Sète et Balaruc-les-Bains, sur les bords de l’étang de Thau, tous les quatre vont tenter, chacun et ensemble, de s’inventer de nouveaux horizons, un nouvel avenir.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Ludovic Ninet est né à Paris en 1976. Il a exercé le métier de journaliste pendant quinze ans. Il vit aujourd’hui en Vendée.
La Fille du van est son premier roman.

 

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Sonja vit dans son van. Un vieux véhicule tout cabossé comme elle. D’emblée, avec sa « chevelure rousse qui flambe sous la bruine », Pierre est attiré par elle, il conviendrait mieux de dire aimanté « par cet animal nocturne en plein jour, angoissé et sans repères ». Une pancarte autour du cou, elle mendie pour manger, agressive  « belle gueule, mais gueule cassée ».

 Elle fuit les images, les souvenirs. Mariée, un enfant, elle fuit une première fois parce qu’elle ne supporte pas le naufrage de son mariage, son amour finissant,  son mari qui n’a jamais travaillé, ne plus lutter seule pour faire tourner la famille, payer les traites. Elle s’engage en tant qu’infirmière, c’est son métier, en Afghanistan. Elle a vu beaucoup de ses compagnons mourir dans une embuscade où elle a côtoyé l’horreur. De retour en France, le stress post-traumatique lui donne des hallucinations, elle ne supporte même plus son fils et fuit une fois de plus pour ne pas imposer ses délires à sa famille. Dans son van, elle se bourre de comprimés de Lexomil arrosés d’alcool ; ainsi, elle peut pendant quelques heures, chasser les images qui la hantent.

« Une fusillade la réveille.
Elle sursaute, ça tire, ça canarde, elle cille pour émerger et déjà sa bouche colle, c’est la nuit, Sonja, comme toujours les insurgés attaquent la nuit. Elle cherche les balles traçantes mais n’en voit aucune, craint les impacts de roquettes, retient son souffle, d’où tirent-ils, les ordures ? Nouvelle rafale. Elle plaque les mains sur ses oreilles, va pour s’allonger sur la banquette ou mieux, se blottir contre les pédales. Mais elle entend des rires. Pas des cris, des rires, des rires d’enfants. Elle se redresse, risque un regard circulaire. Jamais les enfants ne riaient pendant que ça tirait.
Il ne pleut plus. Elle reconnait l’étang de Thau. Elle aperçoit, au bord de l’eau, un groupe de jeunes adolescents qui font exploser des pétards. On est samedi soit.
Quelle conne.
Elle se gifle. Quelle conne tu fais, répète-t-elle, elle tremble encore, ne se pardonne plus, ne se supporte plus. »

Un grand résumé de sa vie actuelle, son incapacité à revenir à sa vie d’avant, d’avant la guerre, les morts, les fusillades, à ne pas revivre les images de morts et de mutilés.

Pierre, ce colosse aux pieds d’argile fut champion du monde de saut à la perche. Il a côtoyé les anges et la chute fut dure

« Après la médaille d’or ? C’est la fin du voyage. Il y a le grand saut. Puis tu retombes. Et ça peut faire très mal… Je suis aspiré vers le haut mais dessous je sais qu’il y a le vide. »

N’oublions pas Abbes et ses cicatrices jamais entièrement refermées de fils de harki. Il a subi jusqu’à se rebeller et faire plusieurs détour par la case prison.

Ils se soutiennent, évitent de peu des naufrages, espèrent encore et toujours, même Pierre y a cru un instant. Pourtant, les mots ne sortent pas ou difficilement, il y a encore et toujours la détresse, la solitude, le passé, les blessures, ce qu’ils voudraient oublier. Malgré cela ils avancent et de la mort jaillit la vie.

Tout ceci pourrait n’être qu’un mélo, mais Ludovic Ninet ne s’est pas achoppé à cet écueil. Son écriture est dense, ses phrases sonnent juste, alternant atrocité, sensualité, tragique, douceur, espoir et beauté. Une écriture sans fioriture, journalistique (métier de Ludovic Ninet) pour parler des cauchemars de Sonja

Un premier roman époustouflant où Ludovic Ninet sonde l’intime de ces survivants de leur passé qui ne se laisse pas oublier. Une superbe chronique sur des gueules cassées qui essaient grâce à l’amitié et l’amour de fendre l’armure de mort-vivant pour essayer tout simplement de vivre.

Un nouveau petit bijou des Editions Serge Safran et un coup de cœur pour moi.

 

«Elle sait qu'elle perd la boule, le mal n'est pas visible, il ne lui manque ni bras ni jambe, juste une case que la guerre lui a prise, mais qui va la croire ? Un trou s'est ouvert en elle. »

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Jean-Michel Guénassia - La valse des arbres et du ciel

7 Septembre 2017, 14:50pm

Publié par zazy

 

La valse des arbres et du ciel

Jean-Michel Guenassia

Editions Albin Michel

Août 2016

304 pages

ISBN : 9782226328755

 

4ème de couverture :

Auvers-sur-Oise, été  1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies.

Jean-Michel Guenassia  nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours.

Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ?…

Autant de questions passionnantes que Jean-Michel Guenassia  aborde au regard des plus récentes découvertes sur la vie de l’artiste. Il trouve des réponses insoupçonnées, qu’il nous transmet avec la puissance romanesque et la vérité documentaire qu’on lui connaît depuis Le Club des incorrigibles optimistes.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jean-Michel Guenassia est l'auteur de quatre romans à succès : Le Club des incorrigibles optimistes (Goncourt des lycéens 2009), véritable phénomène d'édition en France et dans le monde, La vie rêvée d'Ernesto G. (2012), Trompe-la-mort (2015), La Valse des arbres et du ciel (2016), tous parus chez Albin Michel. À ce jour, il a vendu plus d'un million d'exemplaires de ses livres.

 

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Avec La valse des arbres et du ciel », Jean-Michel Guenassia offre une version romancée des derniers mois que Van Gogh a passé à Auvers-sur-Oise avant de mourir d’une balle dans l’abdomen.

Marguerite Gachet, fille du docteur Gachet qui soigna le peintre narre ses souvenirs d’amoureuse éperdue et de son idylle  avec Van Gogh ;  j’avoue ne pas y avoir cru. Nonobstant la belle écriture de l’auteur, je me suis un peu ennuyée dans cette lecture et je n’ai pu croire en son histoire, malgré des phrases de cette beauté.

 « Je suis passée mille fois devant ce paysage qui était pour moi semblable à mille autres vallons paisibles, mais ce que je vois n'est ni banal ni paisible, ce sont les blés et les arbres qui vibrent comme s'ils étaient vivants et passionnés de vivre, avec le vent qui les bouleverse, le jaune qui s'agite de partout et le vert qui tremble ».

J’avais eu aussi, un léger manque avec La vie  rêvée d’Ernesto G. Là aussi, l’écriture m’avait séduite, mais cela ne suffit pas.

 

 

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Clarisse Gorokhoff - De la bombe

1 Septembre 2017, 13:38pm

Publié par zazy

De la bombe

Clarisse Gorokhoff

Editions Gallimard

Mai 2017

272 pages

ISBN : 9782072723858

 

 

4ème de couverture :

Dans un luxueux hôtel d’Istanbul, Ophélie a posé une bombe. Une bombe, elle rêve aussi d’en être une aux yeux de Sinan, cet amant qui n’a de cesse de la rabaisser. A-t-elle vraiment appuyé sur le détonateur? En tout cas, le monde a tremblé, et la jeune femme doit désormais se cacher.

Mais que fuit-elle vraiment? Sur les routes brûlantes qui longent la mer Égée, Ophélie se laisse emporter par les caprices d’un hasard burlesque. Confrontée au poids des morts et à la violence des vivants, elle a encore bien des rencontres à faire, des pièges à déjouer, des doutes à éclaircir.

 

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 « Il était une fois seulement, dans un splendide palais sur les rives du Bosphore, une jeune femme qui s’apprêtait à poser une bombe…
Le splendide palais sur les rives du Bosphore, c’est l’hôtel Four Seasons Bosphorus, répertorié dans tous les guides d’Istanbul. La jeune femme, elle, n’est répertoriée nulle part, pourtant je la connais bien ‒ il s’agit de moi. »

Cette phrase « n’est répertoriée nulle part » n’augure rien de bon pour cette jeune femme qui, dès le début du livre, ne sait où se situer.

Ophélie, jeune française passe sa vie à l’hôtel Four Seasons Bosphorus, au bord de la piscine ou dans la chambre, pardon, la suite 432. C’est là qu’elle retrouve son amant, Sinan, riche homme d’affaires louches qui adore rabaisser son entourage et Ophélie en tout premier lieu.

« Ma seule obsession était de plaire, plus que de raison –à la folie, si possible- à cet homme. »

Dans la suite 432, elle rencontre Derya, femme de chambre et plus si affinité. La jeune kurde  et Ophélie se lient. Derya lui raconte sa vie, sa famille, ses frères morts ou emprisonnés… et la bombe arrive entre les mains d’Ophélie
 

Qu’est-ce qui pousse Ophélie, à déposer  la bombe, non pas à « Tarabaya, au pavillon Huber, ou le président séjourne en ce moment », mais au bord de la piscine du Four Seasons Bosphorus, et ainsi, en détourner le message politique?

De retour chez elle, elle affronte sa voisine pour une fuite d’eau. A partir de cet instant, les évènements vont s’accélérer et elle va se retrouver en cavale avec un mort dans sa voiture.

 

Entre deux « actions » Ophélie se raconte, raconte sa vie avec son amant, ses débauches, et aussi, les abandons successifs de sa mère qui l’ont totalement déboulonnée. Il n’y a en elle que des ruines sur lesquelles elle ne peut s’appuyer pour avancer.

Ophélie est une chose, un instrument, une marionnette actionnée par d’autres. Derya, la kurde qui lui demande de poser la bombe. Sinan, son amant qui n’a de cesse de la rabaisser… Il n’y a qu’Eliot, mais elle l’abandonnera, trop prise dans le maelstrom qu’elle a créé sans le vouloir.

Ophélie fuit encore et toujours que ce soit dans l’alcool, les drogues, l’amour, sa façon de se comporter, son besoin de sensations fortes. L’impression qu’elle se laisse balloter par les vagues de ses rencontres qui peuvent tourner au meurtre

« Je déteste la sobriété. Quand elle n’obstrue pas  complètement les idées, celles-ci affluent sombres et tranchantes, et je ne sais pas quoi en faire. »

Je reconnais une belle écriture, Clarisse Gorokhoff ose la crudité sans vulgarité, le texte est alerte, quelque fois bouleversant, drôle, ironique. Pourtant, je n’ai jamais trouvé un endroit où m’accrocher à Ophélie. Fidèle à ses cavales, elle m’a fui.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Gaël Octavia - La fin de Mame Baby

16 Août 2017, 21:02pm

Publié par zazy

La fin de Mame Baby

Gaël Octavia

Editions Gallimard

Collection Continents noirs

Août 2017

76 pages

ISBN : 9782072737015

 

4ème de couverture :

Le Quartier est une petite ville de banlieue où se croisent les destins de quatre femmes. Mariette, recluse dans son appartement, qui ressasse sa vie gâchée en buvant du vin rouge. Aline, l'infirmière à domicile, qui la soigne et l'écoute. Suzanne, la petite Blanche, amante éplorée d'un caïd assassiné. Mame Baby, idole des femmes du Quartier, dont la mort est auréolée de mystère. À travers la voix d'Aline, de retour dans le Quartier qu'elle a fui sept ans auparavant, les liens secrets qui unissent les quatre héroïnes se dessinent...

La fin de Mame Baby raconte avant tout, avec finesse, grâce et passion, l'art qu'ont les femmes de prendre soin les unes des autres, de se haïr et de s'aimer.

 

L’auteur (source Babelio) :

Gaël Octavia, née le 29 décembre 1977 à Fort-de-France, est une écrivaine et dramaturge française. Elle est aussi réalisatrice et artiste peintre.

 

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Elles habitent « Le Quartier » qui est en fait « une toute petite ville ».

« Ainsi le Quartier est-il laid. Les murs de ses immeubles ne sont ni vraiment marron ni vraiment gris. La grande esplanade à l’est, n’est même pas un peu verte. L’église ultramoderne a une forme biscornue qui n’appelle pas du tout le recueillement ».

Mal conçu, le Quartier a vu déserter les petits commerçants, chassés par le centre commercial « dont les chantiers sans fin attestent qu’il grossit de jour en jour ». La violence règne

« Quand on interroge les habitants du Quartier sur la violence, ils l’évoquent comme un fait du Quartier et non d’eux-mêmes, les habitants ».

Gaël Octavia déroule la vie de quatre femmes, trois noires et une blanche qui vivent et fréquentent le quartier.

Mame Baby, la surdouée, qui sut lire, écrire, compter avant d’aller à l’école, trop tôt disparue que je pensais être un mythe, tant elle est décrite comme « La perle du quartier ».

« Elle sut à cet instant qu’elle n’était plus une enfant parce qu’elle se sentit responsable de ces enfants, ces lycéens plus vieux qu’elle, de leurs frères, de leurs sœurs, de leurs parents, de tout le Quartier. Elle comprit que c’était cela, être Mame Baby pleine et entière, qu’il en serait ainsi désormais, et que cela était lourd et terrible. » Oui Mame Baby devient le trait d’union entre toutes les familles

Mariette et elle était amies depuis l’école primaire, mais personne d’autre n’en parle ou ne s’en souvient.

Mariette la divorcée qui ne s’est jamais remise du départ du second mari, à moins que ce ne soit du départ du premier mari, le garçon étranger, tant aimé, « avec le garçon étranger, on a commis le pire des crimes. Le pire des crimes, c’était l’exogamie, hier comme aujourd’hui, les Roméo et Juliette du Quartier et des villes alentour peuvent en témoigner. »,  qui vit seule dans son appartement, je devrais dire dans son rocking-chair et pleure la mort de son fils

Mariette, si fatiguée par la vie, « C’est tellement fatiguant de porter un cadavre. » Elle a vraiment porté le cadavre de son fils sur plus de cent mètres

« Le désordre vous semblera effrayant. Il y aura des verres bides partout. Vous les ramasserez jusque dans les recoins les plus improbables. Les mégots sur le sol auront l’air de pousser comme des plantes grasses. Il y aura aussi des amas de vêtements à terre » C’est l’état de l’appartement de Mariette, mais c’est aussi l’état de son âme. Mariette n’est qu’amertume qu’elle noie dans le vin.

Suzanne, l’infirmière blanche qui pleure son amant mort. Toutes deux évoquent le disparu sans que Mariette n’ait l’air de comprendre qu’il s’agit de la même personne, son fils

Aline remplace Suzanne auprès de Mariette qui la trouve « Noire comme hier soir » ou, voulant se rattraper, « Noire comme Mame Baby ». Elle est aussi issue du Quartier « Moi qui avais appréhendé  ces retrouvailles avec la ville qui m’avait vue grandir, j’ai goûté l’expérience d’y être une étrangère. Il m’a semblé que c’était la meilleure manière d’être de retour. »

L’Assemblée des femmes tient un rôle important dans le Quartier. Mémoire de Mame Baby dont les récits se passent de mère en fille ou fils, pour l’exemple. Mariette n’y a jamais eu sa place « Bien que ce fut contraire au style de l’Assemblée, des mots ont fusé contre la mère du monstre… Une de ces femmes qui ne se remettent jamais d’un divorce. »

Aline est la conteuse qui fait le lien entre tous.  je m’aperçois très vite que tout tourne autour de LUI, Pierre, l’absent, le mort, l’amant, le fils, le fœtus, et… Aline raconte leurs vies, leurs histoires chaotiques, petit-à-petit se raconte, se dévoile.

Pierre, beau garçon qui attire les filles et les maltraitent. Il a la violence dans la peau depuis tout petit « Mariette avait chéri, caressé, nourri l’éclatement de beauté qui, quotidiennement, avait fait rage sous ses yeux. Et puis à force de semer la violence aux quatre vents, à force de la distribuer sans compter, Pierre avait fini par être anéanti par la violence, dans la superbe de la jeunesse, un mois avant son vingt et unième anniversaire. »

 

Le destin de ces quatre femmes s’entrechoque dans un premier roman abouti et visuel.

 

Livre lu dans le cadre de Masse Critique. Merci à l'équipe de Babelio de me l'avoir proposé

 

 

 

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Hannelore Cayre - La Daronne

8 Août 2017, 21:03pm

Publié par zazy

La daronne

Hannelore Cayre

Editions Métailié

Mars 2017

176 pages

ISBN : 9791022606073

 

 

4ème de couverture :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e dpj.

 

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

 

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

 

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

 

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

 

Et on devient la Daronne

 

L’auteur (site de l’éditeur)

Hannelore Cayre est avocate pénaliste, elle est née en 1963 et vit à Paris. Elle est l’auteur, entre autres, de Commis d’office, Toiles de maître et Comme au cinéma. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, et l’adaptation de Commis d’office est son premier long métrage.

 

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Recette pour être La Daronne

1 -  Avoir des parents pas trop regardants sur l’honnêteté, aimant le businesse international

« Mes fraudeurs de parents  aimaient viscéralement l'argent. » « Il (son père) avait fait fortune en envoyant ses camions vers les pays dits de merde dont le nom se termine par -an comme le Pakistan, l'Ouzbékistan, l'Azerbaïdjan, l'Iran, etc.". Pour postuler à la Mondiale, il fallait sortir de prison. »

2 – Se retrouver veuve avec deux jeunes enfants à nourrir

« Ah, oui, le travail… Personnellement, j’ignorais de quoi il s’agissait avant d’avoir été boutée hors du générique d’Amicalement vôtre par quelque entité malfaisante…

3 – Parler l’arabe

Et puisque je n’avais rien d’autre à offrir au monde qu’une expertise en fraude de tout genre et un doctorat en langue arabe, je suis devenue traductrice-interprète judiciaire. ».

4 –Devenir traductrice interprète judiciaire d'écoutes téléphoniques en arabe, Prêter serment d’apporter son concours à la justice, Bien faire son travail d’interprète et… Interpréter les paroles mais dans le sens des prévenus ou des victimes, selon que vous trouvez le type touchant ou pas

« Quand je trouvais mon type touchant, il m’arrivait dans le flot de paroles d’un juge de lui dire des choses en arabe comme : Dis à ces connards ce qu’ils ont envie d’entendre et qu’on en finisse : que t’as volé pour pouvoir prendre ton billet de retour tellement t’as hâte de partir. »

5 – Erre payée au noir par le ministère de la justice

6 – Se spécialiser dans les écoutes téléphoniques chez soi (très important)

Elle écoute et indique aux flics les prochaines livraisons, les paiements…Ils n’ont plus qu’à !

7 -  Tenter sa chance sur un coup imparable

8 – Ecouler cinq cents kilos de marchandise, mais, attention, pas d’ostentation ! Se déguiser, prendre l’accent ad hoc, partir avec ses sacs Tati, ne pas avoir peur et revendre « les petits poissons », surtout, ne pas ergoter devant les dealers, petits mecs qui parce que vous êtes une gonzesse, une femme auraient envie de vous rabattre votre caquet.

« Les trois me regardaient hallucinés, s’attendant à tout sauf à faire du deal avec leur mère. »

 

La Daronne, c’est Constance Portefeux, une intelligence à toute épreuve. Elle a découvert son surnom lors d’une écoute

« Vas-y, moi je bosse toute l’année avec la daronne chelou, là. Je réfléchis même pas si c’est une keuf ou quoi. Elle est tellement patate que je vais te la faire à 8. »

La Daronne est traductrice et, ici, elle traduit au pied de la lettre le besoin des dealers en les fournissant.

Maître  Cayre, l’auteure, est avocate dans le civil, mais pas dans la finance, non  avocate pénaliste, les doigts dans le cambouis, les pieds dans la fange de la société… Bref, de quoi perdre ses illusions.

Un polar politiquement incorrect, plein d’humour grinçant, d’ironie cinglante, une écriture jubilatoire, vivante, quelque peu provocante. Je pense que Hannelore Cayre a pris grand plaisir à l’écriture de ce livre, allant jusqu’à figurer, déguisée en Daronne, sur la couverture.

J’avais une grande envie de savoir ce que cette Daronne avait dans le ventre… Je ne suis pas déçue, le résultat dépasse mes espérances.

Je comprends pourquoi ce livre a obtenu le prix Le point du polar européen.

J’attends avec impatience le prochain car, Madame Cayre, pardon Maître Cayre, vous n’allez certainement pas vous arrêtez en si bon chemin. Vous avez sous les yeux matière à nous étonner encore.

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Claire Gondor - Le coeur à l'aiguille

24 Juillet 2017, 20:35pm

Publié par zazy

Le cœur à l’aiguille

Claire Gondor

Editions Buchet-Chastel

Collection Qui Vive

Mai 2017

ISBN 978228030547

 

4ème de couverture :

 

« Alors elle l’a préparée, jour et nuit, sa robe de mariage, avec ses mots à lui, et si elle le pouvait, elle les coudrait à même sa peau, elle se les tatouerait à l’aiguille et au fil, sur les seins et sur les hanches, pour en sentir la morsure, pour ne jamais être distraite de lui. »

 

 Banlieue parisienne, années 2000. Soir après soir, Leïla se penche sur son chef-d’œuvre d’encre et de papier : une robe constituée des cinquante-six lettres que lui a adressées Dan, son promis parti au loin. 

 

 Au fil des chapitres se dessine la trame de leur histoire commune : leurs rencontres, leur complicité, leur quotidien, les petits riens qui donnent à tout amour son relief si particulier. Chaque missive fait ressurgir un souvenir, un paysage, une sensation, qui éclairent peu à peu la géographie de leur intimité passée.

 

Un premier roman délicat où l’on suit l’aiguille qui raccommodera le cœur meurtri d’une jeune fiancée.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

 

Claire Gondor est née à Amiens et a grandi à côté de Dijon. Elle est aujourd’hui directrice de médiathèques à Langres. Elle a fondé en 2014 une compagnie de création d’événements littéraires, L’Autre Moitié du Ciel. Elle est par ailleurs engagée dans de multiples associations, à titre personnel ou professionnel : ainsi a-t-elle fait partie de la Commission Communication de l’Association des Bibliothécaires Français, et elle est toujours au bureau de l’ABF Bourgogne.

 

Le Cœur à l’aiguille est son premier roman

 

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Le livre de Claire Gondor fait écho à celui de Pierre Cendors « Minuit en mon silence » et la longue lettre du lieutenant allemand ferait un beau voile à la robe que coud Leïla.

Leïla, jeune afghane et Stan, jeune homme au regard vert ont eu le coup de foudre l’un pour l’autre. L’une enthousiaste et l’autre taiseux se complètent et s’aiment.  Je comprends que Stan est militaire, parti pour une guerre dont il ne reviendra pas. Leïla, sa jeune fiancée a décidé de coudre, sur sa robe de mariée, ils devaient s’unir pendant une permission, les courtes missives qui lui envoyaient son amoureux.

« Cinquante-six bouts de papier ; cinquante-six fragments blancs, sept mois de vie à distance, de serments de miel échangés, entre Khartoum et Paris. »

Pour ce faire, il faut qu’elle soit seule. Personne ne doit voir, personne ne doit savoir, personne n’a le pouvoir de l’aider. Seule sa tante saura trouver les mots et le livre de poèmes.

« Quels mots pour parler de l’absence, de cet espace inhabité où elle se tenait à présent ? Et ce projet fou, sa tentative à elle pour combler le vide, pouvait-il être compris ? C’était rigoureusement impossible. Leïla tissait son cocon à l’abri des regards. Toute intrusion menaçait son équilibre »

Leila coud

« fil noir au chat de l’aiguille dans la main tatouée de Leïla… Les mêmes gestes tous les soirs, les mêmes mains et leurs aiguilles, et cette robe qui s’évase sur le mannequin du salon, et cette boîte qui se vide, soir après soir, dans le silence.

A l’inverse de Pénélope, elle sait que son amour ne reviendra jamais de là-bas, de la guerre.

C’est sa façon de s’unir à Stan, sa façon d’accepter l’inéluctable, sa période de deuil à elle, toute seule dans son appartement, sa façon de faire face

« La vie n’attendait pas que Leïla se relève. Il fallait construire à présent, et rassembler les morceaux de son existence en miettes. Les reprendre à l’aiguille, les ramasser au fil, en suivant les courbes d’un patron de robe. Suturer la douleur pour la faire taire enfin. »

Claire Gondor a bâti, avec ses mots, une robe d’amour, un livre sur le deuil très beau, bouleversant, fragile comme les lettres cousues par les mains de Leïla.

Je termine ma première saison 68 premières fois sur un superbe roman.

 

 

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Dominique Costermans - Outre-mère

12 Juillet 2017, 11:38am

Publié par zazy

 

Outre-Mère

Dominique Costermans

Editions Luce Wilquin

Février 2017

176 pages

ISBN 978-2-88253-529-0

 

4ème de couverture :

Outre-Mère est moins le récit de la véritable histoire de Charles Morgenstern, juif, bruxellois, enrôlé dans l’armée allemande puis indicateur au service de la Gestapo, que celui de son dévoilement, malgré le silence imposé qui règne encore dans sa famille deux générations plus tard. Que faire des secrets ? De la famille, de la guerre et de ses monstres ? Du silence de la mère ?

Ces questions provoquent tout autant l’enquête de Lucie que l’écriture envoûtante de ce texte.

Le paradoxe de ce roman, son paradoxe passionnant, c’est que le secret le plus crucial apparaît moins dans une révélation – vite livrée au lecteur – que dans les moments anxieux, obstinés et rebondissants de son dévoilement tentaculaire.

Il en résulte un étrange passage de la souffrance et du silence à la délivrance de la mère comme de la narratrice – et du lecteur.

 

Dominique Costermans est l’auteur d’une demi-douzaine de recueils de nouvelles. Elle signe ici un premier roman au style clair et à l’architecture subtile.

 

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Lorsque l’on faisait sa communion solennelle, Il fallait choisir des images pieuses parmi tout un lot présenté par nos parents. Lucie est convoquée dans le bureau de son père pour faire cela. Le texte est déjà choisi. Il est inscrit au dos d’une image « Hélène Morgenstern, en souvenir de la première visite de Jésus dans mon cœur, le 30 mai 1946 ». Il n’y aura que le nom à changer.

Alors, Lucie demande :

- C’est qui, Hélène Morgenstern ?
La question a fusé, mais la réponse de Maman aussi, d’un petit ton sec que Lucie connaît bien.
« C’était une amie de classe », dit-elle, indiquant que la conversation s’arrête là.

Pourquoi porte t'elle le même prénom que sa mère, quelles étaient leurs relations pour qu’elle ait gardé l’image de communion et veuille le même texte pour ses images de communion à elle ? Que de questions dans la tête de la petite fille. Oui, Lucie voudrait en savoir plus sur cette amie de sa mère qu’elle n’a jamais rencontrée, dont sa mère n’a jamais parlé. « D’ailleurs, elle ne parle jamais d’avant »

« Lucie sait que dans cette famille, il y a des questions à ne pas poser et des sujets à ne pas aborder. Mais c’est la première fois qu’elle en prend conscience. »

Lucie voudrait bien connaître ce qui est arrivé à ses grands-parents, mais toujours la même réponse de sa mère : « pas question ! »

Adulte, pour arriver à ses fin, savoir ce qui se cache derrière ce silence obstiné, Lucie va devoir ruser, passer outre-mère, outre l’obstacle de sa mère et essayer de vider l’outre qui gonfle et étouffe sa mère

« Ma mère use avec nous de ce procédé qui a muselé toute une génération après la guerre, celle des rescapés, celle des revenus de l'enfer, celle des enfants cachés, celle des survivants. De tous ceux qui tentaient de raconter leur épouvantable histoire et qu'on a fait taire d'un "Tu n'as pas à te plaindre; au moins, toi, tu es vivant". Ils avaient survécu, leur souffrance était inaudible: on les priva de parole. Ou ils se résignèrent d'eux-mêmes au silence. »

Est-ce la douleur  de la disparition ? Ses grands-parents sont-ils morts dans les camps ? Petit-à-petit, j’apprends que non. Pas de résistants, pas de héros, mais un grand-père, Charles Morgenstern, juif,  qui collabora activement avec les autorités allemandes en dénonçant des réfractaires au travail obligatoire, voire des juifs. Il s’est enfui en Allemagne.

« Vous avez obligé sa mère (la grand-mère de Lucie) à partir pour l’Allemagne alors que l’enfant avait juste quatre mois. Il n’était même pas sevré. Mais bien sûr, de cela vous ne vous êtes pas vanté. »

La narratrice se découvre toute une famille car  son grand-père a eu une vie amoureuse compliquée avec maîtresses et enfants de plusieurs lits.

 

Lucie ne cache rien de ses recherches, ne met pas sous le boisseau la noirceur de son grand-père qui tombe du mauvais côté parce que « l’armée belge n’a pas voulu de lui ».

« La frontière est parfois mince entre ce qui fait qu’un homme devient un héros ou un traître. Combien se sont trouvés du côté des bons ou des méchants juste parce qu’ils avaient fait un choix d’opportunité qui, en fin de compte, leur a ouvert un destin ? »

Lucie a remué beaucoup de documents, casser la gangue, fait quelques dégâts. A la veille d’écrire un livre sur ses recherches, elle se demande qu’elle sera la réaction de ses amis juifs lorsqu’ils découvriront le document.

"Je l'écris pour Hélène. Je l'écris contre son gré.
J'écris aussi cette histoire pour mes enfants. Je l'écris pour mettre à plat, comprendre, reconstituer, mettre de l'ordre. Pour transmettre."

« Dans les caves de cette histoire dont personne ne m'a donné les clés, j'ai trouvé des cadavres et des monstres ; quelques trésors, aussi. J'ai trié, rangé, empaqueté, nettoyé les toiles d'araignée et chassé la poussière. »

Seront-elles pus heureuses, plus apaisée après ? Rien n’est moins sûr  pour sa mère. Pas facile d’officialiser être la fille d’un salaud. J’avais rencontré ce thème avec  « Trompe-la-mort – Les carnets de Pierre Paoli, agent français de la Gestapo » de Jacques Gimard ».

Une écriture efficace, sans fioriture, quelques fois poignante sans être larmoyante, juste, dense. Un livre fort, un très bon premier roman sur les secrets de famille.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

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Laetitia Colombani - La tresse

27 Juin 2017, 22:04pm

Publié par zazy

La tresse

Laetitia Colombani

Editions Grasset

Mai 2017

224 Pages :

ISBN : 9782246813880

 

4ème de couverture :

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

 

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

 

Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

 

Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

 

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs métrages. A la folie pas du tout  et  Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La tresse  est son premier roman

 

 

Pour confectionner une tresse, il faut trois mèches de cheveux, trois fils. Dans son livre Laetitia Colombani tresse la vie de trois femmes, trois lieux, trois vies pour une histoire de chevelure pas tirée par les cheveux. Oui, il fallait que je la fasse, vous connaissez mon goût pour les jeux de mots douteux !

Ce qui les relies, c’est leur soif de liberté, leur désir de prendre leur destinée à bras le corps.

 

Smita vit en Inde, à Badlapur. Intouchable elle est, Intouchable elle reste. Son travail, son darma depuis l’âge de six ans ? « Elle ramasse la merde des autres à mains nues, toute la journée »

Elle a décidé que sa fille ne serait pas comme elle et qu’elle irait à l’école pour sortir de sa condition

Giulia vit en Sicile à Palerme et travaille avec son père où ils « récoltent » les cheveux chez des particuliers ou chez les coiffeurs. Giulia n’a pas son pareil pour débusquer le cheveu blanc. Son père, victime d’un accident de la route est dans un coma profond. Elle décide donc de prendre le manche de l’entreprise et découvre avec effroi que l’entreprise est en faillite et doit relever le défi de la pérennité.

Montréal, Canada, Sarah,  avocate réputée à la veille d’être associée  au cabinet qui l’emploie apprend qu’un cancer a fait son nid en son sein. Cette femme d’affaires douée, divorcée, mère de deux enfants a tout misé sur sa réussite professionnelle. KO debout à l’annonce de son cancer, elle décide de mettre son opiniâtreté à faire reculer le crabe et vivre.

Oui, ces trois femmes décident de ne pas accepter, de dire non à la fatalité, de se battre pour un avenir meilleur, ou autre.

Leurs histoires se tressent pour une fin que je ne dévoilerai pas.

Laetitia Colombani avec son  écriture directe, un brin idéaliste, plein d’humanité, d’espoir, a concocté un roman qui fait du bien, ceci dit sans ironie, agréable à lire.

Ce n’est pas un roman inoubliable, plutôt un livre à lire dans un train, en vacances pour passer un instant agréable et positiver.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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