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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Eric Faye - Nagasaki

20 Janvier 2016, 11:21am

Publié par zazy

Nagasaki

Eric Faye

Août 2010

112 pages

ISBN : 9782234061668

 

4ème de couverture :

Tout commence par des disparitions, des déplacements d'objets. Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. Cet homme ordinaire rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n'a pas d'odeur, sauf celle de l'ordre et de la mesure. Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Car dans ce monde contre lequel l'imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s'est produit. "Comme je l'apprendrais plus tard lorsqu'un inspecteur me rappellerait, les agents avaient trouvé porte close chez moi. Aucune fenêtre ouverte, ce qui les avait étonnés. Après avoir forcé la serrure, ils avaient été plus intrigués encore de ne mettre la main sur personne à l'intérieur. Or tout était bien fermé. Croyant à une farce, ils avaient failli repartir tout de suite. L'auteur de cette plaisanterie l'aurait payé cher, monsieur Shimura, me ferait-il remarquer. Par acquit de conscience, toutefois, ils avaient fouillé chaque pièce. C'est dans la dernière, la chambre aux tatamis".

L’auteur (site de l’éditeur)

Éric Faye est l’auteur, chez Stock, de romans et de récits de voyage, dont Mes trains de nuit (2005), L’homme sans empreintes (2008), Nous aurons toujours Paris (2009) et Somnambule dans Istanbul (2013). Son dernier roman, Nagasaki, a obtenu en 2010 le Grand Prix du roman de l’Académie française.

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Passer 6 heures dans un train, est un espace vide d’attente que j’ai empli avec mes chers bouquins, dont celui-ci.

Une drôle d’histoire que cette invasion pacifique. C’est l’expérience que vit le narrateur. De retour chez lui, après une morne journée de travail, il a l’impression que des choses disparaissent dans le frigo, puis en est certain. Pour en avoir le cœur net, Shimura Kobo, propriétaire de la maison, installe une caméra reliée à son ordinateur. De son bureau, il surveille sa cuisine, jusqu’au moment où il LA voit se préparer un thé ! Intervention de la police qui, fouillant méticuleusement la maison, trouve l’intruse.

Elle, chômeuse, devenue sans logis, a élu domicile chez cet homme qu’elle savait solitaire à horaires fixes.

Pourquoi justement chez lui ? Est-ce le hasard ? Par un courrier elle explique les raisons de son choix.

Ce qui m’a surpris dans ce livre, outre le fait de l’intrusion, c’est la vie presque similaire des deux protagonistes. Leur solitude, leur vie étroite, le silence qui les entoure et qu’ils cultivent.

Un livre court, une écriture agréable ; tous les ingrédients pour passer un très bon moment de lecture.

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Marie Surgers - C'est le chemin qui compte

11 Janvier 2016, 18:27pm

Publié par zazy

C’est le chemin qui compte

Marie Surgers

Dessins de Sophie Gaucher

Editions Rue des promenades

ISBN : 9782918804338

 

4ème de couverture :

*Quand j’atteins l’avenue circulaire, 180 degrés de ciel me saurent dessus. Bleu-gris très pâle, pommelé d’immenses nuages rouge sang. Suffocant ? Je m’arrête pile –oh pardon, iraniennes aux voiles battants qui me marchez sur les talons. Et dans le même instant, une pagaille de tourterelles prend son envol au loin : un bête de vol de pigeons mais éclairé au stroboscope. Sans me laisser le temps de recouvrer mon souffle, l’appel à la prière explose, et c’est la mosquée du jardin botanique : l’une des plus belles voix de Damas. Je n’ose pas sourire, je n’ose pas bouger.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marie Surgers est née en 1978. Elle a été maîtresse d’école pour enfants sourds. Elle traduit des livres, notamment ceux d’Ursula Le Guin. Elle s’y connait en moissonneuses-batteuses et en machines à vendanger automotrices, dont elle peut parler avantageusement en huit langues. Elle mange des cigarettes et des séries télés ; elle boit du café, du lait UHT demi-écrémé (surtout pas mélangés !) et du Jack Daniel’s. Elle aurait voulu être astrophysicienne. Si elle avait droit à un seul aller-retour dans une machine temporelle, elle irait voir Jacques Brel en concert.

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Lire ce petit livre au moment où la Syrie est mise à feu et à sang a été une oasis.

Nous sommes en 2010, Marie Surgers part un semestre en fac à Damas. Elle écrit ses impressions sur un blogue et c’est la transcription de ce blogue que j’ai en mains.

Une écriture honnête, gaie, heureuse, vivante. Beaucoup, il me semble, d’honnêteté, d’amour pour ce pays qui n’était pas libre, mais était vivant.

Marie Surgers décrit avec humour, amour, sa vie à Damas. Le code de la route m’a fait sourire, tout comme l’art de traverser les routes à pieds. Beaucoup d’amour pour les syriens qui ont été si avenants avec l’étrangère qu’elle était.

C’est le chemin qui compte fait beaucoup de bien. Un livre enluminé par les dessins de Sophie Gaucher. Il se lit très vite, avec plaisir. L’écriture vivante, pétillante, drôle, tendre font que je vous le recommande.

Heureuse de cette découverte que je dois à et son opération La voie des indés. Déjà lu, et aimé, Le dessin des routes et La fille derrière le comptoir publiés aux éditions de La Rue des Promenades

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Déclaration universelle des droits de l'homme illustrée

10 Janvier 2016, 15:55pm

Publié par zazy

 

Déclaration universelle des droits de l’homme illustrée

Editions du Chêne

Décembre 2015

96 pages

ISBN : 9782812314759

 

4ème de couverture :

La Déclaration des droits de l’homme… Un texte fondateur dont tout le monde connaît le nom, mais qui l’a véritablement déjà lu, et surtout, saisi en profondeur ?

Liberté, égalité, éducation, vie privée… Autant de thèmes essentiels autour desquels susciter la réflexion et ainsi perpétuer la lutte contre les obscurantismes.

Les 30 articles illustrés par :

Rébecca Dautremer, Christophe Lautrette, Carlos Felipe León, Camille André, Gérald Guerlais, Maël Gourmelen, Lulu d’Ardis, Alexandre Puvilland, Caroline Piochon, Cyrille Bertin, Louis Thomas, Reuno, Sylvain Frécon, Sébastien Mourrain, Marc Boutavant, Kness, Lionel Richerand, Maumont, Luc Desmarchelier, Aline Bureau, Marc Lizano et Carole Trébor, Grégory Blot, Julien Rossire, Yasmine Gateau, Nicolas Bannister, Pascal Valdés, Sébastien Pelon, Nicolas Duffaut, Béatrice Bourloton, Jazzi, Pierre Alary.

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J’ai acheté 2 exemplaires de ce petit livret pour chacun de mes  enfants afin qu’ils le lisent ou fassent lire à leurs propres enfants, mais je l’ai lu avant.

La déclaration universelle des droits de l’homme, je n’en connaissais que des bribes, comme beaucoup. J’ai fait une découverte et, j’ai apprécié les dessins très explicites qui accompagnent les articles.

En fin de livre, des extraits de textes d’écrivains, politiques, philosophes tels Hugo, Stendhal, Euripide, Simone Weil, Elisabeth Badinter… soulignent la déclaration des droits de l’homme

Un livre à lire et à faire lire de toute urgence en ces temps barbares.

Je ne me suis pas ruinée : 2,50 € !! Alors achetez-le et surtout, lisez-le.

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Metin Arditi - Le Turquetto

5 Janvier 2016, 23:15pm

Publié par zazy

Le Turquetto

Metin Arditi

Editions Actes Sud

Août 2011

288 pages

ISBN 9782742799190

 

4ème de couverture :

Se pourrait-il qu’un tableau célèbre – dont la signature présente une anomalie chromatique – soit l’unique œuvre qui nous reste d’un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne : un élève prodige de Titien, que lui-même appelait “le Turquetto” (le petit Turc) ?

Metin Arditi s’est intéressé à ce personnage. Né de parents juifs en terre musulmane (à Constantinople, aux environs de 1519), ce fils d’un employé du marché aux esclaves s’exile très jeune à Venise pour y parfaire et pratiquer son art. Sous une identité d’emprunt, il fréquente les ateliers de Titien avant de faire carrière et de donner aux congrégations de Venise une œuvre admirable nourrie de tradition biblique, de calligraphie ottomane et d’art sacré byzantin. Il est au sommet de sa gloire lorsqu’une liaison le dévoile et l’amène à comparaître devant les tribunaux de Venise…

Metin Arditi dépeint à plaisir le foisonnement du Grand Bazar de Constantinople, les révoltes du jeune garçon avide de dessin et d’images, son soudain départ... Puis le lecteur retrouve le Turquetto à l’âge mûr, marié et reconnu, artiste pris dans les subtilités des rivalités vénitiennes, en cette faste période de la Renaissance où s’accomplissent son ascension puis sa chute.

Rythmé, coloré, tout en tableaux miniature, le livre de Metin Arditi convoque les thèmes de la filiation, des rapports de l’art avec le pouvoir, et de la synthèse des influences religieuses qui est la marque particulière du Turquetto.

Né en Turquie, familier de l’Italie comme de la Grèce, Metin Arditi est à la confluence de plusieurs langues, traditions et sources d’inspiration. Sa rencontre avec le Turquetto ne doit rien au hasard, ni à l’histoire de l’art. Car pour incarner ce peintre d’exception, il fallait d’abord toute l’empathie – et le regard – d’un romancier à sa mesure.

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Sans que je ne lui demande rien, Metin Arditi me tend la main, une main gantée. Celle d’une peinture à la signature énigmatique. Parti de cette anomalie chromatique révélée dans la « note au lecteur », il me lance dans un voyage à travers le 16ème siècle de Constantinople à Venise via la Grèce.

J’ai suivi le trajet d’Elie Soriano né à Constantinople, juif en terre musulmane. Il s’expatrie à la mort de son père à Venise pour pouvoir dessiner (ce que sa religion lui interdit) et suivre l’enseignement du Titien. Devenu Le Turquetto, juif, prétendument converti au christianisme, (cela lui coûtera la vie) je suis son évolution, sa gloire et sa chute.

La peinture tient une grande place dans ce livre. Outre le Titien ou le Turquetto, Metin Arditi dépeint Venise en son XVIème siècle empli de remugles, de toilettes, de magnificence, de misère. Le Turquetto regarde, emmagasine, dessine sans papier. Je suis ses mains dans les méandres de sa mémoire et de ses dessins imaginaires. J’ai vraiment eu l’impression de le suivre partout, d’être à ses côtés lorsqu’il peignait, c’est magique.

J’ai aimé les descriptions. J’ai parcouru les ruelles de la Sérénissime, humé les odeurs pestilentielles ou délicates. J’ai apprécié la réflexion sur la religion et sa représentation picturale ou réelle avec plus particulièrement Scanziani si préoccupé par son avancement et ses toilette, contrebalancé par l’humanité de Gandolfi. J’ai souri jaune au procès en hérésie perdu d’avance et, surtout, lorsque les tableaux de l’hérétique furent tous brûlés et qu’il en émanait une odeur d’encens qui a fait se prosterner les femmes venues assister à l’autodafé.

Enfin, tous, non puisqu’il envoie son dernier tableau à son maître, le Titien, avec ce simple T en signature.

A la fin du livre, la boucle est bouclée, mais je n’en dirai pas plus.

Une vie riche en péripéties, riche en rencontre, riche tout court qui donne un livre érudit, dense, beau que j’ai vraiment aimé lire.

Un coup de cœur pour un livre et un auteur qui m’a déjà enchantée avec « Prince d’orchestre » et « La confrérie des moines volants ».

 

 

 

 

 

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Jean-Charles Hue - Y'a pas de prévenance !

1 Janvier 2016, 22:53pm

Publié par zazy

 

Y a pas de prévenance !

Jean-Charles Hue

Editions les Forges de Vulcain

Mars 2012

158 pages

ISBN : 9782919176113

Traduction des textes vers l’anglais : Noura Wedell

Graphiste : Elena Vieillard

 

Résumé

Y’ a pas de prévenance ! rassemble pour la première fois les écrits de Jean-Charles Hue. L’artiste a conçu cet ouvrage comme un parcours à travers son univers artistique, entre le monde gitan et le Mexique de Tijuana et des combats de chiens. Il a pour ce faire mis en dialogue ses textes avec des images tirées de ses films, de ses vidéos et de ses séries photographiques, dont une a été réalisée spécialement pour l’occasion.

On y retrouve les personnages et les histoires, à la fois pleines d’humour et habitées d’un souffle épique, qui traversent ses vidéos et films. La langue orale et argotique qui caractérise ses écrits use de sonorités proches du vieux français et nous emmène dans un monde atemporel. Les objets (quart militaire, pistolet, couteau, voiture) qui sont récurrents dans son vocabulaire artistique servent ici de guides dans une atmosphère qui mélange crudité et sensualité.

L’auteur :

Né en 1968, Jean-Charles Hue vit et travaille à Paris. Diplômé, en 2000, de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy, il est, en 2005, en résidence à la “Villa Médicis Hors les Murs”, à Monterrey au Mexique.

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Le quart militaire, un couteau, une voiture volée, un pistolet reviennent souvent dans les pages de ce livre peu commun. J’avoue ne pas avoir accroché. L’entretien avec Katia Schneller a éclairé la partie roman. Fiction, documentaire j’ai hésité entre les deux. La violence, un argot inconnu, une écriture orale, des actions auxquelles je ne peux adhérer font que je n’ai pas pu entrer dans l’univers de Jean-Charles Hue. Les photos quelques fois trop sombres, d’autres surex, même si ce sont des photos extraites de ses films…. Non, vraiment, ce livre n’est pas fait pour moi. Je n’en ai pas compris la poésie.

Livre lu dans le cadre de a Voie des Indés orchestrée par

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Benoit Duteurtre - Service clientèle

31 Décembre 2015, 15:07pm

Publié par zazy

 

Service Clientèle

Benoit Duteurtre

Editions Gallimard

96 pages

Octobre 2003

ISBN : 9782070767182

 

4ème de couverture :

Pour Noël dernier, mes parents m’avaient offert un modèle de téléphone mobile extrêmement perfectionné.

Auteur de romans, de nouvelles et d’essais, Benoît Duteurtre a obtenu le prix Médicis 2001 pour le voyage en France.

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Nous avons tous connu les affres du service clientèle avec leurs plateformes téléphoniques, lorsque sur votre ordinateur vous lisez « cette adresse est invalide, veuillez taper votre mot de passe ». Jamais la même personne au bout du fil où il faut recommencer l’historique depuis le début à chaque fois. Les intervenants nous font faire les mêmes choses à chaque fois, bien que l’on affirme que nous l’avons déjà fait « Regardez l’historique, vous verrez ! » « Oui, mais la marche à suivre est celle-ci et je ne peux y déroger. C’est vous qui bloquez le dépannage en ne voulant pas refaire le processus avec moi ». Tiens donc, une petite dose de culpabilité en cadeau. Vilain client qui ne veut pas faire ce que l’on lui dit de faire. Si vous voulez aller directement voir le service clientèle, c’est l’attente longue et fastidieuse pour une même réponse ou presque.

Là, c’est pour un téléphone dernier cri perdu et donc, une facture qui reste à payer. Cela sent le vécu.

Dans la dernière partie, il a l’Immense chance, en sa qualité de client privilégié, de pénétrer dans le bureau, de rencontrer Dominique Delmare, Direction Clientèle !! Alors qu’on lui avait, pas plus tard que la veille, assuré que cette personne n’était qu’un avatar, une signature en bas d’une lettre type, bref qu’elle n’existait pas. C’est le début de la reddition

Un roman bref comme l’indique la couverture, drôle, ironique, iconoclaste, quelque peu désabusé dont j’ai apprécié la lecture. Une belle parabole sur notre époque de communication quasi obligatoire avec mots de passe, code secret...

Que tous ceux qui n’ont jamais connu, au moins une fois, cette situation, me jette… leur cellulaire !

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Laurent Binet - La septième fonction du langage

19 Décembre 2015, 22:52pm

Publié par zazy

La septième fonction du langage

Laurent Binet

Editions Grasset

Aout 2015

496 pages

ISBN : 9782246776017

 

4ème de couverture:

 

« A Bologne, il couche avec Bianca dans un amphithéâtre du XVIIe et il échappe à un attentat à la bombe. Ici, il manque de se faire poignarder dans une bibliothèque de nuit par un philosophe du langage et il assiste à une scène de levrette plus ou moins mythologique sur une photocopieuse. Il a rencontré Giscard à l’Elysée, a croisé Foucault dans un sauna gay, a participé à une poursuite en voiture à l’issue de laquelle il a échappé à une tentative d’assassinat, a vu un homme en tuer un autre avec un parapluie empoisonné, a découvert une société secrète où on coupe les doigts des perdants, a traversé l’Atlantique pour récupérer un mystérieux document. Il a vécu en quelques mois plus d’événements extraordinaires qu’il aurait pensé en vivre durant toute sa vie. Simon sait reconnaître du romanesque quand il en rencontre. Il repense aux surnuméraires d’Umberto Eco. Il tire sur le joint. »

 

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse est qu'il s'agit d'un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l'époque, tout le monde est suspect...

 

L’auteur « site de l’éditeur » :

En 2010, Laurent Binet a publié HHhH, qui a obtenu le Prix Goncourt du Premier roman et a été traduit dans près de quarante pays. La Septième fonction du langage est son deuxième roman, fruit de cinq ans de travail.

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« Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse est qu'il s'agit d'un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l'époque, tout le monde est suspect... » (4ème de couverture).

Jacques Bayard, commissaire de police est chargé de l’enquête et s’adjoint l’aide cérébrale de Simon Herzog, jeune universitaire spécialisé en sémiologie (science dont l'objet est l'étude de la vie des signes au sein de la vie sociale. Cf Petit Larousse) dont Barthes est un éminent spécialiste.

Maintenant, attachez vos ceintures, nous atterrissons en 1980. J’ai rencontré et passé un bon moment avec Foucault, Sollers et Kristeva, Derrida, BHL (et oui déjà !), Umberto Ecco... J’ai même assisté à des réunions dans le cabinet de Giscard en compagnie de Ponia d’Ornano, ou chez Jack avec Mitterrand et le jeune Fabius… Enfin bref, tout ce qui compte pour réfléchir et/ou gouverner à cette époque. C’est tellement bien documenté que je me suis vraiment retrouvée dans ces années 80.

Que font ces hommes politiques dans un livre sur la 7ème fonction du langage ? Et bien, il semblerait, selon des sources très bien informées, que cette 7ème fonction du langage soit la raison de l’assassinat de Roland Barthes et que ce serait une arme hautement efficace ? Qui tient les tenants et les aboutissants de cette fonction, tient le pouvoir, ni plus, ni moins !

 

Au milieu de tous ces littéraires et philosophes connus, Jacques Bayard, détonne et peine à suivre. Imaginez un ancien d’Algérie au milieu de ces intellos, étudiants chevelus, barbus, fumeurs, buveurs… N’oubliez pas, nous sommes dans les années 80, licencieux et permissif. J’ai aimé cet éléphant qui, chargé par les plus hautes instances, essaie vaille que vaille de comprendre et d’assimiler ce milieu, de continuer son enquête et ne pas s’y noyer. Je pense bien qu’à certains moments, il s’est noyé dans la luxure… Mais bon, c’est l’époque qui veut ça ma brav’dame.

 

Laurent Binet a écrit un livre foisonnant, thriller-western instructif, marrant, ironique, érotico-sportif qui nous promène de l’université de Vincennes aux USA en passant par Venise…, le tout en compagnie de polonais et leur fameux parapluie sous la houlette de Julia Kristeva, de japonais… Il se moque, sans méchanceté ( ?), du monde littéraire, universitaire, politique de leurs vanités, leurs arrogances, de leurs querelles, leurs impostures.

 

Les littéraires de tout poil ont dû se délecter avec ce livre, mais les non-initiés ramer (j’en fais partie) pour essayer de comprendre cette 7ème fonction du langage, la sémiologie et tutti quanti. Cela ne m’empêche pas d’avoir beaucoup aimé ce livre. Bien sûr, je ne l’ai pas lu en une nuit, il m’a fallu du temps pour lire et comprendre (ai-je vraiment compris ?) certains passages hautement intellectuels. Qu’à cela ne tienne, je me suis prise au jeu de cette enquête pipée, puisque l’auteur avoue, dès le début, en tirer les ficelles.

Grâce à la lecture de ce livre, je sais que si je rencontre un intellectuel avec deux doigts en moins, c’est qu’il est membre du Logos Club et qu’il aura été trop gourmand face à un adversaire plus érudit ou plus coriace. D’ailleurs un moment d’anthologie que la partie qui se joue entre Eco et Sollers ! Je sais également que Mitterrand a été plus malin que Giscard et aurait peut-être trouvé la 7ème fonction du langage, c’est ce que pense Herzog en écoutant le face à face historique qui a amené son élection.

 

J’ai aimé la véracité des faits « historiques » comme les pages sur l’Italie des brigades rouges, de l’attentat de la gare de Bologne… A partir de cet arrière-plan véridique, Laurent Binet brode, coud, coupe pour arriver à un livre quelque peu iconoclaste et irrévérencieux envers ces grands intellectuels. Le style vivant, proche de l’oralité à certains moments contraste avec la « french theory ».

Bref, un livre très documenté, stylé, intelligent, iconoclaste avec des rebondissements inattendus et une fin volcanique. Une sorte de relecture du « Nom de la rose ». Je pense que Laurent Binet a beaucoup d’admiration pour Eco, Barthes, Foucault et autres Jacobson qui représentait l’élite de la pensé française, cette fameuse « french theory ». Beaucoup de regrets que cette élite n’existe plus et que nos «philosophes » actuels soient plus dans le paraître que dans l’être. Un livre à relire pour y trouver d’autres ouvertures, une lecture jouissive.

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Maylis de Kerangal - Réparer les vivants

16 Décembre 2015, 22:25pm

Publié par zazy

 

Réparer les vivants

Maylis de Kerangal

Editions Folio

Mai 2015

304 pages

ISBN : 9782070462360

 

 

4ème de couverture :

«Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps.»
Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.

Ce roman a reçu dix prix littéraires parmi lesquels le prix du Roman des étudiants France-Culture – Télérama 2014, Le Grand Prix RTL – Lire 2014 – le prix des lecteurs l’Express-BFM-TV et le prix Relay des voyageurs 2014 avec Europe.

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Ce livre est ancré dans un lieu unique, celui d’un hôpital, lieu de vie et de mort, presqu’un huis clos. Dans les livres précédents, il y avait déjà cette unité de lieu. Un pont (Naissance d’un pont), un train (tangent vers l’Est), un quartier de banlieue (Pierre feuilles ciseaux). Dans ce nouveau décor, Maylis de Kerangal déroule ses phrases, se sert des mots comme d’une couverture qui nous enveloppe pour mieux nous pénétrer et nous épargner. Chaque instant est ancré dans son environnement, dans son temps. Le temps, l’urgence, choses primordiales lorsque l’on accepte le don d’organes de son enfant en état de mort clinique. Le cœur est omniprésent. Que ce soit celui du jeune garçon, celui des parents, celui de l’hôpital, celui de la receveuse, celui des soignants et l’écriture bat au rythme de ces pulsions.

Maylis de Kerangal par ses mots, met le doigt sur la douleur de la perte, le cheminement vers l’acceptation du décès puis du don. La tension est palpable, très bien rendue, presque l’impression d’écouter battre les cœurs des chirurgiens, malades, intervenants… Oui, les mots, le rythme des phrases sont importants. Ils donnent de la retenue au texte et ne cherchent pas à faire pleurer dans les chaumières malgré le sujet tragique de la mort du fils.

En me relisant, je vois que j’ai souvent écrit « mots » et « cœur ». je ne renie rien car c’est ce qui m’a le plus frappé et ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre. Les mots y sont passeurs de la vie et le livre a son propre rythme cardiaque.

Un roman extraordinaire puisque de la mort nait une vie. Un coup de cœur.

 

Le sort me fut clément. Grâce à , j’ai gagné ce livre et je les en remercie chaleureusement.

 

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Jeanne Benameur - Otages intimes

6 Décembre 2015, 22:59pm

Publié par zazy

Otages intimes

Jeanne Benameur

Editions Actes Sud

août, 2015

208 pages

ISBN 9782330053116

 

4ème de couverture :

Photographe de guerre, Etienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l'ampleur de ce qu'il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.

De retour au village de l'enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde.

Au contact d'une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement, se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l'Italien, l'ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, "la petite qui vient de loin", devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.

Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l'urgence de la question cruciale : quelle est la part d'otage en chacun de nous ?

De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l'otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu'on ne trouve qu'en atteignant l'intime de soi.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jeanne Benameur a déjà publié aux éditions Actes Sud : Laver les ombres (2008 ; Babel n° 1021), Les Reliques (Babel n° 1049), Ca t'apprendra à vivre (Babel n° 1104), Les Insurrections singulières (2013 ; Babel n° 1152) et Profanes (2013 ; Babel n° 1249).

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Etienne, photographe de guerre est bloqué devant un tableau familial qui le touche au point d’oublier de fuir et sauver sa peau, de se retrouver otage. « Le visage de la femme qui l’avait fait s’arrêter en plein milieu du trottoir, au lieu de courir vite se mettre à l’abri comme les autres », il l’a chassé de sa mémoire pendant le temps de son enfermement, surtout ne pas y penser, survivre jour après jour ou, plutôt, repas après repas. Otage, enfermé dans quelques mètres carrés, sans visibilité, sans autre attente que le repas. Il est transformé en marchandise. Libéré, il retourne dans son village, chez lui, dans la maison de son enfance. Otage il a été, otage il reste. Pendant son enfermement, « il s’était tenu loin de lui-même », maintenant, il faut briser le mur. Etienne fut un otage physique, « commercial » puisque considéré comme une marchandise par ses ravisseurs

De qui ou de quoi sommes-nous otages ? C’est la question que pose ce livre. D’ailleurs Emma le dit ce mot terrible lors de sa rupture avec Etienne « A chaque fois que tu pars, jusqu’à ton retour, je t’attends…. Je me sens prise en otage, moi, ici ! ». Cette sensation de ne plus s’appartenir, de dépendance, de dépossession de sa vie. Etienne a connu cela dans sa chair, dans son âme.

Irène, la mère d’Etienne, la veuve qui a attendu son mari que la mer a englouti n’a t-elle pas été otage, je préfère le mot captive, de ces arrivées ponctuées de trop de départs ? seule dans le village de montagne

Le retour au village de l’enfance, dans sa maison, auprès de sa mère est pour lui, une nécessité vitale. Il a besoin de se cogner à son enfance, à sa mère, aux deux autres comparses que sont Jofranka et Enzo, les amis, mais, aussi, besoin de leurs corps pour s’en servir comme étais pour mieux se reconstruire, pour mieux sauter dans l’avenir. Le paysage joue un très grand rôle dans ce livre, il est une des balises de leur enfance.

Jean Benameur nous offre un livre où tout semble avoir été travaillé pour employer le bon mot au bon endroit, rien à jeter. L’écriture presque visuelle est d’une grande puissance. Oui, elle utilise la puissance des mots pour parler. Elle ne joue pas dans la grandiloquence, le paysage, les personnages ne s’y prêtent pas. Son écriture très travaillée, très fine, très intériorisée donne beaucoup de force à ce livre. Un très bon Benameur.

 

Benameur, Jeanne, j’aime votre univers

Explore le mot otage dans tous ses recoins, sous tous ses angles

Notes de musique. La musique qu’ils jouaient avec Jofranka et Enzo. Lui au piano, Jofranka à la flûte et Enzo au piano, guidés par la mère d’Etienne.

Aimerez-vous aussi ce livre autant que moi ?

Merci à Price Minister qui, dans le cadre des Matches de la rentrée m’a permis de lire ce très beau livre

Ecriture fine, ciselée avec ce soin, ce besoin de trouver la phrase, le mot juste

Un retour vers le cocon de l’enfance, retour aux sources pour mieux se ressourcer, s’appuyer pour essayer de se reconstruire, d’avancer avec une assise reposée sur les bases de l’amitié

Recommandé par le gouvernement qui régit mon cerveau

Je remercie Price Minister et son opération Matchs de la rentrée qui m'ont permis ce coup de coeur. Je n'aurais garde d'oublier les Editions Actes Sud source de belles lectures.

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Dominique de Saint Pern - Baronne Blixen

5 Novembre 2015, 23:03pm

Publié par zazy

 

Baronne Blixen

Dominique de Saint Pern

Editions Stock

Janvier 2015

432 pages

ISBN : 9782234076365

 

4ème de couverture :

Karen Blixen, roman. La baronne a eu en effet la vie la plus romanesque qui puisse être. On serait tenté de dire : les vies. Chasseresse africaine au Kenya, hôtesse mondaine dans sa demeure maritime de Rungstedlund au Danemark, conteuse au profil acéré d’oiseau de proie, amoureuse et amante, de Denys Finch Hatton à sa dernière passion nordique, Thorkild BjØrnvig, un poète de trente ans son cadet ! Écrivain et démiurge, mondialement célébrée et lue.
Comment chanter sa singularité, sa liberté, son souverain mépris des codes et des convenances ? Dans ce roman vrai, de l’Afrique au Danemark, de New York à Londres, c’est toute une folle époque qui revit ici en couleurs et en cinémascope : Dominique de Saint Pern ressuscite la femme courageuse et la diablesse, mais aussi l’âme de cet âge d’or où l’on savait aimer, écrire et mourir en beauté.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Dominique de Saint Pern est journaliste et collabore à M Le magazine du Monde. Elle est l’auteur de L’Extravagante Dorothy Parker (1994), Les Amants du soleil noir (2005) et Pour l’amour d’un guerrier (2007).

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Un livre foisonnant, très agréable à lire sur la vie de celle qui fut immortalisée par Meryl Streep dans « Out of Africa », la baronne Karen Blixen.

L’écriture est amoureuse de cette femme qui ensorcelait par son charme tout son entourage, voire le vampiriser.

Un roman fort bien documenté, vif et très agréable à lire. Dominique de Saint Pern a un réel talent de conteuse.

 

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