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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Ksénia Lukyanova - Les héros périmés

1 Septembre 2016, 20:16pm

Publié par zazy

 

Les héros périmés

Ksénia Lukyanova

Editions Rue des promenades

92 pages

Septembre 2016

ISBN : 9782918804529

 

4ème de couverture :

Dimanche dernier on a décidé d'être heureux, on tressaille de joie, nos sourires affolés gâchent la journée des gens qui ont perdu à jamais leur innocence. On a récupéré notre virginité en fracassant l'indifférence des portes fermées. On passe de l'autre côté de la rue pour fermer les yeux de la laideur avec nos mains crasseuses d'amour après son dernier soupir. J'échange la moitié de mon sang contre la moitié du tien. L'équilibre est atteint, la laideur peut crever. Ksénia Lukyanova parle de l'amour d'une écriture frondeuse à l'élégance insolite. Ses textes pétris de vitalité disent les relations qui se tissent et se défont. Elle en explore la part de lumière et d'ombre, en soupèse le terrible, en dit la merveille. Pour reprendre ce que Blaise Cendrars pensait du peintre Chagall, elle écrit avec toute la sexualité exacerbée de la province russe. Ecrits à l'occasion d'une rencontre amoureuse qui n'a pas duré et dont elle raconte les épiphanies, ils interpellent et touchent le lecteur.

 

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Un tout petit recueil d’histoires courtes, je dirais plutôt de divagations poétiques sur l’amour. Pas seulement sur l’amour charnel ou l’amour d’une femme pour un homme (et vice versa), mais aussi l’amour pour les autres et ses résultantes, comme la douleur, la rupture, la violence….

Une écriture poétique, quelque fois énigmatique. J’ai pris plaisir à le lire et même à relire certaines histoires.

Ce livre est à la fois doux, philosophique, questionnant, elliptique. Est-ce l’âme russe de Ksénia Lukyanova qui s’exprime ici ?

Je pourrais citer plusieurs nouvelles : « La non histoire d’amour », « Crève la laideur », « Je voudrais » « Rouge et vert »…

Un petit livre très intéressant et original

C’est à ce moment-là que j’ai reçu le premier coup. Je l’ai reçu comme une lettre qu’on attend toute sa vie. Et au moment où on l’ouvre, le vent soudain l’arrache de nos mains. Et l’emporte à l’autre bout du monde, pendant qu’on avale dix fois sa salive –ainsi ne se saura jamais si on a été martyr ou con.

Je voudrais que mes doigts soient infiniment longs pour pouvoir saisir l’air secoué par tes pas à l’autre bout du monde.
Je voudrais que mes larmes rares deviennent une nouvelle mer et caressent tes pieds de ses vagues.

Le bleu méditerranée dans tes yeux vert taïga. Tes désirs salés sur l’écorchure saignante de mon âme de midi.

Je voudrais rester conne toute ma vie et juste pouvoir admirer la beauté, même si ça coûte un bras à quelqu’un

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Arnaud Dudek - Rester sage

29 Août 2016, 22:30pm

Publié par zazy

 

Rester sage

Arnaud Dudek

Alma Editeur

Janvier 2012

120 pages

ISBN : 9782362790096

 

4ème de couverture :

Enfant, il imaginait que, s’il restait sage, il réussirait sa vie. Grossière erreur.

À 32 ans, Martin Leroy perd tout du jour au lendemain, sa petite amie et son emploi.

Mais il décide de se battre, prêt à tout pour remettre sa vie dans le bon sens. Il glisse un marteau dans son sac et se rend chez son ancien patron, une idée derrière la tête. Heureusement, celui-ci est absent et Martin s’installe dans un bar, attend.

Il croise par hasard un ami d’enfance perdu de vue depuis des années, son antithèse a priori, nanti d’un travail, d’une fiancée ; lui sait comment occuper ses journées.

Leur rencontre nous donne l’occasion d’en apprendre un peu plus sur l’enfance rocambolesque de Martin auprès de sa mère-enfant vendeuse de chaussures que ses délires finiront par mener à l’hôpital psychiatrique. L’occasion aussi d’éviter le pire : les deux amis finiront la journée comme ils l’ont commencée, sagement, mélancoliquement, cruellement conscients que leur vie n’est pas vraiment fabuleuse et qu’il faudrait faire quelque chose… Mais quoi ?

L’auteur (site de l’éditeur)

Arnaud Dudek est né en 1979 à Nancy et vit à Besançon. Après Rester sage (Alma, 2012) sélectionné pour le Prix Goncourt du premier roman, Les fuyants est son second roman.

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Un livre qui n’a rien de palpitant. Il y est question d’un trentenaire (encore un) qui a perdu son boulot, sa fiancée. « Martin a tout perdu en quelques semaines. » Encore une histoire de nombril ?

Si on veut, mais, le style d’Arnaud Dudek a un petit quelque chose en plus : l’ironie, la dent dure, la dérision. J’ai aimé ses digressions comme lorsqu’il parle de l’escalator « On le sait, l’Escalator souffre d’un déficit d’image dans le cinéma comme en littérature. » ou sur un braquage foireux, ou le nom de la psy. Et puis un personnage principal qui a "des amis assortis au tapis du salon" ne peut qu’être attachant.

Un premier roman dont l’écriture travaillée, le style très personnel m’ont ravie. A bientôt de vous retrouver Arnaud Dudek. Promis, en attendant, je resterai sage.

Merci Philisine de me l'avoir recommandé

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Marcus Malte - Garden of love

29 Août 2016, 14:03pm

Publié par zazy

 

Garden of love

Marcus Malte

Editions Zulma

320 pages

Janvier 2007

ISBN 978-2-84304-389-5

 

4ème de couverture :

Troublant, diabolique même, ce manuscrit qu’Alexandre Astrid reçoit par la poste ! Le titre : Garden of love. L’auteur : anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Loin de là. Il comprend vite qu’il s’agit de sa propre vie. Dévoyée. Dévoilée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l’auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s’ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs.

Comme dans un impitoyable palais des glaces où s’affronteraient passé et présent, raison et folie, Garden of love est un roman palpitant, virtuose, peuplé de voix intimes qui susurrent à l’oreille confidences et mensonges, tentations et remords. Et tendent un redoutable piège. Avec un fier aplomb.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marcus Malte est né en 1967 à la Seyne-sur-Mer. Il est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles dont Garden of Love (récompensé par une dizaine de prix littéraires, notamment le Grand Prix des lectrices de Elle, catégorie policier) et, plus récemment, les Harmoniques.

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Avec ce livre, je me suis offert un puzzle géant. Ce qui parait simple et limpide au début de ma lecture devient trouble, troublant. Jeu de miroirs ? Jeu de rôles ?

Marcus Malte joue sur plusieurs tableaux. Alexandre Astrid reçoit par la poste, un manuscrit anonyme qui semble être la réplique de la vie de ce policier qui se raccroche bien aux branches de sa famille pour ne pas sombrer. A nous de démêler l’histoire de la vie, du vrai du raconté.

Marcus Malte sait joue sur les ambigüités. Nous passons de l’amour à la folie. L’horreur, l’angoisse, la tendresse, les confidences, l’amitié… Tout se mélange, passé, présent. Je fus un peu perturbée au début du livre par les changements d’époque, de personnages, d’autant que deux jeunes femmes portent le même prénom. La lumière m’est venue la nuit tant ce livre m’obsédait.

Malgré ce qui semble être des embrouillaminis, ce livre est superbement bien construit. Un puzzle bien ficelé je vous dis.

La fin est superbe « J’ai senti les larmes inonder mes joues. Un flot tiède et lent et continu. Libérant la place pour quelque chose qui ressemblait effectivement à la paix. Les bulles de Schubert. Les chœurs de Fauré…. La lumière baissait avec le soir. La mer était d’un bleu de méthylène. Exactement de la couleur du ciel. »

Un livre efficace, un coup de cœur pour ce polar

 

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Joann Sfar - Comment tu parles de ton père

28 Août 2016, 14:25pm

Publié par zazy

Comment tu parles de ton père

Joann Sfar

Editions Albin Michel

160 pages

Août 2016

ISBN: 978-2226329776

 

4ème de couverture :

Papa est né l'année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C'est l'année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C'est l'année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c'est pas rien. Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir et un père comme André Sfar. Ce livre pudique, émouvant et très personnel, est le Kaddish de Joann Sfar pour son père disparu. Entre rire et larmes.

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Je n’ai pas encore lu le chat du Rabbin, ni les autres… C’est grave docteur ?

Par contre, j’ai découvert Joann Sfar avec « L’éternel » qui m’a fait rire. J’ai aimé le style décalé Sfar , j’étais piégée. J’aime aussi l’écouter sur France Inter.

Revenons à son père, pardon, papa comme il dit. « Je vous signale que papa est né l’année où tonton Dolphi est devenu chancelier : 1933. »

Orphelin de mère très jeune, trois ans, son père lui a tu la vérité exhortant chaque membre de la famille à en faire autant. C’est finalement le grand-père qui, deux ans plus tard, lui dit la vérité

Un homme ou une femme adulte qui nomme son père, papa ou sa mère maman, cela m’a toujours interpellée quelque part. Est-ce le signe d’une relation intense ? Je ne saurais dire. Tiens, Joann Sfar, pourquoi écrivez-vous papa au lieu de père ? « J’ai eu un bon papa, mais je suis fou. C’est comme ça. Dieu me pardonne. Papa, je t’aime ».

Le livre se présente comme le Kaddish (4ème de couverture) que le fils doit réciter sur la tombe de son père, lors des funérailles. C’est un roman d’amour pour ce père qui l’a protégé et aimé.

Toujours ses mots à l’emporte-pièce qui font mouche, la dérision, comme pour les jeunes femmes des pompes funèbres, un régal « Je vous dois le plus grand four rire et sans doute la seule vraie érection de cette’ semaine funèbre » ou « Dans les années 30, la France a souhaité importer des médecins polonais, sans doute de la même façon qu’on a fait venir récemment des plombiers. » ou son prépuce dans une boîte à bijoux

J’ai aimé son raisonnement, sa conclusion sur la paix entre Israël et la Palestine : « Là-bas, il y aura a paix le jour où les gens le voudront bien. Et aujourd’hui, il ne veulent pas ». « Il y aura la paix lorsque les hommes oseront n’être plus d’aucun clan. Aucun de vous ne le souhaite. Ayez au moins la décence de cesser de pleurnicher. » Arguments marqués au coin du bon sens ! Joann Sfar, dans ce livre vous me donnez l’impression d’être redevenu le petit enfant de votre père, d’où votre vocabulaire : papa, zizi… de mots employé par les jeunes enfants. j’espère que le manque « C’est cela qui me manque depuis le décès de mon père : je ne parviens plus à avoir peur de quiconque. » ne vous empêchera pas de garder le petit enfant qui est en vous. « Il parait que c’est ça, devenir adulte : le père meurt, on n’a plus d’autre ennemi que soi-même ».

Il n’y a pas que le père et l’image du père dans ce livre, Joan Sfar pousse quelques coups de gueule sur la religion. La sienne et les autres « J’ai deux enfants qui s’en foutent d’être juifs, j’y ai veillé. » Pourtant, il en parle beaucoup dans le livre, « Je répète partout que la principale qualité du Christ, c’est la colère mais le message ne passe pas. » Ah bon ? J’aime vos réflexions, restez athée, païen, cela me plait.

J’ai trouvé, dans ce livre, beaucoup de l’humour de Philippe Roth, de Woody Allen. Peut-être est-ce ça l’âme juive, cacher ses sentiments derrière l’humour et les pirouettes.

J’ai lu ce livre d’une seule traite et je lui dois une nuit très écourtée et fort agréable.

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Jeanne Benameur - Pas assez pour faire une femme

22 Août 2016, 20:21pm

Publié par zazy

 

Pas assez pour faire une femme

Jeanne Benameur

Editions Thierry Magnier

96 pages

août 2013

ISBN 978-2-36474-309-0

 

4ème de couverture :

Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l’amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu’elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l’aime immédiatement, c’est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu’il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
Bref et intense, ce récit est celui d’une métamorphose : portée par l’amour qu’elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ?

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Jeune fille dans un milieu petit-bourgeois provincial, Judith étouffe sous le joug d’un père tyrannique « Et depuis quand on fait ce qu’on veut dans la vie ? » et d’une mère soumise. La parole lui est refusée, elle ne peut parler, « parce que chez moi à l’intérieur, il y a une zone fermée barricadée. Depuis si longtemps que je ne sais même plus. Peut-être que je suis née avec. »

La délivrance arrive avec l’entrée en fac. Une petite chambre, la LIBERTE ! « Et quelle joie quand je suis sortie la première fois avec ma clé dans la poche. Rien qu’à moi. » Et, il y a eu la rencontre avec LUI, Alain. Elle a fondu dans ses bras, connu sa première fois avec lui. Pourtant, jamais, elle ne peut dire « Je suis incapable de prendre le risque d’oser dire. Même à lui». Avec Alain, elle découvre un autre monde, une autre littérature, la lutte avec les autres étudiants. Elle le reconnait elle-même, elle n’est pas politisée, elle fait tout ça pour être à la hauteur d’Alain, pour être avec lui. Elle apprend, la politique, les cours à la fac, l’amour, la vie.

Cette époque correspond à sa chrysalide. Elle n’est plus chenille mais pas encore papillon. Tant de choses tues sont en elle, « Est-ce que je sais au fond de moi ce qui m’a toujours fait peur ? est-ce qu’on sait toujours tout ? » comme les relations incestueuses de sa sœur avec son père « Quelque chose de puissant venait de se frayer un chemin dans ma tête »

 

Elle n’a pas pu tuer le père pour s’assumer complètement en tant que femme, il est mort avant. « Il m’est arrivé de me demander si c’était pour fuir la parole qu’il était mort si tôt. Il m’arrive encore de regretter que la confrontation ‘ait jamais pu avoir lieu. »

 

« Savoir ne permet pas forcément de se libérer soi-même de tout. Si mon pas est plus ferme aujourd’hui, je sais qu’il me reste encore des portes à ouvrir à l’intérieur de moi. Mais la lourde épave a entamé sa remontée du fond du lac. Un jour, je sais qu’elle sera à l’air libre et que le courant l’emportera au loin, vers la mer ».

On ne nait pas femme, on le devient écrit Simone de Beauvoir dans le deuxième sexe. C’est un long chemin semé d’embûches, de découvertes, d’amour, de vie.

Une très belle lecture. J’apprécie vraiment les mots de Jeanne Benameur : Les insurréctions singulières, Orages intimes, Profanes,

Je trouve la couverture de ce livre très chouette.

 

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Stéphane Héaume - L'insolite évasion de Sebastian Wimer

20 Août 2016, 21:19pm

Publié par zazy

 

L’insolite évasion de Sebastian Wimer

Stéphane Héaume

Editions Serge Safran

268 pages

Août 2016

ISBN : 979-10-90175-53-2

 

4ème de couverture :

Carlotta-Pietra, ville fortifiée aux allures vénitiennes, vit ses derniers instants de liberté. Il ne reste que quelques jours avant que les portes de la cité ne se referment définitivement.
Sebastian, styliste de mode et son associé Dimitri, entreprennent de s’enfuir avant qu’il ne soit trop tard. Mais un soir, sur le chemin qui le mène à sa Villa des Mouettes Noires, Sebastian porte secours à une femme brutalisée, laissée inerte le long du canal. Troublé, il croit reconnaître Agathe, sa défunte épouse, même si ses papiers d’identité affirment le contraire.
Une chose est sûre, l’état de santé de la jeune femme l’oblige à retarder son projet initial. Aidé du jeune Leos, son aide de camp, et de ses proches amis, il échafaude un plan d’évasion insensé, puisant dans l’histoire de la cité et défiant le pouvoir en place.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Stéphane Héaume, né à Paris le 27 mars 1971, est l’auteur de plusieurs romans comme Le Clos Lothar (Prix du jury Jean-Giono 2002) ou Sheridan Square (Prix de la Ville de Deauville 2012). Il écrit également des essais, des nouvelles et des textes pour le théâtre lyrique.

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Stéphane Héaume déroule une tragédie antique, unité de lieu, d’action et de temps. Cela pourrait être n’importe où, n’importe quand.

Carlotta-Pietra ville fortifiée en bordure de mer est sous le joug d’un tyran qui ne veut rien d’autre que de fermer la ville et la mettre à sa botte. « Les portes de la ville fermeraient dans sept jours. » Certains arrivent à s’enfuir juste avant la fermeture physique des portes, d’autres y laisseront la vie, les autres restent.

C’est dans cet état de tension que Sebastian styliste de mode de renommée mondiale et son associé Dimitri décident de partir.

Le plan est rôdé, mais un caillou va se glisser dans les rouages. Sebastian sauve une femme d’une baston. Hagard, il découvre que c’est le sosie parfait de sa femme, tuée pendant des émeutes, qu’il vient d’enterrer. Il la ramène chez lui pour la soigner et est de plus en plus certain que c’est Agathe.

Le projet initial de fruite est remis en cause Sebastian et Leos, échafaudent un nouveau plan on ne peut plus audacieux, grâce à l’historique de la ville.

Je ne dévoilerai pas plus les arcanes de l’histoire, si ce n’est que Sebastian perdra une seconde fois sa douce et belle Agathe.

Un livre que j’ai non pas dévoré, mais lu avec gourmandise, dégusté. Les mots qui me viennent en parlant de l’écriture de Stéphane Héaume sont délicatesse, musicalité. « Qu’est-ce qui cogne ? Qu’est-ce qui tape contre mes tempes ? Qu’est-ce qui bas, me bouleverse et me brise ? » Quel beau livret ! L’amour constant, l’amitié, la félonie, celle qui semble tirer quelques ficelles où, pour le moins, tout converge, le héros, les méchants... Le décor est grandiose, baroque, les personnages attachants. L’ambiance lourde laisse percer la peur. J’aime cette antinomie entre le décor et l’action.

Serge Safran, fidèle à sa ligne éditoriale, m’a offert un grand coup de cœur pour cette nouvelle rentrée littéraire. Merci à lui et à son équipe.

J’ai tellement aimé l’écriture de Stéphane Héaume que j’ai retenu « Le contemplateur » à la bibliothèque.

Je découvre la rentrée littéraire avec un gros coup de cœur.

 

 

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Gaëlle Josse - Les heures silencieuses

18 Août 2016, 13:22pm

Publié par zazy

 

Les heures silencieuses

Gaëlle Josse

Editions Autrement

140 pages

Janvier 2011

ISBN : 9782746715011

 

4ème de couverture :

« À l'heure où mes jours se ternissent comme un miroir perd son tain, le besoin de m'alléger de ce qui m'encombre devient plus fort que tout. Je garde l'espoir, naïf peut-être, qu'un tel aveu sera comme l'amputation d'un membre inguérissable qui, pour douloureuse qu'elle soit, permet de sauver le reste du corps. »
Tout paraît à sa juste place dans la vie de Magdalena, épouse de Pieter Van Beyeren, administrateur de la Compagnie des Indes orientales à Delft. Rigoureuse, maîtresse d'elle-même, elle aurait pu succéder à son père. Mais le commerce est réservé aux hommes. Sa place est au foyer. Magdalena doit se limiter à cet espace intérieur, où elle a souhaité se faire représenter à son épinette, de dos. Un décor à secrets, que son journal intime dévoile. Déceptions, souvenirs, drames familiaux, mais aussi joies, et désirs interdits...
Dans le silence de l'heure, derrière le précaire rempart de l'ordre et de la mesure, Magdalena transcrit les vacillements de son cœur, explorant les replis les plus secrets de l'âme.

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Comme sur la peinture d’Emmanuel de Witte « Intérieur avec une femme jouant de l’épinette », tout respire l’harmonie dans la vie de Magdalena. Pourtant, dans le journal intime que dévoile Gaëlle Josse, beaucoup de tourments et, surtout, un lourd secret tu depuis l’âge de ses douze ans.

Magdalena, est l’aînée de 4 filles, son père l’initie au commerce maritime. C’est là qu’elle rencontre Pieter qu’elle épouse. Bien sûr, c’est lui qui prend la succession des affaires du père. En tant que fille, elle n’en a pas le droit. Mariage, enfants, gestion de la maison… occupent la jeune femme. Arrive l’accouchement de trop qui aurait pu lui coûter la vie. Son mari, « grand seigneur » prend la « sage » décision de ne plus coucher avec elle. A trente-huit ans, elle ne connaîtra plus les plaisirs de la chair et Pieter les amoures ancillaires. Pas facile de à cet âge de se transformer en une nonne. Elle connaît quelque émoi tout platonique, mais…Heureusement, il y a la marche des affaires à laquelle elle est toujours associée. « Je me réjouis de bientôt l’y accompagner. Je crains que ce soit là un des seuls plaisirs qui me restent. La mer et les navires me demeurent chers, et avivent mes plus doux souvenirs. »

J’aime le contraste entre le tableau qui ne montre pas le visage de Magdalena, où beaucoup est dit par petites touches et le journal intime où elle dévoile ses secrets, ses entrailles. A travers la vie de Magdalena, Gaëlle Josse raconte également la vie de la bourgeoisie de Delft au dix-septième siècle

L’écriture de Gaëlle Josse est caressante, douce. La palette de ses mots est comparable à la chaleur des tons du tableau.

Une belle lecture, agréable, chaude et vivante. In livre à lire d’une traite bien lové au creux d’un hamac ou de son lit. Un auteur que j'ai découvert et apprécié avec Le dernier gardien d'Ellis Island

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Michel Quint - La veuve noire

15 Août 2016, 14:04pm

Publié par zazy

 

Veuve noire

Michel Quint

Editions l’Archipel

octobre 2013

230 PAGES

ISBN : 9782809812558

 

4ème de couverture :

11 novembre 1918. Alors que tout Paris fête la victoire, Léonie Rivière, jeune journaliste et veuve de guerre, tombe amoureuse d’Edgar Prouville, un ancien combattant qui entend s’établir comme marchand d’art.
Bientôt, il entrepose chez Léonie des toiles dont il espère voir la cote grimper. Un jour, il disparaît…
Pour retrouver son amant, Léonie, aidée d’un photographe, se lance dans une enquête. Celle-ci la mènera à un massacre commis au printemps 1917 près du Chemin des Dames…. Veuve noire fait revivre avec véracité le Montparnasse des Années folles dont Picasso, Breton, Modigliani et Cocteau sont les figures de proue…

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Un prologue dont je me dis qu’il doit servir le livre. Une mise en place ou en bouche, en quelque sorte.

L’Armistice est là en ce novembre 1918. Il y a ceux qui fêtent la fin de la guerre et ceux, le plus souvent celles qui pleurent un mari, un fils, un fiancé un père mort. « En cet après-midi du 11 novembre 1918, Paris est un lendemain de fête qui a mal tourné. »

Léonie Rivière, trente ans, journaliste est veuve. « Quand elle se regarde dans le miroir, elle voit un petit tas de larmes séchées, l’illusion d’une femme dont la chair n’est que chagrin. » Son modèle : Colette et son amie Missy. Un vent de fronde, une envie de liberté lui font abandonner le corset qui lui enserre la taille. « Avant de passer son petit tailleur de drap anglais marine rayé de gris, longue jupe portefeuille à pattes, elle ôte son corset, reste ainsi seulement en camisole et dentelles, sous la veste croisée. A s’y sentir nue. En voilà bien des audaces d’homme qu’elle n’aurait pas osées il y a encore peu. »

Elle sent dans ses entrailles le manque et lorsqu’un bel homme, un peu peuple, un peu canaille se présente… Elle fond, surtout après deux verres de Cognac. Ah ! Le vertige du plaisir retrouvé dans les bras d’Edgar !

Léonie n’en oublie pas pour autant son métier de journaliste. Elle force sa chance, surtout depuis qu’elle a fait la connaissance de Rameau, reporter photographe, ancien combattant gazé.

Un beau jour, le bel Edgar disparait non sans lui avoir laissé en garde quelques tableaux de peintres, qu’elle connait, Modigliani, Soutine… Léonie part à la recherche d’Edgar, enquête, avec Rameau, sur ces œuvres qu’elle pense fausses.

Trame simple mais ne vous y fiez pas, Michel Quint sait ferrer son lecteur. Derrière l’intrigue, il y a le décor de Paris, plus en guerre mais toujours sous-alimenté. La grippe espagnole fait des ravages, les réunions préliminaires au traité de paix signent la défaite de l’Allemagne, le Montparnasse des artistes Cocteau, Breton, Gertrude Stein, Picasso, Modigliani est en ébullition…. Léonie symbolise ces femmes qui veulent s’émanciper, s’affranchir, se libérerent, surtout après avoir remplacé les hommes au travail. Une très belle peinture de cette époque

Un petit bémol, la fin un peu conventionnelle, mais ce n’est rien en regard de la plongée dans la fébrilité de cette époque que Michel Quint rend si vivante.

 

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Pascal Quignard - Les solidarités mystérieuses

6 Août 2016, 20:40pm

Publié par zazy

 

Les solidarités mystérieuses

Pascal Quignard

Editions Gallimard

Novembre 2013

272 pages

ISBN : 9782070453863

 

 

4ème de couverture :

«Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé ainsi.»

 

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Claire revient au pays, vers Dinard, pour le mariage de sa cousine, Mireille Methuen, fille de la tante qui l’a élevée. Sur le marché, elle rencontre Madame Ladon, Fabienne qui lui donnent des nouvelles. Et puis, il y a Simon, l’amour, l’adoré, le jamais oublié. En le rencontrant, elle retrouve sa passion intacte, voire exacerbée par les années d’absence. Pourtant, rien ne se fera comme elle aurait tant voulu. Simon est marié, père d’un garçon handicapé et… Il ne les quittera jamais, jusqu’à ce que la mort le prenne un beau matin sur son bateau. Elle a tout vu et sait… ou imagine.

La mort ne les a pas séparés. « A partir de la mort de Simon ce fut la paix. Une paix étrange, totale, vint sur Claire. Une paix inentamable atteignit Claire. Il en est allé ainsi de tous les jours qu’elle vécut à partir de là. Tout était accompli et elle survivait simplement à cet accomplissement. » Elle vit avec Simon. Il est dans les herbes et les ajoncs qu’elle foule de ses pas tranquilles ou nerveux. Il est dans les nuages, la tempête. Bref, il est avec, en elle. « Chaque soir c’est le même rêve : elle rêve qu’elle vit avec lui, elle lui raconte sa journée. Elle lui fait part des évènements du jour et lui demande ce qu’il en pense. »

C’est décidé, elle reste. Son frère vient vivre avec elle. A la mort de leurs parents, ils ont été séparés. Elle chez les parents de Mireille, lui en pension. « Il y avait entre eux une harmonie qui était étonnante à voir… c’était magique… »

La vie de Claire, ce sont les autres qui en parlent. Son frère Paul, « Je pense que ma sœur était un chemin perdu au-dessus de la mer ». Juliette sa fille, le prêtre Jean… Un livre polyphonique difficile à résumer ; un livre où le non-dit est érigé en maître mot. Ce qui frappe est de voir que personne n’a la clé de Claire, personne ne la comprend entièrement. Pourtant, l’impression qu’elle manque à tous. Les descriptions sont superbes. Je marche dans la lande bretonne au rythme des pas de Claire et des mots de Pascal Quignard. Claire aime sa lande, aime sa Bretagne. La nature la soigne la guérit, lui permet de rester debout. Elle est la roche sur laquelle elle se pose, le goéland qu’elle regarde voler, l’herbe et les fleurs où elle se couche. C’est bien simple « Elle s'était mise à sentir, en vieillissant, une odeur douce de sueur, de foin, de sel, d'iode, de mer, de granite, de lichen.»

J’aime ce titre « le solidarités mystérieuses ». Voici la définition qu’en donne Pascal Quignard : « Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé. Bien sûr ils avaient partagé des scènes cruelles, partagé des deuils, quand ils étaient enfants, ils avaient pleuré l'un à côté de l'autre, mais jamais un pacte n'avait été prémédité et conclu entre elle et lui. »

L’écriture de Pascal Quignard m’enchante toujours autant. Quelle élégance, quelle belle façon de nous parler de la complexité des rapports humains. Je suis encore sous le charme de ma lecture.

 

Extraits

Un jour elle m’expliqua que le paysage, au bout d’un certain temps, soudain s‘ouvrait, venait vers elle et c’est le lieu lui-même qui l’insérait en lui, la contenait d’un coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner. Son crâne se vidait dans le paysage. Il fallait alors accrocher les mauvaises pensées aux aspérités des roches, aux ronces, aux branches des arbres et elles y étaient retenues.

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Sébastien Fritsch - Albédo

13 Juillet 2016, 15:06pm

Publié par zazy

Albédo

Sébastien Fritsch

Editions fin mars début avril

septembre 2016

312 pages

ISBN : 9782953767780

 

4ème de couverture :

L’amitié est ce qui reste quand on a tout perdu. Alors Nil n’hésite pas : dès que Mock le contacte, il accepte de le suivre. Même s’ils ne se sont pas dit un mot depuis quinze ans. Même si c’est pour convoyer une urne funéraire. Et même si la destination n’est autre que Ti-Gwern, cette grande maison où, quelque vingt ans plus tôt, ils étaient une poignée à partager leur jeunesse. Nil sait pourtant qu’on n’efface pas le temps en remontant une vieille route : les rires et la musique, les vins parfumés, les regards, les désirs qui animaient tous leurs séjours dans ce lieu hors du monde, sont désormais bien loin… sans même parler de Maud. Alors, est-ce l’amitié ou la nostalgie qui le motive à faire le voyage ? Ou devinerait-il, sans vraiment se l’avouer, que rien n’est vraiment fini tant qu’on ne s’y résigne pas ?

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Emmanuel est cadre dans l’industrie pharmaceutique, divorcé depuis peu, c’est le blues dans son appartement vide lorsqu’il rentre le soir. J’ai eu quelques craintes en commençant ma lecture. Encore un homme qui se chatouille le nombril sans que cela le fasse rire me suis-je dit. C’est sans compter avec la plume de Sébastien Fritsch.

Lorsque Mock, son ami d’enfance, le contacte après quinze ans d’absence, pour le conduire à Ti-Gwen, il accepte et les voici partis tous les trois (la troisième est une urne funéraire) en Bretagne, en hiver. A peine arrivés sur place, Mock disparait sans laisser un seul indice, ni lettre.

Dans cette maison froide et inhospitalière, Emmanuel revit son adolescence où il participait avec Mock, qui en était le gardien, à de grandes fiestas, au bord de la piscine, où l’alcool coulait à flot. A l’époque, pris par son amour sans retour pour Maud, Emmanuel ne voyait rien, ne comprenait pas grand-chose.

Emmanuel part à la recherche de son ami. Il doit se confronter à Nil, son passé, à celui de ses amis, ouvrir l‘une après l’autre, les poupées gigognes pour accoucher du présent. Il doit dévider l’écheveau de ses souvenirs, de ses rencontres, sortir de son nombril (ben oui !). Il y fait des découvertes sidérantes.

La maison, partie prenante du mystère est un composant récurant chez l’auteur, tout comme l’interaction du passé et du présent.

Ne vous laissez pas abuser par la couverture estivale, c’est un bouquin que vous ne pouvez abandonner avant le mot fin et, surtout, la découverte de la signification du mot albédo. Je confirme, Sébastien Fritsch est bien un distillateur d’histoires, de mots. Dans ce livre, il prend un malin plaisir à nous claquer des portes d’entrée au nez, histoire de dire : allez chercher ailleurs…

Un livre à lire installé sur un transat à l’ombre d’un arbre, en Bretagne… ou ailleurs. Un très bon moment de lecture

Merci Sébastien Fristch pour votre gentille dédicace

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