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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Gaëlle Josse - Les heures silencieuses

18 Août 2016, 13:22pm

Publié par zazy

 

Les heures silencieuses

Gaëlle Josse

Editions Autrement

140 pages

Janvier 2011

ISBN : 9782746715011

 

4ème de couverture :

« À l'heure où mes jours se ternissent comme un miroir perd son tain, le besoin de m'alléger de ce qui m'encombre devient plus fort que tout. Je garde l'espoir, naïf peut-être, qu'un tel aveu sera comme l'amputation d'un membre inguérissable qui, pour douloureuse qu'elle soit, permet de sauver le reste du corps. »
Tout paraît à sa juste place dans la vie de Magdalena, épouse de Pieter Van Beyeren, administrateur de la Compagnie des Indes orientales à Delft. Rigoureuse, maîtresse d'elle-même, elle aurait pu succéder à son père. Mais le commerce est réservé aux hommes. Sa place est au foyer. Magdalena doit se limiter à cet espace intérieur, où elle a souhaité se faire représenter à son épinette, de dos. Un décor à secrets, que son journal intime dévoile. Déceptions, souvenirs, drames familiaux, mais aussi joies, et désirs interdits...
Dans le silence de l'heure, derrière le précaire rempart de l'ordre et de la mesure, Magdalena transcrit les vacillements de son cœur, explorant les replis les plus secrets de l'âme.

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Comme sur la peinture d’Emmanuel de Witte « Intérieur avec une femme jouant de l’épinette », tout respire l’harmonie dans la vie de Magdalena. Pourtant, dans le journal intime que dévoile Gaëlle Josse, beaucoup de tourments et, surtout, un lourd secret tu depuis l’âge de ses douze ans.

Magdalena, est l’aînée de 4 filles, son père l’initie au commerce maritime. C’est là qu’elle rencontre Pieter qu’elle épouse. Bien sûr, c’est lui qui prend la succession des affaires du père. En tant que fille, elle n’en a pas le droit. Mariage, enfants, gestion de la maison… occupent la jeune femme. Arrive l’accouchement de trop qui aurait pu lui coûter la vie. Son mari, « grand seigneur » prend la « sage » décision de ne plus coucher avec elle. A trente-huit ans, elle ne connaîtra plus les plaisirs de la chair et Pieter les amoures ancillaires. Pas facile de à cet âge de se transformer en une nonne. Elle connaît quelque émoi tout platonique, mais…Heureusement, il y a la marche des affaires à laquelle elle est toujours associée. « Je me réjouis de bientôt l’y accompagner. Je crains que ce soit là un des seuls plaisirs qui me restent. La mer et les navires me demeurent chers, et avivent mes plus doux souvenirs. »

J’aime le contraste entre le tableau qui ne montre pas le visage de Magdalena, où beaucoup est dit par petites touches et le journal intime où elle dévoile ses secrets, ses entrailles. A travers la vie de Magdalena, Gaëlle Josse raconte également la vie de la bourgeoisie de Delft au dix-septième siècle

L’écriture de Gaëlle Josse est caressante, douce. La palette de ses mots est comparable à la chaleur des tons du tableau.

Une belle lecture, agréable, chaude et vivante. In livre à lire d’une traite bien lové au creux d’un hamac ou de son lit. Un auteur que j'ai découvert et apprécié avec Le dernier gardien d'Ellis Island

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Michel Quint - La veuve noire

15 Août 2016, 14:04pm

Publié par zazy

 

Veuve noire

Michel Quint

Editions l’Archipel

octobre 2013

230 PAGES

ISBN : 9782809812558

 

4ème de couverture :

11 novembre 1918. Alors que tout Paris fête la victoire, Léonie Rivière, jeune journaliste et veuve de guerre, tombe amoureuse d’Edgar Prouville, un ancien combattant qui entend s’établir comme marchand d’art.
Bientôt, il entrepose chez Léonie des toiles dont il espère voir la cote grimper. Un jour, il disparaît…
Pour retrouver son amant, Léonie, aidée d’un photographe, se lance dans une enquête. Celle-ci la mènera à un massacre commis au printemps 1917 près du Chemin des Dames…. Veuve noire fait revivre avec véracité le Montparnasse des Années folles dont Picasso, Breton, Modigliani et Cocteau sont les figures de proue…

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Un prologue dont je me dis qu’il doit servir le livre. Une mise en place ou en bouche, en quelque sorte.

L’Armistice est là en ce novembre 1918. Il y a ceux qui fêtent la fin de la guerre et ceux, le plus souvent celles qui pleurent un mari, un fils, un fiancé un père mort. « En cet après-midi du 11 novembre 1918, Paris est un lendemain de fête qui a mal tourné. »

Léonie Rivière, trente ans, journaliste est veuve. « Quand elle se regarde dans le miroir, elle voit un petit tas de larmes séchées, l’illusion d’une femme dont la chair n’est que chagrin. » Son modèle : Colette et son amie Missy. Un vent de fronde, une envie de liberté lui font abandonner le corset qui lui enserre la taille. « Avant de passer son petit tailleur de drap anglais marine rayé de gris, longue jupe portefeuille à pattes, elle ôte son corset, reste ainsi seulement en camisole et dentelles, sous la veste croisée. A s’y sentir nue. En voilà bien des audaces d’homme qu’elle n’aurait pas osées il y a encore peu. »

Elle sent dans ses entrailles le manque et lorsqu’un bel homme, un peu peuple, un peu canaille se présente… Elle fond, surtout après deux verres de Cognac. Ah ! Le vertige du plaisir retrouvé dans les bras d’Edgar !

Léonie n’en oublie pas pour autant son métier de journaliste. Elle force sa chance, surtout depuis qu’elle a fait la connaissance de Rameau, reporter photographe, ancien combattant gazé.

Un beau jour, le bel Edgar disparait non sans lui avoir laissé en garde quelques tableaux de peintres, qu’elle connait, Modigliani, Soutine… Léonie part à la recherche d’Edgar, enquête, avec Rameau, sur ces œuvres qu’elle pense fausses.

Trame simple mais ne vous y fiez pas, Michel Quint sait ferrer son lecteur. Derrière l’intrigue, il y a le décor de Paris, plus en guerre mais toujours sous-alimenté. La grippe espagnole fait des ravages, les réunions préliminaires au traité de paix signent la défaite de l’Allemagne, le Montparnasse des artistes Cocteau, Breton, Gertrude Stein, Picasso, Modigliani est en ébullition…. Léonie symbolise ces femmes qui veulent s’émanciper, s’affranchir, se libérerent, surtout après avoir remplacé les hommes au travail. Une très belle peinture de cette époque

Un petit bémol, la fin un peu conventionnelle, mais ce n’est rien en regard de la plongée dans la fébrilité de cette époque que Michel Quint rend si vivante.

 

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Pascal Quignard - Les solidarités mystérieuses

6 Août 2016, 20:40pm

Publié par zazy

 

Les solidarités mystérieuses

Pascal Quignard

Editions Gallimard

Novembre 2013

272 pages

ISBN : 9782070453863

 

 

4ème de couverture :

«Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé ainsi.»

 

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Claire revient au pays, vers Dinard, pour le mariage de sa cousine, Mireille Methuen, fille de la tante qui l’a élevée. Sur le marché, elle rencontre Madame Ladon, Fabienne qui lui donnent des nouvelles. Et puis, il y a Simon, l’amour, l’adoré, le jamais oublié. En le rencontrant, elle retrouve sa passion intacte, voire exacerbée par les années d’absence. Pourtant, rien ne se fera comme elle aurait tant voulu. Simon est marié, père d’un garçon handicapé et… Il ne les quittera jamais, jusqu’à ce que la mort le prenne un beau matin sur son bateau. Elle a tout vu et sait… ou imagine.

La mort ne les a pas séparés. « A partir de la mort de Simon ce fut la paix. Une paix étrange, totale, vint sur Claire. Une paix inentamable atteignit Claire. Il en est allé ainsi de tous les jours qu’elle vécut à partir de là. Tout était accompli et elle survivait simplement à cet accomplissement. » Elle vit avec Simon. Il est dans les herbes et les ajoncs qu’elle foule de ses pas tranquilles ou nerveux. Il est dans les nuages, la tempête. Bref, il est avec, en elle. « Chaque soir c’est le même rêve : elle rêve qu’elle vit avec lui, elle lui raconte sa journée. Elle lui fait part des évènements du jour et lui demande ce qu’il en pense. »

C’est décidé, elle reste. Son frère vient vivre avec elle. A la mort de leurs parents, ils ont été séparés. Elle chez les parents de Mireille, lui en pension. « Il y avait entre eux une harmonie qui était étonnante à voir… c’était magique… »

La vie de Claire, ce sont les autres qui en parlent. Son frère Paul, « Je pense que ma sœur était un chemin perdu au-dessus de la mer ». Juliette sa fille, le prêtre Jean… Un livre polyphonique difficile à résumer ; un livre où le non-dit est érigé en maître mot. Ce qui frappe est de voir que personne n’a la clé de Claire, personne ne la comprend entièrement. Pourtant, l’impression qu’elle manque à tous. Les descriptions sont superbes. Je marche dans la lande bretonne au rythme des pas de Claire et des mots de Pascal Quignard. Claire aime sa lande, aime sa Bretagne. La nature la soigne la guérit, lui permet de rester debout. Elle est la roche sur laquelle elle se pose, le goéland qu’elle regarde voler, l’herbe et les fleurs où elle se couche. C’est bien simple « Elle s'était mise à sentir, en vieillissant, une odeur douce de sueur, de foin, de sel, d'iode, de mer, de granite, de lichen.»

J’aime ce titre « le solidarités mystérieuses ». Voici la définition qu’en donne Pascal Quignard : « Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé. Bien sûr ils avaient partagé des scènes cruelles, partagé des deuils, quand ils étaient enfants, ils avaient pleuré l'un à côté de l'autre, mais jamais un pacte n'avait été prémédité et conclu entre elle et lui. »

L’écriture de Pascal Quignard m’enchante toujours autant. Quelle élégance, quelle belle façon de nous parler de la complexité des rapports humains. Je suis encore sous le charme de ma lecture.

 

Extraits

Un jour elle m’expliqua que le paysage, au bout d’un certain temps, soudain s‘ouvrait, venait vers elle et c’est le lieu lui-même qui l’insérait en lui, la contenait d’un coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner. Son crâne se vidait dans le paysage. Il fallait alors accrocher les mauvaises pensées aux aspérités des roches, aux ronces, aux branches des arbres et elles y étaient retenues.

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Sébastien Fritsch - Albédo

13 Juillet 2016, 15:06pm

Publié par zazy

Albédo

Sébastien Fritsch

Editions fin mars début avril

septembre 2016

312 pages

ISBN : 9782953767780

 

4ème de couverture :

L’amitié est ce qui reste quand on a tout perdu. Alors Nil n’hésite pas : dès que Mock le contacte, il accepte de le suivre. Même s’ils ne se sont pas dit un mot depuis quinze ans. Même si c’est pour convoyer une urne funéraire. Et même si la destination n’est autre que Ti-Gwern, cette grande maison où, quelque vingt ans plus tôt, ils étaient une poignée à partager leur jeunesse. Nil sait pourtant qu’on n’efface pas le temps en remontant une vieille route : les rires et la musique, les vins parfumés, les regards, les désirs qui animaient tous leurs séjours dans ce lieu hors du monde, sont désormais bien loin… sans même parler de Maud. Alors, est-ce l’amitié ou la nostalgie qui le motive à faire le voyage ? Ou devinerait-il, sans vraiment se l’avouer, que rien n’est vraiment fini tant qu’on ne s’y résigne pas ?

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Emmanuel est cadre dans l’industrie pharmaceutique, divorcé depuis peu, c’est le blues dans son appartement vide lorsqu’il rentre le soir. J’ai eu quelques craintes en commençant ma lecture. Encore un homme qui se chatouille le nombril sans que cela le fasse rire me suis-je dit. C’est sans compter avec la plume de Sébastien Fritsch.

Lorsque Mock, son ami d’enfance, le contacte après quinze ans d’absence, pour le conduire à Ti-Gwen, il accepte et les voici partis tous les trois (la troisième est une urne funéraire) en Bretagne, en hiver. A peine arrivés sur place, Mock disparait sans laisser un seul indice, ni lettre.

Dans cette maison froide et inhospitalière, Emmanuel revit son adolescence où il participait avec Mock, qui en était le gardien, à de grandes fiestas, au bord de la piscine, où l’alcool coulait à flot. A l’époque, pris par son amour sans retour pour Maud, Emmanuel ne voyait rien, ne comprenait pas grand-chose.

Emmanuel part à la recherche de son ami. Il doit se confronter à Nil, son passé, à celui de ses amis, ouvrir l‘une après l’autre, les poupées gigognes pour accoucher du présent. Il doit dévider l’écheveau de ses souvenirs, de ses rencontres, sortir de son nombril (ben oui !). Il y fait des découvertes sidérantes.

La maison, partie prenante du mystère est un composant récurant chez l’auteur, tout comme l’interaction du passé et du présent.

Ne vous laissez pas abuser par la couverture estivale, c’est un bouquin que vous ne pouvez abandonner avant le mot fin et, surtout, la découverte de la signification du mot albédo. Je confirme, Sébastien Fritsch est bien un distillateur d’histoires, de mots. Dans ce livre, il prend un malin plaisir à nous claquer des portes d’entrée au nez, histoire de dire : allez chercher ailleurs…

Un livre à lire installé sur un transat à l’ombre d’un arbre, en Bretagne… ou ailleurs. Un très bon moment de lecture

Merci Sébastien Fristch pour votre gentille dédicace

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Jean-Luc A. d’Asciano - Cigogne

28 Juin 2016, 21:38pm

Publié par zazy

Cigogne

Jean-Luc A. d’Asciano

Editions Serge Safran

Mars 2015

184 pages

ISBN : 979-10-90175- 28-0

 

4ème de couverture :

Recueil de sept nouvelles aux liens subtils entre elles, parle de l’enfance, du poids de l’héritage, du rapport au monde et des manières de fuir la violence et la bêtise des humains.

Adolescente en rébellion contre une cigogne, enfant chamane découvrant les animaux d’un cirque, SDF un peu fou squattant une maison en ruine, frères siamois à la voix miraculeuse ou reclus schizophrène, tous ces personnages portent en eux une vision du monde critique, drôle et désenchantée.

Évoluant dans un univers à la lisière du fantastique, ils passent des alliances avec des figures tutélaires, d’étranges bestioles à plumes, à poils ou à peau.

Un univers enchanteur, mélange de réalisme très cru et d’onirisme ouvert sur l’amour de la vie.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jean-Luc A. d’Asciano est né à Lyon, mais a grandi à Nantes. Passe un doctorat de littérature et psychanalyse. Écrit des articles sur le roman noir, l’architecture, les arts contemporains ou la cuisine. Fonde les éditions de L’Œil d’or où il publie Petite mystique de Jean Genet (2007).

Cigogne est son premier livre de fiction, premier recueil de nouvelles.

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La légende veut que les cigognes livrent des bébés. Avec ce recueil de nouvelles, Jean-Luc d’Asciano conforte la légende en nous livrant un bon livre.

Des nouvelles quelques fois dérangeantes, où l’incongru flirte avec l’étrange. Les personnages sont totalement atypiques. La base, réaliste, permet à l’imagination de l’auteur de se déployer d’une belle façon. Je laisse donc le réalisme à côté de moi

Un imaginaire foisonnant avec des frères siamois qui découvrent pas hasard leurs pouvoirs, «Nous sommes nés monstrueux et notre vie fut belle. Nous sommes nés au plein milieu d'un été admirablement chaud. Nuls signes mystérieux – pluies de crapauds, migrations de rats, passages de comètes à la ponctualité détériorée, naissances d'agnelles à six pattes ou tournée de saltimbanques – n'annoncèrent notre venue. Juste le cri de douleur de ma mère lorsqu'elle accoucha, et son silence obstiné lorsqu'elle nous vit.». des enfants avec un pouvoir mental développé, la folie douce ou pas…

J’ai aimé le SDF ultrasensible qui adore le déplacement de l’air au passage des TGV qui s’installe dans une cabane enfouie sous les ronces pour que sa chienne puisse mettre bas tranquillement. Il dépose ses objets selon un rituel bien défini et enfin « sa face s’anime, s’agite de soubresauts, de tics qui s’organisent. La grimace arrive, la grande grimace, sa préférée : tous son visage se plisse, s’illumine puis s’apaise en un immense, unique et calme sourire ».

Et puis, il y a la cigogne. Cette Klappi qui fait l’unanimité contre elle, qui suit le père partout, il n’y en plus que pour elle. « Johannes, c’est mon père. Klapperstorch, c’est une cigogne. Mais ceci n’est pas l’histoire d’amour entre mon père et Klapperstorch. C’est l’histoire de la guerre sans merci entre le reste de la famille et la cigogne. » Cela pourrait mal se terminer.

Les parents semblent un peu dépassés par leurs progénitures, le drame pourrait être là, sous-jacent, pourtant il y a de l’amour ou, pour le moins, de la tendresse. L’innocence est belle, le désespoir absent, les protagonistes font face à leurs destins. Humains et animaux vivent ensemble, compagnons des uns et des autres, amis ou ennemis, mais pas trop.

Ce livre aux frontières du surnaturel, du conte, de l’onirisme est écrit d’une belle façon. Un recueil de nouvelles très original.

Merci à Libfly pour cette belle découverte dans le cadre de la voie des indés. , une maison d’édition qui sait me séduire par l’originalité et la qualité de ses livres.

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Christophe Carlier - L'assassin à la pomme verte

23 Juin 2016, 04:28am

Publié par zazy

L’assassin à la pomme verte

Christophe Carlier

Editions Serge Safran

Août 2012

ISBN : 9791090175051

 

 

4ème de couverture :

«J'éprouvais pour Elena une tendre reconnaissance. J'avais toujours voulu tuer quelqu'un. Pour y parvenir, il me manquait simplement de l'avoir rencontrée» songe Craig, fraîchement débarqué des États-Unis comme Elena d'Italie. Tous deux se trouvent pour une semaine au Paradise : un palace, vrai monde en soi, où l'on croise parfois au bar d'étranges clients. Par exemple cet homme de Parme, mari volage et volubile, découvert assassiné au lendemain de leur arrivée. Entre Craig et Elena naît un sentiment obsédant, fait d'agacement et d'attirance, sous l'oeil impitoyable de Sébastien, le réceptionniste, auquel rien n'échappe. Ou presque.

Dans cette envoûtante et spirituelle fiction à plusieurs voix, chacun prenant à son tour la parole, chacun observant l'autre, épiant son voisin, amour et meurtre tendent à se confondre. En émule d'Agatha Christie et de Marivaux, Christophe Carlier prouve avec maestria que l'accidentel, dans le shaker du grand hôtel, a partie liée avec l'imaginaire. Et qu'un assassin peut être aussi discret que l'homme à chapeau melon de Magritte, au visage dissimulé à jamais derrière une pomme verte.

L’auteur :

Christophe Carlier, né en 1960, a publié Lettres à l'Académie française (Arènes 2010) et divers autres essais dont plusieurs consacrés aux contes et aux mythes.

L'Assassin à la pomme verte est son premier roman.

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Soyez le bienvenu au Paradise. C’est ce que pourrait dire Sébastien, lui qui, de service de nuit, accueille les clients. Sébastien voit beaucoup de chose, étudie les attitudes de son regard expérimenté. « J'affecte à leur égard la sagesse bouddhique d'un tenancier de maison close. »

Il regarde la comédie humaine qui se joue devant ses yeux entre Craig, l’américain qui enseigne la littérature française aux USA, venu en France pour une série de conférences ; Elena, l’Italienne qui travaille pour une maison de couture italienne et un italien volubile, vantard, déjà peu ou prou pris de boisson. Des liens se nouent entre Craig et Elena qui prennent l’habitude de petit-déjeuner à la même table. Tout pourrait couler vers une douce romance comme dans tant d’hôtels, mais, l’italien volubile est découvert mort, le crâne fracassé dans sa suite. Tout laisse croire à un meurtre. «L'annonce d'un crime est toujours salutaire, puisqu'elle nous rappelle à nous-mêmes que nous sommes vivants.», déclaration de Craig.

Tout au long du livre alternent les récits de Craig, Elena et Sébastien. Chacun s’épie, se raconte. L’enquête n’est pas le plus important puisque l’assassin décrit son forfait très calmement. Les réflexions des trois personnages, loin d’alourdir le récit, donne un rythme alerte au livre. Cela tient de la pièce de théâtre.

Les réparties caustiques de Craig sont le sel de ce livre au style classique, enlevé. La fin inattendue clôt un livre que j’ai pris grand plaisir à lire. Un très bon premier roman.

 

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Jean-Pierre Minaudier - La poésie du gérondif

21 Juin 2016, 21:01pm

Publié par zazy

 

Poésie du Gérondif

Jean-Pierre Minaudier

Editions Le Tripode

Avril 2014
160 pages
ISBN : 978-2-37055-016-3

 

4ème de couverture :

Un éloge des grammaires, de la diversité des langues et des cultures du monde.

« Historien de formation, gros consommateur de littérature et de bandes dessinées depuis mon adolescence, j’ai, sur la quarantaine, traversé une drôle de crise: durant plus de cinq ans, je ne suis pratiquement arrivé à lire que des livres de linguistique, essentiellement des grammaires de langues rares et lointaines. Aujourd’hui le gros de l’orage est passé, mais je persiste à consommer nettement plus de linguistique que de romans. Je n’apprends pas ces langues: à part l’espagnol, l’anglais et deux mots d’allemand, je ne sais passablement que l’estonien, et je me suis quand même récemment mis au basque car c’est de loin la langue la plus exotique d’Europe. Mais j’en collectionne les grammaires — je possède à ce jour très exactement 1 1163 ouvrages de linguistique concernant 856 langues, dont 620 font l’objet d’une description complète. Je les dévore comme d’autres dévorent des romans policiers, comme le rentier balzacien dévorait les cours de la Bourse, comme les jeunes filles du temps jadis dévoraient Lamartine, frénétiquement, la nuit, le jour, chez moi, dans les diligences (pardon, le métro), en vacances, en rêve. Il y a longtemps en revanche que j’ai appris à m’en tenir à d’autres sujets dans les soirées en ville, car je ne tiens pas spécialement à dîner avec Lucullus. »

L’auteur :

Jean-Pierre Minaudier est né en 1961 à Lyon. Ancien élève de l'École Normale Supérieure, professeur d’histoire en hypokhâgne et khâgne, traducteur, il est également chargé de cours d’histoire estonienne et de traduction littéraire depuis l’estonien à l’INALCO et enseigne le basque à la Maison Basque de Paris. Son temps libre est assez compté.

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Gérondif (définition du petit Larousse) : En français, forme verbale terminée par-ant et précédée de la préposition en, qui sert à décrire certaines circonstances de l'action. (Le gérondif fonctionne comme un complément circonstanciel de cause, de concession, de condition, de manière, de temps ; son sujet sous-jacent est identique au sujet du verbe principal : En sortant, j'ai vu qu'il pleuvait.)

D’office je vais l’utiliser car, en lisant ce livre, il m’est souvent arrivé de sourire, voire rire, oh pas trop fort, j’étais dans un train.

La quatrième de couverture nous en apprend sur l’homme et son amour, que dis-je, sa gourmandise concernant la lecture et la linguistique. Cet amour, il le transmet dans son livre avec une verve, des trémolos dans les mots, un plaisir quasi charnel. Son livre, savant, érudit mais pas redondant, avec quelques piques bien senties « Et les Aztèques : qu’est-ce qui a bien pu pousser cette peuplade californienne à aller faire du tourisme au Mexique (je visualise un camping-car décoré de fleurs jaunes sur fond violet d’où s’échappe un air de Joan Baez, lancé à la poursuite d’un aigle entrevu dans un nuage de marijuana lors d’un trip particulièrement réussi), poussant même une reconnaissance jusqu’au Salvador (le fameux dialecte pipil) .

Vous apprendrez qu’en inuit « Tuktusiuqatiqarumalauqpuq » signifie « Il désira avoir un compagnon de chasse au caribou », que chidinaa'na'ibee'eldṍṍhtsohbikàà'dahnaaznilίgίi, « voiture qui glisse sur le sol avec de gros fusils dessus » parle en fait d’un tank !!

Ce fut un délice de lecture. Pierre Minaudier parle avec facétie de son amour des mots, des langues rares, des grammaires. J’aime son addiction. Ses déclarations d’amours dithyrambiques adressées aux éditions de Gruyter-Mouton trouvent leur acmé page 130. En voici quelques exemples sobres ! « Que tous les sains du paradis intercèdent en leur faveur au jour du jugement », « Elles sont le sel de la terre ! »

Un livre qu’il ne faut pas lire d’une traite, mais où il fait bon vagabonder, s’abandonner.

Jean-Pierre Minaudier a superbement traduit de l’estonien les livres d’Andrus Kivirähk, l’homme qui parlait la langue des serpents et les groseilles de novembre. La couverture est des mêmes auteurs.

Les cartes et les maquettes sont élaborées pour répondre à des besoins qui leur préexistent, tandis qu’une langue naît et se développe toute seule pour l’essentiel : c’est de manière imprévisible, incontrôlée qu’elle oriente notre regard sur les choses

Ainsi « tank » se dit chidinaa'na'ibee'eldṍṍhtsohbikàà'dahnaaznilίgίi, littéralement « voiture qui glisse sur le sol avec de gros fusils dessus ». Il est probable que dans la pratique, les Navajos recourent à l’anglais pour le genre de conversation où l’on a à mentionner un tank – C’est une bête question de sélection naturelle : le temps de s’écrier « Gare, le tank arrive ! », l’obstiné » navajophone est déjà réduit à l’état de crêpe Suzette, dans l’indifférence de ses compagnons d’armes plongés dans leur dictionnaire.

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Lionel-Edouard Martin - Icare au labyrinthe

21 Juin 2016, 15:26pm

Publié par zazy

 

Icare au labyrinthe

Lionel-Edouard Martin

Les éditions du Sonneur

74 pages

Mai 2016

ISBN : 978-2-37385-029-1

 

 

4ème de couverture :

Accompagné de la jeune et blonde Palombine, dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’elle le trouve tendrement ringard, le narrateur, poète obscur et misanthrope, effectue en voiture un voyage nostalgique à travers la France. Chemin faisant, tous deux discutent littérature, géographie, gastronomie, s’amusent avec les mots, testent des hôtels, avant de regagner la région parisienne, où le narrateur doit prendre part à un événement culturel, ultime étape de ce road trip qui s’achèvera au beau milieu d’un trottoir.

Icare au labyrinthe commence par un éloge de la lentille verte, se poursuit par une violente scène d’orage, une visite chez un étrange imprimeur, une dégustation de vins et des hallucinations dans un musée, pour se terminer par une improbable soirée mondaine. C’est sur ce fond narratif sensible, mélancolique parfois mais toujours empreint d’ironie, que Lionel-Édouard Martin développe sa prose, enrichie d’une satire de la vie contemporaine, particulièrement des milieux artistiques et littéraires.

L’auteur (site de l'éditeur) :

Né en 1956, Lionel-Édouard Martin est l’auteur d’une trentaine de textes, partagés entre poésie et narration – dont Anaïs ou les Gravières et Mousseline et ses doubles, publiés aux Éditions du Sonneur.

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Je me suis installée sur la banquette arrière, le narrateur est au volant avec Palombine à ses côtés. Direction une région très chère à mon cœur : l’Auvergne.

Je découvre que Palombine est jeune et lui 33 ans plus âgé, qu’ils se seraient rencontrés sur FB et que ce périple se passe, comme disent les anciens «en tout bien tout honneur ».

Le narrateur et l’auteur ne font qu’un, Palombine en est l’opposé. Elle est celle qui dit ce qu’elle pense alors que Lionel tergiverse, joue avec les mots « mots menteurs, arracheurs de dents »

Un livre sur les mots, le pouvoir des mots. « Tu prends la route, là, n’importe laquelle, tu débouches sur des mots.» L’auteur joue avec eux qui sont si importants. « Tous ces lieux dits, tous isolés dans leur nom propre, ils sont tous reliés par des voies, par des roues, par des chemins creux. ». Il y a du rythme, de la musique dans ses mots « Le brut qu’on polit, qu’on ponce. Plus seulement l’accompagnement du geste, qu’on danse ou qu’on traie la vache, le pas, le pis qui gicle et qui rythme : l’inutile, et qui te comble, qui ajoute à ton cœur, à ton sans, à tes reins ; et le plaisir des neurones : la cervelle est toute proche de l’oreille. »

Même lorsqu’il nous parle parisien, le parisien branché, bobo, celui qui lui fait réciter les vers de son livre de poésie devant un parterre de gens qui enfilent les verres. « Fin juin. Costume en cotonnade, chemisette, malgré tout sueur aux aisselles durant le trajet dans la torpeur du soir, sans brise, sous terre puis à l’aplomb de la ville, jour, nuit, jour, nuit, l’éphéméride troquée, feuilles qui s’arrachent, temps fébrile, illustrées chacune d’un épisode historique. » N’est-ce pas qu’il y a du rythme une portée musicale derrière ? »

Ce livre est un hymne à la lenteur à l’opposé de la fébrilité parisienne « on vit avec ses rythmes jusqu’à la fêlure, après ça s’écarte ». C’est aussi la solitude du poète qui ne sait sortir de son labyrinthe, le labyrinthe de l’âge, de la mélancolie, avec, comme touche finale, la mort.

Palombine est sa muse, celle qui donne de la légèreté, qui se moque gentiment de lui, qui ose dire les mots vrais. Il l’aime « comme un aime un personnage, comme on aime l’irréel ; comme on aime ce qu’on espère et qui n’est point palpable ». Elle a la vivacité de son âge et lui la mélancolie du sien. Rien d’oppressant, mais plutôt de la gaieté tant le poète et sa muse se répondent, se nourrissent l’un de l’autre. C’est la muse de ce livre. Il l’a pétrie, sculptée, ciselée avec ses mots. A la fin le poète fait mourir Palombine, se retrouve seul et, comme le roi, nu.

La nostalgie y est légère avec l’autodérision qui lui sied à merveille. La vigueur des éclats de rire, des échanges verbaux se font un beau chemin dans le labyrinthe de l’auteur.

Lionel-Edouard Martin tisse les mots pour relier les géographies, lier les opposés.

Un coup de cœur pour ce livre. J’avais déjà lu et beaucoup aimé « Mousseline et ses doubles » et « Nativité cinquante et quelques »

Merci Marc Villemain de m’avoir proposé ce livre plein de poésie et de tripe. Je vous le confirme : j’aime l’écriture de Lionel-Edouard Martin.

Le vin, c’est comme la littérature, ça doit te tarabuster les muqueuses.

L’avarice est une vertu provinciale, regarde le père Grandet qui faisait manger des pommes pourrites à ses convives. Ceux qui revenaient chez lui savaient à quoi s’attendre, et lui savait pourquoi on revenait chez lui : pas pour sa table.

Vichy est une ville lente. De même que la musique, la géographie humaine à ses tempos. A Vichy, le métronome est bas, genre pouls des bêtes hibernantes. On pourrait dire adagio mais, le terme sent par trop l’Italie : c’est que l’Auvergne s’impose, mafflue, lourde. Par quel mot dire tout à la fois « rond », « terraqué », « vert » ?

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Michaël Uras - Aux petits mots les grands remèdes

18 Juin 2016, 16:13pm

Publié par zazy

 

Aux petits mots les grands remèdes

Michaël Uras

Editions préludes

Août 2016

384 pages

ISBN : 978225310782

 

4ème de couverture :

Alex a choisi d'exercer un métier peu commun : bibliothérapeute.

Il tente de soulager les maux de ses patients grâce à la littérature. Parmi eux, Yann, un adolescent malmené à l'école, qui refuse de s'ouvrir au monde, le cynique Robert Chapman, étouffé par son travail, qui a oublié comment parler à sa femme et Anthony Polstra, le célèbre joueur de foot qui refuse de s'avouer certaines de ses passions.

Mais si Alex se montre doué dans sa profession, il doit bien reconnaître que sa vie privée laisse à désirer...

La littérature pourra-t-elle aider le bibliothérapeute lui-même ?

La clef du bonheur se trouve-t-elle entre les lignes des ouvrages qu'il a tant aimés ?

En convoquant les auteurs qui ont copté, Michaël Uras propose sous une plume vive et légère, une histoire revigorante et moderne qui rend hommage aux mots, ceux des autres, ou ceux que chante notre petite musique intérieure.

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Alexandre, bibliothérapeute, véritable « éponge à mots », vit avec, grâce et à travers les livres. Son plus, soigner les gens (épuisement au travail, mal-être…) en leur faisant découvrir des livres en adéquation avec le mal-être qui les rongent. Alex a foi en la vertu des mots pour soigner les maux

Nous suivons trois patients. Yann, adolescent surprotégé par sa mère, a perdu sa langue suite à un accident de voiture. Polstra lui, est footballeur professionnel (n’est-ce pas que j’ai le bon tempo !) et Monsieur Chapman veut retrouver le bonheur conjugal.

Faire lire Ulysse à un « fouteux », faut le faire. Dans la « vraie vie » lisent-ils ? Revenons à nos moutons, plutôt ses patients. Il les emmène, par les héros des livres à leur faire toucher du doigt leur souffrance et à y remédier, chacun à sa façon. Malgré ses difficultés personnelles, il trouve la force de les aider ces trois personnes, et, peut-être, se retrouver un peu à travers chacun.

Alex ne peut s’empêcher de conseiller des livres. Ainsi va sa vie. Le soir de Noël il se retrouve dans SA librairie et, sans penser à mal, renseigne un des ses anciens patients, puis un autre client… Jusqu’à ce que SON libraire le pousse gentiment mais fermement vers la porte. Chacun son métier !

Coincé entre des relations difficiles avec sa mère, sa propriétaire qui attend le règlement de ses loyers en retard, Alex n’est pas si heureux que ça dans la vie.

A trop tourner les pages, voir la vie à travers les mots, les citations, il en oublie la vraie vie qui a pour prénom Mélanie. Un beau jour, elle est partie des pages de leur roman d’amour.

Un livre-médicament pour les amoureux de la lecture. Une comédie douce-amère sur notre vie moderne et ses difficultés. L’addiction à la lecture ne peut faire de mal et n’a aucune contre indication, mais ne pas oublier de vivre. Il faut vivre sa vie plutôt que lire sa vie.

J’ai retrouvé l’écriture tendre et mélancolique découverte avec "Chercher Proust" et « Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse »,nonobstant les notre de bas de page qui seront revues à la baisse dans la version finale.

Merci à Michaël Uras de m’avoir fait parvenir son livre.

Il y a des moments essentiels dans nos existences, des moments si forts qu’ils anesthésient le réel. Des moments où l’huile de foie de morue semblerait un mets plein de saveur, ou une piqûre de frelon passerait pour une caresse affectueuse. Mais, pour en profiter, il faut être capable de les identifier. Ne pas les rater. Parce qu’ils ne reviennent pas et laissent dans la bouche le goût amer du temps perdu.

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Emmanuel Régniez - Notre Château

14 Juin 2016, 09:16am

Publié par zazy

 

Notre château

Emmanuel Régniez

Editions le Tripode

128 pages

janvier 2016

ISBN : 9782370550781

 

4ème de couverture :

Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.

On pourrait penser aux films Les Autres de Alejandro Amenábar, Shining de Kubrick, ou à La Maison des feuilles de Danielewski. En reprenant à son compte l’héritage de la littérature gothique et l’épure de certains auteurs du nouveau roman, Emmanuel Régniez réussit un roman ciselé et singulier, qui comblera les amateurs d’étrange.

L'auteur :

Emmanuel Régniez est un écrivain de langue française. Notre Château est son premier roman. Il est aussi l'auteur de l'Abc du gothique aux éditions Le Quartanier.

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Octave et sa sœur Véra vivent dans une grande maison qu’ils appellent « Notre château ». Ils en ont hérité, il y a vingt ans, à la mort de leurs parents et depuis vingt ans y habitent sans jamais en sortir. « Cela fait vingt ans que ma sœur et moi habitons cette grande, si grande, et belle, si belle maison. Si grande et si belle que nous l’appelons Notre Château. » Cette vie de reclus est interrompue par la sortie hebdomadaire du jeudi chez son libraire faire provision de livres. C’est leur seule activité, leur seule passion et la bibliothèque du château, leur maison. Ils vivent une sorte de routine, comme un vieux couple qu’ils sont.

Ce jeudi, Octave aperçoit sa sœur dans un bus à 14h32 exactement, dans le bus n°39. Or, sa sœur ne sort jamais et refuse de prendre le bus. Que se passe t-il, quelle est cette cachotterie ? Cette vision est la première lézarde dans le mur qu’ils se sont construits après la mort de leurs parents dans un accident de voiture.

Ils n’ont pas d’amis, pas de connaissance, personne ne vient sonner à leur porte. Un autre jour, « A 11h03, précisément, on a sonné à la porte de Notre Château. Je suis allé ouvrir. Véra dormait.». Ce coup de sonnette est un pas de plus dans la tragédie.

Je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler ce livre palpitant. Emmanuel Régniez joue avec le paranormal, le gothique. Par le martèlement, l’itération, il scande ses phrases, m’enroule dans son histoire, m’envoûte. Ce livre va crescendo. J’y avance en me posant plusieurs questions (qui auront leurs réponses au fil de ma lecture). Véra et Octave semblent être les prisonniers volontaires de cette maison où je me trouve prisonnière à mon tour. Une écriture maîtrisée, jouissive pour un tourbillon ou une descente vertigineuse. Une superbe lecture, un régal. . Les photos en fin de livre ajoute au mystère N’hésitez pas, entrez dans leur Château.

Un bel objet que ce livre. Une nouvelle belle découverte des Editions du Tripode qui chouchoutent leurs lecteurs

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