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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Emmanue Prelle, Emmanuel Vincenot - L'élevage des enfants

24 Mars 2016, 14:25pm

Publié par zazy

L’élevage des enfants

Emmanuel Prelle

Emmanuel Vincenot

Illustrations Florence Cestac

Editions J’ai Lu

Janvier 2016

125 pages

ISBN : 9782290123102

 

4ème de couverture :

Être père ou mère est une joie de chaque instant. C’est aussi une responsabilité écrasante. Il est encore temps d’y renoncer.

Mais si vous avez déjà franchi le pas, ou que vous vous apprêtez à le faire, L’Élevage des enfants offre une mine de conseils éducatifs, d’informations véridiques et de témoignages de première main qui vous accompagneront dans chacune des étapes de cette prodigieuse et épuisante aventure.

Un hilarant voyage dans le monde de l’enfance et de l’adolescence, cet univers coloré où se mêlent innocence et odeurs de pieds, pudeur et toxicomanie, acné et Père Noël.

Les auteurs (site éditions Wombat) :

Emmanuel Prelle et Emmanuel Vincenot ont été enfants de 1969 à 1987. Depuis, ils ont écrit en collaboration plusieurs livres d’humour, parmi lesquels l’Anticyclopédie universelle (Mille et une nuits, 2007) et l’Anticyclopédie du cinéma (Le Cherche-Midi, 2000) Le premier a fait l’objet d’une adaptation théâtrale, intitulée Tout sur tout et son contraire. Le second a été traduit et publié en Roumanie (un pays qui a bien besoin de rire).

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Autant le dire tout de suite : c’est plié pour moi. Je ne peux plus rien faire pour mes enfants, devenus eux-mêmes parents. Je pense très sérieusement- et j’ai beaucoup de mérite après la lecture de cet appendice, de penser sérieusement- leur offrir, même si pour les aînés, nous en sommes la phase préado.

Je l’ai commencé dans la salle d’attente du toubib, justement avec la petite dernière de 4 ans que l’on m’a « donné » malade. Tiens, les deux Emmanuel, vous ne pourriez pas écrire un autre livre sur ces parents qui abandonnent leurs propres (ça dépend quand) enfants aux grands-parents pendant les vacances scolaires ??? Oui, je sais, je m’égare, mais bon, je peux tout de même faire des propositions honnêtes.

De la conception au bac en passant par la puberté, l’enfance… Bref la vie de nos chers marmots. Question existentielle : vaut-il mieux un animal qu’un second enfant ? Voir le tableau explicatif. Le casting et les questions à poser à votre baby-sitter est un morceau de bravoure. « Aimez-vous faire pleurer les bébés ? Avez-vous déjà été condamnée pour kidnapping ? Mangez-vous les bébés ? »

« Quand les dents poussent, elles percent les gencives de votre enfant, qui pousse alors des hurlements qui percent vos tympan. », ça sent le vécu !

Le décryptage du bulletin scolaire : A ne surtout pas louper, ça me rappelle des souvenirs !

… Il y en aurait tant que je pourrais presque retranscrire le livre en son entier. Comme, d’une part, je suis feignante et que, d’autre part, cela s’appellerait du « copié-collé » en langage jeun’s, je vous encourage à découvrir comme élever vos enfants. Si vous ne comprenez pas bien, les auteurs ont eu la superbe idée de nous faire des tableaux comparatifs très utiles. Les dessins très explicites de Florence Cestac accompagnent fort bien les écrits totalement foutraques des deux Emmanuel.

Un guide divisé en 5 parties selon les âges. Cela va de « l’âge adorable (0-3 ans) à l’âge insupportable (16-18 ans) qui parle de tout, l’éducation, la religion, la sexualité, la scolarisation… Un guide à mettre entre toutes les mains, je me suis gondolée. C’est monstrueusement drôle et j’adore ça ! Un opuscule à lire d’une traite ou pas. Personnellement, je préfère déguster.

Je remercie Emmanuel Prelle et Emmanuel Vincenot de m’avoir proposé la lecture de cet opus très utile, qui m’a fait rire ; Chose primordiale en ces temps cruels.

Après cette lecture édifiante, terrifiante, hilarante, vous ne pourrez plus dire que vous n'étiez pas au courant.

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Antoine Choplin - Une forêt d'arbres creux

7 Mars 2016, 14:42pm

Publié par zazy

Une forêt d’arbres creux

Antoine Choplin

Editions La fosse aux ours

115 PAGES

Août 2015

ISBN : 9782357070653

 

4ème de couverture :

TEREZIN, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, décembre 1941.

Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins. Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s'échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l'angoisse. Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments.

Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s'agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d'aucune sorte. Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Antoine Choplin est l'auteur de Radeau, du Héron de Guernica et de La Nuit tombée (prix France Télévisions 2012).

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En lisant les premières pages, j’ai eu la vision d’une ou plutôt deux photos. La première plein cadre sur les deux ormes avec un arrière-plan flou et la seconde l’arrière-plan devient net et l’on ne voit que les barbelés. La vie de Bedrich Fritta et de sa famille se déroulera désormais derrière ces barbelés, dans le ghetto de Terezin alors appelé Therisienstadt. Le dessinateur tchèque se trouvé nommé à la tête du bureau de dessin technique et doit établir les plans d’une future chambre à gaz. La nuit venue, une fois la confiance entre eux établie, les crayons deviennent des armes, leurs armes. Ils dessinent le camp tel qu’il est et non tel que les nazis veulent le montrer à la Croix Rouge. Démasqués, ils seront, avec leurs familles, emmenés en convois dans un camp de concentration dont il ne réchappera pas. Quelques dessins ont pu être sauvés.

Chaque chapitre fait penser à un des dessins. En des termes sobres, il raconte le camp, les visages gris, dénués de vie, les yeux vides « Il apparait pourtant, à l’exception de ces battements esquissés des paupières, dénué de vie. Les lèvres sont serrées, le sourire absent. »

La promiscuité, le froid, la saleté des corps que l’on ne peut entretenir, la peur, la faim, les humiliations, l’emprisonnement. Pourtant, il y a, tout de même ce contentement de tenir un crayon, de tracer des traits « Un contentement, c’est bien cela pour le moins, tenu en joue par une culpabilité impermanente ».

La sobriété, l’intensité de l’écriture d’Antoine Choplin donne encore plus de force au récit.

Les crayons me ramènent à Charlotte Salomon tout comme à tous les dessins créés après le massacre dans les locaux de Charlie.

Un coup de cœur pour ce livre et cet auteur dont j’avais beaucoup apprécié « La nuit tombée ».

On gagnera, en clique soumise, l’enceinte du ghetto. On en repartira au milieu des autres. On s’y nourrira après avoir progressé lentement le long d’interminables files d‘attente, on y travaillera en essaims quelle que soit la besogne, aux même heures de la journée, on y circulera encadrés, par sixaines, douzaines, vingtaines. On souffrira des fièvres dans les salles bondées des infirmeries. Il y aura le spectacle imposé à tous des châtiments collectifs ; sans parler des exécutions et des fosses communes.

Dans le dortoir s’attroupent aux mêmes instants les corps fatigués. Ce que le lieu pourrait autoriser de repliement, d’évasion intérieure, de pensée libre, est ici démenti par l’exiguïté des espaces et l’épuisement des hommes. C’est un amoncellement.

Pour Bedrich, il n’y peut rien, tout commence chaque fois par la satisfaction que lui procurent les outils

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Edouard Louis - Histoire de la violence

3 Mars 2016, 17:01pm

Publié par zazy

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Histoire de la violence

Edouard Louis

Editions du Seuil

240 pages

Janvier 2016

ISBN : 9782021177787

 

4ème de couverture :

J’ai rencontré Reda un soir de Noël. Je rentrais chez moi après un repas avec des amis, vers quatre heures du matin. Il m’a abordé dans la rue et j’ai fini par lui proposer de monter dans mon studio. Ensuite, il m’a raconté l’histoire de son enfance et celle de l’arrivée en France de son père, qui avait fui l’Algérie. Nous avons passé le reste de la nuit ensemble, on discutait, on riait. Vers six heures du matin, il a sorti un revolver et il a dit qu’il allait me tuer. Il m’a insulté, étranglé, violé. Le lendemain, les démarches médicales et judiciaires ont commencé.

Plus tard, je me suis confié à ma sœur. Je l’ai entendue raconter à sa manière ces événements.

En revenant sur mon enfance, mais aussi sur la vie de Reda et celle de son père, en réfléchissant à l’émigration, au racisme, à la misère, au désir ou aux effets du traumatisme, je voudrais à mon tour comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là. Et par là, esquisser une histoire de la violence.

E. L.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Édouard Louis a publié En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil, 2014) et, sous sa direction, Pierre Bourdieu. L’insoumission en héritage (PUF, 2013). Il a créé la collection « Des mots » aux Presses universitaires de France.

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Edouard Louis, la nuit de Noël, se fait draguer par un jeune kabyle, Reda, et lui propose de prendre un verre chez lui. S’en suit une nuit d’amour et de conversation intense. Suite au vol de son portable, le sexe s’est transformé en agression, puis en agression sexuelle. Edouard ira à l’hôpital, au commissariat porter plainte. La sœur d’Edouard participe à ce récit en racontant à son mari les évènements tels qu’elle les a compris.

 

Je n’ai pas lu le premier livre de cet auteur. La curiosité est un (vilain ?) défaut et me voici avec Histoire de la violence entre les mains.

Je n’ai éprouvé aucune empathie pour ce jeune homme et son histoire, tant le style m’a déplu. Les interventions de la sœur alourdissent la lecture. Je n’aime pas sa façon de vouloir faire populaire lorsque Clara raconte. J’ai senti son ambivalence entre ses sentiments restés vifs à l’égard du Reda du début et sa déposition à la police. L’impression qu’il a, à la fois, envie d’arrêter la plainte et le besoin de la maintenir « Je ne me doutais pas encore de l’intensité avec laquelle j’allais me détester d’être venu jusqu’au commissariat. » ou encore «Je ne voulais pas porter plainte, à cause de ma détestation de la répression, parce que je pensais que Réda ne méritait pas d’aller en prison. ». A trop vouloir se donner le beau rôle, Edouard Louis n’est pas crédible pour moi. Pourquoi se cacher pour écouter le récit de sa sœur ? Une discussion entre lui et lui-même qui ne m’a pas plu. Un titre qui appelait autre chose

Livre lu en qualité de membre du jury prix des lecteurs 2016 l'Express BFMTV

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Mathias Malzieu - Journal d'un vampire en pyjama

1 Mars 2016, 21:14pm

Publié par zazy

 

Journal d’un vampire en pyjama

Mathias Malzieu

Editions Albin Michel

janvier 2016

240 pages

ISBN : 9782226321824

 

4ème de couverture :

« Ce livre est le vaisseau spécial que j'ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d'amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n'ai rien eu à inventer. Si ce n'est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur. »

Mathias Malzieu

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1974 à Montpellier, Mathias Malzieu, auteur-compositeur et chanteur du groupe de rock français Dionysos, mène de front carrière musicale et littéraire. Après un recueil de nouvelles, 38 mini westerns (avec des fantômes), et un émouvant roman autobiographique sur la mort de sa mère, Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi (Flammarion, 2005), il publie en 2007 La Mécanique du cœur, énorme succès critique et populaire, traduit dans 22 pays et vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde. L'album éponyme de Dionysos est double disque d'or. Mathias adapte en 2014 son roman en un film d'animation, Jack et la mécanique du cœur, produit par Luc Besson (nommé aux Césars et short listé aux Oscars ; plus d'un million d'entrées). Il a également écrit Métamorphoses en bord de ciel (Flammarion, 2011), Le plus petit baiser jamais recensé (Flammarion, 2013) ainsi que L'Homme Volcan, conte pour iPad et iPhone qui a remporté le Prix du livre numérique 2012. Publié en même temps que le nouvel album éponyme de Dionysos, Journal d'un vampire en pyjama est son sixième livre.

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J’aime l’univers de Mathias Malzieu. Chaque livre lu est un voyage au pays des rêves et du merveilleux. Métamorphose en bord de ciel parle de la fin de vie avec beaucoup de poésie.

Le journal d’un vampire en pyjama réitère l’exploit de parler de l’aplasie, de la peur, de la chambre stérile, de la greffe, des transfusions sanguines… avec poésie, humour, mais là, c’est un combat pour de vrai.

Les infirmières deviennent des nymphirmières ; la mort, Dame Oclès à qui il envoie une ribambelle de pieds de nez. La chambre stérile, son chalutier qui traverse les tempêtes ; où les skatétagères supportent des animaux en plastique, le piano rouge, la création qui maintient le cap vers l’avenir… et Rosy le roc sur lequel il peut se reposer dans la tempête.

Pour l’aider dans son combat, il tient une sorte de carnet de bord de ciel, de bord de vie où l’humour, la poésie, l’amour, la chaleur, l’amitié remplissent la vie de Mathias. « Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. »

Oui, un très beau livre sans pathos ni voyeurisme. Dès qu’une larme pointe le bout de sa perle, Mathias par une pirouette la transforme en perle. Les pentes d’angoisses et les montées d’espoirs se transforment en montagnes russes d’où il hurle sa soif et sa force de vivre

Mathias Malzieu, j’aime votre personnalité, j’aime votre monde. Vous donnez des envies de sauter en l’air, de valser, rocker… de VIVRE

Merci pour ces mots qui distillent le bonheur dans des moments si cruciaux. « Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’ai vécue ». Votre livre est un superbe coup de cœur, un hymne à la vie que je vais m’empresser d’offrir à Caroline qui se bat avec un si grand sourire, une grande force, depuis plus de cinq ans contre la betterave.

Surtout, n'oubliez pas les vaccinations, sinon attention à la varicelle !!

 

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Sébastien Fritsch - Derrière toute chose exquise

26 Février 2016, 21:23pm

Publié par zazy

 

Derrière toute chose exquise

Sébastien Fritsch

Editions Fin mars début avril

Mars 2014

226 pages

ISBN 9782953767766

 

4ème de couverture :

Depuis près de vingt ans, Jonas Burkel photographie toujours la même femme ; seul le prénom change. Mais plus que les brunes longilignes au regard perdu, il semble que son vrai grand amour soit ses habitudes : ses disques de piano jazz, ses errances dans Paris… et ces corps féminins dociles et invariables.

La fille qu’il découvre dans un train de banlieue, accrochée à un roman d’Oscar Wilde, semble la candidate idéale pour prolonger la série : il oublie immédiatement son précédent modèle, imagine déjà sa nouvelle conquête devant son objectif, dans des rues sombres, sous la pluie, sous ses draps…

L'idée qu'une femme puisse refuser son petit jeu sentimental ne lui traverse même pas l'esprit. Mais comment pourrait-il deviner que, tout comme lui, la lectrice du train n’accepte aucune règle sinon celles qu’elle invente ? Et que tous ceux qui l’approchent doivent s’y plier ; jusqu'à y jouer leur vie.

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Jonas Burkel, photographe est passionné par un seul type de femme : brune, longiligne, au bord du précipice. Il aime les photographier dans des usines désaffectées. Un modèle chasse l’autre dans le cœur et le lit du photographe, jusqu’à ce que l’inconnue du Paris-Meaux arrive et prenne toute la banquette.

Jonas est un instable amoureux avec pour point d’ancrage son appartement. Son plaisir : regarder par la fenêtre un verre de Whisky à la main et la musique d’Oscar Peterson dans les oreilles, plutôt sur sa chaîne. Malgré toutes ses conquêtes, n’allez pas penser que c’est un tombeur. Il me parait plutôt ennuyeux dans son refus d’aimer, de donner, son silence quasi permanent, la monotonie de sa vie. Pourquoi Margot fait-elle le pied de grue devant son appartement et note tous ses déplacements ? Pourquoi Emmanuelle ne contient-elle pas sa joie et son orgueil de voir Jonas s’installer chez elle ?

« Assise droite comme un i sur une banquette orange, elle lit. Et c’est en la découvrant ainsi, absorbée par des mots, indifférente au monde, inconsciente du pouvoir qu’elle exerce, que je tombe amoureux. » Arrive celle qui lui fait oublier toutes les autres, celle à qui il voudrait donner. Comme aux autres, il lui refile sa carte.  Depuis ils jouent au chat et à la souris. Le chat étant, en l’espèce, une chatte et la souris un bon rat bien naïf. Quoique…

L’auteur plante le décor principal : l’appartement de Jonas et le canapé-lit rayé vert et blanc, un vrai personnage qui revient souvent comme le refrain d’une chanson.

La fin ? Surprise du chef de l’auteur ! Qui fait que, dans ma tête, je me suis offert tout le livre, en travelling arrière.

J’oubliais. Il y a des mortes, mais qui a tué ? Qui est coupable ?

J’ai retrouvé la distillerie d’indices, l’écriture imagée du « Sixième crime » au service de ou des énigmes. C’est le style de Sébastien Fritsch, son besoin ; nous accrocher, nous harponner.

Un conseil ami lecteur : ne brûle pas les étapes, prends le temps d’apprécier la distillerie, laisse Jonas et ses conquêtes s’installer dans ton esprit sans oublier la belle N.

 

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René-Victor Pilhes - La nuit de Zelemta

25 Février 2016, 14:58pm

Publié par zazy

 

La nuit de Zelemta

René-Victor Pilhes

Editions Albin Michel

janvier 2016

192 pages

ISBN : 9782226319425

 

4ème de couverture :

A la fin de l'été 1953, Jean-Michel Leutier quitte l'Algérie pour continuer ses études dans un lycée toulousain. Lors d'un week-end à Albi, il fait une rencontre qui va changer sa vie : Abane Ramdane, le plus célèbre prisonnier politique de France, l'un des fondateurs du FLN.

Quatre ans plus tard, devenu officier français patrouillant dans la région de Zelemta, il le retrouve sur sa route, fuyant vers le Maroc.

Ce face-à-face passionnant entre un mythe de la Révolution algérienne et un jeune pied-noir aussi brillant que naïf contient en soi toute la complexité des rapports entre Algériens et Français, les enjeux de la guerre nationale comme les paradoxes de l'Histoire coloniale. René-Victor Pilhes, prix Médicis pour La Rhubarbe, prix Femina pour L'Imprécateur, a toujours exploré, dans une œuvre au style alerte tour à tour féroce, baroque et lyrique, les heures sombres de l'Histoire, en dénonçant les clichés et en éclairant les points aveugles.

L’auteur (site de l’éditeur)

René-Victor Pilhes a grandi à Seix en Ariège, cadre de nombreux de ses romans. En 1955, il est envoyé en Algérie où il restera deux ans.

Prix Médicis en 1965 pour La Rhubarbe, Prix Femina 1974 pour L'Imprécateur, il a publié aux éditions Albin Michel La Pompéi (1985), Les démons de la cour de Rohan (1987), L'Hitlérien (1988), La médiatrice (1989) et La Faux (1993). Il n'avait pas publié de romans depuis près de 20 ans.

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Jean-Michel Leutier, jeune pied-noir quitte son oranais natal pour continuer des études brillantes à Toulouse. Voulant séduire la sœur d’un copain, via la mère experte en bonnes œuvres, il devient visiteur de prison. Le sort le met en présence d’Abane Ramdane, l’un des fondateurs du FLN, emprisonné à Albi, qui, plus tard, sera lâchement assassiné par ses pairs en 1957.

Ses études philosophiques, ses conversations avec Ramdane emplissent son esprit et sa conscience sur l’avenir de l’Algérie. Un avenir où les colons ne sont plus les maîtres de l’Algérie, mais des habitants lambda, où les paysans algériens ne sont plus ravalés au rang de presque serf par les gros propriétaires. C’est avec un regard neuf, décillé que Jean-Michel, lors de ses vacances au pays, mesure le fossé entre les graines que le prisonnier a semé dans son esprit et la vie de ses parents, des habitants de l’Oranais. Cette confrontation entre deux idées de l’Algérie et de la colonisation jette le trouble chez le jeune homme « Jusqu’alors, défricher, bâtir, semer, planter, instruire, enseigner, avait servi de bonne conscience au colonisateur. ». Cette impossibilité pour les colons de comprendre, de voir que tout change autour d’eux « Ce que voyaient ces « Français d’Algérie », c’est qu’il était trop tard. Mais était-ce si évident ? ». Lorsque la guerre, on dit alors, les Evènements, éclate, il suspend son sursis et part défendre ce qu’il considère, avec justesse, son pays.

Blessés plusieurs fois, il se meurt et la visite quotidienne du « petit curé » lui permet de raconter sa courte vie, sa rencontre avec Ramdane et ce qui en découla, la guerre dont la fameuse nuit de Zelemta qui jettera l’opprobre sur ce jeune officier multi médaillé.

Un livre superbement construit qui raconte, expose la guerre d’Algérie sans trémolos, avec rigueur et calme la situation des deux côtés.

Les français de France de l’époque, d’avant la déclaration de guerre, ne se sentaient pas concernés : « L’Algérie, oui, c’était une partie rose sur la carte de l’outre-mer ; mais ce n’était que ça. Non, décidément, ce n’était pas l’Alsace et la Lorraine. »
Je me souviens, pour avoir établi des dossiers, de certains pieds noirs, propriétaires terriens, arrogants avec les subalternes que nous étions. J’avais, à l’opposé, deux collègues fraîchement rapatriés, ceux qu’on appelait « petits blancs » qui pleuraient leur pays. C’était dur à comprendre pour la jeune fille que j’étais, tout en faisant un parfait résumé.

Abane Ramdane a réellement existé. Il fut l’un des créateurs et chefs du FLN, écarté puis tué pour des raisons de pouvoir. « Tour à tour présenté comme un Robespierre ou le Jean Moulin et même le Mao Tsé-toung africain, s’il avait survécu à la guerre, Abane Ramdane reste peu ou mal connu. Cela n’est pas fortuit. Une véritable conjuration du silence en a fait l’oublié, voire « l’évacué » de la révolution algérienne. »

Ramdane vivant, lui qui comparait leur lutte à celle des Irlandais, aurait-il eu le pouvoir et la volonté de faire ce qu’il expliquait à Jean-Michel ? Si le statut Blum-Viollette qui voulait donner la nationalité française aux étudiants « Les étudiants musulmans, tout en restant musulmans deviennent français et qu’aussi imbus de préjugés religieux et racistes qu’ils soient les colons ne puissent leur décrier la fraternité française. » (C’était en 1936) avait été ratifié….

Et la « nuit de Zelemta » me direz-vous ? Je vous laisse découvrir cet épisode humain et très fort.

Un livre, entre fiction et réalité, dans un style très construit ; une belle écriture classique comme je les aime. J’ai trouvé, chez René-Victor Pilhes, beaucoup d’estime pour ces « petits blancs » qui étaient présents en Algérie depuis plusieurs générations ou ceux qui sont venus chercher un avenir meilleurs et, pour les enseignants, un grand désir d’apporter leurs connaissances aux « Arabes », ainsi que pour Ramdane.

Une belle découverte de cette période, guerre qui se cache derrière ces « Evènements » dont on ne parle que très, trop, peu. Un très bon livre.

Le moindre « petit Blanc », s’il était loin au-dessous des industriels d’Alger ou d’Oran et des gros colons de la Mitidja, restait, quoi qu’il en fût, membre de la communauté européenne, et, à cet égard, même « prolétarisé », se distinguait des « Arabes ».

Et puis, « L’Algérie n’était pas seulement loin de Paris, elle était inconnue du peuple français. Celui-ci n’en apercevait qu’une caricature : les caravanes, les dattes, les chéchias, les belles Berbères. A quoi se superposait l’image que les pieds noirs en offraient quant ils apparaissaient en métropole, ou tout au moins deux qui pouvaient se le payer, en vacances ou en affaires, engendrant même une certaines animosité : hâbleurs, bourrés aux as, affichant leur prospérité, parlant des « Arables » comme d’une sous-engeance, avec un cortège de mots les désignant plus péjoratifs les uns que les autres.

« Dans son Algérie natale, il y avait dans un camp ceux qui possédaient presque tout et ceux qui ne possédaient presque rien. Jusqu’alors, défricher, bâtir, semer, planter, instruire, enseigner, avait servi de bonne conscience au colonisateur

Et le pauvre député Viollette de déclarer à la Chambre : « lorsque les musulmans protestent, vous êtes indignés ; lorsqu’ils approuvent, vous vous montrez soupçonneux ; quand ils restent tranquilles, vous avez peur… Messieurs, ces gens n’ont pas de nations politiques, ils ne demandent même pas une nation religieuse, tout ce qu’il s demandent, c’est d’être admis dans la vôtre, si vous refusez cela, prenez garde qu’ils ne créent une nation pour eux-mêmes » Fermez le ban.

Crois-tu vraiment que tu es ici chez toi ? » Voilà pourquoi il était apparu en proie idéale à un Abane Ramdane qui avait promptement décelé cette vulnérabilité. En vérité, c’est un hasard très funeste qui les avait mis en présence, à moins, à l’inverse, qu’il ne se révèle un de ces jours salutaire pour cause de déniaisement politique précoce.

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Jean Echenoz - Envoyée spéciale

20 Février 2016, 21:50pm

Publié par zazy

Envoyée spéciale

Jean Echenoz

Editions de Minuit

Janvier 2016

320 pages

ISBN : 9782707329226

 

4ème de couverture :

Constance étant oisive, on va lui trouver de quoi s’occuper. Des bords de Seine aux rives de la mer Jaune, en passant par les fins fonds de la Creuse, rien ne devrait l’empêcher d’accomplir sa mission. Seul problème : le personnel chargé de son encadrement n’est pas toujours très bien organisé.

 

L’auteur (source ici) :

Jean Echenoz est né le 26 décembre 1947 s'impose avec un sens de l'observation unique et un style singulier. L'ancien étudiant en sociologie et en génie civil déclare être l'auteur de romans “géographiques”. Il tâche en effet dans son oeuvre de tracer les conditions, les décors et les milieux qui fondent une existence, celle de personnages fictifs ou réels à l'instar de Ravel dans un roman éponyme ou d'Emile Zatopek dans Courir. Amené à l'écriture suite à la découverte d'Ubu Roi d'Alfred Jarry, Echenoz imprime sa propre empreinte avec un sens de la dérision hérité du dramaturge. Lauréat du prix Goncourt en 1999 pour Je m'en vais, l'auteur joue à détourner les codes du langage et les genres littéraires. Ainsi, il s'approprie le roman policier avec Cherokee (Prix Medicis en 1983) ou le roman d'espionnage avec Le Lac. Ecrivain de la quête et de l'enquête, Jean Echenoz succède avec brio et innovation à la génération du Nouveau Roman, qui a fait la renommée de sa maison d'édition, Minuit. En 2012, cette dernière publie son roman 14.

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Constance, jeune femme oisive des beaux quartiers parisiens est enlevée par un « plombier » même pas polonais. Une demande de rançon arrive et son mari, Lou Tausk (un pseudo), ancienne gloire musicale réagit mollement. Constance fera preuve de constance (je n’allais pas louper ce mauvais jeu de mots), n’essaie pas de se sauver, attend, trouve même quelques menus plaisirs en présence de ses deux geôliers, sentiment réciproque. Les directives conduiront notre héroïne jusqu’en Corée du Nord avec la même placidité, où elle sera un peu espionne.

Comment parler de ce livre sans l’amoindrir ? Jean Echenoz semble s’être amusé à l’écrire, à semer de petits indices, comme un bout de doigt. Beaucoup de personnages se croisent, ou pas, beaucoup de rebondissements. Dans ce livre, tous les mots sont importants. J’ai aimé, que dis-je, adoré la tournure des phrases. L’utilisation du « on » qui devrait alourdir le texte, le rend malicieux, avec ce mélange alerte de trivial et de précieux. « Une fois l’on a vu, dos tourné à la route, au milieu d’une culture de pois protéagineux, piser un paysan sous sa casquette. » Vous avez la description et l’action en un minimum de mots. Sobriété.

Jean Echenoz est le marionnettiste d’une histoire improbable au mécanisme précis d’horlogerie. Il joue avec les fils, tisse un dessin. Il distille, à dessein, des détails importants.  Qu’importe si l’histoire est improbable, lui, la rend possible. Et si, tout s’était déroulé dans une autre dimension ? Possible à la lecture du dernier paragraphe, ou pas.

Un coup de cœur

Envoyée spéciale fait partie de la liste des livres sélectionnés pour le Prix  des lecteurs l'Express BFMTV 2016

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Camille Laurens - Celle que vous croyez

20 Février 2016, 21:29pm

Publié par zazy

 

Celle que vous croyez

Camille Laurens

Editions Gallimard

Janvier 2016

192 pages

ISBN : 9782070143870

 

4ème de couverture :

Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux.

En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

L’auteur :

Camille Laurens  est agrégée de lettres et vit dans le sud de la France. En 1995, elle publie Philippe, qui raconte la mort de son enfant nouveau-né. Ce livre autobiographique écrit dans la douleur est unanimement salué. En 1996 commence le travail introspectif sur l’humain et son rapport à lui-même puis, Quelques-uns, Dans ces bras-là, L’Amour, Ni toi ni moi. En 2008, Camille Laurens change de registre et publie ‘Tissé par mille’, un roman où elle s’amuse à déchiffrer ce qui se trame derrière les mots, tous les mots.

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Claire Millecam, 48 ans, s’inscrit sur Facebook sous un faux profil, celui de Claire Antunes, 24 ans. Elle devient « l’amie » de Kriss, le grand copain de Jo, son amant qu’elle veut pister. Cupidon FB décoche sa flèche. Claire n’est pas celle qu’il croit et s’abimera. Un livre à plusieurs voix où le faux et le réel se mélangent. Une réflexion sur le désir amoureux, le désir tout cours, une colère sur le regard que portent les mâles sur les femmes mâtures.

Claire Antunes est l’avatar de Claire Millecam, Claire, celui de Camille Laurens? Hospitalisée pour « une décompensation sévère » Claire se confie à Marc le psy. J’ai cru à son histoire tout comme aux révélations de Marc et aux lettres de Camille Laurens à son éditeur. C’est là, la grande force de l’auteur, brouiller les cartes du vrai, du vraisemblable et du roman.

En filigrane, la femme de cinquante ans « Quel super-pouvoir acquièrent les femmes de cinquante ans ? – Elles deviennent invisibles. » La perte du regard de l’homme « N’exister que dans leur regard et mourir quand ils ferment les yeux. » Que cherche vraiment Claire, le désir dans le regard des hommes ou son propre désir ? Que n’a-t-elle d’autres passions !

J’ai aimé ce jeu pervers, trouble, le ton ironique, les réparties quelques fois cruelles, une écriture douce-amère où le jeu de mots peut être saignant « Enseignante ? En saignant aussi, quelquefois. »

Roman où mensonge et réalité conduisent à la folie jusqu’à la rédemption par l’écriture.

 

Celle que vous croyez fait partie de la liste des livres sélectionnés pour le Prix  des lecteurs l'Express BFMTV 2016

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Max Genève - Le voyage de M. de Balzac à Turin

7 Février 2016, 21:33pm

Publié par zazy

 

Le voyage de M. de Balzac à Turin

Max Genève

Editions Serge Safran

224 pages

février 2016

ISBN : 9791090175440

 

4ème de couverture :

En juillet 1836, le couple Guidoboni-Visconti propose à Balzac de les représenter à Turin, tous frais payés, pour une affaire d'héritage. Cela tombe à pic : l'écrivain est ruiné après la liquidation La Chronique de Paris. Pour l'accompagner, l'auteur du Lys dans la vallée - le roman vient de paraître -, recrute un jeune page : Marcel. Habillée en homme, mariée, mère de famille, elle s'appelle en vrai Caroline. Et, fatalement, se noue une intrigue amoureuse d'un genre très particulier.

Dans ce roman à la sulfureuse malice et discrète érudition, Max Genève prête à un homme épuisé par un travail acharné, harcelé par ses éditeurs et ses créanciers, ce qu’il n’aura vécu que rarement : un moment de joyeuse insouciance.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né à Mulhouse en 1945, Max Genève vit aujourd'hui entre Paris et Biarritz. Auteur de vingt romans et de plusieurs recueils de nouvelles, ce romancier inclassable s'est illustré dans des veines très variées avec toujours la même exigence. Le voyage de M. de Balzac à Turin est le troisième roman paru chez Serge Safran éditeur après Virtuoses et Le jeune homme qui voulait ralentir la vie.

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Suite à la liquidation de La Chronique de Paris et pressé par ses créanciers, Honoré de Balzac ne doit son salut qu’à ses amis Guidoboni-Visconti qui l’envoie régler une affaire de succession à Turin. L’accompagne Marcel, son « page ».

« Marcel se lave les cheveux au relais de poste pendant qu’on dételle les chevaux. Elle les porte courts pour l’occasion… » Ainsi débute ce roman. Tiens une faute (je n’avais pas lu la 4ème de couverture). Non, aucune erreur puisque Marcel est en fait Caroline Marbouty, une femme mariée mère de deux enfants qui lui avait envoyé des textes, signés Marcel, lorsqu’il était directeur de la Chronique de Paris. Elle sera même confondue avec George Sand. Balzac ne démentira pas. Donc Marcel-Caroline accompagne Honoré dans ce voyage. pour ne pas effrayer ses grande amies Mesdames Hanska, de Berny et Guidoboni-Visconti. Me voici embarquée avec Balzac et Marcel en diligence direction Turin. Marcel, le page, ne fait pas illusion longtemps parmi les personnes rencontrées. Ainsi à la Grande Chartreuse, la réflexion du frère portier : - Ce jeune homme est mon page, dit Balzac d’un ton mal assuré,… -Et moi je suis la Sainte Mère ».

Un voyage et un séjour turinois que j’ai adoré. Un peu fatiguée par tout le trajet en diligence. Ravie d’avoir admiré le jardin de l’avocat Luigi Colla à Rivoli. J’ai découvert avec Marcel le faste des demeures seigneuriales et princières. J’ai souri aux parties de chat et souris entre Balzac et Caroline.

Madame Hanska est toujours présente dans ce voyage ; Sa tendre Eva, sa Princesse. Les pensées de Balzac vont aussi auprès de Madame de Berny qui vit ses derniers moments. Nonobstant ceci, la dernière nuit italienne, chez Madame de Benevello, le page et le maître doivent dormir dans le même lit. Le lendemain, il se comporte, pour moi, en goujat en ayant cette sortie « Donc, nous sommes bien d’accord, dit-il, il ne s’est rien passé cette nuit. » Je sais, c’est un R.O.M.A.N., mais…

En fin de livre Max Genève nous éclaire un peu plus sur Caroline Marbouty. C’est qu’il est dur, à l’époque, d’être écrivain et femme. « Vous savez comme moi qu’une femme qui met son talent à défendre les femmes, ce qu’elle fait avec force dans Une fausse position, rencontre bien des inimités masculines. » La postface montre l’érudition non ennuyeuse de l’auteur.

Max Genève, je suis très heureuse d’avoir accepté votre invitation au voyage. Accomplir ce voyage en compagnie de Monsieur Honoré de Balzac fut un régal, une parenthèse enchantée.

Les Editions Serge Safran m’ont offert, une nouvelle fois, une très belle lecture.

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Laurence Cossé - La Grande Arche

5 Février 2016, 22:52pm

Publié par zazy

La Grande Arche

Laurence Cossé

Editions Gallimard

Janvier 2016

368 pages

ISBN : 9782070142040

 

 

4ème de couverture :

Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n'est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s’écroule, et s’écroule toutes les fois qu’on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu’un de vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente.

Ce récit brosse l’épopée de la construction d’un des monuments les plus connus de Paris, dont on ignore qu’il fut l’enjeu de luttes politiques au couteau sous le règne de François Mitterrand. C’est surtout le portrait et l’histoire de son créateur, Johan Otto von Spreckelsen, un architecte danois très secret, professeur aux Beaux-arts de Copenhague.

Lauréat d’un prestigieux concours international en 1983, fêté pour son projet à son arrivée à Paris, cet homme du Nord découvre avec stupéfaction la désinvolture et les revirements à la française. L’affaire finit tragiquement pour lui, alors que se construit ce portique de marbre qui paraît la sérénité même.

Dans ce roman puissant, Laurence Cossé conjugue l’art de la narration romanesque et la précision d’une longue enquête pour évoquer un destin d’architecte parmi les plus beaux et les plus paradoxaux, les plus absolus et les plus violents du XXe siècle.

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Laurence Cossé fait partie de mes auteurs préférés, c’est dire si j’avais hâte de découvrir ce livre, sans en avoir lu la 4ème de couverture.

Ici, l’auteur raconte l’historique de la Grande Arche de la Défense. Quelle épopée politico-architecturale ! Tout commence le 25 mai 1983. Johan Otto von Spreckelsen, a gagné le concours d’architecture pour le projet colossal « Tête de la Défense ». Le problème c’est qu’il n’a été confronté, ni au gigantisme, ni aux mœurs françaises et qu’il ira de déconvenues en déconvenues. Passer de l’artisanat (construction d’églises) à l’industriel et la haute technologie échelle XXXL ne s’improvise pas. Il l’apprendra à ses dépens. « A la Défense, il est écrasé. Il va être écrasé. Son œuvre menace de l’écraser. » Cet homme qui parait un peu rigide fera mettre, au sens littéral du terme, Mitterrand à genoux ! Imaginez la scène et la moue médusée de son entourage.

Un bouquin captivant. Laurence Cossé a travaillé son sujet. Je sens, derrière ses phrases, des monceaux d’archives décryptées, des montagnes, infranchissables pour moi, de données techniques déchiffrées. « La littérature fait courir des risques dont l’auteur n’avait pas idée avant de s’y lancer, sans quoi il aurait préféré l’ethnographie ou le saut à la perche. Les efforts de documentation auxquels j’ai dû m’astreindre pour écrire sans trop d’inepties les paragraphes précédents ont réduit en poussière un des piliers de mon équilibre psychique »

Laurence Cossé a su mettre les doigts là où ça fait mal ; Les manœuvres économico-politiciennes, l’ambition démesurée de certains comme le « faucon pèlerin ». L’incompréhension grandissante entre Johan Otto von Spreckelsen, tout bâti de la rigueur scandinave et la maîtrise d’œuvre française à plusieurs têtes qui avance, recule, … Toutes ces chicaneries, les modifications des plans, des matériaux ont eu raison de l’architecte qui a démissionné. Il est vrai que, dès départ, les dés étaient pipés : on ne marie par l’eau et le feu.

L’aventure n’est pourtant pas terminée. Les veilleurs que sont Lion, Dauge et Subileau, présents dès les débuts, veillent sur la pérennité de l’édifice. Subileau le dit « Ce bâtiment est maudit. On a engendré un monstre. C’est un monument d’une sérénité absolue mais il reste marqué par son enfantement terrible. Il a été laissé en déshérence ». Quant à Andreu, il « est le premier à le regretter, l’édifice en tant qu’édifice reste un monument vide : c’est un ouvrage remarquable mais sans fonction forte ni sens. « Un objet pur, quoi ». »

Laurence Cossé est arrivée à faire de cette aventure une véritable saga, un roman à suspens. La Grande Arche n’est absolument pas roborative malgré le sujet. De petites piques ironiques, caustiques, des digressions littéraires, étymologiques (par exemple sur l’arc) ou ethnologiques (le faucon pèlerin) émaillent le livre.

« Si l’Arche est ce qu’elle est, cette Port »e de Paris si puissante et si singulière, c’est que Spreckelsen était inexpérimenté, déraisonnable, non conforme et d’une folle présomption. Les concours ouverts créaient des appels d’air, des appels de neuf, de risque. Ils donnaient sa chance à Icare ». Ainsi se termine le livre. Cette époque n’existe plus, les nouveaux projets sont avant tout faisables et sécuritaires, le rêve n’est plus primordial. Changement d’époque !

Mais tout n’est pas terminé pour l’Arche de la Défense. Espérons que des slogans publicitaires ne viendront pas abîmer ce beau monument et que la restauration pourra se faire sans l’abîmer.

Un grand Laurence Cossé, un coup de cœur pour moi.

J'ai eu le paisir de lire ce livre grâce à l'opération de Babelio, que je remercie vraiment, ainsi que les éditions Gallimard

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