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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Olivier Bourdeaut - En attendant Bojangles

27 Mars 2016, 14:03pm

Publié par zazy

 

En attendant Bojangles

Olivier Bourdeaut

Editions Finitude

2016

160 pages

ISBN : 9782363390639

 

4ème de couverture :

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.

Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

L’auteur (site de l'éditeur) :

Olivier Bourdeaut est né au bord de l’Océan Atlantique en 1980. Il a toujours voulu écrire, En attendant Bojangles en est la première preuve disponible.

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Un fils raconte l’amour fou de ses parents l’un pour l’autre. Depuis le début, Georges joue le jeu et c’est la fête à la maison autour de l’extravagante et imprévisible Louise. Même si le livre est rythmé par le slow de Nina Simone « Mr Bojangles », leur vie ressemble à un tourbillon, une valse éperdue, sensuelle. Tous les trois se vouent une admiration sans borne sous les yeux de Melle Superfétatoire et l’Ordure, sénateur grand ami de la famille.

Une histoire d’amour fou. Un jeu de rôles où personne n’est dupe, sans l’avouer. Tous jouent le jeu de la fête éternelle. Le fils a très vite compris que leur vie n’étaient pas la vraie vie et qu’il doit mentir, ne pas mélanger les deux mondes. Derrière les feux de la rampe, il y a le désespoir de la folie. Vouloir arrêter le temps, ne pas ouvrir le courrier, boire des cocktails avec les amis, fuir la réalité, avoir un château en Espagne… Entre les pages du fils, il y a le journal du père. Si le petit garçon vit cette illusion au premier degré, Georges sait, dès le début, que les dés sont pipés. Il vit en connaissance de folie, jusqu’à ce que la folie gagne. Alors, le rideau tombe sur la vraie vie qui les rattrape. L’écriture du fils est enjouée, rapide, celle du père, plus inquiète, nostalgique.

Un premier livre pétillant, comme le champagne avec un arrière-goût de fin de fête qui se lit d’une traite. Juste la bonne longueur pour apprécier. Bien sûr, j’écris cette chronique en compagnie de Nina Simone (qui a rythmé une partie de ma vie) et de Mr Bojangles.

Lu lu en qualité de jury du prix des lecteurs 2016 de l'Express BFMTV

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Sylvie Yvert - Mousseline la Sérieuse

25 Mars 2016, 14:46pm

Publié par zazy

 

Mousseline la Sérieuse

Sylvie Yvert

Editions Héloïse d’Ormesson

336 pages

janvier 2016

ISBN : 9782350873466

 

4ème de couverture :

Venise, 1850. La duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, entreprend, au couchant de sa vie, de raconter la singulière histoire qui est la sienne.

Née en 1778, la jeune princesse mène une enfance heureuse au château de Versailles. Mais le 14 juillet 1789, son univers bascule dans les ténèbres de la nuit révolutionnaire. Commence alors pour Marie-Thérèse Charlotte de France un parcours tragique. Son père, sa mère, sa tante sont décapités ; son dernier frère, Louis XVII, meurt peu après. Unique survivante du Temple, son avenir sera ponctué de deuils, d’exils et de trop éphémères bonheurs.

D’une plume délicate et poignante, Sylvie Yvert se glisse dans les pas de Madame Royale et donne voix à cette femme au destin hors du commun qui traversa les événements avec fierté et détermination. Une plongée dans cette histoire de France que nous croyons connaître.

L'auteur (site de l'éditeur) :

Née à Paris, Sylvie Yvert a été chargée de mission au Quai d’Orsay puis au ministère de l’Intérieur avant de se consacrer à la photographie. En 2008, elle publie Ceci n’est pas de la littérature, recueil de critiques littéraires, aux éditions du Rocher.

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Ce récit imaginaire, écrit à la première personne raconte l’histoire de celle que sa mère appelait Mousseline la sérieuse et de la famille Royale dès les débuts de la révolution. Une vie hors du commun, chaotique, douloureux, un destin d’exception.

Trois ans, quatre mois et cinq jours dans la prison du Temple, dont une année seule et isolée ; c’est le temps que Marie-Thérèse, fille de Louis XVI et Marie-Antoinette est restée enfermée dans la prison du Temple. Elle verra partir à la guillotine ses parents, mourir son petit frère. Libérée, exilée en Autriche, puis en Russie, en Angleterre, elle épouse le Duc d’Angoulême, sera même reine de France l’espace de quelques instants. Une fresque historique subtilement écrite.

Pour faire des photos, il faut se mettre à hauteur du sujet ; C’est le parti pris de Sylvie Yvert. J’ai lu ce livre à hauteur des yeux de Marie-Thérèse. Plongée dans les ténèbres et l’horreur de la révolution, la famille royale vivra un atroce calvaire. Autant de cruauté parait inimaginable, bien que rien n’ait changé de par le monde actuel. J’ai aimé la dignité de Marie-Thérèse qui pardonne à la France, comme son père lui en a fait la prière.

Quelques longueurs et, surtout, une première partie très importante, l’émotion y est très présente, trop ? J’aurais aimé qu’après son départ du temple, le récit soit plus développé.

D’une écriture fine, délicate en adéquation avec le style de l’époque, sans que ce soit ampoulé, Sylvie Yvert nous offre une leçon de courage et d’histoire.

Livre lu en qualité de membre du jury prix des lecteurs 2016 l'Express BFMTV

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Bernal, dessins Olivier Texier - 99 limetricks

25 Mars 2016, 14:36pm

Publié par zazy

 

 

 

99 limetricks

Petits poèmes cocasses

Bernal

Dessins Olivier Texier

Editions Rue des promenades

ISBN : 9782918804116

 

 

4ème de couverture :

Bernal nous propose un joyeux tour du monde du sexe en 99 limetricks dont Olivier Texier signe l’illustration. Avec vigueur, ces quintils scabreux célèbrent le désordre des sens.

Avec toute la rigueur requise, ils mettent en ordre la géographie. A lire tout à la fois de gauche à droite et d’est en ouest.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Yann Bernal n’est pas un poète, n’est pas un pohéteu, n’est pas un poët.

Membre d’une fratrie légendaire, né non loin du terre-plein où Jarry conquit la maîtrise du vélocipède, il est un facteur de trouble. On ne caresse pas les mots sans casser des formes.

Ainsi il invente des poèmes à contraintes footballistiques ; ainsi il rédige des cocktails à dominante urbanistique ; ainsi il fomente des dérives à détours agonistiques. Honnissant la chlorophylle (et ses dérivés), il n’a pas peur de faire des trous dans les couches de zone... Il opère, la plupart du temps, dans la ville, pourfendant d’un cimeterre aussi aiguisé persiennes et Parisiennes.

Benoît Virot

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Lisez la préface de Cécilia Colombo et esclaffez-vous en regardant les dessins d’Olivier Texier. La première donne dans le double sens, le second dans le direct

C’est un festival des mots, des sens, un festival texsuel, drôle, comique, parfaitement ciselé.

Le limerick, au début, est une comptine pour enfants, mais comme tout se modifie, il est devenu grivois, osé, cru. Je vous déconseille vivement de le laisser à porter de vos chères têtes blondes, brunes, rousses….

Chaque limetrick (notez l’ajout du t) se déroule dans un lieu spécifique dont la longitude est notée (3,36 W). Ainsi vous pouvez le lire, vous en délecter, comme moi d’est en ouest, une façon d’apprendre la géographie, toutes les géographies où chaque ville visitée a sa spécialité.

Laissez vous prendre, oui j’ose ce terme à plusieurs lectures, par ce petit livre à feuilleter au gré de vos envies.

Anna, merci pour ce cadeau irrévérencieux comme j’aime.

Je ne résiste pas : quelques extraits

 

 

Lesbos

Vers Troie (sud-ouest des Dardanelles)

La lady aime les quenelles

Mais de façon très subjective

Car entre ses jambes s’active

Languide un goûteur personnel

 

Artisanerie (3,36 W)

La retoucheuse de Grenade

Retouche tant qu’aux amis donne

La tétine à la canonnade,

Huit vits tâtés qu’elle amidonne

Avant de téter les gonades

 

Politique

La Premièr’ Dame de France à Tulle

Croisant un gueux lui tend un tract.

« Dans la pièc’ jaun’, sur les rotules »

Croit-il lire et donc sans scrupule

La coince aux chiottes, l’y détraque.

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Sylvie Germain - A la table des hommes

25 Mars 2016, 09:46am

Publié par zazy

A la table des hommes

Sylvie Germain

Editions Albin Michel

janvier 2016

272 pages

ISBN : 9782226322739

 

 

4ème de couverture :

Son obscure naissance au cœur d'une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S'il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l'espèce animale, dont une corneille qui l'accompagne depuis l'origine.

À la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain. Comme Magnus, c'est un roman hanté par la violence prédatrice des hommes, et illuminé par la présence bienveillante d'un être qui échappe à toute assignation, et de ce fait à toute soumission.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Depuis presque trente ans, Sylvie Germain construit une œuvre singulière, imposante et cohérente. Couronnée de nombreux prix littéraires : Prix Femina en 1989 pour Jours de colère, Grand Prix Jean Giono en 1998 pour Tobie des Marais, Prix Goncourt des lycéens en 2005 pour Magnus, Prix Jean Monnet de littérature européenne en 2012 et Grand Prix SGDL de littérature 2012 pour l'ensemble de son œuvre, elle a publié aux éditions Albin Michel quatre romans : Magnus (2005), L'inaperçu (2008), Hors champ (2009), Petites scènes capitales (2013), un hommage à ses parents, Le monde sans vous (2011) et un retour sur son parcours d'écriture : Rendez-vous nomades (2012). Elle vit et travaille à Angoulême.

En 2013, elle a été élue à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique au fauteuil de Dominique Rolin.

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Ce conte philosophique explore le Mythe de l’enfant sauvage, du passage du savoir, du rapport de l’homme à l’animalité et l’inverse. Qui est Babel, cet enfant nu sortant de la forêt toujours suivi d’une corneille, celui à qui la forme humaine fut transmise ? Un ennemi, un de l’autre camp ? Car le pays est en guerre, une guerre sale, fratricide, sans limite. Une femme, Ghirzal, l’accepte, l’apprivoise. Passé cette première étape, Yelmat, Rufus, Octave, Lucius, Zelda... lui transmettent le, leur, savoir. A la mort de Didou, sa corneille, sa mémoire, son alter ego, il tombe en syncope. Des sensations, des images, des bribes de son passé lui reviennent qui l’emplissent, le nourrissent pour vivre et manger à la table des hommes.

Afin de devenir complètement humain, Babel sait qu’il doit dépasser le stade flair-sensation pour le langage parlé, l’écriture. Ses mentors lui ouvrent les portes, sans pour autant sacrifier son besoin de nature, ni sa communication avec les animaux.

Beaucoup de références bibliques dans ce conte philosophique qui devient pamphlet lorsque Sylvie Germain parle des dignitaires religieux, de la vache folle ou de la liberté. Babel se fout de connaître ses origines, n’a pas besoin du soutien d’une quelconque religion. A l’instar des héros de Jean-Jacques Rousseau, la nature, les animaux comblent sa spiritualité.

Babel l’enfant sauvage apprendra la vie, saura rester pur, grâce à ses passeurs de savoir, malgré les horreurs dont il est témoin ou victime pour devenir Abel. Une histoire à la limite du fantastique, fantastiquement ciselée, précise.

Livre lu en qualité de membre du jury du prix des lecteurs 2016 l'Express BFMTV

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Emmanue Prelle, Emmanuel Vincenot - L'élevage des enfants

24 Mars 2016, 14:25pm

Publié par zazy

L’élevage des enfants

Emmanuel Prelle

Emmanuel Vincenot

Illustrations Florence Cestac

Editions J’ai Lu

Janvier 2016

125 pages

ISBN : 9782290123102

 

4ème de couverture :

Être père ou mère est une joie de chaque instant. C’est aussi une responsabilité écrasante. Il est encore temps d’y renoncer.

Mais si vous avez déjà franchi le pas, ou que vous vous apprêtez à le faire, L’Élevage des enfants offre une mine de conseils éducatifs, d’informations véridiques et de témoignages de première main qui vous accompagneront dans chacune des étapes de cette prodigieuse et épuisante aventure.

Un hilarant voyage dans le monde de l’enfance et de l’adolescence, cet univers coloré où se mêlent innocence et odeurs de pieds, pudeur et toxicomanie, acné et Père Noël.

Les auteurs (site éditions Wombat) :

Emmanuel Prelle et Emmanuel Vincenot ont été enfants de 1969 à 1987. Depuis, ils ont écrit en collaboration plusieurs livres d’humour, parmi lesquels l’Anticyclopédie universelle (Mille et une nuits, 2007) et l’Anticyclopédie du cinéma (Le Cherche-Midi, 2000) Le premier a fait l’objet d’une adaptation théâtrale, intitulée Tout sur tout et son contraire. Le second a été traduit et publié en Roumanie (un pays qui a bien besoin de rire).

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Autant le dire tout de suite : c’est plié pour moi. Je ne peux plus rien faire pour mes enfants, devenus eux-mêmes parents. Je pense très sérieusement- et j’ai beaucoup de mérite après la lecture de cet appendice, de penser sérieusement- leur offrir, même si pour les aînés, nous en sommes la phase préado.

Je l’ai commencé dans la salle d’attente du toubib, justement avec la petite dernière de 4 ans que l’on m’a « donné » malade. Tiens, les deux Emmanuel, vous ne pourriez pas écrire un autre livre sur ces parents qui abandonnent leurs propres (ça dépend quand) enfants aux grands-parents pendant les vacances scolaires ??? Oui, je sais, je m’égare, mais bon, je peux tout de même faire des propositions honnêtes.

De la conception au bac en passant par la puberté, l’enfance… Bref la vie de nos chers marmots. Question existentielle : vaut-il mieux un animal qu’un second enfant ? Voir le tableau explicatif. Le casting et les questions à poser à votre baby-sitter est un morceau de bravoure. « Aimez-vous faire pleurer les bébés ? Avez-vous déjà été condamnée pour kidnapping ? Mangez-vous les bébés ? »

« Quand les dents poussent, elles percent les gencives de votre enfant, qui pousse alors des hurlements qui percent vos tympan. », ça sent le vécu !

Le décryptage du bulletin scolaire : A ne surtout pas louper, ça me rappelle des souvenirs !

… Il y en aurait tant que je pourrais presque retranscrire le livre en son entier. Comme, d’une part, je suis feignante et que, d’autre part, cela s’appellerait du « copié-collé » en langage jeun’s, je vous encourage à découvrir comme élever vos enfants. Si vous ne comprenez pas bien, les auteurs ont eu la superbe idée de nous faire des tableaux comparatifs très utiles. Les dessins très explicites de Florence Cestac accompagnent fort bien les écrits totalement foutraques des deux Emmanuel.

Un guide divisé en 5 parties selon les âges. Cela va de « l’âge adorable (0-3 ans) à l’âge insupportable (16-18 ans) qui parle de tout, l’éducation, la religion, la sexualité, la scolarisation… Un guide à mettre entre toutes les mains, je me suis gondolée. C’est monstrueusement drôle et j’adore ça ! Un opuscule à lire d’une traite ou pas. Personnellement, je préfère déguster.

Je remercie Emmanuel Prelle et Emmanuel Vincenot de m’avoir proposé la lecture de cet opus très utile, qui m’a fait rire ; Chose primordiale en ces temps cruels.

Après cette lecture édifiante, terrifiante, hilarante, vous ne pourrez plus dire que vous n'étiez pas au courant.

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Antoine Choplin - Une forêt d'arbres creux

7 Mars 2016, 14:42pm

Publié par zazy

Une forêt d’arbres creux

Antoine Choplin

Editions La fosse aux ours

115 PAGES

Août 2015

ISBN : 9782357070653

 

4ème de couverture :

TEREZIN, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, décembre 1941.

Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins. Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s'échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l'angoisse. Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments.

Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s'agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d'aucune sorte. Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Antoine Choplin est l'auteur de Radeau, du Héron de Guernica et de La Nuit tombée (prix France Télévisions 2012).

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En lisant les premières pages, j’ai eu la vision d’une ou plutôt deux photos. La première plein cadre sur les deux ormes avec un arrière-plan flou et la seconde l’arrière-plan devient net et l’on ne voit que les barbelés. La vie de Bedrich Fritta et de sa famille se déroulera désormais derrière ces barbelés, dans le ghetto de Terezin alors appelé Therisienstadt. Le dessinateur tchèque se trouvé nommé à la tête du bureau de dessin technique et doit établir les plans d’une future chambre à gaz. La nuit venue, une fois la confiance entre eux établie, les crayons deviennent des armes, leurs armes. Ils dessinent le camp tel qu’il est et non tel que les nazis veulent le montrer à la Croix Rouge. Démasqués, ils seront, avec leurs familles, emmenés en convois dans un camp de concentration dont il ne réchappera pas. Quelques dessins ont pu être sauvés.

Chaque chapitre fait penser à un des dessins. En des termes sobres, il raconte le camp, les visages gris, dénués de vie, les yeux vides « Il apparait pourtant, à l’exception de ces battements esquissés des paupières, dénué de vie. Les lèvres sont serrées, le sourire absent. »

La promiscuité, le froid, la saleté des corps que l’on ne peut entretenir, la peur, la faim, les humiliations, l’emprisonnement. Pourtant, il y a, tout de même ce contentement de tenir un crayon, de tracer des traits « Un contentement, c’est bien cela pour le moins, tenu en joue par une culpabilité impermanente ».

La sobriété, l’intensité de l’écriture d’Antoine Choplin donne encore plus de force au récit.

Les crayons me ramènent à Charlotte Salomon tout comme à tous les dessins créés après le massacre dans les locaux de Charlie.

Un coup de cœur pour ce livre et cet auteur dont j’avais beaucoup apprécié « La nuit tombée ».

On gagnera, en clique soumise, l’enceinte du ghetto. On en repartira au milieu des autres. On s’y nourrira après avoir progressé lentement le long d’interminables files d‘attente, on y travaillera en essaims quelle que soit la besogne, aux même heures de la journée, on y circulera encadrés, par sixaines, douzaines, vingtaines. On souffrira des fièvres dans les salles bondées des infirmeries. Il y aura le spectacle imposé à tous des châtiments collectifs ; sans parler des exécutions et des fosses communes.

Dans le dortoir s’attroupent aux mêmes instants les corps fatigués. Ce que le lieu pourrait autoriser de repliement, d’évasion intérieure, de pensée libre, est ici démenti par l’exiguïté des espaces et l’épuisement des hommes. C’est un amoncellement.

Pour Bedrich, il n’y peut rien, tout commence chaque fois par la satisfaction que lui procurent les outils

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Edouard Louis - Histoire de la violence

3 Mars 2016, 17:01pm

Publié par zazy

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Histoire de la violence

Edouard Louis

Editions du Seuil

240 pages

Janvier 2016

ISBN : 9782021177787

 

4ème de couverture :

J’ai rencontré Reda un soir de Noël. Je rentrais chez moi après un repas avec des amis, vers quatre heures du matin. Il m’a abordé dans la rue et j’ai fini par lui proposer de monter dans mon studio. Ensuite, il m’a raconté l’histoire de son enfance et celle de l’arrivée en France de son père, qui avait fui l’Algérie. Nous avons passé le reste de la nuit ensemble, on discutait, on riait. Vers six heures du matin, il a sorti un revolver et il a dit qu’il allait me tuer. Il m’a insulté, étranglé, violé. Le lendemain, les démarches médicales et judiciaires ont commencé.

Plus tard, je me suis confié à ma sœur. Je l’ai entendue raconter à sa manière ces événements.

En revenant sur mon enfance, mais aussi sur la vie de Reda et celle de son père, en réfléchissant à l’émigration, au racisme, à la misère, au désir ou aux effets du traumatisme, je voudrais à mon tour comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là. Et par là, esquisser une histoire de la violence.

E. L.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Édouard Louis a publié En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil, 2014) et, sous sa direction, Pierre Bourdieu. L’insoumission en héritage (PUF, 2013). Il a créé la collection « Des mots » aux Presses universitaires de France.

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Edouard Louis, la nuit de Noël, se fait draguer par un jeune kabyle, Reda, et lui propose de prendre un verre chez lui. S’en suit une nuit d’amour et de conversation intense. Suite au vol de son portable, le sexe s’est transformé en agression, puis en agression sexuelle. Edouard ira à l’hôpital, au commissariat porter plainte. La sœur d’Edouard participe à ce récit en racontant à son mari les évènements tels qu’elle les a compris.

 

Je n’ai pas lu le premier livre de cet auteur. La curiosité est un (vilain ?) défaut et me voici avec Histoire de la violence entre les mains.

Je n’ai éprouvé aucune empathie pour ce jeune homme et son histoire, tant le style m’a déplu. Les interventions de la sœur alourdissent la lecture. Je n’aime pas sa façon de vouloir faire populaire lorsque Clara raconte. J’ai senti son ambivalence entre ses sentiments restés vifs à l’égard du Reda du début et sa déposition à la police. L’impression qu’il a, à la fois, envie d’arrêter la plainte et le besoin de la maintenir « Je ne me doutais pas encore de l’intensité avec laquelle j’allais me détester d’être venu jusqu’au commissariat. » ou encore «Je ne voulais pas porter plainte, à cause de ma détestation de la répression, parce que je pensais que Réda ne méritait pas d’aller en prison. ». A trop vouloir se donner le beau rôle, Edouard Louis n’est pas crédible pour moi. Pourquoi se cacher pour écouter le récit de sa sœur ? Une discussion entre lui et lui-même qui ne m’a pas plu. Un titre qui appelait autre chose

Livre lu en qualité de membre du jury prix des lecteurs 2016 l'Express BFMTV

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Mathias Malzieu - Journal d'un vampire en pyjama

1 Mars 2016, 21:14pm

Publié par zazy

 

Journal d’un vampire en pyjama

Mathias Malzieu

Editions Albin Michel

janvier 2016

240 pages

ISBN : 9782226321824

 

4ème de couverture :

« Ce livre est le vaisseau spécial que j'ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d'amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n'ai rien eu à inventer. Si ce n'est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur. »

Mathias Malzieu

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1974 à Montpellier, Mathias Malzieu, auteur-compositeur et chanteur du groupe de rock français Dionysos, mène de front carrière musicale et littéraire. Après un recueil de nouvelles, 38 mini westerns (avec des fantômes), et un émouvant roman autobiographique sur la mort de sa mère, Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi (Flammarion, 2005), il publie en 2007 La Mécanique du cœur, énorme succès critique et populaire, traduit dans 22 pays et vendu à plus d'un million d'exemplaires dans le monde. L'album éponyme de Dionysos est double disque d'or. Mathias adapte en 2014 son roman en un film d'animation, Jack et la mécanique du cœur, produit par Luc Besson (nommé aux Césars et short listé aux Oscars ; plus d'un million d'entrées). Il a également écrit Métamorphoses en bord de ciel (Flammarion, 2011), Le plus petit baiser jamais recensé (Flammarion, 2013) ainsi que L'Homme Volcan, conte pour iPad et iPhone qui a remporté le Prix du livre numérique 2012. Publié en même temps que le nouvel album éponyme de Dionysos, Journal d'un vampire en pyjama est son sixième livre.

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J’aime l’univers de Mathias Malzieu. Chaque livre lu est un voyage au pays des rêves et du merveilleux. Métamorphose en bord de ciel parle de la fin de vie avec beaucoup de poésie.

Le journal d’un vampire en pyjama réitère l’exploit de parler de l’aplasie, de la peur, de la chambre stérile, de la greffe, des transfusions sanguines… avec poésie, humour, mais là, c’est un combat pour de vrai.

Les infirmières deviennent des nymphirmières ; la mort, Dame Oclès à qui il envoie une ribambelle de pieds de nez. La chambre stérile, son chalutier qui traverse les tempêtes ; où les skatétagères supportent des animaux en plastique, le piano rouge, la création qui maintient le cap vers l’avenir… et Rosy le roc sur lequel il peut se reposer dans la tempête.

Pour l’aider dans son combat, il tient une sorte de carnet de bord de ciel, de bord de vie où l’humour, la poésie, l’amour, la chaleur, l’amitié remplissent la vie de Mathias. « Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. »

Oui, un très beau livre sans pathos ni voyeurisme. Dès qu’une larme pointe le bout de sa perle, Mathias par une pirouette la transforme en perle. Les pentes d’angoisses et les montées d’espoirs se transforment en montagnes russes d’où il hurle sa soif et sa force de vivre

Mathias Malzieu, j’aime votre personnalité, j’aime votre monde. Vous donnez des envies de sauter en l’air, de valser, rocker… de VIVRE

Merci pour ces mots qui distillent le bonheur dans des moments si cruciaux. « Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’ai vécue ». Votre livre est un superbe coup de cœur, un hymne à la vie que je vais m’empresser d’offrir à Caroline qui se bat avec un si grand sourire, une grande force, depuis plus de cinq ans contre la betterave.

Surtout, n'oubliez pas les vaccinations, sinon attention à la varicelle !!

 

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Sébastien Fritsch - Derrière toute chose exquise

26 Février 2016, 21:23pm

Publié par zazy

 

Derrière toute chose exquise

Sébastien Fritsch

Editions Fin mars début avril

Mars 2014

226 pages

ISBN 9782953767766

 

4ème de couverture :

Depuis près de vingt ans, Jonas Burkel photographie toujours la même femme ; seul le prénom change. Mais plus que les brunes longilignes au regard perdu, il semble que son vrai grand amour soit ses habitudes : ses disques de piano jazz, ses errances dans Paris… et ces corps féminins dociles et invariables.

La fille qu’il découvre dans un train de banlieue, accrochée à un roman d’Oscar Wilde, semble la candidate idéale pour prolonger la série : il oublie immédiatement son précédent modèle, imagine déjà sa nouvelle conquête devant son objectif, dans des rues sombres, sous la pluie, sous ses draps…

L'idée qu'une femme puisse refuser son petit jeu sentimental ne lui traverse même pas l'esprit. Mais comment pourrait-il deviner que, tout comme lui, la lectrice du train n’accepte aucune règle sinon celles qu’elle invente ? Et que tous ceux qui l’approchent doivent s’y plier ; jusqu'à y jouer leur vie.

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Jonas Burkel, photographe est passionné par un seul type de femme : brune, longiligne, au bord du précipice. Il aime les photographier dans des usines désaffectées. Un modèle chasse l’autre dans le cœur et le lit du photographe, jusqu’à ce que l’inconnue du Paris-Meaux arrive et prenne toute la banquette.

Jonas est un instable amoureux avec pour point d’ancrage son appartement. Son plaisir : regarder par la fenêtre un verre de Whisky à la main et la musique d’Oscar Peterson dans les oreilles, plutôt sur sa chaîne. Malgré toutes ses conquêtes, n’allez pas penser que c’est un tombeur. Il me parait plutôt ennuyeux dans son refus d’aimer, de donner, son silence quasi permanent, la monotonie de sa vie. Pourquoi Margot fait-elle le pied de grue devant son appartement et note tous ses déplacements ? Pourquoi Emmanuelle ne contient-elle pas sa joie et son orgueil de voir Jonas s’installer chez elle ?

« Assise droite comme un i sur une banquette orange, elle lit. Et c’est en la découvrant ainsi, absorbée par des mots, indifférente au monde, inconsciente du pouvoir qu’elle exerce, que je tombe amoureux. » Arrive celle qui lui fait oublier toutes les autres, celle à qui il voudrait donner. Comme aux autres, il lui refile sa carte.  Depuis ils jouent au chat et à la souris. Le chat étant, en l’espèce, une chatte et la souris un bon rat bien naïf. Quoique…

L’auteur plante le décor principal : l’appartement de Jonas et le canapé-lit rayé vert et blanc, un vrai personnage qui revient souvent comme le refrain d’une chanson.

La fin ? Surprise du chef de l’auteur ! Qui fait que, dans ma tête, je me suis offert tout le livre, en travelling arrière.

J’oubliais. Il y a des mortes, mais qui a tué ? Qui est coupable ?

J’ai retrouvé la distillerie d’indices, l’écriture imagée du « Sixième crime » au service de ou des énigmes. C’est le style de Sébastien Fritsch, son besoin ; nous accrocher, nous harponner.

Un conseil ami lecteur : ne brûle pas les étapes, prends le temps d’apprécier la distillerie, laisse Jonas et ses conquêtes s’installer dans ton esprit sans oublier la belle N.

 

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René-Victor Pilhes - La nuit de Zelemta

25 Février 2016, 14:58pm

Publié par zazy

 

La nuit de Zelemta

René-Victor Pilhes

Editions Albin Michel

janvier 2016

192 pages

ISBN : 9782226319425

 

4ème de couverture :

A la fin de l'été 1953, Jean-Michel Leutier quitte l'Algérie pour continuer ses études dans un lycée toulousain. Lors d'un week-end à Albi, il fait une rencontre qui va changer sa vie : Abane Ramdane, le plus célèbre prisonnier politique de France, l'un des fondateurs du FLN.

Quatre ans plus tard, devenu officier français patrouillant dans la région de Zelemta, il le retrouve sur sa route, fuyant vers le Maroc.

Ce face-à-face passionnant entre un mythe de la Révolution algérienne et un jeune pied-noir aussi brillant que naïf contient en soi toute la complexité des rapports entre Algériens et Français, les enjeux de la guerre nationale comme les paradoxes de l'Histoire coloniale. René-Victor Pilhes, prix Médicis pour La Rhubarbe, prix Femina pour L'Imprécateur, a toujours exploré, dans une œuvre au style alerte tour à tour féroce, baroque et lyrique, les heures sombres de l'Histoire, en dénonçant les clichés et en éclairant les points aveugles.

L’auteur (site de l’éditeur)

René-Victor Pilhes a grandi à Seix en Ariège, cadre de nombreux de ses romans. En 1955, il est envoyé en Algérie où il restera deux ans.

Prix Médicis en 1965 pour La Rhubarbe, Prix Femina 1974 pour L'Imprécateur, il a publié aux éditions Albin Michel La Pompéi (1985), Les démons de la cour de Rohan (1987), L'Hitlérien (1988), La médiatrice (1989) et La Faux (1993). Il n'avait pas publié de romans depuis près de 20 ans.

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Jean-Michel Leutier, jeune pied-noir quitte son oranais natal pour continuer des études brillantes à Toulouse. Voulant séduire la sœur d’un copain, via la mère experte en bonnes œuvres, il devient visiteur de prison. Le sort le met en présence d’Abane Ramdane, l’un des fondateurs du FLN, emprisonné à Albi, qui, plus tard, sera lâchement assassiné par ses pairs en 1957.

Ses études philosophiques, ses conversations avec Ramdane emplissent son esprit et sa conscience sur l’avenir de l’Algérie. Un avenir où les colons ne sont plus les maîtres de l’Algérie, mais des habitants lambda, où les paysans algériens ne sont plus ravalés au rang de presque serf par les gros propriétaires. C’est avec un regard neuf, décillé que Jean-Michel, lors de ses vacances au pays, mesure le fossé entre les graines que le prisonnier a semé dans son esprit et la vie de ses parents, des habitants de l’Oranais. Cette confrontation entre deux idées de l’Algérie et de la colonisation jette le trouble chez le jeune homme « Jusqu’alors, défricher, bâtir, semer, planter, instruire, enseigner, avait servi de bonne conscience au colonisateur. ». Cette impossibilité pour les colons de comprendre, de voir que tout change autour d’eux « Ce que voyaient ces « Français d’Algérie », c’est qu’il était trop tard. Mais était-ce si évident ? ». Lorsque la guerre, on dit alors, les Evènements, éclate, il suspend son sursis et part défendre ce qu’il considère, avec justesse, son pays.

Blessés plusieurs fois, il se meurt et la visite quotidienne du « petit curé » lui permet de raconter sa courte vie, sa rencontre avec Ramdane et ce qui en découla, la guerre dont la fameuse nuit de Zelemta qui jettera l’opprobre sur ce jeune officier multi médaillé.

Un livre superbement construit qui raconte, expose la guerre d’Algérie sans trémolos, avec rigueur et calme la situation des deux côtés.

Les français de France de l’époque, d’avant la déclaration de guerre, ne se sentaient pas concernés : « L’Algérie, oui, c’était une partie rose sur la carte de l’outre-mer ; mais ce n’était que ça. Non, décidément, ce n’était pas l’Alsace et la Lorraine. »
Je me souviens, pour avoir établi des dossiers, de certains pieds noirs, propriétaires terriens, arrogants avec les subalternes que nous étions. J’avais, à l’opposé, deux collègues fraîchement rapatriés, ceux qu’on appelait « petits blancs » qui pleuraient leur pays. C’était dur à comprendre pour la jeune fille que j’étais, tout en faisant un parfait résumé.

Abane Ramdane a réellement existé. Il fut l’un des créateurs et chefs du FLN, écarté puis tué pour des raisons de pouvoir. « Tour à tour présenté comme un Robespierre ou le Jean Moulin et même le Mao Tsé-toung africain, s’il avait survécu à la guerre, Abane Ramdane reste peu ou mal connu. Cela n’est pas fortuit. Une véritable conjuration du silence en a fait l’oublié, voire « l’évacué » de la révolution algérienne. »

Ramdane vivant, lui qui comparait leur lutte à celle des Irlandais, aurait-il eu le pouvoir et la volonté de faire ce qu’il expliquait à Jean-Michel ? Si le statut Blum-Viollette qui voulait donner la nationalité française aux étudiants « Les étudiants musulmans, tout en restant musulmans deviennent français et qu’aussi imbus de préjugés religieux et racistes qu’ils soient les colons ne puissent leur décrier la fraternité française. » (C’était en 1936) avait été ratifié….

Et la « nuit de Zelemta » me direz-vous ? Je vous laisse découvrir cet épisode humain et très fort.

Un livre, entre fiction et réalité, dans un style très construit ; une belle écriture classique comme je les aime. J’ai trouvé, chez René-Victor Pilhes, beaucoup d’estime pour ces « petits blancs » qui étaient présents en Algérie depuis plusieurs générations ou ceux qui sont venus chercher un avenir meilleurs et, pour les enseignants, un grand désir d’apporter leurs connaissances aux « Arabes », ainsi que pour Ramdane.

Une belle découverte de cette période, guerre qui se cache derrière ces « Evènements » dont on ne parle que très, trop, peu. Un très bon livre.

Le moindre « petit Blanc », s’il était loin au-dessous des industriels d’Alger ou d’Oran et des gros colons de la Mitidja, restait, quoi qu’il en fût, membre de la communauté européenne, et, à cet égard, même « prolétarisé », se distinguait des « Arabes ».

Et puis, « L’Algérie n’était pas seulement loin de Paris, elle était inconnue du peuple français. Celui-ci n’en apercevait qu’une caricature : les caravanes, les dattes, les chéchias, les belles Berbères. A quoi se superposait l’image que les pieds noirs en offraient quant ils apparaissaient en métropole, ou tout au moins deux qui pouvaient se le payer, en vacances ou en affaires, engendrant même une certaines animosité : hâbleurs, bourrés aux as, affichant leur prospérité, parlant des « Arables » comme d’une sous-engeance, avec un cortège de mots les désignant plus péjoratifs les uns que les autres.

« Dans son Algérie natale, il y avait dans un camp ceux qui possédaient presque tout et ceux qui ne possédaient presque rien. Jusqu’alors, défricher, bâtir, semer, planter, instruire, enseigner, avait servi de bonne conscience au colonisateur

Et le pauvre député Viollette de déclarer à la Chambre : « lorsque les musulmans protestent, vous êtes indignés ; lorsqu’ils approuvent, vous vous montrez soupçonneux ; quand ils restent tranquilles, vous avez peur… Messieurs, ces gens n’ont pas de nations politiques, ils ne demandent même pas une nation religieuse, tout ce qu’il s demandent, c’est d’être admis dans la vôtre, si vous refusez cela, prenez garde qu’ils ne créent une nation pour eux-mêmes » Fermez le ban.

Crois-tu vraiment que tu es ici chez toi ? » Voilà pourquoi il était apparu en proie idéale à un Abane Ramdane qui avait promptement décelé cette vulnérabilité. En vérité, c’est un hasard très funeste qui les avait mis en présence, à moins, à l’inverse, qu’il ne se révèle un de ces jours salutaire pour cause de déniaisement politique précoce.

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