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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Pascal Quignard - La frontière

2 Juin 2016, 14:02pm

Publié par zazy

l

 

 

La frontière

Pascal Quignard

Photos de

Postface de

Editions Chandeigne

154 pages

Janvier 2014

ISBN : 9782906462960

 

4ème de couverture :

Depuis cinq siècles, des carreaux de faïence poly­chromes à dominante bleue, les azulejos, sont omni­présents dans l’archi­­tec­ture portugaise. Le palais Fronteira, près de Lisbonne, construit vers 1665, en possède un en­­semble unique, du XVIIe siècle. Ce livre pré­sente un thème récurrent de l’ornemen­tation des jardins: le Bestiaire. Les animaux y tra­ves­tissent la vie quotidienne, allégories burlesques ou satiriques, présences silen­cieuses, in­quiétantes ou fantastiques, où se mêlent pro­vocations scatologiques, symbolique mystérieuse et paganisme occulte.

Fasciné par les lieux, Pascal Quignard a composé un récit, La frontière, qui res­suscite les énigmes des ombres bleues et les déchiffre dans l’histoire sanglante d’une double vengeance.

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Pascal Quignard s’est laissé envoûter par les azulejos, du palais de la Quinta dos Marqueses de Fronteira à Lisbonne. A t-il ressuscité les énigmes des ombres bleues comme le dit la quatrième de couverture ? S’est-il laissé emporter dans un récit ou se côtoient les frontières de l’amour, du désir, de la vengeance ? Les frontières du Portugal suite à sa victoire sur « la tyrannie infecte de Séville » ? Cela n’a pas d’importance. Il adapte son style à l’époque et commence ainsi son histoire : « En 1979, j’ai écrit que j’espérais être lu en 1640. 1640 fut l’année où le destin du Portugal se joua. » Une jolie pirouette. Nous sommes en 2016 et j’ai aimé cette lecture, l’écriture.

L’histoire ?

Monsieur de Jeaume n’a pu épouser la belle Mademoiselle d'Alcobaça et se venge en tuant son mari (crime parfait au demeurant). La veuve émue de cette amitié qui dure depuis son enfance (ne l’a-t-il pas fait sauter sur ses genoux alors qu’elle n’avait que deux ou trois ans) succombe et tombe dans les bras de Jeaume. Plein de forfanterie, celui-ci lui avoue son crime et la veuve trouve un châtiment pour venger la mort de son mari adoré. Pascal Quignard a brodé son histoire à partir des carreaux de faïence, comme le singe maître de musique, le barbier et toujours, alors que, dans les coins, humains, animaux défèquent. Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte.

L’histoire de Pascal Quignard est riche en personnages, descriptions, rebondissements, tout cela dans un style superbe pour très peu de pages. Les deux autres parties du livre ne sont pas en reste. Nicolas Sapieha et Paulo Cintra offrent une centaine de superbes photos du bestiaire, support à l’histoire racontée et José Meco narre l’historique du palais de la Quinta dos Marqueses de Fronteira et des azulejos sans que ce soit redondant.

« C’est pourquoi les animaux sur les azulejos ont pris le visage des hommes. C’est pourquoi au coin des fresques, à l’angle de ces murs, on voit des figures accroupies qui relèvent leur jupe et excrètent dans l’ombre. »

Un superbe livre des , lu dans le cadre de la voie des indés orchestrées par Libfly et les éditeurs indépendants. Soyez remerciés pour ce beau livre qui m’a permis de retrouver Pascal Quignard.

A découvrir.

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Eliane Serdan - La ville haute

23 Mai 2016, 16:10pm

Publié par zazy

 

La ville haute

Eliane Serdan

Editions Serge Safran

avril 2016

172 pages

ISBN : 9791090175471

 

4ème de couverture :

Hiver 1956. Dans une petite ville du sud de la France, Anna, une fillette arrivée du Liban, vit ses premiers mois d’exil.

Un soir de pluie, elle se réfugie sous le porche d’une maison. Un homme est là. Pierre. Lui aussi étranger. Seul, fragilisé par la perte de son métier de relieur à la suite d’une mutilation de la main. Resurgissent pour lui les fantômes d’un passé qu’il a cherché à oublier toute sa vie. À l’âge de neuf ans, en Turquie, il a assisté à l’enlèvement d’Anouche, la fille de sa nourrice arménienne, qui a sans nul doute subi les pires outrages. Elle avait l’âge et le visage d’Anna. Cette coïncidence inattendue lui donne l’impulsion d’enquêter sur la disparition d’Anouche pour enfin apprendre la vérité.

La rencontre de ces deux êtres en exil permet à l’enfant d’échapper à la solitude et offre à l’homme la possibilité de se libérer du passé.

Un superbe roman sur l’exil et la beauté du sud en hiver, avec la neige sur les oliviers et en toile de fond, le souvenir nostalgique de la mer Noire.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Éliane Serdan est née en 1946 à Beyrouth, dans une famille installée depuis des siècles en Orient. De retour en France, elle passe son enfance à Draguignan, avant de faire des études de lettres à Aix-en-Provence et une maîtrise de cinéma à Montpellier. Aujourd’hui, Éliane Serdan vit à Castres, dans le Tarn, où elle se consacre à l’écriture.

Après La Fresque chez le même éditeur, qui a obtenu le prix Tortoni 2013, La Ville haute est son quatrième roman.

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Hiver 56, Anna est séparée de son enfance, arrachée à son Liban, le soleil, son alter ego Fabio et débarque dans une petite ville de Provence. Le père, français, se dit heureux de revenir dans son pays, pourtant, il ne sourit plus guère. Anna connait la solitude, « Les moqueries de la première année avaient cessé. Pourtant, elle sentait bien, même si on ne le lui disait plus, qu’il y avait une distance qu’elle s’était résignée à ne plus franchir ». Petit à petit, elle part à la découverte la ville haute et de ses passages secrets. Un jour, au retour de l’école, perdue, elle pénètre dans la maison d’un vieux monsieur, Pierre, dont la vie n’est plus qu’ennui et solitude. Cette rencontre fortuite va faire remonter le passé douloureux de Pierre. Ils ont beaucoup de points communs ces deux-là et ils le sentent confusément dès leur première rencontre, même si Anna a décelé dans les yeux du vieil homme la peur « Le plus étrange, dans ce regard, c’était la peur. De cela, elle était sûre. ». Par la grâce du roman, ces deux personnages vont se recroiser, se côtoyer.

Anna et Pierre partagent la perte de l’ami d’enfance, dont ils ont été séparés brutalement, Anouche pour le vieil homme et Fabio pour Anna. Pour Pierre, elle est la résurgence de sa tendre Anouche. Après cette rencontre, il ose regarder les papiers de son père et comprend ce qui s’est exactement passé alors qu’il n’était qu’un enfant.

Le passé, enfin, révélé d’Anouche montre l’horreur de ce qu’ont vécu les Arméniens (je crains de voir ressurgir cette barbarie dans un futur proche.)

Eliane Serdan parle avec des mots simples, des phrases délicates, touchantes, de l’exil, du génocide arménien de 1915. Petit à petit, elle passe d’un passé flou à l’écrasante vérité d’où jaillit l’espoir et la chaleur pour Anna, qui accepte que son exil soit définitif, et Pierre.

Les Editions Serge Safran est une maison d’édition indépendante qui fournit à la lectrice que je suis, de petits joyaux. Ce livre en est un.

Merci à Eliane Serdan pour sa gentille dédicace. Oui, les mots sont un refuge.

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Marc Victor - Le bout du monde

22 Mai 2016, 20:14pm

Publié par zazy

 

Le bout du monde

Marc Victor

Editions JC Lattès

400 pages

Janvier 2016

ISBN : 9782709647489

 

4ème de couverture :

Étais-je encore en Afghanistan parce que je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais devenir ? Comment mettre de la distance entre moi et moi-même, alors que je vivais déjà aux confins du monde.
Pascal a ouvert un restaurant, Le Bout du Monde, à Kaboul. Hommes, femmes, voyageurs aux grandes causes et aux bagages trop lourds s’y retrouvent pour comploter, rire, boire, aimer, oublier… Mais après l’excitation des premières années, ne faut-il pas s’en aller encore ? Pascal passe de plus en plus de temps dans son minuscule bureau, à écouter les rumeurs du monde et à se souvenir de ses vies passées.
La disparition de son ami d’enfance, Corto, compagnon de toutes ses aventures, pourrait l’obliger à sortir de sa léthargie pour tenter de le retrouver.
Un roman empreint d’un mélange unique d’humour et de mélancolie, du souffle des grands voyages et des rêveries immobiles.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marc Victor est le co-créateur de la série Kaboul Kitchen inspirée par sa vie en Afghanistan dans les années 2000. Il a été le premier lauréat comme jeune journaliste de la bourse Lagardère en 1990 pour une enquête sur les traces de Pol Pot en Thaïlande et au Cambodge.

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Parti en Afghanistan pour faire de l’humanitaire, Pascal, ex journaliste-baroudeur, ouvre un restaurant à Kaboul, « Le bout du monde » où viennent s’échouer les expats, en manque d’alcool, de baignade -il a creusé une espèce de piscine- avec des fêtes inoubliables. Pascal est avant tout, un paumé, doux rêveur, usé par des années d’excès, d’ennui. Il passe la plupart de son temps sur un canapé à soi-disant réfléchir, plutôt, dormir, rêver, retrouver ses souvenirs, Cambodge, Vietnam... C’est là que son second, Enayat, vient le « récupérer » lorsque Pia, une intime, vient lui annoncer la disparition de Corto, son ami d’enfance et compagne de Pia. Partir à la recherche de Corto ? S’enfoncer encore un peu plus dans le canapé avec sa boulette d’opium ? Partir ? Rester ?

Entre Pascal qui, comme le décrit Corto « a plus le désir de partir… que d’arriver quelque part » et Corto, tête brûlée, l’amitié remonte à leur enfance dans les Pyrénées. Une histoire d’errances, d’amitié profonde jusqu’au moment où… Mais ne perdure t’elle pas encore et toujours ?

A travers les souvenirs de Pascal et Corto, Marc Victor dépeint un monde violent, dur, de guerre, où la faune des expatriés onusiens, humanitaires, journalistes, baroudeurs de tout poil, se conduisent comme des imbéciles, je suis polie, pour des buts quelques fois troubles.

Je suis restée au premier degré de lecture avec un sentiment mitigé, voire de malaise. Les afghans portent sur cette faune un regard non exempt de mépris et les voient comme des émigrés, lors qu’eux se baptisent du nom plus chic d’expatriés. Un monde décadent, en déliquescence.

Livre lu comme membre du jury du prix L'express BFMTV2016

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Catherine Poulain - Le grand marin

14 Mai 2016, 22:26pm

Publié par zazy

Le grand marin

Catherine Poulain

Editions de l’Olivier

février 2016

384 pages

ISBN : 9782823608632

 

4ème de couverture :

Une femme rêvait de partir.
De prendre le large.
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). Tout de suite, elle sait :
à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle.
Dormir à même le pont dans le froid glacial, supporter l’humidité permanente
et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures...
C’est une vie terrible.
Et puis il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade.
Traîne dans les bars.
En attendant de repartir.
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Catherine Poulain commence à voyager très jeune. Elle a été, au gré de ses voyages, employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux U.S.A., travailleuse agricole au Canada, barmaid à Hong-Kong, et a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle vit aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole. Le Grand Marin est son premier roman.

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Lili part pêcher en Alaska. Arrivée à Kodiak, sans carte verte, elle s’embarque sur le Rebel, un nom qui lui va comme un gant. Elle va connaître l’ivresse des grands larges, le frisson de la peur, de la pêche, bref être un vrai marin. Avant d’en arriver là, il faut qu’elle dépasse le stade de bleu que lui font payer les autres marins. Ils lui enlèvent ses affaires de la couchette, elle dort sur le plancher de la timonerie. L’apprentissage est dur, Lili courageuse, obstinée, bosse, trime et fait la nique à ceux qui pensent qu’elle ne fait pas le poids. La vie n’est pas plus tendre sur terre. Les estaminets regorgent de marins en escale qui repeignent la ville en rouge. L’alcool, la drogue circulent et détruisent ces boules de muscles. Lili préfère être sur le bateau, se mesurer aux flétans de deux mètres, manger leurs cœurs encore tout chaud. Elle se blesse, pleure de rage, souffre à en gueuler, mais comme le roseau, ne rompt jamais. L’amour n’est guère plus aisé, un rêve inaccessible. SON grand marin et elle ne sont pas différents des autres, peur de l’enfermement, de la routine. L’amitié, la fraternité prennent une grande place dans ce livre et j’ai aimé le respect que les marins témoignent au Moineau. Elle fait partie de la famille.

Un livre tripal, coup de poing avec des phrases simples, sobres, rageuses, rythmées par les tâches à accomplir. Les descriptions y sont superbes et très visuelles. Un grand changement de tons entre l’exaltation de la vie sur le bateau et la tristesse de celle sur terre décrit l’état de vacuité, le désarroi du marin à terre. Un très bon premier roman brutal et sensuel.

 Livre lu en qualité de membre du jury du prix des lecteurs 2016 l'Express BFMTV

 

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Sarah Léon - Wanderer

25 Avril 2016, 09:13am

Publié par zazy

 

Wanderer

Sarah Léon

Editions Eloïse d’Ormesson

176 pages

mars 2016

ISBN : 9782350873572

 

4ème de couverture :

Compositeur et maître de musique, Hermin vit retiré dans les confins du Bourbonnais, absorbé par l’écriture d’un Hommage à Schubert. Mais par une rude soirée de janvier, sa studieuse quiétude est interrompue. Son ancien élève, Lenny, pianiste prodige, vient mystérieusement frapper à sa porte. Les deux hommes se retrouvent alors confrontés aux fantômes de leur passé – entre osmose musicale, aveuglement et attente d’une révélation.

Porté par une mélodie schubertienne, Wanderer est un roman d’une délicatesse rare, un adagio crépusculaire au cœur de l’hiver, une ode subtile au romantisme allemand.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Née en 1995, Sarah Léon est élève à l’École normale supérieure de Paris où elle étudie les lettres et la musicologie. Elle est lauréate du Prix Clara en 2012 avec sa nouvelle « Mon Alban ».

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Hermin s’est retiré aux confins du Bourbonnais, vers Arfeuilles, pour composer une œuvre musicale hommage à Schubert. Nous sommes un soir de janvier, inhospitalier comme de juste en cette région, lorsque Lenny, pianiste prodige, débarque à l’improviste. Lenny ? oui, son protégé, celui a qui il a appris le piano une dizaine d’années auparavant, celui à qui il a presque tout sacrifié, celui qui a disparu du jour au lendemain. Pourquoi ce retour ?

Dans la petite maison, la cohabitation est difficile, l’atmosphère pesante, lourde, emplie de silences, de non-dits. Les souvenirs surgissent sans pour autant éclairer les raisons du retour de Lenny. La composition en miroir avec les dix années d’écart permet de comprendre petit à petit, pianissimo, l’histoire d’Hermin et Lenny, leur amitié si particulière.

Sarah Léon prend à pleine plume tous les poncifs du romantisme allemand : les éléments, les secrets, l’amour inavoué, les sentiments exacerbés, le lyrisme... pour servir son texte. La musique de Schubert omniprésente, les vers des poèmes lyriques ajoutent à la tragédie. Il a du Werther chez Lenny. L‘hiver, le vent, les tempêtes de neige, font écho aux tourments des deux amis. Un trio amoureux (dont la musique), une tragédie romantique servis par une écriture musicale, fine sensible. Un très bon premier roman qui se déguste et un auteur à suivre qui m’a donné le goût de replonger dans Schubert.

Livre lu comme membre du jury du prix L'express BFMTV2016

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Sandrine Collette - Il reste la poussière

24 Avril 2016, 20:54pm

Publié par zazy

 

Il reste la poussière

Sandrine Collette

Editions Denoël

Collection Sueurs Froides

304 pages

Janvier 2016

ISBN : 9782207132562

 

4ème de couverture :

Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.

Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l'a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.

Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille?

L’auteur :

Née en 1970, Sandrine Collette fut chargée de cours à l'université de Nanterre, restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan (belle région !).

Elle publie chez Denoël « Des nœuds d'acier » qui obtient le grand prix de littérature policière ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne. « Un vent de cendres », son second roman revisite le conte La Belle et la Bête, puis « Six fourmis blanches »

Sandrine Collette est devenue un des grands noms du thriller français.

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Patagonie, les gros fermiers ont poussé les petits vers des lieux arides. C’est là que vit la mère et ses quatre fils dans une ferme en ruine. Le père, selon la rumeur, est parti ailleurs ou il est mort. La mère, avare en tout, passe sa journée à beugler ses ordres. Elle les déteste, si elle avait su, les aurait noyés à la naissance, s’est caparaçonnée pour survivre. Eux, ils sont quatre, les jumeaux, le demeuré, et Rafael. Il a un prénom d’ange, mais les trois autres lui font vivre un enfer sur terre. Ils ne l’ont jamais accepté. La mère se tait, laisse faire et lui sait qu’il ne peut attendre d’affection ailleurs qu’auprès des animaux. Pourtant, ils restent ensemble, soudés par la haine, le travail, la ferme. Pourtant « la mère est la femme sacrée », jusqu’au jour où elle fait sa virée mensuelle, perd au jeu l’un des jumeaux. Il doit partir chez un gros éleveur. Alors, tout se dérègle. L’équilibre est rompu, puis se délite complètement lorsque Rafael, qui espérait tout arranger, revient avec un sac en cuir.

Roman noir, western, ce livre m’a fait penser à « Avaler du sable » d’Antonio Xerxenesky, aridité, sable, vent… et à Faulkner pour la misère, la violence, le désespoir. Aux grands espaces répond le huis clos que l’auteur a installé dans la ferme sans espoir. L’écriture de Sandrine Collette est sèche, nerveuse, précise, sent la rage, la peur, la haine, le désespoir, le suint… puis folâtre, caresse lorsqu’elle raconte le voyage de Rafael (le seul à être humain), les paysages verdoyants, l’onde claire, la liberté, la tranquillité.

Un livre superbe

Livre lu dans le cadre du prix "Lexpress BFMTV 2016"

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François Morel -Martin Jarrie - La vie des gens

18 Avril 2016, 17:13pm

Publié par zazy

 

 

La vie des gens

François Morel – Martin Jarrie

Editions les Fourmis rouges

72 pages

Avril 2013

ISBN : 9782369020042

 

4ème de couverture :

En 2012, Martin Jarrie fut accueilli en banlieue parisienne pour faire un travail sur une ville et ses habitants. L’idée des portraits s’imposa. Il rencontra quinze personnes et demanda à chacune de choisir un objet qui lui était cher. Puis il envoya ces portraits, visages et objets, à François Morel. Les règles du jeu avaient été fixées : chacun savait qu’auteur et peintre auraient la liberté de tout réinventer.

Décider de donner la même importance à ces objets banals qu’aux visages de leur propriétaire, c’était déjà une manière de raconter une vie. Une manière qui est aussi celle de François Morel, dont on connaît le talent pour dire la beauté du quotidien et la grandeur de nos « vies minuscules ».

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François Morel, je vous aime. Je le dis sans ambages, n’en soyez pas offusqué.

Vous m’avez donné, avec votre ami Martin Jarre un vrai instant de bonheur. Je n’ai pas lu ce livre, vous me l’avez susurré à l’oreille, pendant que j’admirais les visages de Martin Jarrie. Oh, que vous les aimez tous les deux ces illustres inconnus, Assia, Maria, Bernard, Marie-Claire… Ils sont comme vous et moi et vous les magnifiez d’une très belle façon. Ce livre entre en écho avec Yacinthe et Rose. Ces portraits sonnent tellement justes que je crois en leur réalité. Superbe livre que je me surprends à feuilleter très souvent, histoire de dire bonjour à Michel, Christine, Maurice, Violaine…

Un coup de cœur que je dois à la voie des indés et aux éditions « les fourmis rouges ». Un très grand merci à eux.

François Morel, souvenez-vous que nous avons rendez-vous vendredi juste avant neuf heures. Je serai là.

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Anna Dubosc - Koumiko

7 Avril 2016, 16:19pm

Publié par zazy

 

Koumiko

Anna Dubosc

Editions Rue des promenades

Avril 2016

204 pages

ISBN : 9782918804505

 

4ème de couverture :

A la fin d’une phrase, elle a déjà oublié le début, elle ne sait plus ce qu’elle raconte : « Oh zut, tout ce que je veux parler a disparu. C’est terrible, tu sais, je ne peux plus compter sur moi. Je ne me rappelle plus ce que c’est ma vie. C’est début terrible époque ».

Parfois, au contraire, elle rit d’oublier, de se perdre. « Tu sais, c’est formidable, tout est nouveau ! »

Au jour le jour, d’une écriture simple et directe, Anna Dubosc sauve la mémoire de sa mère, la poétesse Koumiko Muraoka, qui avait inspiré au cinéaste Chris Marker Le Mystère Koumiko.

 

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« J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… » Anna Dubosc ne nous rejoue la chanson chantée par Jeanne Moreau, mais raconte la lente décrépitude de sa mère, Koumiko Muraoka, poétesse. Elle note tout sur un carnet, histoire de ne pas oublier puis le retranscrit dans son livre. Est-ce pour mettre un « paravent » entre leurs deux désarrois qu’Anna note tout ce que sa mère dit et ou pour sauver la mémoire de sa mère ?

Encore un livre sur le rapport mère-fille-maladie. Oui mais avec la plume d’Anna Dubosc, son écriture nerveuse, directe qui ne fait pas de ronds de jambe. Et puis, c’est sans compter Koumiko et son sacré caractère, son appartement musée-capharnaüm-poubelle, ses apartés. Pas facile de devenir la gardienne, la mère de sa propre mère. Les rapports se trouvent inversés, Anna doit surveiller Koumiko tout en lui laissant la liberté qui est source de sa vie. Koumiko devient la petite fille qui ne supporte pas la solitude. « Elle qui était tellement autarcique, elle ne supporte plus d’être seule ». Anna note tous les petits bonheurs de sa mère, comme les querelles « -Mais qu’est-ce que tu racontes ? Je prends pas médicaments, idiote ! –Ben t’étonne pas de crever alors ! »

Koumiko a du caractère, beaucoup de caractère et le sas de la civilité est parti en même temps que sa mémoire. « Je peux quasiment tout supporter, sa connerie, sa méchanceté. Son désespoir, non, ça me terrasse. Je préfère quand elle m’emmerde. Au moins ça fait diversion, ça brouille mon amour ». S’ensuit des dialogues picaresques.

Malgré leurs querelles incessantes, je sens l’amour d’Anna pour sa mère. « Puis j’imagine le monde soudain vide d’elle. Non, impossible. Il faudrait qu’elle meure pour de faux, pas pour toujours »

J’aime l’écriture simple et directe d’Anna Dubosc. J’aime sa façon de traiter son rapport mère-fille sans mièvrerie, sans cacher les aspérités, avec les petites joies, les grosses peines, la lourdeur des situations, bref de nous décrire la relation exacerbée avec sa mère « Mois je me farcis ma mère comme d’habitude »

Un livre simple, vivant, gouailleur, humain. Une lecture tonique qui remet les pendules à l’heure où, quelque fois, je me suis reconnue dans mes relations avec ma mère de 94 ans, avec un peu beaucoup moins d’amour.

 

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Thierry Marignac - Cargo sobre

1 Avril 2016, 13:18pm

Publié par zazy

 

Cargo sobre

Thierry Marignac

Editions Vagabonde

février 2016

ISBN : 9782919067176

 

4ème de couverture :

Partir… Et échapper, « le temps d’une rêverie atlantique, à mon sort de civilisé ». Tel est l’un des enjeux de ce journal de voyage rédigé au cours d’une traversée sur un porte-conteneurs d’une compagnie maritime de fret entre Fos-sur-Mer et Port Elizabeth. Une retraite intime émaillée des souvenirs de rencontres et éclaboussée par les chocs visuels provoqués par les éléments naturels… Mais aussi un moment privilégié dont le luxe fut avant tout pour l’auteur de « perdre volontairement du temps, de perdre le temps ».

L’auteur

Grand voyageur, esprit cosmopolite, traducteur de l’anglais et du russe, Thierry Marignac est né en 1956. Il a publié une quinzaines de livres, dont les romans Fuyards, A quai, Renegade Boxing Club et Morphine Monojet

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Ce titre, pour moi, est un oxymore. Souvent les histoires qui se passent sur un cargo sont émaillées d’ivresses, pas seulement celle du large.

Après des années d’errance et de destruction, Thierry Marignac entreprend la traversée de l’Atlantique sur un cargo « fer à repasser industriel aux dimensions d’immeuble de quatre étages » et relate ce voyage. Un cargo où, pour des raisons évidentes de sécurité, tout alcool est interdit. Un défi pour lui qui ne cache pas son attirance pour l’alcool « Il y avait plusieurs années que je n’avais pas passé une seule soirée sans boire, et trop, du reste, la plupart du temps. »

Thierry Marignac intellectualise beaucoup le voyage, pourtant il y a comme de la rage, derrière ses mots. Chaque moment, chaque paysage, l’état de la mer sont autant de moyens de se remémorer des auteurs lus, traduits, des films, ses propres écrits. Il s’égare dans ses souvenirs personnels et de lecture. Cela ne l’empêche pas, au détour d’une page, de brocarder le capitalisme à travers les marins philippins et les ingénieurs roumains, de parler de Notre Dame des Landes. Son bateau, il ne l’appelle plus que « cargo sobre » ; La terre, donc, la griserie, lui manque, le thème revient en boucle. Oui, il a le temps du voyage pour penser, il prend le temps de se souvenir, faire le point. « Je concevais donc ce voyage comme une étape utile vers un apaisement salutaire »

« Il se peut que je m’aveugle et que je vogue vers l’échec, à bord du cargo sobre. Mais j’aurais tenté quelque chose d’autre que la traduction au kilomètre pour payer mes factures. J’aurais échappé, bercé le temps d’une rêverie atlantique, à mon sort civilisé. » J’espère que vous avez trouvé cet apaisement.

Un livre à l’écriture exigeante, saccadée, comme l’état de la mer, avec de belles envolées poétiques (très belle description de la toundra russe). Un livre que je n’ai pu lire qu’au calme pour bien m’imprégner des mots de Thierry Marignac. Il y a l’ivresse des mots dans ce cargo sobre.

Une découverte très intéressante dans le cadre de la Voie des Indés orchestrée par Libfly et la participation des Editions Vagabondes dont j’aime la couverture et la pagination de ce livre, sobres comme le cargo.

 

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Je n'aurais pas dû - 1

28 Mars 2016, 17:37pm

Publié par zazy

Je n'aurais pas dû. C'est sous ce titre générique que, à l'instar d'Yves, je chroniquerai les livres qui ne m'ont pas plu, que je n'ai pu terminer, qui ne sont pas pour moi.

Il en va ainsi de :

Le piano dans l’éducation des jeunes filles

Stéphane Barsacq

Editions Albin Michel

janvier 2016

352 pages

ISBN : 9782226322746

 

4ème de couverture :

Peut-on trouver le grand amour dans une société vouée à la jouissance et à l'individualisme ?

Volodia, jeune professeur d'Histoire épris de littérature, de musique et d'absolu en a la certitude. Mais qui fera son éducation sentimentale ? Sonia, jeune pianiste ambitieuse et maîtresse insatiable ? Asma, férue de mystique et d'érotisme oriental ? Ou Sophie, artiste adulée à la troublante beauté ?

Pour nous entraîner dans ce voyage initiatique, Stéphane Barsacq trempe son encre d'humour, d'esprit et de verve. On rit et on pleure du tragi-comique des situations, et de ce que révèle son regard sur notre monde singulièrement déjanté.

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Volodia, jeune prof, écrit, sous la houlette d’Anténor, sont directeur de thèse, un ouvrage sur l’éducation des jeunes filles.

Pourquoi le piano ? Parce que ses deux premiers amours sont pianistes.

Volodia semble en proie au doute, à la lassitude, plus amoureux de l’amour qu’amoureux des femmes. Il intellectualise ses relations dans des conversations longues, trop longues avec sobn ami Julien et d’autres personnages intellos branchés

Oui, je me suis ennuyée à la lecture de ce livre. Je n’ai rien trouvé à quoi me raccrocher. La même impression de nombrilisme élitiste parisien que dans « la jouissance » de Florian Zeller. Je me suis arrêtée en cours de lecture.

Un premier roman qui ne m’a pas emballé du tout. Je pense que ce livre trouvera ses lecteurs.

 

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