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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Claude Duparfait - La Fonction Ravel

30 Septembre 2016, 20:08pm

Publié par zazy

La fonction Ravel

Claude Duparfait

Editions Les Solitaires Intempestifs

Septembre 2016

96 pages

ISBN : 9782846814935

 

4ème de couverture :

Ainsi, je peux dire que j’ai appris de Maurice non seulement la beauté absolue de sa musique, mais aussi je peux dire qu’il m’a également enseigné à écouter le plus attentivement du monde, et avec le plus grand soin, toute musique. Il m’a enjoint dès la sortie de mon soupirail à lire des auteurs que je ne soupçonnais pas. Il me les a tendus comme on tend la main à un enfant pour qu’il ne tombe pas dans un puits profond, il m’a enseigné dans la chambre de mon enfance et dans la maison de mon enfance à réapprendre à écrire, donc à redécouvrir le verbe, mais aussi le chant, et toutes ces choses qui touchent à l’esprit. Il a donc été cette relation idéale que je cherchais intensément dans mon enfance. Et cette étrangeté qui m’unit à lui m’est devenue familière. Elle fait partie de ma maison, de ma vie, de mon corps, et je n’ai de cesse de la partager.

Claude Duparfait est auteur et metteur en scène de théâtre. Il a publié en 1999 aux Solitaires Intempestifs Idylle à Oklahoma, librement inspirée du dernier chapitre de Amerika de Franz Kafka. La Fonction Ravel est son premier récit.

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« J’ai toujours trouvé la Picardie hideuse. Enfant, elle me terrifiait quand je la regardais dans les yeux. » Ainsi débute le livre. C’est vrai, lorsque l’on pense Picardie, l’idée du soleil n’est pas présente, plutôt gadoue, brume, bruine, brouillard, surtout Laon dans l’Aisne ! J’ai mieux compris pourquoi en lisant le livre de Claude Duparfait. En plus de la région, il y a les 4ème et 3ème de transition où le principal de Collège foutaient les élèves de milieu ouvrier, ou peu doués, ou posant des problèmes, ou trop rêveurs ou pas assez concernés… Enfin bref, les moutons noirs. S’en sortir est une vraie gageure « Il n’y avait aucune issue dans la société pour qui entrait dans ces classes de transition de 4ème et de 3ème en Picardie. On y entrait, et à l’instant même où l’on avait franchi la porte on devenait soudain un élève animal malade, un mort. Qui entrait dans ces classes de transition de Picardie ne pouvait pas ne pas ressentir instantanément l’épaisseur de mélancolie et d’affliction, de laideur et de violence –voir de maltraitance- infligée à ces élèves animaux condamnés et perdus. Au milieu des années 70, la classe de4è et de 3è de transition de Laon, dans l’Aisne, est un ghetto d’une quarantaine d’animaux qui côtoient au quotidien les élèves argentés et les chanceux dans les seuls espaces où personne ne peut empêcher qu’ils ne se mélangent : le préau et les latrines. » Une mort sociale annoncée.

Par la voix d’un petit transistor « Philips D2102 » dérobé à son père, Claude entend puis écoute pour la première fois Maurice Ravel et c’est la renaissance « Car sans toi, là-bas à Laon, je me serais définitivement perdu. Je me serais noyé. Je serais mort. Je n’aurais jamais survécu sans toi. » A partir de cet instant, sa vie bascule, s’ouvre la gangue, des horizons nouveaux. Il sortira dans les deux sens du terme de transition pour aller vers une seconde classique. Ravel lui permettra d’obtenir, aux épreuves du BAC, un 17 en français.

Ce livre est un cri d’amour à Maurice Ravel, celui qui lui     permit de sortir de la grisaille picarde, d’assumer sa différence, de partir et vivre. C’est aussi une réhabilitation de ses parents qui n’ont pas pu ou pas su comprendre son grand désarroi et, également,  un merci à car ils n’ont jamais  mit un frein à sa passion de la musique de Maurice Ravel, allant même jusqu’à lui acheter les œuvres complètes à Noël « Ce que je puis dire d’eux, c’est qu’ils n’ont jamais fait obstacle à Ravel. D’aucune manière que ce soit. »

Dès le début de ma lecture, j’avais presque envie de lire à voix haute, que ce livre était fait pour le théâtre. Cette façon de marteler certaines phrases  donne un rythme oral au livre. Curieuse, j’ai regardé plus avant les premières pages et… « Une adaptation de ce texte pour la scène a été réalisé et interprété par l’auteur. » Les représentations ont eu lieu en septembre dernier à Besançon.

Un livre où la pudeur, l’humour, la dérision jouent avec l’amour de Ravel. servi par une écriture dense.

Un livre que je n’aurais certainement pas déniché ni lu sans « La voie des indés » organisée par Libfly qui nous permet de découvrir des maisons d’édition peu connues. Merci à Libfly et à la maison d’édition « Les Solitaires Intempestifs » (cliquez pour aller sur leur site) pour ce très agréable moment de lecture.

J‘aime cette idée que Ravel puisse sauver une vie, tout comme Proust a enchanté la jeunesse de Michaël Uras

 

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Hugo Boris - Police

26 Septembre 2016, 17:26pm

Publié par zazy

POLICE

Hugo Boris

Editions Grasset

198 pages

Août 2016

24/08/2016

ISBN : 9782246861447

 

4ème de couverture :

Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.

Un soir d’été caniculaire, Virginie, Erik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.

En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Hugo Boris est l’auteur de quatre romans très remarqués aux éditions Belfond, Le Baiser dans la nuque (2005), La Délégation norvégienne (2007), Je n’ai pas dansé depuis longtemps (2010) et Trois grands fauves (2013). Tous sont disponibles chez Pocket. Il a été assistant réalisateur sur plusieurs documentaires à la télévision, travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

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« Ce soir, son équipage a accepté une mission hors circonscription qui va déborder l’horaire de fin de service ». Virginie, qui vient de reprendre le boulot après un congé parental, ne rentrera pas tôt chez elle, elle le sait mais a accepté la mission, sans en connaître la teneur.

Avec Erik et Aristide, ils doivent convoyer un clandestin Tadjik à Roissy pour le mettre dans un avion et retour dans son pays d’origine. Normalement c’est la COTEP qui s’en charge, mais…

Voilà pour l’action.

Qu’est-ce qui pousse Virginie à ouvrir l’enveloppe contenant le dossier d’Asomidin Tohirov ? Est-ce la personne de l’ASSFAM qui lui sort le panégyrique du Tadjik, militant des droits de l’homme dans son pays ? Toujours est-il qu’elle cogite, qu’elle enlève les menottes dans la voiture, qu’elle a envie qu’il s’enfuit qu’elle….

Le huis-clos entre les trois flics et le réfugié monte en intensité, des bulles éclatent et, à la fin, une question qui me taraudait et me taraude encore. Comment vivre avec tout ça ? Comment supporter certaines missions ? Le monde n’est pas manichéen comme voudraient nous le faire penser certaines personnes. Derrière un réfugié, il y a une histoire, une vie, une humanité. Les trois devront vivre avec cela, en plus du reste.

J’ai aimé cette plongée en apnée dans le corps et l’âme de Virginie qui porte avec elle son sac à emmerdes un peu chargé par la faute d’Aristide et la sienne. Elle est enceinte d’Aristide et soit avorter le lendemain de la mission. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : les hormones et tout le tralala, non, non et non.

Hugo Boris déroule son récit sans vouloir nous faire pleurer, mais sans état d’âme, il décrit, évite les écueils sentimentalistes. Je suis sur la banquette arrière avec Virginie, Erik, Aristide et Asomidin. Je sens leur fatigue, leur manque de sommeil. Je comprends leurs réactions hors de toute logique tout comme la peur panique du réfugié.

Ils sont rentrés tard ce soir-là, ou envolés et compris, n’ont pu dormir de suite. Pour les accompagner au bout de leur mission, j’ai passé une nuit blanche que je ne regrette pas.

Ce n’est pas un polar mais un livre sur trois policiers en uniforme dans leur boulot quotidien.

C’est du lourd, un coup de cœur.

J’avais lu et apprécié » du même auteur : Trois grands fauves

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Julie Gouazé - Les corps de Lola

24 Septembre 2016, 13:43pm

Publié par zazy

 

Les corps de Lola Julie Gouazé

Editions Belfond

Septembre 2016

128 pages

ISBN : 9782714474117

 

4ème de couverture :

Lola est une femme comme les autres. Que veut dire être une femme comme une autre ?
Qui pourrait se douter en regardant Lola qu'un feu violent couve au fond de ses tripes ?
Lola si douce, si compréhensive... C'est pourtant une rage ancestrale qui sort de Lola.
Elle est une. Elle est deux. Rouge et Bleue.
Les deux Lola enfermées dans un même corps.
Qui est-elle ? Celle qui se laisse bander les yeux, ou celle qui aime dormir dans des draps
en coton ? Où est celle qui réunissait les deux ?

Ce que la tête de Lola interdit par morale, son corps l'exige par bravoure.

À travers la vie de Lola, la fille coupée en deux, l'héroïne partagée, tiraillée, Julie Gouazé nous
offre un long chant du désir et du corps et, à l'image de sa belle Lola, transforme le glauque
en poésie.

L’auteur (site de l’éditeur)

Julie Gouazé est née en 1977 à Lyon. Elle vit aujourd'hui à Paris. Après Louise (Léo Scheer, 2014), Les Corps de Lola est son deuxième roman.

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« Elle est une. Elle est deux. Elle est trois. Les deux Lola enfermées dans un même corps. Se disputant la place. Chacune tentant d’étouffer l’autre, avec Lola pour seul arbitre.

Lola Rouge aime la dentelle immaculée et le noir profond, dépasser les limites « Ce qui fait triper Lola Rouge, c’est le franchissement de la ligne. C’est toucher d doigt l’interdit »

Lola Bleue est réservée, veut rester en arrière, inconnue parmi les inconnus, prend une douche et sort « cette infâme culotte en coton grossier qu’elle met les jours où elle n’ose pas dire qu’elle n’a pas envie de faire l’amour ».

« Lola rouge transforme le glauque en poésie. Elle évolue, légère, sur le fil. »

Lola doit se débrouiller toute seule avec la Rouge et la Bleue. Mais qui est Lola ? Une femme tiraillée entre la pudeur et l’impudeur, entre le sexy et le sage, entre le glauque et le franc, le chaud et le frais. Sans mauvais jeu de mots, elle fait le grand écart entre la Rouge et la Bleue, sa tête et son sexe.

La soumise n’est peut-être pas celle que l’on croit. Lola rouge qui se veut libre, ouvrant les cuisses, recueillant le sperme des hommes est soumise à un homme, son homme, celui avec qui elle vit, celui qui l’emmène dans des parties fines. L’homme lui propose de faire l’amour avec une femme et… elle accepte. Ce petit côté femelle obéissante et soumise me gêne quelque peu.

Lola connait la diminution du désir, de la passion avec désarroi. Pourtant, elle aimerait tant que la passion se termine pour laisser éclore l’amour « L’amour, c’est quand enfin on se donne le droit d’être soi… »

En lisant ce livre je me suis posée une question. Lola Rouge est-elle le fantasme de Lola Bleue ou, simplement de Lola ? « Lola bleue rêve de corps aimants, en sueur, affamée. Elle mange, elle boit, elle baise. Elle aime. Elle coule. Elle lèche et suce…. Lola bleue se réveille, le poing crispé sous l’oreiller, l’autre main immobile entre ses cuisses, les genoux serrés.» La frontière est ténue.

Lola est enceinte et « Elle aime cette sollicitude dénuée d’arrière-pensée. Enfin, enfin, Lola est autre chose que son cul. Elle porte la vie. Et elle emmerde le monde. Elle est la plus forte. Elle a vaincu tous les machos et tous les obsédés. »

Lola Mauve pointe le bout de son nez. Réconciliation du corps et de l’esprit, mélange des couleurs avec peut-être à la clé le bonheur et la sérénité.

Un livre cru de temps à autre, mais bon, il y a pire, ne soyons pas bégueule, savourons le style nerveux, incisif, pas vulgaire pour un sou, les phrases rythmées de Julie Gouazé que j’avais aimées dans « Louise » !

Réflexion sur la sexualité, le désir féminin conditionné par le regard du mâle, sur ce qu’une femme doit, avant tout, paraître alors qu’il suffit à l’homme d’être.

Une lecture sans faux-semblant que j’ai beaucoup appréciée. Un livre sur le désir et les pulsions féminines qui est à rapprocher de celui de Leïla Slimani « Dans le jardin de l’ogre »

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Olivia Resenterra - Le garçon

1 Septembre 2016, 20:34pm

Publié par zazy

 

Le garçon

Olivia Resenterra

Editions Serge Safran

144 pages

Août 2016

ISBN : 9791090175549

 

4ème de couverture :

Dans un village de province, une mère âgée et sa fille vivent sous le même toit. Leurs journées sont rythmées par les commérages, remontrances réciproques et rendez-vous chez le médecin.
Un jour, les deux femmes croisent un jeune garçon sur le stand de tir d’une fête foraine. La mère adopte alors un comportement étrange.
Mise à l’écart, la fille tente d’en savoir plus sur ce mystérieux garçon. Son enquête la mène à un campement gitan installé à l’entrée du village…

L’auteur (site de l’éditeur)

Olivia Resenterra est née à Rochefort-sur-mer en 1978. Elle a étudié la philosophie à Poitiers, Salamanque, et à la Sorbonne. Elle est l’auteur d’un essai, Des femmes admirables, publié aux éditions PUF en 2012.

Le Garçon, scènes de la vie provinciale, est son premier roman.

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Cet après-midi, ma mère a fait une chute. C’est la deuxième fois depuis le début du mois. » C’est par cette phrase anodine que j’entre dans la maison où cohabitent la mère et la fille. La maison ? Située dans un petit village où les commérages vont bon train. « On dit que le père Bavin se tripote quand ses filles invitent des copines à la maison. Une petite voisine affirme l’avoir vu se secouer sa bite devant la grande baie vitrée du salon. Elle a précisé : comme si elle lui faisait mal. » On sent la mainmise de la mère, genre tatie Danielle, sur sa fille qui est totalement dépendante financièrement d’elle. Aucun amour dans cette relation, mais pas de haine non plus. Cette cohabitation va cahin-caha comme leurs démarches « Plusieurs fois par semaine, elle chausse ses godillots, attrape sa canne de la main gauche, mon bras de la mais droite et nous voilà parties toutes les deux sur la route du village, cahin-caha. » jusqu’à ce que le Garçon fasse son apparition.  Oui, le Garçon rencontré sur la fête foraine au stand de tir. Une véritable énigme dont l’auteur ne dit presque rien, mais qui emplit la vie des deux femmes, qui attise une haine qui sourd de tous leurs mots jusqu’au dénouement final, imprévu mais… quelques indices…

Olivia Resenterra explique, ne prend pari pour personne, raconte leurs vies monotones. Les dialogues entre les deux femmes, l’air de rien, sont assez cruels « Vous savez, les idées, c’est moi. Ma fille, elle, elle exécute. » et font bien ressentir l’ascendant de la mère et l’animosité croissante entre les deux femmes J’ai été happée par ce livre lu d’une seule traite.

Un très bon premier roman

 

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Ksénia Lukyanova - Les héros périmés

1 Septembre 2016, 20:16pm

Publié par zazy

 

Les héros périmés

Ksénia Lukyanova

Editions Rue des promenades

92 pages

Septembre 2016

ISBN : 9782918804529

 

4ème de couverture :

Dimanche dernier on a décidé d'être heureux, on tressaille de joie, nos sourires affolés gâchent la journée des gens qui ont perdu à jamais leur innocence. On a récupéré notre virginité en fracassant l'indifférence des portes fermées. On passe de l'autre côté de la rue pour fermer les yeux de la laideur avec nos mains crasseuses d'amour après son dernier soupir. J'échange la moitié de mon sang contre la moitié du tien. L'équilibre est atteint, la laideur peut crever. Ksénia Lukyanova parle de l'amour d'une écriture frondeuse à l'élégance insolite. Ses textes pétris de vitalité disent les relations qui se tissent et se défont. Elle en explore la part de lumière et d'ombre, en soupèse le terrible, en dit la merveille. Pour reprendre ce que Blaise Cendrars pensait du peintre Chagall, elle écrit avec toute la sexualité exacerbée de la province russe. Ecrits à l'occasion d'une rencontre amoureuse qui n'a pas duré et dont elle raconte les épiphanies, ils interpellent et touchent le lecteur.

 

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Un tout petit recueil d’histoires courtes, je dirais plutôt de divagations poétiques sur l’amour. Pas seulement sur l’amour charnel ou l’amour d’une femme pour un homme (et vice versa), mais aussi l’amour pour les autres et ses résultantes, comme la douleur, la rupture, la violence….

Une écriture poétique, quelque fois énigmatique. J’ai pris plaisir à le lire et même à relire certaines histoires.

Ce livre est à la fois doux, philosophique, questionnant, elliptique. Est-ce l’âme russe de Ksénia Lukyanova qui s’exprime ici ?

Je pourrais citer plusieurs nouvelles : « La non histoire d’amour », « Crève la laideur », « Je voudrais » « Rouge et vert »…

Un petit livre très intéressant et original

C’est à ce moment-là que j’ai reçu le premier coup. Je l’ai reçu comme une lettre qu’on attend toute sa vie. Et au moment où on l’ouvre, le vent soudain l’arrache de nos mains. Et l’emporte à l’autre bout du monde, pendant qu’on avale dix fois sa salive –ainsi ne se saura jamais si on a été martyr ou con.

Je voudrais que mes doigts soient infiniment longs pour pouvoir saisir l’air secoué par tes pas à l’autre bout du monde.
Je voudrais que mes larmes rares deviennent une nouvelle mer et caressent tes pieds de ses vagues.

Le bleu méditerranée dans tes yeux vert taïga. Tes désirs salés sur l’écorchure saignante de mon âme de midi.

Je voudrais rester conne toute ma vie et juste pouvoir admirer la beauté, même si ça coûte un bras à quelqu’un

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Arnaud Dudek - Rester sage

29 Août 2016, 22:30pm

Publié par zazy

 

Rester sage

Arnaud Dudek

Alma Editeur

Janvier 2012

120 pages

ISBN : 9782362790096

 

4ème de couverture :

Enfant, il imaginait que, s’il restait sage, il réussirait sa vie. Grossière erreur.

À 32 ans, Martin Leroy perd tout du jour au lendemain, sa petite amie et son emploi.

Mais il décide de se battre, prêt à tout pour remettre sa vie dans le bon sens. Il glisse un marteau dans son sac et se rend chez son ancien patron, une idée derrière la tête. Heureusement, celui-ci est absent et Martin s’installe dans un bar, attend.

Il croise par hasard un ami d’enfance perdu de vue depuis des années, son antithèse a priori, nanti d’un travail, d’une fiancée ; lui sait comment occuper ses journées.

Leur rencontre nous donne l’occasion d’en apprendre un peu plus sur l’enfance rocambolesque de Martin auprès de sa mère-enfant vendeuse de chaussures que ses délires finiront par mener à l’hôpital psychiatrique. L’occasion aussi d’éviter le pire : les deux amis finiront la journée comme ils l’ont commencée, sagement, mélancoliquement, cruellement conscients que leur vie n’est pas vraiment fabuleuse et qu’il faudrait faire quelque chose… Mais quoi ?

L’auteur (site de l’éditeur)

Arnaud Dudek est né en 1979 à Nancy et vit à Besançon. Après Rester sage (Alma, 2012) sélectionné pour le Prix Goncourt du premier roman, Les fuyants est son second roman.

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Un livre qui n’a rien de palpitant. Il y est question d’un trentenaire (encore un) qui a perdu son boulot, sa fiancée. « Martin a tout perdu en quelques semaines. » Encore une histoire de nombril ?

Si on veut, mais, le style d’Arnaud Dudek a un petit quelque chose en plus : l’ironie, la dent dure, la dérision. J’ai aimé ses digressions comme lorsqu’il parle de l’escalator « On le sait, l’Escalator souffre d’un déficit d’image dans le cinéma comme en littérature. » ou sur un braquage foireux, ou le nom de la psy. Et puis un personnage principal qui a "des amis assortis au tapis du salon" ne peut qu’être attachant.

Un premier roman dont l’écriture travaillée, le style très personnel m’ont ravie. A bientôt de vous retrouver Arnaud Dudek. Promis, en attendant, je resterai sage.

Merci Philisine de me l'avoir recommandé

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Marcus Malte - Garden of love

29 Août 2016, 14:03pm

Publié par zazy

 

Garden of love

Marcus Malte

Editions Zulma

320 pages

Janvier 2007

ISBN 978-2-84304-389-5

 

4ème de couverture :

Troublant, diabolique même, ce manuscrit qu’Alexandre Astrid reçoit par la poste ! Le titre : Garden of love. L’auteur : anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Loin de là. Il comprend vite qu’il s’agit de sa propre vie. Dévoyée. Dévoilée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l’auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s’ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs.

Comme dans un impitoyable palais des glaces où s’affronteraient passé et présent, raison et folie, Garden of love est un roman palpitant, virtuose, peuplé de voix intimes qui susurrent à l’oreille confidences et mensonges, tentations et remords. Et tendent un redoutable piège. Avec un fier aplomb.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marcus Malte est né en 1967 à la Seyne-sur-Mer. Il est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles dont Garden of Love (récompensé par une dizaine de prix littéraires, notamment le Grand Prix des lectrices de Elle, catégorie policier) et, plus récemment, les Harmoniques.

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Avec ce livre, je me suis offert un puzzle géant. Ce qui parait simple et limpide au début de ma lecture devient trouble, troublant. Jeu de miroirs ? Jeu de rôles ?

Marcus Malte joue sur plusieurs tableaux. Alexandre Astrid reçoit par la poste, un manuscrit anonyme qui semble être la réplique de la vie de ce policier qui se raccroche bien aux branches de sa famille pour ne pas sombrer. A nous de démêler l’histoire de la vie, du vrai du raconté.

Marcus Malte sait joue sur les ambigüités. Nous passons de l’amour à la folie. L’horreur, l’angoisse, la tendresse, les confidences, l’amitié… Tout se mélange, passé, présent. Je fus un peu perturbée au début du livre par les changements d’époque, de personnages, d’autant que deux jeunes femmes portent le même prénom. La lumière m’est venue la nuit tant ce livre m’obsédait.

Malgré ce qui semble être des embrouillaminis, ce livre est superbement bien construit. Un puzzle bien ficelé je vous dis.

La fin est superbe « J’ai senti les larmes inonder mes joues. Un flot tiède et lent et continu. Libérant la place pour quelque chose qui ressemblait effectivement à la paix. Les bulles de Schubert. Les chœurs de Fauré…. La lumière baissait avec le soir. La mer était d’un bleu de méthylène. Exactement de la couleur du ciel. »

Un livre efficace, un coup de cœur pour ce polar

 

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Joann Sfar - Comment tu parles de ton père

28 Août 2016, 14:25pm

Publié par zazy

Comment tu parles de ton père

Joann Sfar

Editions Albin Michel

160 pages

Août 2016

ISBN: 978-2226329776

 

4ème de couverture :

Papa est né l'année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C'est l'année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C'est l'année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c'est pas rien. Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir et un père comme André Sfar. Ce livre pudique, émouvant et très personnel, est le Kaddish de Joann Sfar pour son père disparu. Entre rire et larmes.

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Je n’ai pas encore lu le chat du Rabbin, ni les autres… C’est grave docteur ?

Par contre, j’ai découvert Joann Sfar avec « L’éternel » qui m’a fait rire. J’ai aimé le style décalé Sfar , j’étais piégée. J’aime aussi l’écouter sur France Inter.

Revenons à son père, pardon, papa comme il dit. « Je vous signale que papa est né l’année où tonton Dolphi est devenu chancelier : 1933. »

Orphelin de mère très jeune, trois ans, son père lui a tu la vérité exhortant chaque membre de la famille à en faire autant. C’est finalement le grand-père qui, deux ans plus tard, lui dit la vérité

Un homme ou une femme adulte qui nomme son père, papa ou sa mère maman, cela m’a toujours interpellée quelque part. Est-ce le signe d’une relation intense ? Je ne saurais dire. Tiens, Joann Sfar, pourquoi écrivez-vous papa au lieu de père ? « J’ai eu un bon papa, mais je suis fou. C’est comme ça. Dieu me pardonne. Papa, je t’aime ».

Le livre se présente comme le Kaddish (4ème de couverture) que le fils doit réciter sur la tombe de son père, lors des funérailles. C’est un roman d’amour pour ce père qui l’a protégé et aimé.

Toujours ses mots à l’emporte-pièce qui font mouche, la dérision, comme pour les jeunes femmes des pompes funèbres, un régal « Je vous dois le plus grand four rire et sans doute la seule vraie érection de cette’ semaine funèbre » ou « Dans les années 30, la France a souhaité importer des médecins polonais, sans doute de la même façon qu’on a fait venir récemment des plombiers. » ou son prépuce dans une boîte à bijoux

J’ai aimé son raisonnement, sa conclusion sur la paix entre Israël et la Palestine : « Là-bas, il y aura a paix le jour où les gens le voudront bien. Et aujourd’hui, il ne veulent pas ». « Il y aura la paix lorsque les hommes oseront n’être plus d’aucun clan. Aucun de vous ne le souhaite. Ayez au moins la décence de cesser de pleurnicher. » Arguments marqués au coin du bon sens ! Joann Sfar, dans ce livre vous me donnez l’impression d’être redevenu le petit enfant de votre père, d’où votre vocabulaire : papa, zizi… de mots employé par les jeunes enfants. j’espère que le manque « C’est cela qui me manque depuis le décès de mon père : je ne parviens plus à avoir peur de quiconque. » ne vous empêchera pas de garder le petit enfant qui est en vous. « Il parait que c’est ça, devenir adulte : le père meurt, on n’a plus d’autre ennemi que soi-même ».

Il n’y a pas que le père et l’image du père dans ce livre, Joan Sfar pousse quelques coups de gueule sur la religion. La sienne et les autres « J’ai deux enfants qui s’en foutent d’être juifs, j’y ai veillé. » Pourtant, il en parle beaucoup dans le livre, « Je répète partout que la principale qualité du Christ, c’est la colère mais le message ne passe pas. » Ah bon ? J’aime vos réflexions, restez athée, païen, cela me plait.

J’ai trouvé, dans ce livre, beaucoup de l’humour de Philippe Roth, de Woody Allen. Peut-être est-ce ça l’âme juive, cacher ses sentiments derrière l’humour et les pirouettes.

J’ai lu ce livre d’une seule traite et je lui dois une nuit très écourtée et fort agréable.

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Jeanne Benameur - Pas assez pour faire une femme

22 Août 2016, 20:21pm

Publié par zazy

 

Pas assez pour faire une femme

Jeanne Benameur

Editions Thierry Magnier

96 pages

août 2013

ISBN 978-2-36474-309-0

 

4ème de couverture :

Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l’amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu’elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l’aime immédiatement, c’est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu’il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
Bref et intense, ce récit est celui d’une métamorphose : portée par l’amour qu’elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ?

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Jeune fille dans un milieu petit-bourgeois provincial, Judith étouffe sous le joug d’un père tyrannique « Et depuis quand on fait ce qu’on veut dans la vie ? » et d’une mère soumise. La parole lui est refusée, elle ne peut parler, « parce que chez moi à l’intérieur, il y a une zone fermée barricadée. Depuis si longtemps que je ne sais même plus. Peut-être que je suis née avec. »

La délivrance arrive avec l’entrée en fac. Une petite chambre, la LIBERTE ! « Et quelle joie quand je suis sortie la première fois avec ma clé dans la poche. Rien qu’à moi. » Et, il y a eu la rencontre avec LUI, Alain. Elle a fondu dans ses bras, connu sa première fois avec lui. Pourtant, jamais, elle ne peut dire « Je suis incapable de prendre le risque d’oser dire. Même à lui». Avec Alain, elle découvre un autre monde, une autre littérature, la lutte avec les autres étudiants. Elle le reconnait elle-même, elle n’est pas politisée, elle fait tout ça pour être à la hauteur d’Alain, pour être avec lui. Elle apprend, la politique, les cours à la fac, l’amour, la vie.

Cette époque correspond à sa chrysalide. Elle n’est plus chenille mais pas encore papillon. Tant de choses tues sont en elle, « Est-ce que je sais au fond de moi ce qui m’a toujours fait peur ? est-ce qu’on sait toujours tout ? » comme les relations incestueuses de sa sœur avec son père « Quelque chose de puissant venait de se frayer un chemin dans ma tête »

 

Elle n’a pas pu tuer le père pour s’assumer complètement en tant que femme, il est mort avant. « Il m’est arrivé de me demander si c’était pour fuir la parole qu’il était mort si tôt. Il m’arrive encore de regretter que la confrontation ‘ait jamais pu avoir lieu. »

 

« Savoir ne permet pas forcément de se libérer soi-même de tout. Si mon pas est plus ferme aujourd’hui, je sais qu’il me reste encore des portes à ouvrir à l’intérieur de moi. Mais la lourde épave a entamé sa remontée du fond du lac. Un jour, je sais qu’elle sera à l’air libre et que le courant l’emportera au loin, vers la mer ».

On ne nait pas femme, on le devient écrit Simone de Beauvoir dans le deuxième sexe. C’est un long chemin semé d’embûches, de découvertes, d’amour, de vie.

Une très belle lecture. J’apprécie vraiment les mots de Jeanne Benameur : Les insurréctions singulières, Orages intimes, Profanes,

Je trouve la couverture de ce livre très chouette.

 

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Stéphane Héaume - L'insolite évasion de Sebastian Wimer

20 Août 2016, 21:19pm

Publié par zazy

 

L’insolite évasion de Sebastian Wimer

Stéphane Héaume

Editions Serge Safran

268 pages

Août 2016

ISBN : 979-10-90175-53-2

 

4ème de couverture :

Carlotta-Pietra, ville fortifiée aux allures vénitiennes, vit ses derniers instants de liberté. Il ne reste que quelques jours avant que les portes de la cité ne se referment définitivement.
Sebastian, styliste de mode et son associé Dimitri, entreprennent de s’enfuir avant qu’il ne soit trop tard. Mais un soir, sur le chemin qui le mène à sa Villa des Mouettes Noires, Sebastian porte secours à une femme brutalisée, laissée inerte le long du canal. Troublé, il croit reconnaître Agathe, sa défunte épouse, même si ses papiers d’identité affirment le contraire.
Une chose est sûre, l’état de santé de la jeune femme l’oblige à retarder son projet initial. Aidé du jeune Leos, son aide de camp, et de ses proches amis, il échafaude un plan d’évasion insensé, puisant dans l’histoire de la cité et défiant le pouvoir en place.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Stéphane Héaume, né à Paris le 27 mars 1971, est l’auteur de plusieurs romans comme Le Clos Lothar (Prix du jury Jean-Giono 2002) ou Sheridan Square (Prix de la Ville de Deauville 2012). Il écrit également des essais, des nouvelles et des textes pour le théâtre lyrique.

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Stéphane Héaume déroule une tragédie antique, unité de lieu, d’action et de temps. Cela pourrait être n’importe où, n’importe quand.

Carlotta-Pietra ville fortifiée en bordure de mer est sous le joug d’un tyran qui ne veut rien d’autre que de fermer la ville et la mettre à sa botte. « Les portes de la ville fermeraient dans sept jours. » Certains arrivent à s’enfuir juste avant la fermeture physique des portes, d’autres y laisseront la vie, les autres restent.

C’est dans cet état de tension que Sebastian styliste de mode de renommée mondiale et son associé Dimitri décident de partir.

Le plan est rôdé, mais un caillou va se glisser dans les rouages. Sebastian sauve une femme d’une baston. Hagard, il découvre que c’est le sosie parfait de sa femme, tuée pendant des émeutes, qu’il vient d’enterrer. Il la ramène chez lui pour la soigner et est de plus en plus certain que c’est Agathe.

Le projet initial de fruite est remis en cause Sebastian et Leos, échafaudent un nouveau plan on ne peut plus audacieux, grâce à l’historique de la ville.

Je ne dévoilerai pas plus les arcanes de l’histoire, si ce n’est que Sebastian perdra une seconde fois sa douce et belle Agathe.

Un livre que j’ai non pas dévoré, mais lu avec gourmandise, dégusté. Les mots qui me viennent en parlant de l’écriture de Stéphane Héaume sont délicatesse, musicalité. « Qu’est-ce qui cogne ? Qu’est-ce qui tape contre mes tempes ? Qu’est-ce qui bas, me bouleverse et me brise ? » Quel beau livret ! L’amour constant, l’amitié, la félonie, celle qui semble tirer quelques ficelles où, pour le moins, tout converge, le héros, les méchants... Le décor est grandiose, baroque, les personnages attachants. L’ambiance lourde laisse percer la peur. J’aime cette antinomie entre le décor et l’action.

Serge Safran, fidèle à sa ligne éditoriale, m’a offert un grand coup de cœur pour cette nouvelle rentrée littéraire. Merci à lui et à son équipe.

J’ai tellement aimé l’écriture de Stéphane Héaume que j’ai retenu « Le contemplateur » à la bibliothèque.

Je découvre la rentrée littéraire avec un gros coup de cœur.

 

 

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