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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Jean-Philippe Domecq - Deuxième chambre du monde

9 Février 2017, 21:22pm

Publié par zazy

Deuxième chambre du monde

Jean-Philippe Domecq

Editions Serge Safran

Février 2017

144 pages

ISBN : 979-10-90175-61-7

 

4ème de couverture :

Un homme seul chez lui observe : la rue, les toits, tout ce qui s’offre à sa vue. Il se voit vivre, aussi. Au point que plus rien n’est ordinaire dans sa vie pourtant bien banale.
Un soir, à force de guetter, il aperçoit le reflet d’une fenêtre qui s’allume au-dessus de chez lui. Une femme ? Cette présence silencieuse va progressivement le hanter. Cela débouche sur un très long couloir qui le conduit au bout du monde – mais quel monde ? Car l’homme abandonne tout : santé, travail, amour, en captant la proie pour l’ombre.
Dans Deuxième chambre du monde, Jean-Philippe Domecq nous engage dans une expérience littéraire et métaphysique où jubilation d’écriture et redoutable humour s’associent pour une étrange et fondamentale interrogation sur la condition humaine.

L’auteur (site de l’éditeur) :

D’abord connu pour son Robespierre, derniers temps (1984), Jean-Philippe Domecq a été membre du comité de rédaction de la revue Esprit et rédacteur de Quai Voltaire, revue littéraire. Il a reçu le prix du Pen Club français pour Qui a peur de la littérature ? Mais il est avant tout romancier, auteur de deux cycles romanesques, « le Cycle des ruses de la vie », et « La Vis et le Sablier » dans lequel il explore un nouveau genre romanesque, la Métaphysique Fiction.

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Les chapitres commencent par (Un jour, comme ça ou (une nuit encre ou la même) pour fixer le récit dans un espace non daté, juste pour me tenir dans sa réalité.

Le narrateur est un homme lambda dont la vie est rythmée par le très célèbre métro-boulot-dodo avec, parfois une partie de jambes en l’air avec son amie. Il ne semble avoir aucune passion, il est transparent. Lorsqu’il est en compagnie, il s’évade au plafond et regarde ses congénères en direct du plafonnier, « Je vous aime beaucoup, d’ici » bref, il se désincarne. s'échappe « C’est une panique, la vie, voilà.»

Cet homme pas bavard parle dans sa tête, se parle ; un soliloque muet et je lis sa voix intérieure. Comme il dit « on est si bien, au bord du monde. » Il a des postures « philosophiques ».  

Une vie bien monotone jusqu’au jour où il voit se reflétant sur le mur d’en face, une silhouette féminine se détachant de la lumière d’une lucarne… Il a une voisine. Depuis, il attend le soir, reste couché pour écouter le bruit furtif des pas de sa voisine. Il fait de sa propre chambre, la chambre d’écho de la sienne.

Le narrateur rentre de plus en plus en lui-même. Son imagination, sa fiction deviennent sa réalité. Il entre dans sa seconde chambre, celle de son esprit.

L’écriture n’est pas linéaire, il prend un mot, une phrase, il retourne dans un sens, dans un autre, laisse une phrase en suspens. Le texte est aussi décalé que son personnage

« Il y a ce qui se dit sous ce qui se dit, l y a ce qui se dit sous ce qui ne se dit pas, et ce qui ne se dit pas sous ce qui ne se dit pas alors là ! … La plongée ! »

Ce live est une plongée dans la chambre intime du personnage « Ici est le centre de la ville », centre de ses pensées, centre de sa vie.

La faim amène à la fin, que Jean-Philippe Domecq rassasie par ses mots, ses phrases, ses questionnements.

Un livre qui sort des sentiers battus. Une découverte originale, surprenante, que j’ai aimée.

Quand je vous dis que Serge Safran sait dénicher les talents.

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Sigolène Vinson - Courir après les ombres

7 Février 2017, 16:08pm

Publié par zazy

Courir après les ombres

Sigolène Vinson

Editions Plon

Août 2015

208 pages

ISBN : 9782259229579

4ème de couverture :

Du détroit de Bab-el-Mandeb au golfe d'Aden, Paul Deville négocie les ressources africaines pour le compte d'une multinationale chinoise. De port en port, les ravages de la mondialisation lui sautent au visage et au cœur la beauté du monde dont il ne peut empêcher la destruction.
Les merveilles qui ne s'achètent pas ne risquent-elles pas de disparaître dans un système ou toute valeur se chiffre ?
Paul se met alors à chasser un autre trésor : les « écrits jamais écrits » d'Arthur Rimbaud – il veut le croire, le marchand d'armes n'a pas tué le poète. Inlassablement, il cherche.
Trouvera-t-il plus que le soleil aveuglant, la culpabilité d'être et la fièvre ?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Sigolène Vinson, ancienne avocate, est chroniqueuse (Charlie Hebdo, Causette) et romancière. Elle a grandi à Djibouti.

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Paul Delville, dont le père, brillant professeur d’économie, sombre peu à peu dans la folie, a tout quitté pour travailler pour les chinois. Il négocie l’implantation de bases navales pour sécuriser le trafic maritime chinois.

« Paul travaille pour une compagnie chinoise, la Shangai Petroleum, Chemical and Mineral Corporation, et participe à l’élaboration du collier de perles. Un collier qui n’est pas un bijou. Encore moins une ode ou un poème. Ce sont les Américains qui ont donné ce nom à la tactique impérialiste : chaque nouvelle base navale arrachée par la République populaire est une perle à ajouter au collier.

C’est la version et la mission officielle de celui dont la conclusion de la thèse est « La valeur du travail est à la mesure générale des valeurs ».

Paul est un trader cynique qui promène  son utopie de foutre en l’air l’économie mondiale par son action avec la Chine.

« Les puissances occidentales n’ont plus les moyens de répondre ni à vos prix ni à vos exigences. La Chine, si. »

« Au Mali, par son intermédiaire, la Chine est devenue propriétaire d’une mine de phosphate, troquée contre la réalisation d’une ligne ferroviaire entre les localités de Taoudenni et Tassalit ? Il n’est pas dit que le minerai extrait de la terre malienne ne participe pas à l’élaboration du polonium chinois. »

Il est présentement à Djibouti pour sonder le lac Assal et sa possible richesse en lithium. Mais, il a une autre quête, son obsession de Rimbaud et trouver les derniers écrits jamais publier de l’auteur.

« Il est libre de se livrer à des discours mercantiles et guerriers et passer le plus clair de son temps à vivre en poète, à courir après l’ombre de l’homme de talent, à guetter les livres jamais écrits. »

La Chine à même l’outrecuidance d’enfouir ses déchets nucléaires dans l’Océan, sans aucun état d’âme et fait mourir à petits feux les Somaliens. Est-ce la goutte d’eau qui réveille Paul, Paul qui se cogne aux parois de verre, se cogne à la vie ?

« Pour les jeter à l’eau à l’approche des côtes somaliennes, c’est le nouveau programme nucléaire chinois, emprunté à celui de l’Italie. »

Le livre est bâti autour de contradictions. Paul, son commerce cynique pour la Chine et sa quête donquichottesque des écrits non publiés de Rimbaud. Paul qui choisit d’être apatride et le neveu d’Harg qui fuit la misère de son pays. L’hypocrisie, pardon, le pragmatisme, des Chinois qui paient des cacahuètes l’installation de leur collier de perles face à la misère de ce peuple. La française qui a des envies de mort et Mariam qui pêche, face aux cargos-usines, pour survivre.

« Elle remarque enfin les yeux de la française, la cicatrice dedans. Pas le reflet d’une vie de misère… quelque chose de plus sordide, à la limite de l’obscénité dans un monde qui crève la dalle : la douleur d’être. Mariam trouve ça franchement immonde. » La française a le mal de vivre, alors que Mariam à du mal à survivre.

J’ai aimé la fierté de Mariam et de Harg, leur amour pour Djibouti, l’amour de la Corne de l’Afrique que Sigolène porte en elle.

Si le caillou est une envolée poétique, Courir après les ombres, même si il y a la quête des derniers poèmes de Rimbaud a les pieds dans la boue de la mondialisation. Cette balade a des airs de ballades mélancoliques sur fond de misère, de désespoir, de mort au nom d'une prospérité à laquelle ils n'ont pas accès.

 

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Hélène Risser - La plus folle de nous deux

30 Janvier 2017, 15:08pm

Publié par zazy

La plus folle de nous deux

Hélène Risser

Editions Plon

Janvier 2017

256 pages

ISBN : 9782259251358

 

4ème de couverture :

Fascinée par la responsable politique Noémie Leblond, une journaliste décide de mener l'enquête. Un subtil double portrait de femmes tout en échos qui interroge la place des femmes dans la société.

Rien ne semble pouvoir arrêter l'ascension politique de Noémie Leblond.
Femme dans un monde d'hommes, elle domine toutes les situations – ambition, séduction, pouvoir, maternité. En pleine course pour la présidentielle, une journaliste se met à enquêter sur cet intrigant animal politique.
Envahie peu à peu par une fascination qui dépasse largement les jeux et enjeux de pouvoir, elle est conduite à explorer ses propres fragilités, jusqu'à l'enfance. Jusqu'ou ira-t-elle pour mener à bien cette expérience ?
Un double portrait de femmes tout en subtils échos.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Journaliste sur LCP-Public Sénat, Hélène Risser est l'auteure de deux romans, Une enquête amoureuse (Lattès, 2009) et Les amants spéculatifs (Lattès, 2014) et de plusieurs essais sur la politique et les médias.

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Une journaliste quadra, décide d’écrire un livre sur Noémie Leblond, étoile presque montée au firmament de la politique, candidate  aux élections présidentielles.

« J’ai relevé la tête pour la dévisager et, lorsque nos regards se sont enfin croisés, j’ai ressenti l’envie d’en savoir plus sur elle. »

« Les politiques sont haïs, mais Noémie Leblond dégage, en ce moment, quelque chose qui la place du côté du public et contre la politique. C’est sa chance »

Noémie Leroy semble parfaite, une belle image de papier glacé, qui me fait penser à NKM. Elle invite les media à son domicile pour une opération mère parfaite faisant faire ses devoirs scolaires à  ses enfants, mais…

« Ça ne vous gêne pas que Mathieu fasse ses devoirs à sa place ? Je lui demande soudain, comme si dans cette histoire c’était ça l’important….
-Pas du tout ! Ça l’aidera à se faire bien voir du prof, ce qui lui laisse une chance de progresser ensuite…
Cette remarque me cloue le bec. Je saisis le raisonnement, mais je n’en reviens pas qu’elle s’inquiète aussi peu des connaissances de sa fille. Je n’en reviens pas non plus qu’elle ose demande à Mathieu, et accessoirement à moi, de jouer les gardes d’enfant comme si c’était un dû. »

Notre écrivain en devenir a une liaison avec Mathieu, jeune conseiller de la femme politique  qui ne peut s’empêcher de tout planifier, même sa vie privée, dans des tableaux Excel. Il va jusqu’à la classer dans les « Milf » (Mother I’d Like to Fuck) et le lui annoncer tout à trac. Charmant !

Notre journaliste, a passé son enfance entre ses parents psychiatres et son frère, s’amusant dans le parc de l’hôpital parmi les malades ; une nounou, recrutée parmi les malades s’occupait d’eux. De ce fait, elle et son frère ont un rapport autre envers la folie.

- « A quoi reconnait-on un fou ?
- A son comportement anormal
- Et à quoi reconnait-on un comportement anormal ?
- Il nous met mal à l’aise…
- Le fou est donc celui qui nous met mal à l’aise. »

La narratrice observe, dissèque l’attitude de N.L. sous un angle psychiatrique. A suivre  l’impétrante dans sa campagne électorale, elle trouve la faille, le petit caillou dans la vie de Noémie ; un sac d’une très grande valeur que Mathieu escamote rapidement et dont il ne veut parler. Elle trouve aussi sa fragilité.

« Contrairement à ce que pourraient laisser penser mes diplômes et mon parcours sans faute, je ne suis pas LA bonne élève de la classe politique… Mes parents ont passé mon enfance à me dire que je n’étais pas assez brillante. »

Son enquête sur l’animal politique et ses relations au père, lui font opérer  une virée spéléologique dans ses propres abîmes et les relations compliquées avec son propre père.

« Mon père avait soigné de nombreux politiques, et je me souvenais du chose que j’avais eu, enfant, en découvrant l’un d’eux, connu par la télé, avachi telle une loque sur un siège de la salle d’attente. C’était donc ça le revers de la morgue et de l’ambition. »

« Si Noémie Leblond s’est ainsi dévêtue comme une vulgaire pin-up, c’est qu’elle est une guerrière, une combattante hors pair qui, dans la situation de faiblesse où elle se trouve, a eu cette idée géniale d’effrayer ses ennemis –il parle bien d’ennemis- en montrant par ce plongeon qu’elle ne reculera devant rien et sera capable de tout, même de l’inenvisageable. Maintenant elle leur fait peur. »
« Les journalistes se sont tus, car au fond ils ont peur de la faire passer pour folle. Ceux qui se déshabillent quand ils ne vont pas bien sont les fous m’a-t-il dit, comme je le sais très bien ».

A la fin, elle n’écrit pas le livre, mais publie, dans Mediapart, un article qui signe l’arrêt de la course à la présidence de la république de Noémie Lenoir. L’histoire ne le dit pas, mais, en bon sphinx politique renaîtra de ses cendres,  Quoique l’on pardonne beaucoup moins les écarts sexuels à une femme qu’à un homme.

Hélène Risser est journaliste, cela se sent dans sa plume, l’écriture est sèche, journalistique, ne prend pas parti et cela me convient parfaitement. La politique, elle baigne dedans de par son métier et ce qu’elle écrit,  sur les relations entre le monde politique et les journalistes, même si cela semble des poncifs est réaliste.

Ce livre suscite des réactions, des réflexions. La frontière entre les deux mondes est très poreuse. Hélène Risser parle également des fêlures, de guerre entre les prétendants à la fonction suprême,  du manque d’empathie profonde pour les gens, juste la superficialité des relations. Seul le résultat compte.

Comme dans son précédent roman Les amants spéculatifs, l’auteur prend le postulat de départ d’une enquête et d’entretiens en vue de l’écriture d’un bouquin pour parler des femmes occupant un poste traditionnellement dévolu à un homme, de femmes de pouvoir.  

Avec ce livre Hélène Risser, est à la pointe de l’actualité (Il n'y a qu'à écouter les informations)

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Eric Pessan - La nuit du second tour

25 Janvier 2017, 09:44am

Publié par zazy

La nuit du second tour

Eric Pessan

Editions Albin Michel

Janvier 2017

176 pages

ISBN : 9782226328700

 

4ème de couverture :

Le soir du second tour des élections présidentielles la ville s’embrase, le pire est arrivé. David se retrouve à déambuler face aux émeutes et à sa vie ratée. Mina, elle, a préféré s’embarquer sur un cargo pour les Antilles pour ne pas assister à la débâcle. Deux êtres en proie à l’impuissance d’aimer qu’une nuit de cataclysme va profondément changer. Deux voyages intérieurs qui s’entremêlent en fiévreuses et subtiles sinuosités.
Eric Pessan poursuit une œuvre singulière, souvent mélancolique, explorant les liens étroits entre la vie intime et le désarroi collectif, qui empêche parfois jusqu’à la possibilité de se réinventer.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Roman, essai, livre de jeunesse, théâtre, poésie... Eric Pessan s'est essayé avec bonheur à de nombreux genres littéraires.
Il anime régulièrement des ateliers d'écriture, participe à des créations théâtrales et collabore à plusieurs revues littéraires.

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2017, nous élirons notre futur(e) Président(e) de la République et le scénario du livre pourrait devenir réalité.

Un homme découpe sa carte d’électeur en petits morceaux avec de gros ciseaux, un couple pleure, d’autres crient leur colère ou manifestent. Oui, c’est arrivé, le pays a basculé du côté de l’extrémisme. « Chacun a les dirigeants qu’elle mérite, crie un homme caché par l’ombre d’un mur. »

David erre à travers les rues de la ville seul, se fait apostropher par des clochards, pardon SDF, ou par des personnes qui, comme lui, ont perdu tous leurs repères. David cet homme qui ne sait jamais dire non à son patron, qui part travailler la boule au ventre, revient lessivé avec toujours la même boule au ventre qui a encore grossi. Cet homme est gris, insipide à force de renoncement. Même Mina, il a réussi à la perdre à force de se taire, de ne pas s’expliquer, de renoncer. C’était pourtant une belle histoire d’amour entre eux. Mina aurait bien voulu tout partager avec David, mais voilà, le mur est devenu opaque à force de ne pas se parler, ne pas se confier. « Peut-être qu’avec David ils ont manqué d’endurance, qu’ils se sont essoufflés trop vite, qu’ils n’ont pas su faire front ensemble. A force d’humiliations minuscules, chacun n’avait plus assez d’estime de soi pour supporter d’être aimé. » Elle est partie, retournée chez ses parents, les écouter, les regarder s’engueuler, plutôt son père gueuler, exiger…

Le jour des élections, elle est partie sur un cargo direction les Antilles pour ne pas savoir, ne pas voir, ne pas connaître le résultat. Quitte à être seule, au moins l’être au milieu de nulle part sans apercevoir la terre ; la mer, encore la mer, toujours la mer.

Pourtant,  ils sont encore connectés, encore liés. Ils ne peuvent s’empêcher de penser l’un à l’autre, de sentir, voir les mêmes choses à peu près au même moment. Lui « Faiblement éclairé, son reflet n’a que des trous  la place des yeux », elle « Mina chercher son regard dans le reflet d’un hublot, ne voit qu’une vague figure percée de trous béants. ».

A terre, les français se réveillent avec la gueule de bois. Ils se ruent dans la rue, les pour, les contrer, les autres.  Le pays se retrouve coupé en deux. Ceux qui ont voté pour et les autres.

Eric Pessan l’écrit dans le dernier chapitre, cite une phrase de Tristan Bernard « Agé de presque quatre-vingts ans, arrêté durant l’Occupation pour être déporté à Drancy, l’écrivain aurait déclaré à son épouse : Jusqu’à présent nous vivions dans l’angoisse, désormais, nous vivrons dans l’espoir »

Certains chapitres, commençant par « Il y a le feu sur terre sont écrits avec des paragraphes qui ne se terminent pas par des points,  pour mieux faire ressortir l’urgence, l’essoufflement, le trouble suite aux résultats du second tour des élections présidentielles.

 

‘Qui a envie de voter pour quelqu’un qui annonce d’emblée de ne pas pouvoir contrer la financiarisation du monde ? Qui a envie de s’engager pour quelqu’un qui est à demi dans le renoncement ? Qui veut soutenir quelqu’un qui ne parle que de rigueur, de crise, d’austérité, dans un monde que l’on sait prospère et florissant comme jamais le monde ne l’a été ?

A force d’oublier qu’ils doivent faire rêver, les partis traditionnels ont enfanté un cauchemar. »

J’ai découvert Eric Pessan avec Muette, un superbe livre aux petites phrases quotidiennes et assassines. La nuit du second tour est un roman intense et engagé, peut-être pour nous dire réveillons-nous avant qu’il ne soit trop tard..

Et vous, que feriez-vous  si cela arrivait ?

Les éditions Albin Michel ont publié un livre engagé. La littérature sert à ça aussi.

« Ceux qui gouvernent comme ceux qui voulaient gouverner ont infantilisé le mécontentement, se sont amusés des grands élans don quichottesques de ceux qui voulaient changer le monde. Ils ont dit de ne pas bouger, de ne rien faire, de se contenter de voter et de ne surtout pas venir exprimer de déception. Ils ont dit qu’il fallait participer, aider, collaborer, accompagner, promouvoir. Ils ont rabâché que les temps n’étaient plus au faste et au luxe sans jamais apporter la moindre preuve. Les partis politiques traditionnels n’ont pas su offrir un sourire, une joie, ou –à défaut- l’espoir d’une joie possible à ceux qui en avaient besoin, se dit David. »

« A force de trahisons, à force de renoncements, à force d’immobilisme, à force de réalisme, à force de donner l’impression qu’ »ils n’y sont pour rien, à force de laisser croire qu’ils ne peuvent absolument pas influer sur l’ordre des choses, à force d’orgueil, à force de dédain, à force de répéter qu’ils ne sont pas responsables, à force de morgue et d’ignorance, les partis politiques traditionnels ont fini par provoquer la catastrophe, se dit Mina. »

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Cécile Gambini - Au secours mémé

16 Janvier 2017, 16:20pm

Publié par zazy

Au secours mémé

Cécile Gambini

Editions Le Tripode

32 pages

Octobre 2016
ISBN : 9782370551030

 

4ème de couverture :

Cécile Gambini a une vie fantastique. Elle connaît le quotidien d’une femme vraiment moderne, et accumule les déboires avec autant d’aisance que d’autres les séries télé. Ses histoires d’amour relèvent de la science-fiction. Sa tribu ridiculise la famille Adams. Sa spiritualité est une synthèse inespérée entre Sophie Calle et les Shadocks. Quant à son art du bricolage et de la cuisine, il dépasse tout ce que pourront jamais vous révéler Elle, Marie-Claire et Le Chasseur français.

Nous savons tout cela car cette femme de notre temps a aussi une drôle de manie. À chaque catastrophe qui lui tombe dessus, elle fait un petit livre à la main. Un mélange de textes et d’images qui font le point sur les péripéties de sa vie, histoire d’en rire un peu. Depuis presque 30 ans, elle a ainsi manufacturé plus de 250 ouvrages qu’elle a rassemblés sous le nom générique de Pavupapri.

Voici, pour la première fois, l’un de ces recueils mis à la disposition du grand public. Au Secours mémé, ou le récit d’un été 2015 qui dégénère en beauté.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Cécile Gambini est une artiste diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg. Depuis le milieu des années 1990, elle mène une vie officielle dédiée à la création de livres pour la jeunesse chez différents éditeurs (Albin Michel, Le Seuil, Rue du Monde, Gallimard, Thierry Magnier, etc.) et une vie plus secrète dédiée à la conception de livres-objets en exemplaire unique (250 opus regroupés sous le nom Pavupapri).

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L’héroïne (l’auteur ?) a vraiment une vie de merde, surtout cet été, qu’elle nous raconte en quatre nouvelles.

La poire :

On retrouve sa mère, grabataire et fort mal en point, dans la buanderie de l’hôpital, en train de manger une poire, le rose aux joues après une évasion rocambolesque par la fenêtre.

L’anniversaire :

Depuis six moi elle a un petit ami, mais bon, il n’est pas top et castagneur, avec lui, c’est un festival ! « T’es avec un gars depuis si mois que te fait rêver un jour sur vingt-six, il t’en a fait voir de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel (c’est-à-dire du violet foncé au marron clair), t’as malheureusement dû tomber un peu trop dans ses yeux bleus et ce soit c’est ton anniversaire. », Après une chute, il se retrouve au  CHU de Clermont-Ferrand et elle découvre un chapelet de petites amies qui l’appellent sur le portable.

Mémé-vaudou :

« A midi il y a E. qui doit venir manger. Comprenez l’amour de sa vie passe et ce serait bien que vous, la remplaçante de fortune intérimaire, disparaissiez momentanément pour laisser s’épanouir ce moment privilégie de complicité tant attendu ». Bien sûr, elle obtempère, que faire d’autre lorsque l’on est comme elle. Attention là, elle fait intervenir mémé vaudou… A savoir une bague en or des fiançailles de sa grand-mère et lui lancer un « au secours mémé » et… ça marche. E. a eu un accident et a terminé au CHU de Cl… non de Bordeaux !

 

La pasteurellose d’été :

Elle sauve un chaton, un sacré de Birmanie qui, pour la remercier il lui chope le doigt et…. direction le toubib. Le vétérinaire de la fourrière l’informe que ce fameux chat est mort de la rage ou du typhus. Donc, direction CHU de Clermont-Ferrand. Non c’était la pasteurellose, mais bon….

Ce qu’elle raconte devrait être triste ou, pour le moins gris. Mais non, ses dessins très doux contrastent avec une écriture ironique, insolente, gaie, poétique. Cette fille a un grain mais alors, comme j’aime son petit grain de sel, de poivre, de miel.

J’adore la fin : « L’été, il y a ceux qui partent en vacances et ceux qui préfèrent aller au CHU, les gentils. »

A la fin du livre, il y a un résumé aux petits oignons :

« Quand ta mère vole des poires à la buanderie tu crois aux miracles, t’offres tes os contre un chaton, t’apprivoises les cafards et t’invoques mémé-vaudou pour exorciser le tout. Voilà le programme court, en quatre actes chirurgicaux, pour votre plaisir… »

Une petite perle de mots et de dessins. Cécile Gambini, j’aime votre univers

 

 

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Hadrien Kent - La grande panne

16 Janvier 2017, 16:00pm

Publié par zazy

La grande panne

Hadrien Kent

Editions le Tripode

280 pages

Avril 2016

ISBN : 9782370550903

4ème de couverture :

Accident ou attentat ? Une explosion dans une mine de graphite italienne provoque l’apparition d’un immense nuage qui menace de s’enflammer au contact des lignes à haute tension. Pour éviter la catastrophe, une coupure électrique générale est décidée dans toute l’Italie, plongeant le pays dans le chaos. Le nuage se déplace vers le nord, et la France décide à son tour de procéder à un black-out sur son propre réseau. Le gouvernement part s’installer sur l’île de Sein, en Bretagne, pour superviser la panne qui s’annonce. Commençant comme une série catastrophe, déroulant l’agenda d’une cellule de crise, La Grande Panne se transforme peu à peu en un roman inattendu mêlant les histoires d’amour aux arcanes du pouvoir, les trahisons amicales aux menaces d’attentat, la surveillance policière aux banalités d’une vie suspendue à l’attente du retour à la normale. On y croise un révolutionnaire qui rêve de mettre en place une insurrection civile, des conseillers qui tentent de contenir les humeurs d’un président de la République désabusé, un écrivain improductif qui observe son île devenue le centre hystérique d’un pays en état de choc, un brocanteur qui se trouve embrigadé malgré lui par un service secret étranger, un journaliste revanchard qui fait le portrait d’une France en apesanteur... La Grande Panne, ou le portrait d’une humanité un peu paumée, qui l’emporte sur la violence officielle du monde.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Hadrien Klent est un pseudonyme. Autre livre de cet auteur : Et qu'advienne le chaos

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Imaginez la France privée, sur toute l’immensité de son territoire, d’électricité pendant une longue fin de semaine !! Scénario catastrophe que décrypte, jour après jour, Hadrien Kent.

En Italie, un incendie criminel dans une mine de graphite met le feu aux poudres et, petit à petit, avec le vent, le nuage de graphite détruit toutes les lignes électriques italiennes. Pour une fois, le nuage ne s’arrête pas à la frontière française, ce qui pousse le gouvernement a agir de façon drastique et couper le courant pour laisser passer le nuage dévastateur.

Facile d’appuyer sur un bouton pour tout couper, mais les conséquences… « Nous sommes à la fois maîtres de la décision, je veux dire du moment où l’on va appuyer sur le bouton, et incapables de prévoir les conséquences de cette décision. En l’occurrence, nous ne pouvons nous appuyer sur aucun plan préétabli. Nous sommes au croisement d’Orsec, de Biotox, de Piratox et Piratom ».

Le gouvernement doit s’exiler ou rester à l’Elysée. C’est la première option qui est choisie et l’île de Sein parait être le meilleur repli. Ce qui est dit est fait.

La grand panne fait un heureux, Jean-René Hunebelle journaliste de son état qui va offrir à sa ronéo une nouvelle naissance avec la publication de son journal, diffusé à l’ancienne..

Un roman polyphonique avec beaucoup d’intervenants ce qui rend nécessaire et pratique la datation et la localisation en début de chapitre.

Quel foisonnement, un peu trop parfois. Petit à petit les pièces du puzzle  s’imbriquent.

L’île de Sein devient le lieu du gouvernement et tant de monde sur peu d’espace donne un aspect décalé qui m’a plu, avec un président cyclothymique. Nous sommes en direct du lieu de pouvoir, de décision. Je les regarde s’activer comme je regarde une fourmilière, avec curiosité, comme un pastiche du gouvernement de Vichy en 1940

Je suis heure par heure, ce challenge, ce défi. Au milieu de tout ça, il y a les anciens étudiants d’une même promo genre Voltaire qui entourent le président. Leurs petites histoires d’amitié, d’amour, de jalousie émaillent le livre. Il n’y a qu’à la toute fin que je comprends leurs relations, pour certains des idéaux bafoués.

Plusieurs histoires dans ce livre peut-être trop fourmillant, quand je vous parlais de fourmilière, nous y revoilà !!

Une fiction politique maîtrisée qui pourrait avoir des prolongements réalistes à travers les craintes actuelles d’attentats ou de catastrophe naturelle.

Merci Catherine pour le prêt. Ce livre a fait partie de la Voie des Indés de  Libfly  en mai 2016.

L'avis d'Yves,  Nicole

Petit sourire un brin ironique. Les media nous tannent avec la vague de froid et.... si elle engendrait une grande panne ! Sus aux bougies !

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Kéthévane Davrichewy - L'autre Joseph

13 Janvier 2017, 11:08am

Publié par zazy

L’autre Joseph

Kéthévane Davrichewy

Editions Sabine Wespieser

280 pages

Janvier 2016

ISBN : 978-2-84805-200-7

 

4ème de couverture :

« Joseph Djougachvili, dit Staline, surnommé Sosso dans les premières années de sa vie, est né en Géorgie, à Gori, en 1878. Quelques années plus tard, à quelques rues de là, naissait un autre Joseph, Davrichachvili, ou Davrichewy. »
Dès les premières lignes de son nouveau livre, Kéthévane Davrichewy avertit son lecteur : la mémoire familiale en sera la matière. Mais, quand son arrière-grand-père a grandi avec Staline, l'histoire intime prend très vite une dimension vertigineuse.
Avec sobriété et naturel, la romancière entre de plain-pied dans l’enfance de « l’autre Joseph » : fils du préfet de Gori, il est élevé au milieu des gamins des rues, fascinés comme lui par les légendes bibliques et les bandits caucasiens. Même s'il partage avec le petit Djougachvili des rêves d’héroïsme et de grandeur, son camarade – exalté, batailleur et arrogant – l'agace. D'autant qu'on ne cesse de souligner leur ressemblance physique, frappante en effet. Des rumeurs ne circulent-elles pas sur une liaison entre le préfet Davrichewy et la mère de Sosso ?
Jusqu'à la révolution de 1905, où les ardents activistes que sont devenus les deux Joseph combattront côte à côte, leurs destins s'écrivent en parallèle. Tous deux poursuivent leur scolarité à Tiflis : Sosso au séminaire, où il s'avère un agitateur notoire ; Joseph au collège, où il prend sous sa protection un garçon romantique et malingre, Lev Rosenfeld, le futur Kamenev. Alors que Sosso est envoyé en prison, puis exilé en Sibérie, Joseph part étudier à Paris, bouillonnant d’idées révolutionnaires. Quand ils se retrouvent à Tiflis, Joseph se bat pour une Géorgie indépendante, alors que Sosso le Bolchevik a d’autres visées. La distance se creuse, nourrie par les anciennes rivalités…
Comme autant de ponctuations rythmant les tumultueuses aventures des deux jeunes gens, des chapitres plus personnels interrogent le destin familial : qu'en aurait-il été des Davrichewy si, depuis sa tendre enfance, Joseph n'avait pas été obligé de prendre en compte son encombrant camarade – et supposé demi-frère ?
Dans sa passionnante enquête sur son mystérieux arrière-grand-père, l'écrivain s'empare de l'histoire pour la mettre à sa vraie place : dans sa vie. Les dernières pages de son roman éclairent de manière bouleversante la dédicace à son propre père.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Kéthévane Davrichewy est née à Paris en 1965 au sein d'une famille géorgienne. L'expérience de l'exil qu'ont vécue ses grands-parents marque son enfance et alimente son imaginaire. Elle suit des études de lettres, de cinéma et de théâtre, en partie à New York, et mène, dans un premier temps, une carrière de journaliste pour différents magazines.
En 2004, paraît aux éditions Arléa son premier roman Tout ira bien, qui fait quelques années plus tard l'objet d'un spectacle, mêlant lectures et chansons, conçu avec le musicien Alex Beaupain. Chez Sabine Wespieser éditeur, elle publie en 2010 un roman inspiré de l'exil de sa famille, La Mer Noire, qui est distingué par plusieurs prix (Prix Landernau 2010, Prix Version Femina/Virgin Megastore 2010, Prix Prince Maurice 2011) et traduit en allemand, géorgien, italien, néerlandais et suédois. Puis en 2012, Les Séparées (Sabine Wespieser éditeur) rencontre une très bonne réception critique et commerciale : il figure notamment dans la sélection des prix RTL/Lire, France Culture/Télérama et L'Express. Après Quatre murs (2014), L'Autre Joseph paraîtra en janvier 2016, toujours chez Sabine Wespieser éditeur.

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Avec « La mer noire », j’ai escaladé le versant maternel de l’ascendance de Kéthévane Davrichewy et découvert une belle plume. Là, j’aborde le côté paternel.

« Joseph Djougachvili, dit Staline, surnommé Sosso, dans les premières années de sa vie, est né en Géorgie, à Gori, en 1877. Quelques années plus tard, à quelques rue de là, naissait un autre Joseph, Davrichachvili, ou Davrichewy. »  Ainsi débute le livre. L’autre Joseph, le second est l’arrière grand-père de l’auteur.

Kéthévane Davrichewy aurait du sang de Staline ! Comme dans beaucoup de lignées, les enfants adultérins existent. Il y a des exemples célèbres, en voici un de plus.

Oh, Zazy, qu’est-ce que tu racontes ?? Mais si, Sosso et Joseph seraient demi-frères par la grâce du père, pas le tout-puissant, mais, le père de Joseph.

Les deux Joseph se ressemblent et cela jase dans le village. Madame Davrichachvili s’arrange pour ne jamais être présente lorsque a mère de Staline est présente.

Luttes, jalousie jalonnent la vie des deux garçons. Ils furent pilleurs de banque, révolutionnaires et… Sosso devient Staline. L’autre Joseph abandonne femme et enfant en Géorgie et s’exile en France où il devient « pionnier de l'aviation, engagé pour la France en 1914, agent secret, ami ou amant de Marthe Richard ».

Le père, préfet de Gori, semble avoir plus d’inclination pour l’aîné, le futur Staline et l’impression que Joseph est toujours dans la recherche de la reconnaissance et de l’amour paternel

Imaginez la scène : vous rencontrez Staline et vous lui dites : Bonjour Sosso ! Comment le prendrait-il ??

Kéthévane Davrichewy a enquêté pour trouver des traces de ce chaînon manquant, elle en parle dans quelques apartés au cœur de l’histoire qu’elle a inventée, à partir de faits avérés. Elle nous fait traverser les débuts de la révolution géorgienne, le soulèvement, la naissance de Staline. A partir de ses recherches familiales, l’auteur a imaginé la vie de cet aïeul. Un homme qui a connu mille aventures, auteur de  « Ah ! Ce qu'on rigolait bien avec mon copain Staline ».

Un livre plus âpre, moins dans l’émotion que « La mer noire ». Une belle tranche d’histoire que l’auteur narre avec son talent et son écriture fine.

 

 

 

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Patrick Da Silva - Au cirque

12 Janvier 2017, 18:32pm

Publié par zazy

Au cirque

Patrick Da Silva

Editions Le Tripode

128 pages
avril 2017

ISBN :9782370551221
 

4ème de couverture :

Écrit comme une enquête policière, Au Cirque met en scène six personnages pris dans le tourbillon d’une tragédie familiale. Une langue crue, tout à la fois burlesque et terrifiante, nous plonge dans un monde où pèsent le passé et les secrets. En quatorze chapitres, quatorze stations, le roman s’achemine vers l’élucidation du drame, et son effroyable banalité.

Présentation atypique pour ce livre. Une couverture pailleuse et des pages intérieures qui dépassent et non coupées comme les livres pour adultes de mon enfance. Vous savez, il fallait prendre le coupe-papier. C’était déjà un plaisir.

L’auteur :

Né à Clermont-Ferrand en 1956, Patrick Da Silva a exercé divers métiers : assistant social, éducateur, boulanger, enseignant. Il est actuellement documentaliste. Patrick Da Silva a publié plusieurs ouvrages dont Jeanne

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Une banale affaire criminelle, un double meurtre dans un manoir délabré du Forez.  Ils sont quatre enfants, deux garçons et deux filles dont la dernière, le bredine. Ah que ce mot résonne à mes oreilles bourbonnaises ! Dans le langage courant, on dit berdine. René Fallet,  originaire du Bourbonnais l’employait.

Revenons à notre livre.

C’est la petite dernière qui découvre les deux corps nus dans la grange,  le père émasculé, yeux arrachés, langue coupée... Elle est restée avec eux à la ferme, même après le retour du père (supposé ?). Les quatre enfants, deux garçons et deux filles, sont présents dans la maison, enquête et funérailles obligent.

Patrick Da Silva utilise l’intermédiaire d’un « bonimenteur » pour narrer l’histoire, somme toute banale, d’un parricide. Il met en scène les quatre enfants avec un jeu de rôle efficace.

J’imagine le décor, la réunion dans la bibliothèque. Je suis assise devant l’arène, je lis, j’écoute le maître de cérémonie mettre en scène l’intervention des descendants. Tout est joué dans ce drame, cette tragédie. Le fils joue la mère, la fille le premier fils… tout est faux ou alors, ils racontent leurs ressentis, les silences de la mère ou ses réponses évasives, la peur, l’absence, la jalousie, l’isolement… De tous ces mensonges, il ressort la vérité brutale et un peu de celle des personnages,

Chaque chapitre, comme dans les séries, a un récapitulatif, comme un résumé des épisodes précédents ou histoire de canaliser pour mieux  exploser plus loin.

« Allons !

Ce que nous savons.

Ils étaient nus –le père, la mère- quand elle les a trouvés. Trop peu de sang sur les vêtements du père : il ne les portait pas au moment duc carnage.

Le sang du père sur les vêtements de la mère ! Mais juste des traces, sur le haut et le bas de la robe, la culotte, les manches du chemisier, les bordures, là où l’on tire pour enfiler. Et partout sur les deux, entre le linge et la peau, des brindilles de fois.

Ils étaient nus. C’est elle qui les a habillés. ».

Lu sur la quatrième de couverture : « En quatorze chapitres, quatorze stations ». Cela amène automatiquement une relation avec le chemin de croix que l’on trouve dans toutes nos églises et cathédrales. Pourtant, s’il y a des mises au tombeau, il n’y aura aucune résurrection ou pas celle à laquelle l’on pourrait penser. Je relie cela au  petit mot de l’auteur « Si je lis c’est d’abord que ‘ai entendu lire ; et ce n’était pas e soir dans mon lit, ni  l’école, des histoires pour enfants… non, c’était le dimanche et c’était à la messe. »

Le livre est, en lui-même, un objet original. Le contenu l’est également. Patrick Da Silva m’avait déjà séduite avec un livre précédent Jeanne. Sa plume poétique, sa verve me plaisent

Un auteur original, poétique comme je les aime.

 

 

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Lydia Bonnaventure - Frénégonde - Quand la fratrie s'emmêle

3 Janvier 2017, 17:02pm

Publié par zazy

Frénégonde

Quand la fratrie s’en mêle  

Lydia Bonnaventure

Editions Mon petit éditeur

166 pages

ISBN : 9782342054651

4ème de couverture :

Février 1135. Alzey, petit bourg du palatinat du Rhin, se réveille tranquillement. Frénégonde, la dame apothicaire, ouvre son échoppe comme tous les matins. Mais celui-ci n'est pas comme les autres. Tout commence par une visite impromptue, puis un vol, une agression... pour finir par un assassinat. Impliquée dans toute cette affaire contre son gré, Frénégonde va devoir mener l'enquête auprès de Thibald, l'officier. Mais le caractère bien trempé de cette dernière n'est pas toujours compatible avec celui-ci... Qu'importe, elle va avancer tête baissée dans cette histoire qui va l'amener à découvrir de mystérieux secrets de famille, à commencer par son lien avec Hildegarde...

L’auteur :

Lydia Bonnaventure est diplômée de l'Université de Perpignan en lettres modernes. Elle est aujourd'hui formatrice de français et d'histoire en Seine-Saint-Denis.

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Lydia Bonnaventure, ce petit bouquin que tu qualifies de « sans prétention » -Oui, je la tutoie car je suis abonnée à son blogue où elle parle si bien des livres qu’elle a lus.

Je disais donc que ce bouquin n’est pas sans prétention. Frénégonde m’a bien fait rire. Je la voyais courir, toute massive, empêtrée dans ses jupons !! Il y a un peu d’Agatha en elle. Historiquement parlant ce devrait être le contraire… Mais je n’imagine pas la massive Frénégonde entrer dans le corps d’Agatha Raisin de M.C. Beaton

Comme c’est un polar, je ne dévoile rien, la quatrième de couv’ devra vous suffire.

Frénégonde se retrouve veuve avec un enfant en bas âge. Pour continuer de faire prospérer l’herboristerie qu’elle tenait avec son défunt mari, elle passe les différentes étapes pour être … gérante de la boutique. Son aide masculin devient l’apothicaire attitré « Mais aux yeux de tous les habitants d’Alzey, Frénégonde était la Dame Apothicaire. S’en suit une ribambelle d’aventures désopilantes concomitantes à l’arrivée de Dame Anna de Rüdesheim qui conduit tout le monde au monastère qui à cheval, qui sur une mule. La fratrie s'emmêle, s'en mêle pour mieux démêler l'intrigue.

A partir des ruines majestueuses du monastère tu as fait de la belle ouvrage, j’ai pris beaucoup de plaisir et ri, à la lecture des aventures de Frénégonde.

Non, ce n’est pas du copinage. D’une part, j’ai acheté ce livre et, d’autre part, je ne pense pas que ce soit mon genre de lécher les bottes (cela m’a valu quelques ennuis dans ma vie professionnelle !). Si le livre ne m’avait pas plus, je l’aurais dit, ou rien écrit dessus.

Un petit bémol, tu ne parles pas assez de la vie des moniales, mais Frénégonde est si imposante !

Lydia Bonnaventure, historienne, auteur de « La maladie et la foi au Moyen-âge » a su trouver une plume  vive, alerte avec des dialogues truculents pour son premier roman historico-policier. Pourquoi bouder son plaisir lorsque l’on est au fond de son lit avec la grippe ?

Il est des romans sans prétention à mille coudées au-dessus d’un roman prétentieux.

Pour Noël, heureuse coïncidence, m’a fille m’a offert « Secrets et remèdes d’Hildegarde de Bingen » où son vin au persil me fait de l’œil.

 

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Emmanuel Moses - Le Compagnon des chacals

4 Décembre 2016, 19:59pm

Publié par zazy

Le compagnon des chacals

Emmanuel Moses

Editions Galaade

Avril 2016-12-04

240 pages

ISBN : 978-2-35176-418-3

 

4ème de couverture :

« Elle eut beau chercher au plus profond des choses éboulées en elle, elle ne trouva pas de réponse satisfaisante à cette coïncidence, à cette association entre le péril et l’amour. »

Une nuit de Noël, un commissaire fatigué attend la relève pour rejoindre des invités qui lui font miroiter une promotion, quand un homme débarque et confesse un crime terrible. Une femme rejoint à l’autre bout du monde son amant, de Mexico à Istanbul, de l’Éden à la fuite. Ce matin-là, l’usine est fermée, Philippe est soudain libre. Ulysse à rebours, qui quitterait Ithaque pour explorer le monde, loin d’une Pénélope qui ne l’aime plus, il pédale à l’aventure. Gébé n’arrive plus à oublier. Il boit et ressasse. Avec Job, un vieil ami, et Lucile, qui traîne la petite fille en elle partout où elle va, chacun s’agrippe à l’autre pour éviter le naufrage. Mathilde, elle, choisit la haute mer.

Fictions policières ou d'espionnage, conte impressionniste d’un vieil homme en fuite qui, grâce au vol d’un oiseau perdu, rencontre son enfance, jeune femme répondant au chant des sirènes… Dans des époques et des lieux propices à la perte de repères, on prend chaque fois conscience, derrière le réel, de l’au-delà.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Poète, traducteur et écrivain, Emmanuel Moses est né à Casablanca en 1959. Il a passé son enfance à Paris avant de rejoindre Jérusalem en 1969. Depuis 1986, il vit et travaille à Paris.

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Sur la couverture, il n’est pas marqué roman, mais fictions au pluriel.

La première histoire m’embarque. Je suis ce commissaire, bloqué sur son lieu de travail alors que tout le monde l’attend chez-lui pour le réveillon et qui ne semble pas réagir lors du témoignage, pour le moins sidérant, d’un homme. Est-ce là la différence entre nouvelle et fiction car la chute est pour moi, molle comme Arden « Il prenait du ventre et mollissait ».

Par contre, j’ai vraiment beaucoup apprécié « Philippe, ouvrier et paysan ». Philippe n’a pas été averti que son usine est fermée pour la journée. Il décide de ne pas rentrer à la maison de suite, enfourche  son vélo, pousse jusqu’à la ville puis sur une route où il fait des rencontres hors temps si agréables. Un vrai moment plein de poésie.

La troisième fiction m’a profondément ennuyée. Ces mecs passent leur temps au fond d’un canapé avec des bouteilles d’alcool et des cigarettes à parler futilités ou alors, je n’ai rien compris !!

J’en ai eu marre de la fumée, du gin, de la vacuité de leurs existences et je suis partie au grand air.

C’est une lecture en demi-teinte où, pour moi, alterne du beau et du nettement moins intéressant. Il y a-t-il une corrélation entre les textes qui, à première vue, semblent disparates ? je n’en sais rien. L’écriture me plait, elle sait être poétique,  

J’ai lu ce livre grâce à l’opération Voie des indés de LIbfly. Je remercie les éditions Galaade, que je découvre, d’y participer.

 

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