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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #editions serge safran

KIM Yeonsu - Tu m'aimes donc, Sonyong

22 Mai 2017, 17:01pm

Publié par zazy

Tu m’aimes donc, Sonyong

KIM Yeonsu

Traduction de Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet

Editions Serge Safran

208 pages

Avril 2017

ISBN : 979-10-90175-66-2

 

4ème de couverture :

Gwangsu se marie. Il épouse Sonyong qu’il aime éperdument depuis le premier jour de leur rencontre, treize ans plus tôt. Mais le jour de leur mariage, au moment où Sonyong lance son bouquet d’orchidées à Jinu, son meilleur ami, Gwangsu constate que l’une des tiges est brisée.
L’image l’obsède, le hante, il l’interprète comme un signe, symbole douloureux de son échec marital. Confronté à l’attitude étrange de Jinu, romancier verbeux aux allures de philosophe et fin séducteur, qui fut par le passé l’ami de Sonyong, les inquiétudes de Gwangsu augmentent.
Pris de doutes et mû par la colère, il s’interroge : Sonyong, qu’il aime si fort et depuis si longtemps, l’aime-t-elle véritablement ?
Avec subtilité et humour Kim Yeonsu décortique l’amour, dans ce nouveau roman profondément lyrique, proposant une réflexion sur les sentiments, les doutes, la jalousie, leurs origines et leurs mystères…

L’auteur (site de l’éditeur) :

Kim Yeonsu est né en 1970 à Gimcheon en Corée du Sud, dans la province de Gyeongsangbuk-do. Il est diplômé en langue anglaise à l’université Sungkyunkwan. Après ses études, il est employé dans un bureau le jour et travaille la nuit en tant que traducteur. C’est durant son temps libre qu’il commence à écrire. À partir de 1997, il travaille en tant que reporter pour divers magazines. Il a déjà publié deux romans en France, Je suis un écrivain fantôme (Imago, 2013) et Si le rôle de mer est de faire des vagues… (P. Picquier, 2015).

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« Tout a commencé, pensait Gwangsu, à cause d’une orchidée phalaenopsis. »

Revenons quatre mois en arrière. Gwangsu épouse celle qu’il aime depuis les bancs du lycée, Sonyong. Bouquet classique avec orchidées, lancement du bouquet en direction d’une demoiselle d’honneur. C’est à ce moment que le jeune marié s’aperçoit qu’une fleur est cassée et qu’elle tourne la tête vers Jinu… Mauvais présage ? C’est ce qu’il pense. La jalousie va creuser son sillon.

Le jour du mariage, juste avant que, conformément à la tradition, Sonyong lance le bouquet à sa demoiselle d’honneur, Gwangsu remarque  que la tige d’une orchidée est cassée. Là, patatras,

« Gwangsu s’était mis dans la tête que quelque chose ne tournait pas rond dans a cérémonie de ce mariage ».

Mauvais présage ? Plus le jeune marié tourne cette image dans sa tête, plus cela lui semble devenir catastrophique.

Au fait, parlons de Jinu. C’est le meilleur ami de Gwangsu, romancier, sûr de sa prestance, butinant de fille en fille, de femme en femme sans s’attacher. Il fut, d’ailleurs, le petit ami de la jeune mariée.

La jalousie, le doute s’immiscent dans l’esprit du jeune marié. Sonyong ne serait-elle pas encore éprise de Jinu ? Tout au long du livre KIM Yeonsu dissèque ce sentiment de jalousie, d’autant que Jinu semble vouloir s’attacher à Sonyong qui lui échappe de par son mariage avec son meilleur ami. Leur amitié résistera-t-elle à cette tornade de jalousie. Gwangsu saura t-il répondre à cette affirmation

« Dire je t’aime, cela signifie qu’on a compris qui on est. Cela veut dire qu’avant d’aimer l’autre, on s’aime d’abord soi-même ».

Pas certaine d’être entièrement d’accord avec cela. Peut-être l’amour nous conduit-il à ce connaître et s’aimer soi-même.

L’amour, la jalousie, des sujets éternels  que l’auteur dissèque au scalpel sans épargner personne, avec quelques pointes de sel d’humour caustique et un brin de sucre de poésie  (asiatique ?).

Un livre qui ne se lit pas d’une traite, que j’ai pris plaisir à déguster. J’y ai trouvé presque la continuité de la vie d’homme entamée avec « L’étoile du chien qui attend sont repas », une société coréenne qui hésite entre la vie communautaire (et non en communauté) et la primauté du je.

« Ce qu’il faut accuser, c’est l’amour avec un grand A, celui que les gens de la génération de Jinu ont porté à leur patrie, amour d’ailleurs toujours vivace. »

Fi des couvertures orange des Editions Serge Safran. Pourquoi ? C’est une question que j’ai posée à Serge Safran. Voici sa réponse

« En fait pour les couvertures il s’agit d’une évolution de la charte graphique suite aux réactions (surtout) des libraires.
On peut penser avec eux que les livres se vendent mieux avec une couverture a priori plus attractive.
Cela se discute car c’est le contenu qui prime, bien entendu, mais ce sont eux qui vendent et savent que la majorité des gens achètent d’abord d’après la couverture. »

Vous avez raison, c’est le contenu qui prime et les nouvelles couvertures ont ce brin d’élégance qui me sied.

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Elisabeth Jacquet - Mon mari et moi

28 Mars 2017, 13:17pm

Publié par zazy

Mon mari et moi

Elisabeth Jacquet

Editions Serge Safran

mars 2017

144 pages

ISBN : 979-10-90175-65-5

 

4ème de couverture :

Il y a un homme et une femme. Puis il y a une femme et un mari. « Un jour un homme est devenu mon mari » dit-elle. Mais au fait qu’est-ce qu’un mari ?
Avec humour, sérieux, tendresse ou gravité, Élisabeth Jacquet explore le concept de mari, éternel ou pas, le considère, l’interroge, s’en étonne, cherche des éclaircissements.
Essai sentimental sous forme de précis conjugal, Mon mari et moi conte ce qui se joue au cœur de notre intimité quand nous la partageons avec quelqu’un d’autre.
Après le mariage pour tous, voici un petit livre pour tous sur le mariage.

L’auteur (site de l’éditeur)

Élisabeth Jacquet travaille différentes formes de narration. Chacun de ses livres possède, en fonction du sujet traité, sa forme singulière. Certains de ses textes, dont Mon mari et moi sont adaptés en fictions radiophoniques.

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La couverture orange traditionnelle a fait place à une couverture noire très élégante. J’aime beaucoup les sous-titres qui sont souvent très explicites. Il en va ainsi de ce livre « Petite exploration de la vie conjugale ». Tout un programme.

Oui, une fois marié, un couple devient une entité, mari et femme. On ne dit plus époux-épouse. Ce sont mes parents qui disaient cela.

« Tous les objets usuels ou de décoration, du plus grand au plus petit, sont devenus ni à moi, ni à lui : à nous. ».

Beaucoup de choses passent par le nous, par le besoin du regard de l’autre.

« En revanche seul(e) face à une nouveauté, plongé(e) dans un ravissement ou la sensation d’une découverte, notre émotion légèrement se fissure, aussitôt s’y profile la dimension manquante de l’absent(e) »

L’autre dont on ne sait pas tout et dont on ne saura jamais tout

« Non seulement mon mari ne l’a pas toujours été, mais l’étant il n’a en plus jamais cessé d’être en majorité Autre Chose. »

En fait, qu’est-ce que le mariage, que représente t-il ?

« Le mariage est-il un but en soi ?
Une fin ou un commencement ?
Cela dépend-il des gens ?

Oui, pourquoi nous sommes-nous mariés ? Bien sûr, le PACS n’existait pas. Qu’est-ce qui fait qu’un mariage dure ? Pourquoi cela fonctionne ? Pourquoi lui, pourquoi elle ?

Qu’imaginions-nous mon mari et moi en nous mariant ?
Nous nous imaginions à la fois semblables et très différents, les mêmes mais autrement, puisqu’il était impossible de prévoir l’ensemble et la nature des évènements qui prendraient place au cours de notre vie commune »

« Avec qui d’autre aussi longtemps partager les sanitaires, bruits odeurs et rituels de nos corps sans cesse à proximité ? »

Les disputes, les réconciliations, l’usure du quotidien, l’amour profond, la confiance, les enfants, bref tout ce qui fait le sel et le poivre d’une vie de couple.

Tout au long de ce recueil d’aphorismes, je me regarde, pardon, je nous regarde, mon mari et moi, dans le miroir des mots, des phrases d’Elisabeth Jacquet.

 

Théorème mathématique à méditer

"Ainsi sommes-nous chacun la somme de ce que nous sommes l'un avec, pour, contre, indépendamment mais jamais vraiment sans l'autre."

Une petite exploration conjugale lue d’une traite, dont j’apprécie, maintenant, de picorer ça et là quelques phrases.

Un ravissement charmant, mutin, sérieux, fin, Elisabeth Jacquet joue avec les mots pour mon plus grand plaisir tout en s’interrogeant, et m’interrogeant de ce fait, sur cette union

« Finalement où, dans quel monde, selon quels plans et pour combien de temps mon mari et moi sonnes-nous mariés ?

Une ode drôle, fine, un brin décalée au mariage

Serge Safran, à travers les auteurs qu’il publie, nous permet de belles découvertes

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Ludovic Roubaudi - Camille et Merveille

27 Février 2017, 21:01pm

Publié par zazy

Camille et Merveille

Ludovic Roubaudi

Editions Serge Safran

août 2016

270 pages

ISBN : 979-10-90175-52-5

 

4ème de couverture :

Quand il ne vend pas des couteaux à huître sur des foires, et qu’il ne discute pas avec Nadège, la vendeuse d’égouttoirs, Camille cherche à réconcilier ses deux voisins qui se haïssent : Mme Fillolit, vieille dame acariâtre, d’origine espagnole, et Dlahba, le maçon slave et bougon.
Lorsqu’il rencontre Merveille devant leur porte, son cœur chavire, sa vie bascule. Qui est vraiment cette jeune femme ? Un épais mystère l’entoure. Camille et Nadège enquêtent. Les voilà soudain accusés des pires crimes et menacés. Le mystère sera-t-il levé ? Les secrets de famille déterrés ?
De foire en foire, de Lille à Arles ou Montpellier en passant par la Bretagne, Camille et Nadège tentent d’en savoir plus sur la très troublante et très énigmatique Merveille. S’instaure alors un climat digne d’un sombre thriller que vient percer la lumière d’un amour absolu.

L’auteur (site de l’éditeur)

Ludovic Roubaudi, né en 1963 à Paris, directeur d’une agence de création de contenus, est l’auteur de plusieurs romans publiés au Dilettante : Les Baltringues, Le 18, Les chiens écrasés, Le pourboire du Christ et aux éditions Timée : Carotide Blues, Diablo Corp

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Oh que ce livre est une brise légère et agréable !

Camille est bonimenteur, pardon, vendeur-démonstrateur dans les foires. Il vend des couteaux à huitres révolutionnaires avec sa pote Nadège qui, elle, propose des égouttoirs-éponge. Sa petite entreprise, bon an mal an fonctionne. Il vit dans un local à vélos  loué par  Dlahba, maçon slave. Camille s’occupe de Mme Fillolit, impotente, vieille mégère pas apprivoisée Dlahba et Mme Fillolit se vouent une haine sonore.

Camille était chez la mégère lorsque

« J’ai ouvert la porte brutalement et suis tombée sur elle.
Une femme
J’ai lâché un « oh » d’étonnement devant sa présence et elle a levé la main de surprise.
Je ne savais pas si je devais sortir ou la laisser passer.
Elle non plus.
On a ondulé comme ça, d’avant, d’arrière, de côté, puis elle s’est écartée.
Elle a souri je crois et dit… Je ne sais plus mais n’oublierai jamais.
Comme un souffle aspiré par ma bouche, sa voix m’était entrée en pleine poitrine. »

Coup de foudre, coup de poing dans le plexus, l’amour vient de le statufier.

Camille la retrouvera, cette fois devant chez Dlahba. Ils se revoient, tombent en amour tous les deux. Une merveille de la vie, ça tombe bien puisqu’elle s’appelle Merveille.

Comme tous les amoureux, ils se regardent, se font des promesses ; ils vont même jusqu’à se promettre de ne rien se cacher, qu’ils n’auront aucun secret l’un pour l’autre. Quelle imprudence !

Lorsque Merveille lui apprend que Dlahba et Mme Fillolit sont ses parents, Camille veut comprendre et cherche le pourquoi de la séparation du trio. Mais comment lui dire puisqu’ils ne devraient rien se cacher ?

Camille va enfreindre cette loi, écouter ce que disent les parents et… la petite voix de la calomnie fait son chemin. La maison qui abrite leur amour se fissure. Pourront-ils sauver leur amour ? Sauront-ils faire les petits pas pour aller l’un vers l’autre, comprendre la démarche de l’autre ? Il faudra attendre la toute fin du livre pour connaître la vérité.

Le roman qui débute comme une conte de fée, une très belle histoire d’amour tout en pureté se transforme, avec les soupçons en une quête, une enquête sur l’Amoureuse. La fidèle Nadège l’aide, surtout depuis qu’ils ont été convoqués par la police pour des soupçons de fraude, alors que la veille au soir, Camille en avait discuté avec… Merveille

L’écriture est vive, sans faux trémolos. Il y a de l’amour dans les mots de Ludovic Roubaudi, il y a beaucoup d’humour aussi, comme l’histoire de l’hymne anglais, « God save the queen » ou la ronde du billet de cent euros. Dans la seconde partie, le suspens est bien mené.

Ludovic Roubaudi trousse une histoire où la calomnie, les secrets familiaux, l’amitié, le pardon, que je n’ai pu, pas eu envie de lâcher. Dire que ce livre reposait sur mon étagère depuis sa sortie ou presque.

 

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Jean-Philippe Domecq - Deuxième chambre du monde

9 Février 2017, 21:22pm

Publié par zazy

Deuxième chambre du monde

Jean-Philippe Domecq

Editions Serge Safran

Février 2017

144 pages

ISBN : 979-10-90175-61-7

 

4ème de couverture :

Un homme seul chez lui observe : la rue, les toits, tout ce qui s’offre à sa vue. Il se voit vivre, aussi. Au point que plus rien n’est ordinaire dans sa vie pourtant bien banale.
Un soir, à force de guetter, il aperçoit le reflet d’une fenêtre qui s’allume au-dessus de chez lui. Une femme ? Cette présence silencieuse va progressivement le hanter. Cela débouche sur un très long couloir qui le conduit au bout du monde – mais quel monde ? Car l’homme abandonne tout : santé, travail, amour, en captant la proie pour l’ombre.
Dans Deuxième chambre du monde, Jean-Philippe Domecq nous engage dans une expérience littéraire et métaphysique où jubilation d’écriture et redoutable humour s’associent pour une étrange et fondamentale interrogation sur la condition humaine.

L’auteur (site de l’éditeur) :

D’abord connu pour son Robespierre, derniers temps (1984), Jean-Philippe Domecq a été membre du comité de rédaction de la revue Esprit et rédacteur de Quai Voltaire, revue littéraire. Il a reçu le prix du Pen Club français pour Qui a peur de la littérature ? Mais il est avant tout romancier, auteur de deux cycles romanesques, « le Cycle des ruses de la vie », et « La Vis et le Sablier » dans lequel il explore un nouveau genre romanesque, la Métaphysique Fiction.

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Les chapitres commencent par (Un jour, comme ça ou (une nuit encre ou la même) pour fixer le récit dans un espace non daté, juste pour me tenir dans sa réalité.

Le narrateur est un homme lambda dont la vie est rythmée par le très célèbre métro-boulot-dodo avec, parfois une partie de jambes en l’air avec son amie. Il ne semble avoir aucune passion, il est transparent. Lorsqu’il est en compagnie, il s’évade au plafond et regarde ses congénères en direct du plafonnier, « Je vous aime beaucoup, d’ici » bref, il se désincarne. s'échappe « C’est une panique, la vie, voilà.»

Cet homme pas bavard parle dans sa tête, se parle ; un soliloque muet et je lis sa voix intérieure. Comme il dit « on est si bien, au bord du monde. » Il a des postures « philosophiques ».  

Une vie bien monotone jusqu’au jour où il voit se reflétant sur le mur d’en face, une silhouette féminine se détachant de la lumière d’une lucarne… Il a une voisine. Depuis, il attend le soir, reste couché pour écouter le bruit furtif des pas de sa voisine. Il fait de sa propre chambre, la chambre d’écho de la sienne.

Le narrateur rentre de plus en plus en lui-même. Son imagination, sa fiction deviennent sa réalité. Il entre dans sa seconde chambre, celle de son esprit.

L’écriture n’est pas linéaire, il prend un mot, une phrase, il retourne dans un sens, dans un autre, laisse une phrase en suspens. Le texte est aussi décalé que son personnage

« Il y a ce qui se dit sous ce qui se dit, l y a ce qui se dit sous ce qui ne se dit pas, et ce qui ne se dit pas sous ce qui ne se dit pas alors là ! … La plongée ! »

Ce live est une plongée dans la chambre intime du personnage « Ici est le centre de la ville », centre de ses pensées, centre de sa vie.

La faim amène à la fin, que Jean-Philippe Domecq rassasie par ses mots, ses phrases, ses questionnements.

Un livre qui sort des sentiers battus. Une découverte originale, surprenante, que j’ai aimée.

Quand je vous dis que Serge Safran sait dénicher les talents.

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Hafez Khiyavi - Je puais le sang d'âne

9 Novembre 2016, 10:56am

Publié par zazy

Je puais le sang d’âne

Hafez Khiyavi

Traduit du persan (Iran) par Stéphane A. Dudoignon

Editions Serge Safran

Octobre 2016

192 pages

ISBN : 9791090175594

 

4ème de couverture :

Un jeune homme doit tuer un âne pour gagner la main de la fille qu’il aime. L’épreuve tourne mal. Couvert du sang de l’âne, il se cache dans la grange du père, où il attend la fille. Quand survient le père, le jeune homme s’enfuit, en oubliant son portable sur place. Un enfant est surpris en train de tuer un chat, tandis qu’un autre s’interroge en découvrant le désir sexuel et la honte devant Dieu…
Portraits d’enfants ou de jeunes adultes dominent ces récits révélant les contraintes religieuses et un regard désabusé ou amusé sur les travers de la société iranienne.
Je puais le sang d’âne alterne naïveté enfantine, violence familiale, doux cynisme et scènes parfois cruelles.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Hafez Khiyavi est né en 1973 dans la région d’Azerbaïdjan oriental, au nord-ouest de l’Iran. Je puais le sang d’âne est le deuxième recueil de nouvelles de l’auteur, après Une cerise pour couper le jeûne, publié en France chez Serge Safran éditeur.

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Je me suis plu dans Le chameau ivre d’Alma Rivière, alors j’ai voulu rencontrer l’Iran de Hafez Khiyavi où j'y  retrouve certains thèmes reviennent.

En treize histoires courtes, Hafez Khiyavi me transporte dans l’Iran actuel. Ces nouvelles racontent la vie d’homme et de femmes, pas héros pour un sou, qui se débattent entre  modernité et tradition

La première nouvelle fait référence à son précédent livre « Une cerise pour couper le jeûne » (que j’aimerais découvrir) où une jeune fille vient retrouver, sans être voilée et à vélo, son amoureux qui se cache de la police

Les personnages sont humains, très humains avec leurs faiblesse, rouerie, bassesse, courage, humour, violence. Ils sont coincés entre la tradition et la modernité, regrette l’occidentalisation tout en la rejetant, la religion «Sa culotte, à Sheylan, c’est Satan qui la lui enlève » ; ce jeune garçon s’interroge sur ce que voit et ne voit pas Dieu. « Ma mère, elle dit que Tu es partout » «Rêver que Sheylan est là aussi. Non, Seigneur ! Non ! Ça tu ne l’as pas entendu. Je parle juste pour moi. Ma mère, elle dit que même quand on parle à l’intérieur de nous, Dieu, Il l’entend. Ce n’est pas bien, Dieu ! Ce serait mieux quand même si Tu n’entendais pas ce que les gens ils se disent à eux-mêmes. En tout cas pas tout. » Les mâles ne sont pas des surhommes et, quelque fois leur couardise fait rire.

Chaque nouvelle brosse une facette de l’Iran d’aujourd’hui dont l’auteur en brocarde l’hypocrisie. J »ai rencontré l’armée  « Des pêches », l’entraide « Ibrahim », l’amour « Je puais le sang de l’âne ». « L’âme de M’sieur Mansour » oscille  entre légèreté et gravité.

Des histoires à raconter écrites aux petits oignons, bien traduites par Stéphane Dudoignon. Certaines sont jubilatoires, d’autres ironiques, tendres, violentes. Hafez Khiyavi montre beaucoup de tendresse pour ses personnages

« Je puais le sang d’âne »  ouvre une fenêtre sur l’Iran moderne et Hafez Khiyavi, un auteur à découvrir.

Une fois de plus, les Editions Safran ont fait mouche.

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Olivia Resenterra - Le garçon

1 Septembre 2016, 20:34pm

Publié par zazy

 

Le garçon

Olivia Resenterra

Editions Serge Safran

144 pages

Août 2016

ISBN : 9791090175549

 

4ème de couverture :

Dans un village de province, une mère âgée et sa fille vivent sous le même toit. Leurs journées sont rythmées par les commérages, remontrances réciproques et rendez-vous chez le médecin.
Un jour, les deux femmes croisent un jeune garçon sur le stand de tir d’une fête foraine. La mère adopte alors un comportement étrange.
Mise à l’écart, la fille tente d’en savoir plus sur ce mystérieux garçon. Son enquête la mène à un campement gitan installé à l’entrée du village…

L’auteur (site de l’éditeur)

Olivia Resenterra est née à Rochefort-sur-mer en 1978. Elle a étudié la philosophie à Poitiers, Salamanque, et à la Sorbonne. Elle est l’auteur d’un essai, Des femmes admirables, publié aux éditions PUF en 2012.

Le Garçon, scènes de la vie provinciale, est son premier roman.

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Cet après-midi, ma mère a fait une chute. C’est la deuxième fois depuis le début du mois. » C’est par cette phrase anodine que j’entre dans la maison où cohabitent la mère et la fille. La maison ? Située dans un petit village où les commérages vont bon train. « On dit que le père Bavin se tripote quand ses filles invitent des copines à la maison. Une petite voisine affirme l’avoir vu se secouer sa bite devant la grande baie vitrée du salon. Elle a précisé : comme si elle lui faisait mal. » On sent la mainmise de la mère, genre tatie Danielle, sur sa fille qui est totalement dépendante financièrement d’elle. Aucun amour dans cette relation, mais pas de haine non plus. Cette cohabitation va cahin-caha comme leurs démarches « Plusieurs fois par semaine, elle chausse ses godillots, attrape sa canne de la main gauche, mon bras de la mais droite et nous voilà parties toutes les deux sur la route du village, cahin-caha. » jusqu’à ce que le Garçon fasse son apparition.  Oui, le Garçon rencontré sur la fête foraine au stand de tir. Une véritable énigme dont l’auteur ne dit presque rien, mais qui emplit la vie des deux femmes, qui attise une haine qui sourd de tous leurs mots jusqu’au dénouement final, imprévu mais… quelques indices…

Olivia Resenterra explique, ne prend pari pour personne, raconte leurs vies monotones. Les dialogues entre les deux femmes, l’air de rien, sont assez cruels « Vous savez, les idées, c’est moi. Ma fille, elle, elle exécute. » et font bien ressentir l’ascendant de la mère et l’animosité croissante entre les deux femmes J’ai été happée par ce livre lu d’une seule traite.

Un très bon premier roman

 

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Stéphane Héaume - L'insolite évasion de Sebastian Wimer

20 Août 2016, 21:19pm

Publié par zazy

 

L’insolite évasion de Sebastian Wimer

Stéphane Héaume

Editions Serge Safran

268 pages

Août 2016

ISBN : 979-10-90175-53-2

 

4ème de couverture :

Carlotta-Pietra, ville fortifiée aux allures vénitiennes, vit ses derniers instants de liberté. Il ne reste que quelques jours avant que les portes de la cité ne se referment définitivement.
Sebastian, styliste de mode et son associé Dimitri, entreprennent de s’enfuir avant qu’il ne soit trop tard. Mais un soir, sur le chemin qui le mène à sa Villa des Mouettes Noires, Sebastian porte secours à une femme brutalisée, laissée inerte le long du canal. Troublé, il croit reconnaître Agathe, sa défunte épouse, même si ses papiers d’identité affirment le contraire.
Une chose est sûre, l’état de santé de la jeune femme l’oblige à retarder son projet initial. Aidé du jeune Leos, son aide de camp, et de ses proches amis, il échafaude un plan d’évasion insensé, puisant dans l’histoire de la cité et défiant le pouvoir en place.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Stéphane Héaume, né à Paris le 27 mars 1971, est l’auteur de plusieurs romans comme Le Clos Lothar (Prix du jury Jean-Giono 2002) ou Sheridan Square (Prix de la Ville de Deauville 2012). Il écrit également des essais, des nouvelles et des textes pour le théâtre lyrique.

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Stéphane Héaume déroule une tragédie antique, unité de lieu, d’action et de temps. Cela pourrait être n’importe où, n’importe quand.

Carlotta-Pietra ville fortifiée en bordure de mer est sous le joug d’un tyran qui ne veut rien d’autre que de fermer la ville et la mettre à sa botte. « Les portes de la ville fermeraient dans sept jours. » Certains arrivent à s’enfuir juste avant la fermeture physique des portes, d’autres y laisseront la vie, les autres restent.

C’est dans cet état de tension que Sebastian styliste de mode de renommée mondiale et son associé Dimitri décident de partir.

Le plan est rôdé, mais un caillou va se glisser dans les rouages. Sebastian sauve une femme d’une baston. Hagard, il découvre que c’est le sosie parfait de sa femme, tuée pendant des émeutes, qu’il vient d’enterrer. Il la ramène chez lui pour la soigner et est de plus en plus certain que c’est Agathe.

Le projet initial de fruite est remis en cause Sebastian et Leos, échafaudent un nouveau plan on ne peut plus audacieux, grâce à l’historique de la ville.

Je ne dévoilerai pas plus les arcanes de l’histoire, si ce n’est que Sebastian perdra une seconde fois sa douce et belle Agathe.

Un livre que j’ai non pas dévoré, mais lu avec gourmandise, dégusté. Les mots qui me viennent en parlant de l’écriture de Stéphane Héaume sont délicatesse, musicalité. « Qu’est-ce qui cogne ? Qu’est-ce qui tape contre mes tempes ? Qu’est-ce qui bas, me bouleverse et me brise ? » Quel beau livret ! L’amour constant, l’amitié, la félonie, celle qui semble tirer quelques ficelles où, pour le moins, tout converge, le héros, les méchants... Le décor est grandiose, baroque, les personnages attachants. L’ambiance lourde laisse percer la peur. J’aime cette antinomie entre le décor et l’action.

Serge Safran, fidèle à sa ligne éditoriale, m’a offert un grand coup de cœur pour cette nouvelle rentrée littéraire. Merci à lui et à son équipe.

J’ai tellement aimé l’écriture de Stéphane Héaume que j’ai retenu « Le contemplateur » à la bibliothèque.

Je découvre la rentrée littéraire avec un gros coup de cœur.

 

 

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Jean-Luc A. d’Asciano - Cigogne

28 Juin 2016, 21:38pm

Publié par zazy

Cigogne

Jean-Luc A. d’Asciano

Editions Serge Safran

Mars 2015

184 pages

ISBN : 979-10-90175- 28-0

 

4ème de couverture :

Recueil de sept nouvelles aux liens subtils entre elles, parle de l’enfance, du poids de l’héritage, du rapport au monde et des manières de fuir la violence et la bêtise des humains.

Adolescente en rébellion contre une cigogne, enfant chamane découvrant les animaux d’un cirque, SDF un peu fou squattant une maison en ruine, frères siamois à la voix miraculeuse ou reclus schizophrène, tous ces personnages portent en eux une vision du monde critique, drôle et désenchantée.

Évoluant dans un univers à la lisière du fantastique, ils passent des alliances avec des figures tutélaires, d’étranges bestioles à plumes, à poils ou à peau.

Un univers enchanteur, mélange de réalisme très cru et d’onirisme ouvert sur l’amour de la vie.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jean-Luc A. d’Asciano est né à Lyon, mais a grandi à Nantes. Passe un doctorat de littérature et psychanalyse. Écrit des articles sur le roman noir, l’architecture, les arts contemporains ou la cuisine. Fonde les éditions de L’Œil d’or où il publie Petite mystique de Jean Genet (2007).

Cigogne est son premier livre de fiction, premier recueil de nouvelles.

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La légende veut que les cigognes livrent des bébés. Avec ce recueil de nouvelles, Jean-Luc d’Asciano conforte la légende en nous livrant un bon livre.

Des nouvelles quelques fois dérangeantes, où l’incongru flirte avec l’étrange. Les personnages sont totalement atypiques. La base, réaliste, permet à l’imagination de l’auteur de se déployer d’une belle façon. Je laisse donc le réalisme à côté de moi

Un imaginaire foisonnant avec des frères siamois qui découvrent pas hasard leurs pouvoirs, «Nous sommes nés monstrueux et notre vie fut belle. Nous sommes nés au plein milieu d'un été admirablement chaud. Nuls signes mystérieux – pluies de crapauds, migrations de rats, passages de comètes à la ponctualité détériorée, naissances d'agnelles à six pattes ou tournée de saltimbanques – n'annoncèrent notre venue. Juste le cri de douleur de ma mère lorsqu'elle accoucha, et son silence obstiné lorsqu'elle nous vit.». des enfants avec un pouvoir mental développé, la folie douce ou pas…

J’ai aimé le SDF ultrasensible qui adore le déplacement de l’air au passage des TGV qui s’installe dans une cabane enfouie sous les ronces pour que sa chienne puisse mettre bas tranquillement. Il dépose ses objets selon un rituel bien défini et enfin « sa face s’anime, s’agite de soubresauts, de tics qui s’organisent. La grimace arrive, la grande grimace, sa préférée : tous son visage se plisse, s’illumine puis s’apaise en un immense, unique et calme sourire ».

Et puis, il y a la cigogne. Cette Klappi qui fait l’unanimité contre elle, qui suit le père partout, il n’y en plus que pour elle. « Johannes, c’est mon père. Klapperstorch, c’est une cigogne. Mais ceci n’est pas l’histoire d’amour entre mon père et Klapperstorch. C’est l’histoire de la guerre sans merci entre le reste de la famille et la cigogne. » Cela pourrait mal se terminer.

Les parents semblent un peu dépassés par leurs progénitures, le drame pourrait être là, sous-jacent, pourtant il y a de l’amour ou, pour le moins, de la tendresse. L’innocence est belle, le désespoir absent, les protagonistes font face à leurs destins. Humains et animaux vivent ensemble, compagnons des uns et des autres, amis ou ennemis, mais pas trop.

Ce livre aux frontières du surnaturel, du conte, de l’onirisme est écrit d’une belle façon. Un recueil de nouvelles très original.

Merci à Libfly pour cette belle découverte dans le cadre de la voie des indés. , une maison d’édition qui sait me séduire par l’originalité et la qualité de ses livres.

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Christophe Carlier - L'assassin à la pomme verte

23 Juin 2016, 04:28am

Publié par zazy

L’assassin à la pomme verte

Christophe Carlier

Editions Serge Safran

Août 2012

ISBN : 9791090175051

 

 

4ème de couverture :

«J'éprouvais pour Elena une tendre reconnaissance. J'avais toujours voulu tuer quelqu'un. Pour y parvenir, il me manquait simplement de l'avoir rencontrée» songe Craig, fraîchement débarqué des États-Unis comme Elena d'Italie. Tous deux se trouvent pour une semaine au Paradise : un palace, vrai monde en soi, où l'on croise parfois au bar d'étranges clients. Par exemple cet homme de Parme, mari volage et volubile, découvert assassiné au lendemain de leur arrivée. Entre Craig et Elena naît un sentiment obsédant, fait d'agacement et d'attirance, sous l'oeil impitoyable de Sébastien, le réceptionniste, auquel rien n'échappe. Ou presque.

Dans cette envoûtante et spirituelle fiction à plusieurs voix, chacun prenant à son tour la parole, chacun observant l'autre, épiant son voisin, amour et meurtre tendent à se confondre. En émule d'Agatha Christie et de Marivaux, Christophe Carlier prouve avec maestria que l'accidentel, dans le shaker du grand hôtel, a partie liée avec l'imaginaire. Et qu'un assassin peut être aussi discret que l'homme à chapeau melon de Magritte, au visage dissimulé à jamais derrière une pomme verte.

L’auteur :

Christophe Carlier, né en 1960, a publié Lettres à l'Académie française (Arènes 2010) et divers autres essais dont plusieurs consacrés aux contes et aux mythes.

L'Assassin à la pomme verte est son premier roman.

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Soyez le bienvenu au Paradise. C’est ce que pourrait dire Sébastien, lui qui, de service de nuit, accueille les clients. Sébastien voit beaucoup de chose, étudie les attitudes de son regard expérimenté. « J'affecte à leur égard la sagesse bouddhique d'un tenancier de maison close. »

Il regarde la comédie humaine qui se joue devant ses yeux entre Craig, l’américain qui enseigne la littérature française aux USA, venu en France pour une série de conférences ; Elena, l’Italienne qui travaille pour une maison de couture italienne et un italien volubile, vantard, déjà peu ou prou pris de boisson. Des liens se nouent entre Craig et Elena qui prennent l’habitude de petit-déjeuner à la même table. Tout pourrait couler vers une douce romance comme dans tant d’hôtels, mais, l’italien volubile est découvert mort, le crâne fracassé dans sa suite. Tout laisse croire à un meurtre. «L'annonce d'un crime est toujours salutaire, puisqu'elle nous rappelle à nous-mêmes que nous sommes vivants.», déclaration de Craig.

Tout au long du livre alternent les récits de Craig, Elena et Sébastien. Chacun s’épie, se raconte. L’enquête n’est pas le plus important puisque l’assassin décrit son forfait très calmement. Les réflexions des trois personnages, loin d’alourdir le récit, donne un rythme alerte au livre. Cela tient de la pièce de théâtre.

Les réparties caustiques de Craig sont le sel de ce livre au style classique, enlevé. La fin inattendue clôt un livre que j’ai pris grand plaisir à lire. Un très bon premier roman.

 

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Eliane Serdan - La ville haute

23 Mai 2016, 16:10pm

Publié par zazy

 

La ville haute

Eliane Serdan

Editions Serge Safran

avril 2016

172 pages

ISBN : 9791090175471

 

4ème de couverture :

Hiver 1956. Dans une petite ville du sud de la France, Anna, une fillette arrivée du Liban, vit ses premiers mois d’exil.

Un soir de pluie, elle se réfugie sous le porche d’une maison. Un homme est là. Pierre. Lui aussi étranger. Seul, fragilisé par la perte de son métier de relieur à la suite d’une mutilation de la main. Resurgissent pour lui les fantômes d’un passé qu’il a cherché à oublier toute sa vie. À l’âge de neuf ans, en Turquie, il a assisté à l’enlèvement d’Anouche, la fille de sa nourrice arménienne, qui a sans nul doute subi les pires outrages. Elle avait l’âge et le visage d’Anna. Cette coïncidence inattendue lui donne l’impulsion d’enquêter sur la disparition d’Anouche pour enfin apprendre la vérité.

La rencontre de ces deux êtres en exil permet à l’enfant d’échapper à la solitude et offre à l’homme la possibilité de se libérer du passé.

Un superbe roman sur l’exil et la beauté du sud en hiver, avec la neige sur les oliviers et en toile de fond, le souvenir nostalgique de la mer Noire.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Éliane Serdan est née en 1946 à Beyrouth, dans une famille installée depuis des siècles en Orient. De retour en France, elle passe son enfance à Draguignan, avant de faire des études de lettres à Aix-en-Provence et une maîtrise de cinéma à Montpellier. Aujourd’hui, Éliane Serdan vit à Castres, dans le Tarn, où elle se consacre à l’écriture.

Après La Fresque chez le même éditeur, qui a obtenu le prix Tortoni 2013, La Ville haute est son quatrième roman.

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Hiver 56, Anna est séparée de son enfance, arrachée à son Liban, le soleil, son alter ego Fabio et débarque dans une petite ville de Provence. Le père, français, se dit heureux de revenir dans son pays, pourtant, il ne sourit plus guère. Anna connait la solitude, « Les moqueries de la première année avaient cessé. Pourtant, elle sentait bien, même si on ne le lui disait plus, qu’il y avait une distance qu’elle s’était résignée à ne plus franchir ». Petit à petit, elle part à la découverte la ville haute et de ses passages secrets. Un jour, au retour de l’école, perdue, elle pénètre dans la maison d’un vieux monsieur, Pierre, dont la vie n’est plus qu’ennui et solitude. Cette rencontre fortuite va faire remonter le passé douloureux de Pierre. Ils ont beaucoup de points communs ces deux-là et ils le sentent confusément dès leur première rencontre, même si Anna a décelé dans les yeux du vieil homme la peur « Le plus étrange, dans ce regard, c’était la peur. De cela, elle était sûre. ». Par la grâce du roman, ces deux personnages vont se recroiser, se côtoyer.

Anna et Pierre partagent la perte de l’ami d’enfance, dont ils ont été séparés brutalement, Anouche pour le vieil homme et Fabio pour Anna. Pour Pierre, elle est la résurgence de sa tendre Anouche. Après cette rencontre, il ose regarder les papiers de son père et comprend ce qui s’est exactement passé alors qu’il n’était qu’un enfant.

Le passé, enfin, révélé d’Anouche montre l’horreur de ce qu’ont vécu les Arméniens (je crains de voir ressurgir cette barbarie dans un futur proche.)

Eliane Serdan parle avec des mots simples, des phrases délicates, touchantes, de l’exil, du génocide arménien de 1915. Petit à petit, elle passe d’un passé flou à l’écrasante vérité d’où jaillit l’espoir et la chaleur pour Anna, qui accepte que son exil soit définitif, et Pierre.

Les Editions Serge Safran est une maison d’édition indépendante qui fournit à la lectrice que je suis, de petits joyaux. Ce livre en est un.

Merci à Eliane Serdan pour sa gentille dédicace. Oui, les mots sont un refuge.

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