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ZAZY - mon blogue de lecture

Vladimir Lortchenkov - Des mille et une façons de quitter la Moldavie

29 Mai 2014, 17:49pm

Publié par zazy

Des mille et une façons de quitter la Moldavie

Vladimir Lortchenkov

Traduction : Raphaëlle Pache

Editions Mirobole

Avril 2014

250 pages

ISBN : 9791092145206

 

4ème de couverture :

Drôle, grotesque, cruel. Partez à la rencontre du peuple le plus pauvre d’Europe.

Ceci est l’histoire d’un petit village moldave. À Larga, tous les habitants ne rêvent que d’une chose : rejoindre l’Italie et connaître enfin la prospérité. Quitte à vendre tous leurs biens pour payer des passeurs malhonnêtes, ou à s’improviser équipe moldave de curling afin de rejoindre les compétitions internationales.

Dans cette quête fantastique, vous croiserez un pope quitté par sa femme pour un marchand d’art athée, un mécanicien génial transformant son tracteur en avion ou en sous-marin, un président de la République rêvant d’ouvrir une pizzeria… Face à mille obstacles, ces personnages résolument optimistes et un peu fous ne renonceront pas. Parviendront-ils à atteindre leur Eldorado ?

Biographie (Mirobole éditions) :

Vladimir Lortchenkov est né en 1979 à Chisinau. Fils d’un officier de l’armée soviétique, il a sillonné durant son enfance l’URSS et ses pays satellites. Également journaliste, il a remporté plusieurs prix littéraires russes. Il vit avec sa femme et leurs deux enfants à Chisinau.

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Séraphim Botezatu rêve d’Italie, veut ABSOLUMENT partir en Italie. Mais, ce pays, cet Eldorado existe-t-il vraiment ? Beaucoup en doute à Larga. Tous ceux qui sont partis ne reviennent jamais, n’envoient plus nouvelles ni argent. Bref, l’Italie pour quelques largais ( ?) largués (et oui, je n’allais pas le manquer !) n’existe pas du tout.

La Moldavie n’a aucune frontière commune avec l’Italie ? Pas grave. Ils se sont fait rouler dans la farine par des passeurs aigrefins ? Ils trouveront d’autres façons de partir.

Le premier échec ouvre le bal des tentatives aussi farfelues les unes que les autres. L’énergie du désespoir est, ici, teintée d’un humour décalé, corrosif, d’une méchanceté jubilatoire pleine d’amour pour ces laissés pour compte.

Apprenez à jouer au curling, ça peut servir. Si vous voyez un tracteur voler, c’est normal, vous êtes en Moldavie, ce même tracteur peut se transformer en sous-marin avec les pédales du vieux vélo du voisin ! Le tracteur a une importance prépondérante dans ce village. Il a même couté la vie à Maria.

Moldavie, un des rares pays où le président de la république n’est pas invité à l’étranger par crainte qu’il demande l’asile !

Imaginez-vous notre cher Président de la République monter toute une comédie pour quitter son pays et s’installer… en Italie, bien sûr, comme pizzaïolo ? Et bien, Voronin l’a fait en simulant le crash de son avion sur une montagne, lui sautant en parachute. Il y eût bien des dommages collatéraux, mais, bon on n’a rien sans rien !

Toujours dans le même but de rejoindre l’Eldorado, Le pope s’en mêle lance une « croisade », puis une seconde. D’abord religieuses, elles vont se transformer en une horde de soudards, de soiffards, de violeurs, d’éventreurs… bref pire que des brigands ! avec en prime une petite leçon à méditer. Au début, ce pope me faisait penser au joueur de flûtes de Grimm, mais la suite est salement humaine.

Seul Tudor essaie de raisonner les citoyens « Quand ce pope vous a lancés dans une croisade en direction de l’Italie, il vous a trompés ! Le paradis n’existe pas ! Pas plus que la terre promise avec ses robinets censés déverser du miel au lieu de l’eau, ses baignoires pleines de carpes bien grasses et ses femmes de ménage gagnant mille euros par moi ! Rien de tout ça n’existe »

« Comprenez malheureux, que nous cherchons ailleurs quelque chose que nous pourrions avoir ici. Ici même, en Moldavie ! Nous pouvons nettoyer nous-mêmes nos maisons, refaire nous-mêmes nos routes. Nous pouvons tailler nos arbustes et cultiver nos champs. Nous pouvons cesser de médire, de nous saouler, de fainéantes. Nous pouvons devenir meilleurs,…Commencer à vivre honnêtement ! L’Italie, la véritable Italie se trouve en nous-mêmes ! » Le vieux Tudor dit des vérités et on fusille la vérité. Lui sera brûlé car il tue le rêve et eux refusent la vérité et préfèrent penser que l’inaccessible existe. Il proposait quelque chose qu’ils ne pouvaient accepter : chasser le rêve et prendre la réalité à bras le corps, changer leurs façons de vivre, oser retrousser leurs manches et tout recommencer autrement. »

Le chapitre sur l’eau que boit le Président du Parlement de Moldavie est un petit bijou d’ironie, ainsi que celui sur le concours de recettes faisant suite à « l’essai de greffes de reins » sur Ion. Sur fond décalé, Vladimir Lortchenkov raconte les trafics d’organes.

Des apprentis ethnologue viennent à Larga noter tout ce que les autochtones racontent, un peu comme ils font ou que l’on voit dans les films pour les régions reculées où la culture n’est qu’orale.

Pour mon plus grand plaisir, rien ne nous sera épargné. Esprits cartésiens, rationnels, pratiques, passez votre chemin ! Ce livre a l’humour décalé, corrosif, méchamment drôle, mais pas que. En pointillés, la réalité est méchamment triste et misérable, dans ce pays qui n’a plus rien. Un roman jubilatoire, un petit bijou d’absurdité.

Je suis allée sur Internet à la découverte de ce pays inconnu. Je pensais qu’il s’agissait d’une région russe. La Moldavie est le pays le plus pauvre d’Europe où le trafic est roi, mais la Moldavie n’en est pas reine pour autant. Il est juste à côté de l’Ukraine dont, malheureusement, nous entendons souvent parler en ce moment. Et, si après, cela prenait la Moldavie abreuvée par la télévision russophone ?

J’ai aimé la couverture de ce livre, ainsi que la tranche, très original. Tous les autres publiés par Mirobole Editions ont le même style de couverture décalé en rapport avec le contenu.

La chronique d'Yv qui m'a gentiment prêté ce livre et d'autres toutes aussi enthousiastes : Lilliba - cafards at home - Keisha -

Quelques extraits :

« Connaissant le cœur charitable de son époux, Maria se dirigea vers l’arbre en question, y fixa une corde et grimpa sur le tabouret qu’elle avait placé sous le nœud coulant. Elle ne distingua toutefois aucun regard en provenance de la maison. « Il s’est planqué derrière la porte », se dit-elle avant de remarquer que des gens l’observaient depuis les fermes voisines. Il y aurait donc quelqu’un pour la décrocher… Rassérénée par cette pensée, elle sauta. Son corps se balança, d’abord poussé par son élan. Puis par le vent.

Maria continua de tanguer dans l’acacia pendant toute la semaine suivante. »

On vivait pas bien non plus sous l’URSS, objecta le vieux tout en pédalant les yeux fermés. Toi, tu es trop jeune pour t’en souvenir. Mais moi, j’ai pas oublié : que ce soit la saleté, la pauvreté ou les immondices, y en a toujours eu, ici.

- La nuit, je fais sécher des colliers d’ail sur elle, confessa-t-il d’un doigt dressé.

- Mais pourquoi tu fais pas ça dans la cave ? demanda bêtement Tudor.

- Parce que là-dedans, l’air circule pas, alors que dehors il y a un petit vent, expliqua Vassili. Quand le corps tourne, ça aère l’ail, et c’est justement ce qu’il lui faut pour sécher…

Le plus répugnant dans cette affaire, c’est que, sans les Moldaves, nous sommes perdus, parce que, comme me l’a lancé une fois un prolétaire particulièrement insolent, sans eux nous n’aurons personne pour ramasser notre merde ! (p.80)

Pourquoi émigrent-ils, dans ce cas ?

Parce que dans leur patrie, les choses vont si mal qu’ils préfèrent s’enfuir, répondit Buonarroti en haussant les épaules, quand bien même leur destination serait un trou noir du cosmos, un camp de concentration ou une mer des Sargasses grouillant de criminels internationaux sans scrupule.

Tu as vu sur quoi on traverse le Dniestr ? Un échafaudage sale et brinquebalant qui est pas un pont, même si on l’appelle comme ça. Alors qu’à Venise, tu sais quoi ? Toute la ville est sur pilotis vu qu’elle est construite sur la mer. Et des ponts, il y en a partout, des ponts, des ponts, des ponts… Tout est propre, soigné, d’une beauté incroyable. Et les salaires faramineux qu’on te verse là-bas ? Dis-moi, tu te verrais pas gondolier ?

« Que Lupu, le président du Parlement, gouverne notre partie. Il est jeune, il se débrouillera, raisonnait toujours Voronine. De toute façon, aucun dirigeant de la Moldavie n’arrivera jamais à améliorer la vie de nos concitoyens. Ce pays est ensorcelé, voilà tout ! Qu’il aille au diable ! »

Commenter cet article

philippe 31/12/2015 17:53

Belle chronique !

zazy 01/01/2016 21:20

Merci beaucoup... Superbe livre

Yv 04/06/2014 10:30

Très bon moment de lecture et pour le moment Mirobole fait un sans faute, j'en ai un autre qui m'attend qui m'a l'air pas mal également...

zazy 04/06/2014 21:20

Une nouvelle maison que je ne connaissais pas et qui me paraît de qualité

jerome 02/06/2014 22:25

Si tout le monde est enthousiaste et que c'est férocement drôle, ça me tente beaucoup.

zazy 02/06/2014 23:05

IL y a une belle unanimité sur ce livre

Liliba 31/05/2014 16:38

Sympa d'avoir mis plein d'extraits !
J'ai un autre roman de chez Mirobole qui m'attend en papier, et encore un autre sur ma liseuse... J'aime beaucoup cette maison d'édition !

zazy 31/05/2014 18:32

Je la découvre et, je pense que je n'en ai pas fini avec eux

sous les galets 31/05/2014 07:03

J'ai lu les Impliqués chez Mirobole avec une couverture dans le même style (très réussie), je crains que celui-là ne soit trop foutraque pour moi quand même...

zazy 31/05/2014 14:32

Pas foutraque, c'est très ordonné, mais salement corrosif.
Je pense qu'un jour ou l'autre, je lirai d'autres livres de cette maison d'édition