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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #livres

Blaise Hofmann - Estive

3 Juillet 2017, 16:41pm

Publié par zazy

Estive Blaise Hofmann

Editions ZOE poche

Juin 2011

208 pages

ISBN 978-2-88182-592-7

 

 

4ème de couverture :

«Que fait un troupeau lorsqu’il est formé ? Il se déforme. Il faut le reformer. Je pense beaucoup à toi, Sisyphe.»

Estive est un récit  où l’auteur romance un été de berger en charge d’un troupeau de moutons. Ce carnet de route dans une vallée alpine fait partager au lecteur, tout au long de rencontres inattendues, d’images poétiques et de réflexions philosophiques, le quotidien difficile des paysans et des bergers. Le livre n’est pas seulement un témoignage mais un «récit d’apprentissage».

Ce texte à l’écriture fragmentée, incisive et ironique, interpelle autant la dysneylandisation des Alpes que l’aspect devenu exotique des métiers ruraux de montagne.

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1978, Blaise Hofmann a publié un récit de voyage en 2006, Billet aller simple.

Estive a reçu le prix Nicolas Bouvier  au festival Etonnants Voyageurs 2008

 

 

J’ai chaussé mes chaussures de marche, pris le gros bâton pour suivre l’auteur dans le récit de son parcours le temps d’une estive.

Apprenti-berger, il doit se débrouiller tout seul « Dans le troupeau, je suis dieu. » Pan ?  Ce serait bien nommé puisqu’il est devenu le dieu des bergers et pâtres.

« Que fait un troupeau lorsqu’il est formé ? Il se déforme. Il faut le reformer. »
Sur ce minuscule lopin de terre, j’expérimente la vie d’une petite société de mille membres, mille machines à vie qui consomment de l’eau, de l’herbe, produisent de la viande et des agneaux. Au sein de cette modeste société, j’ai l’arrogance d’un Prométhée qui croit dominer la nature et tire, à la place d’un autre, les ficelles de marionnettes vivantes. »

L’arrogance du début va vite laisser place à la nervosité. Le narrateur, malhabile avec les chiens apprend, sur le tas, son dur métier, tantôt dans la chaleur, la pluie, la neige,  le froid.

Petit à petit, le métier rentre. Le narrateur, plus souple se fait accepter des chiens qui le secondent et l’accompagnent.

La vie est rude, il faut aimer la solitude et la vie spartiate ponctuées de rencontres ou de descentes vers le café, histoire de causer avec les habitants du village.

« Claquer sa paie en deux ou trois jours en payant des tournées, le plaisir du marin. Comme eux, descendre en ville, faire le tour des bistrots, revenir malade, éreinté, ruiné »

Il faut bien que la solitude s’oublie que le berger se noie dans le monde, s’enivre autant d’alcool que de paroles, bruit, visages

Blaise Hofmann prend des notes, écrit, surtout lorsqu’il pleut.

pleut « L’écriture me tient éveillé, me donne une contenance (ce bouquin est un bâton de berger sculpté par temps de pluie). »

Le boulot n’est pas que contemplatif, il peut être répétitif, sauf lorsqu’il faut tondre les bêtes

«Quatre cent quarante-sept bêtes tondues, j’ai de la merde jusqu’aux épaules, le dos d’un octogénaires, les pantalons en guenille, mais le sourire jusque-là, parce que le tondeur a un drôle d’humour. »

Les pensées, les auteurs, l’imagination sont ses compagnons de solitude, l’écriture sa compagne. Devant tant de beauté, Hofmann peine à trouver les mots

« Le froid se tolère davantage lorsqu’il y a de belles lumières. Il donne envie de peindre, de faire de la musique, de se donner à quelque chose de corporel, de graver sur un bâton les formes qui viennent à l’esprit. »

Les mots n’existent plus de la même façon. Leurs concepts rigoureux sont trop explicites. On ignore comment rendre l’expérience sensible, comment décrire cette absence de formes, dire l’impression de froid, de joie et de fatigue. On oublie tout ce qu’on a lu, on per toute notion linguistique et on jouit, trempé, usé et enchanté, des approximations du soleil et de la brume. »

La saison se termine, il faut déclôturer, tout ranger, ne pas oublier la mort-aux-rats. L’estive vous change l’homme alors, il redescend dans la vallée à pied, en prenant son temps

« Ces mains calleuses sont les miennes. Le miroir me surprendra. J’ai bonne mine à jouer ainsi avec ma barbe. Mon identité vacille. »

 

Blaise Hofmann se livre à des réflexions sur les Alpes qui se dysneylandent, l’estive subventionnée, la société et offre un doux moment de lecture. J’aimais le retrouver chaque soir, pas pour en lire des pages et des pages, non, savourer, prendre le temps de déguster ses phrases, écouter ses réflexions, regarder vivre le troupeau, s’activer les chiens, admirer le paysage.

Un livre dont je sors calme et sereine.

Livre lu dans le cadre de la Voie des Indés concoctée par Libfly avec le partenariat des éditeurs indépendants dont Les éditions ZOE, maison d’éditions suisse, que je découvre.

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François Garde - Ce qu'il advint du sauvage blanc

22 Septembre 2014, 14:42pm

Publié par zazy

Ce qu’il advint du sauvage blanc

François Garde

Editions Gallimard

Collection Blanche

Janvier 2012

327 pages

ISBN : 978207136629

 

4ème de couverture :

Au milieu du XIXe siècle, Narcisse Pelletier, un jeune matelot français, est abandonné sur une plage d'Australie. Dix-sept ans plus tard, un navire anglais le retrouve par hasard : il vit nu, tatoué, sait chasser et pêcher à la manière de la tribu qui l'a recueilli. Il a perdu l'usage de la langue française et oublié son nom.
Que s'est-il passé pendant ces dix-sept années? C'est l'énigme à laquelle se heurte Octave de Vallombrun, l'homme providentiel qui recueille à Sydney celui qu'on surnomme désormais le «sauvage blanc».

 

Inspiré d’une histoire vraie, Ce qu’il advint du sauvage blanc est le premier roman de François Garde.

Ce qu’il advint du sauvage blanc a reçu le Prix Goncourt du Premier Roman 2012

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« Quand il parvint au sommet de la petite falaise, il découvrir qu’il était seul. La chaloupe n’était plus tirée sur la plage, ne nageait pas sur les eaux turquoise. La goélette n’était plus au mouillage à l’entrée de la baie, aucune voile n’apparaissait même à l’horizon. Il ferma les yeux, secoua la tête. Rien n’y fit. Ils étaient partis. »

Ainsi commence le livre de François Garde. Ce petit paragraphe annonce le grand chamboulement de la vie de Narcisse Pelletier matelot sur la goélette Saint-Paul. Nous sommes au 19ème siècle. Imaginez-vous seul sur une plage, dans un continent inconnu et toutes les histoires qui circulent sur les sauvages.

17 ans plus tard, il sera rendu à la « civilisation ». Octave de Vallombrun, sociétaire de la Société de géographie, institution vénérable s’il en est, est chargé de ramener, celui que l’on appelle « le sauvage blanc », en France.

Octave de Vallombrun écrit à son mentor tout ce qui concerne la réacclimatation du matelot ainsi que les idées qui en découlent. Par la même occasion, nous remet en mémoire les connaissances de l’époque qui peuvent nous paraître presque indécentes (mais les mentalités ont-elle beaucoup changé ?). François Garde raconte, comme en voix off, l’adaptation obligée de Narcisse Pelletier. Le livre ira jusqu’au point d’orgue que seront la mort de Vallombrun, la disparition du matelot de France, après une dispute avec Vallombrun et son adoption pleine et entière par la tribu.

Au début le « sauvage blanc » n’était qu’un sujet d’étude pour ce jeune nobliau ayant soif de découvertes. Leurs relations vont évoluer au fur et à mesure de l’acclimatation de Narcisse. Pourtant, Narcisse garde toujours sa part de mystère et se refuse à parler. Pour lui « parler c’est mourir ». Après être déclaré mort par son armateur, je ne pense pas qu’il est envie de mourir une seconde fois en rendant publique sa vie sur l’île

Ce livre, écrit dans un français très agréable ne raconte pas seulement les péripéties des deux personnages. Il nous interroge sur la réacclimatation du matelot, sa réappropriation du français et de nos différentes cultures. Avec les « sauvages », Narcisse a appris une philosophie de la vie, de la survie, de l’entraide, le désintéressement, le geste gratuit… qui sont totalement inadaptés avec sa nouvelle vie.

J’ai tourné longtemps autour de ce livre, mais ce fut une lecture passionnante. La société dans laquelle nous vivons nous modèle. Changer d’identité comme a dû le faire Narcisse Pelletier rend son retour dans son ancien monde quasi impossible.

 

 

 

 

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Richard Gaitet - Découvrez Mykonos hors saison

7 Septembre 2014, 21:41pm

Publié par zazy

Découvrez Mykonos hors saison

Richard Gaitet

Editions Intervalles

Juin 2014

80 pages

ISBN : 9782369560029

 

 

4ème de couverture :

Attirant chaque année près de 400 000 visiteurs, ce petit port paisible des Cyclades devient de mai à septembre un Eden touristique généreux en plaisirs universels (soleil, danse, fête, feta). Mais en mars ? Y-a-t-il seulement un club ouvert après minuit ?

Au hasard d’errances alcoolisées dans des rues blanches et désertes, deux pieds nickelés vont provoquer les dieux sans le savoir...

Entre fantaisie et comédie, cette épopée éthylique endiablée convoque aussi bien l’humour grand-guignolesque d’Hunter S. Thompson que l’art du mystère de la série Lost.

L’auteur :

Richard Gaitet est né en 1981. Admiré dans toute l’Europe pour sa pratique très personnelle du sirtaki, il anime depuis 2011 l’émission « Nova Book Box » sur Radio Nova. Son premier roman, Les Heures pâles, écrit sous le pseudonyme de Gabriel Robinson, est paru en 2013 aux éditions Intervalles.

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Livre lu dans le cadre de l’opération organisé par Libfly et les maisons d’éditions indépendantes dont les que je remercie pour cette découverte.

 

Mykonos est très réputée pour ses fêtes arrosées, enfumées, homos… « Eden touristique généreux en plaisirs universels –sun is shining, danse, chaleur, fête, feta, cocktails, shakés, rencontres importantes ». Pour ça, il convient d’y séjourner l’été. Nos deux compères hétéros (je le souligne vu la réputation de cette île) ne l’ont sans doute pas compris pour débarquer en mars. L’île est déserte, les plages nues, les night-clubs fermés, sauf 1 ou 2 bars ouverts toute l’année. S’ensuivra, il faut bien respecter les traditions, une tournée des rads ouverts d’où ils sortiront fin saouls pour pisser sur le mur d’une église, qu’ils n’avaient d’ailleurs même pas vue. Ils vont passer leurs journées à picoler,  pisser, essayer de draguer. Bref, des vacances hautement joyeuses et animées !! Fiasco sur toute la ligne, ils tombent de Charybde en Scylla (faut bien respecter les lieux et la mythologie !), rien ne leur réussit, heureusement, la carte bancaire fonctionne. Cette partie de l’histoire m’a agacée, ennuyée ; les errances alcooliques de ces deux paumés, très peu pour moi. Pourtant, avec l’arrivée du touriste et sa prédiction, l’histoire prend une autre tournure. Mais, prédiction ou visions d’ivrogne (l’éléphant rose transformé en touriste fou) ?

J’ai peiné à entrer dans l’histoire, je me suis essoufflée à suivre nos deux ivrognes de bars en night-club paumés. Heureusement la seconde partie m’a plus emballée. Richard Gaitet s’est amusé à détourner quelques légendes grecques, des chansons plus actuelles. L’écriture est rapide, alerte. Quelques jeux de mots faciles et éculés comme « Nino rota », mais bon avec nos deux paumés alcoolisés, on ne peut s’attendre à autre chose.

Je suis un peu déçue par ce livre. Que voulez-vous, les errances nocturnes alcoolisées, ce n’est plus de mon âge ! Il s'en est fallu de presque rien, de quelques pages en moins au début pour....

Yves a beaucoup aimé, Pierre beaucoup moins. Leurs avis sur Libfly

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Françoise Guérin - Les enfants de la dernière pluie

28 Août 2014, 19:58pm

Publié par zazy

Les enfants de la dernière pluie

Françoise Guérin

Editions du Masque

Avril 2014

ISBN : 9782702441008

360 pages

 

4ème de couverture :

Lors d’une visite à son frère Xavier, hospitalisé en psychiatrie, le commandant Lanester est le témoin d’un brutal homicide, immédiatement suivi d’un suicide. Chargée de l’enquête, son équipe est intriguée par la personnalité atypique du meurtrier présumé, un infirmier connu pour son empathie et son professionnalisme. Comment en est-il arrivé à agresser un patient ? Lorsqu’on découvre qu’il a agi sous l’emprise de puissants psychotropes, l’enquête s’oriente vers le Dr Raynaud, qui mène des recherches pour le compte d’un laboratoire pharmaceutique. Mais il faut se garder des évidences car, dans cet établissement aux mains de puissantes dynasties médicales, nul ne sait qui manipule qui. Grâce à Élisabeth Dassonville, la captivante archiviste, Éric Lanester pénètre peu à peu la logique de l’hôpital. En véritable gardienne du temple, elle lui fait découvrir le personnage fascinant de Théophobe Le Diaoul, le poète de l’aliénation qui a donné son nom à l’établissement. Mais en quoi les vers de ce vieil illuminé peuvent-ils éclairer cette enquête qui ne cesse de rebondir ?

 

Lyonnaise, Françoise Guérin est psychologue et s’est d’abord initiée à l’écriture radiophonique (elle a collaboré à l’émission « Les Petits Polars » pour Radio France), avant de publier trois recueils de nouvelles. Son premier roman, À la vue, à la mort (aux Éditions du Masque), a reçu le Prix Cognac du Festival du Film Policier en 2007 et le prix Jean-Zay des lycéens. Elle a publié Cherche jeunes filles à croquer aux Éditions du Masque en 2012 qui a obtenu le Prix sang pour Sang Polar 2013.

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Cher Commandant Lanester,

Je vois, avec plaisir que votre déprime se porte à merveille et que vos réactions peuvent être en panne au mauvais moment. Assister à une défenestration dans l’hôpital psychiatrique où est votre frère devrait être pain béni pour vous, mais il y a du retard à l’allumage et votre culpabilité revient au galop d’un cheval de compétition. Ok, vous reprenez vite les rênes. Votre curiosité et votre instinct vous poussent à mener une enquête, à gratter pour trouver le début de l’écheveau. Madame Dassonville, à l’esprit très retors vous embrouille dans son propre écheveau. Cela nous vaudra un joli tricotage, puis un détricotage pour finir par une fin, comme toujours, inattendue. Cette fois, j’ai trouvé le meurtrier, et oui, il y a eu meurtres, mais pas les ficelles, votre créatrice est redoutable. Oui, on se doute, mais, pourquoi, comment… ça c’est autre chose et, pour moi, c'est le plus important.

 

Françoise Guérin nous conduit au sein d’une unité psychiatrique où l’enfermement n’est pas que physique. L’espace est clos ; nous fréquentons des salles d’archives obscures, des couloirs sans fin, des caves avec passages… Cette unité fonctionne comme un quartier où malades et soignants vivent en vase clos, dans des espaces pourtant bien délimités qu’il ne fait pas bon de transgresser (cela laisse des séquelles). Ce petit monde est étouffant, fermé.

Comme dans ses précédents romans, Françoise Guérin, maîtresse es labyrinthe nous conduit où elle veut, comme elle veut, mais pas au pas de charge. Elle prend le temps de peaufiner, d’expliquer, de commenter… Bref, elle nous mène par le bout du nez ; une pincée de vérité ici, un soupçon de malaise par là, une cuillérée de mystère par-dessus. Les visites de Lanester à son analyste préférée entrouvrent une porte, une brèche où ce cher commandant s’engouffre.

Quant à Théophobe Le Diaoul, ce poète devenu fou qui donne son nom à l’établissement, il est défendu par une Madame Bassonville qui, telle une araignée ou une mante religieuse, captive et ferre sa proie pour mieux l’ingérer.

Déjà lu et beaucoup apprécié « A la vue à la mort » et "Cherche jeunes filles à croquer ".Chère Françoise Guérin, vous êtes redoutable : vous nous promenez dans vos labyrinthes en compagnie de personnages si humains, jusque dans leurs folies. Merci d’avoir fait voyager ce livre vers ma nuit blanche. J’en redemande !

 

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Laura Alcoba - Manèges

23 Août 2014, 21:51pm

Publié par zazy

Manèges

Petite histoire argentine

Laura Alcoba

142 pages

ISBN : 9782070782031

 

4ème de couverture :

" Maintenant, nous allons vivre dans la clandestinité, voilà exactement ce que ma mère a dit.
Pour la trappe dans le plafond, je ne dirai rien, même si on venait à me faire très mal.
Je n'ai que sept ans mais j'ai compris à quel point il est important de se taire. "

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J’ai rencontré Laura Alcoba au Salon des Dames de Nevers en juin dernier. Je voulais acheter « Le bleu des abeilles » et je suis partie avec « Manèges » pour lire l’histoire dans le bon sens, même si les deux livres peuvent être lus indépendamment l’un de l’autre.

Le temps est venu de raconter, de faire l’effort de mémoire, de remonter le temps, de retourner vers les années 70, celles de l’enfance sous la dictature. La gente des colonels est au pouvoir.

Avec des parents résistants, la petite fille a appris et enregistré la clandestinité et tout ce qui va avec : le secret, se taire, regarder derrière soi sans en avoir l’air, être certaine de ne pas être suivie. Le père est emprisonné ; un nouveau déménagement avec un grand changement à la clé : elle est baptisée mais sans prêtres, comme les premiers chrétiens. Pour ne pas être repérées, elles vont de maison et maison. Personne ne pose de question ; côté rassurant de la chose pour l’enfant.

Elle ira de rencontre en rencontre, ira jusqu’à discuter d’Edgard Poe avec l’ingénieur qui construit une pièce secrète. Bien sûr, tout est enregistré, ne pas faire ceci, ne pas dire cela, mais, lorsque l’on a sept ans, même si on sait,  on ne comprend pas et des bourdes arrivent qui pourraient mettre en danger le groupe. Comment ne pas parler à cette jeune femme si gentille ? Il y a de bons côtés dans la clandestinité, comme les lapins, ou les paquets cadeaux qu’elle crée avec sa mère... pour cacher les journaux sortant de l’imprimerie clandestine.

Laura Alcoba raconte son enfance en Argentine d’une voix douce, avec beaucoup de tendresse. Petite histoire argentine en est le sous-titre, mais le son des souvenirs de Laura Alcoba n’est pas argentin. Les enfants comprennent beaucoup plus de choses que les adultes ne le pensent, même s’ils ne peuvent analyser les faits. Il y a, malheureusement, encore et toujours, de par le monde, des enfants qui doivent vivre cette même vie.

Merci pour votre gentille dédicace, votre charmant sourire et, surtout, pour vos explications lors du « café littéraire » où vous avez parlé de votre livre, « Le bleu des abeilles » que je vais m’empresser d’acheter et, surtout, lire. Oui, j’ai fait un beau voyage au pays de votre enfance. Votre écriture délicate est aussi douce que pudique, tout est dit sincèrement.

 

 

Laura Alcoba - Manèges

Si je fais aujourd’hui cet effort de mémoire pour parler de l’Argentine des Montoneros, de la dictature et de la terreur à hauteur d’enfant, ce n’est pas tant pour me souvenir que pour voir, après, si j’arrive à oublier un peu.

Si nous avons quitté notre appartement, c’est parce que maintenant les Montoneros doivent se cacher. C’est nécessaire parce qu’il y a des personnes qui sont devenues très dangereuses : ce sont les hommes des commandos de l’AAA, la Alianza Anticomunista Argentina, qui enlèvent les militants comme mes parents et les tuent ou les font disparaître.

Pour toi, ce sera comme avant. Il faudra juste que tu ne dises à personne où nous habitons, pas même à la famille.

Souvent, c’est moi qui regarde derrière nous. C’est plus naturel qu’une enfant s’arrête et se retourne ; chez un adulte ce pourrait être un comportement suspect, le signe d’une inquiétude qui risquerait d’attirer l’attention. Moi j’ai appris à glisser ces gestes de prudence dans un jeu.

J’ai bien compris l’idée de l’Ingénieur quand il m’a expliqué comment on pouvait cacher tout en ne cachant pas. Mais les lapins ? Pourquoi faudrait-il accueillir des centaines de lapins pour mieux nous protéger ?

Je comprends alors que si quelqu’un, à la prison, pose des questions, je ne pourrai pas retourner dans la maison aux lapins. Il semble que j’en ai peur. Enfin, c’est encore une de ces choses dont je ne suis pas tout à fait sûre.

Je fais quelques pas en direction de mon père, sans décoller les yeux du canon le plus proche, celui de l’homme qui est juste en face de moi. Je vois bien que ce trou noir arrive au niveau de ma tempe.

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Emmanuelle Cart-Tanneur - Et dans ses veines coulait la sève

15 Août 2014, 14:27pm

Publié par zazy

 

Et dans ses veines coulait la sève

Emmanuelle Cart-Tanneur

Editions Terre d’Auteurs

Février 2013

204 pages

ISBN : 9782919407026

 

4ème de couverture :

« Je suis séduite par l’imagination à la fois déroutante et familière d’Emmanuelle Cart-Tanneur. Les personnages, bien que décalés, font frôler un réel qui parfois nous échapperait. La rigueur narrative de chacun des textes, la fluidité du style, dont aucun à-coup n’entrave l’avancée, précipite le lecteur vers la chute des nouvelles, et vers la sienne, peut-être. Car c’est bien lui qui parfois tombe. Et de haut !

Mais si les textes ne nous secouaient pas, pourquoi les lire ? »

Catherine Ravelli

Grand prix 2012 de la nouvelle de l’académie française.

Emmanuelle Cart-Tanneur tente de concilier son métier de biologiste avec sa passion de l’écriture. Plusieurs de ses nouvelles ont reçu des prix littéraires, et elle publie ici son nouveau recueil.

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Jury dans un concours de nouvelles, j’ai eu la chance de lire une nouvelle d’Emmanuelle Cart-Tanneur qui m’avait vraiment plu. Liliba m’a gentiment prêté ce livre pour continuer un bout de chemin avec cet auteur.

J’entre, facilement et avec grand plaisir, dans un univers qui sort totalement de l’ordinaire pour aller vers l’onirique. Qui n’a pas rêvé d’avoir à ses côtés, l’auteur du classique que l’on lit ? Qui n’aimerait pas emporter chez lui un petit bout du tableau qu’il adore ? Qui n’aimerait pas mettre en conserve certaines engueulades ?

Puis les nouvelles prennent une nouvelle direction, changent d’aiguillage pour entrer dans le vrai, le concert, le pas toujours beau, le dur. Il y a le geste désintéressé fracassé, lâchement, par une balle de sniper. Il y a des histoires dures comme cette sandalette, symbole de l’innocence tuée. D’autres offrent des promesses de paix et de réconciliation. Il y a une belle histoire d’amour, la détermination d’un enfant….

Les nouvelles d’Emmanuelle Cart-Tanneur sont fortes et pétries de l’humanité de ses personnages. Elle met en lumière ces gens, couleurs muraille, avec humour et amour pour parler de paix, de fin de vie, de solitude, regrets, amour filial, d'amour, de tromperie… Bref, de la vie.

J’ai pris mon temps pour le lire, car j’ai aimé me délecter de certaines nouvelles que j’ai relues plusieurs fois par plaisir (surtout la première !). Toutes ces nouvelles sont d’une même qualité d’écriture, pas une que j’ai trouvé moins bonne, comme cela peut arriver. Je comprends que l’auteur ait été souvent primé. Un livre à lire dans un train, une salle d’attente, sous un saule pleureur, au Bois de Boulogne….

Liliba, je regrette vraiment de devoir te rendre ce livre avec sa belle dédicace ! Merci pour ce très bon moment de lecture. Dans les veines d’Emmanuelle Cart-Tanneur coule un vrai talent d’écrivain.

Vous pouvez acheter ce livre en ligne sur le site de l'éditeur

 

« Ernest Hemingway pour Le vieil homme et la mer, quai 22, s’il vous plaît ! Ernest Hemingway »

Car Abel était un fin lecteur. Un bibliomane, un gourmand littéraire. Rien ne le réjouissait plus que l’idée d’une heure à venir en solitaire : chaque instant volé à ses obligations professionnelles était pour lui le régal annoncé d’une plongée en apnée dans quelque nouveau livre.

J’eus toutes les peines du monde à ne pas applaudir quand la femme, verte de rage, quitta la able dans un bruissement outragé tandis que l’époux reposait tranquillement sa serviette sur ses genoux et commandait un cognac au garçon.

Je t’ai donné ta dose quotidienne, depuis la fin de cet été. J’ai soigneusement répandu le poison, chaque soir, à tes pieds, là où l’herbe, moins forte que toi, est déjà en train de mourir.
Tu commences à jaunir ; tu vas bientôt flétrir, et personne ne comprendra pourquoi.
Tu peux continuer à pleurer.
Moi, je m’en vais.

Ils traversèrent le pont sous la pluie, la petite serrant bien fort la main du vieil homme qui avançait d’un pas hésitant. Les lattes de bois étaient mouillées et glissantes et la progression de ce couple hasardeux en était rendue hasardeuse

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Déborah Lévy-Bertherat - Les voyages de Daniel Ascher

11 Août 2014, 13:50pm

Publié par zazy

Image issue du blogue dédié à ce livre

Les voyages de Daniel Ascher

Déborah Lévy-Bertherat

Editions Payot-Rivages

192 pages.

Août 2013

ISBN. : 2743625848

 

 

4ème de couverture :

Une année particulière commence pour Hélène, quand elle s'installe à Paris pour étudier l'archéologie. Elle est logée par son grand-oncle Daniel, un vieux globe-trotter excentrique qu'elle n'apprécie guère. Il est l'auteur, sous le pseudonyme de H.R. Sanders, de La Marque noire, une série de romans d'aventures qu'elle n'a même pas lus. Son ami Guillaume, fanatique de cette série, l'initie à sa passion. Mais pour Hélène le jeu des lectures ouvre un gouffre vertigineux. Elle découvre en Daniel un homme blessé, écartelé entre deux identités et captif d'un amour impossible. Elle exhume de lourds secrets de famille remontant aux heures sombres de l'Occupation. Pendant ce temps, les lecteurs de H.R. Sanders attendent le vingt-quatrième volume de la série, dont les rumeurs prétendent qu'il sera le dernier. En explorant avec finesse les blessures d'une mémoire tentée par le vertige de l'imaginaire, Déborah Lévy-Bertherat rend ici hommage aux sortilèges ambigus de la fiction.

 

Déborah Lévy-Bertherat vit à Paris où elle enseigne la littérature comparée à l'Ecole normale supérieure. Elle a traduit Un héros de notre temps de Lermontov et Nouvelles de Petersburg de Gogol. Les Voyages de Daniel Ascher est son premier roman.

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Un livre qui a reçu le prix du premier roman à l’issue du Salon des Dames de Nevers, un auteur souriant, abordable et si gentille ; tout pour me donner l’envie de découvrir où mènent les cailloux du bandeau.

Comme le petit Poucet, Daniel Ascher, auteur de romans d’aventure pour la jeunesse, sème des cailloux pour permettre à Hélène, sa petite nièce adorée, de remonter l’histoire de la famille et, ainsi, découvrir sa vie.

Certains cailloux m’ont montré un auteur se servant de sa propre glaise pour construire ses histoires, son œuvre. J’ai soulevé des pierres blanches qui ont honoré une famille de Juste, après avoir trouvé les pierres noires de la déportation pour arriver au gros caillou qui m’a emmenée dans les entrailles de Daniel Ascher.

J’ai suivi, avec plaisir, des guides tels, Jonas, Guillaume, Mala, La Marque Noire, Elie, un mage africain, Daniel lui-même. Cet ouvrage a l’odeur des jeux de piste de mon enfante et, peut-être, des livres d’aventures de Daniel Ascher.

Déborah Lévy-Bertherat a écrit un livre où est ciselé et non martelé la vie de Daniel Ascher, avec en filigrane, des secrets de familles. Daniel Ascher-Roche, un homme écartelé entre deux identités, un homme dont la vie est emplie d’esquive mais qui se raconte dans ses livres.

Je me suis laissée porter par votre écriture ; Pas de violence, mais tout est dit. Merci Déborah Lévy-Bertherat pour votre gentille dédicace. Oui, j’ai fait une belle traversée j’ai suivi vos pistes, vos petits cailloux, qui, à la fin de ma lecture, m’ont fait dire : « Bon Dieu ! Mais c'est… Bien sûr ! » (Parodie que les moins de … ne peuvent pas connaître)

A bientôt de vous retrouver grâce à votre prochain livre. Sympathique le blogue dédié à ce livre.

Chroniques sur d'autres blogues : Je me livre - Sharon - Libfly -

 

 

Ce jour-là, Guillaume s’est rappelé toutes les collections de son enfance, les timbres, les plumes d’oiseaux, les cailloux percés, les noyaux de cerise, les bandes dessinés, Tintin, Tanguy et Laverdure, Black et Mortimer, les séries de romans, Michel, Les six Compagnons, et sa préférée entre toutes, La Marque noire. Il aimait surtout le premier volume, ça commençait par un crash aérien, le héros était le seul survivant, il était gravement blessé.

Elle venait d’emménager dans une petite chambre sous les toits, rue Vavin, tout près de l’Institut d’archéologie de la rue Michelet. L’oncle de son père la lui prêtait, il habitait au rez-de-chaussée, mais depuis qu’elle était là elle ne l’avait jamais vu, il était parti en voyage. Comme elle n’avait guère d’affinités avec lui, cette absence lui convenait.

Hélène s’était vite lassée des histoires de son grand-oncle, du sempiternel spectacle qu’il donnait aux enfants pendant les repas de famille. Ses aventures se ressemblaient toutes, c’étaient toujours des tempêtes, des bêtes féroces, des malfrats sans scrupules, toujours les mêmes rebondissements sauvant les situations désespérées juste avant la catastrophe. Il s’y donnait éternellement le rôle du plus rusé, il triomphait chaque fois.

Hélène avait toujours eu le sentiment que, dans la famille, son grand-oncle était à part, pas seulement à cause de ses cheveux frisés ou de ses yeux bleus. Sa grand-mère ne disait jamais mon frère en parlant de lui, alors qu’elle disait ma sœur pour tante Paule.

Le visiteur a sorti de la poche de sa veste deux cartes de visite qu’il leur a tendues, "Monsieur Mané, grand marabout africain, résout tous vos problèmes d’amour, d’amitié ou de travail, favorise le retour de l’être aimé, la réussite aux examen et au permis de conduire. Spécialiste inégalé des lettres d’amour. Satisfait ou remboursé. Sur rendez-vous."

Ici, Daniel n’avait plus une démarche pressée à la Charlot, comme dans son quartier de Montparnasse où il semblait toujours en représentation, riant trop fort, parlant trop haut, marchant trop vite. On aurait dit qu’il avait ralenti le film, retrouvé le bon mouvement. Dans ces ruelles encombrées, il reprenait son âge, vieil homme parmi les vieux objets.

Photo prise au Salon des Dames de Nevers

Photo prise au Salon des Dames de Nevers

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Emmelene Landon - Portrait(s) de George

6 Juillet 2014, 22:12pm

Publié par zazy

 

Portrait(s) de George

Emmelene Landon

Editions Actes Sud

Février 2014

176 pages

ISBN : 9782330027704

 

4ème de couverture :

Dans un catalogue consacré aux œuvres d'Emmelene Landon, on chercherait en vain les portraits qu'elle attribue à l'artiste nommée "George". En effet c'est au roman, et donc aux mots, qu'il appartient d'imaginer et de décrire les visiteurs et les tableaux qui sous nos yeux se succèdent et s'accomplissent. Peindre, c'est d'abord écouter, dévisager, envisager et transcrire ce qu'au gré des saisons viennent raconter d'eux-mêmes de singuliers personnages. Et s'il est également question de botanique, de cartographie, de voyages, d'urbanisme, de psycho-géographie, c'est que George interroge et pratique son art sans jamais l'isoler de tout un écosystème de réflexions sur l'espace, la nature, ou encore l'empreinte de l'homme sur le paysage. L'atelier n'est pas un cloître. Dans ces pages il s'ouvre au monde, même s'il demeure un lieu propice au "temps long", à la patience et à la méditation. D'où la dimension poétique et même spirituelle de ce roman qui fait de la création un mode de vie, et qui propose une inimitable célébration du bonheur de peindre...

Peintre, écrivain, réalisatrice de vidéos et de créations radiophoniques, Emmelene Landon est née en Australie et vit à Paris. Elle est notamment l'auteur du Tour du monde en porte-conteneurs (Gallimard, 2003), de Susanne (Léo Scheer, 2006), du Voyage à Vladivostok (Léo Scheer, 2007) et de La Tache aveugle (Actes Sud, 2010).

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George-Emmelene (?) est peintre. George habite un immeuble de l’est-parisien dans ce fabuleux quartier des Pyrénées, ouvert à tous. George est une éponge qui reçoit les émotions de ses modèles pour les interpréter sur toile. Dans ce livre, Emmelene Landon les retranscrit directement par des mots.

A l’heure où presque tout le monde à un GPS, George peint des cartes pour se perdre. A l’heure où tout va vite, George vit au rythme de ses peintures. Poser ne semble pas fastidieux pour ses modèles, souvent des familiers, et permet à George d’en creuser l’âme, à l’instar d’Ailante cette gamine passionnée par les arbres –d’ailleurs, son prénom et le nom d’un arbre–.

Ces rencontres enrichissent la penture de George. J’ai aimé sa façon, sa démarche. Emmelene Landon a réussi à allier l’intellect des mots et la sensibilité de la peinture. Alors qu’il est plus simple de regarder un tableau que d’en parler, elle s’exprime avec le langage peinture sans que ce soit ennuyeux ou redondant. Elle convie à sa palette tous les grands peintres qui l’ont façonnée ; Holbein, Lucian Freud, Dürer, Caravage, Hockney, Frenhofer… tout comme elle nous raconte les couleurs.

Portrait d’une femme vivant sa vie de peintre entourée de la famille qu’elle s’est composée au fil de ses amitiés. A travers les portraits qu’elle peint, on découvre celui de George. Elle aime cueillir les visages, les expressions avec gourmandise, tout comme elle déteste se défaire rapidement des œuvres. Son plaisir lorsqu’elle est seule le soir : regarder ses tableaux, s’en imprégner.

J'ai aimé la couverture de ce livre, une peinture de Emmelene Landon avec la liane de vigne vierge qui rappelle celle qui entre dans l'atelier de George. Je trouve dans ce tableau la même ouverture sur l'extérieur.

Un livre bijou, un livre tout en douceur et sensualité que j’ai aimé lire en prenant mon temps. Merci pour ce livre-voyageur Anna.

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Gilles Legardinier - Demain j'arrête !

1 Juillet 2014, 18:35pm

Publié par zazy

Photo issue du blogue de l'auteur

Demain j’arrête !

Gilles Legardinier

Editions Fleure Noir

Novembre 2011

ISBN : 978226509430

 

4ème de couverture :

 

Comme tout le monde, Julie a fait beaucoup de trucs stupides.

Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant des escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu'elle n'a pourtant jamais vu, obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boîte aux lettres en espionnant un mystérieux courrier. Mais tout cela n'est rien, absolument rien, à côté des choses insensées qu'elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut désormais percer le secret.
Poussée par une inventivité débridée, à la fois intriguée et attirée par cet inconnu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout, Julie va prendre des risques toujours plus délirants, jusqu'à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question qui révèle tellement : pour qui avons- nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?

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Lorsque que Kevin pose cette question : « Dis-moi, Julie, c’est quoi le truc le plus idiot que tu aies fait dans ta vie ? » c’est une vraie plongée dans la catastrophe qu’est la vie de Julie.

Un curieux mélange de Bridget je-ne-sais-plus-comment et d’Amélie Poulain. Etre prise la main dans le sac, pardon, coincée dans la boîte aux lettres de Monsieur Patatras -Mais si, je vous dis que c’est son vrai nom-, par ce nouveau venu, avouez qu’il y a mieux pour débuter une relation normale entre voisins. La curiosité est un vilain défaut à ce qu’il parait. Julie s’en contrefout car Ricardo –c’est son prénom- est beau comme un dieu. Patatras, oui je sais, c’est trop facile, elle va en tomber raide dingue amoureuse alors que lui, même s’il semble attiré, garde une certaines distance. Pourquoi ? Oui, pourquoi courre-t-il avec un sac à dos ? Pourquoi cette distance entre eux ? Pourquoi ne parle-t-il pas de lui, détourne t-il toujours la conversation quand le sujet arrive sur la table ? C’est plus qu’il n’en faut pour activer l’imagination débridée de Julie.

Nous la suivons dans cette vie de presque trentenaire toujours célibataire avec ses copines guère mieux loties et ses copains. Ah, ces fameux dîners entre copines esseulées…

J’avais lu quelques pages de ce livre et j’ai tout arrêté : Encore ces trentenaires et leurs tribulations sentimentales ; ras le bol, non plutôt le nombril !! A force de lire tant de bonnes chroniques sur ce livre, hier soir, j’ai persisté et… que j’ai bien fait !!

J’ai souri à toutes ces aventures insensées. Oui, vraiment invraisemblable, mais c’est ce qui fait le charme de ce bouquin, à condition de tout lâcher pour suivre les tribulations de Julie.

Un vrai bon moment de comédie réjouissante et bien troussée. En allant sur le site de Gilles Legardinier j’ai vu qu’il y avait d’autres chats à fouetter –il y a un chat sur toutes les couvertures–. S’ils sont à la bibliothèque, je ferai une petite razzia.

D'autres l'ont lu : Lydia - Gwordia - Syrire - Livrogne - Melo -

 

 

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Jacques Roumain - Gouverneurs de la rosée

22 Juin 2014, 19:46pm

Publié par zazy

Jacques Roumain

Gouverneurs de la rosée

Editions Zulma poche

224 pages

Novembre 2013

ISBN : 9782843046636

 

 

4ème de couverture :

« Tout le monde a été touché par les amours de Manuel et d’Annaïse. Aux citadins haïtiens et aux lecteurs étrangers, le roman a révélé la vie paysanne, qu’ils ignoraient autant les uns que les autres. Les évocations du paysage haïtien ont enchanté ; la vieille Délira a éveillé la compassion ; les ronchonnements de Bienaimé ont amusé ; les trouvailles linguistiques de Roumain ont suscité l’admiration. On pourrait presque dire que la critique a été unanime, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, à élever Gouverneurs de la rosée au rang de chef-d’œuvre. » Léon-François Hoffmann

Ce volume contient également : Jacques Roumain vivant par Jacques Stéphen Alexis

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Biographie de Jacques Roumain :

Né le 4 juin 1907, à Port-au-Prince dans une famille aisée., il meurt le 18 août 1944. Son grand-père, Tancrède Auguste, fut président d'Haïti de 1912 à 1913. Il fut cocréateur de "La Revue Indigène" avec Émile Roumer, Philippe Thoby-Marcelin, Carl Brouard et Antonio Vieux, dans laquelle ils publièrent des poèmes et des nouvelles. Très actif dans la lutte contre l'occupation américaine d'Haïti (1915-1934). En 1934, il fonda le Parti communiste haïtien.

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Compères, commères, cousins, cousines, amis, ennemis, tous vivent dans ce village délaissé où les sources ont tari suite à déboisement outrancier. Les nuages, la pluie bienfaitrice ne répondent pas aux prières des dieux. Les plus riches, les mieux nantis, les plus voleurs, comme les charognards, attendent que, perclus de dettes, les paysans n’aient d’autres solutions que de vendre leur tout petit carreau de terre, pour le racheter à vil prix.

Manuel, nègre natif natal de Fonds-Rouge, fils de Délira et Bienaimé, revient au pays après avoir passé une quinzaine d’années dans un batey dominicain, plus proche de l’esclavagisme que du travail agricole « Tuer un Haïtien ou un chien, c’est la même chose disent les hommes de la police rurale : de vraies bêtes féroces ». Il ne reconnait plus le paysage. Temps longtemps, le petit-mil, le maïs et autres légumes poussaient, arrosés par les rigoles gérées par un mèt lawouze que Jacques Roumain aurait transformé en Gouverneurs de la rosée. « À Mahotière, disait-elle, nous avons de l’eau, nous autres. Mais pour les jardins, l’arrosage n’est même pas nécessaire. La fraîcheur suffit, la rosé »e du matin. Au réveil, tout est brillant et mouillé. Faut voir ça : c’est comme une écume de soleil ».

Manuel part à la recherche de l’eau. En chemin il trouvera l’amour en Annaïse, fille du clan ennemi. Le télégueule a propagé la nouvelle : Manuel a trouvé une source ! Il veut profiter de cette aubaine pour faire cesser les rivalités entre familles, réunir toutes les bonnes volontés et relancer le coumbite qui pourrait être le ciment de leur communauté. comme tu temps de la jeunesse de Delira et Bienaimé ses parents.

En mélangeant un français pur et la langue de chez lui, Jacques Roumain nous offre un livre fort, poétique avec de sublimes descriptions. Ses portraits de la vie paysanne quotidienne confinent à l’ethnologie. A la fois politique et onirique, Gouverneurs de la rosée est une œuvre passionnante, foisonnante, humaine, habilement politique. Chaque page lue est un ravissement. Petite précision ; ce livre écrit en 1944 et se trouve, malheureusement, encore d’actualité

Il y a du Pagnol (Manon des sources), du Shakespeare (Roméo et Juliette) dans cette œuvre, je pèse mes mots. Comme l’écrit Jacques Stephen Alexis : « le roman est une espèce de grand poème populaire aux contours classiques et aux personnages quasi symboliques et plus loin : « Peut-être est-ce le livre qui contient le message essentiel de Roumain, message que la vie ne lui a pas permis d’illustrer personnellement ? Jacques Roumain a écrit un livre qui est peut-être unique dans la littérature mondiale parce qu’il est sans réserve le livre de l’amour. »

Que dire d’autre !

Je suis en face d’un coup de cœur et je remercie chaleureusement et les Editions Zulma pour cette lecture si passionnante.

Ecoutez l’interview de Laure Leroy Editrice de Zulma sur Libfly.

D'autres avis : mimi - Libfly

« -Le Seigneur, c'est le créateur, pas vrai ? Réponds : Le Seigneur, c'est le créateur du ciel et de la terre, pas vrai ?
Elle fait : oui ; mais de mauvaise grâce.
- Eh bien, la terre est dans la douleur, la terre est dans la misère, alors le Seigneur c'est le créateur de la douleur, c'est le créateur de la misère. »

Vers les onze heures, le message du coumbite s’affaiblissait : ce n’était plus le bloc massif de voix soutenant l’effort des hommes ; le chant hésitait, s’élevait sans force’, les ailes rognées. Il reprenait parfois, trouvé de silence, avec une vigueur décroissante. Le tambour bégayait encore un peu, mais il n’avait plus rien de son appel jovial, quant à l’aube, le Simidor le martelait avec une savante autorité.

Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes.

Du levant au couchant, il n’y a pas un seul grain de pluie dans tout le ciel : alors est-ce que le bon Dieu nous a abandonnés ?
- Le bon Dieu n’a rien à voir là-dedans.
- Ne déparle pas, mon fil. Ne mets pas de sacrilèges dans ta bouche.
La vieille Délira, effrayée, se signa.
Je ne déparle pas, maman. Il y a les affaires du ciel et il y a les affaires de la terre : ça fait deux et ce n’est pas la même chose. Le ciel, c’est le pâturage des anges ; ils sont bienheureux ; ils n’ont pas à prendre soin du manger et du boire. Et sûrement qu’il y a des anges nègres pour faire le gros travail de la lessive des nuages ou balayer la pluie et mettre la propreté du soleil après l’orage, pendant que les anges blancs chantent comme des rossignols toute la sainte journée… Mais la terre, c’est une bataille jour pour jour, une bataille sans repos : défricher, planter, sarcler, arroser, jusqu’à la récolte, et alors tu vois ton champ mûr couché devant toi le matin, sous la rosée, et tu dis : moi untel, gouverneur de a rosée, et l’orgueil entre dans ton cœur. Mais la terre s’est comme une bonne femme, à force de la maltraiter, elle se révolte : j’avais vu que vous aviez déboisé les mornes. La terre est toute nue, sans protection. Ce sont les racines qui font amitié avec la terre et la retiennent : ce sont les manguiers, les bois de chênes, les acajous qui lui donnent les eaux des pluies pour sa grande soif et leur ombrage contre la chaleur de midi. C’est comme ça et pas autrement, sinon la pluie écorche la terre et le soleil l’échaude : il ne reste plus que des roches. Je dis vrai : c’est pas Dieu qui abandonne le nègre, c’est le nègre qui abandonne la terre et il reçoit sa punition : la sécheresse, la misère et la désolation.

Les uns plantent, les autres récoltent. En vérité, nous autres le peuple, nous sommes comme la chaudière ; c’est la chaudière qui cuit tout le manger, c’est elle qui connaît la douleur d’être sur le feu, mais quand le manger est prêt, on dit à la chaudière : tu ne peux venir à table, tu salirais la nappe.

La haine, la vengeance entre les habitants. L'eau sera perdue. Vous avez offert des sacrifices aux loa, vous avez offert le sang de poules et des cabris pour faire tomber la pluie, ça n'a servi à rien Parce que ce qui compte c'est le sacrifice de l'homme. C'est le sang du nègre. Va trouver Larivoire. Dis-lui la volonté du sang qui a coulé : la réconciliation, la réconciliation pour que la vie recommence, pour que le jour se lève sur la rosée.

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