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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #libfly

Anne Schmauch - Katherine Ferrier - Mémé Dusa

20 Juin 2017, 14:09pm

Publié par zazy

Mémé Dusa

Texte Anne Schmauch

Illustration  Katherine Ferrier

Editions Sarbacane

Collection: Pépix

Dès 8 ans

192 pages

novembre 2015

ISBN: 9782848658162

 

4ème de couverture :

Hélène se doutait bien que ses parents lui cachaient quelque chose à propos de ses origines grecques. Mais quand son idiot de grand frère et elle se retrouvent parachutés en Grèce antique – il y a 5 000 ans, au milieu des monstres et des dieux !! –, ça lui fait tout drôle. Enfin… « Drôle », façon de parler, parce que leur grand-mère, Mémé Dusa alias la VRAIE Médusa, habite là-bas aussi, et qu’elle a la mauvaise habitude d’assassiner comme elle respire… Autant dire que ça va swinguer !

Bienvenue dans une aventure mêlant enquête policière, voyage temporel et combats de monstres au pays d’Ulysse, Zeus et les autres !

Les auteurs (site de l’éditeur)

Anne Schmauch est née en 1978 à Metz, où elle a vécu quelques années avant de déménager à Nantes puis à Rennes. Ses études d’histoire de l’art et de lettres l’ont menée à Paris, où elle vit actuellement.

Elle a écrit une quinzaine d’histoires, pour la presse et pour l’édition.

Diplômée de l’atelier de Bande dessinée de l’EESI, Katherine Ferrier s’est imposée en BD jeunesse avec sa série Hôtel Étrange, qu’elle dessine et co-écrit avec Florian Ferrier.

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Papy est boiteux, alors Papy ne pourra venir garder les enfants chez eux. Hélène et Hector doivent descendre dans le sud retrouver leur grand-mère et Papy. C’est ce qu’a entendu Hélène, surprenant la conversation entre ses parents. Mais qui est donc cette Mémé Dusa qu’ils n’ont jamais vue, dont on ne parle jamais, qui ne vient jamais les voir, surtout dont leur mère ne parle jamais parce que totalement infréquentable ?

Dès leur arrivée, Mémé Dusa médusa ses petits-enfants. L’auteur a conçu le titre pour le jeu de mots, alors, je ne vais pas me prier. Pourtant, il faut remonter à la racine du mot méduser ! Je vous laisse imaginer l'accueil (voir l'image), tout y est, la chevelure ondulante, la toge, les personnages pétrifiés, plus le reste  

Oui, ce livre assez drôle et ludique parle de personnages de la Grèce antique, Méduse l’une des trois Gorgones dont la chevelure est faite de serpents, comme Mémé Dusa. Hélène et Hector, deux prénoms chargés d’histoire mythologique, Ulysse et ses marins plus couards que la légende….

Beaucoup de péripéties sur un rythme enlevé, j’oserais presqu’écrire échevelé si je n’avais peur des serpents de mémé Dusa ! Si la narratrice principale est Hélène, Hector aime bien y mettre son grain de sel et, cela peut être piquant.

Non, même si vous me chatouillez la plante des pieds je ne dirai rien, et pas besoin de faire appel à Cerbère, je vous laisse le soin de découvrir cette histoire.

Ah oui, j’allais oublier ! Jeunes gens, vous avez un test sur le "Relou Number One". Mesdemoiselles, je suis certaine que vous y trouverez vos grands frères et lycée de Versailles.

Je ne terminerai pas cette chronique sans parler des dessins déjantés de Katherine Ferrier qui campe une mémé Dosa fumante.

Je remercie les éditions Sarbacane qui participent à l’opération Voie des indés mensuelle de Liblfy, pour cette lecture divertissante, mais pas que.

Mémé Dusa va attendre gentiment (enfin je l’espère) l’arrivée de mes petits-enfants cet été.

 

 

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Mika Biermann - Booming

23 Mars 2017, 16:37pm

Publié par zazy

Booming

Mika Biermann

Editions Anarchasis

août 2015

144 pages

ISBN : 9791092011289

 

4ème de couverture :

Surgis du fin fond du décor, Lee Lightouch et Pato Conchi, le grand maigre et le petit gros, se rendent à Booming pour raison sentimentale.
« Personne ne va à Booming » ; « Prenez un bonbon, je ne crois pas qu’ils en aient » : on les avait pourtant prévenus. Kid Padoon et sa bande font régner la terreur à Booming, le shérif à leur botte, le bordel à leur service, le saloon à leur disposition, le croque-mort aux petits soins.

Mais ça n’est encore rien : il y a quelque chose de détraqué à Booming, un truc qui coince, qui débloque, qui recoince et qui vous rend cinglé.
Accrochez-vous : Booming est un western quantique qui se joue des balles et du temps qui passe.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Mika Biermann, originaire d’Allemagne, habite Marseille depuis 25 ans. Après avoir fait les Beaux Arts à Berlin et Marseille, il s’achemine vers l’écriture, et a déjà publié deux ouvrages : Les 30 jours de Marseille (Climats, 1996) et Ville propre (La Tangente, 2007). Un Blanc est son troisième roman, mais il a aussi publié en Autriche la traduction allemande des chroniques de Jacques Durant dans Libération sur la tauromachie.

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Booming sent bon la petite ville américaine florissante, avec ses commerces, son saloon, son sheriff, ses indiens, ses bandits, son croque-mort… bref, une ville du far West florissante. Quoi, ce n’est pas ça ? Lorsque l’on s’appelle Booming….

Lee Lightouch, longiligne anglais amoureux de la peinture et Pato Conchi, colombien petit, bien en chair et leurs mules, en auront un tout au avis lorsqu’arrivés à Townsend  ils demandent la direction de Booming

« Le barman chauve expédia un mollard dans le crachoir.
- Personne ne va jamais à Booming
- -Pourquoi pas ?
- N’y a rien là-bas »

Pourquoi ces deux hommes qui font penser à Don Quichotte et Sancho Panza veulent-ils aller à Booming ? C’est là que l’histoire diverge par rapport à Don Quichotte. Pato Conchi veut y retrouver sa Dulcinée, sa Conchita enlevée par Kid Padoon.

Ami lecteur, amie lectrice cartésiens, sautez de votre mule, restez à Townsend, je repasse vous chercher à la fin de cette chronique.

Bon, retrouvons nos deux cow-boys à l’entrée de Booming devant un indien assis immobile mais qui semble vivant, sauf qu’il est dur comme une statue, mais intransportable.

« A l’œil nu, les cheveux ressemblaient à de vrais cheveux, la peau à de la vraie peau. Au toucher, tout avait la dureté de la pierre. La rigidité du fer. La densité du bois. »

Peu après, Pato s’enfonce un brin d’herbe dans la chaussure, sauf que… l’herbe est dure et tranchante comme du fer, qu’ils ne peuvent la déterrer.

Avec précaution, ils continuent leur chemin pour entrer dans Booming. Tout est immobile, même le soleil ne bouge pas, un vrai décor de cinéma. Plus loin, un homme est dans le même état que l’indien.

Bienvenue à Booming où même les mouches sont arrêtées dans leurs vols, ville sans bruit, sans mouvement, sans odeur.

Les deux hommes se séparent et, à ce moment, la vie reprend ou, ils se promènent au milieu des « statues » et font dévier la balle qui devrait tuer…

Ces « arrêts sur image » racontent la violence qui règne à Booming sous la coupe de Kid Padoon et sa bande.

Bref, Mika Biermann s’amuse, se joue des codes, des dimensions, du temps… La chronologie est bafouée avec allégresse, les histoires se croisent dans le temps, tout semble fou sens dessous-dessus, mais, que nenni, l’auteur sait où il nous emmène et tricote son histoire avec précision. Un point à l’endroit, un point à l’envers, puis reprend la maille plus haut… pour une écharpe qui s’enroule agréablement autour de mon cou. Une histoire qui ne me fait pas lâcher le livre.

Plus que ce western hors d’âge, pas comme les infâmes whiskies que se tapent Lightouch, il y a l’amitié intemporelle entre ces deux hommes que tout devrait séparer.

Ce roman est superbement construit, déconstruit puis reconstruit, tout ceci avec brio, sans jamais perdre le fil. J’y ai perdu la tête, l’ai retrouvée pour mieux être comblée par la maîtrise de l’écriture

Bref, entre western classique avec les bons, les méchants, les truands, les pendaisons, les filles de joie, le sheriff corrompu et ivrogne… et western quantique, selon la 4ème de couverture et que je ne saurais vous expliciter, j’ai passé un moment de lecture comme je les aime.

La couverture du livre concoctée par Anacharsis est parlante, après coup ; Un cow-boy en plastique sur son cheval et son petit carré d’herbe verte, posé sur un décor genre Colorado.

Livre lu dans le cadre de la voie des indés initiée par Libfly qui met à l'honneur les éditeurs indépendants.

 

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Socorro Acioli - Sainte Caboche

6 Mars 2017, 09:19am

Publié par zazy

Sainte Caboche

Socorro Acioli

Traduction Régis de Sa Moreira

Dessins Alexis Snell

Editions Belleville

mars 2017

256 pages – 30 illustrations

ISBN : 9791095604013

 

4ème de couverture :

Après avoir parcouru pendant des jours et des nuits les paysages hostiles du Nordeste brésilien, Samuel trouve refuge dans une grotte à l’étrange forme de tête. L’endroit est parfait pour s’installer paisiblement à l’abri des regards. Mais Samuel se rend vite compte que, depuis son nouveau repaire, il entend les prières d’amour que les villageoises adressent à Saint Antoine. Voilà l’occasion de s’occuper un peu…
Les prédictions de Samuel à travers la voix du saint deviennent rapidement célèbres dans toute la région. Il a, paraît-il, apporté l’amour à de nombreuses femmes désespérées. Mais bien souvent gloire rime avec déboire. Samuel se retrouve bientôt au cœur d’histoires bien plus compliquées que ces simples prières ne le laissaient prévoir…

L’auteur :

Née en 1975 à Fortaleza, au Brésil Socorro Acioli  a entamé une carrière de journaliste, et a commencé à écrire à partir de 2001.Depuis, elle a publié 15 livres au Brésil, et est reconnue pour ses biographies, livres pour la jeunesse

En 2006, elle a participé à un atelier animé par Gabriel Garcia Marquez à Cuba, et a été désignée lauréate de l'atelier par le Prix Nobel colombien avec son roman Sainte Caboche.

Sainte caboche est  son premier livre paru en français, aux éditions Belleville.

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Juste avant de mourir, Mariinha, la mère de Samuel, lui confie quatre choses à faire.

« Je veux que tu allumes trois cierges pour le salut de mon âme. Le premier au sanctuaire de mon petit padre Cicero, le deuxième à la statue de saint François de Canindé, … Et le troisième à saint Antoine, parce que c’était le saint patron de ma mère. Les trois bougies à leurs pieds, mon fils. Posées sur leurs, c’est un détail important pour moi. Mais ma première requête, c’est que tu ailles à Candeia rencontrer ta grand-mère et ton père. »

Samuel, malgré sa haine d’avoir été abandonné, par son père, dans le ventre de sa mère, sait qu’il ira là-bas pour le repos de l’âme de sa mère.

Voyageant à pied, souffrant sous le soleil, de la faim, la soif, il arrive comme une loque humaine devant sa grand-mère qui… l’envoie se coucher dans la forêt.

« Toi, pars d’ici et va dans la forêt. Continue la rue, passe l’église Matriz et le cimetière, avant dans els bois, toujours tout droit sans tourner. Quand tu verras un goyavier, prends à droite, là tu trouveras un coin couvert où dormir. Hâte-toi d’y aller et repose-toi, il y a un gros orage qui arrive.
Puis elle claqua fermement la vieille porte en bois et elle disparut. »

Encore mieux que l’hôtel du Bon Accueil !

Samuel, obéit et après avoir été mordu par une meute de chiens,  arrive à l’entrée d’une grotte obscure et nauséabonde qui s’avère être l’intérieur d’une tête de saint dont le corps gît plus loin. Il dort dans la tête d’un saint décapité !

« Peut-être qu’un géant avait décapité le saint, pensa t-il. Lui avait tranché le cou avec une épée, après quoi e crâne avait dévalé la colline. Il ne voyait pas d’autre explication à une telle aberration : la caboche avait roulé comme un ballon et s’était arrêtée en bas. »

A cinq heures  du matin il est réveillé par des voix de femmes, alors qu’il n’y a personne. Est-ce la fièvre due à la morsure qui s’est infectée ? Pourtant, même guéri, il les entend, toujours aux mêmes horaires. Son comparse Francisco, lui, n’entend rien, seul Samuel peut les entendre et… il y a ce chant qui l’envoûte, ce chant qui l’empêche de partir, de quitter la tête.

 

S’ensuit un job lucratif de prédictions qui s’étend à la région, relayé par une radio locale. Le village quasi abandonné à son arrivée, renait, s’anime avec tous les marchands du Temple et les autochtones qui reviennent. C’est beau un village qui renait, même pour des raisons peu « catholiques »

Pourtant, il doit partir, sa vie est en danger. Il y a des intérêts financiers, des politicards véreux, des constructions que son commerce gêne

« Le projet du maire était de vendre le terrain de Candeia à une entreprise pour la construction d’une usine. Mais il ne pouvait le faire avant que toutes les maisons soient –illégalement- à son nom. »

Je n’en dirai pas plus pour ne pas divulgâcher.

Dans une très belle écriture, merci  à Régis de Sa Moreira pour la traduction, Socorro Acioli me conduit dans le Nordeste brésilien pays où tout peut être superstition.

Le récit passe du cocasse au poétique, des rires aux larmes. Un voyage onirique dans une très belle langue. Une lecture envoûtante, enfin qui m’a envoûtée et que je n’ai pu lâcher. Un très beau roman populaire entre conte et modernité.

Le petit plus ?  Une lecture connectée ; des balises avec un mot à copier sur le site des Editions Belleville pour écouter, voir… je n’en sais pas plus car ce livre n’étant pas encore paru, la connexion n’est pas active, à surveiller.

Sainte Caboche est le second livre des Editions Belleville toute nouvelle maison d’éditions. Je gage qu’avec de tels titres, elle se pérennise pour notre grand plaisir. La couverture de Fernando Chamarelli me plait beaucoup. Une jolie marque d’originalité.

« Chez Belleville, chaque livre est illustré par un artiste du pays de l’auteur. Pour le premier roman de la maison, Sainte Caboche, nous avons eu la chance de travailler avec Fernando Chamarelli, un street artist aux magnifiques œuvres colorées, remplies de créatures exotiques étranges. »

« En 2017, embarquez avec nous au Brésil, en Moldavie, en Turquie, en Egypte et en Iran. »

Préparons nos valises, les deux éditrices nous promettent de beaux voyages

Merci Liblfy pour cette belle découverte

 

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Mikaël Hirsch - Avec les hommes

15 Février 2017, 22:35pm

Publié par zazy

 

Avec les hommes

Mikaël Hirsch

Editions Intervalles

août 2013

128 pages

ISBN : 978-2916355887

 

4ème de couverture :

À Brest, deux anciens amis se retrouvent après vingt années de séparation. Le premier, en devenant écrivain, semble avoir réussi sa vie ; le second, en dépit de débuts prometteurs, n’est jamais devenu ce qu’on attendait de lui. Et si l’amertume rattrape souvent les grandes espérances, l’idée même de réussite peut parfois s’avérer illusoire.

De Tel-Aviv à la presqu’île de Crozon, de la cour de Normale Sup’ aux monts d’Arrée, ces deux destins parallèles nous racontent la soif d’exotisme, la passion qui dévore et la littérature qui consume.

Variation jubilatoire sur le thème du voyage en Orient, réflexion sur la honte et la cruauté, Avec les hommes est aussi et surtout un magistral roman d’amour.

L’auteur (site de l’éditeur)

Mikaël Hirsch est un écrivain français né à Paris en 1973. Deux de ses romans, Le Réprouvé (2010) et Avec les hommes (2013) ont figuré dans les sélections du Prix Femina. Après Libertalia, paru en 2015, Quand nous étions des ombres est le quatrième roman de Mikaël Hirsch publié aux éditions Intervalles.

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Le narrateur, auteur, venu dédicacer son livre à Brest se retrouve dans un bar. Il a la surprise de retrouver son ancien à camarade Normal ‘Sup perdu de vue depuis plus de vingt ans.

Il n’avait jamais été beau, de cette beauté qui fait mal, plonge le spectateur dans l’embarras, le renvoie immédiatement à son humaine condition. Tout au plus avait-il connu cette sorte d’apogée physique très éphémère, située entre de longues années de modifications approximatives et un rapide déclin. »

Paul a besoin de se confier et il choisit le narrateur pour se lancer dans une longue logorrhée de ses malheurs. Un long récit, pas larmoyant, sincère de ce qu’il a vécu, subi jusqu’à ce qu’une bonne fée lui permette de trouver en lui le positif. Au début, l’écoute de l’écrivain se fait bienveillante, puis plus distraite, avec un petit sentiment de supériorité

Je comprenais parfaitement à présent la raison de ce grand déballage, ou du moins, le pensais-je. J’étais devenu celui qu’il n’était pas. J’avais la vie qu’il aurait dû avoir, si l’amour déçu ne l’avait mis en terre au plus mauvais moment. Non pas qu’il m’ait considéré comme un usurpateur, mais son regard cherchait dans le mien des traces de sa vie enfuie, un bout de lui-même, quelque chose qui aurait porté ses fruits au lieu d’avorter.

A un certain moment, le narrateur se trouve pris, fasciné, happé par le récit de Paul et  se met en mode romancier.

« Lui qui n’était pas écrivain avait finalement le talent qui me manque aujourd’hui »

Petit à petit, le récit évolue et si Paul n’était pas le plus mal loti des deux. Vaut-il mieux connaître les affres d’un amour déçu ou, comme le narrateur, s’en protéger et tout donner à la littérature. Paul a eu le courage de se montrer nu, d’ouvrir ses entrailles, de parler honnêtement ; le narrateur s’en est toujours protégé pour taquiner la muse  A trop s’économiser, se protéger, on ne vit pas.

« Lui qui me jalousait, je crois, pour ce statut d’écrivain si convoité, parait-il, et pourtant si pathétique, avait connu cet amour véritable dont nous rebat la littérature, auquel je n’ai jamais eu accès, et c’est moi, par conséquent, qui le jalousais à mon tour, dans une forme d’inversion des rôles. »

Mikaël Hirsch écrit « L’amour et la littérature sont tous deux des charognards. » La littérature se nourrit-elle de la vie des autres, des récits des autres ?

C’est ainsi que son histoire, s’en doutait-il seulement, est aussi devenue mon histoire. Si bien que la réalité devient fiction dès lors qu’on la rapporte. J’écrirai par conséquent et faute de mieux, le fruit de nos mensonges réciproques.

Dès les premières pages du livre, j’ai pensé, encore un nombriliste. Heureusement, j’ai poursuivi car j’aime l’écriture  élégante, travaillée, fluide de l’auteur. C’est plus que cela, j’y retrouve les thèmes du départ, de la fuite pour revivre, de l'amour rencontrés dans Notre-Dame des vents et Libertalia

Livre lu dans le cadre de la Voie des Indés  organisée par Libfly et les éditeurs indépendants dont Intervalles.

 

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Antonio Xerxenesky - F

19 Décembre 2016, 14:39pm

Publié par zazy

F

Antonio Xerxenesky

Editions Asphalte

Traduit par Mélanie Fusaro

222 pages

Septembre 2016

ISBN : 978-2-918767-63-3

4ème de couverture :

À vingt-cinq ans, avec un passé de guérillera et une carrière de tueuse à gages, Ana a tout vu : décapitations, chutes mortelles, exécutions par balle... Mais elle n’a jamais vu Citizen Kane, considéré comme le plus grand film de tous les temps.

Quand son commanditaire habituel lui désigne Orson Welles comme cible, Ana  prend conscience de ses lacunes cinématographiques et entreprend, pour préparer cet assassinat, de découvrir la filmographie de sa prochaine victime. De Paris à Los Angeles en passant par Rio, Ana développe une obsession pour le réalisateur, jusqu’à le rencontrer et travailler pour lui. Mais autour d’Orson Welles, fiction et réalité, vérités et mensonges finissent toujours par s’entremêler...

Après Avaler du sable, Antônio Xerxenesky confirme son originalité dans le paysage littéraire brésilien et son goût pour la pop-culture. F est une véritable déclaration d’amour au cinéma – à tous les cinémas.4

L’auteur (site de l’éditeur)

Antônio Xerxenesky  est né à Porto Alegre en 1984. Son premier roman Avaler du sable

 (Asphalte, 2015) lui a valu d’être distingué comme l’un des meilleurs romanciers  brésiliens  contemporains  par  la  revue  Granta.  F a été finaliste du prix Sao Paulo de littérature.

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F for Fake d’Orson Welles,

F comme femme

F comme fatale

F comme fiction

T comme tueuse à gages

A comme Ana qui n’est pas un ange

F, c’est « L’histoire de la femme qui devait tuer Orson Welles », sous-titre du livre. Ana, jeune femme brésilienne tueuse à gage « Combien de filles de mon âge pouvaient en dire autant ? ». se raconte.

Elle rencontre son  oncle, José, opposant à la dictature, lors de l’enterrement du père d’Ana. Elle  va le rejoindre à los Angeles. Devant son aptitude au tir, son sang-froid, elle se trouve embringuer dans  cette faction révolutionnaire et accepte de partir à Cuba s’entraîner Ce même José lui apprendra la vérité sur son père, ingénieur, surnommé « Docteur Electrochoc et qu’il utilisait son talent incroyable pour l'ingénierie à développer des systèmes perfectionnés de torture par chocs électriques». C’est ainsi qu’elle devient tueuse à gages.

La Voix, c’est toujours par téléphone que cela se passe, lui donne la cible à viser, à elle de se débrouiller. Dès son premier contrat, Ana tue sans se délecter, mais avec une réelle efficacité,  un vrai petit artisan. Très professionnelle, elle suit sa proie, la regarde vivre, apprend ses points faibles  et, comme l’araignée, surgit au moment opportun. Elle en fait une œuvre unique (sans jeu de mot), comme un tableau « Je me soucie de la beauté de la mort, de l’art de l’assassinat. ». 

Sa  dernière mission ? La Voix lui demande de tuer Orson Welles himself. Elle va s’immerger, moi aussi, dans le monde du cinéaste. A Paris, elle étudie la filmographie, la bio du réalisateur avec des passionnés.

Départ pour Los Angeles ; elle entre en contact avec Orson Welles, où miracle, il tourne un nouveau film « Quelle était la relation entre le studio et ceux qui m’avaient engagée ? Etait-il possible que la voix désincarnée donne des ordres au studio, que ces figures faites d’ombres commandent à Hollywood ? » lui qui était en délicatesse avec le milieu.

Ce qui cloche pour ce dernier contrat, c’est sa relation avec le cinéaste. Jusqu’à présent, elle se contentait d’observe ses victimes. Là, elle est l’assistante de Welles. Une relation amicale se noue, mais jusqu’où… Comment tuer, pour elle, vu son style, ce serait plutôt, causer une mort qui peut passer pour naturelle, un type qu’elle admire ? Ici se rejoint la théorie du vrai, du faux, du vraisemblable. Le cinéma peut se faire hors champ de la caméra, surtout lorsque l’on côtoie un mythe

Ana raconte sa vie sans affect,  elle est tueuse à gages, c’est tout, circulez il n’y a rien à voir. Je ne saurai rien de ses motivations. Je pense que son passé, voire sa filiation, joue un grand rôle dans sa vie actuelle « Combien y avait-il de mon père en moi ? Si j’étais un homme, notre ressemblance physique serait-elle plus évidente encore ? Qu’est ce qui le séparait de lui ? Les morts qu’il a causées, en quoi diffèrent-elles des miennes ? C’est une question d’esthétique, ai-je pensé ».

« Est-ce de l’art ». Cette question revient comme un leitmotiv tout au long du livre. L’art aurait-il pu modifier la vie de son père ? « Un livre de Tolstoï aurait-il été capable d’empêcher mon père d’entrer dans la chambre de ma sœur pendant la nuit ? » « Une œuvre d’art serait-elle capable de changer ma vie ? Une œuvre d’art est-elle capable de changer une vie ? Les prétendues humanités sont-elle capables d’humaniser quelqu’un ? Pourquoi associons-nous le terme d’humanités à la notion de faire le bien et d’éprouver de la compassion pour autrui ? Pourquoi la mort ne serait-elle pas une sort d’art ?  Ne serait-ce pas la mort, le véritable signe de l’humanité ? Toutes ces questions, sa peut-être ressemblance, son rapport au père sont autant de raisonnements qui pourraient modifier le cours de sa vie.

Antonio Xerxenesky connait, admire Welles et le cinéma. Pas de copié-collé sorti tout droit de wiki… Non, tout est connu, aimé, vécu. La vie, les mœurs des années 80, la musique le cinéma, la situation politique brésilienne, les nuits de Los Angeles avec la fameuse « witching hour » forment un décor bien présent.

L’auteur mêle personnages réels et fictionnels avec talent.  Est-ce vraisemblable ?  Je ne me pose pas la question tant je suis sous le charme de l’écriture vive, rapide, puissante. Une écriture toujours aussi visuelle, quasi cinématographique avec des flashbacks qui mêlent vraisemblance et surréalisme. Comme dans un bon polar, arrive le doute, les notions de vrai-faux. Oui, c’est connu de tous ou presque, Orson Welles est mort, le 10 octobre 1985 (merci la toile)… Et si c‘était l’œuvre ultime d’Ana ?

Je ne saurais faire des liens avec les films d’Orson Welles, dont je ne connais pas l’œuvre. Cela ne m’a pas empêchée de goûter au plaisir de cette lecture. J’apprécie l’univers déjanté, mais pas que… d’Antonio Xerxenesky, déjà hautement apprécié avec « Avaler du sable ».

F, comme Faut le lire !!

J’ai lu ce livre grâce à l’opération « La voie des Indés » initiée par Libfly. Je les remercie, ainsi que les éditions Asphalte pour ce très bon moment de lecture.

Asphalte, maison d’édition indépendante, proposent « des fictions urbaines et cosmopolites. Attachée à la ville et à ses marges, elle défend une littérature à la frontière des genres, nourrie de pop-culture, de voyages et de musique. »

 

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Emmanuel Moses - Le Compagnon des chacals

4 Décembre 2016, 19:59pm

Publié par zazy

Le compagnon des chacals

Emmanuel Moses

Editions Galaade

Avril 2016-12-04

240 pages

ISBN : 978-2-35176-418-3

 

4ème de couverture :

« Elle eut beau chercher au plus profond des choses éboulées en elle, elle ne trouva pas de réponse satisfaisante à cette coïncidence, à cette association entre le péril et l’amour. »

Une nuit de Noël, un commissaire fatigué attend la relève pour rejoindre des invités qui lui font miroiter une promotion, quand un homme débarque et confesse un crime terrible. Une femme rejoint à l’autre bout du monde son amant, de Mexico à Istanbul, de l’Éden à la fuite. Ce matin-là, l’usine est fermée, Philippe est soudain libre. Ulysse à rebours, qui quitterait Ithaque pour explorer le monde, loin d’une Pénélope qui ne l’aime plus, il pédale à l’aventure. Gébé n’arrive plus à oublier. Il boit et ressasse. Avec Job, un vieil ami, et Lucile, qui traîne la petite fille en elle partout où elle va, chacun s’agrippe à l’autre pour éviter le naufrage. Mathilde, elle, choisit la haute mer.

Fictions policières ou d'espionnage, conte impressionniste d’un vieil homme en fuite qui, grâce au vol d’un oiseau perdu, rencontre son enfance, jeune femme répondant au chant des sirènes… Dans des époques et des lieux propices à la perte de repères, on prend chaque fois conscience, derrière le réel, de l’au-delà.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Poète, traducteur et écrivain, Emmanuel Moses est né à Casablanca en 1959. Il a passé son enfance à Paris avant de rejoindre Jérusalem en 1969. Depuis 1986, il vit et travaille à Paris.

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Sur la couverture, il n’est pas marqué roman, mais fictions au pluriel.

La première histoire m’embarque. Je suis ce commissaire, bloqué sur son lieu de travail alors que tout le monde l’attend chez-lui pour le réveillon et qui ne semble pas réagir lors du témoignage, pour le moins sidérant, d’un homme. Est-ce là la différence entre nouvelle et fiction car la chute est pour moi, molle comme Arden « Il prenait du ventre et mollissait ».

Par contre, j’ai vraiment beaucoup apprécié « Philippe, ouvrier et paysan ». Philippe n’a pas été averti que son usine est fermée pour la journée. Il décide de ne pas rentrer à la maison de suite, enfourche  son vélo, pousse jusqu’à la ville puis sur une route où il fait des rencontres hors temps si agréables. Un vrai moment plein de poésie.

La troisième fiction m’a profondément ennuyée. Ces mecs passent leur temps au fond d’un canapé avec des bouteilles d’alcool et des cigarettes à parler futilités ou alors, je n’ai rien compris !!

J’en ai eu marre de la fumée, du gin, de la vacuité de leurs existences et je suis partie au grand air.

C’est une lecture en demi-teinte où, pour moi, alterne du beau et du nettement moins intéressant. Il y a-t-il une corrélation entre les textes qui, à première vue, semblent disparates ? je n’en sais rien. L’écriture me plait, elle sait être poétique,  

J’ai lu ce livre grâce à l’opération Voie des indés de LIbfly. Je remercie les éditions Galaade, que je découvre, d’y participer.

 

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Guillaume Siaudeau Magali Planès - Boucle d'oeil

9 Novembre 2016, 18:41pm

Publié par zazy

Boucle d’œil

Texte Guillaume Siaudeau

Dessins Magali Planès

Nuit myrtide éditions

Avril 2010

54 pages

ISBN : 9782913192843

4ème de couverture :

Les longues routes blanches sont des espoirs blottis sous la dentelle

Guillaume Siaudeau et Magali Planès vivent à Nantes. Il écrit, elle dessine

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Un moment de grâce dans un monde fou c’est ce que m’a apporté la lecture de ce superbe livret très élégant. Rien qu’à lire le vers de la 4ème de couverture, je suis transportée dans un autre monde.

 « Un matin de glace

j’ai retrouvé mon renard

les pattes en l’air

Ses yeux avaient

quitté leurs orbites

sans laisser d’adresse »

A partir de ce postulat triste, Guillaume Siaudeau m’entoure de volutes de fumées, d’arbres pendus au ciel où « les corbeaux chantaient des cantiques dans les peines de l’hiver ». Je l’ai suivi « dans un petit village incrusté dans la vallée des songes »« les choses étaient aussi faciles que de pêcher des vairons dans un verre d’eau ».  Boucle d’œil car, avec la fin du livre, la boucle est bouclée, mais je vous laisse le soin de le découvrir en lisant ce  livre si délicat.

Les dessins de Magali Planes, à la fois fins, précis, légers, sont faits à l’encre des mots de Guillaume Siaudeau.

Le mot vairon, poisson d’eau douce et claire, me ramène aux parties de pêche de mon enfance.

Guillaume Siaudeau, j’ai aimé « La dictature des ronces » ; avec Boucle d’œil, vous me ravissez.

J’ai découvert Nuit myrtide éditions grâce à l’opération Voie des indés  organisée par Libfly. Je les remercie pour cette délicate découverte.

 

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Claude Duparfait - La Fonction Ravel

30 Septembre 2016, 20:08pm

Publié par zazy

La fonction Ravel

Claude Duparfait

Editions Les Solitaires Intempestifs

Septembre 2016

96 pages

ISBN : 9782846814935

 

4ème de couverture :

Ainsi, je peux dire que j’ai appris de Maurice non seulement la beauté absolue de sa musique, mais aussi je peux dire qu’il m’a également enseigné à écouter le plus attentivement du monde, et avec le plus grand soin, toute musique. Il m’a enjoint dès la sortie de mon soupirail à lire des auteurs que je ne soupçonnais pas. Il me les a tendus comme on tend la main à un enfant pour qu’il ne tombe pas dans un puits profond, il m’a enseigné dans la chambre de mon enfance et dans la maison de mon enfance à réapprendre à écrire, donc à redécouvrir le verbe, mais aussi le chant, et toutes ces choses qui touchent à l’esprit. Il a donc été cette relation idéale que je cherchais intensément dans mon enfance. Et cette étrangeté qui m’unit à lui m’est devenue familière. Elle fait partie de ma maison, de ma vie, de mon corps, et je n’ai de cesse de la partager.

Claude Duparfait est auteur et metteur en scène de théâtre. Il a publié en 1999 aux Solitaires Intempestifs Idylle à Oklahoma, librement inspirée du dernier chapitre de Amerika de Franz Kafka. La Fonction Ravel est son premier récit.

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« J’ai toujours trouvé la Picardie hideuse. Enfant, elle me terrifiait quand je la regardais dans les yeux. » Ainsi débute le livre. C’est vrai, lorsque l’on pense Picardie, l’idée du soleil n’est pas présente, plutôt gadoue, brume, bruine, brouillard, surtout Laon dans l’Aisne ! J’ai mieux compris pourquoi en lisant le livre de Claude Duparfait. En plus de la région, il y a les 4ème et 3ème de transition où le principal de Collège foutaient les élèves de milieu ouvrier, ou peu doués, ou posant des problèmes, ou trop rêveurs ou pas assez concernés… Enfin bref, les moutons noirs. S’en sortir est une vraie gageure « Il n’y avait aucune issue dans la société pour qui entrait dans ces classes de transition de 4ème et de 3ème en Picardie. On y entrait, et à l’instant même où l’on avait franchi la porte on devenait soudain un élève animal malade, un mort. Qui entrait dans ces classes de transition de Picardie ne pouvait pas ne pas ressentir instantanément l’épaisseur de mélancolie et d’affliction, de laideur et de violence –voir de maltraitance- infligée à ces élèves animaux condamnés et perdus. Au milieu des années 70, la classe de4è et de 3è de transition de Laon, dans l’Aisne, est un ghetto d’une quarantaine d’animaux qui côtoient au quotidien les élèves argentés et les chanceux dans les seuls espaces où personne ne peut empêcher qu’ils ne se mélangent : le préau et les latrines. » Une mort sociale annoncée.

Par la voix d’un petit transistor « Philips D2102 » dérobé à son père, Claude entend puis écoute pour la première fois Maurice Ravel et c’est la renaissance « Car sans toi, là-bas à Laon, je me serais définitivement perdu. Je me serais noyé. Je serais mort. Je n’aurais jamais survécu sans toi. » A partir de cet instant, sa vie bascule, s’ouvre la gangue, des horizons nouveaux. Il sortira dans les deux sens du terme de transition pour aller vers une seconde classique. Ravel lui permettra d’obtenir, aux épreuves du BAC, un 17 en français.

Ce livre est un cri d’amour à Maurice Ravel, celui qui lui     permit de sortir de la grisaille picarde, d’assumer sa différence, de partir et vivre. C’est aussi une réhabilitation de ses parents qui n’ont pas pu ou pas su comprendre son grand désarroi et, également,  un merci à car ils n’ont jamais  mit un frein à sa passion de la musique de Maurice Ravel, allant même jusqu’à lui acheter les œuvres complètes à Noël « Ce que je puis dire d’eux, c’est qu’ils n’ont jamais fait obstacle à Ravel. D’aucune manière que ce soit. »

Dès le début de ma lecture, j’avais presque envie de lire à voix haute, que ce livre était fait pour le théâtre. Cette façon de marteler certaines phrases  donne un rythme oral au livre. Curieuse, j’ai regardé plus avant les premières pages et… « Une adaptation de ce texte pour la scène a été réalisé et interprété par l’auteur. » Les représentations ont eu lieu en septembre dernier à Besançon.

Un livre où la pudeur, l’humour, la dérision jouent avec l’amour de Ravel. servi par une écriture dense.

Un livre que je n’aurais certainement pas déniché ni lu sans « La voie des indés » organisée par Libfly qui nous permet de découvrir des maisons d’édition peu connues. Merci à Libfly et à la maison d’édition « Les Solitaires Intempestifs » (cliquez pour aller sur leur site) pour ce très agréable moment de lecture.

J‘aime cette idée que Ravel puisse sauver une vie, tout comme Proust a enchanté la jeunesse de Michaël Uras

 

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Jean-Luc A. d’Asciano - Cigogne

28 Juin 2016, 21:38pm

Publié par zazy

Cigogne

Jean-Luc A. d’Asciano

Editions Serge Safran

Mars 2015

184 pages

ISBN : 979-10-90175- 28-0

 

4ème de couverture :

Recueil de sept nouvelles aux liens subtils entre elles, parle de l’enfance, du poids de l’héritage, du rapport au monde et des manières de fuir la violence et la bêtise des humains.

Adolescente en rébellion contre une cigogne, enfant chamane découvrant les animaux d’un cirque, SDF un peu fou squattant une maison en ruine, frères siamois à la voix miraculeuse ou reclus schizophrène, tous ces personnages portent en eux une vision du monde critique, drôle et désenchantée.

Évoluant dans un univers à la lisière du fantastique, ils passent des alliances avec des figures tutélaires, d’étranges bestioles à plumes, à poils ou à peau.

Un univers enchanteur, mélange de réalisme très cru et d’onirisme ouvert sur l’amour de la vie.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jean-Luc A. d’Asciano est né à Lyon, mais a grandi à Nantes. Passe un doctorat de littérature et psychanalyse. Écrit des articles sur le roman noir, l’architecture, les arts contemporains ou la cuisine. Fonde les éditions de L’Œil d’or où il publie Petite mystique de Jean Genet (2007).

Cigogne est son premier livre de fiction, premier recueil de nouvelles.

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La légende veut que les cigognes livrent des bébés. Avec ce recueil de nouvelles, Jean-Luc d’Asciano conforte la légende en nous livrant un bon livre.

Des nouvelles quelques fois dérangeantes, où l’incongru flirte avec l’étrange. Les personnages sont totalement atypiques. La base, réaliste, permet à l’imagination de l’auteur de se déployer d’une belle façon. Je laisse donc le réalisme à côté de moi

Un imaginaire foisonnant avec des frères siamois qui découvrent pas hasard leurs pouvoirs, «Nous sommes nés monstrueux et notre vie fut belle. Nous sommes nés au plein milieu d'un été admirablement chaud. Nuls signes mystérieux – pluies de crapauds, migrations de rats, passages de comètes à la ponctualité détériorée, naissances d'agnelles à six pattes ou tournée de saltimbanques – n'annoncèrent notre venue. Juste le cri de douleur de ma mère lorsqu'elle accoucha, et son silence obstiné lorsqu'elle nous vit.». des enfants avec un pouvoir mental développé, la folie douce ou pas…

J’ai aimé le SDF ultrasensible qui adore le déplacement de l’air au passage des TGV qui s’installe dans une cabane enfouie sous les ronces pour que sa chienne puisse mettre bas tranquillement. Il dépose ses objets selon un rituel bien défini et enfin « sa face s’anime, s’agite de soubresauts, de tics qui s’organisent. La grimace arrive, la grande grimace, sa préférée : tous son visage se plisse, s’illumine puis s’apaise en un immense, unique et calme sourire ».

Et puis, il y a la cigogne. Cette Klappi qui fait l’unanimité contre elle, qui suit le père partout, il n’y en plus que pour elle. « Johannes, c’est mon père. Klapperstorch, c’est une cigogne. Mais ceci n’est pas l’histoire d’amour entre mon père et Klapperstorch. C’est l’histoire de la guerre sans merci entre le reste de la famille et la cigogne. » Cela pourrait mal se terminer.

Les parents semblent un peu dépassés par leurs progénitures, le drame pourrait être là, sous-jacent, pourtant il y a de l’amour ou, pour le moins, de la tendresse. L’innocence est belle, le désespoir absent, les protagonistes font face à leurs destins. Humains et animaux vivent ensemble, compagnons des uns et des autres, amis ou ennemis, mais pas trop.

Ce livre aux frontières du surnaturel, du conte, de l’onirisme est écrit d’une belle façon. Un recueil de nouvelles très original.

Merci à Libfly pour cette belle découverte dans le cadre de la voie des indés. , une maison d’édition qui sait me séduire par l’originalité et la qualité de ses livres.

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Edward Gorey - L'invité douteux

25 Mai 2016, 14:04pm

Publié par zazy

L’invité douteux

Edward Gorey

Traduction libre d’Oscar

Editions Le Tripode

48 pages

 23 octobre 2014

ISBN : 9782370550330

 

Quelle est cette étrange créature portant des baskets blanches et une écharpe qui fait irruption dans le manoir de ces aristocrates britanniques et rend leur vie impossible ? Dix-sept ans plus tard, elle est encore et toujours là ! Que représente-t-elle ? D’abord représente-t-elle quelque chose ?

Un album sur l’absurde où les textes résument les dessins. J’ai aimé le décalage entre la situation de cette espèce de pingouin en baskets et la douceur qui émanent des dessins, malgré la noirceur des traits de ces dessins à l’encre si précis qu’ils tirent vers l'eau-forte.

La couverture, elle, est très gaie

Livre lu dans le cadre de la voie des indés organisée par Libfly et les éditeurs indépendants. Merci à toi Lucie pour cette extravagante découverte.

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