Azar Nafisi - Lire Lolita à Téhéran
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Lire Lolita à Téhéran
Azar Nafisi
Editions Zulma
Roman traduit du persan par Marie-Hélène Dumas
Mai 2024
432 pages
ISBN : 9791038702769
https://www.zulma.fr/livre/lire-lolita-a-teheran/
4ème de couverture :
Une professeure de lettres anglophones, contrainte de quitter l’université de Téhéran pour avoir refusé de porter le voile, réunit sept de ses étudiantes pour des cours clandestins de littérature, dans l’intimité de son salon, en pleine République islamique des années 1990. Sept jeunes femmes qui sont pour certaines conservatrices et religieuses, d’autres laïques et progressistes, voire ont déjà été emprisonnées. Ensemble, étudiantes et professeure vont lire et parler de Gatsby de Fitzgerald, Lolita de Nabokov, Orgueil et préjugés de Jane Austen… en s’interrogeant : ces romans sont-ils subversifs, ou est-ce le fait de les lire, en Iran, en 1995, qui est subversif ?
Elles découvrent avec passion le pouvoir de la fiction et ses répercussions sur leur vie personnelle, leurs péripéties, leur quotidien sous la République islamique.
Paru en 2003 aux États-Unis et 2004 en France, Lire Lolita à Téhéran provoqua une déflagration. Vingt ans plus tard, il n’a rien perdu de sa pertinence
L’autrice (maison d’édition) :
Azar Nafisi est née à Téhéran, et a longtemps enseigné la littérature anglophone aux États-Unis. De nationalité irano-américaine, elle a vécu et travaillé en Iran, s’opposant aux mesures de restriction des libertés, avant de s’exiler à Washington avec sa famille en 1997.
Lire Lolita à Téhéran a remporté un succès phénoménal à travers le monde, il est traduit vers plus de trente langues et lauréat de nombreux prix. Azar Nafisi est aussi l’autrice de Lire dangereusement, le pouvoir subversif de la littérature en des temps troublés (Zulma, 2024), de La République de l’imagination et d’une fresque familiale bouleversante, Mémoires captives (Z/a).
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Azar Nafisi, dès l’ouverture du livre nous informe que les faits sont réels, mais que les personnages ont été modifiés en transformant et en échangeant divers éléments de leurs vies et ainsi sauvegarder leurs secrets.
A l’automne 1995, l’autrice démissionne de son poste d’enseignante à l’université suite aux censures et difficultés de plus en plus contraignantes et détestables. Elle invité, chez elle, une fois par semaine un groupe de sept élèves pour discuter littérature étrangère controversée puis interdite par le régime des Mollahs. Ces échanges libres sont très enrichissants et sont une preuve de l’importance de la littérature. « Lorsque toute possibilité d'action semble vous avoir été enlevée, la moindre ouverture devient une incroyable délivrance. Nous nous sentions, lors de nos réunions, presque totalement libres. »
Les sept invitées s’ouvrent petit à petit et parlent de leurs vies, leurs désirs, leurs peurs, voire même de leurs rêves et de politique. Tout est mêlé avec la littérature anglo-américaine que l’autrice professe et aime tant.
Heureusement, la littérature est très présente et ce sont des bouffées de liberté. Vous vous rendez compte lire et discuter de Lolita, cette gamine odieusement violée et assujettie (je n’ai jamais pu terminer le livre) à Téhéran en pleine répression !
J’ai aimé son analyse du livre Orgueil et préjugés « Comparer la structure générale d’Orgueil et Préjugés à une danse du XVIIIeme siècle, de celles que l’on imagine exécutées par Elizabeth et Narcy pendant l’un de ces innombrables bals aux-quels ils assistent, m’avait paru la meilleure façon de l’expliquer à mes étudiantes… du fait que le roman est construit comme une danse, acte privé qui se déroule en public. »
« Le rythme de la danse, un pas en avant, un pas en arrière, se retrouve dans les actes et les gestes des deux protagonistes autour duquel se noue l’intrigue. Les évènements qui se déroulent parallèlement les rapprochent et les éloignent tout à tour. »
La réalité politique est omniprésente comme la guerre avec l’Irak, nous sommes dans les années 1990. La progression de la main mise des autorités religieuses sur l’éducation, sur les universités subversives par essence, Le voile apparaît jusqu’à devenir obligatoire, La littérature étrangère fond au profit d’une « littérature » à la sauce Ayatollah avec les évictions de professeurs se fait de plus en plus dur. Azar Nafisi peine de plus en plus à faire ses cours. L’obligation du voile, les libertés perdues surtout pour les femmes. Que ces enseignantes, que ces femmes qui s’opposent ont du courage !
J’ai plus qu’apprécié cette lecture qui alterne avec le pessimisme, la peur dus à la situation politique et l’optimisme, le plaisir de la lecture, de la littérature
L’écriture, fort bien traduite par Marie-Hélène Dumas, n’est pas la même, je la ressens ainsi, lorsqu’elle parle de de son groupé d’étudiantes et de littérature. Je la sens investie de cette mission qui lui donne la force de résister.
Un livre d’une très grande richesse qui ne se dévore pas, mais demande une petite concentration. Un réel coup de cœur
Avec ce qui se passe actuellement, Azar Nafisi doit être écartelée entre son pays d’adoption, les USA et son pays d’origine l’Iran.
« Il me semble aujourd’hui incroyable, tandis que je me replonge dans le récit de ces évènements, de m’être alors focalisée comme je l’ai fait sur mon travail. Car je m’inquiétais autant d l’accueil que mes cours allaient recevoir que des bouleversements politiques que subissait notre pays.
