Katarina Mazetti - Le mec de la tombe d'à côté
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Le mec de la tombe d’à côté
Katarina MAZETTI
Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus
Editions GAÏA
354 pages
ISBN : 9782847200799
4 ème de couverture
Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire de métier, et citadine pragmatique, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance. Au cimetière, elle rencontre le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que la tombe avec sa stèle tape-à-l' œil. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, de façon assez rustique, et grâce à une bonne dose d'humour et d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il s'énerve contre la 'Crevette' qui occupe le banc au cimetière avec lui, avec son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Rien, a priori, ne rapproche ces deux-là, et pourtant, il suffira d'un sourire qui éclate simultanément sur leurs lèvres, pour qu'ils soient tous deux éblouis. C'est le début d'une histoire d'amour assez cocasse. Ils sont tout le contraire l'un de l'autre. Elle ne sait pas cuisiner, il lit tout au plus un livre par an. Elle veut aller à l’opéra, lui doit traire les vaches. Il traîne avec lui une odeur d’étable, elle vit dans un appartement aseptisé. Mais leur passion amoureuse est sans bornes
Née en 1944, Katarina Mazetti est journaliste à la radio suédoise. Auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes, elle a rencontré un succès phénoménal avec Le Mec de la tombe d'à côté, traduit en de nombreuses langues. Son œuvre est publiée en France par les éditions Gaia.
Première surprise des Editions Gaïa : les pages sont roses !!! Surprenant
« Méfiez-vous de moi !
Seule et déçue, je suis une femme dont la vie sentimentale n’est pas très orthodoxe, de toute évidence. Qui sait ce qui pourrait me passer par la tête à la prochaine lune ? »
Ce monologue, elle le tient assise sur un banc, devant la tombe de son mari, mort dans un accident.
Sur la tombe à côté, vient se recueillir très souvent celui qu’elle appelle « le Forestier ». « Il vient régulièrement à quelques jours d’intervalle, vers midi, toujours en trimballant de nouvelles plantes et des engrais. Il dégage cette fierté propre aux cultivateurs di dimanche, comme si la tombe était son jardin ouvrier ».
A l’autre bout du banc, nous avons cet homme, qui la voyant à chaque fois pense : « putain, je ne peux pas la blairer, je ne peux vraiment pas la blairer….. Décolorée comme une vieille photo couleur qui a trôné dans une vitrine pendant des années… »
Elle, la vierge froide, celle qui a fait un mariage sensé et réfléchi : « Au bout de 6 mois, nous avions un mariage aussi confortable qu’une paire de pantoufles qui s’est faite à vos pieds », papier de verre numéro cinq, c’est dire si nous grincions ». Très engageante perspective d’une vie amoureuse !!! Celle qui ne vit que pour son métier, et sa vie d’intellectuelle. Bref, une femme austère et cérébrale.
A l’autre bout du banc, nous trouvons le Forestier, avec ses 2 doigts manquants, sa casquette, son allure paysanne, ses mains pas très nettes, son blouson voyant… qui vit seul dans sa ferme depuis le décès de sa mère, les tâches ménagères qu’il n’a plus le temps d’accomplir : « La salopette tient debout toute seule, imbibée de merde et de lait caillé, les draps sont grisâtres, la maison glacée quand on entre et le café se résume à une tasse d’eau chaude du robinet avec du Nes… », Bref, le vieux garçon dans toute sa splendeur.
Et puis, boum badaboum, l’éclaire, le tonnerre…. La fusion que sais-je encore : le coup de foudre inéluctable. Tous les deux sombrent corps et âmes dans ce ballet mais, car il y a un mais : on est comme l’on naît, cette sentence prouve ici sa justesse. Lui manuel, travailleur les pieds dans la glaise ou plutôt dans la bouse de vache, elle éthérée, la tête dans les livres.
A bientôt 40 ans, difficile de céder du terrain malgré les tonnes d’amour, les corps à corps voluptueux, les râles…. Chacun attend de l’autre un virage à 180° et, là, ça coince très sérieusement.
La construction du livre où chacun parle à son tour de paragraphe nous montre leur incompréhension totale de la vie de l’autre, leur impossibilité à se mettre à la place de l’autre. Est-ce là l’apanage de la passion ?
Sans avoir l’air d’y toucher, avec ses mots, son ironie, son humour et sa tendresse envers ses deux tourtereaux plus de l’année, Katarina nous pose plusieurs questions. L’amour peut-il surmonter les différences entre classes sociales, l’amour est-il plus fort que l’apparence, que nos habitudes et une certaine lâcheté ? La passion peut-elle dériver vers l’amour et la tendresse ?
Le thème de la passion totale entre deux êtres que tout sépare se retrouve souvent, mais, j’avoue avoir bien aimé la façon de le dépeindre de Katarina Mazetti
Le résultat est un joli livre d’une écriture vive, agréable à la fois drôle, caustique et tendre. Un bon coup de cœur que j’ai lu en 4 heures durant une insomnie, que je n’ai pu lâcher et qui m’a fait sourire et même rire.
Petit bémol, la couverture n'est vraiment pas à la hauteur et fait plus penser à un roman à l'eau de rose
Livre lu dans le cadre des challenges :
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