Edgar Hilsenrath - Satires
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Satires
Edgar Hilsenrath
Editions le Tripode
Traduction Chantal Philippe
144 pages
Juin 2025
ISBN : 9782370554604
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4ème de couverture :
« Tout est fini. La vie d’un Allemand ne vaut plus la peine d’être vécue. Les Ricains vont débarquer. Puis les travailleurs immigrés. Mais attends, ma chère Gerda. Il y aura d’abord la faim, et la dénazification. Puis la réforme monétaire. Après, ça ira peut-être mieux. Mais sans moi, Gerda. Je ne veux plus. Oui, on remontera la pente. Et il y aura de nouveau des Forêt noire aux cerises et des gâteaux aux fraises. Les Allemands seront de plus en plus gras et ne voudront plus travailler. Alors les travailleurs immigrés viendront faire les travaux pénibles. Et tu seras seule, Gerda. Et tu vieilliras. Et tu seras de plus en plus grosse à force de manger du gâteau aux fraises. Du gâteau aux fraises avec de la chantilly. »
Dans un ensemble de dialogues absurdes et souvent grotesques, Edgar Hilsenrath livre son regard sur une Allemagne qu’il redécouvre après un long exil. Nazis croupissants et veuves de guerre, travailleurs immigrés et jeune génération en quête d’identité : un survivant de la Shoah dit le dérisoire de la réalité, d’un passé irrésolu qui hante ses personnages, et c’est tout le génie de l’écrivain qui surgit à nouveau.
L'illustration de couverture a été réalisée par Henning Wagenbreth.
L’Auteur (site de la maison d’édition) :
Edgar Hilsenrath (1926-2018) est un écrivain allemand. Après avoir survécu à l'expérience du ghetto pendant la guerre, puis avoir vécu en Palestine et en France, il arrive à New York (sur le même bateau que Rita Hayworth) au début des années cinquante. Il travaille comme garçon de café et réduit ses besoins à l'essentiel, écrivant la nuit dans les cafétérias juives. Les éditeurs allemands craignant son approche très crue de la Shoah, il est d'abord publié aux États-Unis... À son retour en Allemagne, en 1975, un petit éditeur relève enfin le gant et un article du Spiegel le rend célèbre du jour au lendemain. Depuis, il accumule les prix et les reconnaissances institutionnelles. Le Tripode publie ses œuvres complètes.
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« Comment s’appelle un homme qui pose encore des questions ?
- Zibulsky.
- Et un homme qui n’en pose plus ?
- Zibulsky aussi.
- Alors tout le monde s’appelle Zibulsky ?
- C’est cela.
- Que signifie Zibulsky ?
- Rien du tout.
- Ce n’est pas possible.
- Pourquoi ?
- Parce que tout a une signification. »
Oui, tout a une signification.
Côté humour noir, rire jaune, sarcasme… Je suis servie. Bienvenue en Absurdie.
Edgar Hilsenrath a simplifié la chose. Tout le monde s’appelle Zibulsky
Dès les premières pages, le rire jaune, ou pas, est présent. La chute de chaque court récit claque. Les dialogues ne font pas dans la dentelle et font mouche à chaque phrase.
L’auteur parle de ce que les allemands n’aiment pas voir traiter de façon satirique, le nazisme et l’holocauste, surtout par un juif qui a connu le ghetto est s’est exilé.
Ces vieux sont-ils nostalgiques du règne du nazisme ou de leur jeunesse ? ces vieilles et ces vieux quelques peu déboussolés par la chevelure colorée de certains jeunes, les migrants turcs qui attendent le boulot sans parler un mot d’allemand (j’ai souri jaune à ce texte mettant côte à côte une dame âgée et ce jeune turc).
Le séjour aux Baléares d’un couple allemand m’a rappelé un voyage en Espagne où il y avait plus de tavernes allemandes que de bistrot espagnol.
Le discours, le texte le plus long du livre est un bijou d’absurdité dans lequel j’ai aimé me perdre pour me retrouver dans les toilettes pour dames de la gare d’Ober-Teutoburg… ou ailleurs
Et puis, il n’est pas si mauvais que cela le vieux spectateur vêtu de son costume de SA datant de 1933. les raisons pour lesquelles il a enfilé… c’est dans le bouquin : le SA zibulsky, ou facisme inoffensif puisqu’il dit : « Tu sais, à l’époque, si tous les nazis étaient allés au foot au lieu d’aller au Parti… pour se sortir la rage du ventre en gueulant pou se libérer… il n’y aurait pas eu de grand Reich »
L’auteur raconte d’une plume merveilleusement ironique, acide, l’Allemagne post nazie avec pour certains, ceux qu’il décrit, un reste d’admiration pour le chef…
Lorsque l’on aime la provoc, lorsque l’ironie du désespoir de ce qui est advenu, lorsque la lucidité est là , on a la chance de découvrir une jolie pépite pour celles et ceux qui n’aiment pas le rose Barbie.
Une très grosse envie de découvrir les précédents ouvrages d’Egar Hilsenrath
Un coup de coeur
