Joseph Ponthus - A la ligne

A la ligne Feuillets d’usine

Joseph Ponthus

Editions de la Table Ronde

Janvier 2019

266 pages

ISBN : 9782710389668

4ème de couverture :

Grand Prix RTL/Lire 2019 - Prix Régine Deforges 2019 - Prix Jean Amila-Meckert 2019 - Prix du premier roman des lecteurs de la Ville de Paris 2019 - Prix Eugène Dabit du roman populiste

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.

Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

L’auteur (site de la maison d’édition) :

Joseph Ponthus est né en 1978. Après des études de littérature à Reims et de travail social à Nancy, il a exercé plus de dix ans comme éducateur spécialisé en banlieue parisienne où il a notamment dirigé et publié Nous... La Cité (Editions Zones, 2012), avant de partir vivre à Lorient, où, faute de trouver un emploi équivalent, il dut embaucher comme intérimaire dans des usines agroalimentaires. De cette expérience, il a tiré un roman, À la ligne, qui a été couronné de nombreux prix littéraires et a conquis un très large public.

Il est mort le 24 février 2021, à 42 ans, d'un cancer fulgurant.

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« C’est fantastique tout ce qu’on peut supporter » Cette phrase de Guillaume Apollinaire mise en préface est un bon résumé de ce livre et de la vie.

L’auteur doit travailler. Il n’est pas ce genre de prêtre ouvrier, un idéaliste de la condition ouvrière, non, il travaille pour ramener des sous à la maison, faire vivre sa famille

« L’usine c’est pour les sous

Un boulot alimentaire

Comme on dit

Parce que mon épouse en a marre de me voir

traîner dans le canapé en attente d’une embouche

dans mon secteur »

Le voici, intérimaire, à la chaîne dans une conserverie. Pour tenir le coup, il écrit

« J’écris comme je travaille

A la chaîne

A la ligne »

Travailler à la chaîne a cela de bien, les mains occupées, le cerveau fonctionne. Le sien appelle au secours Barbery d’Auvrlly, Claudel, Apollinaire… pour tenir le choc aussi bien physiquement que moralement.

Le travail intérimaire supprime le droit de grève, puisque un intérimaire ne peux faire grève pour dénoncer les travers de l’entreprise dans laquelle il travaille, il est corvéable à merci.

« Aujourd’hui les choses sont claires

Un intérimaire en grève

Ce qui est pourtant son droit

Et bye bye

Logique patronale évidente »

A travers ses mots, avec tout l’humour qu’il y met, je ressens la douleur physique et morale de l’auteur, du travail à la chaîne, mais également les collègues de misère et les liens qui se tissent entre eux..

Joseph Ponthus rogne jusqu’à l’os, chasse les mots inutiles. Ses vers libres vont à l’essentiel et montre la dureté du travail dans un abattoir. Les animaux souffrent, les hommes également pour un salaire de misère. Dans ce livre, il y a toute la camaraderie de la classe ouvrière, des forçats du travail à la chaîne. Il faut savoir que l’intérimaire est en bas de la chaîne. Je le répète, il est corvéable à merci, n’entre pas dans le cadre salarial de l’entreprise.

Plus besoin de psy, de divan, c’est au moins un truc positif dans sa vie d’ouvrier

« Bien après que j’ai arrêté l’analyse lacanienne

L’usine m’a renvoyé en pleine mes heures et mes heures de divan »

« Ma fonction de l’analyse est d’être allongé sur un divan à devoir parler.

La fonction de l’usine est d’être debout à devoir travailler et se taire »

« L’usine m’a apaisé comme un divan »

Les dernières pages sont une lettre d’amour adressée à sa femme pour son anniversaire.Simplement belles, lucidement, désespéramment belles.

Quel chant d’amour et de détestation pour ce boulot où il loue ses bras et ses jambes

J’ai aimé le jeu de mots : à la ligne pour la présentation de son texte, et la ligne de production qui lui a permis d’aller à la ligne et nous parler de sa ligne de vie, de la vie à l’usine et ses ouvriers sans qui rien n’est possible.

Poème lyrique, chant épique, odyssée du quotidien...Joseph Ponthus raconte, ne dénonce pas de façon virulente, en des termes où le lyrisme côtoie le réalisme. Des feuillets d’usine que je n’ai pas lâché tant la façon de traiter le monde de l’usine côté ouvrier est passionnant, dense en si peu de mots ce qui donne une puissance impressionnante au texte.

Un coup de cœur pour ce livre qui restera seul suite au décès de l’auteur. Cela en fait un livre uniquement unique.

 


 

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M
J'avais appris sa mort et j'ai lu ce témoignage vraiment intéressant. Je l'avais beaucoup aimé tant par la forme que par le fond ! Contente de voir que tu en as fait un coup de coeur...
Répondre
Z
Comment faire autrement !
A
Un livre fort et qui reste en mémoire. Tristesse en pensant à tout ce qu'il aurait pu vivre et écrire encore ...
Répondre
Z
Les aléas de la vie, il faut en profiter 24/24 !
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