Agustina Bazterrica - Cadavre exquis

Cadavre exquis

Agustina Bazterrica

Traduction Margo Nguyen Béraud

Editions Flammarion

Août 2019

304 pages

ISBN : 9782081478398

 

4ème de couverture :

Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation. Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de « première génération » reçue en cadeau. Il est irrésistiblement attiré par elle, même si tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d’élevage est passible de la peine de mort. À l’insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain.

Le tour de force d’Agustina Bazterrica est de nous faire accepter ce postulat de départ sans difficulté. Elle y parvient en nous précipitant dans un suspense insoutenable, tout en bouleversant notre conception des relations humaines et animales. Cadavre exquis est un roman tout à la fois réaliste et allégorique, d’une brûlante actualité.

 

L’autrice :Agustina Bazterrica est née à Buenos Aires en 1974. Cadavre exquis, son premier roman, a remporté le prestigieux prix Clarín en 2017.

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« Demi-carcasse. Etourdisseur. Ligne d’abattage. Tunnel de désinfection. Ces mots surgissent et cognent dans sa tête. Le détruisent. Mais ce ne sont pas seulement des mots. C’est le sang, l’odeur tenace, l’automatisation, le fait de ne plus penser. Ils s’introduisent durant la nuit, quand il ne s’y attend pas. Il se réveille le corps couvert de sueur car il sait que demain encore il devra abattre des humains. »

La « Transition » est passée par là. Tous les animaux ont été contaminés par un virus mortel transmissible à l’homme (mais est-ce bien vrai?) et tous éradiqués. Interdiction formelle de conserver des animaux chez soi sous peine de finir comme eux.

« Il se souvient du jour où la Grande Guerre Bactériologique a été annoncée. L’hystérie collective, les suicides, la peur. Après la G.G.B. , il n’a plus été possible de manger d’animaux car ils avaient contracté un virus mortel pour les humains. » C’est la version officielle et une autre version circule sous le manteau, bien caché pour ne pas risquer de finir comme les animaux et comme des animaux.

Maintenant, les humains mangent de la « nourriture spéciale » comme le dit la pub à la télévision. On veut bien le faire, mais on ne peut ou ne veut pas le nommer car les humains mangent de la viande… humaine. Mais attention, ce ne sont pas des gens, mais du bétail humain, élevé comme du bétail. Ce sont des têtes à transformer « Personne ne doit plus les appeler « humains » car cela reviendrait à leur donner une entité ; on les nomme dont « produit » ou « viande », ou « aliment ».

 

Tous les étages du métier de la viande que nous connaissons actuellement existent. Monsieur Urami, tanneur, parle de la peau fraîche qu’il reçoit pour les tanner et la difficulté du métier. Le boucher découpe et vend, dans les abattoirs, les têtes ne sont pas mieux traitées que dans certains abattoirs actuellement….

Marcos, le narrateur travaille dans un abattoir, bras droit du patron, il sélectionne les têtes à la demande des clients. Que tout cela lui pèse !! Il lui faut durer pour payer la maison de retraite de son père. Cela lui permet également de survivre à la mort de son bébé et le départ de sa femme. Ce bétail, il le voit de plus en plus comme des congénères, surtout lorsque le patron d’un abattoir lui fait un cadeau embarrassant.

Agustina Bazterrica met le doigt sur la propagande et l'influence que cela a sur la population ; réflexion sur notre propension à avaler et digérer le système proposé et bien que le livre soit une dystopie, rappelons-nous, la nature humaine est ce qu’elle est.

A bien y regarder c’est, peut-être, une façon de palier à la surpopulation ! Tu n’est pas d’accord, allez, à l’abattoir. La mal bouffe n’est pas réglée pour autant car, il y a plusieurs classifications, les PGP, (Première Génération Pure) « têtes nées et élevées en captivité, qui n’ont subi aucune modification génétique et ne reçoivent pas d’hormones de croissance » sont des mets de choix, alors que pour les autres, bouffez des hormones de croissance !

Toute dystopie doit être crédible et ce livre ne fait pas exception dans l’horreur des phrases écrites sérieusement, simplement… Ce qui rend les faits encore plus cruels. L’homme est un loup pour l’homme et la théorie du complot fleure bon la peur qu’elle occasionne (sortir avec un parapluie pour ne pas être contaminé par les chiures des oiseaux) « Tu ne te rends pas compte qu’ils nous manipulent ? Qu’ils nous font bouffer entre nous pour mieux contrôler la surpopulation, la pauvreté, la criminalité. Tu veux que je continue la liste ? »

Une fois ouvert, je n’ai pu me détacher de ma lecture, sauf pour faire un tour de jardin et digérer les pages que je venais de lire, comme pour « Anima » de Wajdi Mouawad.

Un livre qui interroge sur la condition, les valeurs humaines, la marchandisation forcée. Rappelons-nous, juste un petit retour en arrière, ou simplement un tour d‘horizon, qu’il ne faut pas grand-chose pour que la manipulation fonctionne et qu'une épuration ethnique survienne

Merci à Babelio et Flammarion pour cette lecture édifiante et ce superbe premier roman

 

 

 

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Jérôme 13/11/2019 14:47

Je n'ai pas aimé du tout, c'est exactement la même chose que "Défaite des maîtres possesseurs" que je n'avais pas aimé non plus d'ailleurs ;)

zazy 17/11/2019 18:30

N'ayant pas lu le titre dont tu parles, je ne saurai comparer. Cadavre exquis pose des questions importantes

Alex-Mot-à-Mots 12/11/2019 13:26

Le côté anticipation ne me tente pas, mais le roman a l'air de soulever des questions intéressantes.

zazy 17/11/2019 18:29

Très intéressant

Une Comete 24/08/2019 22:28

Je ne sais pas pourquoi mais ça ne me fait pas très envie ...

zazy 26/08/2019 16:05

Dur à certains moments, mais ...

Jérôme 21/08/2019 13:12

J'ai eu la nausée de bout en bout. ça manque d'épaisseur fictionnelle je trouve, l'histoire n'est qu'un prétexte à la dénonciation de la cruauté, chaque épisode rajoutant une couche d'horreur sans véritable dimension romanesque, c'est dommage.

zazy 21/08/2019 14:51

Je ne suis pas d'accord, même si l'épaisseur n'est pas là, le mécanisme de la dureté, der la bêtise humaine est très présent

Violette 16/08/2019 10:09

ça a vraiment l'air particulier mais ça me plaît assez, ça me fait penser à L'Aveuglement de Saramago (excellent!)

zazy 17/08/2019 08:40

Très particulier. Je note le titre du livre que tu mentionnes

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