Laurence Cossé - Nuit sur la neige

 

Nuit sur la neige

Laurence Cossé

Editions Gallimard

Août 2018

144 pages

ISBN : 9782072801273

 

4ème de couverture :

Septembre 1935. Robin sort de l’adolescence. Il est né après la mort de son père, comme de nombreux enfants de sa génération, venus au monde pendant la Grande Guerre.

La vie politique est alors particulièrement violente en France, tant sur le plan intérieur que dans l’ordre international. Mais, à dix-huit ans, qui n’accorde pas plus d’importance à ses tourments intimes qu’à l’actualité collective? En la personne d’un de ses camarades de classe préparatoire, Robin découvre que l’amitié est un des noms de l’amour, autrement dit de l'inquiétude. Conrad est la séduction même et l’énigme incarnée.

En avril 1936, alors que la tension politique est à son comble, tous les deux vont skier dans un vieux et pauvre village de Haute Tarentaise du nom de Val-d’Isère, dont quelques visionnaires imaginent qu’il pourrait devenir une grande station de ski alpin. Les six jours qu’ils y passent marqueront Robin à vie. Son existence entière va être éblouie par une jeune fille.

 

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Robin, orphelin d’un père, mort à la guerre alors qu’il n’était pas encore né lui fait dire « Je serai toujours l’ignoré » Jeune, il ne souffre pas de ce manque, car il vit entouré d’une kyrielle de cousins.

Il intègre une classe prépa  à Verbiest, chez les jésuites « les jèzes » où il se lie d’amitié avec Conrad, un jeune suisse de parents séparés, on ne disait pas divorcés à l’époque, beaucoup plus dégourdi que lui. Conrad a du charisme, parait sûr de lui, un peu dominateur, mais toujours avec élégance, à l’inverse de Robin, timide et peu sûr de lui.

Cette amitié, de la part de Robin, tend vers une certaine idolâtrie, jusqu’à guider sa vie. Elle éclaire La pension pas folichonne, la douche hebdomadaire des plus rudimentaires.

L’Histoire rencontre leur histoire. Le front populaire, la montée du nazisme, Hitler, l’Espagne, les camelots du roi, l’attentat contre Léon Blum… et sert d’arrière-fond à leur amitié tout comme le développement du ski et des stations alpines. Ici Val d’Isère qu’il faut joindre à pied ou à dos de mulets si le temps le permet. Val d’Isère, un village montagnard perdu où pour dépeindre leurs vies, les villageois disaient « Huit mois d’hiver et quatre mois de misère. »

 Robin y connaîtra sa première histoire d’amour, platonique avec  Clarie, jeune fille qui parait si bien, si belle, si sensible, si… « Je n’ai jamais rencontré une fille aussi gentille »

Pourtant les frêles jeunes filles, tout comme la montagne enneigée peuvent être traîtres et cruelles.

Laurence Cossé restitue l’atmosphère lourde et pesante de cette époque troublée et explosive. L’éveil à l’amour d’un adolescent d’une famille bourgeoise, enfant unique adoré par sa mère peut sembler archaïque aux jeunes d’aujourd’hui, mais il n’y avait pas internet, ni la télévision, ni portable… pour « s’instruire ».

Nous sommes au XXème siècle, mais les paysans du Val d’Isère se chauffent, non pas au bois car il est interdit de couper les arbres qui retiennent les avalanches et les pierres, mais avec « des galettes de crottes de moutons façonnées une à une et mises à sécher au grenier ». Le chauffage était fourni également par les animaux « Les vaches, l’âne ou le mulet, les chèvres étaient au fond de la salle, au rez-de-chaussée, derrière une cloison à claire-voie. Les moutons avaient une place à part. Les grands lits étaient hauts, on y montait par une marche qui servait aussi de banquette. Les moutons se serraient là tout l’hiver, dans de vastes coffres. Pour les nourrir et les faire boire, il suffisait de soulever le dessus du coffre. Ils chauffaient les lits et la pièce. » J’imagine la tête des vacanciers de la station s’ils devaient faire pareil ! Deux mondes séparés par un océan de modernité et de fric.

Laurence Cossé renoue avec le roman classique, loin de la fulgurance de la Grande Arche. Plus intime, il est très riche en renseignements historiques. Nuit sur la neige, un roman sur les débuts ; début d’une amitié, début, plutôt prémices d’une nouvelle guerre, l’amour, la naissance d’une station, les débuts du ski de descente… Je retrouve son ironie douce, sa plume classique, sans fioriture inadéquate, précise, douce, pour une mise en images de tous ces commencements.

Je prends toujours un très grand plaisir à lire Laurence Cossé qui, pour moi, est une grande auteure, à l’égal de Modiano.

Livre lu dans le cadre d'une masse critique organisée par Babelio. Merci à eux pour cette belle lecture

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A
J'ai fait un billet ce matin : http://legoutdeslivres.canalblog.com/archives/2018/10/10/36765511.html
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A
J'attendais un avis sur son dernier roman. Merci.
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Z
Une auteure que j'apprécie beaucoup
M
C’est une auteure que j’apprécie aussi et je ne manquerai pas d’ajouter ce roman à ma liste. Merci !
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M
Alors c’est oui ! Merci .
Z
Tu sais que je peux, avec grand plaisir, le faire voyager vers toi
M
Merci pour cette belle chronique. Je ne connais pas encore cet auteur et je n'ai pas encore entendu parler de ce dernier roman. C'est chose faite grâce à toi ! Bonnes lectures
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Z
C'est l'auteure que je préfère
A
J'ai l'intention de le lire ; je viens de terminer un roman qui parle aussi de ce moment de bascule en montagne, où l'on passe d'un monde rural très frustre, à l'émergence du tourisme et du ski.
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Z
De quel livre s'agit-il ?
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