Riad Sattouf - l'Arabe du futur
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Riad Sattouf
Allary Editions
Mai 2014
160 pages
ISBN : 9782370730145
4ème de couverture :
Ce livre raconte l’histoire vraie d’un enfant blond et de sa famille dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez Al-Assad
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La 4ème de couverture est un résumé concis et précis de ce roman graphique.
Clémentine, bretonne et Abdel Razak libyen se sont connus à la Sorbonne. Riad nait de cet amour avec la chevelure blonde de sa mère. Son doctorat d’économie en poche, le père obtient un poste de professeur à l’université de Tripoli et toute la petite famille s’embarque pour la Libye.
Les petits-enfants ne se cachent pas derrière les mots, Riad, même très intelligent (épisode du portrait de Pompidou), raconte tout sans fausse pudeur. Cela donne des scènes cocasses comme tous ces gens qui lui caressent les cheveux. Pour lui, dieu, c’est Brassens (suite à une parole de sa mère : « Il est très célèbre, c’est un dieu en France ») et, à chaque fois que quelqu’un cite dieu, on voit la bouille à Brassens ! Je souriais immanquablement. « Le Guide adore les bananes, ma Sœur, il dit que c’est le fruit du peuple », alors, le peuple affamé passe au régime bananes obligatoire !
En Syrie, lorsqu’il joue à la guerre avec les autres enfants, il est obligatoirement le juif. « Bon ben toi, t’as qu’à prendre les juifs ». « Les soldats syriens étaient en plastique vert, le même plastique que les chaussures de mes cousins. Ils avaient des postures de guerriers valeureux. Les soldats israéliens étaient en plastique bleu. Ils avaient des poses fourbes et des attitudes de traîtres. ». Riad montre les travers de la Libye et de la Syrie. Les travers de son père pétri de contradictions, de mauvaise foi. Pas facile de revenir à la réalité de son pays natal alors qu’il l’a idéalisé pendant ses études françaises. Par contre, je trouve Clémentine trop muette et effacée.
En prenant le parti pris des souvenirs d’un très jeune enfant, l’auteur veut éviter l’écueil du dramatique tout en étant sérieux. Ce livre a le rythme de la BD où tout est circoncis en quelques plans. Le ton est décalé, faussement naïf, quelque fois ironique, mais tout est dit entre les mots et les dessins. L’anecdotique se révèle profond. Clémentine ne comprend rien, ni la langue ni les mœurs et je pense que Abdel est également décontenancé car les choses n’ont pas changé en mieux.
J’ai été déroutée par la lecture de ce « livre d’images ». Je crois que j’aurais préféré un « vrai » livre ; On ne se refait pas ! puis j’ai accepté le rythme et j’ai apprécié ma lecture. J’ai aimé le choc des mots et des images. Le retour du père en son pays n’est pas ce qu’il souhaitait, même s’il ne le dit pas. Le retour au pays c’est de la réalité, le souhait d’y retourner un doux rêve. Je pense que les prochains tomes seront du même tonneau, je les attends ; envie de connaître la suite.
Merci Phil pour ce livre voyageur
