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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #rentree litteraire 2017

Jean-Baptiste Andrea - Ma reine

25 Septembre 2017, 16:48pm

Publié par zazy

Ma reine

Jean-Baptiste Andrea

Editions l’Iconoclaste

Août 2017 

240 pages

ISBN : 9791095438403

 

4ème de couverture :

Un conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.

Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.

Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965.

« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu
 et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie : moi.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman.

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« A force de m’entendre répéter que je n’étais qu’un enfant, et que c’était très bien comme ça, l’inévitable est arrivé. J’ai voulu leur prouver que j’tais un homme. Et les hommes ça fait la guerre, je le voyais tous le temps à la télé, un vieil appareil bombé devant lequel mes parents mangeaient quand la station était fermée. »

Nous sommes en 1965. Celui qui parle, c’est Shell, 12 ans, ainsi surnommé à l’école parce que ses parents tiennent une station-service peu fréquentée. L’école, d’ailleurs, il n’y va plus car il n’est pas tout-à-fait comme les autres. C’est le toubib qui l’a dit à ses parents, sa tête ne grandira plus.

Il surprend  une conversation au téléphone entre sa mère et sa grande sœur et comprend qu’il va être placé dans un centre pour des enfants comme lui. Il décide de partir à la guerre, lui qui n’est jamais sorti de sa station. Alors, il grimpe jusqu’au plateau en pleine nuit et s’y endort. A son réveil, une belle apparition le regarde. Elle s’appelle Viviane, c’est elle qui l’a dit, comme la fée. Commence un jeu à l’instigation de Viviane. Il devra la servir, lui obéir et l’appeler Ma Reine. Son royaume ? Le haut plateau et la cabane effondrée où s’est réfugié le gamin.

Shell, pas contrariant, accepte le jeu et débute ainsi une amitié un peu spéciale fondée sur le pouvoir de Viviane sur le gamin et cela ira loin. Un beau jour,  elle disparait après pris soin de lui laisser un sac à dos bourré de nourriture et une lettre. Le hic, c’est que Shell ne sait pas lire. Il se sent vraiment abandonné, tombe malade et, un jour, se réveille dans un lit inconnu. Non, il n’est pas à l’hôpital mais chez Matti, vieil homme solitaire, gardien de troupeau Il  apprendra le métier de berger. Pour une fois on lui fait confiance, on ne le considère pas comme l’idiot du village, mais comme un humain. J’ai aimé ce passage où le vieux berger transmet quelque chose au gamin

N’allez pas croire que Shell est un gamin malheureux, non. Ses parents l’aiment, il est heureux de faire quelques bricoles, est heureux de l’air du temps. Pourquoi est-ce que tout devrait changer ?  Dans sa petite tête, il veut leur montrer qu’il peut être comme les autres et quelque part, il se le prouve à lui-même.

Ce livre est une ode à la nature, aux paysages de la Haute-Provence qui baignent et entourent Shell. Les descriptions et les sensations qu’ils s’en dégagent font que je m’y suis sentie bien.

Un roman lu d’une seule traite, une charmante parenthèse que j’ai pris plaisir à lire. Pourtant il m’a manqué un petit quelque chose, peut-être plus de coffre.

Lu dans le cadre des 68 premières fois

 

 

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Miguel Bonnefoy - Sucre noir

22 Septembre 2017, 18:07pm

Publié par zazy

Sucre noir

Miguel Bonnefoy

Editions Rivages

200 pages 

Août 2017 

ISBN : 9782743640576

 

4ème de couverture :

Dans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. À la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons.

 Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu’elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument.  

Dans ce roman aux allures de conte philosophique, Miguel Bonnefoy réinvente la légende de l’un des plus célèbres corsaires pour nous raconter le destin d'hommes et de femmes guidés par la quête de l'amour et contrariés par les caprices de la fortune. Il nous livre aussi, dans une prose  somptueuse inspirée du réalisme magique des écrivains sud-américains, le tableau émouvant et enchanteur d'un pays dont les richesses sont autant de mirages et de maléfices.  

 Finaliste du Goncourt du Premier Roman et lauréat de nombreuses distinctions (dont le prix de la Vocation, le prix des cinq continents de la francophonie « mention spéciale »), Miguel Bonnefoy est l'auteur du très remarqué Voyage d’Octavio (Rivages, 2015), qui a été traduit dans plusieurs langues.

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Avouez que, pour un capitaine de flibusterie, s’échouer « sur la cime des arbres au milieu de la forêt » a de quoi interloquer et prêter à rire. De rire, les naufragés n’en ont pas envie et ils périssent tous, mutinerie, maladie, accident…. Henry Morgan aurait laissé, comme tout bon corsaire, un trésor qui, enrichi par toutes les histories fait des envieux et donne des ailes aux chercheurs. Les histoires de trésors, de flibustiers ont toujours fait rêver les aventuriers et Severo Bracamonte n’échappe pas à la règle. Invité puis recueilli par la famille Otero. Il est subjugué par la fille, Serena, qui lui fait découvrir que les trésors peuvent être là où on ne les attend pas et n’être pas monnayables. Ils se marieront et agrandit la  rhumerie. Une saga familiale, sorte de conte où les différents chercheurs de trésors, un par génération se heurtent toujours à Serena ou Eva Fuego, sa fille adoptive. Et que dire de cette vieille femme, veuve qui, chaque, tel un refrain dans une chanson, vient avec un seau vide dans la chambre fermée et en ressort avec le seau plein de larmes.

Ce roman est un conte quelque fois cruel, où les personnages peuvent être outrés, une métaphore sur le Venezuela qui a tout arrêté pour ne vivre que des mannes du pétrole et dont comme pour la ferme des Otero  il ne reste que des cendres.

L’écriture de Miguel Bonnefoy me transporte, m’enveloppe dans sa verve, je me coule dans son univers à la fois réaliste et onirique. Le titre est une métaphore illustrant la fable : le sucre (rhum) et le noir (pétrole).

Un conte philosophique (selon la 4ème de couverture), une fable, un livre d’aventure… De quoi passer un très agréable moment de lecture avec une morale très simple : l’argent ne fait pas le bonheur.

J'ai préféré son précédent et premier roman, Le voyage d'Octavio. Pas facile d'écrire un second roman après une telle perle. Ceci dit, j'attends le prochain roman car j'aime l'écriture de Miguel Bonnefoy

 

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Marie-Hélène Lafon - Nos vies

17 Septembre 2017, 21:04pm

Publié par zazy

Nos vies

Marie-Hélène Lafon

Editions Buchet-Chastel

août2017

ISBN 9782283030493

 

4ème de couverture :

« J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. »

 

Le Franprix de la rue du Rendez-vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin... Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.

 

Nos vies est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon. Il aurait pour sujet la ville et ses solitudes.

 

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Elle s’appelle Gordana, est caissière (caisse n°4) au Franprix du n°93 de la rue du Rendez-vous dans le 12ème arrondissement de Paris. La narratrice la décrit avec force de mots, de
superlatifs, lui invente une vie. Un homme, Horacio Fortunato (je saurai son nom plus tard), chaque vendredi à la même heure, passe toujours par la caisse de Gordana. Jeanne lui invente aussi une vie et, comme les enfants, emploie le futur du conditionnel, il serait, il aurait… Son assiduité l’autorise à ébaucherune histoire d’amour entre eux, histoire d’amour qui n’aura pas lieu.

Cette femme qui raconte à la première personne, s’appelle Jeanne Santoire. Elle remonte aussi sa vie, parle de sa grand-mère aveugle, de la vieillesse de ses parents, des liens qui les relient. Il y eut Karim, l’homme de sa vie, un Algérien, que le père qui avait fait la guerre d’Algérie n’a jamais voulu rencontrer. Une vie de couple entrecoupée de silence. Il ne sait rien de sa vie antérieure pas plus qu’elle ne connait la sienne. Un jour, il part pour l’Algérie et ne reviendra jamais à Paris, sans plus d’explication. Plus tard, elle apprend qu’il vit à Marseille, marié, avec un enfant.

Cette fois, le roman se passe à Paris, même si il y a des incursions mémorielles en province. Marie-Hélène Lafon a quitté sa Creuse natale pour remonter vers le nord, en suivant, peu ou prou, la Nationale 7. Souvigny, Saint-Hilaire, Moulins, Nevers… Comme elle remonte le fil de ses souvenirs.

Toutes ces histoires inventées sont faites à partir de solitude, pour en combler le vide qu’elle ressent. Ses souvenirs jouent à saute-moutons avec les vies qu’elle invente.

Les phrases sont longues, ponctuées, comme elle les aime, de virgules et points virgules (plus guère utilisé). L’écriture est riche, inventive. Avec Marie-Hélène Lafon, je prends un bain de mots que les voyelles font mousser, les ponctuations me soutiennent dans ma lévitation au
pays de ses rêves.

J’ai gardé ce livre pour la fin, pour le déguster comme un dessert et je me lèche les doigts de ses expressions qui fleurent bon l’Auvergne. « Il s’était enroutiné à Saint-Hilaire ». « Il faisait besoin à sa mère». « En me regardant aux yeux », « Faire maison ». Une madeleine gourmande et goûtue.

Faire partie des Explolecteurs fut un grand plaisir pour moi. Je ne serais jamais allée du côté  de "C'est le cœur qui lâche en dernier". Grâce à "Une fille dans la jungle", je peux mettre
beaucoup d'humanité sur des faits divers. Je fus un peu déçue par "Le Cœur battant de nos mères" qui promettait plus que ce que j'en ai ressenti. Quant à "Nos vies » !!!!

Une pépite que je dois à l'opération Explolecteurs organisée par Lecteurs.com

 

 

 

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Brit Bennett - Le coeur battant de nos mères

15 Septembre 2017, 20:45pm

Publié par zazy

 

Le cœur battant de nos mères

Brit Bennet

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

Editions autrement

Août 2017

ISBN : 9782746745742

 

4ème de couverture :

« Tous les grands secrets ont un goût particulier. » Nadia a 17 ans et la vie devant elle. Mais quand elle perd sa mère et avorte en cachette, tout change. Elle choisit alors de quitter la communauté noire et religieuse qui l'a vue grandir. Boursière dans une grande université, Nadia fréquente l'élite. Elle a laissé derrière elle Luke, son ancien amant aux rêves brisés, et Aubrey, sa meilleure amie.
Durant une décennie marquée des affres de la vie, les trajectoires des trois jeunes gens vont se croiser puis diverger, tendues à l'extrême par le poids du secret. Dans la lignée d'Elena Ferrante et de Chimamanda Ngozi Adichie, Brit Bennett donne voix à des héros en quête d'accomplissement et nous offre un roman lumineux, inoubliable.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Brit Bennett a 27 ans. Elle est diplômée de littérature à Stanford. Le Cœur battant de nos mères, son premier roman a été la révélation de 2016,  classé  dans  les  meilleures  ventes  du 

New  York  Times  et  du  LA Times. Finaliste de nombreux prix littéraires, Brit Bennett fait partie des 5  meilleurs  jeunes  auteurs  américains  du  prestigieux  National  Book Award.

Le cœur battant de nos mères a été acheté par la Warner pour une adaptation cinématographique.

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Vie ordinaire dans la Communauté noir de l’Eglise du Cénacle dont le pasteur Sheppard est le fondateur. Celles que l’on appelle « les mères » y sont omniprésentes sous la direction de Madame Sheppard. Le père de Nadia en est un adepte fervent depuis le décès de sa femme qui s’est suicidée en se tirant une balle dans la tête. Nadia, elle, erre depuis que sa mère lui a lâché la main.

Son idylle avec Luke, le fils du pasteur Sheppard, porte ses fruits et, à la veille d’entrer dans une grande université, elle se retrouve enceinte. Pas question pour elle de réitérer le schéma maternel. Elle prévient Luke de son état et l’informe qu’elle ne garde pas l’enfant et se fait avorter dans la ville voisine. Luke pourvoit aux frais financiers mais, lâchement, l’abandonne. C’est vrai qu’ils sont jeunes et qu’elle n’a que dix-sept ans. Le racisme ordinaire, Nadia va le connaître en université, mais le sujet n’est qu’effleuré… Ce n’était pas le thème principal du livre.

 La vie continue, chacun mène son chemin droit ou tortueux. Nadia poursuit brillamment ses études, Luke végète et se cherche. Comme il n’y a que les droites parallèles qui ne se rencontrent pas, ils se retrouvent au mariage de Luke avec Aubrey, sa meilleure amie.

L’absence d’adieu ou d’au revoir émaille ce livre. Nadia n’a pas pu dire adieu à sa mère et ignorera toujours les raisons de son suicide. Elle n’a pas su retrouver son père, ni lui dire au revoir lorsqu’elle est partie à l’université. Entre Luke et Nadia, il y a toujours ce fœtus et une fin d’amour avortée par la lâcheté de Luke. Chacun poursuit sa route avec ces amputations.

Les personnages sont peut-être un peu trop manichéens. Nadia, la dévergondée, l’aventureuse, celle qui refuse l’ordre établi et Aubrey, la pure (elle se marie vierge), la soumise, celle qui rentre dans le rang. J’ai été étonnée pas la bigoterie, la mainmise de l’église sur la communauté. Ce livre se passe de nos jours et au début, j’ai eu l’impression que cela se déroulait quelques décennies en arrière.

La construction du livre est très intéressante et donne sa force au livre. A chaque début de chapitre, une Mère raconte, sans émotion, comme une vieille histoire passée. D’ailleurs, à ce moment, le récit est au passé. Voici comment l’une d’elle résume l’histoire d’amour de Nadia et Luke : « Nadia avait batifolé dans le lit de Luke Sheppard, et au printemps, le bébé de Luke grandissait en elle. »

 L’écriture est agréable, sensible, émouvante, mais il m’a manqué un je-ne-sais-quoi (trop lisse). Un livre à l’américaine, très bien léché, très bien écrit sans trop d’aspérité, agréable à lire et qui va se transformer en film. Je comprends qu’il fasse un tabac, mais…

 

Livre lu dans le cadre de l'opération Explolecteurs organisée par LECTEURS.COM

 

 

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Karla Suarez - Le fils du héros

10 Septembre 2017, 19:27pm

Publié par zazy

Le fils du héros

Karla Suarez

Traduction François Gaudry

Editions Métailié

Août 2017

256 pages

ISBN : 9791022606936

 

4ème de couverture :

Ernesto a 12 ans lorsqu’on lui annonce la mort de son père dans les troupes cubaines envoyées en Angola. Fini les aventures trépidantes avec ses amis Lagardère et la belle capitaine Tempête, lui, le courageux comte de Monte-Cristo, se voit obligé de devenir “le fils du héros”, une tâche particulièrement lourde dans un pays socialiste.

Plus tard, obsédé par cette guerre dans laquelle son père a disparu, il étudie avec passion cette période sur laquelle les informations cubaines ne sont pas totalement fiables. Il tente alors de reconstruire l’histoire de la mort de son père et se rend compte que tout ne s’est pas passé comme il l’a imaginé. Faire la guerre est plus compliqué que ce qu’on croit.

Oscillant entre passé et présent, entre douleur et passion, Karla Suárez trace avec ironie et lucidité le portrait d’une génération écrasée par une vision héroïque de l’histoire et qui a dû  construire, à travers les mensonges et les silences de l’idéologie étatique, ses propres rêves et ses propres voies vers la conquête de la liberté individuelle.

 « Karla Suárez a su écouter toutes les voix qui s’élèvent dans la société cubaine. Le roman que Cuba attendait depuis longtemps. »     Público

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Karla Suárez est née à La Havane en 1969, elle est ingénieur en informatique, et vit actuellement à Lisbonne.  En 2000, elle obtient le prix Lengua de Trapo pour son premier roman, Tropique des Silences. Suivront La Voyageuse (2005) et La Havane année zéro (prix du livre insulaire et prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde). Ses ouvrages ont été traduits en plusieurs langues et parfois adaptés au théâtre et au cinéma. En 2007, elle a fait partie de la sélection des 39 meilleurs jeunes auteurs latino-américains du Hay Festival.

 

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« Mon père a été tué un après-midi sous un soleil de plomb… Il était à l’autre bout du monde, dans la forêt obscure d’Angola. Et nous, dans l’île où la vie continuait plus ou moins comme d’habitude, sous notre soleil quotidien. »

A douze ans, Ernesto apprend la mort de son père dans une guerre qui ne les concerne pas, l’Angola est si loin. Le voici devenu le chef de la famille, le fils du Héros pour tout son petit monde. Une carapace dure à porter qui le marque à jamais.

« Maintenant tu es l’homme de la maison, tu n’es plus un enfant. Et les hommes ne pleurent pas, ne l’oublie jamais. ».

Et il ne pleure pas, enfouit tout au fond de lui son chagrin, perd l’innocence propre à l’enfance. S’il n’y avait que le décès de son père ! Juste avant dans leur petit bois, il a vu  Monsieur de Lagardère caresser la joue de Capitaine Tempête. Excuse, cher lecteur, je suis allée un peu vite en besogne. Capitaine Tempête, c’est  l’héroïne de ses rêves et son amie,  Lagardère son ami, Ernesto est le Conte de Monte Cristo. Oui, cette journée, tout son univers s’est écroulé. Mais il n’a pas pleuré, non, il n’a plus pleuré et tout gardé.

Ernst cherche sans fin une trace de son père, espère trouver des camarades de guerre, des personnes qui auraient pu le voir dans ses derniers instants. Il fait des recherches de plus en plus poussées sur la guerre en Angola. Il créé un blogue pour partager des informations avec d’autres blogueurs, chercher des traces, remonter le temps, remplir le vide du père par des faits, des dates… Ce faisant, il met des mots, des faits, des dates sur une guerre dont personne ne veut parler. Ernesto voudrait trouver un sens à l’engagement de son père, un sens à cette guerre, un sens à sa vie. Son obsession du père aura raison de son mariage avec Renata. Installés au Portugal, Ernesto fait la connaissance d’un certain Berto « C’est l’étrange petit bonhomme qui se déplace lentement sur l’échiquier. » Discussion autour d’une partie d’échecs où Berto est maître

« L’Angola avait été l’échiquier où s’était jouée la dernière partie d’échecs de la guerre froide ». « A la guerre comme aux échecs, on dispose de deux armes secrètes : la tactique et la stratégie. L’une consiste à savoir observer, l’autre à savoir réagir ».

Sur cet échiquier mondial, les pauvres soldats sont les pions, ceux qui ne décident de rien et subissent, pour la grandeur d’un pays, d’une idéologie en regard avec la guerre froide.

Je me promène entre hier et aujourd’hui, entre Le fils du héros et l’homme qu’il est devenu, entre Cuba et le Portugal.

Au cours de ma lecture, je vois se modifier le visage de Cuba qui passe de l’euphorie de la Révolution et du Che aux petites magouilles pour survivre, à la longue déliquescence de ce pays abandonné par l’URSS, depuis qu’elle est redevenue la Russie.

La structure du roman est originale. Chaque chapitre porte le nom d’un roman d’un autre auteur (La forêt obscure, Le Bossu, L’Ultime territoire…) très suggestif quant au contenu. Karla Suarez, d’une écriture fluide, avec des pointes d’ironie, fait monter la mayonnaise et offre  une fin surprenante.

Un très bon roman qui met en lumière un pays et son histoire.

 

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Ludovic Ninet - La fille du Van

8 Septembre 2017, 14:51pm

Publié par zazy

La fille du van

 Ludovic Ninet

Editions Serge Safran

Août 2017

208 pages

ISBN : 979-10-90175-71-6

 

4ème de couverture :

Sonja, jeune femme à la chevelure rousse, fuit son passé militaire en Afghanistan et lutte contre ses cauchemars. Elle se déplace et dort dans un van. Tout en enchaînant des petits boulots, elle erre dans le sud de la France.

Échouée à Mèze, dans l’Hérault, elle rencontre Pierre, ancien champion olympique de saut à la perche, homme aux rêves brisés. Puis se lie d’amitié avec Sabine qui la fait embaucher dans un supermarché, et Abbes, fils de harki au casier judiciaire bien rempli.

Entre Mèze, Sète et Balaruc-les-Bains, sur les bords de l’étang de Thau, tous les quatre vont tenter, chacun et ensemble, de s’inventer de nouveaux horizons, un nouvel avenir.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Ludovic Ninet est né à Paris en 1976. Il a exercé le métier de journaliste pendant quinze ans. Il vit aujourd’hui en Vendée.
La Fille du van est son premier roman.

 

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Sonja vit dans son van. Un vieux véhicule tout cabossé comme elle. D’emblée, avec sa « chevelure rousse qui flambe sous la bruine », Pierre est attiré par elle, il conviendrait mieux de dire aimanté « par cet animal nocturne en plein jour, angoissé et sans repères ». Une pancarte autour du cou, elle mendie pour manger, agressive  « belle gueule, mais gueule cassée ».

 Elle fuit les images, les souvenirs. Mariée, un enfant, elle fuit une première fois parce qu’elle ne supporte pas le naufrage de son mariage, son amour finissant,  son mari qui n’a jamais travaillé, ne plus lutter seule pour faire tourner la famille, payer les traites. Elle s’engage en tant qu’infirmière, c’est son métier, en Afghanistan. Elle a vu beaucoup de ses compagnons mourir dans une embuscade où elle a côtoyé l’horreur. De retour en France, le stress post-traumatique lui donne des hallucinations, elle ne supporte même plus son fils et fuit une fois de plus pour ne pas imposer ses délires à sa famille. Dans son van, elle se bourre de comprimés de Lexomil arrosés d’alcool ; ainsi, elle peut pendant quelques heures, chasser les images qui la hantent.

« Une fusillade la réveille.
Elle sursaute, ça tire, ça canarde, elle cille pour émerger et déjà sa bouche colle, c’est la nuit, Sonja, comme toujours les insurgés attaquent la nuit. Elle cherche les balles traçantes mais n’en voit aucune, craint les impacts de roquettes, retient son souffle, d’où tirent-ils, les ordures ? Nouvelle rafale. Elle plaque les mains sur ses oreilles, va pour s’allonger sur la banquette ou mieux, se blottir contre les pédales. Mais elle entend des rires. Pas des cris, des rires, des rires d’enfants. Elle se redresse, risque un regard circulaire. Jamais les enfants ne riaient pendant que ça tirait.
Il ne pleut plus. Elle reconnait l’étang de Thau. Elle aperçoit, au bord de l’eau, un groupe de jeunes adolescents qui font exploser des pétards. On est samedi soit.
Quelle conne.
Elle se gifle. Quelle conne tu fais, répète-t-elle, elle tremble encore, ne se pardonne plus, ne se supporte plus. »

Un grand résumé de sa vie actuelle, son incapacité à revenir à sa vie d’avant, d’avant la guerre, les morts, les fusillades, à ne pas revivre les images de morts et de mutilés.

Pierre, ce colosse aux pieds d’argile fut champion du monde de saut à la perche. Il a côtoyé les anges et la chute fut dure

« Après la médaille d’or ? C’est la fin du voyage. Il y a le grand saut. Puis tu retombes. Et ça peut faire très mal… Je suis aspiré vers le haut mais dessous je sais qu’il y a le vide. »

N’oublions pas Abbes et ses cicatrices jamais entièrement refermées de fils de harki. Il a subi jusqu’à se rebeller et faire plusieurs détour par la case prison.

Ils se soutiennent, évitent de peu des naufrages, espèrent encore et toujours, même Pierre y a cru un instant. Pourtant, les mots ne sortent pas ou difficilement, il y a encore et toujours la détresse, la solitude, le passé, les blessures, ce qu’ils voudraient oublier. Malgré cela ils avancent et de la mort jaillit la vie.

Tout ceci pourrait n’être qu’un mélo, mais Ludovic Ninet ne s’est pas achoppé à cet écueil. Son écriture est dense, ses phrases sonnent juste, alternant atrocité, sensualité, tragique, douceur, espoir et beauté. Une écriture sans fioriture, journalistique (métier de Ludovic Ninet) pour parler des cauchemars de Sonja

Un premier roman époustouflant où Ludovic Ninet sonde l’intime de ces survivants de leur passé qui ne se laisse pas oublier. Une superbe chronique sur des gueules cassées qui essaient grâce à l’amitié et l’amour de fendre l’armure de mort-vivant pour essayer tout simplement de vivre.

Un nouveau petit bijou des Editions Serge Safran et un coup de cœur pour moi.

 

«Elle sait qu'elle perd la boule, le mal n'est pas visible, il ne lui manque ni bras ni jambe, juste une case que la guerre lui a prise, mais qui va la croire ? Un trou s'est ouvert en elle. »

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Gaël Octavia - La fin de Mame Baby

16 Août 2017, 21:02pm

Publié par zazy

La fin de Mame Baby

Gaël Octavia

Editions Gallimard

Collection Continents noirs

Août 2017

76 pages

ISBN : 9782072737015

 

4ème de couverture :

Le Quartier est une petite ville de banlieue où se croisent les destins de quatre femmes. Mariette, recluse dans son appartement, qui ressasse sa vie gâchée en buvant du vin rouge. Aline, l'infirmière à domicile, qui la soigne et l'écoute. Suzanne, la petite Blanche, amante éplorée d'un caïd assassiné. Mame Baby, idole des femmes du Quartier, dont la mort est auréolée de mystère. À travers la voix d'Aline, de retour dans le Quartier qu'elle a fui sept ans auparavant, les liens secrets qui unissent les quatre héroïnes se dessinent...

La fin de Mame Baby raconte avant tout, avec finesse, grâce et passion, l'art qu'ont les femmes de prendre soin les unes des autres, de se haïr et de s'aimer.

 

L’auteur (source Babelio) :

Gaël Octavia, née le 29 décembre 1977 à Fort-de-France, est une écrivaine et dramaturge française. Elle est aussi réalisatrice et artiste peintre.

 

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Elles habitent « Le Quartier » qui est en fait « une toute petite ville ».

« Ainsi le Quartier est-il laid. Les murs de ses immeubles ne sont ni vraiment marron ni vraiment gris. La grande esplanade à l’est, n’est même pas un peu verte. L’église ultramoderne a une forme biscornue qui n’appelle pas du tout le recueillement ».

Mal conçu, le Quartier a vu déserter les petits commerçants, chassés par le centre commercial « dont les chantiers sans fin attestent qu’il grossit de jour en jour ». La violence règne

« Quand on interroge les habitants du Quartier sur la violence, ils l’évoquent comme un fait du Quartier et non d’eux-mêmes, les habitants ».

Gaël Octavia déroule la vie de quatre femmes, trois noires et une blanche qui vivent et fréquentent le quartier.

Mame Baby, la surdouée, qui sut lire, écrire, compter avant d’aller à l’école, trop tôt disparue que je pensais être un mythe, tant elle est décrite comme « La perle du quartier ».

« Elle sut à cet instant qu’elle n’était plus une enfant parce qu’elle se sentit responsable de ces enfants, ces lycéens plus vieux qu’elle, de leurs frères, de leurs sœurs, de leurs parents, de tout le Quartier. Elle comprit que c’était cela, être Mame Baby pleine et entière, qu’il en serait ainsi désormais, et que cela était lourd et terrible. » Oui Mame Baby devient le trait d’union entre toutes les familles

Mariette et elle était amies depuis l’école primaire, mais personne d’autre n’en parle ou ne s’en souvient.

Mariette la divorcée qui ne s’est jamais remise du départ du second mari, à moins que ce ne soit du départ du premier mari, le garçon étranger, tant aimé, « avec le garçon étranger, on a commis le pire des crimes. Le pire des crimes, c’était l’exogamie, hier comme aujourd’hui, les Roméo et Juliette du Quartier et des villes alentour peuvent en témoigner. »,  qui vit seule dans son appartement, je devrais dire dans son rocking-chair et pleure la mort de son fils

Mariette, si fatiguée par la vie, « C’est tellement fatiguant de porter un cadavre. » Elle a vraiment porté le cadavre de son fils sur plus de cent mètres

« Le désordre vous semblera effrayant. Il y aura des verres bides partout. Vous les ramasserez jusque dans les recoins les plus improbables. Les mégots sur le sol auront l’air de pousser comme des plantes grasses. Il y aura aussi des amas de vêtements à terre » C’est l’état de l’appartement de Mariette, mais c’est aussi l’état de son âme. Mariette n’est qu’amertume qu’elle noie dans le vin.

Suzanne, l’infirmière blanche qui pleure son amant mort. Toutes deux évoquent le disparu sans que Mariette n’ait l’air de comprendre qu’il s’agit de la même personne, son fils

Aline remplace Suzanne auprès de Mariette qui la trouve « Noire comme hier soir » ou, voulant se rattraper, « Noire comme Mame Baby ». Elle est aussi issue du Quartier « Moi qui avais appréhendé  ces retrouvailles avec la ville qui m’avait vue grandir, j’ai goûté l’expérience d’y être une étrangère. Il m’a semblé que c’était la meilleure manière d’être de retour. »

L’Assemblée des femmes tient un rôle important dans le Quartier. Mémoire de Mame Baby dont les récits se passent de mère en fille ou fils, pour l’exemple. Mariette n’y a jamais eu sa place « Bien que ce fut contraire au style de l’Assemblée, des mots ont fusé contre la mère du monstre… Une de ces femmes qui ne se remettent jamais d’un divorce. »

Aline est la conteuse qui fait le lien entre tous.  je m’aperçois très vite que tout tourne autour de LUI, Pierre, l’absent, le mort, l’amant, le fils, le fœtus, et… Aline raconte leurs vies, leurs histoires chaotiques, petit-à-petit se raconte, se dévoile.

Pierre, beau garçon qui attire les filles et les maltraitent. Il a la violence dans la peau depuis tout petit « Mariette avait chéri, caressé, nourri l’éclatement de beauté qui, quotidiennement, avait fait rage sous ses yeux. Et puis à force de semer la violence aux quatre vents, à force de la distribuer sans compter, Pierre avait fini par être anéanti par la violence, dans la superbe de la jeunesse, un mois avant son vingt et unième anniversaire. »

 

Le destin de ces quatre femmes s’entrechoque dans un premier roman abouti et visuel.

 

Livre lu dans le cadre de Masse Critique. Merci à l'équipe de Babelio de me l'avoir proposé

 

 

 

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