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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature italienne

Andréa Doria - N'Dréa

4 Décembre 2016, 20:37pm

Publié par zazy

 

N’Dréa

Andréa Doria

Editions du bout de la ville

Juin 2016

96 pages

ISBN : 9791091108027

 

 

4ème de couverture :

Andréa partageait sa vie avec un groupe d’amis qui, comme elle, refusaient le travail salarié et la société qui l’organise. En 1985, elle apprend qu’elle a un cancer. Après opération, rayons et chimiothérapie, elle n’a plus espoir de guérir. En 1990 on lui propose un traitement expérimental. Elle met alors à exécution une décision qu’elle avait prise depuis longtemps, celle de rompre radicalement avec le milieu hospitalier et médical, cela pour garder l’initiative de sa fin. Son choix est fait. Avec la complicité de ses amis elle fait « tout un flan d’une histoire banale ». 25 ans après, nous republions les textes qu’elle adresse à ses amis et à ses infirmières pour affirmer cette rupture.

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Evlyne, merci d’avoir fait voyager ce livre.

Qu’en dire ?

Le récit d‘Andréa Doria est on ne peut plus sincère et ce qu’elle dit est réel. Pourtant, à chaque page, je ne pouvais m’empêcher de penser à Caroline, jeune femme, la trentaine, qui se bat depuis très longtemps, trop longtemps, contre un cancer. Oui, elle sait qu’elle sert de cobaye, qu’elle essaie de nouveaux traitements à chaque fois que le précédent  n’a pas ou plus d’effet sur elle, elle le dit haut et fort. Caroline a l’espoir chevillé au cœur et au corps, vit, malgré deux allers-retours à Paris hebdomadaires.

Je comprends ce qu’Andréa veut dire, je la suis dans ses propos, mais… Caroline est là vivante, aimant vivre, combative.

Chacun lutte avec ce qui le pousse

Les avis d’Evlyne et Catherine sont sur Libfly

 

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Antonio Moresco - Les incendiés

21 Octobre 2016, 18:25pm

Publié par zazy

Les incendiés

Antonio Moresco

Editions Verdier

Traduit de l’italien par Laurent Lombard

192 pages

Août 2016

ISBN : 9782864328858

 

  4ème de couverture :

Un homme décide de fuir la sombre et douloureuse gangue qui lui tient lieu d’existence. Il renonce à tout.

Après une longue errance en voiture, il finit par trouver refuge dans un hôtel au bord de la mer où il vit caché.

La touffeur de l’été enflamme l’air. De petits feux explosent, çà et là, au long de la côte. Une nuit, un épouvantable incendie menace l’hôtel. L’homme parvient à se sauver sur une falaise désertique d’où il observe le terrible spectacle. Soudain, une femme aux dents d’or aussi merveilleuse que mystérieuse apparaît dans son dos, lui murmure que c’est pour lui qu’elle a incendié le monde et, avant de disparaître, lui demande s’il veut brûler avec elle. Obsédé par cette rencontre, il se lance à sa recherche.

Les Incendiés est une épopée moderne, un récit intense sur la férocité de notre temps, sur l’amour et la liberté.

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 Pas facile de parler de ce livre surprenant.  Antonio Moresco flirte avec la réalité et l’onirisme  puissance 10. Même postulat de départ que dans « Fable d’Amour ». Un homme d’âge mûr est sauvé par une belle jeune femme.

 « En ce temps-là, j’étais complètement malheureux. Dans ma vie j’avais tout faux, j’avais tout raté. J’étais seul. Je l’avais compris tout à coup, par une nuit de pluie battante où je n’arrivais pas à dormir, et ça m’avait anéanti. Il n’y avait pas de liberté autour de moi, il n’y avait pas d’amour. Tout n’était qu’aridité, asservissement, vide, la vie ressemblait à la mort. » Suite à ce triste constat, le narrateur s’enfuit et se retrouve dans une cité balnéaire. Des incendies éclatent tout autour jusqu’au jour où c’est l’hôtel qui brûle. L’homme s’enfuit avec les autres jusqu’à une falaise « C’est alors qu’une chose inimaginable s’est produite. » Une femme s’est arrêtée près de lui « Regarde… J’ai incendié le monde pour toi ! a murmuré l’instant d’après une vois à l’accent étranger. » Puis elle disparait comme elle est venue. Il n’aura de cesse de la retrouver. Cette femme aux dents en or l’obsède jusque dans ses rêves. Ils se cherchent, se trouvent, se perdent. Un soir, elle le conduit dans le domaine du Maître. L’apparition est une des esclaves, oui c’est ainsi que le chasseur d’esclaves appellent les personnes qui l’entourent et le servent. Son rôle auprès du Maître n’a rien de sexuel, « Je ne mâche pas la nourriture, il m’a dit tout à coup, approchant tout près de moi sa tête tandis que je le regardais sans broncher pétrifié. C’est elle qui mâche pour moi. Je ne prends la nourriture que d’elle. Tout ce qui entre dans ma bouche est d’abord passé par sa bouche. » Lieu de débauche, de sexe,  de trafics, de drogue, de mafias, de perversion. « Des truands, des blanchisseurs d’argent, des mafieux, des requins de la finance, des politiques, des pétroliers, des oligarques, qui cherchent dans la merde leur petite place dans le monde » Un monde violent où le chasseur d’esclaves est le dominant et le maître absolu, où la soumission est la règle d’or. Le narrateur et la jeune femme périront ensemble après une débauche d’armes à feu, de tirs, de morts (dont, peut-être, le chasseur d’esclaves) et se retrouvent à la morgue d’où ils s’échappent pour partir en voyage de noces en Croatie. Les amoureux circulent à travers un paysage très semblable à la normale, sauf qu’il y fait toujours nuit. 

- « Ils sont où les vivants ? je lui ai demandé. Dans quel monde on est ?

- Dans le monde des morts.

- Mais il n’y a plus de vivants ?

- Bien sûr  qu’il y en a !

- Alors pourquoi on ne les voit pas ?

- Parce qu’on est de l’autre côté, parce qu’on est morts.

- Mais le monde est toujours le même !

- C’est le même, mais il est de l’autre côté.

- Donc on ne verra pus les vivants ?

- Oh si… on les verra, à la fin ! »

Ils roulent en direction de la Tchétchénie via La Croatie, la Serbie entraînant derrière une file de voitures aux phares allumés qui grossit au fur et à mesure qu’ils avancent. « alors que grandissait toujours plus la galaxie des lumières qui flottaient dans la nuit, de tous ces morts qui se remettaient en route derrière nous » .Je traverse, avec la horde, les pays ravagés par les guerres menées par la Russie pour rasseoir sa domination. Là, ils déclarent la guerre aux vivants. Des pages d’une bataille dantesque « Nos rangs augmentaient de plus en plus, se nourrissant toujours de nouveaux morts ».

Antonio Moresco flirte avec l’au-delà, réussit le tour de force de rendre possible l’invraisemblable dans un langage cru, violent, sans interdit, quelque fois choquant. Aucun filtre n’épargne le lecteur, rien n’est épargné aux personnages. Il dénonce la toute puissance de l’argent qui emprisonne les plus faibles. Il dénonce les ravages, les horreurs de la guerre.

Un roman foisonnant, où le délire est très réel, où l’auteur dénonce l’esclavagisme qui ne porte pas son nom, le pognon des gros qui emprisonne les faibles, les petits,  un monde sous la domination des puissants « Des gens comme moi tirent les ficelles du monde, pour un moment, encore pour un moment, jusqu’à ce qu’on fabrique les esclaves en série, je vous l’ai dit, et puis les esclaves s’autoproduirons tous seuls, ils s’autoproduisent déjà, et alors ce sera la fin de l’esclavage et de la vie, il n’y aura plus de vie parce qu’il n’y aura plus d’esclavage, il n’y aura plus rien ». Un livre traversé par l'éclat d'un immense amour.

Comment, moi qui n’aime pas les zombies, les films d’horreur ai-je pu être si favorablement impressionnée par ce livre ? L’écriture, le style d’Antonio Moresco !  Je ne pouvais lâcher le livre, happée, hypnotisée par les mots.

Merci Hélène de m’avoir permis de lire ce livre.

 

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Milena Agus - Sens dessus dessous

19 Octobre 2016, 10:22am

Publié par zazy

Sens dessus dessous

Milena Agus

Traduction de l’italien Marianne Faurobert

Editions Liana Levi

Avril 2016

160 pages

ISBN : 9782867468155

 

 4èmede couverture :

Mr. Johnson, le monsieur du dessus, a toujours les lacets défaits et des vestes trouées. Pourtant, c’est un violoniste célèbre qui vit dans le plus bel appartement de l’immeuble, avec vue sur la mer. Anna, la voisine du dessous, partage un petit entresol obscur avec sa fille, taille ses robes dans de vieilles nappes et fait des ménages. Pourtant, elle cache dans ses tiroirs des dessous coquins et des rêves inavoués. Ces deux-là, plus tout jeunes, débordants de désirs inassouvis, étaient faits pour se rencontrer. Dans les escaliers, où montent et descendent des voisins occupés par une farouche quête du bonheur, se tricotent à tous les étages situations rocambolesques, amours compliquées, jalousies absurdes. Mais n’est-ce pas là la clef de voûte de toute vie?

Observatrice indiscrète, pourfendeuse de la normalité, Milena Agus fait la chronique de ce microcosme dans lequel souffle un vent délicieusement frondeur.

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Milena Agus enthousiasme le public français en 2007 avec Mal de pierres. Le succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans les 26 pays où elle est aujourd’hui traduite. Après Battement d’ailes, Mon voisin, Quand le requin dort, La Comtesse de Ricotta et Prends garde (janvier 2015, Piccolo 2016), Milena Agus poursuit sa route d’écrivain, singulière et libre. Mal de pierres, adapté au cinéma par Nicole Garcia avec Marion Cotillard, sortira en salle le 19 octobre 2016.

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« Avant de connaître la dame du dessous et le monsieur du dessus, la vieillesse ne m’intéressait pas. Vieux, mes parents n’ont pas eu le temps de le devenir, mon père s’est tué bien trop tôt et ma mère est retombée en enfance. Je ne vois jamais mes grands-parents, et c’est une jeune femme qui prend soin de ma mère.

Quoi qu’il en soit, il est clair qu’aucun vieux n’aurait pu exciter mon imagination. Aucun, excepté la dame du dessous et le monsieur du dessus. Désormais, la vieillesse ne m’apparaît plus comme une ombre mais comme un éclat de lumière, le dernier, peut-être. » Ainsi débute le livre

Alice, étudiante peu pressée, écrivaine en devenir habite un immeuble de Cagliari où vit, à l’étage du dessus, monsieur Johnson, violoniste américain, qui a toujours des chaussures aux lacets défaits et des vêtements improbables. Anna sensuelle, fantasque, cœur d’artichaut et sa fille jalouse au possible vivent en-dessous à l’entresol dans un petit appartement jamais éclairé par la lumière du jour, faute à l’escalier.  Pour vivre, Anna fait des ménages, alors qu’elle devrait ne plus travailler car elle souffre d’une coronaropathie tritronculaire.

 Par l’entremise, non pas de ma tante Artémise, mais d’Alice, Anna va faire le ménage chez le monsieur du dessus, puis, finira par déposer sa valise chez le violoniste qui cache des revues un brin pornographiques dans un étui à violon.  Arrivée de Johnson junior qui a fait un bébé tout seul, retour de la femme du monsieur, une richissime sarde un brin précieuse. Ça monte, ça descend, ça s’installe, bref, l’escalier bruisse de vie. Alice, telle une Aurélie Poulain, esseulée, depuis le suicide de son père et la folie de sa mère, tombe amoureuse du fils du monsieur du dessus qui la stimule à écrire, d’ailleurs, il l’a surnommée Gribouille.

Je me suis installée devant une pièce de théâtre. Les portes ne claquent pas, quoique, avec la volcanique Anna, cela peut arriver, mais laissent échapper des instantanés de vie sarde. Cagliari en décor de fond, comme la Sardaigne, déjà décor de livres précédents

Un moment aérien. Ce livre aurait pu être mièvre, dolent, mais… Milena Agus y met beaucoup d’humour, d’amour, de chaleur humaine, de désordre, de la loufoquerie qui sied à sa comédia.

« Le violon. Ah ! Le violon ! commence Anna. Vous en entendez seulement quelques notes, à cause du bruit, mais en haut ! Ah ! En haut ! Vous n’allez pas me croire : je n’ai même pas l’impression de travailler. L’âme ‘envole, grâce à la musique. » Ce sont les mots, l’accent de Milena Agus qui m’ont fait m’envoler vers un pays merveilleux où la poésie, le rire, un brin de folie

La première image qui me vient en fermant ce livre c’est un ballet. Oui, un ballet léger qu’un coup de balais n’a pas suffit à chasser, qu’un courant d’air suffit à faire danser.

 Livre lu dans le cadre de la Voie des Indés orchestrée par Libfly.

 

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Antonio Moresco - Fable d'amour

30 Août 2016, 15:11pm

Publié par zazy

 

Fable d’amour

Antonio Moresco

Editions Verdier

Traduit de l’italien par Laurent Lombard

128 pages

Août 2015

ISBN : 978-2-86432-807-0

 

4ème de couverture :« Fable d’amour, écrit Moresco, raconte une histoire d’amour entre deux personnages qu’il serait impossible d’imaginer plus éloignés : un vieux clochard qui ne se souvient plus de rien et qui a pratiquement perdu la raison, et une fille merveilleuse. C’est l’histoire d’une de ces rencontres qu’on croit impossibles mais qui peuvent avoir lieu dans les territoires libres et absolus de la fable, et aussi quelquefois dans la vie. »

Fût-il le plus pur, l’amour a-t-il vocation à durer ? Mais puisque l’amour est sans pourquoi, doit-on chercher plus d’explications à ce qui le tue qu’à ce qui le fait naître ? Et si la fable était le seul mode pour raconter aujourd’hui la puissance d’aimer ?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Figure majeure de la prose narrative contemporaine, Antonio Moresco est né à Mantoue en 1947. Il est sans aucun doute l’un des écrivains les plus inspirés, les plus puissants, les plus imaginatifs, mais aussi les plus délicats de la littérature italienne, et qui depuis toujours poursuit son œuvre dans la solitude des plus hautes exigences.

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C’est écrit sur la couverture : Fable d’amour. Ainsi, ami lecteur, laisse tes vérités, la réalité de côté et entre par la porte qu’ouvre Antonio Moresco.

Oui, c’est une fable qui commence comme un conte par « Il était une fois… » mais la réalité est là avec toute sa dureté. L’écriture d’Antonio Moresco, toute en finesse saisit la misère de la misère.

Lui, Antonio, alias « Le vieux fou » est un clochard anonyme qui vit couché « sous sa couverture dure comme de la tôle, au milieu des sacs en plastiques éventrés et de ses haillons »

Elle, Rosa « Elle était belle, elle avait de merveilleux yeux noirs et, bien qu’encore jeune fille, elle avait déjà de merveilleuses formes de femme. »

Un jour, Elle prend Antonio par la main pour l’emmener chez elle. Elle le lave, le caresse... Aussi belle qu’il est laid, aussi lumineuse qu’il est dans le noir, ils vont s’aimer. Il se livre totalement à Rosa.

Ils vécurent heureux et eurent…. quelques mois de bonheur, jusqu’au jour où elle le renvoie brutalement, sans plus d’explications, à sa condition de miséreux qui devient misérable par l’étendue de son chagrin. Il en meurt… Et…quelque chose change. Et … je n’en dirai pas plus.

Cette fable décrit notre société dans ce qu’elle a d’impitoyable où les laissés pour compte sont abandonnés, invisibles. Antonio Moresco nous pose aussi cette question ; doit-on se livrer corps et âme à l’être aimé au risque de tout perdre ? Le vocabulaire, les mots sont directs, réalistes, quelque fois crus ; pourtant il émane de ce livre une très grande poésie. Le style de l’auteur donne du rythme, voire une légèreté à la lecture qui tranche avec la dureté de la vie d’Antonio. J’ai navigué entre la beauté et la laideur, la légèreté et la cruauté, l’ombre et la lumière, la vie et la mort, le conte et la réalité. Cette fable est un petit bijou

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Galiarda Sapienza - L’université de Rebibbia

4 Mai 2015, 20:11pm

Publié par zazy

 

L’université de Rebibbia

Goliarda Sapienza

Editions le Tripode

240 pages

Septembre 2013

ISBN : 9782370550026

 

 

4ème de couverture :

L’Université de Rebibbia est le récit du séjour que fit Goliarda Sapienza dans une prison en 1980. Moment critique dans la vie de l’auteur: après s’être consacrée de 1967 à 1976 à l’écriture du monumental roman L’Art de la joie et avoir fait face à un refus général des éditeurs italiens, c’est une femme moralement épuisée qui intègre l’univers carcéral de Rebibbia, la plus grande prison de femmes du pays. Pour un vol de bijoux qu’il est difficile d’interpréter : aveu de dénuement ? Acte de désespoir ? N’importe. Comme un pied de nez fait au destin, Goliarda va transformer cette expérience de l’enfermement en un moment de liberté, une leçon de vie. Elle, l’intellectuelle, la femme mûre, redécouvre en prison – auprès de prostituées, de voleuses, de junkies et de jeunes révolutionnaires – ce qui l’a guidée et sauvée toute sa vie durant : le désir éperdu du monde.

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Goliarda Sapienza, dans les années 80, est emprisonnée pour vol, sorte de « suicide » pour se sortir d’un cercle bobo-infernal. Il y a de moins dure sortie que celle-ci !

J’ai scindé le livre en trois « actes »

Goliarda entame son incarcération par une période d’isolement, seule dans sa cellule. Une entrée brutale où ce qui la terrorise est « l’anormalité de leur silence » où l’imagination est une ennemie « Il faut que je parvienne à arrêter mon imagination et que je m’en tienne seulement aux gestes et aux pensées qui peuvent m’aide »r à tout dépasser avec le minimum de souffrance. ». « Ne pas se plonger dans la souffrance, autre tentation presque voluptueuse en comparaison de la solitude qu’on sent autour de soi. ».

La violence, la dureté des gardiennes ne l’atteint plus, ne l’humilie plus. « Cette violence blesse mon visage comme une gifle mais ne m’humilie pas. Je m’en étonne, tandis que m’alarme le soupçon atroce que cette non-humiliation soit due au fait que je me sens « condamnable », racaille désormais digne de n’importe quelle insulte de quiconque est en règle avec la loi. » Elle lutte contre toutes « les sirènes carcérales », l’apitoiement sur soi, la non-humiliation… pour résister et rester un être vivant. Il faut tenir mentalement.

La seconde partie est consacrée à son déplacement dans les « camerotti », où elle partage avec une cellule avec deux codétenues. L’une, espèce eunuque féminin et la seconde une droguée, dépressive, droits communs comme elle. Dans ce milieu fermé mais dont les cellules sont ouvertes toute la journée, c’est un va et vient continue. Goliarda est une éponge. Tous sens ouverts, elle découvre « les politiques », les réunions, les discussions, les petits repas improvisés à partir des colis de la famille, l’entraide et finit pas changer de cellule et se retrouver avec des intellos comme elle.

La scène finale et dernier acte, est comme un grand feu d’artifice avec cette gigantesque empoignade à coups de pieds et de poings entre taulardes et gardiens mâles suite à la tentative de suicide d’une détenue.

Dans sa note, l’éditeur précise les conditions pénitentiaires de l’époque avec sa cohorte de suicides et de révoltes Je n’ai pas ressenti cela dans l’université de Rebibbia. Est-ce dû à l’écriture de Goliarda Sapienza ? Pourtant l’auteur raconte la saleté, la promiscuité, la peur et j’y ai trouvé de l’amour, de la solidarité. Elle parle de cette période avec une drôlerie un peu féroce à l’image de la condition carcérale, sorte de comedia dell’arte où les masques tombent, l’humanité de dévoile.

Goliarda Sapienza écrit avec ses tripes, mais sans en rajouter avec juste l’ironie et les saillies nécessaires pour retranscrire ces vies. Elle met en scène son séjour carcéral, ce cours accéléré de la vie. Aussi bizarre que cela puisse me paraître, elle y a trouvé une certaine sérénité. Il faut faire attention à ne pas devenir comme d’autres détenues qui demande à sortir à cors et à cris et, sitôt dehors, se dépêche de faire la connerie qui leur permettra de retourner en cellule retrouver le petit cocon qu’elles se sont fabriquées à l’abri du monde extérieur.

Un superbe bouquin, où les scènes décrites sont très visuelles, où les odeurs, les couleurs sont omniprésentes. Un grand coup de cœur pour cet auteur si longtemps méconnue. J’avais eu également tant aimé « Moi, Jean Gabin ». « L’art de la joie » m’attend sagement sur son étagère.

Je remercie Lucie et les éditions « le Tripode » pour ce livre que je referme avec regret

Petit plus, l’intérieur de la couverture où sont photographiés quelques feuillets du tapuscrit. Sur la couverture, Goliarda nous regarde fumant sa clope avec son regard ailleurs.

 

 

 

 

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Tiziano Terzani - Un devin m'a dit "Voyages en Asie"

19 Mars 2015, 22:48pm

Publié par zazy

 

Un devin m’a dit

Voyages en Asie

Tiziano Terzani

Editions Intervalles

Mars 2015

Traduction Isabel Violante, avec le concours de Ioana Herman.

464 pages

ISBN : 9782369560142

 

 

4ème de couverture

En 1976, à Hong Kong, Tiziano Terzani rencontre un devin qui le met en garde : « Ne prends surtout pas l’avion en 1993 ! » Seize années plus tard, le 31 décembre 1992, il décide de respecter la prophétie.

 

Pendant un an, il voyage en train, en bateau, en bus ou à dos d’éléphant, et redécouvre une Asie que le voyageur pressé ne connaît plus. Cette année sans prendre les airs est le prétexte pour brosser l’un des tableaux les plus riches et les plus vivants jamais peints de l’Asie, de sa culture propre, de sa spiritualité et de ses peuples.

 

Avec lui, on suit la chasse aux esprits dans les ruelles de Bangkok, l’hystérie géomancienne des généraux birmans, les pelotons d’exécution des khmers rouges au Cambodge, et l’on découvre un continent aux prises avec ses propres démons, écartelé entre une modernisation à travers laquelle se dessinent les prémices de la mondialisation et des cultures ancestrales souvent garantes du lien social.

 

Dans chaque pays visité, Terzani va aussi à la rencontre de nouveaux devins, comme pour jouer avec le prétexte même de son périple et confronter la prédiction initiale aux dires de nouveaux prophètes, pas toujours très inspirés. Mais c’est surtout une façon d’approcher comme personne avant lui la spiritualité propre à ce continent si fascinant. Souvent comparé à Kapuscinski, à Bruce Chatwin ou à Nicolas Bouvier, Terzani signe ici, et de loin, son plus grand livre.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né à Florence en 1938 Tiziano Terzani est une légende du grand reportage. Correspondant en Asie de plusieurs journaux européens, il a vécu à Singapour, Hong Kong, Beijing, Tokyo, Bangkok, Dehli et depuis sa mort, en 2004, son œuvre connaît un succès fulgurant dans de nombreux pays.

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« Dans la vie, il se présente toujours une bonne occasion. Le problème, c'est de savoir la reconnaître et parfois ce n'est pas facile. La mienne, par exemple, avait tout l'air d'une malédiction. Un devin m'avait dit : "Attention! En 1993, vous courrez un grand risque, celui de mourir. Cette année-là, ne volez pas, ne prenez jamais l'avion." Cela s'était passé à Hong Kong. J'avais rencontré ce vieux Chinois par hasard. Sur le moment, ces mots m'avaient frappé, évidemment, mais cela ne m'avait pas tracassé. Nous étions au printemps de 1976, et 1993 me semblait encore très loin. Toutefois, je n'avais pas oublié cette échéance. Elle était restée dans mon esprit, un peu comme la date d'un rendez-vous auquel on n'a pas encore décidé si on ira ou non. »

Terziano Terzani décide de suivre les prédictions l’oracle et ne prendra pas l’avion pendant une année. Bon prétexte pour renouer avec l’Asie qu’il a connue quelques années plus tôt, qu’il aime.  Il en voit le changement, la « modernisation », autrement dit l’occidentalisation.

Une année, non pas entre parenthèse, mais une année de flânerie, de méditation, de réflexion, de poésie, de rencontres, de retrouvailles… bref, une année très riche. Le Journaliste, correspondant en Asie de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel redécouvre le plaisir des voyages lents, la vie quotidienne « Tous les endroits se ressemblent quand on les atteint par l’avion, sans un effort minimum : de simples destinations séparées entre elles par quelques heures de vol. »

Dans chaque ville, chaque village, chaque pays où il séjournera il demandera l’adresse d’un voyant. Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur, mais… il y a toujours un petit quelque chose. Est-ce l’art divinatoire, est-ce l’habitude d’observer leur « client », est-ce de la psychologie, est-ce son besoin d’y trouver quelque vérité.  En occident, officiellement, on se gausse des personnes qui consultent, « En Asie, en revanche, la sphère occulte sert encore aujourd’hui pour expliquer les faits divers, au moins autant que l’économie et, jusqu’à une époque récente, l’idéologie. ».

Avec ce voyage tout en lenteur il redécouvre la Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge, le Vietnam… Ce qu’il y voit ne lui plait pas trop. En effet, une occidentalisation (une américanisation) à marche forcée fait disparaître toutes les vieilles habitations, les vieux quartiers et, même, la spiritualité asiatique. Les villes ne respirent plus, aucun courant d’air frais ne vient rafraîchir les habitants, étouffés par les tours, autoroutes construites sans schéma (cela me fait penser à ses autoroutes françaises construites dans des couloirs d’orages, de neige, avec tous les désagréments)

Terziano Terzani nous fait découvrir l’autre face du « progrès », de la modernisation de l’Asie. Ce livre, biographie, carnet de voyage, grand reportage ; un peu roman d’aventure, philosophique, spirituel ne se lit pas d’une traite. Comme l’auteur décide de prendre son temps pour voyager, j’ai fait des escales qui m’ont permis de réfléchir à ce qui est écrit. Oh ! Je vous vois venir ! Non, ce n’est pas barbant du tout, au contraire.

L’écriture, classique, est belle. Je pense que la traduction lui a gardé cette beauté. J’ai aimé ce voyage dans le monde asiatique des sciences occultes. Ce que l’auteur dit sur la destruction de la spiritualité asiatique est plus inquiétant car il me semblait que c’était la base de leur civilisation.

Une pépite qui se déguste sur la longueur. La 4ème de couverture est un très bon résumé. Je ne suis pas certaine d'en avoir bien parlé, mais j'aimerais vous avoir donné l'envie de le lire.

Livre lu dans le cadre de la voie des Indés organisée par Libfly que je remercie pour cette pépite.

 

 

Les navires accostent en entrant avec une lente pudeur dans les embouchures des fleuves, les ports lointains redeviennent des destinations désirées.

Les gares, en revanche, sont vraies, elles sont les miroirs des villes au cœur desquelles elles sont érigées. Les gares sont proches des cathédrales, des mosquées, des pagodes, des mausolées. Lorsqu’on y arrive, on touche vraiment au but du voyage.

Je pense que la grande bataille de notre avenir sera la bataille contre l’économie qui domine nos vies. Changeons nos critères et nos valeurs. Tant que des valeurs telles que la curiosité, le goût de l’autre, de sa différence, le courage, l’honnêteté, l’amitié, auront un impact dans le cœur de l’homme, elles seront le garde-fou de la civilisation

Pense à l’histoire de l’humanité et aux progrès matériels que l’homme a accomplis. Il a allongé sa durée de vie, il est allé sur la Lune. Mais en vérité, il n’a fait aucun progrès sur la voie spirituelle... Il a peur de tout, il se sent en insécurité, il ne sait pas qui il est

Le sort est négociable : on peut toujours s’entendre avec le Ciel.

C’est étrange de se trouver en présence d’une telle infamie, d’en prendre note mentalement, de photographier sans trop se faire remarquer, de chercher à ne pas se mettre en danger, à ne pas causer des ennuis supplémentaires à ces malheureux, pour s’apercevoir ensuite qu’on n’a même pas eu le temps d’être ému, d’échanger quelques mots de simple humanité. On est soudain face à un gouffre de souffrances, on tente d’en imaginer le fond, et tous ce qu’on sait faire, c’est demander : « Et ça » en indiquant les chaînes.

On trouve ce genre de camps partout nous dit Andrew. Les entreprises privées prennent en adjudication la construction des routes et vont prélever le personnel nécessaire dans les prisons. Si des hommes meurent, elles retournent en prendre d’autres.

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Luigi Carletti - Prison avec piscine

3 Janvier 2015, 19:49pm

Publié par zazy

Prison avec piscine

Luigi Carletti

Edition Liana Levy

Traduit de l’italien par Marianne Faurobert

Mai 2012

256 pages

ISBN : 9782867465994

 

4ème de couverture :

Une piscine tranquille, au cœur d'une sage résidence romaine. Une piscine vers laquelle convergent tous les regards, parfois indiscrets. Une piscine où Filippo consent à descendre de temps à autre sur son fauteuil roulant, accompagné de "l'Indispensable", le fidèle Péruvien au service de sa famille depuis des lustres. Villa Magnolia est semblable à un petit bourg, tout le monde s'y connaît... Mais lors d'une chaude matinée d'été, survient un inconnu, un nouveau locataire. Au bord du bassin, l'homme exhibe son dos traversé par trois horribles cicatrices. Quelques jours plus tard il intervient manu militari pour défendre une résidente agressée par deux voyous que l'on retrouvera par la suite carbonisés dans leur voiture... Mais qui est cet énigmatique individu? Et pourquoi devient-il peu à peu nécessaire à tous? Avec ce roman brillant, Luigi Carletti nous entraîne dans une comédie à l'italienne qui flirte avec le polar.

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Il y a toute sorte de prison, celles où l’on s’enferme soi-même et l’autre, comme punition. Quoique, à bien y penser s’enfermer soi-même équivaut à une autopunition. Mais laissons-là ces digressions pour passer au livre.

La 4ème de couverture résume ce livre, aussi mettrai-je plus l’accent sur de huis clos jusqu’alors paisible transformé en un maelstrom (n’ayons pas peur des mots) où tout un chacun succombe aux charmes ravageusement dangereux de ce prisonnier très spécial. Les deux hommes, Luigi et Lui, vont s’affronter, trouver et exploser les limites de l’autre comme deux lions en cage. La parodie n’est jamais très loin, nous sommes en Italie !

 

Une lecture agréable pour les soirées estivales, mais nous sommes en hiver, je l’ai donc lu d’une traite sous la couette. Comme Rodolfo, je me suis évadée, même si le tragi-comique a trop pris le dessus. Il manque, à ce livre, un petit quelque chose, je suis restée au bord de la piscine (pas grave au vu des températures extérieures !).

 

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Milena Agus - Battement d'ailes

4 Mars 2014, 20:06pm

Publié par zazy

Battement d’ailes

Milena Agus

Editions Liana Levi

Traduction : Dominique Vittoz

2008

155 pages

ISBN : 9782867464676

 

 

4ème de couverture :

Un lieu enchanteur en Sardaigne. Sur la colline qui domine la mer, au milieu des terres arrachées au maquis, se tient la maison de Madame, dernier bastion de résistance aux barres à touristes. Seule, décalées dans ses robes bizarres cousues main et dans son naïf refus de l’argent, Madame n’est pas conforme. Quand la nervosité la gagne, que malgré les rites magiques le grand amour se dérobe, elle dévale les deux cents mètres du chemin escarpé jusqu’à la plage et nage vers le large. Madame dérange, mais pas sa jeune et fantasque amie de quatorze ans, pas le grand-père moqueur, ni le fils ainé des voisins, trompettiste incompris des siens. Eux savent...

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La Sardaigne et ses marchands de béton, Madame les déteste et ne veut pas leur vendre son terrain surplombant la baie. Il faut dire que Madame est bizarre avec ses robes cousues par elle dans de vieux tissus, des couvertures, des rideaux….

Elle n’est pas seule dans ce combat. Il y a deux autres familles. Celle du grand-père, de la récitante et celle de Pietrino, enfant bizarre mais si attachant. Je comprends qu’ils restent attachés à ce petit paradis.

Ce livre est un cri sur l’absence du mari, l’absence du père, l’absence de l’homme dans la force de l’âge, le silence sur l’absence, l’absence d’amour, l’impossibilité d’un amour « normal ». Toutes ces choses dansent une sardane autour de Madame et de ses impossibles amoures, de son incapacité d’endosser et d’accepter l’amour au quotidien, ses tenues extravagantes, sa sexualité débridée, sous le regard d’une adolescente de 14 ans, la narratrice.

La nature sarde est omniprésente et nous envoûte sous sa chaleur écrasante ; les descriptions de Milena Agus sont somptueuses.

.Un livre surprenant par son mélange de sensualité exacerbée et d’innocence. Oui, les battements d’ailes de Milena Agus ont fait battre mon cœur (je sais, c’est facile). J’ai retenu « Mal de pierres » à la bibliothèque, pour continuer un bout de chemin avec cet auteur.

 

Quelques extraits :

Madame a un amant en ville, avec qui elle ne sort pas qui ne vient pas ici, qui n’accepte pas ses attentions et qui ne cuisine par pour elle.

Niki Niki accueille à coups de bec tous ceux qui osent l’approcher. C’est un coq maintenant. Mais avant, c’était un poussin orphelin, ses petits frères étaient morts et nos voisins ne voulaient pas nous le donner parce qu’un poussin meurt sans sa mère ni ses frères. C’était son cri, le pauvre : Nii ! Kii ! Nii ! Kii ! Moi, j’ai cru en lui. J’ai espéré qu’il vive. Il dormait dans ma main, je lui avais fabriqué une couche en laine pour ses crottes et dans sa boîte, j’avais mis un miroir, comme ça il croyait qu’il avait des frères, une famille, la maman-main et le miroir-frères, tandis qu’on était toujours nous deux seulement, moi qui faisais un peu de magie et lui qui marchait.

Madame n’a pas eu d’enfants, ni de mariages, ni d’hommes de fait, seulement un grand nombre d’amants qui ensuite ce sont casés avec d’autres femmes et vivent avec elles ce qu’ils n’ont jamais voulu vivre avec Madame. Mais elle ne leur en veut pas. Au contraire.

La grand-mère des voisins, elle, a une explication : Madame est manna e tonta et tous ces amants pira cotta pira crua d’ognuno a dommu sua…

Depuis que papa est parti, maman ne sait pas qu’il est mort et qu’il m’est apparu avec des ailes.

Tant que le Seigneur nous garde en ce monde, cela signifie qu’il y a une raison. Et puis, nous ne sommes pas sur cette terre pour être heureux, mais pour une raison connue de Dieu seul. Il faut vivre, c’est tout, et prendre ce qui vient. Se braquer sur le bonheur est signe d’orgueil et d’ingratitude.

Avant de partir, le blessé a pris congé de Madame avec un petit discours. Il a compris pourquoi, malgré la beauté de Madame et son sex-appeal, les hommes ne tombent jamais amoureux d’elle. Elle est trop bonne et trop douce, mais d’une bonté tellement décalée qu’elle en devient pénible et ; le blessé ne pense pas, contrairement à grand-père que cette bonté et cette douceur soient les conditions nécessaires pour que l’homme continue à exister dans l’avenir.

La grand-mère des voisins dit que Madame se donnait trop vite aux autres hommes, qu’elle ne les laissait pas languir, alors qu’il faut ça aux hommes et que pour se faire épouser, on doit résister jusqu’au dernier jour. Madame dit qu’elle est convaincue que cette histoire de règles est vraiment psychorigide parce qu’elle ne les a plus mais que l’envie de faire l’amour avec son homme est toujours là, très forte.

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