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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Lola LAFON - La petite communiste qui ne souriait jamais

14 Mai 2014, 22:53pm

Publié par zazy

 

La petite communiste qui ne souriait jamais

Lola Lafon

Editions Actes Sud

Janvier, 2014

320 pages

ISBN 978-2-330-02728-5

 

 

4ème de couverture :

 

Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux jo de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?
Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le romanacrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “dieux du stade”, rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

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Encore une fois, une suite logique entre deux livres lus : Ce titre, « La petite communiste qui ne souriait jamais » et « le garçon incassable » de Florence Seyvos où il est question de Buster Keaton, l’homme qui ne rit jamais. Par contre, Nadia a fait de ces saltos arrières un art jamais égalé.

Nadia Comencini est une gymnase hors pair. À la lecture de ce livre, je découvre le traitement que nos athlètes qualifieraient d’inhumain mais qu’elle a accepté car c’était dans son contrat. Bela, son entraîneur les surveillait nuit et jour, pesait leur nourriture, les sous-alimentait. « Ce qu’elle porte à la bouche est recalculé. Cent grammes de viande à midi et cinquante grammes le soir apportent environ quatre cents calories, des légumes aux repas, deux cent gramme chaque fois : cent vingt calories. Trois yaourts par jour : cent quatre vingts. Et des fruits, peut-être trois : cent cinquante. Ni pain, ni féculents, ni sucre évidemment. Pensez à tracer un trait sur la bouteille d’huile qu’utilise Silvana, la cuisinière ; si elle dépasse les cinquante millilitres prévus par jour, tous les calculs seront faussés. »

Nadia Comencini a été idolâtrée tant qu’elle était une sorte d’éphèbe sans forme féminine, une petite poupée de porcelaine. Plus tard, lorsqu’elle est devenue comme les autres, une jeune fille avec des seins et un cul, les hommes ont crié à la tromperie. « Tout ça, seins, hanches, explique un spécialiste lors d'une retransmission, ça ralentit les tours, ça plombe les sauts, c'est moins propre comme ligne. »

Nadia Comencini a été un corps, uniquement un corps que son entraîneur modelait, un corps que les arbitres notaient, un corps que les commentateurs ont adoré, un corps que les fillettes ont envié, un corps qu’ils ont détesté, criant au scandale, à la tromperie lorsqu’elle en a eu terminé avec le petit éphèbe ; un corps dont a usé le roitelet. Un corps qui ne parlait pas

Nadia Comencini est entrée en gymnastique comme l’on entre dans les ordres, avec abnégation, pour servir ce sport. C’est également comme guerrière qu’elle s’entraîne pour assouplir son corps, pour arriver là où elle veut, faire sauter les barrières, voler, se jouer de l’apesanteur et gagner. Oui, ses succès ont servi la Roumanie, mais, à 14 ans, pouvait-elle le comprendre ?

Derrière la gymnase, Lola Lafon nous parle de la Roumanie qu’elle connait pour y avoir vécu.

Oui, il y avait les délations ; oui, les gens ne pouvaient voyager comme ils voulaient ; oui, Ils étaient filés, écoutés, surveillés. Oui, il y avait des files d’attente…. Certaines de ses phrases me ramenaient à notre guide lorsque nous visitions l’URSS.

Notre Occident avec les portables, les GPS qui nous suivent à la trace. Facebook, l’oiseau gazouilleur, ne nous suivent-ils pas à la trace, n’épient-ils pas tous ce que nous écrivons et, cerise sur le gâteau, le décortiquent minutieusement pour tout connaître de nous. Nos mannequins anorexiques (tiens, actuellement, elles viennent souvent de l’Est !), nos concours de mini-miss, notre monde mercantile est-il plus brillant que l’ancien bloc de l’Est ? C’est cette ambivalence dont nous parle Lola Lafon, sans pour autant trancher.

Lola Lafon amène la comparaison entre Nadia Comencini, sorte de « Jeanne d’Arc » et Brooke Shields ou Jodie Foster, outrageusement sexploitées dans leurs films respectifs. On a gaussé de la manipulation par les dirigeants des exploits de la jeune fille, mais il me semble que les U.S.A. n’ont pas été en reste lorsque Nadia a fui la Roumanie pour ce pays.

L’auteur n’évite pas la montée de la folie du couple Ceausescu avec cette fouille à corps de toutes les femmes en âge d’être enceinte « C’étaient des hommes, ces docteurs qu’on payait pour surveiller l’utérus des femmes. Des hommes, ces contremaîtres qu’on récompensait si un nombre important de leurs ouvrières étaient enceintes. Des miliciens, dans les hôpitaux, avaient l’ordre de lire les dossiers des femmes, afin de repérer celles qui étaient enceintes de quelques semaines, pour les empêcher d’avorter » Nadia était au milieu de tout ça et elle prenait des coups des deux côtés, surtout lors de son « idylle » avec le fils de…

Un livre rythmé, maîtrisé, avec des chapitres courts avec des titres, « biomécanique d’une fée communiste », « Les managers de l’ouest », « marketabilité »… très explicites. La fausse correspondance avec Nadia nous permet une plongée dans la vie de l’athlète. Les recherches que Lola Lafon a menées en amont permettent une fiction qui ne doit pâs être loin de la vérité.

Lola Lafon a reçu le prix de la Closerie des Lilas et fait partie des livres sélectionnés pour le prix du Livre Inter.

Merci Francoaz de l'avoir fait voyager. Maintenant Nadia va rejoindre Florence

Ils en parlent également : Alex - Clara - SentinelleTraversay - Aifelle -

Quelques extraits :

Nadia plonge, sa jambe en arabesque derrière elle, un long soupir tracé au pinceau. Puis, son pied droit pointé devant, elle se détourne des mortes, des battues, tous ces sanglots de filles fracturées, et posément aligne - flic flac - les cartes de mauvais sort retournées, vaincues, une fois de plus, elle les salue, ils sont debout, follement aimants, bouleversés d'avoir goûté à l'odeur terrible d'un mauvais sort repoussé.

Ce qu’elle accomplit, ce jour-là, personne ne sera capable de le raconter, ne restent que les limites des mots qu’on connaît pour décrire ce qu’ on n’a jamais imaginé.

Le lendemain, lorsque je lui demande comment elle explique l’obéissance absolue des gymnase, elle parait gênée par ce mot, obéissance : « C’est un contrat qu’on passe avec soi-même, par une soumission à un entraîneur. Moi, c’étaient les autres filles, celle qui n’étaient pas gymnases que je trouvais obéissantes. Elles devenaient comme leur mère, comme toutes les autres. Pas nous.

On lui bande les chevilles. Son tendon d’Achille est gonflé et forme une excroissance protégée d’une mousse retenue d’un scotch, stigmate des nombreuses fois où elle a heurté la barre la plus basse du pied. Ses genoux s’infiltrent de liquide, une réaction aux chocs répétés, ses rotules se couvrent de corne. Il faut veiller à ce que les ampoules ouvertes de ses paumes ne s’infectent avec la poussière du sol et la magnésie.

Ça va vous choque, je connais les certitudes de vos supposées démocraties libérales à ce sujet… mais il y avait une sorte de… joie dans les années 1970, ce qui ne change rien au reste, évidemment. Je déteste ces films et les romans qui parlent de l’Europe de l’Est, tous ces clichés. Les rues grises. Les gens gris. Le froid.

Essayons de ne pas faire de ma vie ou de ces années-là un mauvais film simpliste.

Chez nous, on n’avait rien à désirer. Et chez vous, on est constamment sommés de désirer.

Vous savez ce que je ne pardonne pas à vous autres, Occidentaux ? En 1974, l’ONU à propos à la Roumanie de présider la conférence mondiale sur la population au prétexte que nous avions su « résoudre la crise démographique » ! Alors Nadia, vous comprenez, même si elle n’y était pour rien, elle faisait partie de ça, cette publicité incessante pour l’Enfant modèle. Et l’ironie c’est que, dès qu’elle a grandi, Nadia n’y a pas échappé, elle a été « inspectée » comme nous toutes par la « police des menstruations », ces médecins qui nous auscultaient chaque mois sur notre lieu de travail et nous pressaient de faire des enfants, encore.

"Chère Nadia. Tu étais mmmmm quand tu faisais ce geste de la main à la fin de ton exercice au sol. Mon chaton mécanique. Aujourd'hui, la Nadia, elle a dix-huit ans, elle porte un soutien-gorge et doit se raser les aisselles", conclut l'éditorialiste du Guardian, dans son article daté de juillet 1980.

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Vanessa Caffin - Souviens-toi de demain

30 Avril 2014, 13:40pm

Publié par zazy

 

Souviens-toi de demain

Vanessa CAFFIN

Editions Calmann-Lévy

250 pages

26 mars 2014

ISBN : 9782702153857

 

4ème de couverture :

Victime d’une agression, Charlie Longe se réveille à l’hôpital totalement amnésique. Non seulement elle a tout oublié de son passé, mais elle est incapable d’enregistrer de nouveaux souvenirs. Pour ne pas perdre le fil des événements, elle tient un journal. Sur la première page figurent quelques lignes pour le moins troublantes : « Je vais mourir. Retrouver mon mari, retrouver Adam », ainsi qu’un numéro de téléphone portable. Est-elle menacée ? Qu’est-il arrivé à Adam ? Pourquoi ne lui répond-on jamais lorsqu’elle appelle à ce numéro ? Déterminée à reconstruire le puzzle de sa vie, la jeune femme part en quête de la vérité, avec ses notes comme seule boussole ainsi que le badge d’une agence de publicité où elle semblait travailler avant son accident. Mais tout sonne faux et la voilà saisie d’une affolante paranoïa, d’autant plus que son entourage paraît s’acharner à brouiller les pistes. Charlie le sait, elle ne peut se fier à personne, ni même à sa mémoire...
Porté par une écriture efficace et des dialogues percutants, Souviens-toi de demain entraîne irrésistiblement le lecteur dans une descente aux enfers dont il ne ressortira pas indemne.
Un thriller psychologique palpitant, jusqu’au rebondissement final… machiavélique

L’auteur : Journaliste et scénariste, Vanessa Caffin a publié en 2008 aux éditions Anne Carrière un premier roman très remarqué, J’aime pas l’amour, ou trop peut-être, suivi en 2010 de Mémoire vive aux éditions Belfond. Rossmore Avenue, paru chez le même éditeur, a été sélectionné pour être présenté au Festival du film de Berlin 2011. Créatrice et animatrice de Pitch Elevator, l’émission culte de yahoo.fr, elle termine l’écriture de son premier long-métrage.

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Lisez la quatrième de couverture car je ne vous dévoilerai rien de plus sur le suspens ! Ce thriller est E F F I C A C E. L’écriture fluide et glaciale (Bonjour M. Gotlib).

Je l’ai commencé hier soir et… l’ai lu d’une seule traite, sans sauter une seule ligne, un seul mot. Pas de pages qui ne servent à rien comme certains romans américains (c’est leur grand défaut pour moi), pas un seul mot inutile. Passons cette nouvelle digression.

Chaque matin, Charlie doit se réapprendre, elle doit se réapproprier ses souvenirs en lisant les notes écrites. L’agression dont elle a été victime et que Vanessa Caffin nous détaille, a lavé sa mémoire de tout souvenir et, chose horrible, elle est incapable d’enregistrer les nouveaux. Comme la pub nous l’assurait il y a quelques années, sa mémoire est lavée plus blanche que blanche.

L’Homme a décidé de mettre ses mots, les souvenirs qu’il choisit sur les carnets de Charlie. La fin fait froid dans le dos.

Vanessa Caffin décrit très bien, les affres, les peurs, les angoisses de Charlie obligée, chaque matin, de lire et découvrir tout son passé très proche. Il y a de quoi virer à la paranoïa.

Ne pas reconnaître les personnes proches que vous avez revues la veille. Ne pas savoir qui vous veut du bien ou du mal. Ne tenir que par le carnet et ce qu’il y a d’écrit dessus. La folie vous guette. Mais il y a pire ! lorsque quelqu’un tire les ficelles et que cette personne est elle-même prise dans un engrenage de folie destructive et manipulatrice. Et puis, comment vivre sans mémoire, sans souvenirs, même si, certains jours, on aimerait bien effacer certaines traces ?

Un bouquin qui s’est imprimé dans ma propre mémoire. Je me répète ; une écriture efficace, nerveuse et claire, des chapitres courts, pas de délayage. Je ne suis pas adepte de ce genre de littérature, mais alors là, chapeau ; j’en redemande.

Je voudrais remercier les Editions Calmann-Lévy pour cet envoi-surprise. J’ai vraiment passé un super moment.

 

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Florence Seyvos - Le garçon incassable

28 Avril 2014, 14:26pm

Publié par zazy

Le garçon incassable

Florence Seyvos

Editions de l’Olivier

02 mai 2013

176 pages

ISBN : 9782879297859

 

4ème de couverture :

«Ce matin, elle a la chambre d'hôtel pour elle toute seule. Elle est à Los Angeles.»
Lorsqu'elle arrive à Hollywood pour y mener des recherches sur la vie de Buster Keaton, elle ne sait pas encore que son enquête va la conduire au plus près d'elle-même, réveillant le souvenir d'Henri, ce frère «différent» qui l'a accompagnée pendant toute sa jeunesse.
Henri et Buster ont en partage une enfance marquée par des expériences physiques très brutales, une solitude inguérissable, une capacité de résistance aux pires épreuves, une forme singulière d'insoumission. Et une passion pour les trains. À travers leur commune étrangeté au monde (ne passent-ils pas tous deux pour des idiots ?), et cette fragilité qui semble les rendre invulnérables, Henri et Buster sont peut-être détenteurs d'un secret bouleversant.
C'est ce mystère qu'éclaire Florence Seyvos dans ce roman dense et subtil.

Florence Seyvos est née en 1967 à Lyon. Elle a passé son enfance dans les Ardennes et vit à présent à Paris. Écrivain, scénariste, Florence Seyvos est notamment l'auteur de Les Apparitions (L'Olivier, 1995), qui lui a valu le Goncourt du premier roman et le prix France Télévisions.

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Un roman doux, subtil. La narratrice se dévoile plus qu’elle ne le pense à travers ses recherches sur Buster Keaton et, par esprit d’escalier, vers son demi-frère, plutôt, le fils du second mari de sa mère. Henri, tel est son prénom.

Portraits croisés de deux « amochés » ? non, de deux personnages hors du commun. Keaton, le petit garçon qui, suite à une chute mémorable, se voit surnommer Buster. Il fera de la chute son art et deviendra une grande star du muet. Henri, prognathe au développement mental interrompu, tenu d’une main très ferme par son père qui, chaque soir, dort dans un harnachement bizarre.

Ils ont plusieurs choses en commun. Un père omniprésent et aimant malgré ce qu’ils infligent à leurs enfants. Les deux se trouvent toujours sous le regard des autres. Leur fragilité qu’ils cachent mais qui est si présente et si visible, leur solitude au milieu des autres de par leurs différences. Leur propre normalité qui nous questionne sur nos normes. Ils ont également ce que Florence Seyvos appelle « petit noyau réfractaire » et qui s’appelle dignité, qui est leur beauté humaine.

Tandis que Buster ira de contrats en contrats, de films en films, ce que fera le mieux Henri, c’est attendre. C’est ce que lui dit tout le temps son père : attends. Puis, le destin de Buster déclinera tandis qu’Henri entrera dans un CAT et prendra son indépendance.

Florence Seyvos évoque ce frère qu’elle aime, qu’elle protège sans aucune sensiblerie mais avec beaucoup de sensibilité. Elle attire notre regard sur Buster Keaton qui, pour moi, n’était qu’un rigolo du muet, sans plus. Un beau roman profond et humain sur l’attention que nous portons aux autres, notre regard sur les différences, que j’ai aimé lire.

Merci Pasdel pour ce livre-voyageur. D'autres billets : Clara - Libfly - Kathel -

Quelques extraits :

"Le père d’Henri dit : « les enfants, il faut les casser ». Il pense sincèrement qu’on ne peut élever un enfant sans le casser, qu’il n’y a pas d’autre solution. Pas simplement plier, casser. Il faut entendre le craquement de la tige de bois que l’on ferme sur elle-même, à deux mains, d’ un coup sec."

"Henri s’est cassé tout seul, quelques heures après sa naissance. C’était un beau bébé dodu de plus de trois kilos. Et tout à coup, un vaisseau s’est rompu dans sa tête. Le sang lui pissait par les yeux et les oreilles, et son avenir, en une fraction de seconde, venait de changer totalement de route."

"Il bascule, la tête en avant, et puis il roule, bong, bong, bong, jusqu’en bas. Cet escalier est interminable."

"Dans le monde du spectacle, a buster, c’est une chute, une chute spectaculaire. Joseph ne le sait pas encore, mais il vient de changer de nom. A partir de ce jour d’avril 1896, plus personne ne l’appellera jamais Joseph, ni ses parents, ni ses futurs compagnons de travail, ses amis, ses compagnes. Désormais, il s’appellera Buster."

"Mais le chagrin, Henri, où le mets-tu ? Tes yeux ne pleurent jamais. La tristesse semble ricocher sur toi. Je sais qu’en entre pourtant, filtrée par ta vision du monde. Alors, dans quel recoin de toi-même l’enfermes-tu ?"

"La main qui tient la poignée dans son dos est si puissante, et lui-même semble si frêle qu’on le voit déjà fracassé. Et pourtant, au cœur de sa nature de projectile, se tien son étrange détermination, son petit noyau réfractaire, et plus il ressemble à un objet, plus il devient humain"

"Nous n’en revenons toujours pas de la simplicité avec laquelle nous sommes passés de l’empathie terrifiée à notre nouveau rôle de caporal-chef"

 

"Il y a des gens qui traversent la vie en se faisant des amis partout… tandis que d’autres ne font que traverser la vie."

 

 

 

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Romain Puértolas - L’extravagant voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

7 Avril 2014, 20:53pm

Publié par zazy

L’extravagant voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Romain Puértolas

Editions le Dilettante

21/08/2013

253 pages

ISBN : 9782842637767

 

 

4ème de couverture :

Un voyage low-cost … dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste. Une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.


L’auteur :

Romain Puértolas est né à Montpellier en 1975. Ballotté entre la France, l'Espagne et l'Angleterre, il devient DJ turntablist, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien, avant de tenter sa chance comme découpeur de femmes dans un cirque autrichien. Évincé à cause de ses mains moites, il s'adonne alors à l'écriture compulsive. Auteur de 450 romans en un an, soit 1,2328767123 roman par jour, il peut enfin ranger ses propres livres sur les étagères de sa bibliothèque Ikea et en cacher ainsi les affreuses fixations en plastique.

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Une nouvelle couverture jaune et un livre tout aussi déjanté que « La dame à la camionnette » d’Alan Bennett, mais dans un autre genre, quoi que l’on y parle également des laissés pour compte.

Au premier degré, c’est un livre d’aventures, hautement improbables. Ajatashatru Lavash Patel «prononcez J’arrache ta charrue, la vache ». Quant à son prénom, vous pouvez dire « achète un chat roux», quoique vous pouvez prononcez également « J’ai un tas de short à trous ». Avouez que c’est plus pratique pour nous, enfin pour moi, sauf que parmi toutes les prononciations possibles, j’ai dû lire à deux fois avant d’être certaine.

Revenons-en à nos moutons à notre fakir. Oui, parce que IL est fakir dans son pays l’Inde. Tous ses amis se sont cotisés pour lui offrir ce voyage dans le SEUL but avoué, de s’acheter une lit à clous vendu chez Ikea. Le commander et se le faire livrer eussent été plus simple. Oui mais voilà, il n’y aurait pas eu de bouquin.

Donc, le voici débarquant à Roissy pris en charge par un taxi inénarrable. L’aventure commence. Attachez vos ceintures, éteignez vos cigarettes, bien que je crois que l’on ne puisse plus fumer dans les avions, le décollage est imminent.

Pour des raisons tout à fait évidentes, « J’arrache ta charrue, la vache » va devoir se cacher dans une armoire Ikea, of course. Vous pensez à un Vaudeville et attendez le mari ? Vous n’y êtes pas du tout. Tout ce que je peux vous dire c’est que « achète un chat roux» va visiter l’Europe et même plus, car il y a affinité, en choisissant des moyens de transports très originaux.

J’oubliais, nous sommes dans un scénario à la Bollywood et il y a une histoire d’amour pétillante qui finira bien et un livre dans le livre.

Entre temps, « J’ai un tas de short à trous » rencontrera la misère des sans-papiers, de ceux qui veulent absolument aller en Angleterre et qui ne veulent retourner chez eux sans avoir réussi.

Un roman où plus c’est gros, plus ça marche où le loufoque côtoie l’amour, la misère, la filouterie… bref, un moment d’humour qui fait un bien fou. Un premier roman où l’on traite mieux les armoires que les hommes, qui n’est pas passé inaperçu.

Merci Phil de l’avoir fait voyager jusque chez moi. Je tiens à préciser que le livre a été acheminé normalement par les services postaux français sans passer par la case Ikea, mais dans la camionnette JAUNE de ma factrice !!

D’autres avis sur Libfly

 

 

 

 

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Jean-Philippe Toussaint - Monsieur

26 Mars 2014, 12:15pm

Publié par zazy

Monsieur

Jean-Philippe Toussaint

Les Editions de Minuit

111 pages

1986

ISBN : 9782707310965

 

Résumé de l’éditeur :

 

Monsieur, qui ne voulait pas d'histoires, n'aimait pas tellement raconter ce qu'il faisait. Il faisait de son mieux, en général et, après réflexion, parvenait à trouver une solution, élégante parfois, souvent mathématique, pour chaque difficulté de la vie – héler un taxi, par exemple – qui se présentait à lui au jour le jour. La nuit, dans son esprit, tout paraissait plus simple encore.

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Le génie de Jean-Philippe Toussaint ? Arriver à faire un livre où il ne se passe rien, pardon, si à la fin il y a UN évènement ! Et que ce soit un grand bonheur que de le lire.

Monsieur, oui, le « héros » du livre n’est pas nommé autrement. Monsieur parle de lui à la 3ème personne, drôle de construction. Monsieur est bonhomme, monsieur est placide (non ce n’est pas son prénom), Monsieur fait l’éloge de la lenteur. En lisant ce livre, j’avais l’impression de voir se mouvoir un paresseux.

Donc Monsieur est nommé directeur commercial chez Fiat-France, prend possession de son bureau. Monsieur vit chez les parents de sa fiancée “ Monsieur, comme Paul Guth, le gendre idéal ” qui est devenue son ex, mais il ne sait pas comment “ Il avait assez mal suivi l'affaire, se souvenant seulement que le nombre de choses qui lui avaient été reprochées était considérable ”. Il déménage donc pour se retrouver empêtrer de son voisin qui lui saute dessus pour dactylographier sa thèse sur les minéraux… et c’est l’engrenage. Mais, il ne résiste pas. La force d’inertie et lui c’est la même chose. Il a bien une velléité de déménager, mais les inconvénients lui paraissent plus importants qu’auparavant et, il n’aime pas trop les changements brusques et revient dans son appartement. De temps à autre, il arrive à sortir de sa torpeur à « s’énerver » et ainsi, gagner une partie de ping-pong lors d’un week-end très ennuyeux.

Une digression amusante sur l’interprétation de Copenhague. Ne me demandez pas de quoi il s’agit, c’est de la mécanique quantique. Un vrai cantique pour Monsieur qui, au lieu d’être derrière Ludovic, se trouve en bas de l’immeuble à le regarder.

Monsieur est comme un roseau qui plie mais ne rompt pas, comme une feuille dans un cours d’eau qui suit les mouvements du courant jusqu’à l’arrêt salvateur d’un obstacle. « Monsieur, oui, en toutes choses, son mol acharnement ».

Monsieur, au cours d’une de ces soirées insipides et mortelles rencontrera une certaine Anna. La soirée au restaurant est superbe et le règlement de l’addition un petit bijou de l’Absurde.

Ainsi va la vie pour Monsieur qui est un jeu d’enfant.

J’ai retrouvé sur mes étagères (comme quoi le grand ménage de printemps après travaux sert !) Fuir du même Jean-Philippe Toussaint. Je me souviens d’une belle lecture. Je l’ai donc ressorti pour l’installer dans la pile à (re)lire.

Merci à YV qui, par ses commentaires élogieux, m’a fait me pencher sur cet auteur que je ne vais pas lâcher en si bon chemin. Je vous propose de faire comme moi. Cheminer en sa compagnie est une chose très agréable, divertissante, mais qui est prenante à force de placidité avec un humour discret. Jean-Philippe Toussaint me fait penser à Modiano dans sa façon d’installer une atmosphère.

 

Quelques extraits :

La fiancée de Monsieur, maintenant, depuis qu’elle fréquentait un certain Jean-Jacques, homme d’affaires d’âge mûr et marié, commençait à découcher de plus en plus souvent et, quand il lui arrivait encore de venir dîner à la maison, elle restait très froide avec Monsieur, presque distante.

Hugo jouait d’une manière très technique, souple et mobile, liftant, liftant, smashant –imparable. Furieux, Monsieur, un autre homme, le regard épouvantable, releva les jambes de son pantalon, puis enleva sa montre pour reprendre son souffle un instant. Quand, vers la fin de la partie, il parvient à endiguer certains de ses smashes pour finir par gagner quelques points d’affilée, Hugo lui concéda qu’il avait pu être assez bon au ping-pong dans ses plus belles années.

Peut-être que voyant Monsieur là, dans la ruelle, devant lui sur le trottoir, alors qu’il aurait dû être derrière lui, dans la chambre Ludovic, pris de vertige, se représenterait-il que Monsieur, qui ne pouvait évidemment s’accomplir qu’à l’état stationnaire, se déplaçait apparemment sans transition et que son énergie, comme celle de l'électron du reste, dans ces passes de bonneteau, hip hip, effectue des sauts discontinus à certains moments, sans qu'il soit possible de déterminer lesquels, car il n'y a pas de raison, selon l'interprétation de Copenhague, qu'il se produise à un moment donné plutôt qu'à un autre.

Finalement, proposant de couper la poire en deux, Monsieur, ne s'en sortant pas, suggéra de diviser l'addition en quatre et de payer lui-même trois parts (c'est le plus simple, dit-il, d'une assez grande élégance mathématique en tout cas)."

 

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Laure Naimski - En kit

23 Mars 2014, 17:19pm

Publié par zazy

En kit

Laure Naimski

Editions Belfond

Février 2014

176 pages

ISBN : 9782714456670

 

4ème de couverture :

Parce que Samuel l'a quittée, Hélène plante sa tente au milieu de son salon et s'y met à l'abri avec son chat d'Artagnan. Mais elle n'est pas au bout de ses peines : double toit ou pas, l'extérieur s'incruste...

Entre une mère hôtesse de l'air qui change d'amant comme de coiffeuse, un père juif rescapé de la Shoah, très pratiquant mais pas toujours moralement nickel, et les ouvriers sans papiers qui circulent devant ses fenêtres, Hélène n'a pas une seconde à elle.

Par touches cocasses ou graves, Laure Naimski dessine le monde un peu piqué d'une femme au bord de la crise de nerfs. Une fable tendue, caustique et désopilante sur la précarité et l'incohérence contemporaines.

Laure Naimski est née en région parisienne en 1971, En Kit est son premier roman.

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- OK Hélène… Oui, je sais, c’est votre vrai prénom que vous n’avez pas changé car vous n’avez pas peur des représailles. Vous venez de vous faire larguer par votre mec, votre mari.

Pensez-vous votre réaction normale ? Planter une tente (sardines enfoncées dans le parquet) au milieu de votre salon, enfin du salon de l’appartement généreusement prêté par votre mère, cela vous parait abouti ?

Ah bon, « Les marmottes plient bien le papier argent des tablettes de chocolat, alors pourquoi par une tente au beau milieu d’un salon. » Oui, dans ce cas là….

- Diriez-vous que cette tente représente une sorte de matrice maternelle ?

Oh, doucement, ne montez pas sur vos grands chevaux lorsque je parle de votre mère. Oui, elle est hôtesse de l’air et aime s’envoyer en l’air, quel jeu de mots Hélène, vous êtes en forme !

-Mais pourquoi vous taillader les veines, vous risquez gros, d’ailleurs, une fois cela a failli mal tourner.

Je comprends, les pompiers sont à vos petits soins, oui mais voilà, vous êtes sur la liste rouge maintenant. S’il vous arrive quelque chose, ils risquent de ne pas venir.

- Et puis tous ces gens bizarres autour de vous. Ils ont tendance à mourir de mort violente. Etes-vous certaines qu’ils existent vraiment, j’en doute parfois. Ne seriez-vous pas un peu mythomane ? Je pourrais même rajouter parano puisque vous changez les noms de certaines personnes pour ne pas qu’ils aient d’ennuis avec la police ou je ne sais quoi !

Non, non, ne vous fâchez pas c’était juste une supposition.

- A 35 ans, ne pensez-vous pas que votre vie devrait prendre une autre orientation, d’écouter la conseillère de Pôle Emploi, votre mère et… de retravailler, vous n’êtes plus une enfant que diantre.

« Je n’ai jamais su m’occuper de quelqu’un d’autre que de moi-même. Et encore, j’ai parfois le sentiment tenace d’être cet enfant que je n’ai pas voulu avoir. »

En plus, vous faites du nombrilisme !!!

- Parlons un peu de votre mari. Samuel. Ce n’est vraiment pas l’homme parfait. Le jour où vous l’avez rencontré, il baignait dans sa soulographie et dans le caniveau, cela aurait dû vous mettre la puce à l’oreille. Mais non, vous avez foncé.

Oui, je sais, il avait fait disparaître votre peur.

- Allez chère Hélène, vous m’avez fait sourire et même rire avec vos histoires à dormir debout (non, je ne fais plus de camping, avec mes vieilles douleurs, dormir au ras du sol…). Vous êtes la reine des calembredaines, de l’ironie du désespoir.

Ce que je viens d’écrire fait penser à une femme immature, ce qui est vrai. Prenons cette lecture autrement, il s’agit d’une jeune femme en pleine dépression, une boule d’angoisse, une malade de solitude, une malade de la vie qui aimerait tant qu’on l’aime mais qui s’y prend mal. Elle aimerait tant, mais…. malgré quelques accès de lucidité, elle s’enfonce lentement dans sa détresse.

Je remercie Anny Poughon des éditions Belfond qui m’a gentiment proposé cette lecture amusante. Laure Naimski trempe sa plume dans une encre caustique, un peu décalée, un peu ou beaucoup déjantée, pour nous décrire les maux d’Hélène. Une jolie réussite pour ce premier roman

 

Quelques extraits :

- c’est un congé de séparation. Ne fait pas cette tête-là. Il existe un congé de maternité. Je ne vois pas pourquoi il n’existerait pas un congé de séparation.

- Quel est le rapport ? Et puis qu’est-ce que c’est que cette histoire de séparation ? Ne me dis pas qu’il t’a encore quittée.

- Si maman. Il est parti. Et cette fois je dois prendre le temps de faire mn deuil.

- Un deuil, quel deuil ? Samuel n’est pas mort au moins ! ?

- Je parle du deuil de mon amour, maman. Je dois mettre mon amour à mort si tu préfères.

J’aurais dû proposer à Samuel de mettre en place un système de garde féline alternée. Je n’ai jamais su m’occuper de quelqu’un d’autre que de moi-même. Et encore, j’ai parfois le sentiment tenace d’être cet enfant que je n’ai pas voulu avoir.

Je m’en grille une en observant le rocher du zoo de Vincennes et je m’interroge. Qu’est-ce qui a poussé Samuel à m’abandonner ? Au font, je préfère ne pas trop creuser. Je referme la fenêtre et retourne sous ma tente.

Quand je sens l’angoisse qui recommence à faire des trous d’air ou, pour dire mieux, des dos-d’âne dans ma poitrine. J’appelle les pompiers après m’être tailladé les veines avec le vieux Laguiole rouillé de Samuel.

 

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Jean-Philippe Blondel - 06 H 41

31 Octobre 2013, 21:42pm

Publié par zazy

06H41

Jean-Philippe Blondel

Editions Buchet Chastel

03/01/2013

240 pages

ISBN : 9782283026052

 

4ème de couverture :

Le train de 06h41, départ Troyes, arrivée Paris. Bondé, comme tous les lundis matins. Cécile Duffaut, 47 ans, revient d’un week-end épuisant chez ses parents. Elle a hâte de retrouver son mari, sa fille et sa situation de chef d’entreprise. La place à côté d’elle est libre. S’y installe, après une légère hésitation, Philippe Leduc. Cécile et lui ont été amants vingt-sept ans auparavant, pendant quelques mois. Cela s’est très mal passé. A leur insu, cette histoire avortée et désagréable a profondément modifié leurs chemins respectifs. Tandis que le train roule vers Paris et que le silence s’installe, les images remontent. Ils ont une heure et demie pour décider de ce qui les attend.

 

==========

06 H 41, attention au départ, le train pour Paris va partir dans quelques secondes…. C’est ce train que Cécile Duffaut prend après avoir passé un week-end ennuyeux chez ses parents vieillissants. Mais pourquoi n’a t'elle pas pris le train du dimanche soir comme les autres fois. Pourquoi a-t-elle proposé à ses parents de rester, vu l’accueil plus que tiède de sa proposition ? Enfin, c’est fait et la voici sur le quai de la gare de Troyes à attendre ce fameux train.

Un autre passager, parmi tous les travailleurs, attend qui n’est autre que Philippe Leduc un ex de Cécile qui, par un de ces pieds-de-nez du hasard s’installe à côté d’elle pour le trajet.

 

Jean-Philippe Blondel alterne les chapitres où Cécile et Philippe racontent, chacun à sa façon, leur aventure qui s’est terminée en eau de boudin. Côté présent, c’est une non-retrouvaille, un refus de se parler, refus de parler du passé, mais….

 

Que faire avec une histoire d’amour qui s’est terminée de façon désastreuse ? Que faire quand l’autre a radicalement changé ? Faut-il renouer, faire comme si on ne se connaissait pas, fuir, se réconcilier… ils ont jusqu’à 8H15, heure d’arrivée en gare de l’Est pour agir…. ou pas.

 

Les destinées ne sont pas celles que l’on envisageait. Parabole de la phrase « les premiers seront les derniers » ? Le destin est ce que l’on en fait, Cécile Duffaut en est la preuve.

 

Un livre agréable qui se lit très vite, avec des retours sur soi car, qui n’a pas connu ces ruptures épouvantables qui laissent un goût amer ou d’inachevé. Un livre à lire dans le train, sans que ce soit, pour autant, un roman de gare.

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Mercedes Deambrosis - Un après-midi avec Rock Hudson

13 Mai 2013, 14:38pm

Publié par zazy

 

Un après-midi avec Rock Hudson

Mercedes Deambrosis

Editions Buchet Castel

103 pages

2ème semestre 2001

ISBN : 9782283018644

 

 

4ème de couverture :

 

Dorita a réussi sa vie. Elle a un mari médecin, des bijoux, des fourrures et de grands enfants indépendants. Par une fin d'après-midi à Madrid, elle tombe sur cette vieille, cette bonne... enfin, quel est son nom, déjà ? Oui, Carmen. Mais la pauvre a tellement changé depuis le lycée ! Les deux amies décident d'aller boire un verre. Jusqu'à ce que les apparences s'effondrent, sous la plume toujours aussi corrosive de l'auteur, à qui l'on doit notamment La Promenade des délices et La Plieuse de parachutes. " Arrosé de vodka-orange, de Martini et de délire, l'après-midi finira quelque part en enfer [...]. Ce deuxième roman de Mercedes Deambrosis, d'une absolue et irrésistible cruauté, se lit d'une traite. Entre fou rire et apitoiement. "

 

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Si une « vieille » copine d’école avec laquelle vous ne vous entendiez pas particulièrement, ou plutôt, qui ne vous aimait pas, vous hèle dans la rue : Courage, fuyez à toutes jambes !!!

Cette chère Carmen en a fait les frais au grand bonheur de Mercedes Deambrosi.

« -Comment as-tu fait pour me reconnaître ? Quelle mémoire Dorita, quelle mémoire après tant d’années…

Cette pauvre fille est encore plus laide que lorsqu’elle était u lycée, comment aurais-je pu l’oublier ? » pensa Dorita, et à voix haute : -Mais tu n’as guère changé ma chérie dès que je t’ai aperçue, je me suis dit : mais c’est cette bonne amie Carmen Gonzalo y Gonzalo. Elle pinça ses lèvres étroites en un semblant de sourire où le rouge Revlon débordait généreusement »

Dorita, est-ce parce qu’elle s’ennuie un peu dans sa vie « réussie », embarque cette Chèèère Carmen dans une course échevelée vers…. Elles ne savent pas trop quoi. De cafeteria en bar, Dorita impose son luxe, impose ses vues, rabaisse, sans en avoir l’air tout en sachant ce qu’elle fait, cette Chèèère Carmen. Dorita se vautre dans son luxe, montrant les derniers bijoux offert par son Cheeer Mari. Cette pauvre Carmen n’a que son allure de vieille fille mal fagotée et Dorita s’en paye une bonne tranche sous couvert « d’amitié ».

Un après-midi mémorable fait de méchanceté à sens unique. Plus la soirée avance plus le vernis craque, le fond de teint part en plaques, tout comme la bienséance ! Dorita s’enfile Martini sur Martini. Mercedes Deambrosis s’en donne à cœur joie à dépiauter cette vieille Espagne des carcans, des faux-semblants, des apparences (mais cela vaut aussi dans notre chère France). La scène « d’amour » dans les toilettes d’un night-club est un délice mordant, dévastateur, cruel que je vous laisse découvrir.

Un livre que j’ai adoré ; un livre ponctué de rires, de ricanements, de oh scandalisé ou désolé. Une soirée que ni l’une ni l’autre n’oublieront facilement. De retour à leurs domiciles respectifs, elles y trouveront ce qu’elles n’auraient voulu y trouver : le vide. Cette journée fut une véritable descente en enfer !!

Au fait pourquoi ce titre ? La réponse est dans ce livre. Une réponse cruellement jubilatoire mais pathétique.

Ce petit roman est cruellement jubilatoire avec une pointe pathétique pimentée. Mercedes Deambrosis appuie là où ça fait mal à la bourgeoisie !!!!

Je l’ai rencontrée au « Salon des Dames » à Nevers début avril dernier où elle présentait son livre « Juste pour le plaisir ».

Mercedes Deambrosis en compagnie de Michèle Gazier lors du dernier Salon des Dames de Nevers

Mercedes Deambrosis en compagnie de Michèle Gazier lors du dernier Salon des Dames de Nevers

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Anna Dubosc - La fille derrière le comptoir

18 Octobre 2012, 13:15pm

Publié par zazy

http://www.ruedespromenades.com/images/liv_lafille.jpg

 

La fille derrière le comptoir

Anna Dubosc

Editions Rue des promenades

125 pages

ISBN : 9782918804376

 

 

Chère Sofia

Vous m’avez accompagnée le temps d’une soirée et j’étais bien en votre compagnie. Bien sûr, elle n’est pas trop gaie votre compagnie, vous vous êtes résignée. Votre vie semble vide comme le ventre que votre mari ne veut ensemencer. Vos jours sont gris, tristounets, vides entre un mari silencieux et aux abonnés amoureux absents et votre cousine insouciante. Heureusement, vous avez votre travail !! Vous êtes la fille derrière le comptoir, mais comme vous l’illuminez de votre présence ce comptoir. A fourbir le sol, derrière les frigos et que sais-je encore !!! Et puis, vous aimez mettre les mains dans la farine, cuisiner pour vos clients dont vous connaissez les goûts, enfin pour les habitués. Là, vous éclairez la boutique brinquebalante de votre présence. Quelques clients vous draguent, Malik est dingue amoureux, mais vous ne le voyez pas, vous ne voulez pas le voir trop occupée à sentir ce ventre vide, à faire tourner cette boutique dont David, le fils du patron et Benoit, dit Ben, le père de David s’en contrefoutent tant vous travaillez bien.

La monotonie, la grisaille, la frustration sont partout et arrivent en vous. Pourtant, vous voudriez tant qu’un arc-en-ciel arrive sous la forme de cette petite fille que vous espérez tant. Vous osez vous rebeller, le mot est trop fort, vous osez faire la grève de l’amour pour rompre cet ennui, mais pas trop longtemps, une caresse, une petite attention vous suffisent. Comme dans le poème d’Aragon : Un mot m'était promissionEt je prenais les campanules Pour les fleurs de la passion

Oui, comme nous, vous êtes banale ; votre vie quotidienne est faite de petits riens. Vous n’avez pas de grands discours, vos phrases, vos dialogues sont d’une grande banalité, mais tellement vrais. Vous êtes une fourmi dans la fourmilière et Anna Dubosc vous en a extraite avec délicatesse pour faire un portrait sincère et beau de la jeune femme frustrée, résignée que vous êtes. Je vous le souhaite cet enfant, mais sera-t-il un enfant de l’amour ???

 

"La voix des indés" organisée par logo-libflybiset de petits éditeurs indépendants m’a permis de lire ce petit bijou. Grand merci à eux ainsi qu’aux Editionshttp://www.ruedespromenades.com/images/ruedespromenades.jpg son éditeur.

Les livres des éditeurs indépendants que j’ai eus entre les mains ont été sources de très bonnes lectures et de belles découvertes.

 

4ème de couverture :

Sofia, Chloé, David travaillent Chez Ben, snack de quartier. Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, simple et tranquille. Anna Dubosc nous emmène à l'endroit, qui est aussi celui des frères Dardenne, où la simplicité dit la complexité de la condition humaine.

Biographie d’Anna Dubosc :

Anna Dubosc est née à Paris en 1974. Elle écrit avec l’intensité et la légèreté de celles qui font tourner le monde. Ses mots jaillissent au milieu de la ville, du chaos, du rire, de la mort. Ils rejoignent les autres, expriment ce qui nous lie et ce qui nous délie. Frontale, drôle, pince-sans-rire, Anna Dubosc démonte le monde pour le remettre à l’endroit.

Elle a publié des textes, des chroniques et des interviews dans les revues Purple, Purple journal, Citizen K, Libération Style, Something, Ce soir.
Ses collages et dessins ont été exposés dans les galeries France Fiction et Kiosque/Images ainsi que dans les revues 9/9 et Ce soir.

 

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Joël EGLOFF - Libellules

27 Août 2012, 20:14pm

Publié par zazy

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Libellules

Joël EGLOFF

Editions Buchet Chastel

187 pages

ISBN : 9782283023334

 

 

 Livre lu dans le cadre de l'opération logo on vous it tout créée par logo-libflybis et logo furet. Merci à Catherine d'avoir fait voyager ce livre jusque dans mes mains.

 

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Joël EGLOFF nous offre de petits instantanés glanés autour de lui ainsi que des souvenirs d’enfance comme de petites bulles. Chaque chapitre est un de ces instantanés de vie, pour certains, attendrissants, d’autres tristes, nostalgiques ou humoristiques qui, partant d’un petit fait, s’épanouissent sous la plume de l’auteur. En fait, comme si vous regardiez des photos qui déclencheraient une histoire, des souvenirs.

Sans sortir de sa rue, de son immeuble, il se promène dans les vies et se remémore la sienne, comme les libellules voletant pour venir se reposer sur le même bout de roseau,  (je le sais pour les avoir épiées afin de les photographier).

C’est un livre qui se lit facilement et rapidement, pas d’aspérité et de la tendresse en prime. J’ai lu cet ouvrage dans des conditions difficiles, en plein festival nature, avec indiens, motos, chiens, beaucoup de monde, bref, du bruit et du passage… et bien, je l’ai accompagné dans sa bulle et j’y étais bien.

 

Merci Catherine de m’avoir prêté ce délicieux petit ouvrage

 

Quelques extraits :

 

4ème de couverture :

On a beau avoir deux yeux, ils regardent souvent dans la même direction, si bien qu’au lieu de se compléter, ils travaillent en doublon, ce qui est regrettable. Toute considération esthétique mise à part, s’ils pouvaient, chacun d’eux, faire preuve d’un peu plus d’autonomie, si l’un s’occupait de regarder à droite pendant que l’autre regarde à gauche, on aurait sûrement une vision du monde moins parcellaire. On toucherait d’un peu plus près à la vérité des choses.
Il y a, dans Libellules, un enfant qui grandit et sans cesse s’interroge, un père qui aimerait pouvoir lui répondre, il y a cette femme qui, du matin au soir, secoue son linge à sa fenêtre, il y a Kate, là-bas, en Antarctique, et la tragique histoire d’un chapeau à la mer… Avec tendresse et bienveillance, un homme, écrivain, porte un regard sensible et drôle sur le monde qui l’entoure.
Par l’auteur de L’Étourdissement, prix du Livre Inter 2005.

 

Biographie de Joël EGLOFF :


Mosellan né en 1970, Joël Egloff,  est un scénariste et écrivain français qui vit à Paris.

Il suit des études à l'ESEC (École supérieure libre d'études cinématographiques) à Paris. Il est l'auteur de cinq romans, dont L'Étourdissement qui a obtenu le Prix du Livre Inter 2005, L'Homme que l'on prenait pour un autre (Buchet-Chastel, 2008) .

 

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