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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Michaël Uras - Chercher Proust

13 Octobre 2014, 21:43pm

Publié par zazy

Chercher Proust

Michaël Uras

Editions le Livre de Poche

224 pages

Date de parution:

Avril 2014

ISBN: 9782253177593

 

 

4ème de couverture :

J’ai toujours eu un problème avec Proust. Dès le départ, j’ai su qu’il me ferait mal. Au-dessus de mon lit d’adolescent, à côté du poster de mon footballeur préféré, Marcel trônait, fier, sûr de lui, la tête inclinée sur ma droite, reposant contre sa main. Il me fixait. Quand je regardais trop mon idole sportive, j’avais l’impression que… Proust me rappelait à l’ordre : « Jacques Bartel, cessez de scruter cet idiot, je suis là, moi, seul être valable dans cette chambre. Vous n’êtes plus un enfant et bientôt, vous pourrez vous targuer d’avoir une aussi belle moustache que moi. » J’ai donc grandi sous le regard de mon maître

L’auteur :

Michael Uras est né en 1977. Son père a fui la Sardaigne et sa misère pour s'installer en France. Il est très influencé par ses origines méditerranéennes. Il a grandi en Saône et Loire avant de suivre ses parents en Franche-Comté. Il a débuté des études de Lettres modernes à Besançon, et les a terminées à la Sorbonne. Aujourd'hui, Michael est professeur de lettres modernes près de Montbéliard. Depuis toujours, il est passionné par la littérature et l'art en général. Chercher Proust est son premier roman.

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Prenez un petit garçon lambda, son idole peut être un sportif, un chanteur, bref rien que de normal. Entre gamins, ils peuvent se raconter les exploits de leurs idoles.

Maintenant, prenez un autre gamin. Appelons-le Jacques par exemple. Son idole s’appelle Marcel Proust ! Imaginez la tête des copains de classe lorsqu’il sort cette incongruité car, avouons-le, c’en est une pour les autres. Pensez à la réaction et la peur de sa « pôvre » mère découvrant que ledit Marcel Proust est homosexuel !!! D’aigüe, la proustomania de jacques va devenir chronique.

C’est la vie de Jacques Bartel (presque Barthès) que raconte Michaël Uras. Ce gamin est proustien depuis sont plus jeune âge. J’ai même l’impression que cela va plus loin ; sa vie colle à celle de Proust. Souffreteux, malingre, fragile comme lui ; une mère omniprésente et collante ; il n’aime pas jouer avec les enfants de son âge ; vieux avant l’âge ; A connu les amoures tarifées… Jacques a cherché Proust toute sa vie, mais il était en lui, il était Lui.

 OK, Gravement malade, sa guérison a tenu au miracle d’un de SES livres, miracle qui se renouvelle à chaque fois, Saint Marcel (non pas Saint Marcelin) prenez-moi entre vos saintes mains.

Je n’en reviens pas, je n’imaginais pas Proust capable de faire autant d’effet à un adolescent « je jouis en fixant Marcel ». Une irrésistible envie de rire me prend à la gorge.

Devenu chercheur en proustologie, il cherche (normal pour un chercheur), lit d’autres articles dont « un article sur l’utilisation de la lettre « i » dans l’œuvre de Proust». Alors là, je ne peux m’en empêcher ; je rigole. Monsieur, qui lit aussi, se demande, vu le titre, ce qu’il peut y avoir de marrant à lire un bouquin traitant de Proust.

Mais, est-ce la vraie vie que « de se pencher sur les textes originaux d’un écrivain, on finit par apercevoir ses rognures d’ongles » ? Jacques ne vit qu’au contact de vieux proustiens, fait se sauver ses conquêtes avec sa vie médiocre. J’avais presque envie de lui crier : « Marcel sort de ce corps !! ». M’a-t-il entendu ? Toujours est-il qu’un bon autodafé vous purifie un homme.

Un bouquin (autofiction ?) fort bien écrit ou l’autodérision accompagne la drôlerie. On sent le respect de l’auteur pour Marcel Proust. Un bon premier roman où les personnages secondaires ne déméritent pas. Un livre qui se lit d’une traite avec beaucoup de plaisir.

Merci Ramette pour ce livre-voyageur.

 

J’ai toujours eu un problème avec Proust. Dès le départ, j’ai su qu’il me ferait mal.

Mes premières lectures de La Recherche étaient forcément imparfaites. Je ne comprenais pas tout, et souvent, la syntaxe de mon maître m’ensevelissait.

Combien ont tenté de répondre à cette terrible question : à quoi sert la littérature ? Pour bon nombre d’êtres humains, l littérature sert à combler le vide des étagères de bibliothèque.

Pour les lecteurs, les passionnés, Proust aide à vivre, c’est un plaisir. On le garde donc.

Pour les marchands, Proust est un produit que se vend assez bien. Ses livres sont toujours disponibles, on l’adapte partout dans le monde, pour reprendre un terme anglais, il est bankable. Pour les éditeurs, les maisons de production, Proust est rentable.

Proust apporte donc « quelque chose » à celui qui s’en sert (plaisir ou argent).

« Monsieur, s’il vous plait, je ne tiens pas une bibliothèque, grommela le libraire, achetez les livres ou alors reposez-les, si tous les gens suivaient votre exemple, je fermerais boutique. »

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Thomas B. Reverdy - L'envers du monde

12 Octobre 2014, 22:04pm

Publié par zazy

L’envers du monde

Thomas B. Reverdy

Editions Seuil

Collection Cadre rouge

Août 2010

272 pages

ISBN : 9782021030587

 

4ème de couverture :

New York, août 2003. Une chaleur suffocante.

Ground Zero, le site des attentats du 11 septembre, vidé de ses décombres, n’est qu’un trou large comme un quartier. Ce n’est plus le World Trade Center depuis deux ans, et ce n’est pas encore la Tour de la Liberté, qui n’est qu’un projet d’architectes. Un non-lieu étrange, une absence dans le paysage. « Le plus petit désert du monde ».

Un vendredi à l’aube, on découvre le corps mutilé d’un ouvrier arabe sans identité, jeté là, dans un puits de forage. Les cendres sont prêtes à se ranimer.

Le commandant O’Malley, qui se charge de l’enquête, porte un costume sombre et ne transpire jamais. De Manhattan à Coney Island, il rencontre, interroge témoins et suspects. Candice, par exemple, la serveuse aux cheveux ambrés comme la bière qu’on brasse à Brooklyn. Ou Pete, l’ancien policier qui fait visiter le chantier aux touristes et qui a eu une altercation avec le mort, la semaine passée. Obèse et raciste avec ça, il ferait un bon coupable. Et puis il y a Simon, l’écrivain français de cette histoire, qui s’interroge sur l’impossible deuil de ces bouts d’existences américaines.

Sans jamais lâcher le mouvement de ses personnages, Reverdy y ajoute un luxe descriptif, un sens du détail, un brio et une musicalité qui lui sont personnels. Car, on le sait, « il faudrait une vie pour raconter une vie ».

L'auteur :

Thomas B. Reverdy est né en 1974. Il s’est révélé en 2003 avec La montée des eaux, auquel ont fait suite Le ciel pour mémoire (2005) et Les derniers feux (2008, prix Valéry Larbaud). Par son souffle et ses dimensions, ce grand roman sur la blessure de l’Amérique annonce une ambition nouvelle.

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3 chapitres, 3 personnages.

  • Pete l’ancien policier fracassé par le 11 septembre. Il était sur le site, mais… "Malgré la cellule psychologique et les groupes de paroles, les antidépresseurs et le club de gym de la police, il avait sombré petit à petit". Poussé à la retraite, il fait visiter Ground Zero aux touristes en qualité de victime et d’ancien héros. « Ancien héro, est-que ça existe, ça comme catégorie, est-ce qu’on ne l’est pas une fois pour toutes ? »
  • Candice, une des nombreuses veuves qui court pour essayer de vivre. Elle a suivi la catastrophe à la télé et a vite su que son amour ne reviendrait jamais « Cela faisait deux ans, déjà, que Candice ne s’en remettait pas ».
  • Simon (double de l’auteur ?) écrivain français venu travailler sur la thématique de l’absence et du souvenir. Simon, « étranger dans un monde où plus personne n’était vraiment chez soi »

Au départ, il y a un mort, Muhammad Sala ; un des nombreux travailleurs illégaux sur le site de Ground Zero. « La victime ? Ecoutez commandant, ce type était un musulman, et sûrement un clandestin, pas une victime. Victime, c’est un mot qu’on réserve ici à tous ceux qui sont morts dans les tours. »

L’impression  d’une ronde infernale autour de Ground Zero. Tout ramène à ce site. Les survivants se cognent sur les parois en verre de la reconstruction comme des insectes sur une vitre. O’Malley enquête et s’ajoute à la ronde.

Thomas B. Reverdy, dans ce livre, parle beaucoup de l’absence de corps et du souvenir. Pete résume ceci : « La mort me saute au visage ... Cependant, il n’y a rien à voir –des pierres, des ouvriers, des machines–, rien qu’un trou. Mais c’est cela la mort, n’est-ce pas ? Un vide, une absence qui dure. » New-York est une ville toujours en construction ou en reconstruction, les tours jumelles n’échappent pas à la règle. Il faut remplir le vide et bienvenue à la Freedom Tower. « Pourquoi construit-on un mémorial ? Pour se souvenir, « en mémoire de », c’est-à-dire en hommages aux victimes, et donc d’abord à l’usage de leurs familles. C’est un gros tombeau. Allons plus loin. Cet endroit désigne la mort pour ne pas qu’on l’oublie. » Quelle relation entre l’absence et le souvenir ? absence des corps et le deuil ; absence et la difficulté de se souvenir. Tout le livre tourne autour de ces sujets comme les 3 personnages tournent autour de Ground Zero.

Toujours ces mêmes souvenirs qui reviennent, ces morts que l’on n’a pas pu enterrer. Comment faire pour se recueillir alors que tout concourt à l’oubli. A l’emplacement du trou, se construit un nouvel édifice.

Ce roman noir est rythmé par les voix distinctes des protagonistes. Chacun donne ses mots pour parler et au détour de paragraphes, nous avons un cycliste, allié à la mafia russe, qui se faufile dans les rues, sur les toits comme l’ange de la mort.

J’aime l’écriture de Thomas B. Reverdy, puissante, rythmée, évocatrice que j’avais découverte dans « les évaporés ». Il y a, là aussi, cette possibilité de renaissance. Les personnages sont lucides, blessés, mais il y a quand même cette petite étincelle d’espérance, même si…

Un superbe livre coup de poing

Cela faisait un bruit sourd, régulier très profond, qu’on oubliait vite parce qu’il était omniprésent, les coups de boutoir d’un métronome souterrain, un bruit si fort pourtant si bas que ce n’était qu’une vibration, comme le battement du cœur quand on a les oreilles bouchées dans un effort violent.

A chaque fois, pendant un court instant, je ne saurais pas dire, c’est la mort. La mort me saute au visage comme un diable à ressort quand j’avais cinq ans. Cependant, il n’y a rien à voir –des pierres, des ouvriers, des machines–, rien qu’un trou. Mais c’est cela la mort, n’est-ce pas ? – Un vide, une absence qui dure.

Le vent rend la sueur presque froide comme il file sur Lincoln et, de là, sur Flatbush, uniquement par les rues qui descendent et donnent l’impression de voler, presque totalement silencieux comme une chouette, accompagné seulement du frottement des routes sur l’asphalte.

Les faits mentent, les faits n’ont rien à dire, mais les faits nous aveuglent sans cesse.

On n’a pas vu tout de suite les types qui sautent, piégés dans les étages supérieurs… Environ deux cents ont préférés sauter. Même cela, ça ne veut rien dire. C’est juste un fait, encore un chiffre.

O’Malley connaissait la musique. C’était un gros chantier, mais tout était sous-traité à d’innombrables petites entreprises qui employaient un bon tiers de clandestins. Sans l’immigration sauvage et le travail au noir, la skyline de Manhattan compterait quinze ou vingt étages de moins et la ville serait peut-être en faillite.

Je sais bien qu’il est là… Vous savez où il travaille, et c’est tout. Maintenant, on n’a pas retrouvé son corps, je viens ici et il n’y a que… vous vouez, ce n’est qu’un genre de trou. Je ne peux même pas me dire, c’était donc là.

Est-ce qu’on peut mourir dans des endroits qui n’existent pas ?

A bien des égards, Ground Zero n’existe pas. C’est une fiction. Entre le fantôme du World Trade Center et le rêve où les choses que nous connaissons disparaissent en laissant une place vide qui est de la place pour des mots, pour du sens, une fiction de la Freedom Tower, c’est le lieu de la disparition, il faudrait un mot pour ça, « le-lieu-de-la-disparition », peut-être, « le-lieu-qui-n’est-le-lieu-de-rien.

C’est un envers. L’envers de l’attentat, l’envers du monde, de nos vies. C’est la douleur et le mal, la mort, l’absence, l’endroit

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Marie-Aimé Lebreton - Cent sept ans

9 Octobre 2014, 22:02pm

Publié par zazy

Cent sept ans

Marie-Aimée Lebreton

Editions Buchet Chastel

Collection Qui Vive

128 pages

Août 2014

ISBN 978-2-283-02818-6

 

4ème de couverture :

De son enfance, Nine ne sait rien d’autre : rien que la rencontre de ses parents en Algérie, leur amour trop bref, et son père fauché par la guerre dont on a déposé le cœur « dans une cabane en bois ». Madame Plume, sa mère, ne parle pas de ce passé, de son pays, de ses souvenirs. Un jour, elle s’est arrachée à la sollicitude de Fatma la douce, elle a fui son village de Kabylie pour emmener sa petite dans une ville du nord de la France, où elles ont vécu toutes les deux en étroit duo. Alors « une autre errance commence, célébrant le désert sous un ciel trop bas ». Nine grandit tout contre sa mère, avec une soif de savoir, de comprendre et de se libérer qui passera par l’apprentissage du piano, du langage, et aussi par un retour en Kabylie, sur la terre des origines.

Ce court récit de l’exil épouse le rythme et la poésie du conte pour nous évoquer la quête identitaire d’une enfant éblouie par son histoire silencieuse.

L'auteur :

Marie-Aimée Lebreton est née en 1962 à Bouïra, en Kabylie. Docteur en philosophie de l’art et diplômée du conservatoire national supérieur de musique de Paris, elle est maître de conférences à l’université de Lorraine et vit à Paris. Elle a publié un premier ouvrage en 2005 aux éditions Pleins Feux : Comment Clémentine, sourde, devint musicienne, préfacé par Sylviane Agacinski.

Cent sept ans est son premier roman.

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Ainsi commence le livre :

« Je suis née au creux des montagnes, là où le ciel change de couleur dans la courbure du vent. Derrière le vent, en contrebas de la colline, se dressait le minaret du village. A heures régulières, la voix du muezzin annonçait le nom des dernières victimes tombées sous les bombes.

Ce petit extrait donne le ton. Poésie, beauté, noirceur et douleur. On sait.

« C’était le début de l’été. Le père avait vingt ans, il riait parce qu’il était vivant… Il était algérien, Madame Plume était française, de cela ils ne parlaient pas. » L’amour et la guerre, pardon, « les évènements » ne font pas bon ménage. Le père sera exécuté et laissé mort sur le bord d’une route. Madame Plume donnera naissance à Nine qui ne connaîtra jamais son père. Vint le temps de l’exil vers cette France, territoire inconnu, vers le nord froid et noir. Commence le temps des manques. Celui du père, celui du soleil, celui de Fatma, indissociable de la Kabylie, celui de l’isolement pour cette petite mauricaude (à l’époque on ne disait pas beur), celui de l’obéissance à la mère pour ne pas aggraver son chagrin. Les mots ne peuvent sortir pour expliquer la disparition, le corps dans la cabane en bois là-bas à Bouïra.

Puis, après la mort de la mère des suites d’un cancer, Nine repart en Kabylie pour renouer le fil de sa vie, pour repartir sur des bases plus solides.

Il y a opposition entre l’univers masculin de la guerre, de la violence et celui de ces deux femmes qui ont l’air de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas déranger le père.

Nul besoin de grandes phrases, de pages noircies pour nous faire ressentir le mal être de Madame Plume : «elle percevait l’assurance des autres mères comme un lieu dans lequel elle n’avait pas sa place»,

Un livre que m’a posée sur un nuage. Les phrases ciselées comme un bijou kabyle sont emplies de poésie et de beauté. Tout est dit en peu de mots et si bien dit. Un enchantement, un coup de cœur pour moi.

Marie-Aimée Lebreton, n’attendez pas cent sept ans et encore moins les calendes grecques pour nous ravir avec un autre ouvrage. Je vous remercie pour cette belle lecture.

Je remercie vivement Babelio qui par son opération , m’a permis cette très belle découverte. Je n’aurais garde d’oublier . La qualité des livres qu'ils proposent m’a permis de passer de très bons moments en compagnie de leurs auteurs.

Mimi a beaucoup aimé également

Avant d’aller poser son âme sur la branche d’une étoile, il prit sa langue entre ses mains pour chasser l’odeur visqueuse de la mort

Oh ! Ma fille, tu es née à présent et je t’aime. Je dis que mon ventre est triste mais tu es là et je te regarde. Mes yeux sont noirs mais tendre à l’intérieur. Tu es née aux premiers chants de l’aube et je t’appellerai toujours l’enfant de l’aube. Je sais que tu as déjà tes souffrances. Mon enfant, mon amour ! Mais c’est comme ça ! Une vieille loi du monde ! Mes seins tout gorgés d’amour cherchent ta bouche pour téter eux aussi. Mais de lait, je n’ai pas assez. Mon enfant, mon amour. La faim muette laisse des marques tout autour de ma bouche. Les chagrins attroupés dans l’assiette ne suffisent pas à me nourrir.

Le vent du désert accompagnait leurs figures ensablées de sang et de larmes. Leurs yeux vides portaient la marque d’un destin aussi lourd que les cadavres empilés au fond des charniers.

C’était une fin d’après-midi ordinaire. La lumière se diffusait comme du lait. Pourrait-on faire passer toute la beauté du monde dans la simplicité des jours sans histoire ? A quel mystère se raccrocher lorsque les élans du cœur sont ralentis par les mots qui ne veulent pas venir ?

Tu m’uses disait la mère, tu me fatigues. Je ne sais pas comment te donner ce que tu me prends déjà !

Ce que ses larmes voulaient retrouver, c’était le chemin qui mène à ‘enfance. Ramener de l’oubli les lieux qu’elles avaient habités.

Au village, on a dit qu’ils t’avaient jeté sur le bord de la route, comme un chien. Tu es mort trop tôt et de toi je n’ai rien, pas même les mots de la mère.

Nine savait qu’elle n’avait jamais oublié la terre qui l’avait enfantée. Nous sommes ainsi faits, nous cherchons toute notre vie à nous glisser dans le lit du temps pour retrouver le pays natal, fascinés que nous sommes par les femmes qui, au premier matin du monde, nous ont donné la vie

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Lionel-Edouard Martin - Mousseline et ses doubles

4 Octobre 2014, 21:32pm

Publié par zazy

Mousseline et ses doubles

Lionel-Edouard Martin

Editions du Sonneur

Septembre 2014

312 pages

ISBN : 9782916136769

 

4ème de couverture :

Lors d’un séjour à Paris, Mousseline s’émancipe de la tutelle paternelle et rencontre Joseph. Avec lui, elle décou­vre la ville, la littérature et l’amour. Leur passion, aussi imprévisible que totale, est tragiquement interrompue. Elle décide dès lors de s’installer dans la capitale et y ouvre une agence matrimoniale. En charge de l’éducation de son neveu Michel, elle reporte son affection sur l’enfant, avec le désir inconscient de lui voir endosser la personnalité de Joseph. Michel devra alors parvenir à s’imposer pour devenir pleinement lui même — un écrivain.
À sa manière sensible, poétique, imagée, Mousseline et ses doubles est une saga française et familiale, qui débute à la fin du dix-neuvième siècle en province et s’achève de nos jours à Paris. C’est un voyage à travers la France, sa géographie, son histoire (la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Al­gérie…). On y retrouve l’intérêt de Lionel-Édouard Martin pour les années 1950 et 1960, dans lesquelles bien des lec­teurs pourront trouver un écho à leur propre héri­tage.

L’auteur :

Né en 1956, Lionel-Édouard Martin est à ce jour l’auteur de plus d’une vingtaine de textes, partagés entre poésie et narration — dont Anaïs ou les Gravières, publié aux Éditions du Sonneur en 2012. Son œuvre narrative, très singulière, est caractérisée par une écriture alliant une grande variété de tons, de la narration sèche à la poésie en passant par l’ironie subtile et la mélancolie.

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L’opération organisée par Libfly et les éditeurs indépendants m’a encore gâtée. Je remercie les , dont j’apprécie la politique de qualité, pour cette jolie découverte.

Mousseline, c’est le fil rouge. Nous la suivons dans sa découverte de Paris et de sa passion amoureuse foudroyante et brève. Mousseline n’est pas du genre à s’épancher, ce n’est pas le genre de la famille. Elle fonce dans l’action. D’ailleurs, cela lui réussit parfaitement question carrière, mais les douleurs et les peines sont là. Nous traversons une grande partie du 20ème siècle. La 4ème de couverture résume bien la trame du roman. C’est vrai j’ai retrouvé des odeurs, des images, des sons de mon enfance. Lionel-Édouard Martin n’est pas avare de descriptions.

Michel, le neveu de Marielle, écrivain un tantinet dilettante et misanthrope, tient la plume et fait parler Mousseline. Sur le mode narratif, il dialogue avec sa tante : tu as fait ceci, tu as dit cela « Donc, tu avais dormi sur le canapé, dans le silence nocturne de la grande ville qui sans cesse t’avait réveillée, si différent du nôtre ». Cette façon d’écrire n’est pas ennuyeuse du tout sous la plume de l’auteur. Il accepte enfin de lui donner la parole, nous passons du mode indirect au mode direct. Nous pourrons même assister à des joutes verbales entre la tante et le neveu.

Les titres de chapitre sont explicites. Ainsi, du premier « L’inventaire est terminé » où nous apprenons tout de l’histoire de la famille du Joseph, le charbonnier et père de Mousseline. L’inventaire est terminé, alors passons à la suite. Chaque titre sert de conclusion au chapitre qu’il débute.

Il y a une sorte de joute entre les tenants du modernisme et ceux du conservatisme qui se lie aussi dans les dialogues. Je m’explique. Mousselin, soldat de métier, découvre l’Algérie et voudrait faire souche au … Maroc, pour lui terre d’avenir. Il parle le « parigot » de l’époque « On dirait que tu deviens gaga, frangine. Ça doit tenir de l’air de Pantruche. « Ville lumière », tu parles : Elle vous noircit, vous encrasse le ciboulot. Lumière mettons, mais de lampe à pétrole ». Mousseline préfère s’en tenir à ce qu’elle connait et rejette ce besoin d’ailleurs. Sa profession de marieuse, pardon elle tient une agence matrimoniale, la relie au passé (les marieuses étaient monnaie courante) mais également au futur. Pour elle un langage classique avec quelques mots fleurant bon son Poitou. « À ses yeux, Paris brillait d’un soleil continu, desséchant quelque fût l’heure, jour, nuit ; tout étincelait comme une bassine à confiture, et la gourmandise y avait cuit à petit feu toute la journée, le soir, on la suspendait, cuivrée, à son clou… » Les jumeaux représentent ces années 50-60, lien entre un passé rural, les pieds dans la terre et un futur urbain, et voyageur.

Ce qui m’a plus dans ce livre, c’est encore la plume de Lionel-Edouard Martin que j’avais découverte avec « Nativité cinquante et quelques » qui se déroulait également dans ces années. « Mousseline et ses doubles » est plus ancré dans la réalité, mais la poésie est toujours aussi présente.

Les « héros » de Lionel-Edouard Martin ne sont pas causants, c’est le moins que l’on puisse dire, dur au travail qui permet de cacher les peines. Ils sont très attachants, humains, vrais, aimables. Marielle aura eu plusieurs « vies ». Malgré tous ces chagrins, elle fait face et garde toujours au fond d’elle-même cette petite flamme qui lui permet d’avancer  et prendre sa petite part de bonheur

Son écriture ? Un mélange de classicisme et de modernité, et oui, pareil à ses personnages ! avec beaucoup de gourmandises dans les mots. Très évocatrice, sensible et poétique, elle suggère les odeurs, les images, comme ces cinéastes qui, pour évoquer une scène d’amour, vont nous montrer un arbre, le soleil ou que sais-je. Tout est dans l’évocation. Mais il sait aussi être le peintre impressionniste qui donne à voir la vie rurale et parisienne de cette époque.

Je m’étais régalée avec « Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire » du même éditeur et noté d’autres ouvrages sur leur site pour une future lecture. Une maison d’édition indépendante qui joue la qualité des auteurs et des ouvrages.

Comme dans ces natures mortes où Chardin montre –exhibe– un lièvre tué, une raie, des huîtres ouvertes auxquelles donne un coup de patte friand la minette couleur écaille de tortue près de la cruche, du plateau, du canif, de la miche de pain. Elle me plait, cette manière de rassembler la vie, la mort dans un espace aussi limité.

Comme on dit par chez nous, c’est point écartable ! On n’a jamais vu personne se perdre dans Paris ! Sans compter qu’on ne va pas te manger : y a trop partout de bouftance pour que les gens s’entre-dévorent.

Fais-moi juste confiance : je ne te trahirai pas sur le fond. Mais la forme demande parfois des fantaisies de compositeur.

C’était même bien facile de circuler dans ces galeries souterraines avec les autres courtilières et les mulots (en parlant du métro)

Ainsi va la mort, et les morts poussent les morts envieux de leur place.

Ici, l’automne, passée la Saint-Martin, ce sont des pluies interminables et continuelles, où les herbages reverdissent malgré la clarté faible, embrumée de stratocumulus dont le pis touche la terre comme celui des vaches au retour des pâtures, et dépose des impressions laiteuses aux branches des arbres hauts, ponctuées encore de feuilles mortes, et noires, et gluantes, où s’exprime cette pourriture dont s’empreint le pays jusqu’en mars.

Il était lourd, dans le fossé, à trois cents mètres du véhicule. Lourd de toute sa densité d’homme mort.
Et toi marmoréenne.

« Ni crier, ni pleurer, le ventre dur.
« Agenouillée près de lui.
« Il était sur le dos, je lui embrassais le visage, l’appelais « Mon petit », éclatant de rire, puis sombrant.
« C’était rien, c’était rien.
« J’ai tenté de le prendre dans mes bras, de le bercer.
« Mais il était trop lourd dans son fossé. Trop lourd de tout son poids d’enfant.

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François Garde - Ce qu'il advint du sauvage blanc

22 Septembre 2014, 14:42pm

Publié par zazy

Ce qu’il advint du sauvage blanc

François Garde

Editions Gallimard

Collection Blanche

Janvier 2012

327 pages

ISBN : 978207136629

 

4ème de couverture :

Au milieu du XIXe siècle, Narcisse Pelletier, un jeune matelot français, est abandonné sur une plage d'Australie. Dix-sept ans plus tard, un navire anglais le retrouve par hasard : il vit nu, tatoué, sait chasser et pêcher à la manière de la tribu qui l'a recueilli. Il a perdu l'usage de la langue française et oublié son nom.
Que s'est-il passé pendant ces dix-sept années? C'est l'énigme à laquelle se heurte Octave de Vallombrun, l'homme providentiel qui recueille à Sydney celui qu'on surnomme désormais le «sauvage blanc».

 

Inspiré d’une histoire vraie, Ce qu’il advint du sauvage blanc est le premier roman de François Garde.

Ce qu’il advint du sauvage blanc a reçu le Prix Goncourt du Premier Roman 2012

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« Quand il parvint au sommet de la petite falaise, il découvrir qu’il était seul. La chaloupe n’était plus tirée sur la plage, ne nageait pas sur les eaux turquoise. La goélette n’était plus au mouillage à l’entrée de la baie, aucune voile n’apparaissait même à l’horizon. Il ferma les yeux, secoua la tête. Rien n’y fit. Ils étaient partis. »

Ainsi commence le livre de François Garde. Ce petit paragraphe annonce le grand chamboulement de la vie de Narcisse Pelletier matelot sur la goélette Saint-Paul. Nous sommes au 19ème siècle. Imaginez-vous seul sur une plage, dans un continent inconnu et toutes les histoires qui circulent sur les sauvages.

17 ans plus tard, il sera rendu à la « civilisation ». Octave de Vallombrun, sociétaire de la Société de géographie, institution vénérable s’il en est, est chargé de ramener, celui que l’on appelle « le sauvage blanc », en France.

Octave de Vallombrun écrit à son mentor tout ce qui concerne la réacclimatation du matelot ainsi que les idées qui en découlent. Par la même occasion, nous remet en mémoire les connaissances de l’époque qui peuvent nous paraître presque indécentes (mais les mentalités ont-elle beaucoup changé ?). François Garde raconte, comme en voix off, l’adaptation obligée de Narcisse Pelletier. Le livre ira jusqu’au point d’orgue que seront la mort de Vallombrun, la disparition du matelot de France, après une dispute avec Vallombrun et son adoption pleine et entière par la tribu.

Au début le « sauvage blanc » n’était qu’un sujet d’étude pour ce jeune nobliau ayant soif de découvertes. Leurs relations vont évoluer au fur et à mesure de l’acclimatation de Narcisse. Pourtant, Narcisse garde toujours sa part de mystère et se refuse à parler. Pour lui « parler c’est mourir ». Après être déclaré mort par son armateur, je ne pense pas qu’il est envie de mourir une seconde fois en rendant publique sa vie sur l’île

Ce livre, écrit dans un français très agréable ne raconte pas seulement les péripéties des deux personnages. Il nous interroge sur la réacclimatation du matelot, sa réappropriation du français et de nos différentes cultures. Avec les « sauvages », Narcisse a appris une philosophie de la vie, de la survie, de l’entraide, le désintéressement, le geste gratuit… qui sont totalement inadaptés avec sa nouvelle vie.

J’ai tourné longtemps autour de ce livre, mais ce fut une lecture passionnante. La société dans laquelle nous vivons nous modèle. Changer d’identité comme a dû le faire Narcisse Pelletier rend son retour dans son ancien monde quasi impossible.

 

 

 

 

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Michela Marzano - Tout ce que je sais de l'amour

11 Septembre 2014, 20:08pm

Publié par zazy

Tout ce que je sais de l’amour

Michela Marzano

Editions Stock

Août 2014

210 pages

ISBN : 9782234077232

 

4ème de couverture :

Le titre de ce récit qui mêle autobiographie et réflexions philosophiques, dans la lignée du précédent et magnifique livre de Michela, Légère comme un papillon, vient d’un vers d’Emily Dickinson : « That love is all there is, is all we know of love ». C’ »est dire la simplicité et la complexité de toute tentative de définir l’amour, à travers sa présente et son absence.

De la recherche du prince charmant à l’acceptation des limites humaines de l’amour, du désir d’enfant à l’analyse sans cesse recommencée de l’absence d’amour qui fonde parfois nos bancales existences, de la maternité au narcissisme, Michela Marzano aboutit à un constat personnel, où se reflète notre propre expérience universelle : « On reste seule avec ses peurs. Seule avec une autre liste, elle aussi sans fin, pleine de questions sans réponses. Cette fois, c’est différent. Car même si perds tout, je ne me perdrai pas moi-même. Ni cette envie de recommencer. Ni la certitude que personne ne peut plus me voler qui je suis, même si, ensuite, la nuit m’anéantit. »

Un livre transgenre d’une lumineuse évidence, émouvant et féminin.

 

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Michela Marzano s’était déjà penchée sur son mal-être dans un précédent ouvrage où elle parlait de son anorexie. Ici, il est question d’amour, vase sujet pas si léger que cela.

Chaque intermède débute par la citation d’un auteur qui lui permet de dérouler son texte, de débattre, puis d’aller voir du côté de son nombril et de son cœur. Pourtant, cela n’a jamais été ennuyeux. Quelque fois, j’ai dû relire plusieurs fois les paragraphes pour essayer de comprendre (après une journée de chicoufs et des yeux qui se ferment, c’est autorisé par l’article 10 de mon code personnel). Elle convoque tour à tour Stendhal, Fromm, Lacan, Baumann, Pascal….

Michel Marzano dissèque, disserte, énonce, dénonce, pour en revenir au père, encore et toujours à son père. Cet homme trop autoritaire dont elle attend une reconnaissance qui ne viendra jamais. De vouloir répondre, vainement, à ses attentes, il y a de quoi vous démonter. « Ce que nous avons vécu nous accompagne tout au long de notre vie et souvent –trop souvent, toujours trop souvent malgré les efforts déployés pour briser le cercle vicieux de la répétition– nous détermine. » Nous vivons tous avec ce passé qui nous a formés, bon ou mauvais il faut essayer de l’accepter, gros travail.

En amour, il faut lâcher prise, accepter que l’autre ne soit pas le reflet exact de l’image idéale. C’est ce chemin qu’a parcouru Michela Marzano. Accepter de faire confiance « Mais comment cesser de vouloir tout contrôler ? Comment attendre que quelque chose se passe ? », accepter l’Autre. « L’amour commence toujours après. Quand l’affection succède à la passion. Et que l’on commence à faire confiance. Et que l’on peur « aimer avec l’autre ». Faire confiance, le grand problème de Michela Marzano« On fait confiance, et on court le risque d’être trahi.» Cette peur qu’on la laisse tomber, qu’elle ne soit plus intéressante, aimable. « Mais s’il n’a ôté son masque que pour quelques instants seulement ? Si lui aussi me trompe, m’abandonne, me bannit de sa vie ? »

Et que dire de ce désir d’enfant avec cette phrase souvent répétée : « Si j’avais un enfant, je devrais me lever tôt le matin pour l’emmener à l’école, pas vrai ? ». De temps à autre, on a envie de lui dire, arrêtez de gratter les croûtes ! VIVEZ… et elle nous répond honnêtement «Que se passerait-il si je devais me lever à l’aube tous les jours pour aller à l’usine ou au bureau, avec un directeur des ressources humaines qi ne me lâcherait pas ? Que se passerait-i si je n’avais pas de travail, si je vivais dans la précarité depuis des années… » Oui, vous n’auriez plus le temps de gémir sur vos amours, sur vous, vous seriez obligatoirement dans le présent et dans le concret.

« Cette fois j’ai appris que je ne dois pas demander ce qu’il ne peut pas m’offrir, que je ne peux pas lui donner ce qu’il me demande.. » Est-ce le commencement de l’acceptation de soi et de l’autre ? Je suppose, comme pour nous tous, qu’il y aura des chutes et des rechutes, mais Michela Marzano commence à construire sur du roc et non sur le sable.

Ce livre-thérapie est fait de pensées, de discussions à partir d’une citation, de confessions. Les paragraphes courts fluidifient une lecture quelques fois ardue mais très cohérente et jamais ennuyeuse. J’ai pris plaisir à le lire car très bien écrit. De temps à autre, j’y trouvais mes propres casseroles.

Je remercie, en partenariat avec et les Editions Stock qui, grâce à l’opération " On vous lit tout" m’ont permis de découvrir un auteur très intéressant.

 

Aujourd’hui, je sais que la vie n’a rien à voir avec les contes de fées. Que la personne aimée ne peut pas nous apporter tout ce que nous n’avons pas eu. Qu’il ne suffit pas de se donner du mal et de faire son devoir.

On reste seule avec ses peurs. Seule avec une autre liste, elle aussi sans fin, pleine de questions sans réponses.

En amour, on ne choisit jamais l’autre sans raison. Il correspond toujours à ce que l’on cherche depuis l’enfance

L’autre n’est jamais exactement comme nous voudrions qu’il soit. Il est toujours différent des rêves que nous portons en nous. Des belles histoires qui nous plaisaient tant, enfant, et qui devaient nous consoler de tous ce que nous n’avions pas et dont nous continuons à déplorer le manque.

La vie se joue presque toujours pendant nos premières années. Lorsque nous ne savons encore rien du monde et de nous-mêmes et que nous nous en remettons aveuglément aux autres. Nous dépendons entièrement d’eaux. Notre confiance est totale.

Pourquoi lui ?
Parce qu’il m’écoute. Parce que avec lui je me sens importante. Parce qu’il me prend au sérieux. Et qu’il me regarde avec les yeux de quelqu’un qui découvre un monde inconnu quand je lui raconte quelque chose. Parce qu’il me dit que j’ai raison quand mes raisons ne servent pas à grand-chose.

L’amour commence toujours après. Quand l’affection succède à la passion. Et que l’on commence à faire confiance. Et que l’on peur « aimer avec l’autre ».

La confiance est toujours un pari. On fait confiance quand on croit en une personne, même s’il n’existe aucune preuve tangible qu’elle soit digne de confiance.
On fait confiance, et on s’abandonne. On fait confiance, et on espère. On fait confiance, et on court le risque d’être trahi.
On fait confiance et c’est tout.

L’homme que j’aime m’apporte mon café chaque matin et chasse les cauchemars de la nuit en passant sa main sur mon visage.
L’homme que j’aime est toujours présent, même quand il est loin. L’amour n’est pas seulement fait de petits gestes, mais aussi du partage de se secret que l’on garde en soi.
L’homme que j’aime est la parole qui berce ma plainte, même quand il me demande de me taire. Car c’est parfois le silence qui nous aide à supporter.

Avec le temps, on finit par apprendre : la joie commence quand on accepte le fait que le passé ne passe jamais ; quand on commence à savoir vivre avec le désordre.

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Richard Gaitet - Découvrez Mykonos hors saison

7 Septembre 2014, 21:41pm

Publié par zazy

Découvrez Mykonos hors saison

Richard Gaitet

Editions Intervalles

Juin 2014

80 pages

ISBN : 9782369560029

 

 

4ème de couverture :

Attirant chaque année près de 400 000 visiteurs, ce petit port paisible des Cyclades devient de mai à septembre un Eden touristique généreux en plaisirs universels (soleil, danse, fête, feta). Mais en mars ? Y-a-t-il seulement un club ouvert après minuit ?

Au hasard d’errances alcoolisées dans des rues blanches et désertes, deux pieds nickelés vont provoquer les dieux sans le savoir...

Entre fantaisie et comédie, cette épopée éthylique endiablée convoque aussi bien l’humour grand-guignolesque d’Hunter S. Thompson que l’art du mystère de la série Lost.

L’auteur :

Richard Gaitet est né en 1981. Admiré dans toute l’Europe pour sa pratique très personnelle du sirtaki, il anime depuis 2011 l’émission « Nova Book Box » sur Radio Nova. Son premier roman, Les Heures pâles, écrit sous le pseudonyme de Gabriel Robinson, est paru en 2013 aux éditions Intervalles.

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Livre lu dans le cadre de l’opération organisé par Libfly et les maisons d’éditions indépendantes dont les que je remercie pour cette découverte.

 

Mykonos est très réputée pour ses fêtes arrosées, enfumées, homos… « Eden touristique généreux en plaisirs universels –sun is shining, danse, chaleur, fête, feta, cocktails, shakés, rencontres importantes ». Pour ça, il convient d’y séjourner l’été. Nos deux compères hétéros (je le souligne vu la réputation de cette île) ne l’ont sans doute pas compris pour débarquer en mars. L’île est déserte, les plages nues, les night-clubs fermés, sauf 1 ou 2 bars ouverts toute l’année. S’ensuivra, il faut bien respecter les traditions, une tournée des rads ouverts d’où ils sortiront fin saouls pour pisser sur le mur d’une église, qu’ils n’avaient d’ailleurs même pas vue. Ils vont passer leurs journées à picoler,  pisser, essayer de draguer. Bref, des vacances hautement joyeuses et animées !! Fiasco sur toute la ligne, ils tombent de Charybde en Scylla (faut bien respecter les lieux et la mythologie !), rien ne leur réussit, heureusement, la carte bancaire fonctionne. Cette partie de l’histoire m’a agacée, ennuyée ; les errances alcooliques de ces deux paumés, très peu pour moi. Pourtant, avec l’arrivée du touriste et sa prédiction, l’histoire prend une autre tournure. Mais, prédiction ou visions d’ivrogne (l’éléphant rose transformé en touriste fou) ?

J’ai peiné à entrer dans l’histoire, je me suis essoufflée à suivre nos deux ivrognes de bars en night-club paumés. Heureusement la seconde partie m’a plus emballée. Richard Gaitet s’est amusé à détourner quelques légendes grecques, des chansons plus actuelles. L’écriture est rapide, alerte. Quelques jeux de mots faciles et éculés comme « Nino rota », mais bon avec nos deux paumés alcoolisés, on ne peut s’attendre à autre chose.

Je suis un peu déçue par ce livre. Que voulez-vous, les errances nocturnes alcoolisées, ce n’est plus de mon âge ! Il s'en est fallu de presque rien, de quelques pages en moins au début pour....

Yves a beaucoup aimé, Pierre beaucoup moins. Leurs avis sur Libfly

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Leïla Sebbar- Le colporteur aux yeux clairs

29 Août 2014, 21:44pm

Publié par zazy

Marguerite et le colporteur aux yeux clairs

Leïla Sebbar

Editions Elyzad poche

2014

120 pages

ISBN : 9789973580719

 

4ème de couverture :

Un village français. Mère au foyer, Marguerite passe l' été à la ferme familiale. Une vie modeste, résignée, mais elle aime lire. De retour de la guerre d Algérie, son mari ne supporte pas de côtoyer à sa table les saisonniers maghrébins de la ferme. Marguerite à l' inverse est fascinée par leur langue, leur courtoisie, leur étrangeté. Les observant, elle tente de combler les silences de son mari sur l' Algérie et peu à peu elle entrevoit un autre monde... Un roman d' une infinie délicatesse, un cheminement vers l' Autre, l' histoire d un grand amour.

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La guerre d’Algérie qui ne dit pas son nom est derrière lui, mais le mari de Marguerite est revenu détruit. Depuis, il ne supporte plus grand-chose, surtout pas les saisonniers maghrébins que son père embauche. Marguerite passe ses vacances à faire à manger à tous ces hommes sans jamais les regarder, jusqu’à ce qu’elle découvre un homme aux yeux bleus. Les fantasmes sont là, elle se rêve partant avec lui…. Cette femme vieillie avant l’âge se retrouve veuve. Heureusement, il y a les livres, la bibliothèque, la voisine et le colporteur qui a les mêmes yeux bleus que l’ouvrier agricole marocain d’alors. L’amour du colporteur aux yeux clairs la réveillera, la révèlera. Elle se voit bien partir avec lui en Algérie et vivre dans la maison qu’il construit pour elle. Mais, la fin de l’histoire ne sera pas celle-là.

Ce conte noir, ce rêve brisé Leïla Sebbar nous le narre simplement et sa description du monde rural de l’époque est réaliste. Un petit livre par la taille écrit par une grande romancière simplement, sans blablas inutiles comme toujours chez elle.

Oh, Sylvie que je voudrais « oublier » de te rendre ce livre ! Oui, j’aime l’écriture de Leïla Sebbar, j’apprécie également l’écrivain qui me semble comme ses livres, simple et directe.

D'autres avis sur Libfly

 

Lorsque les saisonniers sont allés se coucher après le bonsoir collectif, le Marocain s’est avancé vers elle et il l’a remerciée pour la cuisine. Il l’a regardée en la saluant, puis il est sorti avec les autres.
Il a les yeux clairs.

« Encore des romans à l’eau de rose. Heureusement le bibliobus ne passe pas à la ferme. Tu ferais plus rien de la journée. C’est une maladie. Il faut être malade pour lire comme ça. C’est pas la vie… »

« Mon père m’a dit que les hommes te parlent maintenant ? ça suffit pas de les servir, il faut faire la conversation. Ils vont t’apprendre leur langue, aussi, pourquoi pas ? Ils t’ »ont parlé ? Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ? «

Il fit comprendre à sa mère qu’il ne reviendrait pas, tant qu’elle vivrait avec l’Arabe. Marguerite ne revis plus son fils, pendant les sept années où Sélim vécut avec elle, dans la maison de l’oranger.

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Laura Alcoba - Manèges

23 Août 2014, 21:51pm

Publié par zazy

Manèges

Petite histoire argentine

Laura Alcoba

142 pages

ISBN : 9782070782031

 

4ème de couverture :

" Maintenant, nous allons vivre dans la clandestinité, voilà exactement ce que ma mère a dit.
Pour la trappe dans le plafond, je ne dirai rien, même si on venait à me faire très mal.
Je n'ai que sept ans mais j'ai compris à quel point il est important de se taire. "

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J’ai rencontré Laura Alcoba au Salon des Dames de Nevers en juin dernier. Je voulais acheter « Le bleu des abeilles » et je suis partie avec « Manèges » pour lire l’histoire dans le bon sens, même si les deux livres peuvent être lus indépendamment l’un de l’autre.

Le temps est venu de raconter, de faire l’effort de mémoire, de remonter le temps, de retourner vers les années 70, celles de l’enfance sous la dictature. La gente des colonels est au pouvoir.

Avec des parents résistants, la petite fille a appris et enregistré la clandestinité et tout ce qui va avec : le secret, se taire, regarder derrière soi sans en avoir l’air, être certaine de ne pas être suivie. Le père est emprisonné ; un nouveau déménagement avec un grand changement à la clé : elle est baptisée mais sans prêtres, comme les premiers chrétiens. Pour ne pas être repérées, elles vont de maison et maison. Personne ne pose de question ; côté rassurant de la chose pour l’enfant.

Elle ira de rencontre en rencontre, ira jusqu’à discuter d’Edgard Poe avec l’ingénieur qui construit une pièce secrète. Bien sûr, tout est enregistré, ne pas faire ceci, ne pas dire cela, mais, lorsque l’on a sept ans, même si on sait,  on ne comprend pas et des bourdes arrivent qui pourraient mettre en danger le groupe. Comment ne pas parler à cette jeune femme si gentille ? Il y a de bons côtés dans la clandestinité, comme les lapins, ou les paquets cadeaux qu’elle crée avec sa mère... pour cacher les journaux sortant de l’imprimerie clandestine.

Laura Alcoba raconte son enfance en Argentine d’une voix douce, avec beaucoup de tendresse. Petite histoire argentine en est le sous-titre, mais le son des souvenirs de Laura Alcoba n’est pas argentin. Les enfants comprennent beaucoup plus de choses que les adultes ne le pensent, même s’ils ne peuvent analyser les faits. Il y a, malheureusement, encore et toujours, de par le monde, des enfants qui doivent vivre cette même vie.

Merci pour votre gentille dédicace, votre charmant sourire et, surtout, pour vos explications lors du « café littéraire » où vous avez parlé de votre livre, « Le bleu des abeilles » que je vais m’empresser d’acheter et, surtout, lire. Oui, j’ai fait un beau voyage au pays de votre enfance. Votre écriture délicate est aussi douce que pudique, tout est dit sincèrement.

 

 

Laura Alcoba - Manèges

Si je fais aujourd’hui cet effort de mémoire pour parler de l’Argentine des Montoneros, de la dictature et de la terreur à hauteur d’enfant, ce n’est pas tant pour me souvenir que pour voir, après, si j’arrive à oublier un peu.

Si nous avons quitté notre appartement, c’est parce que maintenant les Montoneros doivent se cacher. C’est nécessaire parce qu’il y a des personnes qui sont devenues très dangereuses : ce sont les hommes des commandos de l’AAA, la Alianza Anticomunista Argentina, qui enlèvent les militants comme mes parents et les tuent ou les font disparaître.

Pour toi, ce sera comme avant. Il faudra juste que tu ne dises à personne où nous habitons, pas même à la famille.

Souvent, c’est moi qui regarde derrière nous. C’est plus naturel qu’une enfant s’arrête et se retourne ; chez un adulte ce pourrait être un comportement suspect, le signe d’une inquiétude qui risquerait d’attirer l’attention. Moi j’ai appris à glisser ces gestes de prudence dans un jeu.

J’ai bien compris l’idée de l’Ingénieur quand il m’a expliqué comment on pouvait cacher tout en ne cachant pas. Mais les lapins ? Pourquoi faudrait-il accueillir des centaines de lapins pour mieux nous protéger ?

Je comprends alors que si quelqu’un, à la prison, pose des questions, je ne pourrai pas retourner dans la maison aux lapins. Il semble que j’en ai peur. Enfin, c’est encore une de ces choses dont je ne suis pas tout à fait sûre.

Je fais quelques pas en direction de mon père, sans décoller les yeux du canon le plus proche, celui de l’homme qui est juste en face de moi. Je vois bien que ce trou noir arrive au niveau de ma tempe.

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Emmanuelle Cart-Tanneur - Et dans ses veines coulait la sève

15 Août 2014, 14:27pm

Publié par zazy

 

Et dans ses veines coulait la sève

Emmanuelle Cart-Tanneur

Editions Terre d’Auteurs

Février 2013

204 pages

ISBN : 9782919407026

 

4ème de couverture :

« Je suis séduite par l’imagination à la fois déroutante et familière d’Emmanuelle Cart-Tanneur. Les personnages, bien que décalés, font frôler un réel qui parfois nous échapperait. La rigueur narrative de chacun des textes, la fluidité du style, dont aucun à-coup n’entrave l’avancée, précipite le lecteur vers la chute des nouvelles, et vers la sienne, peut-être. Car c’est bien lui qui parfois tombe. Et de haut !

Mais si les textes ne nous secouaient pas, pourquoi les lire ? »

Catherine Ravelli

Grand prix 2012 de la nouvelle de l’académie française.

Emmanuelle Cart-Tanneur tente de concilier son métier de biologiste avec sa passion de l’écriture. Plusieurs de ses nouvelles ont reçu des prix littéraires, et elle publie ici son nouveau recueil.

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Jury dans un concours de nouvelles, j’ai eu la chance de lire une nouvelle d’Emmanuelle Cart-Tanneur qui m’avait vraiment plu. Liliba m’a gentiment prêté ce livre pour continuer un bout de chemin avec cet auteur.

J’entre, facilement et avec grand plaisir, dans un univers qui sort totalement de l’ordinaire pour aller vers l’onirique. Qui n’a pas rêvé d’avoir à ses côtés, l’auteur du classique que l’on lit ? Qui n’aimerait pas emporter chez lui un petit bout du tableau qu’il adore ? Qui n’aimerait pas mettre en conserve certaines engueulades ?

Puis les nouvelles prennent une nouvelle direction, changent d’aiguillage pour entrer dans le vrai, le concert, le pas toujours beau, le dur. Il y a le geste désintéressé fracassé, lâchement, par une balle de sniper. Il y a des histoires dures comme cette sandalette, symbole de l’innocence tuée. D’autres offrent des promesses de paix et de réconciliation. Il y a une belle histoire d’amour, la détermination d’un enfant….

Les nouvelles d’Emmanuelle Cart-Tanneur sont fortes et pétries de l’humanité de ses personnages. Elle met en lumière ces gens, couleurs muraille, avec humour et amour pour parler de paix, de fin de vie, de solitude, regrets, amour filial, d'amour, de tromperie… Bref, de la vie.

J’ai pris mon temps pour le lire, car j’ai aimé me délecter de certaines nouvelles que j’ai relues plusieurs fois par plaisir (surtout la première !). Toutes ces nouvelles sont d’une même qualité d’écriture, pas une que j’ai trouvé moins bonne, comme cela peut arriver. Je comprends que l’auteur ait été souvent primé. Un livre à lire dans un train, une salle d’attente, sous un saule pleureur, au Bois de Boulogne….

Liliba, je regrette vraiment de devoir te rendre ce livre avec sa belle dédicace ! Merci pour ce très bon moment de lecture. Dans les veines d’Emmanuelle Cart-Tanneur coule un vrai talent d’écrivain.

Vous pouvez acheter ce livre en ligne sur le site de l'éditeur

 

« Ernest Hemingway pour Le vieil homme et la mer, quai 22, s’il vous plaît ! Ernest Hemingway »

Car Abel était un fin lecteur. Un bibliomane, un gourmand littéraire. Rien ne le réjouissait plus que l’idée d’une heure à venir en solitaire : chaque instant volé à ses obligations professionnelles était pour lui le régal annoncé d’une plongée en apnée dans quelque nouveau livre.

J’eus toutes les peines du monde à ne pas applaudir quand la femme, verte de rage, quitta la able dans un bruissement outragé tandis que l’époux reposait tranquillement sa serviette sur ses genoux et commandait un cognac au garçon.

Je t’ai donné ta dose quotidienne, depuis la fin de cet été. J’ai soigneusement répandu le poison, chaque soir, à tes pieds, là où l’herbe, moins forte que toi, est déjà en train de mourir.
Tu commences à jaunir ; tu vas bientôt flétrir, et personne ne comprendra pourquoi.
Tu peux continuer à pleurer.
Moi, je m’en vais.

Ils traversèrent le pont sous la pluie, la petite serrant bien fort la main du vieil homme qui avançait d’un pas hésitant. Les lattes de bois étaient mouillées et glissantes et la progression de ce couple hasardeux en était rendue hasardeuse

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