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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Emmanuelle Pagano - En cheveux

7 Décembre 2014, 19:43pm

Publié par zazy

 

En cheveux

Emmanuelle Pagano

Editions Invenit

Collection musée des confluences

Octobre 2014

76 pages

ISBN : 978-2-9186-9869-2

 

4ème de couverture :

Un châle, à première vue commun s’il n’était constitué de fils de Pinna nobilis, la grande nacre de Méditerranée. Lorsqu’elle retrouve l’objet précieusement conservé dans les réserves du musée, les souvenirs reviennent à la narratrice. Se déploie, pli après pli, une histoire familiale dans l’Italie fasciste, dont les fragiles fils tissés de la nacre forment la trame. Un frère autoritaire et machiste, ses deux sœurs Nella et Bice protégeant le châle comme objet totémique soustrait à la vue de l’homme, la nature et ses odeurs, ses lumières, sont la matière de ce récit sensuel et incarné.

L’auteur (site de l’éditeur):

De formation artistique, Emmanuelle Pagano est professeur d'arts plastiques. Le récit Pour être chez moi a lancé sa carrière littéraire. Par la publication de nombreux romans, récits et nouvelles, elle s'impose aujourd'hui comme une auteure qui compte dans l'univers des lettres françaises. Son dernier roman, Nouons-nous, chez P.O.L, a été salué par la critique et sélectionné pour plusieurs prix. Elle a été, jusqu'en septembre 2014, pensionnaire à la Villa Médicis.

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Second opus de cette collection des éditions Invenit en collaboration avec le Musée des Confluences de Lyon, après l’enfant fossile, que je découvre.

Emmanuelle Pagano nous déroule l’histoire d’un châle tricoté en fils de soie élaboré par un mollusque, la grande nacre. Il n’existe, de par le monde, qu’une soixantaine de pièces en soie de mer.

Emmanuelle Pagano détricote la vie d’une famille italienne à partir de ce châle. La fratrie est composée de 2 sœurs et un frère. Le frère, père de la narratrice, est un fasciste assumé, macho comme savent l’être les italiens. Les tantes, Nella et Bice déshéritées -ce ne sont que des femmes !- habitent dans la vieille maison familiale. Nella, arborant fièrement sa chevelure rousse libre de tout chapeau ou chignon strict (en cheveux disait ma grand-mère et titre de ce livre), n’a jamais voulu se marier, se soumettre à un mari, préférant s’échapper dans les bois dans des pantalons informes, jouer avec la lumière. Le frère devrait subvenir aux besoins des deux sœurs, ce qu’il oublie de faire ou fait très chichement, alors, elles se débrouillent.

Quand la narratrice fait la description de ce châle j’imaginais Nella lovée dedans, ses gestes, son corps. Ce châle, qui a résisté au temps, est le symbole de la résistance de Nella, symbole de sa liberté. La narratrice, à travers lui exprime l’amour qu’elle portait à cette tante trop indépendante pour l’époque. Entre le frère et la sœur, Nella, la haine a remplacé l’amour qu’ils se portaient. Mais la haine n’est-elle pas le versus de l’amour ? « Ces deux-là se haïssaient tellement qu’ils s’aimaient, ou était-ce l’inverse. »

L’écriture d’Emmanuelle Pagano est douce, sensuelle. Je me suis délectée à la lecture de ce petit livre lu d’une seule traite. A vous relire très bientôt Emmanuelle Pagano ; j’ai retenu l’absence d’oiseaux d’eau à la bibliothèque.

Livre lu dans le cadre de la voix des Indés. Je remercie beaucoup et les éditions Invenit. J 'aime beaucoup la sensualité qui émane de la couverture de ce livre fort intéressant et agréable à lire

 

Depuis qu’il est conservé dans le musée, le châle de ma tante a changé de statut et de dimensions, au sens figuré, mais aussi au sens propre.

Le conservateur apporte des lampes et les reflets mordorés du châle sont enfin révélés. J’ai l’impression qu’en éclairant le châle, le conservateur fait apparaître le portrait de Nella, ses cheveux aussi bruns que le châle est blond, mais avec les mêmes reflets roux, et derrière elle, un peu en retrait, mon autre tante, Bice, projetant une ombre sur elles, mon père, leur frère aîné, et, cachée par cette ombre, toute mon enfance à Stellanello, le temps particulier des vacances, quand je croyais jouer à nous cacher de mon père et que Nella me laissait me déguiser avec le châle et ses dorures devant le soleil couchant.

Nous nous cachions de mon père, toujours, mais ce que je prenais pour un jeu n’en était pas un. C’était de la résistance. Je la confondais avec un jeu parce que Nella me la présentait comme ça, mais aussi parce que résister et jouer c’est de la même façon avoir du courage, de l’ardeur et de la peur ensemble, mûris par l’adrénaline.

Elle goûtait sans trêve le plaisir de sentir chaque muscle à sa disposition en marchant, elle aimait laisser se disperser toutes les pensées envahissantes que la marche éparpillait.

Il faut pêcher mille grandes nacres, les sortir de l’ombre pour obtenir deux cent cinquante grammes de fil de soie de mer, deux cent cinquante grammes seulement de lumière avec un millier de gros coquillages lourds.

Mon père était un macho, une caricature. Il répétait j’aime ma fille, je pense à elle, elle aura quelque chose, mais elle n’héritera pas, parce que c’est une fille.

Il aimait sa sœur comme il aurait dû m’aimer moi, comme sa fille, et même peut-être autrement.

C’est dans les dernières années de guerre partagée contre son frère que Nella m’a donné le châle, le seul objet de valeur dérobé à mon père et non revendu, pour qu’il soit à l’abri des hommes.

A la mort de Nella, j’ai voulu que l’or du châle ne me soit pas réservé, j’ai voulu qu’il ne brille pas seulement dans l’intimité, le châle était trop lourd pour mes épaules. Je l’ai donné au musée.

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Philippe Forest - L'enfant fossile

5 Décembre 2014, 22:51pm

Publié par zazy

L’enfant fossile

Philippe Forest

Editions Invenit

Collection Musée des confluences

80 pages

ISBN 9782918698678

 

 

4ème de couverture :

« Un enfant de cinq ans vieux de trois cent vingt siècles. Plus jeune et plus âgé que nous. Nous précédant dans l’oubli à l'intérieur duquel nous perdons déjà pied... »

Quelle est l’histoire de ce fragment d’enfant Homo sapiens dans lequel les spécialistes voient le plus ancien reste d’homme moderne de France ? Philippe Forest interroge l’origine du fossile, le sens de la vie et de la mort, dans un récit où le thème de la disparition est prépondérant. En cherchant le lien entre le passé et le présent, entre ce bout d’os et notre société actuelle, entre ses souvenirs d’enfance et sa vie d’aujourd’hui, l’auteur est conduit à cette seule certitude : cette « horreur minuscule » est bien notre ancêtre à tous dans la mesure où elle nous rappelle notre mort et que seule demeure la présence de l’absence.

L’auteur :

Diplômé de Science Po Paris et titulaire d'un doctorat ès lettres, Philippe Forest a longtemps enseigné la littérature au Royaume-Uni avant de revenir l'enseigner à l'université de Nantes. Il est l'auteur de nombreux essais littéraires et romans. Son activité littéraire touche également à l'écriture d'articles pour de célèbres magazines littéraires français, comme Le Magazine littéraire ou Transfuge, et la co-rédaction de la Nouvelle Revue française des Éditions Gallimard.

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A partir d’un objet choisi dans la collection du Musée des Confluences de Lyon qui devrait ouvrir très bientôt, l’auteur déroule une histoire. Philippe Forest a choisi un fragment de mâchoires découvert par Claudius Côte en juin 1933 dans un coin des Charentes, celui d’un enfant de 5 ans.

Ce fragment d’os avec ses deux dents l’amène à poser plusieurs questions ; sur les souvenirs, notre relation au passé, la survivance. Pour l’auteur, quelle relation avons-nous avec, entre autre, ce morceau de mâchoires ? Devons-nous le considérer comme une relique « pas si différente, au fond, dans la vitrine de son musée, de celles qu’exposent les églises et desquelles les dévots mendient un miracle : cheveux, dents, crânes, tibias et fémurs de saintes et des saints » ? et les musées, ce lieu où l’on parle à voix basse, déambulant silencieusement « rien d’autre qu‘une sorte d’immense reliquaire » ?

Diatribe sur ces visiteurs qui, à l’heure de l’ancienne messe dominicale, passent de vitrine en vitrine, s’extasiant comme devant les reliques. Il aimerait beaucoup que les visiteurs que nous sommes, méditent « sur le mystère inouï du monde », que nous nous attachons un peu plus à la vie de ces gens et non à l’objet présenté, fut-il d’or et de rubis, que l’on pense ancêtre et non relique.

Cette relique le ramène à son enfance où il jouait à la chasse aux fossiles avec les gars du village. Ce temps de l’enfance qu’il qualifie de « préhistorique » « Car le temps de l’enfance, pour celui qui l’évoque, n’est pas moins éloigné que la plus obscure des préhistoires » peut-être parce que les lambeaux de notre mémoire sont comme des ossements, des reliques. D’autant que ces gamins, il ne les a jamais revus et que, pour lui, ils sont restés à l’état d’enfant « Immobilisés par ma mémoire dans une ou deux attitudes aussi sûrement que s’ils avaient été saisis vivants parmi les sédiments du temps. Des enfants fossiles. »

La trace, l’empreinte que nous laissons comme ces mains sur les grottes qu’ils relient à l’empreinte de sa propre fille faite à l’école. Côte a inscrit son nom et un numéro sur le fragment de mâchoire comme pour laisser une trace de cette découverte. Besoin d’identification ? Besoin de laisser une trace ?

Philippe Forest amène à une réflexion sur le temps et ses paradoxes, sur la transmission, les traces, l'absence, la mort. En effet, cet enfant est notre ancêtre alors qu’à 5 ans, il est mort sans descendance « Un enfant de cinq ans vieux de trois cent vingt siècles. Plus jeune et plus âgé que nous. »

L’écriture de Philippe Forest est minutieuse, fouillée, précise. J’ai aimé ce livre qui ne se lit pas d’une seule traite et sur lequel on médite après l’avoir fermé.

J’ai lu ce livre dans le cadre . Je remercie beaucoup et les Editions Invenit qui proposent un livre élégant et très intéressant.

 

 

« Cadavres conservés en vue de leur très hypothétique résurrection, mais vers lesquels, en attendant, convergent les pèlerins avec la même concupiscence un peu perverse que celle qui pousse les touristes en foules vers les tombes, les mausolées, les pyramides transformés en attractions culturelles, et qui les presse autour des sarcophages ouverts où l'on exhibe les formes amaigries des momies aux apparences de longues bûches calcinées. »

Un musée, finalement, n'étant rien d'autre qu'une sorte d'immense reliquaire : caveaux vidés de leur contenue de sorte que tout leur mobilier d'outre-tombe se retrouve entreposé dans les galeries, dont les collections égyptiennes du Louvre, de Londres, de Turin ou du Caire donnent l'idée la plus juste, constituant le prototype de toutes les autres.

Les pièces du passé arrachées à la terre, un peu partout pillées parmi les ruines, les tableaux et les statues, les poèmes et les romans pouvant assez bien passer, si l’on y réfléchit, pour des sortes de stèles sublimes dont les apparences splendides disent, aussi sûrement que le nom et les deux dates sur une tombe, le passage pathétique des hommes dont elles conservent le souvenir.

Une œuvre d’art, certainement, puisqu’un musée l’abrite, qui l’expose au regard désintéressé de visiteurs distraits.

D’où viennent ceux qui naissent, où vont ceux qui meurent ? Ou bien l’inverse : d’où viennent ceux qui meurent, où vont ceux qui naissent ?

Ce sont de toute façon, toujours les vainqueurs qui écrivent l’histoire à l’intérieur de laquelle, forts de leur bon droit, ils n’accordent aucune place à ceux dont ils ont triomphé.

Qui pleurerait sérieusement un enfant fossile ?
Ce n’est pas que l’on oublie. Mais même celui qui se souvient finit par disparaître à son tour.

Un vide creusé dans l’épaisseur même du temps et où vient se loger perpétuellement la même absence, retenant la forme fossile de cd qui n’est plus, mais qui, cependant, pour l’éternité, un jour aura été.

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Alban Lefranc - Vous n'étiez pas là

27 Novembre 2014, 19:54pm

Publié par zazy

 

Vous n’étiez pas là

Alban Lefranc

Editions Verticales

Janvier 2009

152 pages

ISBN 978-2-07-012404-6

 

4ème de couverture :

« On s’est bien foutu de votre gueule toutes ces années, de vos grands yeux ahuris, de votre indéracinable accent teuton, un peu moins les derniers temps où votre main s’armait promptement d’un tesson paraît-il, Queen of the bad girls enfin, parvenue au but. »
Ni hagiographie, ni descente en flammes, Vous n’étiez pas là détourne le genre biographique pour passer outre les images d’Épinal associées à Nico (1938-1988): cover-girl précoce, demi-mondaine dans La Dolce vita, égérie des films de Warhol, femme fatale du Velvet Underground, maîtresse d’une poignée de célébrités et increvable junkie bien au-delà des années 70.
Apostrophant son héroïne sur un ton tendre et grinçant, Alban Lefranc s’approprie les tendances à l’affabulation de Nico, tord ici et là le bâton des faits et finit par la mentir vraie. Partant de ce rapport décalé, elliptique et dissonant, il l’exhume des ruines du IIIe Reich, la confronte à l’absence d’un père, autopsie les zones d’ombre de son ascension fulgurante, remet en perspective ses frères de chaos, ôtant un à un les masques d’une intériorité mouvante pour réinventer quelques-unes de ses vies possibles.

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Alban Lefranc redonne vie à une ancienne égérie des années 70, Christa Päffgen, née en 1938 sous le joug nazi.

Cette biographie est vivante, Lefranc arrive à me faire aimer le genre. Il donne chair à cette jeune femme fragile et résistante qui, au cœur des années 70 pratiqua assidûment le cocktail détonnant Drogue, sexe, alcool et mensonge. J’ai aimé l’écriture de l’auteur, sa façon de s’adresser directement à elle sans, pourtant, m’attacher à cette jeune femme dont j’ignorais totalement l’existence ainsi qu’à son monde « créatif ».

 

 

 

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David Foenkinos - Charlotte

26 Novembre 2014, 07:45am

Publié par zazy

Charlotte

David Foenkinos

Editions Gallimard

Août 2014

224 pages

ISBN : 9782070145683

 

4ème de couverture :

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C'est toute ma vie.» Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

L’auteur :

Né le 28 octobre 1974 à Paris, David Foenkinos étudie les lettres à la Sorbonne, tout en se formant au jazz, ce qui l'amène au métier de professeur de guitare. Son premier roman est publié en 2002 chez Gallimard. Il sera quelques temps attaché de presse dans l’édition. Son roman « la délicatesse » sera porté à l’écran

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Charlotte a déposé toute son œuvre chez son ami médecin pour la transmettre, peut-être, à ses parents et, surtout, la soustraire à la barbarie, en disant ses mots « c’est toute ma vie ».

David Foenkinos a porté en lui, de longues années, cette envie de  Charlotte Salomon. Il est allé sur ses lieux de vie, de création. Il nous offre ses doutes, ses besoins, la lente maturation. Il a enfanté d’un livre qui rend hommage à cette artiste méconnue, mise aux oubliettes.

La réunion des deux êtres donne une longue quête que David Foenkinos transcrit en vers libres. Ce parti pris  m’a obligée à lire lentement ce livre, à le lire selon une respiration qui lui est propre. Loin de m’avoir rebutée, cette façon de faire donne plus de corps au chaos que fut la vie de Charlotte. Des phrases courtes, termines par des points, comme une respiration. David Foenkinos l’écrit « C'était une obsession physique, une oppression.
J'éprouvais la nécessité d'aller à la ligne pour respirer »

Le style est sobre presque minimaliste, pour mieux repousser l’émotivité et faire ressortir l’émotion. La musicalité des phrases courtes redonne vie à Charlotte, lui laisse ses parts de mystère, ses doutes.  La forme du livre donne corps au fond, le sublime. Les vers libres ont une douceur trompeuse, une belle musicalité,  pour mieux nous faire ressentir l’horreur.

Un livre étonnant, un hommage à une artiste chahutée, écorchée par la vie, par les bourreaux nazis. Une femme qui n’a eu d’autres moyens que de sortir cette œuvre de sa chair pour essayer de (sur)vivre. Foenkinos ne fait qu’effleurer la vie de Charlotte comme une caresse. J’aurais aimé que cette caresse soit un peu plus appuyée, que l’auteur donne un peu plus chair, d’os à Charlotte. Est-ce son obsession "Sa vie est devenue mon obsession. J'ai parcouru les lieux et les couleurs, en rêve et dans la réalité" qui donne cette impression de survol de la vie de Charlotte ?

 

Ce livre a obtenu le prix Goncourt des étudiants et le Renaudot 2014

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François Bott - Le dernier tango de Kees Van Dongen

15 Novembre 2014, 22:03pm

Publié par zazy

 

Le dernier tango de Kees Van Dongen

François Bott

Editions du Cherche midi

août 2014

ISBN : 9782749130026

 

 

4ème de couverture :

Entouré de jeunes et jolies infirmières, Van Dongen vit ses derniers jours à Monaco en mai 1968. Atteint, entre autres, de la maladie de Parkinson, il n'aura pas le loisir de les déshabiller, de les peindre et de les aimer. Alors il se souvient et reviennent sur ses lèvres ses conquêtes féminines, ses amis Picasso, Max Jacob, Arthur Cravan.
Cette confession imaginaire est un enchantement perpétuel. Une valse folle dont on voudrait ralentir le rythme pour ne pas arriver à la dernière page.
C'est aussi un hymne à la vie, à l'amour, aux femmes et à leur corps.

L’auteur :

François Bott a longtemps dirigé Le Monde des livres. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels des romans et des essais littéraires, notamment La Demoiselle des Lumières (Gallimard, 1997), Sur la planète des sentiments (le cherche midi, 1998), Dieu prenait-il du café ? (le cherche midi, 2002), Radiguet, l’enfant avec une canne (Folio, 2003), Femmes extrêmes (le cherche midi, 2003), Faut-il rentrer de Montevideo ? (le cherche midi, 2005) Femmes de plaisir (le cherche midi, 2007), Vel d'Hiv'(le cherche midi, 2008), La Traversée des jours, souvenirs de la République des Lettres 1958-2008 (le cherche midi, 2010) et Avez-vous l'adresse du paradis ? (le cherche midi, 2012 ; prix Lycéen de la ville de Caen 2013).

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Mai 1968, mois des émois, mois où souffle un vent de révolte, une envie de liberté, bref, le mois des « évènements ». Pour Van Dongen, c’est la dernière ligne droite avant de tirer sa révérence, avant de mourir.

Tout en admirant les courbes et plus de ses «anges blancs », le peintre se souvient des femmes qu’il a peintes, déshabillées, aimées. Sa véritable maîtresse fut la peinture. Il a fait partie des « fauves » avait pour amis des peintres comme Vlaminck, Matisse…

Des pans de son histoire ressurgissent, les années 20, les années folles ! La funeste année 1939, son voyage au pays hitlérien « Tant pis si j’étais un salaud. Cela servait ma carrière. Du moins je le croyais. » « A la libération, cela m’a valu, pendant quelques temps, d’être mis à l’index, mis en pénitence. Tant pis ! J’ignore le repentir et les regrets. Les remords, ce n’est pas mon genre ».

Kees Van Dongen est un jouisseur, un amoureux de la vie. On lui a reproché d’être mondain. « C’est vrai, j’aimais les grands hôtels, les champs de cours, les casinos, et je ne regardais pas à la dépense. J’étais fastueux que voulez-vous ? »

François Bott se met dans la tête et le corps de Van Dongen pour mon plus grand plaisir avec une écriture fine, spirituelle. Une façon élégante de nous donner une petite leçon d’histoire de la peinture contemporaine.

Lorsque j’ai trouvé l’œuvre du peintre sur Internet, je me suis dit : « oui, mais c’est bien sûr ! » Ces yeux immenses outrageusement maquillés de noirs, ces couleurs franches, ces femmes si longilignes !

Le vieux type se disait qu’une femme qui se farde, se maquille, ce n’est pas de la frivolité, c’est de la peinture

Mes ennemis me traitaient de fanfaron, de matamore. Chez les autres –mes amis ? -, j’avais une réputation de fauve, de sauvage, de barbare dans ma vie comme dans ma peinture et mes amours. C’est vrai que j’avais quelque chose en moi de primitif.

Mon existence fut une parade. J’aimais épater la galerie, faire parler de moi, même si l’on en disait du mal.

La peinture était ma seule maîtresse. Pour une femme, c’est une rivale plus redoutable, plus terrible que les autres femmes.

Ces crétins- mes détracteurs- n’ont pas su deviner, discerner l’irréparable mélancolie, la détresse qui se dissimulaient dans mes tableaux, sous le fard, sous le maquillage, sous les couleurs et les airs de fête. J’ai maquillé, en quelque sorte, le tragique de la vie, comme font les clowns et les humoristes.

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Bertrand Guillot - Sous les couvertures

14 Novembre 2014, 19:26pm

Publié par zazy

Sous les couvertures

Bertrand Guillot

Editions Rue Fromentin

180 pages

Juin 2014

ISBN : 9782919547326

 

 

4ème de couverture :

Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur !

Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…

Entre roman et conte iconoclaste, Sous les couvertures, quatrième livre de Bertrand Guillot, est une merveille d’humour et d’originalité. Où l’on découvrira, entre autres, à quoi servent les classiques, en quoi les livres ressemblent à leurs auteurs… et pourquoi, à l’habit des académiciens, on a ajouté une épée.

L’auteur :

Bertrand Guillot est l'auteur de quatre ouvrages : le roman Hors-jeu (Le dilettante), B.a, ba (Editions rue Fromentin), son livre-reportage sur l’illettrisme et Le métro est un sport collectif (Editions rue Fromentin), recueil de chroniques consacrées au métro parisien. Avec Sous les couvertures, il s'attaque au conte pour en faire roman iconoclaste, une merveille d'originalité.

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Je vous la fais tout de suite, je sais que vous l’attendez : j’ai lu ce livre, « Sous les couvertures » bien au chaud sous ma couette !

Un libraire de quartier en difficulté a une très grosse envie de baisser les bras tant il est submergé par tous ces livres qui sont publiés et qui finiront au pilon. Sa clientèle a vieilli avec lui et le renouvellement n’est pas arrivé malgré Sarah, sa jeune stagiaire. Nous sommes samedi soir, il ferme sa boutique, baisse le rideau et s’en va chez lui plein d’amertume et de fatigue. Lundi, il recevra les nouveautés de la rentrée littéraire et devra mettre dans les cartons les livres qui partiront dans le couloir de la mort des invendus puis au pilori. Les livres du Boudoir le savent…. Le tri se fera parmi eux et non pas auprès de ceux des tables, les prix, les best-sellers.

Alors, branle-bas de combat parmi les livres du boudoir. « Grand » prend les choses en main, accompagné de « Junior » et de « Mauve ». On va voir les anciens qui ont pour nom « l’Académicien », « Douleur d’Ecrire », « l’Auteur », « Vieille Gloire »… Serait-ce les premiers soubressauts d’une révolte, que dis-je ! Une Révolution !

Ça discute, ça fouraille, ça fomente, ça se dispute, pire qu’à l’Assemblée !! Et pourquoi tout cela ? Pour que finisse cette attente sans fin, cette ségrégation. Pourquoi les livres vendeurs, les prix et tous ceux qui connaissent la gloire sont-ils devant et pas eux ? C’est la double peine pour ceux du Boudoir ! Ils ne bénéficient pas d’une grande publicité télévisuelle, n’ont pas obtenu de prix, ce sont d’anciennes gloires très amères, seuls quelques illustres inconnus les lisent, …. Enfin bref, tout le menu fretin de la librairie. C’est qu’ils la voudraient bien la place au soleil ! Oh, pas grand-chose, juste une quelques jours, enfin connaître le plaisir d’être saisis, palpés, découverts, feuilletés et, le Graal : achetés par les clients.

Le vieux libraire et la jeune Sarah représentent deux façons différentes de voir le fonctionnement d’une librairie. Lui, qui était à la pointe du progrès lors de la création de sa boutique, est fatigué, las, ne veut plus rien changer. Il n’a plus la pêche pour tout chambouler, reste sur ses positions. Sarah représente la nouvelle génération, donc la lumière, l’oxygène. Elle voudrait mettre quelques une de ses idées en place. Dans les livres comme chez les humains, encore et toujours le grand débat des anciens contre les modernes.

Cette bataille des livres pendant la fermeture de la boutique m’a fait penser à un dessin animé où les jouets s’animent la nuit : Merci le moteur de recherches : Toy Story !!

Je savais qu’il y avait des lutins qui venaient la nuit déplacer les chaussons de place. Certains de mes livres disparaissaient pour réapparaître sur une autre étagère ! Oui, oui, je vous le promets. Maintenant je sais que les livres sont des objets animés qui ont une âme. J’aimerais tant surprendre leurs activités nocturnes, mais je crains que ce soit perdu d’avance, comme pour le Père Noël.

Un livre drôle, certaines scènes sont hilarantes, comme cet onanisme littéraire. Sous ses propos légers, Bertrand Guillot parle du malaise du monde de l’édition et des libraires. Un monde en pleine mutation avec les ventes en ligne, les tablettes, les livres numériques. Ces officines du plaisir que sont, pour moi les librairies, doivent inventer, créer, trouver les mille et une façons d’intéresser le client pour qu’il devient lecteur, assidu si possible.

Merci Bernard Guillot pour cette déclaration d’amour pour les livres et les vraies librairies

Je remercie Price Minister qui, dans le cadre des matches de la rentrée 2014 m’ont permis de lire ce livre désopilant. Cela fait un bien fou après un livre plus dur sur la guerre 14-18 ! J’ai, de plus, découvert une nouvelle maison d’Editions : Rue Fromentin

Merci Oliver pour ton humour

Ma note : 17/20

                         

Chaque soir, il les regardait, muets et immobiles. Et chaque soir, au moment de baisser son rideau, il ne pouvait s’empêcher de songer que peut-être, en son absence, les romans se mettaient à plaisanter entre. C’était un pressentiment de vieux gamin, un songe de vrai libraire. Sa façon d’aimer les livres.

Le pilon ! Tous en connaissaient le nom mais bien peu savaient à quoi il ressemblait réellement. Dans cette ignorance s’engouffraient les angoisses les plus folles. La machine du diable ! murmurait-on. Un broyeur immense réduisant les mots en matière brute et le papier en pâte à mâcher.

Quand on lui demandait en quoi consistait son métier, il se disait passeur, parfois entremetteur : il connaissait ses clients et dénichait toujours le livre qui correspondait à leurs envies du moment ; il s’amusait aussi parfois, aux heures creuses, à imaginer à quelles mains il pourrait confier un auteur qu’il venait de découvrir.

Suspendu dans l’air, il commença à lentement frotter ses pages les unes contres les autres. Son papier frissonnait comme dans une brise d’été. Peu à peu, il accéléra son geste, en rythme puis en saccades, et l’accent de son titre fut pris de tremblements comme s’il battait des cils
- mais, il se… murmura Grand
- littéralement, souffla Conteur.
Bientôt les frottements s’accélèrent, l’Académicien oublia toute grâce en s'oubliant lui-même, il avait maintenant les yeux fermés et s’abandonnait pleinement, le circonflexe tendu à la limite de la rupture, jusqu’à ce qu’il ne laisse tomber à terre, presque invisibles, de minuscules traces d’une poudre d’encre échappée d’une de ses pages centrales.

Et comment on pouvait encore être libraire, à l'heure où les mêmes clients qui vous reprochaient de ne pas avoir tout lu se tournaient vers des libraires en ligne qui précisément ne lisaient rien ?

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Félicien Champsaur - L'enfer de Verdun

12 Novembre 2014, 17:50pm

Publié par zazy

 

L’enfer de Verdun

Félicien Champsaur

Préface Hugues Béesau

Editions Le Vampire Actif

Octobre 2014

100 pages

ISBN : 978-2-917094-13-6

 

4ème de couverture :

Ecrit en janvier 1917, L’Enfer de Verdun constitue la préface de l’Assassin innombrable, une pièce de théâtre hybride, au vitriol, publiée la même année.

C’est un texte étrange, où l’excellence du verbe est mise au service du réalisme aigu, direct et violent des descriptions et des perceptions de Verdun, des tranchées, des paysages, des forts, des cadavres et de la boue, mais aussi d’une proximité entre un écho propagandiste marqué, des élans patriotiques naïfs et l’abnégation monastique des soldats français et allemands, victimes injustement sacrifiées.

Un mélange surprenant et unique dans la littérature de l’époque qui en fait un écrit incontournable, rare et détonnant.

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Hugues Béesau, dans sa longue et très bonne préface remet l’article de Félicien Champsaur dans son contexte. Ce préambule est enrichi par des extraits d’autres romanciers, comme Maurice Genevoix, d’extraits d’articles de journaux, d’extraits de lettres d’Etienne Tanty. Il relate toute l’horreur de l’enfer de Verdun, de cette guerre qui fit trop de morts dans les deux camps.

Novembre 1916, sous le haut commandement du Général Nivelle, les forts de Douaumont et de Vaux sont repris à l’ennemi. Félicien Champsaur reçoit un courrier l’invitant à visiter les conquêtes françaises. Journaliste, dramaturge, écrivain, il accepte « avec joie » la proposition, tout ébloui qu’il est par ces victoires françaises sur l’armée boche. Le voici donc journaliste embarqué comme nous disons maintenant.

Au début, le ton est « mondain», presque patelin, puis au fur et à mesure de l’avancée de la visite, la dramaturgie augmente. Reste cet élan patriotique et lyrique que n’entravent pas les descriptions presque photographiques des tranchées sous la boue. « Pour la première fois de ma vie, je contemple la Guerre, et je guette avidement ses regards de feu, du côté de Douaumont et de Vaux, les beautés espacées et puissantes de son souffle. » Dans ce début de reportage, le sacré et le mystique se partagent les mots de Champsaur ; « Oui la guerre a sa noblesse, sa splendeur, sa purification. Les visage de tous les saints de cette thébaïde ont dépouillé les empoisonnements qui marquent tant de figures dans la vie civile ». Il ira jusqu’à comparer leurs regards à ceux des Trappistes et autres moines. Les soldats reviennent du front, de l’affrontement, et offrent aux visiteurs leurs visages épuisés, résignés, terreux, là ils n’avaient plus dans les yeux cette exaltation héroïque, mais on y lisait la fatigue, la peur...

Première confrontation avec la boue « c’est la boue qui nous attaque, nous empoigne aux chevilles, aux mollets, la boue effrayante. » puis avec la mort « Soudain, je glisse et crois m’agripper à une souche qui dépasse la paroi de terre : c’est le soulier d’un cadavre en train de glisser, de sa gangue de glaise, doucement, dans la tranchée. » (Cette phrase m’a marquée). La boue est leur pire ennemi, la mouscaille comme disent les poilus. C’est même le « personnage principal » de cet opus.

Lorsque le journaliste laisse filer ses compagnons devant, il se retrouve seul dans la boue, dans le brouillard « Seul, j’ai eu peur ; en groupe, on est brave, et, s’il y avait du péril, on aurait peur seulement de paraître avoir peur. »

Les forêts n’existent plus, les quelques arbres ne sont que des squelettes « Ces squelettes de bois dévastés, dans leur âme forestière, obscure et collective, se souvienent-ils d’avoir eu des feuilles ? »

Tous ces soldats tombés au champ d’horreur « Ils engraissent la boue et la sanctifient ».

Maintenant, il sait, il voit « Je suis venu ici, voir de près la Guerre, et je « La » regarde goulûment. »

Encore et toujours des élans patriotiques : « De cet enfer de Verdun doivent sortir, dans l’histoire, une autre ère, plus douce, une fraternité des peuples, une autre géographie mondiale. » Juste avant de retourner bien au chaud et au sec à la table de Nivelle, il prendra sur le corps d’un soldat allemand, une lampe électrique qui lui permet, en conclusion de son article, une dernière envolée lyrique.

Les descriptions de Félicien Champsaur sont réalistes, évocatrices de l’horreur qu’il a vue. Il se pose même cette question « Est-ce que j’aimerais la guerre » lorsqu’il décrit le champ de bataille comme épouvantable et magnifique. Oui, il a, comme beaucoup de français, la haine du boche, du prussien. Pourtant, soldats français et prisonniers allemands «… se regardent sans haine. Ce sont tous des hommes, des victimes des orages d’en haut… »

Félicien Champsaur oscille entre l’horreur qu’il voit, décrit et le patriotisme exacerbé par les paroles officielles de généraux dont Nivelle, la haine du boche, ce besoin, peut-être, de se galvaniser pour continuer de croire en une victoire rapide et définitive. Le ton est très journalistique, les descriptions sont superbes et dures à la fois, mais presque cliniques. Je n' ai ressenti aucune émotion dans le texte de Félicien Champsaur.

Un texte à lire, relire pour accepter cette dualité entre l’horreur et le patriotisme les morts

Un grand merci à et aux qui, dans le cadre de la voie des indés m’ont permis cette lecture, ce voyage dans l’histoire que je n’aurais peut-être pas faits de moi-même.

 

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Sébastien Berlendis - L'autre pays

28 Octobre 2014, 21:02pm

Publié par zazy

 

L’autre pays

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection : La Forêt

Avril 2014

80 pages

ISBN : 9782234075351

 

4ème de couverture :

« A cet instant, je sais que le périple italien ne s'aventurera pas plus au sud, comme si j'avais trouvé un pays à Craco, un pays certes sans ossements, sans tombes qui portent mon nom, sans murs de famille mais un pays tout de même ». Dans ce récit charnel et poignant, Sébastien Berlendis nous invite à un voyage en Italie, à la recherche de traces familiales et amoureuses. Une traversée des lieux en une longue rêverie où affleurent des images, des visages, des paysages comme s'il s'agissait de photographies cadrées avec l'urgence du désir.

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De retour en Italie avec le second livre de Sébastien Berlendis. Bien qu’il n’ait pas la même densité mélodramatique que le précédent, la poésie de son écriture m’a attirée dans son sillage.

L’autre pays, celui du cœur, du berceau de la famille. Je ne connais pas l’Italie et n’ai pas cherché à suivre son trajet sur une carte. J’ai préféré le flou artistique et les photos surgies au fil de ma lecture. Comme dans son précédent livre, les paragraphes sont de véritables instantanés photographiques. Il y a plus de poésie, de tableaux impressionnistes, de sensualité dans ce livre.

Il n’ira pas au-delà de Craco. Il y a trouvé SON pays dans les ruines de ce village dévasté par un tremblement de terre. Il se recréé sa nostalgie de l’Italie de ses ancêtres.

J’ai aimé feuilleter ce livre-album en sépia, en noir et blanc ou en couleurs selon les périodes, les rencontres ; souvenirs d’enfance, récit de voyage, re-découverte de lieux… Les odeurs, les couleurs sont très présentes

La mélancolie sied bien à ce livre et j’ai aimé mettre mes pas dans les roues de Sébastien Berlendis.

Un livre où il fait bon repiocher, de temps à autres, quelques paragraphes-photos.

 

Je vais de places en places pur me perdre dans le Quadrilatère romain dont la vitalité et la jeunesse me surprennent. J’avais le souvenir d’un vieux centre délaissé, de rues noires et inquiétantes.

J’écoute les mots de Federica. Des mots que je comprends à moitié mais qui ne scellent pas les lèvres. Et l’abandon timide à son corps, le silence des toits de Ferrare, la fatigue et le sommeil qui se refuse, la gêne du matin, lorsque la pudeur bâillonne la poitrine.

Dans la chambre, j’essaie de reconstituer le trajet de mes aïeuls.

En fin de jour, une jeune femme brosse ses cheveux noirs, et j’aime l’étrangeté du visage, la légère plissure asiatique des yeux et l’alignement des grains de peau depuis la bouche jusqu’aux seins.

Elle apparaît sans voile et sans frange, les épaules et la nuque découvertes. Sur ses hanches une robe leste et flottante, une de ces robes de vent dont l’échancrure plonge si bas dans le dos que je peux apercevoir deux fossettes qui creusent la rondeur des fesses. Gianna a des airs d’enfance inachevée.

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David Thomas - On ne va pas se raconter d'histoires

22 Octobre 2014, 13:36pm

Publié par zazy

On ne va pas se raconter d’histoires

David Thomas

Editions Stock

Collection : La Bleue

Mai 2014

160 pages

ISBN : 9782234078048

 

 

4ème de couverture :

David Thomas est le maître de l’instantané : ces microfictions sont autant de moments où la vie se fige, tragique ou drôle, au fond qu’importe.
Une femme n’a de plaisir que si on lui lit du Pierre Louÿs pendant l’amour. Deux anciens amants se rencontrent sur le trottoir et n’ont plus rien à se dire.
Un homme vole un rôti comme un acte de folie. Absurde ? Tendre ? Décalé ? Ce livre d’un charme fou ne pourra que séduire celles et ceux qui préfèrent le rire aux larmes.

 

Biographie:

Né à Paris en 1966, David Thomas est l’auteur de La Patience des buffles sous la pluie, qui fut un succès en librairie, puis de deux livres chez Albin Michel

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D’accord David Thomas, on ne va pas se raconter d’histoires. J’ai passé des instants délicieux en vous lisant. Vous m’avez surpris, peiné, fait rire, fait réfléchir… Vos histoires, vos clins d’œil sont des instantanés de vies.

On ne va pas se raconter d’histoires, de temps à autres, elles ne sont pas très chouettes vos tranches de vie, mais bon, c’est ainsi ; il y a toujours un petit caillou dans la chaussure qui dérange, ou un gravillon sous la porte qui vous fait grincer des dents ! Encore et toujours la solitude qui mange nos vies, les petits renoncements, les petites et grandes défaites, les…

On ne va pas se raconter d’histoires, votre écriture et incroyablement efficace. Vous avez l’art de la chute et, croyez-moi, vous ne vous foutez pas en l’air. Certaines saynètes relèvent des brèves de comptoir. En peu de phrases, vous en dites beaucoup sur nos travers, sur la vie… et comme vous l’écrivez : « Peu importe si ce que je viens d’énoncer est vrai ou faux, ce qui compte, c’est que tout cela peut composer un homme. »

« Quelque chose me dit que je suis plus utile contre son dos ». Je confirme, c’est parfaitement vrai.

Ah les rires bien gras avec le mal de tête, version plage 2004, l’histoire de la carte de visite, ou la version mâle de l’angélus. Le fait d’écrire ces mots, j’en rigole encore. Un petit moment d’anthologie ! Au fait, quel livre lit le mec sur la plage avec sa femme ? Le vôtre ? Ce serait si drôle !

J’ai aimé l’hommage que vous rendez à votre mère « Toute ma vie je garderai l’image de cette femme penchée sur la terre pour en faire sortir des plantes et des fleurs ». ou à votre père vous lisant du Rabelais à 4 ans, je voyais la scène. Je replacerai votre exemple expliquant la persévérance, une très jolie image

Le comble de la solitude : prendre une housse couette, la remplir d’oreiller, la mettre dans son lit et se blottir tout contre. Cela m’a achevée et pourtant c’est si vrai. Ou alors, s’acheter son cadeau d’anniversaire, le planquer, descendre sa bouteille de whisky seul puis chercher ledit cadeau ringard si possible.

Je me demande si je ne vais pas rechercher un livre de Pierre Louÿs, histoire de voir si….

Merci Jérôme pour m’avoir fait découvrir cet auteur qui sait manier l’ironie, l’impertinence, la cruauté d’une manière si efficace. Tout ce que j'aime. Mon seul regret, une fois de plus : devoir te rendre ton bouquin !!!

On passe sa vie à tenter de se rencontrer soi-même alors que nous portons nos propres obstacles. On attend ce moment dont on est sûr qu’il viendra un jour, où l’homme que l’on s’est projeté rejoindra celui que l’on est. C’est le travail de toute une vie.

Aujourd’hui j’ai quatre-vingt-un ans et je ne vais plus nulle part, je reste chez moi ; Paris est trop truffé d’adresses, de rues, de places, de quartiers qui me rappellent tout ce qui est fini.

Je baissais la tête parce que nos vies étaient ridicules, ne menaient nulle part et qu’il était temps de payer son dernier verre.

Peut-être avez-vous compris qu’il fallait me foutre la paix. Cette paix dont on profite si rarement et que l’on respire les narines dilatées pour s’en imbiber jusqu’au moindre vaisseau. Cette paix que l’on accorde à un chien qui n’a pas envie de se faire caresser.

J'ai parfois la sensation de m'accrocher de plus en plus aux aspérités de la vie. Ce qui me paraissait comme insignifiant il y a trente ans me semble aujourd'hui lourd, laborieux.

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Sébastien Berlendis - Une dernière fois la nuit

14 Octobre 2014, 22:23pm

Publié par zazy

Une dernière fois la nuit

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection la Forêt

Février 2013

80 pages

ISBN : 9782234075351

 

4ème de couverture :

"Adolescent, j'attends les heures d'été. Que mon corps s'ouvre, se dilate, respire et se brûle".
C'est la dernière nuit d'un homme, arrivé d'Italie après un long chemin. Ses poumons suffoquent. Il se souvient.
De l'enfance et des premières crises d'asthme, du lac de Côme, de la mer de Trieste, du premier corps aimé...
L'écriture de Sébastien Berlendis, mélancolique, sensuelle et envoûtante, agit comme un rêve éveillé dont on ne voudrait plus sortir.

L’auteur :

Sébastien Berlendis vit à Lyon où il enseigne la philosophie. Son premier récit Une dernière fois la nuit a été publié en mars 2013 chez Stock dans La Forêt.

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La construction du livre, des paragraphes me font penser au livre de Pascal Quignard « La barque silencieuse », mais là s’achève la ressemblance puisque, pour le narrateur, ce sont des souvenirs qui ressurgissent, qu’il expectore comme les glaires qui encombrent ses poumons.

« Recroquevillé sous les draps de lit, à l’abri des brumes et du froid de juillet, ma mémoire s’effiloche. » Allongé dans une chambre au dix, chemin de la Résistance, l’homme se souvient. De retour d’Italie, il passe ses dernières nuits dans cette maison dévastée du plateau d’Assy. Cette adresse martelée, répétée comme si l’homme avait peur d’oublier ou avait besoin de concret à quoi se raccrocher.

Une lecture faite d’allers et retours dans ses souvenirs sans tenir compte d’une quelconque chronologie. Les premières crises d’asthme, son enfance de Bracca, ses parents, son premier amour…

Les souvenirs sont fragmentés, l’écriture, tendue, suit les difficultés de respiration du narrateur. Lire ce livre c’est s’essouffler, reprendre son souffle, manquer d’air, reprendre sa respiration. C’est passer de l’ombre au soleil, de la mélancolie au bonheur, même furtif. C’est suivre et subir la dévastation de l’homme et de la maison.

Il y a une sorte de contradiction. Il s’agit du premier livre de Sébastien Berlendis et il ne parle que de dernières fois, derniers souvenirs, dernier souffle. Ce livre parle du corps, des différents états de la toux. Cela pourrait être trivial, voire chiant, mais non, il s’en dégage une poésie, même, par certains souvenirs une certaine sensualité. Chaque chapitre est un instantané, une photographie un peu jaunie de son passe. Norma, Sébastien Berlendis est également photographe.

J’avais arrêté une première fois cette lecture car je n’étais pas prête à recevoir ce texte exigeant dans la déconstruction du temps. Je l’ai perdu, bien caché dans le vide-poche de ma voiture, pour mieux le retrouver et là, ce furent de belles retrouvailles. L’émotion peut vous prendre à la gorge (sans jeu de mots).

Merci Catherine de m’avoir permis de lire ce très bon livre et d’avoir patienté si longtemps.

D'autre avis sur Libfly

C’est une dernière fois l’été au dix, chemin de la Résistance sur le plateau d’Assy. L’ancien sanatorium de Martel de Janville est en voie de destruction. Une fois les décombres enfouis et le sol aplani, il sera remplacé par un hôtel de luxe.

Le dix, chemin de la Résistance rappelle la maison natale de Bracca, ce minuscule village lombard qui domine, à vingt-cinq kilomètres de Bergame, les thermes de San Pellegrino.

Les vapeurs des bains de San Pellegrino Terme. J’ai sept ans. Ce sont des heures lentes d’oubli et de rêveries. L’oubli sans blessure du visage de mon père dans les bois de Bracca.

Et ma respiration se bloque et mon corps disparaît et la me s’accumule au-dessus, cette mer familière qui immunise. J’apprends à régler mon souffle dans le sillage de mon oncle et la mer lave les fatigues de la nuit.

Cracher. Cracher la toux qui blesse le thorax et qui pétrifie l’élasticité des alvéoles, c’est le médecin qui parle.

Lorsque je rêve, je ne redoute pas les fièvres nocturnes et les crises qui me laissent au bord du lit.

Mon enfance repose là. Le corps de Simona est le corps de la première femme.

Est-ce que quelqu’un veillera sur moi, même mort, des journées entières, sans couvrir mon visage ?

Un matin de brumes et de juillet, mon corps au ralenti ne se lève plus. Il reste dans la nuit.

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