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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #litterature francaise

Laura Alcoba - Manèges

23 Août 2014, 21:51pm

Publié par zazy

Manèges

Petite histoire argentine

Laura Alcoba

142 pages

ISBN : 9782070782031

 

4ème de couverture :

" Maintenant, nous allons vivre dans la clandestinité, voilà exactement ce que ma mère a dit.
Pour la trappe dans le plafond, je ne dirai rien, même si on venait à me faire très mal.
Je n'ai que sept ans mais j'ai compris à quel point il est important de se taire. "

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J’ai rencontré Laura Alcoba au Salon des Dames de Nevers en juin dernier. Je voulais acheter « Le bleu des abeilles » et je suis partie avec « Manèges » pour lire l’histoire dans le bon sens, même si les deux livres peuvent être lus indépendamment l’un de l’autre.

Le temps est venu de raconter, de faire l’effort de mémoire, de remonter le temps, de retourner vers les années 70, celles de l’enfance sous la dictature. La gente des colonels est au pouvoir.

Avec des parents résistants, la petite fille a appris et enregistré la clandestinité et tout ce qui va avec : le secret, se taire, regarder derrière soi sans en avoir l’air, être certaine de ne pas être suivie. Le père est emprisonné ; un nouveau déménagement avec un grand changement à la clé : elle est baptisée mais sans prêtres, comme les premiers chrétiens. Pour ne pas être repérées, elles vont de maison et maison. Personne ne pose de question ; côté rassurant de la chose pour l’enfant.

Elle ira de rencontre en rencontre, ira jusqu’à discuter d’Edgard Poe avec l’ingénieur qui construit une pièce secrète. Bien sûr, tout est enregistré, ne pas faire ceci, ne pas dire cela, mais, lorsque l’on a sept ans, même si on sait,  on ne comprend pas et des bourdes arrivent qui pourraient mettre en danger le groupe. Comment ne pas parler à cette jeune femme si gentille ? Il y a de bons côtés dans la clandestinité, comme les lapins, ou les paquets cadeaux qu’elle crée avec sa mère... pour cacher les journaux sortant de l’imprimerie clandestine.

Laura Alcoba raconte son enfance en Argentine d’une voix douce, avec beaucoup de tendresse. Petite histoire argentine en est le sous-titre, mais le son des souvenirs de Laura Alcoba n’est pas argentin. Les enfants comprennent beaucoup plus de choses que les adultes ne le pensent, même s’ils ne peuvent analyser les faits. Il y a, malheureusement, encore et toujours, de par le monde, des enfants qui doivent vivre cette même vie.

Merci pour votre gentille dédicace, votre charmant sourire et, surtout, pour vos explications lors du « café littéraire » où vous avez parlé de votre livre, « Le bleu des abeilles » que je vais m’empresser d’acheter et, surtout, lire. Oui, j’ai fait un beau voyage au pays de votre enfance. Votre écriture délicate est aussi douce que pudique, tout est dit sincèrement.

 

 

Laura Alcoba - Manèges

Si je fais aujourd’hui cet effort de mémoire pour parler de l’Argentine des Montoneros, de la dictature et de la terreur à hauteur d’enfant, ce n’est pas tant pour me souvenir que pour voir, après, si j’arrive à oublier un peu.

Si nous avons quitté notre appartement, c’est parce que maintenant les Montoneros doivent se cacher. C’est nécessaire parce qu’il y a des personnes qui sont devenues très dangereuses : ce sont les hommes des commandos de l’AAA, la Alianza Anticomunista Argentina, qui enlèvent les militants comme mes parents et les tuent ou les font disparaître.

Pour toi, ce sera comme avant. Il faudra juste que tu ne dises à personne où nous habitons, pas même à la famille.

Souvent, c’est moi qui regarde derrière nous. C’est plus naturel qu’une enfant s’arrête et se retourne ; chez un adulte ce pourrait être un comportement suspect, le signe d’une inquiétude qui risquerait d’attirer l’attention. Moi j’ai appris à glisser ces gestes de prudence dans un jeu.

J’ai bien compris l’idée de l’Ingénieur quand il m’a expliqué comment on pouvait cacher tout en ne cachant pas. Mais les lapins ? Pourquoi faudrait-il accueillir des centaines de lapins pour mieux nous protéger ?

Je comprends alors que si quelqu’un, à la prison, pose des questions, je ne pourrai pas retourner dans la maison aux lapins. Il semble que j’en ai peur. Enfin, c’est encore une de ces choses dont je ne suis pas tout à fait sûre.

Je fais quelques pas en direction de mon père, sans décoller les yeux du canon le plus proche, celui de l’homme qui est juste en face de moi. Je vois bien que ce trou noir arrive au niveau de ma tempe.

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Emmanuelle Cart-Tanneur - Et dans ses veines coulait la sève

15 Août 2014, 14:27pm

Publié par zazy

 

Et dans ses veines coulait la sève

Emmanuelle Cart-Tanneur

Editions Terre d’Auteurs

Février 2013

204 pages

ISBN : 9782919407026

 

4ème de couverture :

« Je suis séduite par l’imagination à la fois déroutante et familière d’Emmanuelle Cart-Tanneur. Les personnages, bien que décalés, font frôler un réel qui parfois nous échapperait. La rigueur narrative de chacun des textes, la fluidité du style, dont aucun à-coup n’entrave l’avancée, précipite le lecteur vers la chute des nouvelles, et vers la sienne, peut-être. Car c’est bien lui qui parfois tombe. Et de haut !

Mais si les textes ne nous secouaient pas, pourquoi les lire ? »

Catherine Ravelli

Grand prix 2012 de la nouvelle de l’académie française.

Emmanuelle Cart-Tanneur tente de concilier son métier de biologiste avec sa passion de l’écriture. Plusieurs de ses nouvelles ont reçu des prix littéraires, et elle publie ici son nouveau recueil.

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Jury dans un concours de nouvelles, j’ai eu la chance de lire une nouvelle d’Emmanuelle Cart-Tanneur qui m’avait vraiment plu. Liliba m’a gentiment prêté ce livre pour continuer un bout de chemin avec cet auteur.

J’entre, facilement et avec grand plaisir, dans un univers qui sort totalement de l’ordinaire pour aller vers l’onirique. Qui n’a pas rêvé d’avoir à ses côtés, l’auteur du classique que l’on lit ? Qui n’aimerait pas emporter chez lui un petit bout du tableau qu’il adore ? Qui n’aimerait pas mettre en conserve certaines engueulades ?

Puis les nouvelles prennent une nouvelle direction, changent d’aiguillage pour entrer dans le vrai, le concert, le pas toujours beau, le dur. Il y a le geste désintéressé fracassé, lâchement, par une balle de sniper. Il y a des histoires dures comme cette sandalette, symbole de l’innocence tuée. D’autres offrent des promesses de paix et de réconciliation. Il y a une belle histoire d’amour, la détermination d’un enfant….

Les nouvelles d’Emmanuelle Cart-Tanneur sont fortes et pétries de l’humanité de ses personnages. Elle met en lumière ces gens, couleurs muraille, avec humour et amour pour parler de paix, de fin de vie, de solitude, regrets, amour filial, d'amour, de tromperie… Bref, de la vie.

J’ai pris mon temps pour le lire, car j’ai aimé me délecter de certaines nouvelles que j’ai relues plusieurs fois par plaisir (surtout la première !). Toutes ces nouvelles sont d’une même qualité d’écriture, pas une que j’ai trouvé moins bonne, comme cela peut arriver. Je comprends que l’auteur ait été souvent primé. Un livre à lire dans un train, une salle d’attente, sous un saule pleureur, au Bois de Boulogne….

Liliba, je regrette vraiment de devoir te rendre ce livre avec sa belle dédicace ! Merci pour ce très bon moment de lecture. Dans les veines d’Emmanuelle Cart-Tanneur coule un vrai talent d’écrivain.

Vous pouvez acheter ce livre en ligne sur le site de l'éditeur

 

« Ernest Hemingway pour Le vieil homme et la mer, quai 22, s’il vous plaît ! Ernest Hemingway »

Car Abel était un fin lecteur. Un bibliomane, un gourmand littéraire. Rien ne le réjouissait plus que l’idée d’une heure à venir en solitaire : chaque instant volé à ses obligations professionnelles était pour lui le régal annoncé d’une plongée en apnée dans quelque nouveau livre.

J’eus toutes les peines du monde à ne pas applaudir quand la femme, verte de rage, quitta la able dans un bruissement outragé tandis que l’époux reposait tranquillement sa serviette sur ses genoux et commandait un cognac au garçon.

Je t’ai donné ta dose quotidienne, depuis la fin de cet été. J’ai soigneusement répandu le poison, chaque soir, à tes pieds, là où l’herbe, moins forte que toi, est déjà en train de mourir.
Tu commences à jaunir ; tu vas bientôt flétrir, et personne ne comprendra pourquoi.
Tu peux continuer à pleurer.
Moi, je m’en vais.

Ils traversèrent le pont sous la pluie, la petite serrant bien fort la main du vieil homme qui avançait d’un pas hésitant. Les lattes de bois étaient mouillées et glissantes et la progression de ce couple hasardeux en était rendue hasardeuse

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Déborah Lévy-Bertherat - Les voyages de Daniel Ascher

11 Août 2014, 13:50pm

Publié par zazy

Image issue du blogue dédié à ce livre

Les voyages de Daniel Ascher

Déborah Lévy-Bertherat

Editions Payot-Rivages

192 pages.

Août 2013

ISBN. : 2743625848

 

 

4ème de couverture :

Une année particulière commence pour Hélène, quand elle s'installe à Paris pour étudier l'archéologie. Elle est logée par son grand-oncle Daniel, un vieux globe-trotter excentrique qu'elle n'apprécie guère. Il est l'auteur, sous le pseudonyme de H.R. Sanders, de La Marque noire, une série de romans d'aventures qu'elle n'a même pas lus. Son ami Guillaume, fanatique de cette série, l'initie à sa passion. Mais pour Hélène le jeu des lectures ouvre un gouffre vertigineux. Elle découvre en Daniel un homme blessé, écartelé entre deux identités et captif d'un amour impossible. Elle exhume de lourds secrets de famille remontant aux heures sombres de l'Occupation. Pendant ce temps, les lecteurs de H.R. Sanders attendent le vingt-quatrième volume de la série, dont les rumeurs prétendent qu'il sera le dernier. En explorant avec finesse les blessures d'une mémoire tentée par le vertige de l'imaginaire, Déborah Lévy-Bertherat rend ici hommage aux sortilèges ambigus de la fiction.

 

Déborah Lévy-Bertherat vit à Paris où elle enseigne la littérature comparée à l'Ecole normale supérieure. Elle a traduit Un héros de notre temps de Lermontov et Nouvelles de Petersburg de Gogol. Les Voyages de Daniel Ascher est son premier roman.

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Un livre qui a reçu le prix du premier roman à l’issue du Salon des Dames de Nevers, un auteur souriant, abordable et si gentille ; tout pour me donner l’envie de découvrir où mènent les cailloux du bandeau.

Comme le petit Poucet, Daniel Ascher, auteur de romans d’aventure pour la jeunesse, sème des cailloux pour permettre à Hélène, sa petite nièce adorée, de remonter l’histoire de la famille et, ainsi, découvrir sa vie.

Certains cailloux m’ont montré un auteur se servant de sa propre glaise pour construire ses histoires, son œuvre. J’ai soulevé des pierres blanches qui ont honoré une famille de Juste, après avoir trouvé les pierres noires de la déportation pour arriver au gros caillou qui m’a emmenée dans les entrailles de Daniel Ascher.

J’ai suivi, avec plaisir, des guides tels, Jonas, Guillaume, Mala, La Marque Noire, Elie, un mage africain, Daniel lui-même. Cet ouvrage a l’odeur des jeux de piste de mon enfante et, peut-être, des livres d’aventures de Daniel Ascher.

Déborah Lévy-Bertherat a écrit un livre où est ciselé et non martelé la vie de Daniel Ascher, avec en filigrane, des secrets de familles. Daniel Ascher-Roche, un homme écartelé entre deux identités, un homme dont la vie est emplie d’esquive mais qui se raconte dans ses livres.

Je me suis laissée porter par votre écriture ; Pas de violence, mais tout est dit. Merci Déborah Lévy-Bertherat pour votre gentille dédicace. Oui, j’ai fait une belle traversée j’ai suivi vos pistes, vos petits cailloux, qui, à la fin de ma lecture, m’ont fait dire : « Bon Dieu ! Mais c'est… Bien sûr ! » (Parodie que les moins de … ne peuvent pas connaître)

A bientôt de vous retrouver grâce à votre prochain livre. Sympathique le blogue dédié à ce livre.

Chroniques sur d'autres blogues : Je me livre - Sharon - Libfly -

 

 

Ce jour-là, Guillaume s’est rappelé toutes les collections de son enfance, les timbres, les plumes d’oiseaux, les cailloux percés, les noyaux de cerise, les bandes dessinés, Tintin, Tanguy et Laverdure, Black et Mortimer, les séries de romans, Michel, Les six Compagnons, et sa préférée entre toutes, La Marque noire. Il aimait surtout le premier volume, ça commençait par un crash aérien, le héros était le seul survivant, il était gravement blessé.

Elle venait d’emménager dans une petite chambre sous les toits, rue Vavin, tout près de l’Institut d’archéologie de la rue Michelet. L’oncle de son père la lui prêtait, il habitait au rez-de-chaussée, mais depuis qu’elle était là elle ne l’avait jamais vu, il était parti en voyage. Comme elle n’avait guère d’affinités avec lui, cette absence lui convenait.

Hélène s’était vite lassée des histoires de son grand-oncle, du sempiternel spectacle qu’il donnait aux enfants pendant les repas de famille. Ses aventures se ressemblaient toutes, c’étaient toujours des tempêtes, des bêtes féroces, des malfrats sans scrupules, toujours les mêmes rebondissements sauvant les situations désespérées juste avant la catastrophe. Il s’y donnait éternellement le rôle du plus rusé, il triomphait chaque fois.

Hélène avait toujours eu le sentiment que, dans la famille, son grand-oncle était à part, pas seulement à cause de ses cheveux frisés ou de ses yeux bleus. Sa grand-mère ne disait jamais mon frère en parlant de lui, alors qu’elle disait ma sœur pour tante Paule.

Le visiteur a sorti de la poche de sa veste deux cartes de visite qu’il leur a tendues, "Monsieur Mané, grand marabout africain, résout tous vos problèmes d’amour, d’amitié ou de travail, favorise le retour de l’être aimé, la réussite aux examen et au permis de conduire. Spécialiste inégalé des lettres d’amour. Satisfait ou remboursé. Sur rendez-vous."

Ici, Daniel n’avait plus une démarche pressée à la Charlot, comme dans son quartier de Montparnasse où il semblait toujours en représentation, riant trop fort, parlant trop haut, marchant trop vite. On aurait dit qu’il avait ralenti le film, retrouvé le bon mouvement. Dans ces ruelles encombrées, il reprenait son âge, vieil homme parmi les vieux objets.

Photo prise au Salon des Dames de Nevers

Photo prise au Salon des Dames de Nevers

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Monique Slodzian - Les enragés de la jeune littérature russe

23 Juillet 2014, 21:48pm

Publié par zazy

Les enragés de la jeune littérature russe

Monique Slodzian

Editions de la Différence

9 mai 2014

155 pages

ISBN : 9782729121020

 

4ème de couverture :

Un voyage turbulent dans la politique et la littérature russes actuelles, voici ce que propose le présent essai. Les acteurs en sont de jeunes écrivains qui dressent un bilan très négatif des vingt-cinq années qui ont suivi l’effondrement de l’URSS. Il s’agit d’une génération née dans les années quatre-vingt, mue par l’envie d’en découdre avec l’hydre à sept têtes du libéralisme. Elle se fait le porte-voix de la majorité du peuple russe, anéanti par les effets dévastateurs du capitalisme oligarchique. Ces écrivains revendiquent haut et fort le droit de penser autrement le passé soviétique, le droit de reconstituer leur patrimoine culturel, moral et politique sans égard pour les tabous idéologiques imposés par l’Occident. Se réclamant d’Edouard Limonov, l’un de leurs chefs de file, Zakhar Prilépine, a fait scandale en 2012 en publiant sa Lettre à Staline, pamphlet violemment anti-libéral. Ces écrivains (Guerman Sadoulaev, Roman Senchine, Sergueï Chargunov) se disent de gauche et se réclament du national-bolchevisme. Cela suffit à les discréditer a priori et, en tout cas, à les rendre quasiment inaudibles en Occident. Ennemis implacables du pouvoir poutinien, ils sont maltraités par les médias libéraux russes et largement ignorés des médias occidentaux, incapables, semble-t-il, de décrypter la signification d’un mouvement politico-culturel majeur. Savoir écouter ces voix parfois dissonantes à nos oreilles occidentales, c’est se donner une chance de voir autrement le monde russe.

 

Monique Slodzian est professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Spécialiste de la Russie et de la littérature russe contemporaine, elle est l’auteur d’une dizaine de traductions, d’adaptations de romans et de pièces de théâtre d’écrivains russes et soviétiques. Parmi ceux-ci, Fiodor Abramov, Fazil Iskander, Zalyguin, Trifonov... Elle a également coordonné deux ouvrages sur l’URSS pour les éditions Larousse et les Temps Modernes.

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Perestroïka, un nom qui sonne, pour nous occidentaux comme Liberté. Dans son avant-propos légèrement ironique Monique Slodzian écrit : « L’URSS allait enfin se réformer et prendre un visage humain : c’est bien ce que l’opinion en général, et pour des raisons forts diverses, sembla entendre en 1989.. »

Avec Monique Slodzian, embarquons pour «un voyage dans les eaux mêlées de la politique et de la littérature russes actuelles» qui a le mérite de ne pas se voiler la face sur les dérives des différents mouvements. «Si l'on veut porter sur la Russie actuelle un regard débarrassé des préjugés tenaces, entretenus de longue main par l'anticommunisme, et qui ont connu leur point d'orgue pendant la perestroïka, il faut impérativement prendre la mesure du désastre que celle-ci a engendré.» Nous sommes prévenus.

C’est cette reconstruction que Monique Slodzian dissèque à travers les nouveaux écrivains russes. Elle nous donne des clés pour essayer de comprendre les différents courants littéraires et politiques ou, plutôt politico-littéraire. « Ils s’appellent Zakhar Prilépine, Sergueï Chargounov, Roman Sentchine, Guerman Sadoulaev, Mikhaïl Elizator, Andreï Roubanov et je ne les cite pas tous. Retenez bien ces noms. »

Le pamphlet de Zakhar Prilépine, « Lettre au camarade Staline », entièrement retranscrit dans cet essai, est un texte plein d’une rage noire, un brûlot, non pas pour un retour au stalinisme, mais contre la politique de Poutine, contre cette « classe créative », [c’est ainsi que l’intelligentsia se nomme (note de l’auteur)] et son idéologie ultralibérale « accompagné du dépeçage du pays en trafiquant l’histoire ».

Monique Slodzian parle de ce refus de l’héritage stalinien, du dégoût ressenti par Prilépine lors des commémorations de la victoire de la seconde guerre mondiale. Pour Prilépine, « Staline appartient de façon imprescriptible et définitive à l’histoire de la Russie, qu’il en est à la fois la part de chagrin et la part d’orgueil ». Il revendique l’héritage bolchévique, son histoire, les conquêtes spatiales, les avancées technologiques « Tu as fait une Russie telle qu’elle n’avais jamais été auparavant, le pays le plus fort de la planète. Aucun empire à aucune période de l’hstoire n’a été aussi fort que la Russie sous ton règne ». Il conclut ainsi : Nous te sommes tous redevables. Sois maudit. »

Les différents mouvements d’opposition ont un spectre large, ils vont de l’extrême droite à l’extrême gauche. Quelques rapprochements, des séparations. L’on sent que les idées fusent, les alliances se font et se défont avec sincérité et dans un grand bouillonnement. Ces enragés mouillent le maillot, prêts à mordre pour leurs idées.

Ce nouveau courant littéraire, né sous la Perestroïka, est aussi virulent dans ses textes que dans son opposition. Les « Natsbols » font le grand écart entre eux. Ils luttent contre le capitalisme éhonté qui sévit depuis la chute de l’URSS et qu’ils qualifient  « d’exploitation ouverte, éhontée, directe, aride ». Ils veulent un état russe fort et social.

La langue russe est leur patrie. « Aujourd’hui plus que jamais, la question de la langue russe revêt une dimension violemment politique : …. Comme russophone, au sens de citoyen de l’empire. ». Ils défendent tous les russophones qu’ils soient Ukrainiens, Tchétchènes… Ce qui donne un autre éclairage sur ce qui se passe en Ukraine.

Limonov est omniprésent dans cet essai. Monique Slodzian démontre qu’il n’est pas l’écrivain décadent, ivrogne… que Carrère a décrit dans son livre éponyme. « Et si sa greffe en France n’a pas réussi à cause du mur de préjugés érigé par des médias sournoisement anticommunistes, c’est un grand dommage pour nous. » C’est un être engagé pour son pays qui devient le chef de file des natsbols, de ces écrivains trentenaires épris de littérature, de liberté, de justice sociale, d’un état fort… D’ailleurs tous ont en commun d’avoir connu l’emprisonnement pour leurs idées, ou trafics…, les petits boulots, les conflits guerriers.

Sont-ils de doux rêveurs ? Sont-ils les tenants de « la petite flamme du communisme réel » ? Leur connaissance de la Russie semi-urbaine, de la vie quotidienne du peuple russe, est réelle. Ils portent un regard désespéré sur cette jeunesse russe, parlent de leur inappétence, de leur indifférence aux injustices.

Tout oppose les  intellectuels russes de la pérestroïka et les natsbols. Les premiers veulent, entre autre, oublier ce que le stalinisme a apporté, les seconds veulent sauvegarder l’héritage révolutionnaire.

L’auteur termine son livre par une galerie de portraits des auteurs cités dans son essai. J’ai retenu « le singe noir » de Zakhar Prilépine à la bibliothèque, seul livre trouvé.

Merci Yv pour ce prêt. Un petit livre, grand pour le décryptage clair et précis qui donne une autre idée de la Russie.

 

La tentative de confiscation par le camp pro-américain de la victoire historique de l’URSS sur le nazisme en 1945, au prétexte que Staline est aussi criminel qu’Hitler, comme l’assigne la théorie totalitarienne, n’échappe pas aux jeunes gens en colère des années 2010 ; ils exigent qu’on rende justice à leurs pères et aux vingt millions de victimes du nazisme, refusant d’interpréter unilatéralement le stalinisme comme une dérive tragique de l’histoire.

Non Staline n’appartient pas qu’au passé, assurent-ils en réclamant, par exemple, qu’on rende à Volgograd son nom de Stalingrad.

Aujourd’hui, plus que jamais, la question de la langue russe revêt une dimension violemment politique : elle est le point de coalescence de la revendication identitaire non plus comme russe, au sens ethnique, mais comme russophone, au sens de citoyen de l’empire. A elle seule, cette nuance suffit à expliquer pourquoi les natsbols répudient toute accusation de racisme ethnique.

La galaxie natsbol coudoie donc des idéologies souvent contradictoires, enracinées dans un passé plus ou moins lointain, plus ou moins fantasmé. L’imprécision des concepts qu’ils manient et leur indétermination historique peuvent laisser réticents. Leur parcours politique, souvent précoce, apparaîtra sinueux.

Il apparait clairement que les écrivains de la mouvance natsbol sont admirés pour leur courage, leur intégrité et leur morale de l’engagement. Ils se sont taillés une place enviée dans le paysage culturel russe par leur refus intransigeant des valeurs libérales qui ont contaminé la bourgeoisie urbaine. Ironie de l’histoire, c’est ce même Limonov que Soljenitsyne traite naguère « d’insecte pornographique », qui jouit aujourd’hui d’un prestige moral comparable au sien.

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Emmelene Landon - Portrait(s) de George

6 Juillet 2014, 22:12pm

Publié par zazy

 

Portrait(s) de George

Emmelene Landon

Editions Actes Sud

Février 2014

176 pages

ISBN : 9782330027704

 

4ème de couverture :

Dans un catalogue consacré aux œuvres d'Emmelene Landon, on chercherait en vain les portraits qu'elle attribue à l'artiste nommée "George". En effet c'est au roman, et donc aux mots, qu'il appartient d'imaginer et de décrire les visiteurs et les tableaux qui sous nos yeux se succèdent et s'accomplissent. Peindre, c'est d'abord écouter, dévisager, envisager et transcrire ce qu'au gré des saisons viennent raconter d'eux-mêmes de singuliers personnages. Et s'il est également question de botanique, de cartographie, de voyages, d'urbanisme, de psycho-géographie, c'est que George interroge et pratique son art sans jamais l'isoler de tout un écosystème de réflexions sur l'espace, la nature, ou encore l'empreinte de l'homme sur le paysage. L'atelier n'est pas un cloître. Dans ces pages il s'ouvre au monde, même s'il demeure un lieu propice au "temps long", à la patience et à la méditation. D'où la dimension poétique et même spirituelle de ce roman qui fait de la création un mode de vie, et qui propose une inimitable célébration du bonheur de peindre...

Peintre, écrivain, réalisatrice de vidéos et de créations radiophoniques, Emmelene Landon est née en Australie et vit à Paris. Elle est notamment l'auteur du Tour du monde en porte-conteneurs (Gallimard, 2003), de Susanne (Léo Scheer, 2006), du Voyage à Vladivostok (Léo Scheer, 2007) et de La Tache aveugle (Actes Sud, 2010).

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George-Emmelene (?) est peintre. George habite un immeuble de l’est-parisien dans ce fabuleux quartier des Pyrénées, ouvert à tous. George est une éponge qui reçoit les émotions de ses modèles pour les interpréter sur toile. Dans ce livre, Emmelene Landon les retranscrit directement par des mots.

A l’heure où presque tout le monde à un GPS, George peint des cartes pour se perdre. A l’heure où tout va vite, George vit au rythme de ses peintures. Poser ne semble pas fastidieux pour ses modèles, souvent des familiers, et permet à George d’en creuser l’âme, à l’instar d’Ailante cette gamine passionnée par les arbres –d’ailleurs, son prénom et le nom d’un arbre–.

Ces rencontres enrichissent la penture de George. J’ai aimé sa façon, sa démarche. Emmelene Landon a réussi à allier l’intellect des mots et la sensibilité de la peinture. Alors qu’il est plus simple de regarder un tableau que d’en parler, elle s’exprime avec le langage peinture sans que ce soit ennuyeux ou redondant. Elle convie à sa palette tous les grands peintres qui l’ont façonnée ; Holbein, Lucian Freud, Dürer, Caravage, Hockney, Frenhofer… tout comme elle nous raconte les couleurs.

Portrait d’une femme vivant sa vie de peintre entourée de la famille qu’elle s’est composée au fil de ses amitiés. A travers les portraits qu’elle peint, on découvre celui de George. Elle aime cueillir les visages, les expressions avec gourmandise, tout comme elle déteste se défaire rapidement des œuvres. Son plaisir lorsqu’elle est seule le soir : regarder ses tableaux, s’en imprégner.

J'ai aimé la couverture de ce livre, une peinture de Emmelene Landon avec la liane de vigne vierge qui rappelle celle qui entre dans l'atelier de George. Je trouve dans ce tableau la même ouverture sur l'extérieur.

Un livre bijou, un livre tout en douceur et sensualité que j’ai aimé lire en prenant mon temps. Merci pour ce livre-voyageur Anna.

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Gilles Legardinier - Demain j'arrête !

1 Juillet 2014, 18:35pm

Publié par zazy

Photo issue du blogue de l'auteur

Demain j’arrête !

Gilles Legardinier

Editions Fleure Noir

Novembre 2011

ISBN : 978226509430

 

4ème de couverture :

 

Comme tout le monde, Julie a fait beaucoup de trucs stupides.

Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant des escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu'elle n'a pourtant jamais vu, obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boîte aux lettres en espionnant un mystérieux courrier. Mais tout cela n'est rien, absolument rien, à côté des choses insensées qu'elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut désormais percer le secret.
Poussée par une inventivité débridée, à la fois intriguée et attirée par cet inconnu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout, Julie va prendre des risques toujours plus délirants, jusqu'à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question qui révèle tellement : pour qui avons- nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?

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Lorsque que Kevin pose cette question : « Dis-moi, Julie, c’est quoi le truc le plus idiot que tu aies fait dans ta vie ? » c’est une vraie plongée dans la catastrophe qu’est la vie de Julie.

Un curieux mélange de Bridget je-ne-sais-plus-comment et d’Amélie Poulain. Etre prise la main dans le sac, pardon, coincée dans la boîte aux lettres de Monsieur Patatras -Mais si, je vous dis que c’est son vrai nom-, par ce nouveau venu, avouez qu’il y a mieux pour débuter une relation normale entre voisins. La curiosité est un vilain défaut à ce qu’il parait. Julie s’en contrefout car Ricardo –c’est son prénom- est beau comme un dieu. Patatras, oui je sais, c’est trop facile, elle va en tomber raide dingue amoureuse alors que lui, même s’il semble attiré, garde une certaines distance. Pourquoi ? Oui, pourquoi courre-t-il avec un sac à dos ? Pourquoi cette distance entre eux ? Pourquoi ne parle-t-il pas de lui, détourne t-il toujours la conversation quand le sujet arrive sur la table ? C’est plus qu’il n’en faut pour activer l’imagination débridée de Julie.

Nous la suivons dans cette vie de presque trentenaire toujours célibataire avec ses copines guère mieux loties et ses copains. Ah, ces fameux dîners entre copines esseulées…

J’avais lu quelques pages de ce livre et j’ai tout arrêté : Encore ces trentenaires et leurs tribulations sentimentales ; ras le bol, non plutôt le nombril !! A force de lire tant de bonnes chroniques sur ce livre, hier soir, j’ai persisté et… que j’ai bien fait !!

J’ai souri à toutes ces aventures insensées. Oui, vraiment invraisemblable, mais c’est ce qui fait le charme de ce bouquin, à condition de tout lâcher pour suivre les tribulations de Julie.

Un vrai bon moment de comédie réjouissante et bien troussée. En allant sur le site de Gilles Legardinier j’ai vu qu’il y avait d’autres chats à fouetter –il y a un chat sur toutes les couvertures–. S’ils sont à la bibliothèque, je ferai une petite razzia.

D'autres l'ont lu : Lydia - Gwordia - Syrire - Livrogne - Melo -

 

 

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Lola LAFON - La petite communiste qui ne souriait jamais

14 Mai 2014, 22:53pm

Publié par zazy

 

La petite communiste qui ne souriait jamais

Lola Lafon

Editions Actes Sud

Janvier, 2014

320 pages

ISBN 978-2-330-02728-5

 

 

4ème de couverture :

 

Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux jo de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?
Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le romanacrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “dieux du stade”, rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

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Encore une fois, une suite logique entre deux livres lus : Ce titre, « La petite communiste qui ne souriait jamais » et « le garçon incassable » de Florence Seyvos où il est question de Buster Keaton, l’homme qui ne rit jamais. Par contre, Nadia a fait de ces saltos arrières un art jamais égalé.

Nadia Comencini est une gymnase hors pair. À la lecture de ce livre, je découvre le traitement que nos athlètes qualifieraient d’inhumain mais qu’elle a accepté car c’était dans son contrat. Bela, son entraîneur les surveillait nuit et jour, pesait leur nourriture, les sous-alimentait. « Ce qu’elle porte à la bouche est recalculé. Cent grammes de viande à midi et cinquante grammes le soir apportent environ quatre cents calories, des légumes aux repas, deux cent gramme chaque fois : cent vingt calories. Trois yaourts par jour : cent quatre vingts. Et des fruits, peut-être trois : cent cinquante. Ni pain, ni féculents, ni sucre évidemment. Pensez à tracer un trait sur la bouteille d’huile qu’utilise Silvana, la cuisinière ; si elle dépasse les cinquante millilitres prévus par jour, tous les calculs seront faussés. »

Nadia Comencini a été idolâtrée tant qu’elle était une sorte d’éphèbe sans forme féminine, une petite poupée de porcelaine. Plus tard, lorsqu’elle est devenue comme les autres, une jeune fille avec des seins et un cul, les hommes ont crié à la tromperie. « Tout ça, seins, hanches, explique un spécialiste lors d'une retransmission, ça ralentit les tours, ça plombe les sauts, c'est moins propre comme ligne. »

Nadia Comencini a été un corps, uniquement un corps que son entraîneur modelait, un corps que les arbitres notaient, un corps que les commentateurs ont adoré, un corps que les fillettes ont envié, un corps qu’ils ont détesté, criant au scandale, à la tromperie lorsqu’elle en a eu terminé avec le petit éphèbe ; un corps dont a usé le roitelet. Un corps qui ne parlait pas

Nadia Comencini est entrée en gymnastique comme l’on entre dans les ordres, avec abnégation, pour servir ce sport. C’est également comme guerrière qu’elle s’entraîne pour assouplir son corps, pour arriver là où elle veut, faire sauter les barrières, voler, se jouer de l’apesanteur et gagner. Oui, ses succès ont servi la Roumanie, mais, à 14 ans, pouvait-elle le comprendre ?

Derrière la gymnase, Lola Lafon nous parle de la Roumanie qu’elle connait pour y avoir vécu.

Oui, il y avait les délations ; oui, les gens ne pouvaient voyager comme ils voulaient ; oui, Ils étaient filés, écoutés, surveillés. Oui, il y avait des files d’attente…. Certaines de ses phrases me ramenaient à notre guide lorsque nous visitions l’URSS.

Notre Occident avec les portables, les GPS qui nous suivent à la trace. Facebook, l’oiseau gazouilleur, ne nous suivent-ils pas à la trace, n’épient-ils pas tous ce que nous écrivons et, cerise sur le gâteau, le décortiquent minutieusement pour tout connaître de nous. Nos mannequins anorexiques (tiens, actuellement, elles viennent souvent de l’Est !), nos concours de mini-miss, notre monde mercantile est-il plus brillant que l’ancien bloc de l’Est ? C’est cette ambivalence dont nous parle Lola Lafon, sans pour autant trancher.

Lola Lafon amène la comparaison entre Nadia Comencini, sorte de « Jeanne d’Arc » et Brooke Shields ou Jodie Foster, outrageusement sexploitées dans leurs films respectifs. On a gaussé de la manipulation par les dirigeants des exploits de la jeune fille, mais il me semble que les U.S.A. n’ont pas été en reste lorsque Nadia a fui la Roumanie pour ce pays.

L’auteur n’évite pas la montée de la folie du couple Ceausescu avec cette fouille à corps de toutes les femmes en âge d’être enceinte « C’étaient des hommes, ces docteurs qu’on payait pour surveiller l’utérus des femmes. Des hommes, ces contremaîtres qu’on récompensait si un nombre important de leurs ouvrières étaient enceintes. Des miliciens, dans les hôpitaux, avaient l’ordre de lire les dossiers des femmes, afin de repérer celles qui étaient enceintes de quelques semaines, pour les empêcher d’avorter » Nadia était au milieu de tout ça et elle prenait des coups des deux côtés, surtout lors de son « idylle » avec le fils de…

Un livre rythmé, maîtrisé, avec des chapitres courts avec des titres, « biomécanique d’une fée communiste », « Les managers de l’ouest », « marketabilité »… très explicites. La fausse correspondance avec Nadia nous permet une plongée dans la vie de l’athlète. Les recherches que Lola Lafon a menées en amont permettent une fiction qui ne doit pâs être loin de la vérité.

Lola Lafon a reçu le prix de la Closerie des Lilas et fait partie des livres sélectionnés pour le prix du Livre Inter.

Merci Francoaz de l'avoir fait voyager. Maintenant Nadia va rejoindre Florence

Ils en parlent également : Alex - Clara - SentinelleTraversay - Aifelle -

Quelques extraits :

Nadia plonge, sa jambe en arabesque derrière elle, un long soupir tracé au pinceau. Puis, son pied droit pointé devant, elle se détourne des mortes, des battues, tous ces sanglots de filles fracturées, et posément aligne - flic flac - les cartes de mauvais sort retournées, vaincues, une fois de plus, elle les salue, ils sont debout, follement aimants, bouleversés d'avoir goûté à l'odeur terrible d'un mauvais sort repoussé.

Ce qu’elle accomplit, ce jour-là, personne ne sera capable de le raconter, ne restent que les limites des mots qu’on connaît pour décrire ce qu’ on n’a jamais imaginé.

Le lendemain, lorsque je lui demande comment elle explique l’obéissance absolue des gymnase, elle parait gênée par ce mot, obéissance : « C’est un contrat qu’on passe avec soi-même, par une soumission à un entraîneur. Moi, c’étaient les autres filles, celle qui n’étaient pas gymnases que je trouvais obéissantes. Elles devenaient comme leur mère, comme toutes les autres. Pas nous.

On lui bande les chevilles. Son tendon d’Achille est gonflé et forme une excroissance protégée d’une mousse retenue d’un scotch, stigmate des nombreuses fois où elle a heurté la barre la plus basse du pied. Ses genoux s’infiltrent de liquide, une réaction aux chocs répétés, ses rotules se couvrent de corne. Il faut veiller à ce que les ampoules ouvertes de ses paumes ne s’infectent avec la poussière du sol et la magnésie.

Ça va vous choque, je connais les certitudes de vos supposées démocraties libérales à ce sujet… mais il y avait une sorte de… joie dans les années 1970, ce qui ne change rien au reste, évidemment. Je déteste ces films et les romans qui parlent de l’Europe de l’Est, tous ces clichés. Les rues grises. Les gens gris. Le froid.

Essayons de ne pas faire de ma vie ou de ces années-là un mauvais film simpliste.

Chez nous, on n’avait rien à désirer. Et chez vous, on est constamment sommés de désirer.

Vous savez ce que je ne pardonne pas à vous autres, Occidentaux ? En 1974, l’ONU à propos à la Roumanie de présider la conférence mondiale sur la population au prétexte que nous avions su « résoudre la crise démographique » ! Alors Nadia, vous comprenez, même si elle n’y était pour rien, elle faisait partie de ça, cette publicité incessante pour l’Enfant modèle. Et l’ironie c’est que, dès qu’elle a grandi, Nadia n’y a pas échappé, elle a été « inspectée » comme nous toutes par la « police des menstruations », ces médecins qui nous auscultaient chaque mois sur notre lieu de travail et nous pressaient de faire des enfants, encore.

"Chère Nadia. Tu étais mmmmm quand tu faisais ce geste de la main à la fin de ton exercice au sol. Mon chaton mécanique. Aujourd'hui, la Nadia, elle a dix-huit ans, elle porte un soutien-gorge et doit se raser les aisselles", conclut l'éditorialiste du Guardian, dans son article daté de juillet 1980.

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Vanessa Caffin - Souviens-toi de demain

30 Avril 2014, 13:40pm

Publié par zazy

 

Souviens-toi de demain

Vanessa CAFFIN

Editions Calmann-Lévy

250 pages

26 mars 2014

ISBN : 9782702153857

 

4ème de couverture :

Victime d’une agression, Charlie Longe se réveille à l’hôpital totalement amnésique. Non seulement elle a tout oublié de son passé, mais elle est incapable d’enregistrer de nouveaux souvenirs. Pour ne pas perdre le fil des événements, elle tient un journal. Sur la première page figurent quelques lignes pour le moins troublantes : « Je vais mourir. Retrouver mon mari, retrouver Adam », ainsi qu’un numéro de téléphone portable. Est-elle menacée ? Qu’est-il arrivé à Adam ? Pourquoi ne lui répond-on jamais lorsqu’elle appelle à ce numéro ? Déterminée à reconstruire le puzzle de sa vie, la jeune femme part en quête de la vérité, avec ses notes comme seule boussole ainsi que le badge d’une agence de publicité où elle semblait travailler avant son accident. Mais tout sonne faux et la voilà saisie d’une affolante paranoïa, d’autant plus que son entourage paraît s’acharner à brouiller les pistes. Charlie le sait, elle ne peut se fier à personne, ni même à sa mémoire...
Porté par une écriture efficace et des dialogues percutants, Souviens-toi de demain entraîne irrésistiblement le lecteur dans une descente aux enfers dont il ne ressortira pas indemne.
Un thriller psychologique palpitant, jusqu’au rebondissement final… machiavélique

L’auteur : Journaliste et scénariste, Vanessa Caffin a publié en 2008 aux éditions Anne Carrière un premier roman très remarqué, J’aime pas l’amour, ou trop peut-être, suivi en 2010 de Mémoire vive aux éditions Belfond. Rossmore Avenue, paru chez le même éditeur, a été sélectionné pour être présenté au Festival du film de Berlin 2011. Créatrice et animatrice de Pitch Elevator, l’émission culte de yahoo.fr, elle termine l’écriture de son premier long-métrage.

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Lisez la quatrième de couverture car je ne vous dévoilerai rien de plus sur le suspens ! Ce thriller est E F F I C A C E. L’écriture fluide et glaciale (Bonjour M. Gotlib).

Je l’ai commencé hier soir et… l’ai lu d’une seule traite, sans sauter une seule ligne, un seul mot. Pas de pages qui ne servent à rien comme certains romans américains (c’est leur grand défaut pour moi), pas un seul mot inutile. Passons cette nouvelle digression.

Chaque matin, Charlie doit se réapprendre, elle doit se réapproprier ses souvenirs en lisant les notes écrites. L’agression dont elle a été victime et que Vanessa Caffin nous détaille, a lavé sa mémoire de tout souvenir et, chose horrible, elle est incapable d’enregistrer les nouveaux. Comme la pub nous l’assurait il y a quelques années, sa mémoire est lavée plus blanche que blanche.

L’Homme a décidé de mettre ses mots, les souvenirs qu’il choisit sur les carnets de Charlie. La fin fait froid dans le dos.

Vanessa Caffin décrit très bien, les affres, les peurs, les angoisses de Charlie obligée, chaque matin, de lire et découvrir tout son passé très proche. Il y a de quoi virer à la paranoïa.

Ne pas reconnaître les personnes proches que vous avez revues la veille. Ne pas savoir qui vous veut du bien ou du mal. Ne tenir que par le carnet et ce qu’il y a d’écrit dessus. La folie vous guette. Mais il y a pire ! lorsque quelqu’un tire les ficelles et que cette personne est elle-même prise dans un engrenage de folie destructive et manipulatrice. Et puis, comment vivre sans mémoire, sans souvenirs, même si, certains jours, on aimerait bien effacer certaines traces ?

Un bouquin qui s’est imprimé dans ma propre mémoire. Je me répète ; une écriture efficace, nerveuse et claire, des chapitres courts, pas de délayage. Je ne suis pas adepte de ce genre de littérature, mais alors là, chapeau ; j’en redemande.

Je voudrais remercier les Editions Calmann-Lévy pour cet envoi-surprise. J’ai vraiment passé un super moment.

 

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Florence Seyvos - Le garçon incassable

28 Avril 2014, 14:26pm

Publié par zazy

Le garçon incassable

Florence Seyvos

Editions de l’Olivier

02 mai 2013

176 pages

ISBN : 9782879297859

 

4ème de couverture :

«Ce matin, elle a la chambre d'hôtel pour elle toute seule. Elle est à Los Angeles.»
Lorsqu'elle arrive à Hollywood pour y mener des recherches sur la vie de Buster Keaton, elle ne sait pas encore que son enquête va la conduire au plus près d'elle-même, réveillant le souvenir d'Henri, ce frère «différent» qui l'a accompagnée pendant toute sa jeunesse.
Henri et Buster ont en partage une enfance marquée par des expériences physiques très brutales, une solitude inguérissable, une capacité de résistance aux pires épreuves, une forme singulière d'insoumission. Et une passion pour les trains. À travers leur commune étrangeté au monde (ne passent-ils pas tous deux pour des idiots ?), et cette fragilité qui semble les rendre invulnérables, Henri et Buster sont peut-être détenteurs d'un secret bouleversant.
C'est ce mystère qu'éclaire Florence Seyvos dans ce roman dense et subtil.

Florence Seyvos est née en 1967 à Lyon. Elle a passé son enfance dans les Ardennes et vit à présent à Paris. Écrivain, scénariste, Florence Seyvos est notamment l'auteur de Les Apparitions (L'Olivier, 1995), qui lui a valu le Goncourt du premier roman et le prix France Télévisions.

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Un roman doux, subtil. La narratrice se dévoile plus qu’elle ne le pense à travers ses recherches sur Buster Keaton et, par esprit d’escalier, vers son demi-frère, plutôt, le fils du second mari de sa mère. Henri, tel est son prénom.

Portraits croisés de deux « amochés » ? non, de deux personnages hors du commun. Keaton, le petit garçon qui, suite à une chute mémorable, se voit surnommer Buster. Il fera de la chute son art et deviendra une grande star du muet. Henri, prognathe au développement mental interrompu, tenu d’une main très ferme par son père qui, chaque soir, dort dans un harnachement bizarre.

Ils ont plusieurs choses en commun. Un père omniprésent et aimant malgré ce qu’ils infligent à leurs enfants. Les deux se trouvent toujours sous le regard des autres. Leur fragilité qu’ils cachent mais qui est si présente et si visible, leur solitude au milieu des autres de par leurs différences. Leur propre normalité qui nous questionne sur nos normes. Ils ont également ce que Florence Seyvos appelle « petit noyau réfractaire » et qui s’appelle dignité, qui est leur beauté humaine.

Tandis que Buster ira de contrats en contrats, de films en films, ce que fera le mieux Henri, c’est attendre. C’est ce que lui dit tout le temps son père : attends. Puis, le destin de Buster déclinera tandis qu’Henri entrera dans un CAT et prendra son indépendance.

Florence Seyvos évoque ce frère qu’elle aime, qu’elle protège sans aucune sensiblerie mais avec beaucoup de sensibilité. Elle attire notre regard sur Buster Keaton qui, pour moi, n’était qu’un rigolo du muet, sans plus. Un beau roman profond et humain sur l’attention que nous portons aux autres, notre regard sur les différences, que j’ai aimé lire.

Merci Pasdel pour ce livre-voyageur. D'autres billets : Clara - Libfly - Kathel -

Quelques extraits :

"Le père d’Henri dit : « les enfants, il faut les casser ». Il pense sincèrement qu’on ne peut élever un enfant sans le casser, qu’il n’y a pas d’autre solution. Pas simplement plier, casser. Il faut entendre le craquement de la tige de bois que l’on ferme sur elle-même, à deux mains, d’ un coup sec."

"Henri s’est cassé tout seul, quelques heures après sa naissance. C’était un beau bébé dodu de plus de trois kilos. Et tout à coup, un vaisseau s’est rompu dans sa tête. Le sang lui pissait par les yeux et les oreilles, et son avenir, en une fraction de seconde, venait de changer totalement de route."

"Il bascule, la tête en avant, et puis il roule, bong, bong, bong, jusqu’en bas. Cet escalier est interminable."

"Dans le monde du spectacle, a buster, c’est une chute, une chute spectaculaire. Joseph ne le sait pas encore, mais il vient de changer de nom. A partir de ce jour d’avril 1896, plus personne ne l’appellera jamais Joseph, ni ses parents, ni ses futurs compagnons de travail, ses amis, ses compagnes. Désormais, il s’appellera Buster."

"Mais le chagrin, Henri, où le mets-tu ? Tes yeux ne pleurent jamais. La tristesse semble ricocher sur toi. Je sais qu’en entre pourtant, filtrée par ta vision du monde. Alors, dans quel recoin de toi-même l’enfermes-tu ?"

"La main qui tient la poignée dans son dos est si puissante, et lui-même semble si frêle qu’on le voit déjà fracassé. Et pourtant, au cœur de sa nature de projectile, se tien son étrange détermination, son petit noyau réfractaire, et plus il ressemble à un objet, plus il devient humain"

"Nous n’en revenons toujours pas de la simplicité avec laquelle nous sommes passés de l’empathie terrifiée à notre nouveau rôle de caporal-chef"

 

"Il y a des gens qui traversent la vie en se faisant des amis partout… tandis que d’autres ne font que traverser la vie."

 

 

 

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Romain Puértolas - L’extravagant voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

7 Avril 2014, 20:53pm

Publié par zazy

L’extravagant voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Romain Puértolas

Editions le Dilettante

21/08/2013

253 pages

ISBN : 9782842637767

 

 

4ème de couverture :

Un voyage low-cost … dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste. Une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.


L’auteur :

Romain Puértolas est né à Montpellier en 1975. Ballotté entre la France, l'Espagne et l'Angleterre, il devient DJ turntablist, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien, avant de tenter sa chance comme découpeur de femmes dans un cirque autrichien. Évincé à cause de ses mains moites, il s'adonne alors à l'écriture compulsive. Auteur de 450 romans en un an, soit 1,2328767123 roman par jour, il peut enfin ranger ses propres livres sur les étagères de sa bibliothèque Ikea et en cacher ainsi les affreuses fixations en plastique.

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Une nouvelle couverture jaune et un livre tout aussi déjanté que « La dame à la camionnette » d’Alan Bennett, mais dans un autre genre, quoi que l’on y parle également des laissés pour compte.

Au premier degré, c’est un livre d’aventures, hautement improbables. Ajatashatru Lavash Patel «prononcez J’arrache ta charrue, la vache ». Quant à son prénom, vous pouvez dire « achète un chat roux», quoique vous pouvez prononcez également « J’ai un tas de short à trous ». Avouez que c’est plus pratique pour nous, enfin pour moi, sauf que parmi toutes les prononciations possibles, j’ai dû lire à deux fois avant d’être certaine.

Revenons-en à nos moutons à notre fakir. Oui, parce que IL est fakir dans son pays l’Inde. Tous ses amis se sont cotisés pour lui offrir ce voyage dans le SEUL but avoué, de s’acheter une lit à clous vendu chez Ikea. Le commander et se le faire livrer eussent été plus simple. Oui mais voilà, il n’y aurait pas eu de bouquin.

Donc, le voici débarquant à Roissy pris en charge par un taxi inénarrable. L’aventure commence. Attachez vos ceintures, éteignez vos cigarettes, bien que je crois que l’on ne puisse plus fumer dans les avions, le décollage est imminent.

Pour des raisons tout à fait évidentes, « J’arrache ta charrue, la vache » va devoir se cacher dans une armoire Ikea, of course. Vous pensez à un Vaudeville et attendez le mari ? Vous n’y êtes pas du tout. Tout ce que je peux vous dire c’est que « achète un chat roux» va visiter l’Europe et même plus, car il y a affinité, en choisissant des moyens de transports très originaux.

J’oubliais, nous sommes dans un scénario à la Bollywood et il y a une histoire d’amour pétillante qui finira bien et un livre dans le livre.

Entre temps, « J’ai un tas de short à trous » rencontrera la misère des sans-papiers, de ceux qui veulent absolument aller en Angleterre et qui ne veulent retourner chez eux sans avoir réussi.

Un roman où plus c’est gros, plus ça marche où le loufoque côtoie l’amour, la misère, la filouterie… bref, un moment d’humour qui fait un bien fou. Un premier roman où l’on traite mieux les armoires que les hommes, qui n’est pas passé inaperçu.

Merci Phil de l’avoir fait voyager jusque chez moi. Je tiens à préciser que le livre a été acheminé normalement par les services postaux français sans passer par la case Ikea, mais dans la camionnette JAUNE de ma factrice !!

D’autres avis sur Libfly

 

 

 

 

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