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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #editions verdier

Miguel Delibes - Dame en rouge sur fond gris

2 Juillet 2017, 18:12pm

Publié par zazy

Dame en rouge sur fond gris

Miguel Delibes

Traduit par Dominique Blanc

Editions Verdier

128 pages

février 1998

ISBN : 978-2-86432-285-6

 

4ème de couverture :

Dame en rouge sur fond gris est un admirable portrait de la femme aimée que la maladie a trop tôt enlevée à l’affection de l’époux désemparé.

Le narrateur est un peintre célèbre dont le désespoir a tari la créativité. La pudeur de la transposition ne peut faire oublier le drame vécu par l’écrivain confronté à la mort d’Ángeles, la mère de ses sept enfants.

Le récit, à la fois hommage et exorcisme, est mené sur le mode chuchoté de la confidence à l’une de ses filles. Ce long monologue, classique dans sa retenue, bouleversant par la délicatesse du trait, évoque le mystère d’un être dont l’éclat, la beauté, l’élégance morale, illumine l’existence de ses proches, transforme la grisaille des jours – et jusqu’au goût âcre de la maladie – en d’inépuisables leçons de vie.

 

L’auteur :

Miguel Delibes, né le 17 octobre 1920 à Valladolid, Castille-et-León, et mort le 12 mars 2010 (à 89 ans) à Valladolid1, est un écrivain espagnol de la Génération de 36.

il a su transmuer en littérature et élever à l’universel son expérience de marin militaire  : L’Étoffe d’un héros ; sa rencontre avec le Printemps de Prague, ou la perte de sa chère épouse Ángeles : Dame en rouge sur fond gris. Explorateur de la langue castillane dans ses formes poétiques, populaires et dialectales sans qu’il n’y paraisse rien d’« expérimental », son œuvre allie la nouvelle : Le Linceul ; le roman court : Le Fou ; le grand monologue souvent adapté à la scène : Cinq heures avec Mario et le roman de facture « classique », sa dernière œuvre, L’Hérétique. Il a obtenu en 1993 le très prestigieux prix Cervantès.

 

 

Le narrateur, peintre de grande renommée, sombre dans l’alcool et la dépression depuis la maladie et, surtout, la mort de sa femme.

Dans un long monologue adressé à une de ses fille nouvellement sortie des geôles de Franco, il raconte sa muse, sa femme, , son amour, eux, leurs vies, le franquisme.

Avec ses mots, Miguel Delibes, prend la place du peintre, à moins que ce ne soit l’inverse, sur fond de famille, de franquisme, de bonheur malgré les malheurs, puis sur le fond gris du deuil, il peint l’aimée, l’adorée, celle qui  « par sa seule présence allégeait le poids de la vie ».

Les regrets de ne pas avoir dit combien il l’aimait, combien elle était primordiale pour lui

« Mais un jour, elle, elle n’est plus là, il devient impossible de la remercier d’avoir resserré le bouton de la chemise et, subitement, cette attention ne te semble plus superflue ; elle devient quelque chose d’important. ».

Le tableau qui donne le titre au livre n’est pas de lui, mais d’un autre

« Alors oui, alors j’ai ressenti de la jalousie pour ce tableau, pour ne pas avoir su le peindre moi-même, parce qu’ c’était un autre qui l’avait saisie dans toute sa splendeur. »

Ce tableau qu’il n’a pas su peindre, ce qu’il n’a pu saisir par le pinceau, le narrateur nous le donne par les mots.

« Puisque la mort est inévitable, n’est-ce pas mieux ainsi ? »

La mort a cueilli son amour avant qu’elle ne se flétrisse, avant que la maladie ne l’ait abimée. C’est tout le thème de son long et beau  monologue.

 

Ce livre est un hommage vibrant. Il  côtoie l’intime, l’universel et le sublime.  Miguel Delibes dessine  le portrait de l’aimée, de l’Espagne, avec son récit. Un plume admirable pour un pinceau tout en douceur.  Un chant d’amour, un hymne à la femme aimée

Un superbe livre intime ;  une écriture comme je les aime. Dominique Blanc, le traducteur a fait du travail d’orfèvre.

 

Un coup de cœur.

 

Une fois de plus, les éditions Verdier m’ont régalée. Dommage que je doive rendre le livre à la bibliothèque.

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David Bosc - Relever les déluges

13 Juin 2017, 13:25pm

Publié par zazy

Relever les déluges

David Bosc

Editions Verdier

96 pages

Mars 2017

ISBN : 978-2-86432-919-0

 

 

4ème de couverture :

Enfants de rois, de paysans ou de bourgeois, les personnages de ces quatre récits ont ouvert sur le monde des yeux de premier homme : l’ordre des choses, ils entendent l’éprouver, en restant sourds aux « vérités éternelles »Ce sont alors des assauts et des ruses, des solidarités intempestives et de soudains dégagements. Liberté, égalité, fraternité : les vieilles lunes sont décrochées avec tout le décor, et les voici qui se rallument, fragiles, toutes neuves, à hauteur de regard, sur le visage de n’importe qui.

L’auteur (site de l’éditeur)

David Bosc est né à Carcassonne le 7 avril 1973.

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Quatre histoires, quatre époques, quatre hommes pour illustrer ce qui est écrit au fronton de nos mairies : Liberté – Egalité – Fraternité.

Farid Imperator, alias Frédéric II, empereur des Romains  à qui l’on a fait le cadeau empoisonné, suite à la mort de ses parents, de la liberté.

« Comme Frédéric, pupille du pape, est intouchable, il prend le parti de le délaisser. Il lui fait l’infamant cadeau de la liberté (car personne n’en veut, à cette heure, et le mot lui-même ne fait rêver que les fous. ».

Il vit  en Sicile, à Palerme ville arabo-normande

« On y aimait tant les différences qu’on en inventait quand, faute de vent, il en venait moins ».

« Frédéric choisit ses maîtres parmi les Arabes et les Gréco-Syriens ; son appétit de connaissance les enchante, sa vivacité les émerveille ».

Il n’a que huit ans. Sa vie fut un long combat contre la papauté. Il a su

« conquérir la moitié du monde sans jamais tirer l’épée ».

Avec son armée et sa bande, il fonde, devant Palerme, au lieu d’un camp, une ville qu’il baptise « Victoria »

Frédéric, parti à la chasse, Victoria est détruite par les Parmesans. Basta ! « L’empire s’effondrera bientôt.

« Quelle importance ? Il n’était fait que d’un jeu d’écritures. »

Saut dans le dix-huitième Siècle.  Honoré Mirabel,  est un homme heureux, mais il ne s'appartient pas.

« Quand les branches des cerisiers sont lourdes de cerises, quand je vais boire mon pot de vin sur la Veaune, après la cueillette des azeroles, je suis heureux. »,

« Tout me plait en ce monde et il ne me va pas Je voudrais que tout change sans que rien ne se perde. »

valet de ferme, issu de serfs, il annonce qu’il a trouvé un trésor et… Que la fête commence. Il fera bombance sans débourser un liard, embobinera le bourgeois, pour finir aux galères.

« Au vrai, je n’ai pas volé grand-chose, mais je crois que j’ai fait pire à leurs yeux : j’ai blasphémé l’argent. »

Son comparse, Auquier sortira de prison, mais la leçon de Mirabel n’est pas perdue.

Pour la troisième nouvelle, je rencontre Miguel Samper, jeune espagnol qui va s’enrôler dans l’armée populaire combattre Franco, pour l’égalité (il y croyait) pour ne pas rester chez lui et risquer  de faire des saloperies comme

« Les vainqueurs se livraient aux saloperies. Et même les pauvres diables, pour peu qu’on leur ait donné un fragment de pouvoir. Alors, pour faire face au salaud que l’on porte en soi, pour étouffer le porc tout au fond de son ventre, mieux valait retourner au front, fusil contre fusil, ou la pelle à la main. Du moins, c’était encore ce que je croyais ».

Il subit, des républicains, les mêmes vilénies qu’il dénonce chez les phalangistes. Il trouve toujours le moyen de s’évader, de retrouver une certaine liberté. En fin de compte, il se retrouve dans un camp à Argelès alors qu’il voulait lutter 

« pour les copains, pour le matin du monde, pour l’égalité »

Désolé Miguel, mais cela n’a pas beaucoup changé, peut-être même un peu empiré.

« L’égalité est à la fois le passé et l’avenir de notre histoire. Il finira le temps des caciques, de ceux qui possèdent davantage que leur regard ne peut embrasser, même s’ils montent sur le toit. Il finira le temps de ceux qui font le tour en auto de terres dont ils ne sauront rien, sinon le rendement l’hectare. »

Denis, l’onagre du quatrième récit, fabrique et colle des stickers à hauteur du cœur

« Il dit que s’il imprime petit, c’est, en quelque sorte, afin de choisir les lecteurs ; si une personne s’arrête, se penche, sort ses lunettes, c’est qu’elle a encore de la curiosité, et aussi l’espérance que quelque chose d’important peut lui être donné par un semblable, sans puissance ni relais ni porte-voix ».

C’est un anar, qui prend d’assaut, avec d’autres comparses, un bateau-restaurant amarré dans le port de Marseille, offre un feu d’artifice aux prisonniers des Baumettes. Il est à part, il a toujours été à part, dans la meute, dans le groupe. Jamais il ne renonce à sa liberté, son indépendance… qu’il battrait bien en brèche pour Mathilde, s’il arrive à la sortir du groupe.

Le point commun à ses quatre hommes est leur besoin d’indépendance, de liberté. Faire plutôt qu’attendre.

Ils décident de leur vie, du bon ou mauvais côté, veulent vivre leurs aventures intensément. Ce sont des rêveurs, mais pas de doux rêveurs car ils ont en eux un jusqu’auboutisme  qui les poussent à aller, à ferrailler, à titiller jusqu’à ce que la pirouette les transportent ailleurs

Lorsque je lis un livre de David Bosc, je vois un tableau se confectionner avec ses mots, sous mon regard. Son écriture  est lourde du sens qu’il donne aux mots. Elle me fait penser à ses vignobles caillouteux qui donnent un vin qui tient en bouche et qui, une fois dans la gorge exprime sa vitalité, sa rondeur et dont on se souvient.

Je me dis qu’en ces périodes électorales où nous dépassons les cinquante pour cent d’abstention, ce serait une bonne chose que de faire circuler ce livre. A bon entendeur….

Les éditions Verdier m’ont permis de redécouvrir David Bosc. Je les remercie de leur politique éditoriale exigeante. Grâce à eux, j'ai fait de belles lectures qui me donnent l’impression d’être moins sotte.

Livre lu dans le cadre d’une opération Masse Critique de Babelio. Merci à eux pour cette lecture.

 

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Antonio Moresco - Les incendiés

21 Octobre 2016, 18:25pm

Publié par zazy

Les incendiés

Antonio Moresco

Editions Verdier

Traduit de l’italien par Laurent Lombard

192 pages

Août 2016

ISBN : 9782864328858

 

  4ème de couverture :

Un homme décide de fuir la sombre et douloureuse gangue qui lui tient lieu d’existence. Il renonce à tout.

Après une longue errance en voiture, il finit par trouver refuge dans un hôtel au bord de la mer où il vit caché.

La touffeur de l’été enflamme l’air. De petits feux explosent, çà et là, au long de la côte. Une nuit, un épouvantable incendie menace l’hôtel. L’homme parvient à se sauver sur une falaise désertique d’où il observe le terrible spectacle. Soudain, une femme aux dents d’or aussi merveilleuse que mystérieuse apparaît dans son dos, lui murmure que c’est pour lui qu’elle a incendié le monde et, avant de disparaître, lui demande s’il veut brûler avec elle. Obsédé par cette rencontre, il se lance à sa recherche.

Les Incendiés est une épopée moderne, un récit intense sur la férocité de notre temps, sur l’amour et la liberté.

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 Pas facile de parler de ce livre surprenant.  Antonio Moresco flirte avec la réalité et l’onirisme  puissance 10. Même postulat de départ que dans « Fable d’Amour ». Un homme d’âge mûr est sauvé par une belle jeune femme.

 « En ce temps-là, j’étais complètement malheureux. Dans ma vie j’avais tout faux, j’avais tout raté. J’étais seul. Je l’avais compris tout à coup, par une nuit de pluie battante où je n’arrivais pas à dormir, et ça m’avait anéanti. Il n’y avait pas de liberté autour de moi, il n’y avait pas d’amour. Tout n’était qu’aridité, asservissement, vide, la vie ressemblait à la mort. » Suite à ce triste constat, le narrateur s’enfuit et se retrouve dans une cité balnéaire. Des incendies éclatent tout autour jusqu’au jour où c’est l’hôtel qui brûle. L’homme s’enfuit avec les autres jusqu’à une falaise « C’est alors qu’une chose inimaginable s’est produite. » Une femme s’est arrêtée près de lui « Regarde… J’ai incendié le monde pour toi ! a murmuré l’instant d’après une vois à l’accent étranger. » Puis elle disparait comme elle est venue. Il n’aura de cesse de la retrouver. Cette femme aux dents en or l’obsède jusque dans ses rêves. Ils se cherchent, se trouvent, se perdent. Un soir, elle le conduit dans le domaine du Maître. L’apparition est une des esclaves, oui c’est ainsi que le chasseur d’esclaves appellent les personnes qui l’entourent et le servent. Son rôle auprès du Maître n’a rien de sexuel, « Je ne mâche pas la nourriture, il m’a dit tout à coup, approchant tout près de moi sa tête tandis que je le regardais sans broncher pétrifié. C’est elle qui mâche pour moi. Je ne prends la nourriture que d’elle. Tout ce qui entre dans ma bouche est d’abord passé par sa bouche. » Lieu de débauche, de sexe,  de trafics, de drogue, de mafias, de perversion. « Des truands, des blanchisseurs d’argent, des mafieux, des requins de la finance, des politiques, des pétroliers, des oligarques, qui cherchent dans la merde leur petite place dans le monde » Un monde violent où le chasseur d’esclaves est le dominant et le maître absolu, où la soumission est la règle d’or. Le narrateur et la jeune femme périront ensemble après une débauche d’armes à feu, de tirs, de morts (dont, peut-être, le chasseur d’esclaves) et se retrouvent à la morgue d’où ils s’échappent pour partir en voyage de noces en Croatie. Les amoureux circulent à travers un paysage très semblable à la normale, sauf qu’il y fait toujours nuit. 

- « Ils sont où les vivants ? je lui ai demandé. Dans quel monde on est ?

- Dans le monde des morts.

- Mais il n’y a plus de vivants ?

- Bien sûr  qu’il y en a !

- Alors pourquoi on ne les voit pas ?

- Parce qu’on est de l’autre côté, parce qu’on est morts.

- Mais le monde est toujours le même !

- C’est le même, mais il est de l’autre côté.

- Donc on ne verra pus les vivants ?

- Oh si… on les verra, à la fin ! »

Ils roulent en direction de la Tchétchénie via La Croatie, la Serbie entraînant derrière une file de voitures aux phares allumés qui grossit au fur et à mesure qu’ils avancent. « alors que grandissait toujours plus la galaxie des lumières qui flottaient dans la nuit, de tous ces morts qui se remettaient en route derrière nous » .Je traverse, avec la horde, les pays ravagés par les guerres menées par la Russie pour rasseoir sa domination. Là, ils déclarent la guerre aux vivants. Des pages d’une bataille dantesque « Nos rangs augmentaient de plus en plus, se nourrissant toujours de nouveaux morts ».

Antonio Moresco flirte avec l’au-delà, réussit le tour de force de rendre possible l’invraisemblable dans un langage cru, violent, sans interdit, quelque fois choquant. Aucun filtre n’épargne le lecteur, rien n’est épargné aux personnages. Il dénonce la toute puissance de l’argent qui emprisonne les plus faibles. Il dénonce les ravages, les horreurs de la guerre.

Un roman foisonnant, où le délire est très réel, où l’auteur dénonce l’esclavagisme qui ne porte pas son nom, le pognon des gros qui emprisonne les faibles, les petits,  un monde sous la domination des puissants « Des gens comme moi tirent les ficelles du monde, pour un moment, encore pour un moment, jusqu’à ce qu’on fabrique les esclaves en série, je vous l’ai dit, et puis les esclaves s’autoproduirons tous seuls, ils s’autoproduisent déjà, et alors ce sera la fin de l’esclavage et de la vie, il n’y aura plus de vie parce qu’il n’y aura plus d’esclavage, il n’y aura plus rien ». Un livre traversé par l'éclat d'un immense amour.

Comment, moi qui n’aime pas les zombies, les films d’horreur ai-je pu être si favorablement impressionnée par ce livre ? L’écriture, le style d’Antonio Moresco !  Je ne pouvais lâcher le livre, happée, hypnotisée par les mots.

Merci Hélène de m’avoir permis de lire ce livre.

 

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Marcher droit, tourner en rond - Emmanuel Venet

13 Octobre 2016, 13:45pm

Publié par zazy

  

Marcher droit, tourner en rond

Emmanuel Venet

Editions Verdier

Août 2016

128 pages

ISBN : 9782864328780

 

 

4ème de couverture :

"Atteint du syndrome d’Asperger, l’homme qui se livre ici aime la vérité, la transparence, le scrabble, la logique, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre, une camarade de lycée jamais revue depuis trente ans. Farouche ennemi des compromis dont s’accommode la socialité ordinaire, il souffre, aux funérailles de sa grand-mère, d’entendre l’officiante exagérer les vertus de la défunte. Parallèlement, il rêve de vivre avec Sophie Sylvestre un amour sans nuages ni faux-semblants, et d’écrire un Traité de criminologie domestique.
Par chance, il aime aussi la solitude.

 

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Emmanuel Venet est psychiatre, il vit à Lyon où il est né en 1959.

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Le narrateur, quarante-cinq ans, atteint du syndrome d’Asperger « On me rétorque souvent que je schématise les situations  complexes à cause de mon syndrome d’Asperger, mais je me contente de raisonner logiquement comme chacun devrait s’y astreindre. » assiste aux obsèques de sa grand-mère. Il sursaute en écoutant l’officiante vanter les mérites de Marguerite. « C’est ma grand-mère Marguerite qu’on voudrait faire passer pour une femme généreuse et gentille, révisionnisme dont personne autour de moi ne semble s’indigner ». Sa maladie fait qu’il ne supporte ni les mensonges, ni les approximations. Sa grand-mère Marguerite n’était pas la femme dévouée, généreuse… présentée. NON, l’hypocrisie régentait sa vie, de plus, elle était égoïste, menteuse (entre autre) une brave femme quoi !! De plus, elle n’est pas morte à cent ans, mais à 99 ans et 51 semaines. Ma grand-mère Marguerite était « une femme de tête autant qu’une femme de cœur ». Car  ma grand-mère Marguerite était en effet à peu près aussi incapable de réfléchir que d’aimer. Quand il parle du reste de la famille, ce n’est guère mieux. L’homme aime que la vérité soit dite, que les choses soient exactes.

Cet homme, surdoué, a trois passions, le scrabble, le petit bac et ses listes apprises par cœur, les catastrophes aériennes, tout au moins, les causes exactes. Maintenant, avec internet, plus besoin de se déplacer pour trouver les renseignements. Et puis, il y a Sophie Sylvestre qu’il aime depuis la seconde et aimera toujours, même s’il ne peut plus l’approcher, encore et toujours parce qu’il ne possède pas le filtre des conventions, que les émotions,  l’empathie lui sont inconnues.

J’ai adoré le jeu de ping-pong, le décalage entre les autres et lui. Lui est cartésien, droit dans ses bottes, hyper logique, immuable ;  le reste de la famille, comme tout un chacun a des petits accommodements avec la vérité, la fidélité, la morale… est versatile.

Tout ceci donne un livre où l’ironie et le caustique offrent un portrait de famille décapant. L’homme n’est pas dénué de sentiments, peut-être que le mot est trop fort !, disons de tendresse pour son père. Pourtant il aime d’un amour platonique, enfin le croit-il Sylvie  Sylvestre, et rêve de nuits d’instants avec elle comme une midinette devant un bouquin de la collection Arlequin.

Seul lui manque son grand-père avec qui il  résolvait des problèmes de thermodynamique.

Emmanuel Vernet, psychiatre de son état, semble bien connaître cette maladie et ses symptômes. Je pense qu’il a pioché plusieurs anecdotes parmi ses patients et c’est amusé à nous les retranscrire. Les obsèques de la grand-mère offrent  un nuancier d’émotions, de sentiments qu’il décrit avec humour et ironie. Je sens qu’il s’est délecté à écrire ce livre.

 Derrière mes sourires et fous rires,  il y a la souffrance du narrateur. Son intransigeance le rend inapte à la vie en société, blesse son entourage et fait, qu’à force de vouloir marcher droit, sans concessions à la vérité et la logique, il tourne en rond.

Quant à moi, seul du clan à penser juste et à marcher droit, j’essaierai de dépasser le score de Roger Walkowiak dans son quart de finale au championnat de France deux mille trois en duplicate. Pour un jour aussi moche, je ne vois pas ce que je pourrais espérer de mieux.

Un très bon livre .
 

  

C’est à mes yeux la preuve que les problèmes aéronautiques, largement aussi complexes que les difficultés sentimentales, peuvent trouver grâce à a réflexion des solutions pertinentes, alors qu’on peut chercher longtemps un raisonnement logique permettant de prévenir l’apparition de la discorde au sein d’un couple. Ceci explique sans doute pourquoi le divorce est si fréquent, et les catastrophes aériennes si rares en comparaison.

J’aspire à ce que mon entourage, un jour, me comprenne vraiment, ainsi qu’il arrive parfois en rêve. J’aimerais tellement, que, dès leur amorce, mes idées soient entendues comme par télépathie dans toute leur complexité ; que mes pensées es plus subtiles se transmettent, intactes, dans un simple échange de regards, mes ébauches dans un simple ébauche de sourire ; que Sophie Sylvestre-Lachenal se laisse pénétrer par la pureté de mes sentiments, par ma soif de ne vivre que pour elle, de lui consacrer tous mes efforts, tous mes élans, tout mon argent.

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Antonio Moresco - Fable d'amour

30 Août 2016, 15:11pm

Publié par zazy

 

Fable d’amour

Antonio Moresco

Editions Verdier

Traduit de l’italien par Laurent Lombard

128 pages

Août 2015

ISBN : 978-2-86432-807-0

 

4ème de couverture :« Fable d’amour, écrit Moresco, raconte une histoire d’amour entre deux personnages qu’il serait impossible d’imaginer plus éloignés : un vieux clochard qui ne se souvient plus de rien et qui a pratiquement perdu la raison, et une fille merveilleuse. C’est l’histoire d’une de ces rencontres qu’on croit impossibles mais qui peuvent avoir lieu dans les territoires libres et absolus de la fable, et aussi quelquefois dans la vie. »

Fût-il le plus pur, l’amour a-t-il vocation à durer ? Mais puisque l’amour est sans pourquoi, doit-on chercher plus d’explications à ce qui le tue qu’à ce qui le fait naître ? Et si la fable était le seul mode pour raconter aujourd’hui la puissance d’aimer ?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Figure majeure de la prose narrative contemporaine, Antonio Moresco est né à Mantoue en 1947. Il est sans aucun doute l’un des écrivains les plus inspirés, les plus puissants, les plus imaginatifs, mais aussi les plus délicats de la littérature italienne, et qui depuis toujours poursuit son œuvre dans la solitude des plus hautes exigences.

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C’est écrit sur la couverture : Fable d’amour. Ainsi, ami lecteur, laisse tes vérités, la réalité de côté et entre par la porte qu’ouvre Antonio Moresco.

Oui, c’est une fable qui commence comme un conte par « Il était une fois… » mais la réalité est là avec toute sa dureté. L’écriture d’Antonio Moresco, toute en finesse saisit la misère de la misère.

Lui, Antonio, alias « Le vieux fou » est un clochard anonyme qui vit couché « sous sa couverture dure comme de la tôle, au milieu des sacs en plastiques éventrés et de ses haillons »

Elle, Rosa « Elle était belle, elle avait de merveilleux yeux noirs et, bien qu’encore jeune fille, elle avait déjà de merveilleuses formes de femme. »

Un jour, Elle prend Antonio par la main pour l’emmener chez elle. Elle le lave, le caresse... Aussi belle qu’il est laid, aussi lumineuse qu’il est dans le noir, ils vont s’aimer. Il se livre totalement à Rosa.

Ils vécurent heureux et eurent…. quelques mois de bonheur, jusqu’au jour où elle le renvoie brutalement, sans plus d’explications, à sa condition de miséreux qui devient misérable par l’étendue de son chagrin. Il en meurt… Et…quelque chose change. Et … je n’en dirai pas plus.

Cette fable décrit notre société dans ce qu’elle a d’impitoyable où les laissés pour compte sont abandonnés, invisibles. Antonio Moresco nous pose aussi cette question ; doit-on se livrer corps et âme à l’être aimé au risque de tout perdre ? Le vocabulaire, les mots sont directs, réalistes, quelque fois crus ; pourtant il émane de ce livre une très grande poésie. Le style de l’auteur donne du rythme, voire une légèreté à la lecture qui tranche avec la dureté de la vie d’Antonio. J’ai navigué entre la beauté et la laideur, la légèreté et la cruauté, l’ombre et la lumière, la vie et la mort, le conte et la réalité. Cette fable est un petit bijou

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