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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #editions stock

Virginie Roels - La plume

28 Mai 2017, 22:19pm

Publié par zazy

La plume

Virginie Roels

Editions Stock

Collection : La Bleue

Mars 2017

320 pages

ISBN : 9782234082618

 

4ème de couverture :

« Le président était à moins d’un mètre quand il se mit à dévisager le public. Il s’arrêta net sur un jeune homme assis au deuxième rang. Ce dernier le fixa d’un sourire de Joconde. Le président baissa les yeux, puis se tourna vers son ministre de l’Intérieur. La suite, nous la connaissons tous, les images ont fait le tour du monde : à vingt-deux heures trente, devant cinquante millions de téléspectateurs, le président de la République française a littéralement perdu les pédales.
Quelques secondes qui brisèrent sa carrière ; jamais humiliation ne fut si foudroyante. Dès cet instant, nous fûmes des centaines de journalistes cherchant à savoir ce qui s’était passé. La chance voulut que je sois la seule à avoir identifié l’objet de son effroi : le jeune au sourire de Joconde. »
Une fable contemporaine sur la classe politique, où tout est fiction, mais presque tout est vrai… Un roman inventif, brillant et audacieux.

L’auteur (site de l’éditeur)

Longtemps journaliste d’investigation pour la télévision et la presse écrite, Virginie Roels est directrice de la publication du magazine Causette. La Plume est son premier roman.

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Lors du débat télévisé avant le second tour de l’élction présidentielle, le président Debanel, donné gagnant, dérape, panique et perd ses moyens. Pourquoi, simplement à la vue d’un nom, a-t-il blêmi, paniqué ? C’est ce que va chercher à trouver une jeune journaliste qui travaille pour un obscur hebdomadaire télévision  qui a été témoin de la scène.

« La chance voulut que je sois la seule à avoir identifié l’objet de son effroi : le jeune au sourire de Joconde. »

« Pour la première fois de ma médiocre carrière, j'avais une intuition, un indice, et la conviction d'en avoir été l'unique témoin. J'ai tiré les fils, patiemment, jusqu'à reconstituer le puzzle. Après des mois passés à écouter tous les acteurs de cet affreux quoique jouissif naufrage, celui d'un président, en voici le récit. »
Entre ceux qui sont au pouvoir, ceux qui sont dans l’anticambre et ceux qui voudraient bien… la lutte est dure. Seul le résultat compte. Ainsi, le ministre de l’éducation nationale doit écrire un discours pour le président. Bien sûr, il « sous-traite » l’affaire à un subalterne qui fera de même pour arriver à David Joli qui est en plus, prof. La source étant tarie, il a la brillante idée de faire plancher ses élèves sur le thème demandé. Le devoir de Le Dantec sort du lot. Pris par le temps, Joli le recopie in extenso. A partir de là, la chaîne déraille, le pédalier est en roue libre.

Ce que je regrette un peu dans ce roman, ce n’est pas la servilité des subalternes ni la veulerie, l’égocentrisme, la courte-vue des politiques, ça je sais. Non, ce qui m’a gêné, c’est la radicalisation express de Le Dantec et le fait que je n’ai pas cru aux personnages . Je n’ai jamais pu trouver la clé pour ouvrir la porte de ce livre.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Marine Westphal - La téméraire

24 Mars 2017, 23:26pm

Publié par zazy

La téméraire

Marine Westphal

Editions Stock

Collection : La Bleue

Janvier 2017

144 pages

ISBN : 9782234081901

 

4ème de couverture :

Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. »

Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.

La téméraire est un texte bouleversant qui embrasse la maladie dans une danse grave et généreuse.

Quelle découverte ! Quelle plume ! Quel talent ! "

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marine Westphal a vingt-sept ans, elle est infirmière. La téméraire est son premier roman.

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J’ai reçu une claque avec ce livre.

Sali et Bartoloméo dit Lo Meo, un couple qui a su garder et faire grandir leur amour. Ils se tiennent par la main depuis trente années. Pourtant l’irréparable arrive par le biais d’un AVC  de Lo Mehttps://68premieresfois.wordpress.com/o lors d’une randonnée dans les Pyrénées avec son ami, son poto.

Bien sûr, comme disent les médecins, il est vivant, mais le verdict tombe, dommages irréversibles, débrouillez-vous avec cela. On le ramène chez lui,  se retrouve dans un lit médicalisé qui encombre le salon. LUI, le vivant, le roc, le socle, le chêne, le voici devenu légume, poireau flétri par le gel.

« Un lit au centre du salon, un matelas aux bourrelets tendus d’air, un homme en pyjama au mois d’août, allongé. Est-ce qu’il dort, je l’ignore. Sali veille. »

Sali est là, passe ses journées à ses côtés, assise dans le fauteuil, témoin de tant de bonheur, se refusant toute autre activité, même se laver les cheveux. Elle y vit, y campe.

« Le corps d’une femme disparait dans un volumineux fauteuil aux gros boudins de bras, baptisé Goliath. Le genre confortable et crevé d’avoir trop servi. »

Suite à une phrase d’Olga, l’infirmière à domicile, un jour l’idée germe dans l’esprit de Sali, d’emmener une dernière fois Lo Meo à son « jardin », qu’il s’éteigne sur son tapis de mousse la face vers le paysage qu’il admire tant et où ils aimaient aller.

« Car elle avait un but, un incroyable objectif qui mobilisait toutes ses pensées et des forces : ne pas le laisser crever là, lui qui aimait tant l'impolitesse du vent et les grands espaces »

« L’endroit était si pur que les astres semblaient se pencher sur la Terre et sur ses colonisateurs bornés, l’altitude rendais les étoiles grosses comme des galets, presque palpables. Allongés sur la mousse, une nuit d’été, Sali et Lo Meo s’étaient amusés à les collectionner entre le pouce et l’index réunis en pincette, bras tendus, bouches béantes, émerveillés devant l’espace infini. Puis ils avaient entrelacé leurs dix doigts ».

« Sali voulait juste le porter là-bas, lui offrir ce voyage ».

Ainsi, elle est devenue la Téméraire, celle qui se cachant de tout le monde a porté, au sens littéral du mot, Lo Meo vers leur jardin, son jardin. C’était leur moment, le dernier, l’ultime, à tous les deux. Une fois les yeux de son mari fermés définitivement, elle prévient ses enfants.

Maïa, habite loin de chez ses parents, depuis l’annonce de l’AVC, elle se soûle la nuit et emmène des mecs chez elle, juste pour se sentir vivante et retarder l’apparition de la bête, de la mort. Quant à Gabin, resté proche, il est là, se tient pas trop loin de sa mère, passe tous les jours.

Marie Westphal a mis des mots, des phrases sur mes peurs, sur MA peur, sur mon cauchemar ; voir mon mari partir avant moi, victime légumière d’un AVC.  Avec ses mots, ses phrases, son écriture lumineuse, précise, ses descriptions poétiques sur la nature, elle a trouvé les mots justes, les phrases intenses pour parler de la fin de vie. Nonobstant l’émotion qui m’a submergée, j’ai aimé la façon dont l’auteure s’est emparée du sujet. C’est un premier roman maîtrisé et abouti.

Merci Marie Westphal.

Ce livre fait partie de la sélection des 68 Premières fois et c’est un coup de cœur, même un coup dans l’estomac.

J'aime beaucoup le dessin du bandeau

 

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Sébastien Berlendis - Maures

17 Février 2017, 22:53pm

Publié par zazy

Maures

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection : La Forêt

Août 2016

112 pages

ISBN : 9782234081062

 

4ème de couverture :

« Ces images d’une adolescence au soleil continuent de modeler mes désirs et mon imaginaire. Je me construis dans les souffles chauds, l’horizon bleu, le sel marin. »

Entre ombre et lumière, Maures est une plongée en adolescence dans une pinède au bord de la mer. L’écriture impressionniste de Sébastien Berlendis dit le vertige des sensations, la découverte du corps des filles, et l’inquiétude devant les disparitions à venir.

Sébastien Berlendis vit à Lyon où il enseigne la philosophie. Il a publié Une dernière fois la nuit et L’Autre Pays chez Stock, dans « la forêt ».

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« Lorsque j’avance dans la pinède aujourd’hui clairsemée et fermée par des clôtures de bois, des souvenirs affleurent. Ils viennent de loin ces visages, ces gestes, ces bruits. Au cœur de la pinède, des fantômes habitent mon corps. »

Venu voir une dernière fois son grand-père mourant,  le narrateur  nous amène au pays de sa jeunesse, dans un camping au bord de la mer à La Londe-les-Maures 16

« La douleur de la maladie assombrit mon grand-père. Le traitement assomme le corps, le moral craque, les yeux lâchent, la voix et la mémoire restent en vie. Je redoute que les choses de l’été deviennent pour lui des espaces sans formes i noms. Alors je continue l’histoire, je décris les lieux, il me raconte à nouveau.

Le paysage devient le décor de son film ; la caravane rouillée laisse la place à la vie, la jeunesse, les siestes,  les parties de boule, les virées entre copains, les premiers émois amoureux, les grands-parents.

 

Je regarde l’homme se souvenir du jeune homme qu’il était. Les vacances varoises avec ses grands-parents, les amitiés… ont forgé l’homme qu’il est devenu.

Dédé Faye Aldo Marchetti Marius Paul Saba Maurice Avis monsieur Lahoude, écrire et répéter ces noms d’hommes du Sud, faire apparaître leurs visages. Je suis encore assez jeune, l’ombre ne noircit pas la mémoire.

Comme dans ses deux précédents romans,  Une dernière fois la nuit et L’Autre pays, Sébastien Berlendis, égrènent ses souvenirs sans ordre chronologique, par petits paragraphes, comme des instantanés, des polaroïds un peu fanés mais si vivaces.

« Quand je traverse les Maures, les temps se mélangent. »

L’écriture impressionniste, quasi envoûtante, de Sébastien Berlendis agit une fois de plus. Ce livre a fait ressortir mes souvenirs de vacances au bord de l’Atlantique. La découverte d’un autre monde, l’insouciance, les flirts inoffensifs et chastes (question d’époque).

En ré-ouvrant le livre pour écrire cette chronique, j’ai presque l’impression de sentir du sable rouler sous mes doigts qui tournent les pages.

J’ai eu la chance de le rencontrer, je l’attendais, à la librairie « Le Cyprès » où il venait parler de son livre. Une rencontre éclair, j’avais une réunion et n’ai pu rester l’écouter.

Merci Sébastien Berlendis pour votre gentille dédicace.

Lorsque je parle avec mon grand-père, je continue de croire qu'après une visite je pourrais ajouter des jours et des mois à notre histoire. Puis un matin de mars vient derrière lequel il n'y a plus rien.

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Eric Faye - Nagasaki

20 Janvier 2016, 11:21am

Publié par zazy

Nagasaki

Eric Faye

Août 2010

112 pages

ISBN : 9782234061668

 

4ème de couverture :

Tout commence par des disparitions, des déplacements d'objets. Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. Cet homme ordinaire rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n'a pas d'odeur, sauf celle de l'ordre et de la mesure. Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Car dans ce monde contre lequel l'imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s'est produit. "Comme je l'apprendrais plus tard lorsqu'un inspecteur me rappellerait, les agents avaient trouvé porte close chez moi. Aucune fenêtre ouverte, ce qui les avait étonnés. Après avoir forcé la serrure, ils avaient été plus intrigués encore de ne mettre la main sur personne à l'intérieur. Or tout était bien fermé. Croyant à une farce, ils avaient failli repartir tout de suite. L'auteur de cette plaisanterie l'aurait payé cher, monsieur Shimura, me ferait-il remarquer. Par acquit de conscience, toutefois, ils avaient fouillé chaque pièce. C'est dans la dernière, la chambre aux tatamis".

L’auteur (site de l’éditeur)

Éric Faye est l’auteur, chez Stock, de romans et de récits de voyage, dont Mes trains de nuit (2005), L’homme sans empreintes (2008), Nous aurons toujours Paris (2009) et Somnambule dans Istanbul (2013). Son dernier roman, Nagasaki, a obtenu en 2010 le Grand Prix du roman de l’Académie française.

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Passer 6 heures dans un train, est un espace vide d’attente que j’ai empli avec mes chers bouquins, dont celui-ci.

Une drôle d’histoire que cette invasion pacifique. C’est l’expérience que vit le narrateur. De retour chez lui, après une morne journée de travail, il a l’impression que des choses disparaissent dans le frigo, puis en est certain. Pour en avoir le cœur net, Shimura Kobo, propriétaire de la maison, installe une caméra reliée à son ordinateur. De son bureau, il surveille sa cuisine, jusqu’au moment où il LA voit se préparer un thé ! Intervention de la police qui, fouillant méticuleusement la maison, trouve l’intruse.

Elle, chômeuse, devenue sans logis, a élu domicile chez cet homme qu’elle savait solitaire à horaires fixes.

Pourquoi justement chez lui ? Est-ce le hasard ? Par un courrier elle explique les raisons de son choix.

Ce qui m’a surpris dans ce livre, outre le fait de l’intrusion, c’est la vie presque similaire des deux protagonistes. Leur solitude, leur vie étroite, le silence qui les entoure et qu’ils cultivent.

Un livre court, une écriture agréable ; tous les ingrédients pour passer un très bon moment de lecture.

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Dominique de Saint Pern - Baronne Blixen

5 Novembre 2015, 23:03pm

Publié par zazy

 

Baronne Blixen

Dominique de Saint Pern

Editions Stock

Janvier 2015

432 pages

ISBN : 9782234076365

 

4ème de couverture :

Karen Blixen, roman. La baronne a eu en effet la vie la plus romanesque qui puisse être. On serait tenté de dire : les vies. Chasseresse africaine au Kenya, hôtesse mondaine dans sa demeure maritime de Rungstedlund au Danemark, conteuse au profil acéré d’oiseau de proie, amoureuse et amante, de Denys Finch Hatton à sa dernière passion nordique, Thorkild BjØrnvig, un poète de trente ans son cadet ! Écrivain et démiurge, mondialement célébrée et lue.
Comment chanter sa singularité, sa liberté, son souverain mépris des codes et des convenances ? Dans ce roman vrai, de l’Afrique au Danemark, de New York à Londres, c’est toute une folle époque qui revit ici en couleurs et en cinémascope : Dominique de Saint Pern ressuscite la femme courageuse et la diablesse, mais aussi l’âme de cet âge d’or où l’on savait aimer, écrire et mourir en beauté.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Dominique de Saint Pern est journaliste et collabore à M Le magazine du Monde. Elle est l’auteur de L’Extravagante Dorothy Parker (1994), Les Amants du soleil noir (2005) et Pour l’amour d’un guerrier (2007).

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Un livre foisonnant, très agréable à lire sur la vie de celle qui fut immortalisée par Meryl Streep dans « Out of Africa », la baronne Karen Blixen.

L’écriture est amoureuse de cette femme qui ensorcelait par son charme tout son entourage, voire le vampiriser.

Un roman fort bien documenté, vif et très agréable à lire. Dominique de Saint Pern a un réel talent de conteuse.

 

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Paula Jacques - Au moins il ne pleut pas

5 Novembre 2015, 17:49pm

Publié par zazy

 

Au moins il ne pleut pas

Paula Jacques

Editions Stock

Février 2015

356 pages

ISBN : 9782234075603

 

4ème de couverture :

Hiver, 1959. Nous sommes au port de Haïfa. Deux adolescents, Solly et Lola Sasson, débarquent sous une pluie glacée. Deux orphelins venus d'Égypte, perdus, apeurés, qui ne savent rien du monde sur lequel ils viennent d'atterrir. Solly, le petit frère, c'est de la graine de voyou, séducteur, résolu à se tailler une place au soleil. Lola, son aînée de treize mois, rêveuse et timorée, estime que la vie dans les livres est plus intéressante que la réalité. Où aller ? Où les portera cette nouvelle vie de déracinés ? À Wadi Salib, sur les hauteurs de Haïfa, chez deux femmes étranges, Ruthie la silencieuse et Magda la bavarde, qui vivent comme des sœurs, liées par un pacte de la mémoire : ce sont deux rescapées des camps.

Du moins, c'est ce que le lecteur va croire au début de ce roman foisonnant, humain, émouvant et provocateur à la fois. Les déportées le furent-elles vraiment ? Quel est le prix à payer pour survivre ? Et dans l'Israël des pionniers et de la coexistence difficile entre les communautés sépharade et ashkénaze, comment s'adapter, que choisir et qui être ?

L’auteur (site de l’auteur) :

Née au Caire, française de culture et de passion, Paula Jacques est productrice sur France Inter du magazine culturel Cosmopolitaine depuis 1999. Romancière, elle est l’auteure, entre autres, de Deborah et les anges dissipés (Prix Femina 1991), Gilda Stambouli souffre et se plaint… (2002) et Rachel-Rose et l’officier arabe (2006).

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Nous sommes en 1959, orphelins et rejetés par les oncles et tantes et de l’Egypte, Solly et Lola, deux adolescents, sont mis sur un bateau en partance pour Israël, la Terre Promise. Pour ne pas être séparés, ils acceptent la proposition de Georgie, une petite crapule et débarquent chez Magda, tante de Georgie, et Ruthie. La grande maison du quartier populaire et populeux de Wadi Salib sera le théâtre de leur nouvelle vie.

Pourquoi ces deux femmes que tout semble séparer qui passent leur temps à se quereller vivent sous le même toit ? Question qui taraude Lola. En dehors de ces cours d’hébreux, elle cherche à découvrir ce que cache l’énigmatique et froide Ruthie. Pendant ce temps, Georgie et Solly se livrent à des trafics lucratifs.

A travers les habitants de cette maison, j’ai suivi l’installation, l’acclimatation de Lolla et Solly Sasson. Paula Jacques parle de sujets quasiment pas abordé en littérature : les débuts de l’Etat d’Israël, l’ostracisme qui règne entre les juifs européens et les juifs orientaux qu’ils soient marocains, égyptiens…Lire leur mépris face à ces famille nombreuses en enfants, n’ayant pas du tout la même culture, pas aussi « évolués » qu’eux a été, pour moi, un grand étonnement. Tout comme la façon dont a été réglé le problème de la révolte des humbles par la destruction du quartier populaire de Wadi Salib où ils habitaient. Pas contents ? Hop, on vous éparpille aux quatre coins du pays et on rase le quartier ! C’est que ce qui arrivera aux habitants de la grande maison.

Il est déjà question, au début des années 60, de racisme envers les arabes. Un palestinien s’en prend à Georgie parce qu’il lui avait fourgué une fausse montre qui ne marchait pas. C’est le pauvre homme qui se retrouve les mains menottées et tabassé devant tout le monde. « Un sabra, un natif, le sel de la Terre, avait toujours raison contre un sale Arabe »

« Quand il se laissa emmener, les mains liées dans le dos, la tête rentrée dans les épaules, le nez sanguinolent, sa figure exprimait la grande souffrance de l’homme humilié dans ses droits et sa dignité ».

Etonnant aussi la chape de silence sur les juifs rescapés des camps nazis, presque soupçonnés de vilénies envers ceux qui y sont morts. Pourquoi eux et pas les autres ?

Le procès Eichmann va ouvrir les vannes. Magda, reconnue par une ancienne compagne de misère, sera dénoncée parce que kapo dans les camps. La construction de cette partie du livre est très intéressante. Paula Jacques a écrit les évènements sous forme de procès-verbaux. Magda, en réponse aux questions, raconte sa vérité qui se trouve être la vérité.

A la question « Vous reconnaissez avoir collaboré avec les nazis ? », voici la réponse de Magda : « Non, je ne reconnais pas avoir « collaboré ». C’est une grave erreur d’employer le mot « collaboration », monsieur le juge. On ne collaborait pas avec le Allemands. Les Juifs étaient au monde pour qu’on les tue et, tôt ou tard, nous allions toutes y passer. »

« Oui j’ai bien été nommée blokva du block 9 à Ravensbrück. Non, je ne pouvais pas refuser. Oui, si j’avais refusé, j’aurais signé ma propre condamnation à mort. A ma place, Monsieur le Juge vous auriez refusé ? »

La première partie du livre, mine de rien, à travers la vie des deux adolescents, est une chronique de l’état d’Israël en pleine construction, très pragmatique et froid pour aller jusqu’à séparer une fratrie orpheline à leur arrivée en Israël.

Un livre qui se lit facilement, mais qui ne s’oublie pas facilement. Un bon livre qui parle de faits que l’on tait facilement.

J’ai découvert Paul Jacques, qu’il m’arrive d’écouter sur France Inter le dimanche après-midi, en tant qu’écrivain et j’ai aimé son écriture limpide. Une belle découverte.

 

 

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Sébastien Berlendis - L'autre pays

28 Octobre 2014, 21:02pm

Publié par zazy

 

L’autre pays

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection : La Forêt

Avril 2014

80 pages

ISBN : 9782234075351

 

4ème de couverture :

« A cet instant, je sais que le périple italien ne s'aventurera pas plus au sud, comme si j'avais trouvé un pays à Craco, un pays certes sans ossements, sans tombes qui portent mon nom, sans murs de famille mais un pays tout de même ». Dans ce récit charnel et poignant, Sébastien Berlendis nous invite à un voyage en Italie, à la recherche de traces familiales et amoureuses. Une traversée des lieux en une longue rêverie où affleurent des images, des visages, des paysages comme s'il s'agissait de photographies cadrées avec l'urgence du désir.

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De retour en Italie avec le second livre de Sébastien Berlendis. Bien qu’il n’ait pas la même densité mélodramatique que le précédent, la poésie de son écriture m’a attirée dans son sillage.

L’autre pays, celui du cœur, du berceau de la famille. Je ne connais pas l’Italie et n’ai pas cherché à suivre son trajet sur une carte. J’ai préféré le flou artistique et les photos surgies au fil de ma lecture. Comme dans son précédent livre, les paragraphes sont de véritables instantanés photographiques. Il y a plus de poésie, de tableaux impressionnistes, de sensualité dans ce livre.

Il n’ira pas au-delà de Craco. Il y a trouvé SON pays dans les ruines de ce village dévasté par un tremblement de terre. Il se recréé sa nostalgie de l’Italie de ses ancêtres.

J’ai aimé feuilleter ce livre-album en sépia, en noir et blanc ou en couleurs selon les périodes, les rencontres ; souvenirs d’enfance, récit de voyage, re-découverte de lieux… Les odeurs, les couleurs sont très présentes

La mélancolie sied bien à ce livre et j’ai aimé mettre mes pas dans les roues de Sébastien Berlendis.

Un livre où il fait bon repiocher, de temps à autres, quelques paragraphes-photos.

 

Je vais de places en places pur me perdre dans le Quadrilatère romain dont la vitalité et la jeunesse me surprennent. J’avais le souvenir d’un vieux centre délaissé, de rues noires et inquiétantes.

J’écoute les mots de Federica. Des mots que je comprends à moitié mais qui ne scellent pas les lèvres. Et l’abandon timide à son corps, le silence des toits de Ferrare, la fatigue et le sommeil qui se refuse, la gêne du matin, lorsque la pudeur bâillonne la poitrine.

Dans la chambre, j’essaie de reconstituer le trajet de mes aïeuls.

En fin de jour, une jeune femme brosse ses cheveux noirs, et j’aime l’étrangeté du visage, la légère plissure asiatique des yeux et l’alignement des grains de peau depuis la bouche jusqu’aux seins.

Elle apparaît sans voile et sans frange, les épaules et la nuque découvertes. Sur ses hanches une robe leste et flottante, une de ces robes de vent dont l’échancrure plonge si bas dans le dos que je peux apercevoir deux fossettes qui creusent la rondeur des fesses. Gianna a des airs d’enfance inachevée.

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David Thomas - On ne va pas se raconter d'histoires

22 Octobre 2014, 13:36pm

Publié par zazy

On ne va pas se raconter d’histoires

David Thomas

Editions Stock

Collection : La Bleue

Mai 2014

160 pages

ISBN : 9782234078048

 

 

4ème de couverture :

David Thomas est le maître de l’instantané : ces microfictions sont autant de moments où la vie se fige, tragique ou drôle, au fond qu’importe.
Une femme n’a de plaisir que si on lui lit du Pierre Louÿs pendant l’amour. Deux anciens amants se rencontrent sur le trottoir et n’ont plus rien à se dire.
Un homme vole un rôti comme un acte de folie. Absurde ? Tendre ? Décalé ? Ce livre d’un charme fou ne pourra que séduire celles et ceux qui préfèrent le rire aux larmes.

 

Biographie:

Né à Paris en 1966, David Thomas est l’auteur de La Patience des buffles sous la pluie, qui fut un succès en librairie, puis de deux livres chez Albin Michel

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D’accord David Thomas, on ne va pas se raconter d’histoires. J’ai passé des instants délicieux en vous lisant. Vous m’avez surpris, peiné, fait rire, fait réfléchir… Vos histoires, vos clins d’œil sont des instantanés de vies.

On ne va pas se raconter d’histoires, de temps à autres, elles ne sont pas très chouettes vos tranches de vie, mais bon, c’est ainsi ; il y a toujours un petit caillou dans la chaussure qui dérange, ou un gravillon sous la porte qui vous fait grincer des dents ! Encore et toujours la solitude qui mange nos vies, les petits renoncements, les petites et grandes défaites, les…

On ne va pas se raconter d’histoires, votre écriture et incroyablement efficace. Vous avez l’art de la chute et, croyez-moi, vous ne vous foutez pas en l’air. Certaines saynètes relèvent des brèves de comptoir. En peu de phrases, vous en dites beaucoup sur nos travers, sur la vie… et comme vous l’écrivez : « Peu importe si ce que je viens d’énoncer est vrai ou faux, ce qui compte, c’est que tout cela peut composer un homme. »

« Quelque chose me dit que je suis plus utile contre son dos ». Je confirme, c’est parfaitement vrai.

Ah les rires bien gras avec le mal de tête, version plage 2004, l’histoire de la carte de visite, ou la version mâle de l’angélus. Le fait d’écrire ces mots, j’en rigole encore. Un petit moment d’anthologie ! Au fait, quel livre lit le mec sur la plage avec sa femme ? Le vôtre ? Ce serait si drôle !

J’ai aimé l’hommage que vous rendez à votre mère « Toute ma vie je garderai l’image de cette femme penchée sur la terre pour en faire sortir des plantes et des fleurs ». ou à votre père vous lisant du Rabelais à 4 ans, je voyais la scène. Je replacerai votre exemple expliquant la persévérance, une très jolie image

Le comble de la solitude : prendre une housse couette, la remplir d’oreiller, la mettre dans son lit et se blottir tout contre. Cela m’a achevée et pourtant c’est si vrai. Ou alors, s’acheter son cadeau d’anniversaire, le planquer, descendre sa bouteille de whisky seul puis chercher ledit cadeau ringard si possible.

Je me demande si je ne vais pas rechercher un livre de Pierre Louÿs, histoire de voir si….

Merci Jérôme pour m’avoir fait découvrir cet auteur qui sait manier l’ironie, l’impertinence, la cruauté d’une manière si efficace. Tout ce que j'aime. Mon seul regret, une fois de plus : devoir te rendre ton bouquin !!!

On passe sa vie à tenter de se rencontrer soi-même alors que nous portons nos propres obstacles. On attend ce moment dont on est sûr qu’il viendra un jour, où l’homme que l’on s’est projeté rejoindra celui que l’on est. C’est le travail de toute une vie.

Aujourd’hui j’ai quatre-vingt-un ans et je ne vais plus nulle part, je reste chez moi ; Paris est trop truffé d’adresses, de rues, de places, de quartiers qui me rappellent tout ce qui est fini.

Je baissais la tête parce que nos vies étaient ridicules, ne menaient nulle part et qu’il était temps de payer son dernier verre.

Peut-être avez-vous compris qu’il fallait me foutre la paix. Cette paix dont on profite si rarement et que l’on respire les narines dilatées pour s’en imbiber jusqu’au moindre vaisseau. Cette paix que l’on accorde à un chien qui n’a pas envie de se faire caresser.

J'ai parfois la sensation de m'accrocher de plus en plus aux aspérités de la vie. Ce qui me paraissait comme insignifiant il y a trente ans me semble aujourd'hui lourd, laborieux.

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Sébastien Berlendis - Une dernière fois la nuit

14 Octobre 2014, 22:23pm

Publié par zazy

Une dernière fois la nuit

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection la Forêt

Février 2013

80 pages

ISBN : 9782234075351

 

4ème de couverture :

"Adolescent, j'attends les heures d'été. Que mon corps s'ouvre, se dilate, respire et se brûle".
C'est la dernière nuit d'un homme, arrivé d'Italie après un long chemin. Ses poumons suffoquent. Il se souvient.
De l'enfance et des premières crises d'asthme, du lac de Côme, de la mer de Trieste, du premier corps aimé...
L'écriture de Sébastien Berlendis, mélancolique, sensuelle et envoûtante, agit comme un rêve éveillé dont on ne voudrait plus sortir.

L’auteur :

Sébastien Berlendis vit à Lyon où il enseigne la philosophie. Son premier récit Une dernière fois la nuit a été publié en mars 2013 chez Stock dans La Forêt.

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La construction du livre, des paragraphes me font penser au livre de Pascal Quignard « La barque silencieuse », mais là s’achève la ressemblance puisque, pour le narrateur, ce sont des souvenirs qui ressurgissent, qu’il expectore comme les glaires qui encombrent ses poumons.

« Recroquevillé sous les draps de lit, à l’abri des brumes et du froid de juillet, ma mémoire s’effiloche. » Allongé dans une chambre au dix, chemin de la Résistance, l’homme se souvient. De retour d’Italie, il passe ses dernières nuits dans cette maison dévastée du plateau d’Assy. Cette adresse martelée, répétée comme si l’homme avait peur d’oublier ou avait besoin de concret à quoi se raccrocher.

Une lecture faite d’allers et retours dans ses souvenirs sans tenir compte d’une quelconque chronologie. Les premières crises d’asthme, son enfance de Bracca, ses parents, son premier amour…

Les souvenirs sont fragmentés, l’écriture, tendue, suit les difficultés de respiration du narrateur. Lire ce livre c’est s’essouffler, reprendre son souffle, manquer d’air, reprendre sa respiration. C’est passer de l’ombre au soleil, de la mélancolie au bonheur, même furtif. C’est suivre et subir la dévastation de l’homme et de la maison.

Il y a une sorte de contradiction. Il s’agit du premier livre de Sébastien Berlendis et il ne parle que de dernières fois, derniers souvenirs, dernier souffle. Ce livre parle du corps, des différents états de la toux. Cela pourrait être trivial, voire chiant, mais non, il s’en dégage une poésie, même, par certains souvenirs une certaine sensualité. Chaque chapitre est un instantané, une photographie un peu jaunie de son passe. Norma, Sébastien Berlendis est également photographe.

J’avais arrêté une première fois cette lecture car je n’étais pas prête à recevoir ce texte exigeant dans la déconstruction du temps. Je l’ai perdu, bien caché dans le vide-poche de ma voiture, pour mieux le retrouver et là, ce furent de belles retrouvailles. L’émotion peut vous prendre à la gorge (sans jeu de mots).

Merci Catherine de m’avoir permis de lire ce très bon livre et d’avoir patienté si longtemps.

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C’est une dernière fois l’été au dix, chemin de la Résistance sur le plateau d’Assy. L’ancien sanatorium de Martel de Janville est en voie de destruction. Une fois les décombres enfouis et le sol aplani, il sera remplacé par un hôtel de luxe.

Le dix, chemin de la Résistance rappelle la maison natale de Bracca, ce minuscule village lombard qui domine, à vingt-cinq kilomètres de Bergame, les thermes de San Pellegrino.

Les vapeurs des bains de San Pellegrino Terme. J’ai sept ans. Ce sont des heures lentes d’oubli et de rêveries. L’oubli sans blessure du visage de mon père dans les bois de Bracca.

Et ma respiration se bloque et mon corps disparaît et la me s’accumule au-dessus, cette mer familière qui immunise. J’apprends à régler mon souffle dans le sillage de mon oncle et la mer lave les fatigues de la nuit.

Cracher. Cracher la toux qui blesse le thorax et qui pétrifie l’élasticité des alvéoles, c’est le médecin qui parle.

Lorsque je rêve, je ne redoute pas les fièvres nocturnes et les crises qui me laissent au bord du lit.

Mon enfance repose là. Le corps de Simona est le corps de la première femme.

Est-ce que quelqu’un veillera sur moi, même mort, des journées entières, sans couvrir mon visage ?

Un matin de brumes et de juillet, mon corps au ralenti ne se lève plus. Il reste dans la nuit.

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