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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #editions plon

Sigolène Vinson - Courir après les ombres

7 Février 2017, 16:08pm

Publié par zazy

Courir après les ombres

Sigolène Vinson

Editions Plon

Août 2015

208 pages

ISBN : 9782259229579

4ème de couverture :

Du détroit de Bab-el-Mandeb au golfe d'Aden, Paul Deville négocie les ressources africaines pour le compte d'une multinationale chinoise. De port en port, les ravages de la mondialisation lui sautent au visage et au cœur la beauté du monde dont il ne peut empêcher la destruction.
Les merveilles qui ne s'achètent pas ne risquent-elles pas de disparaître dans un système ou toute valeur se chiffre ?
Paul se met alors à chasser un autre trésor : les « écrits jamais écrits » d'Arthur Rimbaud – il veut le croire, le marchand d'armes n'a pas tué le poète. Inlassablement, il cherche.
Trouvera-t-il plus que le soleil aveuglant, la culpabilité d'être et la fièvre ?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Sigolène Vinson, ancienne avocate, est chroniqueuse (Charlie Hebdo, Causette) et romancière. Elle a grandi à Djibouti.

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Paul Delville, dont le père, brillant professeur d’économie, sombre peu à peu dans la folie, a tout quitté pour travailler pour les chinois. Il négocie l’implantation de bases navales pour sécuriser le trafic maritime chinois.

« Paul travaille pour une compagnie chinoise, la Shangai Petroleum, Chemical and Mineral Corporation, et participe à l’élaboration du collier de perles. Un collier qui n’est pas un bijou. Encore moins une ode ou un poème. Ce sont les Américains qui ont donné ce nom à la tactique impérialiste : chaque nouvelle base navale arrachée par la République populaire est une perle à ajouter au collier.

C’est la version et la mission officielle de celui dont la conclusion de la thèse est « La valeur du travail est à la mesure générale des valeurs ».

Paul est un trader cynique qui promène  son utopie de foutre en l’air l’économie mondiale par son action avec la Chine.

« Les puissances occidentales n’ont plus les moyens de répondre ni à vos prix ni à vos exigences. La Chine, si. »

« Au Mali, par son intermédiaire, la Chine est devenue propriétaire d’une mine de phosphate, troquée contre la réalisation d’une ligne ferroviaire entre les localités de Taoudenni et Tassalit ? Il n’est pas dit que le minerai extrait de la terre malienne ne participe pas à l’élaboration du polonium chinois. »

Il est présentement à Djibouti pour sonder le lac Assal et sa possible richesse en lithium. Mais, il a une autre quête, son obsession de Rimbaud et trouver les derniers écrits jamais publier de l’auteur.

« Il est libre de se livrer à des discours mercantiles et guerriers et passer le plus clair de son temps à vivre en poète, à courir après l’ombre de l’homme de talent, à guetter les livres jamais écrits. »

La Chine à même l’outrecuidance d’enfouir ses déchets nucléaires dans l’Océan, sans aucun état d’âme et fait mourir à petits feux les Somaliens. Est-ce la goutte d’eau qui réveille Paul, Paul qui se cogne aux parois de verre, se cogne à la vie ?

« Pour les jeter à l’eau à l’approche des côtes somaliennes, c’est le nouveau programme nucléaire chinois, emprunté à celui de l’Italie. »

Le livre est bâti autour de contradictions. Paul, son commerce cynique pour la Chine et sa quête donquichottesque des écrits non publiés de Rimbaud. Paul qui choisit d’être apatride et le neveu d’Harg qui fuit la misère de son pays. L’hypocrisie, pardon, le pragmatisme, des Chinois qui paient des cacahuètes l’installation de leur collier de perles face à la misère de ce peuple. La française qui a des envies de mort et Mariam qui pêche, face aux cargos-usines, pour survivre.

« Elle remarque enfin les yeux de la française, la cicatrice dedans. Pas le reflet d’une vie de misère… quelque chose de plus sordide, à la limite de l’obscénité dans un monde qui crève la dalle : la douleur d’être. Mariam trouve ça franchement immonde. » La française a le mal de vivre, alors que Mariam à du mal à survivre.

J’ai aimé la fierté de Mariam et de Harg, leur amour pour Djibouti, l’amour de la Corne de l’Afrique que Sigolène porte en elle.

Si le caillou est une envolée poétique, Courir après les ombres, même si il y a la quête des derniers poèmes de Rimbaud a les pieds dans la boue de la mondialisation. Cette balade a des airs de ballades mélancoliques sur fond de misère, de désespoir, de mort au nom d'une prospérité à laquelle ils n'ont pas accès.

 

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Hélène Risser - La plus folle de nous deux

30 Janvier 2017, 15:08pm

Publié par zazy

La plus folle de nous deux

Hélène Risser

Editions Plon

Janvier 2017

256 pages

ISBN : 9782259251358

 

4ème de couverture :

Fascinée par la responsable politique Noémie Leblond, une journaliste décide de mener l'enquête. Un subtil double portrait de femmes tout en échos qui interroge la place des femmes dans la société.

Rien ne semble pouvoir arrêter l'ascension politique de Noémie Leblond.
Femme dans un monde d'hommes, elle domine toutes les situations – ambition, séduction, pouvoir, maternité. En pleine course pour la présidentielle, une journaliste se met à enquêter sur cet intrigant animal politique.
Envahie peu à peu par une fascination qui dépasse largement les jeux et enjeux de pouvoir, elle est conduite à explorer ses propres fragilités, jusqu'à l'enfance. Jusqu'ou ira-t-elle pour mener à bien cette expérience ?
Un double portrait de femmes tout en subtils échos.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Journaliste sur LCP-Public Sénat, Hélène Risser est l'auteure de deux romans, Une enquête amoureuse (Lattès, 2009) et Les amants spéculatifs (Lattès, 2014) et de plusieurs essais sur la politique et les médias.

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Une journaliste quadra, décide d’écrire un livre sur Noémie Leblond, étoile presque montée au firmament de la politique, candidate  aux élections présidentielles.

« J’ai relevé la tête pour la dévisager et, lorsque nos regards se sont enfin croisés, j’ai ressenti l’envie d’en savoir plus sur elle. »

« Les politiques sont haïs, mais Noémie Leblond dégage, en ce moment, quelque chose qui la place du côté du public et contre la politique. C’est sa chance »

Noémie Leroy semble parfaite, une belle image de papier glacé, qui me fait penser à NKM. Elle invite les media à son domicile pour une opération mère parfaite faisant faire ses devoirs scolaires à  ses enfants, mais…

« Ça ne vous gêne pas que Mathieu fasse ses devoirs à sa place ? Je lui demande soudain, comme si dans cette histoire c’était ça l’important….
-Pas du tout ! Ça l’aidera à se faire bien voir du prof, ce qui lui laisse une chance de progresser ensuite…
Cette remarque me cloue le bec. Je saisis le raisonnement, mais je n’en reviens pas qu’elle s’inquiète aussi peu des connaissances de sa fille. Je n’en reviens pas non plus qu’elle ose demande à Mathieu, et accessoirement à moi, de jouer les gardes d’enfant comme si c’était un dû. »

Notre écrivain en devenir a une liaison avec Mathieu, jeune conseiller de la femme politique  qui ne peut s’empêcher de tout planifier, même sa vie privée, dans des tableaux Excel. Il va jusqu’à la classer dans les « Milf » (Mother I’d Like to Fuck) et le lui annoncer tout à trac. Charmant !

Notre journaliste, a passé son enfance entre ses parents psychiatres et son frère, s’amusant dans le parc de l’hôpital parmi les malades ; une nounou, recrutée parmi les malades s’occupait d’eux. De ce fait, elle et son frère ont un rapport autre envers la folie.

- « A quoi reconnait-on un fou ?
- A son comportement anormal
- Et à quoi reconnait-on un comportement anormal ?
- Il nous met mal à l’aise…
- Le fou est donc celui qui nous met mal à l’aise. »

La narratrice observe, dissèque l’attitude de N.L. sous un angle psychiatrique. A suivre  l’impétrante dans sa campagne électorale, elle trouve la faille, le petit caillou dans la vie de Noémie ; un sac d’une très grande valeur que Mathieu escamote rapidement et dont il ne veut parler. Elle trouve aussi sa fragilité.

« Contrairement à ce que pourraient laisser penser mes diplômes et mon parcours sans faute, je ne suis pas LA bonne élève de la classe politique… Mes parents ont passé mon enfance à me dire que je n’étais pas assez brillante. »

Son enquête sur l’animal politique et ses relations au père, lui font opérer  une virée spéléologique dans ses propres abîmes et les relations compliquées avec son propre père.

« Mon père avait soigné de nombreux politiques, et je me souvenais du chose que j’avais eu, enfant, en découvrant l’un d’eux, connu par la télé, avachi telle une loque sur un siège de la salle d’attente. C’était donc ça le revers de la morgue et de l’ambition. »

« Si Noémie Leblond s’est ainsi dévêtue comme une vulgaire pin-up, c’est qu’elle est une guerrière, une combattante hors pair qui, dans la situation de faiblesse où elle se trouve, a eu cette idée géniale d’effrayer ses ennemis –il parle bien d’ennemis- en montrant par ce plongeon qu’elle ne reculera devant rien et sera capable de tout, même de l’inenvisageable. Maintenant elle leur fait peur. »
« Les journalistes se sont tus, car au fond ils ont peur de la faire passer pour folle. Ceux qui se déshabillent quand ils ne vont pas bien sont les fous m’a-t-il dit, comme je le sais très bien ».

A la fin, elle n’écrit pas le livre, mais publie, dans Mediapart, un article qui signe l’arrêt de la course à la présidence de la république de Noémie Lenoir. L’histoire ne le dit pas, mais, en bon sphinx politique renaîtra de ses cendres,  Quoique l’on pardonne beaucoup moins les écarts sexuels à une femme qu’à un homme.

Hélène Risser est journaliste, cela se sent dans sa plume, l’écriture est sèche, journalistique, ne prend pas parti et cela me convient parfaitement. La politique, elle baigne dedans de par son métier et ce qu’elle écrit,  sur les relations entre le monde politique et les journalistes, même si cela semble des poncifs est réaliste.

Ce livre suscite des réactions, des réflexions. La frontière entre les deux mondes est très poreuse. Hélène Risser parle également des fêlures, de guerre entre les prétendants à la fonction suprême,  du manque d’empathie profonde pour les gens, juste la superficialité des relations. Seul le résultat compte.

Comme dans son précédent roman Les amants spéculatifs, l’auteur prend le postulat de départ d’une enquête et d’entretiens en vue de l’écriture d’un bouquin pour parler des femmes occupant un poste traditionnellement dévolu à un homme, de femmes de pouvoir.  

Avec ce livre Hélène Risser, est à la pointe de l’actualité (Il n'y a qu'à écouter les informations)

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Jean-Pierre de Lucovich - Occupe-toi d'Arletty

30 Juin 2016, 19:34pm

Publié par zazy

Occupe-toi d’Arletty

Jean-Pierre de Lucovich

Editions Plon

Avril 2011

256 pages
ISBN 9782259214223

4ème de couverture :

1942. Qui envoie des petits cercueils et des lettres de menaces à Arletty? La résistance? La vedette d'hôtel du Nord vit une histoire d'amour avec un officier allemand, et ne s'en cache pas. Est-ce lui qui est visé?

Appelé à son secours, Jérôme Dracéna, un ancien flic de la Crim devenu détective privé, va enquêter dans le Paris de l'Occupation et découvrir que les auteurs des menaces ne sont pas ceux qu'il croyait.

Des boîtes de Pigalle au Fouquet's en passant par le fameux One Two Two et les cocktails du "gratin" de la collaboration, Jérôme fait des rencontres à haut risque : Henri Lafont, le chef de la Gestapo française de la rue Lauriston à l'amitié encombrante, la belle comtesse Tchernycheff, une aventurière vénéneuse, Lionel de Wiet, faux marquis et vrai trafiquant de haut vol...

Armé de son charme insolent et de son goût pour la boxe française, Jérôme Dracéna parviendra-t-il à neutraliser le tueur qui menace Arletty et son officier allemand? Atmosphère, atmosphère...

L’auteur (site de l’éditeur)

Ancien journaliste à Paris Match Jean-Pierre de Lucovich vit aujourd'hui en Normandie.

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La quatrième de couverture résume très bien ce polar, alors je n’en rajouterai pas plus. Un polar tout-à-fait classique avec le privé beau gosse, amateur de jolies femmes.

L’intérêt de ce livre est la plongée dans le Paris de l’occupation, dans des lieux où cartes de rationnement, où le champagne coule à flot et la nourriture de première qualité.

Allez, j’ose, Jean-Pierre de Lucovich a su faire vivre l’atmosphère (atmosphère, atmosphère ! est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère) de Paris sous l’occupation. Un Paris allemand, où la pègre ne souffre pas de la disette. L’auteur a également réussi à rendre la gouaille d’Arletty.

Jean-Pierre de Lucovich s’est beaucoup documenté sans que cela soit roboratif dans son écriture. Un livre léger, désinvolte, qui ne se prend pas au sérieux. L’impression en fin de lecture, d’avoir visionné un film en noir et blanc.

Ce livre d’atmosphère m’a procuré un bon moment de lecture

 

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Karine Silla - Monsieur est mort

25 Mai 2015, 17:07pm

Publié par zazy

Monsieur est mort

Karine Silla

Editions Plon

Août 2014

228 pages

ISBN 9782259227469

 

4ème de couverture :

A la mort de son père, Vincent quitte l'Inde où il vit depuis quinze ans pour revenir à Paris. Telle une bombe à retardement, cette disparition fait resurgir du passé des traumatismes enfouis. Ce retour sera-t-il le déclencheur pour que se brisent enfin les tabous, que soient dévoilés les secrets et les non-dits familiaux ? Un roman sur la culpabilité, le pardon et le pouvoir de destruction du silence.

L’auteur :

Karine Silla est née le 6 juillet 1965 à Dakar (Sénégal). Dramaturge, réalisatrice et scénariste. (Le Temps qui passe a été jouée aux Mathurins.) Monsieur est mort est son premier roman.

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Vincent a fui Paris et, surtout, sa famille pour L’inde. La mort de son géniteur l’oblige à revenir en France. C’est ce voyage de retour que Karine Silla nous raconte.

Oui, Monsieur est mort. Je subodore quelques lourds secrets de famille. Je comprends sa peur, ses angoisses. L’écriture se fait lente, lourde. La solitude est pesante tout comme le passé qui remonte à la surface.

Le voici devant le porche de la maison bourgeoise. Impossible d’entrer. Impossible d’ouvrir cette satanée porte comme s’il avait peur d’ouvrir les portes de sa mémoire. Par petites touches, j’apprends à connaître cette famille de grands bourgeois. Le père se fait appeler « Monsieur » par ses enfants « Cela ne me dérangeait pas, je trouvais même cela assez représentatif de nos rapports. ». Oisif, il n’a jamais travaillé, il collectionne les œuvres d’art et autres déviances que je ne dévoilerai pas. Il ne veut pas que ses propres enfants travaillent. « Mon père nous l’avait dit clairement, il tolérait que nous allions à l’école pour nous cultiver, mais il ne voulait pas que ses fils travaillent. » La mère, étrange beauté froide, ne supporte pas que ses propres enfants l’approchent, déguise ses enfants en fille et joue Bach. « J’ai espéré longtemps qu’elle me prenne dans ses bras, contre sa poitrine… A présent, je n’aurais supporté qu’elle me touche. ». Il y a le frère aîné, Gabriel que Vincent aime tant. Ce garçon a supporté en silence les vilénies (le mot est faible) de son père, protégé ses frères, mais n’a pu supporter la découverte de Vincent. Oui, une famille « bien-sous-tout-rapport » que le père a détruite corps et âmes, dont il ne reste que des « zombies » essayant de survivre.

Ce livre, très scénarisé n’a rien de plombant. Karine Silla oppose la richesse de la famille à la misère affective. Les mots sont justes, pas de fioritures inutiles. Comme dans un film, les flash-back entrouvrent les portes de cette famille très bourgeoise et Vincent les ouvrira jusqu’à l’Ultime porte, celle où repose le corps de Monsieur.

Un très bon premier roman qui ne se laisse pas oublier facilement.

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