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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #editions metailie

Hannelore Cayre - La Daronne

8 Août 2017, 21:03pm

Publié par zazy

La daronne

Hannelore Cayre

Editions Métailié

Mars 2017

176 pages

ISBN : 9791022606073

 

 

4ème de couverture :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e dpj.

 

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

 

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

 

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

 

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

 

Et on devient la Daronne

 

L’auteur (site de l’éditeur)

Hannelore Cayre est avocate pénaliste, elle est née en 1963 et vit à Paris. Elle est l’auteur, entre autres, de Commis d’office, Toiles de maître et Comme au cinéma. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, et l’adaptation de Commis d’office est son premier long métrage.

 

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Recette pour être La Daronne

1 -  Avoir des parents pas trop regardants sur l’honnêteté, aimant le businesse international

« Mes fraudeurs de parents  aimaient viscéralement l'argent. » « Il (son père) avait fait fortune en envoyant ses camions vers les pays dits de merde dont le nom se termine par -an comme le Pakistan, l'Ouzbékistan, l'Azerbaïdjan, l'Iran, etc.". Pour postuler à la Mondiale, il fallait sortir de prison. »

2 – Se retrouver veuve avec deux jeunes enfants à nourrir

« Ah, oui, le travail… Personnellement, j’ignorais de quoi il s’agissait avant d’avoir été boutée hors du générique d’Amicalement vôtre par quelque entité malfaisante…

3 – Parler l’arabe

Et puisque je n’avais rien d’autre à offrir au monde qu’une expertise en fraude de tout genre et un doctorat en langue arabe, je suis devenue traductrice-interprète judiciaire. ».

4 –Devenir traductrice interprète judiciaire d'écoutes téléphoniques en arabe, Prêter serment d’apporter son concours à la justice, Bien faire son travail d’interprète et… Interpréter les paroles mais dans le sens des prévenus ou des victimes, selon que vous trouvez le type touchant ou pas

« Quand je trouvais mon type touchant, il m’arrivait dans le flot de paroles d’un juge de lui dire des choses en arabe comme : Dis à ces connards ce qu’ils ont envie d’entendre et qu’on en finisse : que t’as volé pour pouvoir prendre ton billet de retour tellement t’as hâte de partir. »

5 – Erre payée au noir par le ministère de la justice

6 – Se spécialiser dans les écoutes téléphoniques chez soi (très important)

Elle écoute et indique aux flics les prochaines livraisons, les paiements…Ils n’ont plus qu’à !

7 -  Tenter sa chance sur un coup imparable

8 – Ecouler cinq cents kilos de marchandise, mais, attention, pas d’ostentation ! Se déguiser, prendre l’accent ad hoc, partir avec ses sacs Tati, ne pas avoir peur et revendre « les petits poissons », surtout, ne pas ergoter devant les dealers, petits mecs qui parce que vous êtes une gonzesse, une femme auraient envie de vous rabattre votre caquet.

« Les trois me regardaient hallucinés, s’attendant à tout sauf à faire du deal avec leur mère. »

 

La Daronne, c’est Constance Portefeux, une intelligence à toute épreuve. Elle a découvert son surnom lors d’une écoute

« Vas-y, moi je bosse toute l’année avec la daronne chelou, là. Je réfléchis même pas si c’est une keuf ou quoi. Elle est tellement patate que je vais te la faire à 8. »

La Daronne est traductrice et, ici, elle traduit au pied de la lettre le besoin des dealers en les fournissant.

Maître  Cayre, l’auteure, est avocate dans le civil, mais pas dans la finance, non  avocate pénaliste, les doigts dans le cambouis, les pieds dans la fange de la société… Bref, de quoi perdre ses illusions.

Un polar politiquement incorrect, plein d’humour grinçant, d’ironie cinglante, une écriture jubilatoire, vivante, quelque peu provocante. Je pense que Hannelore Cayre a pris grand plaisir à l’écriture de ce livre, allant jusqu’à figurer, déguisée en Daronne, sur la couverture.

J’avais une grande envie de savoir ce que cette Daronne avait dans le ventre… Je ne suis pas déçue, le résultat dépasse mes espérances.

Je comprends pourquoi ce livre a obtenu le prix Le point du polar européen.

J’attends avec impatience le prochain car, Madame Cayre, pardon Maître Cayre, vous n’allez certainement pas vous arrêtez en si bon chemin. Vous avez sous les yeux matière à nous étonner encore.

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Ramon Diaz - Negra Soledad

24 Juin 2017, 14:56pm

Publié par zazy

Negra soledad

Ramón Díaz

Traduction de l’espagnol (Chili)  Bertille Hausberg

Editions Métailié

Mai 2017

352pages

ISBN : 979-10-226-0648-6

 

 4ème de couverture :

Heredia, le détective privé des quartiers populaires de Santiago, vient de se décider à mettre fin à sa solitude de célibataire : il va enfin se marier – à reculons. C’est alors qu’Alfredo, son ami avocat, est retrouvé mort. Depuis peu, il avait été engagé par les habitants d’un village du nord du Chili, aux prises avec une exploitation minière polluante bien décidée à exproprier tout le monde.

Entouré de ses complices de toujours, Simenon, son chat et confident, Anselmo, le kiosquier turfiste, et la commissaire Doris qui aimerait tant trouver une place auprès de lui, Heredia découvre l’ampleur des problèmes environnementaux au Chili, et leurs dénouements souvent tragiques : soif de lucre des entreprises, contamination des sols, indulgence coupable des autorités, spoliation des paysans.

Heredia, c’est l’âme nostalgique d’un Santiago qui n’existe plus, les rêves brisés d’une génération sacrifiée, mais c’est aussi l’histoire chilienne revue et corrigée par un justicier mélancolique et intègre. Et toujours aussi allergique aux ordinateurs…

L’auteur :

Né à Punta Arenas en 1956, Ramon Díaz-Eterovic est l’un des leaders incontestés de la nouvelle génération d’écrivains -nés depuis 1948- qui symbolisent le mouvement artistique le plus attrayant de la scène culturelle du Chili des années 90. Parallèlement à son travail d’écriture, Díaz-Eterovic participe activement à la Société des Ecrivains du Chili, qu’il a présidé de 1991 à 1993.

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Heredia, pour moi, c’est le poète José-Maria de Heredia dont j’apprenais les poésies (récitations à mon époque) à l’école.

Celui-ci est un privé qui vit dans le Santiago populaire. Particularité de ce détective, il écoute du jazz, Mahler, lit, n’a pas de portable, converse avec son chat Simenon qui, bien sûr, lui répond. Comme beaucoup de privés, il aime taquiner la dive bouteille.

Un jour, la femme de son ami avocat lui demande d’enquêter sur la mort de son mari Alfredo Razetti.

Opportunément, le second de l’avocat vient proposer son aide, un peu trop zélé pour moi ce jeune homme !! Mais bon, il peut être une aide pour résoudre l’énigme de la mort d’Alfredo.

Heredia n’oublie de contacter son ami et policier Ruperto Chacón dont la chef est Doris.

Doris, le rayon de soleil dans la grisaille du livre et de la vie d’Heredia. Le projet d’une vie commune se concrétise petit-à-petit.

Mais, retour à l’enquête. Heredia se rend  à Cuenca où une exploitation manière de cuivre pollue le village. C’est sur cela qu’était l’avocat. Arrivée dans un village propret, bien bitumé mais silencieux. Et apeuré. Le consortium a le bras long et arrose bien les plantes de ce village (maire, curé…). Les draps sales de cette affaire ne flottent pas au vent de Cuenca et l’atmosphère est un brin spéciale.

Ne voulant pas divulgâcher la trame je n’en dirai pas plus, si ce n’est que Heredia va payer cher, très cher.

Sachez qu’il y a de l’écologie dans l’air, une exploitation minière, de gros intérêts financiers contrariés et les businessmen  n’aiment pas être contrariés

Ce que j’ai aimé dans ce polar ? Sa nonchalance apparente, l'atmosphère qui se dégage. J’ai aimé suivre Heredia dans les rues de Santiago, dans les coins reculés aussi bien du pays que de son âme.

Bien sûr, vous allez me rétorquer, alors, si c’est lent… Oui, mais, vous aimerez mettre vos pas dans ceux de Heredia.

Je suis conquise par la nonchalance apparente de l'enquêteur, son ironie, sa tristesse désabusée

 

 

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Arnaldur Indridason - Dans l'ombre

23 Février 2017, 15:23pm

Publié par zazy

Dans l’ombre

Arnaldur Indridason

Traduction Eric Boury

Editions Métailié

Février 2017

Nombre de pages : 352

ISBN : 979-10-226-0541-0

4ème de couverture :

Un représentant de commerce est retrouvé dans un petit appartement de Reykjavik, tué d’une balle de Colt et le front marqué d’un “SS” en lettres de sang. Rapidement les soupçons portent sur les soldats étrangers qui grouillent dans la ville en cet été 1941.
Deux jeunes gens sont chargés des investigations : Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle d’Islande, ex-stagiaire à Scotland Yard, et Thorson, l’Islandais né au Canada, désigné comme enquêteur par les militaires parce qu’il est bilingue.
L’afflux des soldats britanniques et américains bouleverse cette île de pêcheurs et d’agriculteurs qui évolue rapidement vers la modernité. Les femmes s’émancipent. Les nazis, malgré la dissolution de leur parti, n’ont pas renoncé à trouver des traces de leurs mythes et de la pureté aryenne dans l’île. Par ailleurs on attend en secret la visite d’un grand homme.
Les multiples rebondissements de l’enquête dressent un tableau passionnant de l’Islande de la “Situation”, cette occupation de jeunes soldats qui sèment le trouble parmi la population féminine. Ils révèlent aussi des enquêteurs tenaces, méprisés par les autorités militaires mais déterminés à ne pas se laisser imposer des coupables attendus.
Dans ce roman prenant et addictif, le lecteur est aussi fasciné par le monde qu’incarnent les personnages que par l’intrigue, imprévisible.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Arnaldur Indridason est né à Reykjavík le 28 janvier 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de films pour le Morgunbladid, puis il se consacre à l’écriture. Il vit avec sa femme et ses trois enfants à Reykjavík.

Il a publié de nombreux romans à partir de 1997. Il est l’un des écrivains de romans noirs les plus connus en Islande et dans les 37 pays où ses livres sont traduits. Il a reçu le prix Clef de verre du Skandinavia Kriminalselskapet à deux reprises : en 2002, pour La Cité des jarres, et en 2003, pour La Femme en vert, le Prix du Polar Européen Le Point en 2008 pour La Voix, le Prix d’honneur du festival les Boréales en 2011 et le prix espagnol RBA du roman noir en 2013.

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Pas d’Erlendur dans ce roman d’Arnaldur Indridason. Les faits se déroulent pendant la seconde guerre mondiale. Les anglais, puis les américains font de cette île une  base arrière. Jeunes filles et jeunes femmes se retrouvent avec insouciance, calcul, amour, dans « la situation » (joli mot pour parler des relations amoureuses avec les occupants).

C’est d’ailleurs ce qui arrive à Véra, l’amie d’Eyvindur, représentant de commerce, qui a déserté le domicile pour un soldat anglais. Ce même Eyvindur est retrouvé mort, tué d’une balle dans la tête, dans l’appartement d’un certain Félix Lunder. Pourquoi cet homme, piètre représentant, fade, effacé, sans consistance a-t-il été tué ? Crime de la jalousie ? Rien n’a été volé. Pourquoi le signe « SS » sur le front ? Fait-il partie des sympathisants du régime nazi ? Erreur sur la personne ?

Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle s’Islande, ex-stagiaire à Scotland Yard, et Thorson, l’Islandais né au Canada, désigné comme enquêteur par les militaires parce qu’il est bilingue

Les deux hommes sont chargés de l’enquête. Quasi sans expériences ils vont devoir louvoyer entre militaires, civils, américains, anglais, islandais. Heureusement, l’entente entre eux est très bonne, pas de coups bas. Leur méconnaissance du métier leur donne la liberté de fouiner sans arrière-pensées, chercher dans les expériences du docteur Rudolf Lunder, sympathisant nazi, remettre l’ouvrage sur le métier autant de fois qu’il le faut.

Avec son art consommé de l’intrigue, Arnaldur Indridason nous conduit, de fausse piste en  suspects-non-suspects, vers la preuve, le suspect, le mort manqué. Une enquête policière lente, méticuleuse, sans téléphone portable ni courrier électronique (ça fait du bien !).

Ce que j’ai aimé, en plus de l’intrigue policière, c’est la description de l’Islande pauvre, rurale occupée par des soldats fier-à-bras, en pays conquis qui n’ont que mépris pour les islandais, sauf pour leurs femmes et leurs filles, même mineures. Les islandaises rêvent de se faire épouser par ces soldats, quitter leur île et aller vivre en Angleterre ou aux USA.

« Elle a dit que c’est nettement mieux d’en dégoter un comme ça plutôt qu’un Islandais. Elle était sacrément contente quand elle les a vus arriver… je veux sire, les soldats… et elle passait son temps à sortir avec ses copines. Elles s’amusaient tout le temps »

« Des bouteilles d’alcool et des cigarettes encombraient les tables. L’une des gamines (quinze ans environ), toute débraillée, était assise sur les genoux d’un matelot. L’autre était allongée sur une couchette, les jambes nues sous sa robe légère, et fumaient une cigarette. Deux des hommes étaient torse nu, le troisième portait un maillot de corps. Le plus âgé devait avoir environ cinquante ans. »

En lisant ce polar, j’ai repensé au livre de Svava Jakobsdottir « un locataire » qui se situe juste après la guerre, l’Islande est encore occupée par les américains.

J’attends avec impatience la parution, en octobre prochain, du second tome de cette trilogie et ainsi, passer une nouvelle nuit blanche. Pour patienter,  je pense que j’irai retrouver ce cher Erlendur, histoire de respirer l’air frais d’Islande.

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Rosa Montero - La chair

31 Janvier 2017, 23:02pm

Publié par zazy

La chair

Rosa Montero

Editions Métailié

Traduction Myriam Chirousse

Janvier 2017

196 pages

ISBN : 979-10-226-0540-3

 

4ème de couverture :

Pas facile d’accepter son âge quand on a soixante ans, qu’on vit seule et que votre amant vous quitte pour faire un enfant avec sa jeune épouse. Soledad engage donc un gigolo de trente ans pour l’accompagner à l’opéra et rendre jaloux le futur père. Mais à la sortie, un événement inattendu et violent bouleverse la situation et marque le début d’une relation trouble, volcanique et peut-être dangereuse.
Soledad se rebelle contre le destin avec rage et désespoir, avec humour aussi, et le récit de son aventure se mêle aux histoires des écrivains maudits de l’exposition qu’elle prépare pour la Bibliothèque nationale.

La Chair est un roman audacieux et plein de surprises, l’un des plus subtils et personnels de l’auteur. Son intrigue touchante nous parle du passage du temps, de la peur de la mort, de l’échec et de l’espoir, du besoin d’aimer et de l’heureuse tyrannie du sexe, de la vie comme un épisode fugace au cours duquel il faut dévorer ou être dévoré. Le tout dans un style allègrement lucide, cruel et d’une ironie vivifiante.

Une grande romancière décortique avec acuité et humour les sentiments d’une séductrice impénitente aux prises avec les ravages du temps.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Après des études de journalisme et de psychologie, elle entre au journal El País où elle est aujourd’hui chroniqueuse. Best-seller dans le monde hispanique, elle est l’auteur de nombreux romans, essais et biographies traduits dans de nombreuses langues, parmi lesquels La Fille du cannibale (prix Primavera), Le Roi transparent et L’Idée ridicule de ne plus jamais te revoir.

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Soledad atteint les rives de la soixantaine, chose difficile à accepter pour elle qui est une femme active aimant et ne vivant que pour son travail.

Côté vie professionnelle, elle met en place une exposition sur les écrivains maudits. Les fils de ces auteurs s’entrelacent avec la vie de Soledad.

Côté vie privée, elle avait un amant, plus jeune qu’elle, qui l’a larguée parce que sa femme attend un heureux évènement, ce à quoi Soledad s’est toujours refusé. Elle achète les services d’un escort pour aller à l’opéra et rendre son ancien amant jaloux.

Soledad aime l’amour charnel pour la jouissance que cela lui procure et, surtout, la jouissance de se sentir vivante dans le désir de l’autre. Elle aime les hommes jeunes ne pouvant voir dans le partenaire, la flétrissure de l’âge qu’elle se refuse tout en les scrutant sur elle dans son miroir

La chair est un roman sur l’amour charnel, la peur du vieillissement, de ne plus être au cœur de la vie, de la solitude, du travail, de la mort -Soledad est hypocondriaque- et, surtout, la peur du vide, du néant qui ramènent au passé. Mais Soledad, sera toujours Soledad, paradoxale à la fois mûre, égocentrique, passionnée, triste, incontrôlable. C’est là son plus grand charme.

Je n’en dirai pas plus à la demande express de l’auteur.  J’ai moins apprécié le côté mystère qui ne m’a pas convaincue.

L’écriture de Rosa Montero , traduit par Myriam Chirousse, est tour-à-tour ensorceleuse, espiègle, tragique, lorsqu’elle parle de Soledad.

Je viens de redécouvrir un auteur qui ne m’avait pas emballée avec « Le roi transparent ». Je pense que je remonterai avec plaisir le cours de son œuvre.

 

 

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Olivier Truc - Le dernier lapon

19 Janvier 2017, 14:41pm

Publié par zazy

Le dernier lapon

Olivier Truc

Editions Métailié

Septembre 2012

456 pages

ISBN : 978-2-86424-883-5

 

4ème de couverture :

Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor.
Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami. La mort d'un éleveur de rennes n'arrange rien à l'affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante. Mais à Kautokeino, on n'aime guère les vagues. Ils sont renvoyés à leurs patrouilles en motoneige à travers la toundra, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes.
Les mystères du 72e tambour vont les rattraper. Pourquoi en
1939 l'un des guides sami a-t-il confié à l'expédition française ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks traditionnels que chante le vieil oncle de Klemet ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et qui a l'air de si bien connaître la géologie de la région ? À qui s'adressent les prières de la pieuse Berit ? Que cache la beauté sauvage d'AsIak, qui vit en marge du monde moderne avec sa femme à moitié folle ?
Dans un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l'hypermodernité et de la tradition d'un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Olivier TRUC est né à Dax. Journaliste, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde. Spécialiste des pays nordiques et baltes, il est aussi documentariste. Il est l’auteur de L’Imposteur, du Dernier Lapon, pour lequel il a reçu entre autres le prix des lecteurs Quais du Polar et le prix Mystère de la critique, et du Détroit du Loup.

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Le livre commence par une poursuite mortelle. Nous sommes en 1693, en Laponie centrale. AsIak a juste le temps de cacher quelque chose de très précieux avant d’être rattrapé par les hommes du pasteur luthérien. Condamné à périr sur le bûcher -il ne veut pas abjurer sa croyance ancestrale- il aperçut la silhouette du jeune lapon qui paraissait tétanisée. Les flammes commençaient à le lécher. AsIak a le courage d’entonner un chant de gorge lapon que le jeune lapon comprit. « Il savait ce qu’il devait faire. Et ce que, après lui, son fils devrait faire. Et le fils de son fils. »

De nos jours, le 10 janvier. Les habitants de Kautokeino attendent, pour le lendemain, le retour du soleil « Demain, entre 11h14 et 11h41, Klemet allait redevenir un homme, avec une ombre. » Oui, la nuit polaire allait s’effacer à grand pas.

Pour Nina, la jeune collègue de Klemet, ce serait sa première fois. Ces deux-là font partie de la brigade des rennes. Ils patrouillent dans l’immensité blanche pour régler les conflits entre éleveurs, les vols de bétail… et sont la risée de la police locale, surtout Brattsen plutôt à l’extrême de la droite, ne supportant pas Klemet, le seul lapon d’origine de la brigade.

Un tambour de chaman ancestral est volé pendant la nuit, suivi par le meurtre d’un lapon solitaire et ivrogne. Les deux affaires sont-elles liées ? cCest ce que pensent Nina et Klemet qui enquêtent malgré les entraves.

Olivier Truc profite de cette recherche du criminel pour parler de la Laponie, convoitée pour la richesse de son sous-sol. L’affrontement entre les Samis qui voudraient une reconnaissance, voire une autonomie de la Laponie hors les territoires et l’extrême droite qui les considèrent comme une sous race est quelque chose que je découvre, comme Nina, originaire du sud, du pays des fjords.

L’âpreté du prête fondamentaliste qui a peur que la religion originelle des lapons ne vienne saper son œuvre, le jusqu’auboutisme de certains samis qui craignent de voir leur civilisation disparaître, la survie des éleveurs de rennes dans un milieu hostile, la montée de l’extrême droite raciste, la beauté pure et dure des paysages recouverts de neige, la nuit polaire… Olivier Truc mène si bien sa barque, pardon son motoneige que je n’ai pas lâché le livre avant que la dernière page ne soit tournée.  Ce fut une nuit blanche pour un livre parlant d’aurores boréales, du jour qui augmente jusqu’à la nuit blanche. La boucle blanche est bouclée et Aslak, le dernier lapon  « traditionel » disparait dans la tempête blanche.

Dire que ce livre dormait sur une étagère depuis sa sortie. La lecture commune avec les blogueurs de Babelio a été l’occasion de réveiller Klemet et Nina.

 

 

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La Kube

15 Novembre 2016, 17:58pm

Publié par zazy

Les Editions Métailié m'envoie ceci :

"Novembre s'est bien installé, et avec lui le froid et la grisaille… Noël est encore loin alors pour éviter le coup de blues automnal, lisez, lisez et lisez encore !

Connaissez-vous la "Kube"? C'est une formidable initiative qui permet à tous les lecteurs de recevoir une box littéraire contenant un livre sur-mesure, spécialement choisi par un libraire indépendant en fonction de leurs envies !

Aujourd'hui, nous sommes très heureux de pouvoir vous faire gagner avec Kube une Bibliothèque Mystère composée de 12 livres sélectionnés pour l'occasion par leurs libraires partenaires et d'un exemplaire de la revue PAGE des libraires.

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Valter Hugo Mãe - Le fils de mille homme

6 Septembre 2016, 20:40pm

Publié par zazy

 

Le fils de mille hommes

Valter Hugo Mãe

Traduction Danielle Schramm

Editions Métailié

Septembre 2016

192 pages

ISBN : 9791022605113

 

4ème de couverture :

Crisóstomo, un pêcheur solitaire, décide à quarante ans de prendre son destin en main. Il se construit une famille, puisque l’amour est avant tout la volonté d’aimer. Il choisit un fils en apprivoisant le petit orphelin abandonné par le village, puis une femme au passé tourmenté les rejoint, et autour de ce noyau se forme une famille peu commune de laissés-pour-compte et d’éclopés. Dans cette communauté d’êtres bizarres, tout droit sortis des fables, ce bricolage affectif se révèle inventif et profitable, et chacun finit par s’inventer une famille, même dans les cas les plus désespérés.
Ce texte sensible et humain au style ciselé est un éloge de tous ceux qui résistent aux injonctions de l’évidence et fait comprendre comment finalement le rêve change la vie.

« Une démonstration des possibilités infinies de l’âme et de l’imagination humaines. »
Alberto Manguel

L’auteur (site de l’éditeur)

Valter Hugo MÃE est né en Angola en 1971 et vit actuellement au Portugal. Il est diplômé en droit et en littérature contemporaine portugaise. Poète, musicien et performer, il écrit également des critiques artistiques et littéraires pour plusieurs magazines portugais. En 2007, Valter Hugo Mãe reçu le Prix Saramago pour son premier roman et en 2012, le prix Portugal Telecom pour son dernier roman.

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Crisóstomo, célibataire, quarante ans n’en peut plus de sa solitude, de ne pouvoir transmettre ses valeurs à un fils. « A l’intérieur de l’homme l’homme tombait ». Le pantin qu’il a acheté est un ersatz dérisoire pour lui. Il veut un enfant, mais faire un enfant tout seul lorsque l’on est un homme est mission impossible. Alors, il en parle « Il décida qu’il sortirait dans la rue pour dire à tous qu’il était un père à la recherche d’en enfant. Il voulait savoir si quelqu’un connaissait un enfant seul. ». Un jour, le destin met en face de lui un garçon qui vient de perdre sa seule famille, son grand-père. Il accepte le cœur de Crisóstomo « Crisóstomo, et Camilo, qui, soudainement, étaient comme seuls au monde, parce qu’à eux deux ils étaient toute la compagnie nécessaire. La vraie. ». Arrive une femme qui sera SA femme, l’être qu’il attend, qu’il aime déjà, une femme qui les aime tous les deux, une femme qui ne se contente plus « de profiter d’un instant d’amour possible. L’amour des malheureux. »

Ce livre parle de l’amour désintéressé, de la filiation utérine, des familles recomposées que l’on se choisit, pas celles que l’on subit et la famille que l'on se compose, qui s'agrandit comme les ronds dans l'eau. Un grand hymne à l’amour humain, au bonheur « Celui qui n’a pas peur de souffrir a plus de chance d’être heureux. ». La famille, la vraie, celle des liens du sang n’est pas toujours à la hauteur des espérances des uns et des autres, mais, englobée dans la famille choisie, donne sa part de bonheur. Crisóstomo, tel un artisan, un bon artisan, a construit sa famille. Il a reçu l’aide de son fils et de la femme qu’il aime pour agrandir le cercle familial.

Je vous vois venir, vous vous dites, Zazy va finir chez BC (B. Cartland) ! mais non, ce livre est une réflexion sur l’amour désintéressé et n’est en rien gnangnan. L’amour est une force qu’il faut travailler, remettre le travail sur l’établi chaque jour, accepter ce qui peut nous déranger.

Un livre empli de poésie où les phrases sont belles et j’y suis très sensible. Une pépite de bonheur

La rentrée 2016 me gâte.

Très tôt le matin, la maison bleue de la plage s’ouvrait au soleil. Comme un nuage que le soleil traverserait pour atteindre le sable, pour atteindre la mer. La maison au bord de la plage tamisait le soleil.

Neuf, le bateau ressemblait à un être organique fantastique, qui filait sur la mer plein de vaillance face à l’impossible.

Le bonheur c’est d’être ce que l’on peut être.

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Pablo Ramos - Encore cinq minutes Maria

25 Août 2015, 13:47pm

Publié par zazy

 

Encore cinq minutes Maria

Pablo Ramos

Traduction de l’espagnol (Argentine) Bernardo Toro

Editions Métailié

octobre 2013

160 pages

ISBN : 9782864249030

 

4ème de couverture :

Au fond de son lit, à côté de cet homme qui dort comme une pierre, dans la chambre sans fenêtre, Maria retarde le réveil qui va la ramener dans la vie quotidienne difficile de la banlieue populaire de Buenos Aires où elle vit sous le même toit que sa belle-mère, avec un mari coléreux et des enfants séduits par le monde extérieur dangereux. Maria est dépossédée de sa vie, occupée à garder la tête hors de l'eau pour protéger sa famille. Sa vie et sa jeunesse sont passées trop vite, cet homme est sa mort. Encore cinq minutes pour essayer de comprendre comment la jeune femme aimée qu'elle a été est devenue amère et frustrée. Encore cinq minutes pour elle toute seule.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Pablo Ramos est né en 1966 dans une banlieue de Buenos Aires. Après une enfance difficile dans la rue, il a connu l’alcool et la drogue, et changé de vie en 1999. Il se consacre désormais à l’écriture. Poète, musicien de jazz il a reçu le Prix Casa de las Américas à Cuba.

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« Encore cinq minutes monsieur le bourreau » pour parodier la Comtesse du Barry. Oui, encore cinq minutes avant que Maria ne se lève… Plusieurs, beaucoup de fois 5 minutes dans ce long soliloque. Entre sommeil et veille, les vieux souvenirs refont surface.

Pourtant, son histoire avait bien commencée entourée par une famille aimante, une famille castillane qui a fui la dictature franquiste. Puis elle s’est mariée avec le negro, d’origine italienne. L’amour était beau jusqu’au jour où leurs deux caractères emportés, jaloux, excessifs prennent le dessus, surtout lorsqu’il s’agit de cette poufiasse de Tumbeta. Cela s’est terminé par une paire de claques du Negro devant tout le monde. Bien sûr, avant il y eut des disputes terribles, peut-être un jeu pour eux, mais pas pour les enfants. Depuis, le seul mot de «mari» ne peut franchir sa gorge, il est devenu « cet homme », qu’elle subit plus qu’elle ne l’accompagne.

Gabriel le tant aimé a reçu de plein fouet les relations houleuses de ses parents et hait son père pour ce qu’il a fait endurer à sa mère. Depuis, il fait des allers-retours entre la drogue et les cures. Alejandro, son autre fils, se retrouve seul avec un fils et est revenu à la case maman. Maman qui n’en peut plus, qui aimerait tant retrouver un peu de soleil dans sa vie.

Ce livre est très touchant. Je l’ai reçu comme une confession que Maria a faite à l’illustre inconnue que je suis. Peu de soleil, quelques moments de joie, beaucoup de privations, beaucoup de « mouchoirs dessus » les désillusions. Oui, c’est un livre triste car Maria n’est que frustration, désillusion, douleur. Heureusement, les souvenirs du père mettent un peu de chaleur dans sa vie, heureusement que son amie Teresa, la prostituée, sont là.

Allez, Maria, il faut vous lever, affronter le corps qui est allongé à vos côtés. Allez, Maria, qui sait…

Je remercie sincèrement Jérôme pour ce beau cadeau. Un livre humain, prenant, pesant que j’ai lu jusqu’à la fin avec, de temps à autres, la gorge nouée. J'ai aimé mes rendez-vous  avec Maria dans le silence de la nuit. J’ai rapproché ce livre de celui  d’Atiq Rahimi "Syngué Sabour" où la femme veille son mari mourant.

 

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