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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #editions belleville

Seray Şahiner - La coiffure de la mariée

29 Avril 2017, 13:51pm

Publié par zazy

La coiffure de la mariée

Seray Şahiner

Traduit du turc par Canan Marasligil

Editions Belleville

192 pages

ISBN : 9791095604006

4ème de couverture :

Comme s’il savait que je ne voulais pas de ce mariage, voilà que notre voisin meurt avant même que mon henné ait eu le temps de sécher !

Elle était tellement triste, Sibel, mais ça ne l’a pas empêchée de se consoler avec l’espoir que ce décès soudain annulerait la cérémonie. Avant de venir au salon de coiffure, elles étaient à l’enterrement à la mosquée Murat Paşa. Sa future belle-mère n’a cessé de marmonner : « Qu’il repose en paix, même s’il a bien choisi son jour pour mourir ! Maintenant, la moitié des villageois ne viendra pas au mariage, il aurait pu attendre un jour ou deux, paix à son âme ! »

L’auteur (site de l’éditeur) :

Seray Şahiner est née à Bursa en 1984 et a grandi à Istanbul. Également journaliste, elle a collaboré à bon nombre de magazines et fanzines turcs, a été correspondante pour Marie Claire et a également écrit des scripts pour la télévision. Ses romans ont attiré l’attention du public lors du Yaşar Nabi Nayır Short Story Competition organisé par le Varlık Literary Magazine, grande revue turque.

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Neuf instantanés de vie. Neuf femmes turques  qui  oscillent entre modernité et traditions. Elles sont aussi diverses que le peuple turque, avec, en commun, la société patriarcale dans laquelle elles évoluent. Elles vivent librement, ont des amants mais espèrent toutes un mariage convenable.

Zeynep, célibataire, fut la maîtresse de son chef pendant quelque mois, mais cela n’ira pas plus loin

« Un homme a deux mois de se marier ne prend pas le risque d’être vu avec sa copine illégitime. Je crois bien que j’ai servi d’enterrement de vie de garçon à notre responsable de service. »

Elif quitte son amant, mais ce qui lui pèse le plus, c’est de quitter leur appartement qu’elle a décoré à sa manière, comme elle aime. Sorte de fuite, non pas par amour pour le garçon, mais pour SON appartement.

« Cette maison est bien plus importante mes yeux que Samet »
« Je n’ai jamais rien quitté dans ma vie, j’ai déjà laissé tomber des gens mais jamais quelque chose que j’ai construit moi-même… ».

Selman se marie, sans chichis, sans cérémonie, même sans robe de mariée et sans voile, sans ses parents. Pourtant, ils s’aiment. Premier acte positif de ce livre. Elle veut se marier avec Selman et le fait.

« Mes beaux-parents étaient venus demander ma main ; mon frère et ma mère n’avaient pas accepté. Ils avaient dit que Selman était un « vaurien » ; mais ce n’est pas Crésus qui allait demander la main d’une fille sans père, alors je m’étais enfuie. »

Sibel résume très bien sa situation par cette phrase :

« A quoi bon faire des études si on n’échappe pas à la mentalité d’arriéré ».

Pourtant, elle se retrouve mariée à Eren.

Cette nouvelle « La coiffure de la mariée » dépeint très bien ce grand écart entre la modernité et la tradition.  Eren a fait des études supérieures, a une vie indépendante, n’est plus vierge et, pourtant elle va se marier avec un homme qu’elle ne connait pour ainsi dire pas. Sibel a même pensé à l’éventualité de se faire recoudre l’hymen. J’aimerais connaître l’attitude du marié au lendemain de la nuit de noce !!

« Ô mon dieu, faites que ce type soit impuissant, qu’on évite la catastrophe familiale. »

J’ai ri en écoutant Fidan parler de ses voisines devenues musulmanes intégristes. J’ai ri en la regardant coudre ses fameuses culottes à sept couches…. Après la danse des sept voiles, la culotte à sept couches ! Faut-il en rire ou en pleurer ?

Là où les unes s’émancipent en créant leur entreprise, les autres s’enveloppent dans leurs voiles noirs et se cachent.

Esme est une femme libre, traductrice, elle a son propre appartement aménagé selon les critères de « Marie-Claire », un amant qui adore lire aux toilettes… Sa devise : « Etudier pour échapper au ménage ». Elle est même devenue « Madame Esme » sans être mariée. Esme a horreur de tout ce qui peut trouble sa vie bien rangée… Jusqu’au jour où il y eut des travaux en bas de chez elle.

Elle semble s’éveiller à la vie extérieure, revient chez ses parents, devient humaine et… un petit retour à la tradition.

Çiğdem et son hésitation amoureuse, qui, choisit l’Autre, le Vrai ou se laisse choisir. Serait-elle la plus moderne ?

Pas facile d’être une femme qui se voudrait libre dans un monde entre orient et occident, modernisme et traditions, liberté et patriarcat.

Des portraits à la fois drôles, ironiques, tendres dont il ressort un sentiment de mélancolie ; ces femmes acceptent leur sort, certaines ne cherchent même pas à contredire la tradition.

Ah ! Le culte de la virginité, que de parlotes il fait dire ! Ces jeunes femmes, universitaires pour certaines, ont lancé leur bonnet par-dessus les moulins, mais craignent le meunier et les lendemains d’un mariage arrangé, où la mariée n’est plus ce qu’elle aurait dû être.

Un très beau bouquet de femmes stambouliotes qui pratiquent le grand écart culturel avec humour, détachement,  fatalisme.

Seray Şahiner a mis tout son amour  dans ces neuf nouvelles qui se lisent comme un roman.

Couverture très joliment illustrée par Duru Eksioglu pour ce premier livre des Editions Belleville ; qui plus est, livre connecté. Système amusant et bien fait qui donne un plus à la lecture. Ecouter la musique,  lire les explications. La page est ici.

Je souhaite une belle postérité aux Editions Belleville qui allient beauté des textes et des couvertures. J’avais lu et aimé « Sainte Caboche »,  second livre paru chez ces éditrices.

Cerise sur le gâteau ici

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Socorro Acioli - Sainte Caboche

6 Mars 2017, 09:19am

Publié par zazy

Sainte Caboche

Socorro Acioli

Traduction Régis de Sa Moreira

Dessins Alexis Snell

Editions Belleville

mars 2017

256 pages – 30 illustrations

ISBN : 9791095604013

 

4ème de couverture :

Après avoir parcouru pendant des jours et des nuits les paysages hostiles du Nordeste brésilien, Samuel trouve refuge dans une grotte à l’étrange forme de tête. L’endroit est parfait pour s’installer paisiblement à l’abri des regards. Mais Samuel se rend vite compte que, depuis son nouveau repaire, il entend les prières d’amour que les villageoises adressent à Saint Antoine. Voilà l’occasion de s’occuper un peu…
Les prédictions de Samuel à travers la voix du saint deviennent rapidement célèbres dans toute la région. Il a, paraît-il, apporté l’amour à de nombreuses femmes désespérées. Mais bien souvent gloire rime avec déboire. Samuel se retrouve bientôt au cœur d’histoires bien plus compliquées que ces simples prières ne le laissaient prévoir…

L’auteur :

Née en 1975 à Fortaleza, au Brésil Socorro Acioli  a entamé une carrière de journaliste, et a commencé à écrire à partir de 2001.Depuis, elle a publié 15 livres au Brésil, et est reconnue pour ses biographies, livres pour la jeunesse

En 2006, elle a participé à un atelier animé par Gabriel Garcia Marquez à Cuba, et a été désignée lauréate de l'atelier par le Prix Nobel colombien avec son roman Sainte Caboche.

Sainte caboche est  son premier livre paru en français, aux éditions Belleville.

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Juste avant de mourir, Mariinha, la mère de Samuel, lui confie quatre choses à faire.

« Je veux que tu allumes trois cierges pour le salut de mon âme. Le premier au sanctuaire de mon petit padre Cicero, le deuxième à la statue de saint François de Canindé, … Et le troisième à saint Antoine, parce que c’était le saint patron de ma mère. Les trois bougies à leurs pieds, mon fils. Posées sur leurs, c’est un détail important pour moi. Mais ma première requête, c’est que tu ailles à Candeia rencontrer ta grand-mère et ton père. »

Samuel, malgré sa haine d’avoir été abandonné, par son père, dans le ventre de sa mère, sait qu’il ira là-bas pour le repos de l’âme de sa mère.

Voyageant à pied, souffrant sous le soleil, de la faim, la soif, il arrive comme une loque humaine devant sa grand-mère qui… l’envoie se coucher dans la forêt.

« Toi, pars d’ici et va dans la forêt. Continue la rue, passe l’église Matriz et le cimetière, avant dans els bois, toujours tout droit sans tourner. Quand tu verras un goyavier, prends à droite, là tu trouveras un coin couvert où dormir. Hâte-toi d’y aller et repose-toi, il y a un gros orage qui arrive.
Puis elle claqua fermement la vieille porte en bois et elle disparut. »

Encore mieux que l’hôtel du Bon Accueil !

Samuel, obéit et après avoir été mordu par une meute de chiens,  arrive à l’entrée d’une grotte obscure et nauséabonde qui s’avère être l’intérieur d’une tête de saint dont le corps gît plus loin. Il dort dans la tête d’un saint décapité !

« Peut-être qu’un géant avait décapité le saint, pensa t-il. Lui avait tranché le cou avec une épée, après quoi e crâne avait dévalé la colline. Il ne voyait pas d’autre explication à une telle aberration : la caboche avait roulé comme un ballon et s’était arrêtée en bas. »

A cinq heures  du matin il est réveillé par des voix de femmes, alors qu’il n’y a personne. Est-ce la fièvre due à la morsure qui s’est infectée ? Pourtant, même guéri, il les entend, toujours aux mêmes horaires. Son comparse Francisco, lui, n’entend rien, seul Samuel peut les entendre et… il y a ce chant qui l’envoûte, ce chant qui l’empêche de partir, de quitter la tête.

 

S’ensuit un job lucratif de prédictions qui s’étend à la région, relayé par une radio locale. Le village quasi abandonné à son arrivée, renait, s’anime avec tous les marchands du Temple et les autochtones qui reviennent. C’est beau un village qui renait, même pour des raisons peu « catholiques »

Pourtant, il doit partir, sa vie est en danger. Il y a des intérêts financiers, des politicards véreux, des constructions que son commerce gêne

« Le projet du maire était de vendre le terrain de Candeia à une entreprise pour la construction d’une usine. Mais il ne pouvait le faire avant que toutes les maisons soient –illégalement- à son nom. »

Je n’en dirai pas plus pour ne pas divulgâcher.

Dans une très belle écriture, merci  à Régis de Sa Moreira pour la traduction, Socorro Acioli me conduit dans le Nordeste brésilien pays où tout peut être superstition.

Le récit passe du cocasse au poétique, des rires aux larmes. Un voyage onirique dans une très belle langue. Une lecture envoûtante, enfin qui m’a envoûtée et que je n’ai pu lâcher. Un très beau roman populaire entre conte et modernité.

Le petit plus ?  Une lecture connectée ; des balises avec un mot à copier sur le site des Editions Belleville pour écouter, voir… je n’en sais pas plus car ce livre n’étant pas encore paru, la connexion n’est pas active, à surveiller.

Sainte Caboche est le second livre des Editions Belleville toute nouvelle maison d’éditions. Je gage qu’avec de tels titres, elle se pérennise pour notre grand plaisir. La couverture de Fernando Chamarelli me plait beaucoup. Une jolie marque d’originalité.

« Chez Belleville, chaque livre est illustré par un artiste du pays de l’auteur. Pour le premier roman de la maison, Sainte Caboche, nous avons eu la chance de travailler avec Fernando Chamarelli, un street artist aux magnifiques œuvres colorées, remplies de créatures exotiques étranges. »

« En 2017, embarquez avec nous au Brésil, en Moldavie, en Turquie, en Egypte et en Iran. »

Préparons nos valises, les deux éditrices nous promettent de beaux voyages

Merci Liblfy pour cette belle découverte

 

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