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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #editions anacharsis

Mika Biermann - Booming

23 Mars 2017, 16:37pm

Publié par zazy

Booming

Mika Biermann

Editions Anarchasis

août 2015

144 pages

ISBN : 9791092011289

 

4ème de couverture :

Surgis du fin fond du décor, Lee Lightouch et Pato Conchi, le grand maigre et le petit gros, se rendent à Booming pour raison sentimentale.
« Personne ne va à Booming » ; « Prenez un bonbon, je ne crois pas qu’ils en aient » : on les avait pourtant prévenus. Kid Padoon et sa bande font régner la terreur à Booming, le shérif à leur botte, le bordel à leur service, le saloon à leur disposition, le croque-mort aux petits soins.

Mais ça n’est encore rien : il y a quelque chose de détraqué à Booming, un truc qui coince, qui débloque, qui recoince et qui vous rend cinglé.
Accrochez-vous : Booming est un western quantique qui se joue des balles et du temps qui passe.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Mika Biermann, originaire d’Allemagne, habite Marseille depuis 25 ans. Après avoir fait les Beaux Arts à Berlin et Marseille, il s’achemine vers l’écriture, et a déjà publié deux ouvrages : Les 30 jours de Marseille (Climats, 1996) et Ville propre (La Tangente, 2007). Un Blanc est son troisième roman, mais il a aussi publié en Autriche la traduction allemande des chroniques de Jacques Durant dans Libération sur la tauromachie.

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Booming sent bon la petite ville américaine florissante, avec ses commerces, son saloon, son sheriff, ses indiens, ses bandits, son croque-mort… bref, une ville du far West florissante. Quoi, ce n’est pas ça ? Lorsque l’on s’appelle Booming….

Lee Lightouch, longiligne anglais amoureux de la peinture et Pato Conchi, colombien petit, bien en chair et leurs mules, en auront un tout au avis lorsqu’arrivés à Townsend  ils demandent la direction de Booming

« Le barman chauve expédia un mollard dans le crachoir.
- Personne ne va jamais à Booming
- -Pourquoi pas ?
- N’y a rien là-bas »

Pourquoi ces deux hommes qui font penser à Don Quichotte et Sancho Panza veulent-ils aller à Booming ? C’est là que l’histoire diverge par rapport à Don Quichotte. Pato Conchi veut y retrouver sa Dulcinée, sa Conchita enlevée par Kid Padoon.

Ami lecteur, amie lectrice cartésiens, sautez de votre mule, restez à Townsend, je repasse vous chercher à la fin de cette chronique.

Bon, retrouvons nos deux cow-boys à l’entrée de Booming devant un indien assis immobile mais qui semble vivant, sauf qu’il est dur comme une statue, mais intransportable.

« A l’œil nu, les cheveux ressemblaient à de vrais cheveux, la peau à de la vraie peau. Au toucher, tout avait la dureté de la pierre. La rigidité du fer. La densité du bois. »

Peu après, Pato s’enfonce un brin d’herbe dans la chaussure, sauf que… l’herbe est dure et tranchante comme du fer, qu’ils ne peuvent la déterrer.

Avec précaution, ils continuent leur chemin pour entrer dans Booming. Tout est immobile, même le soleil ne bouge pas, un vrai décor de cinéma. Plus loin, un homme est dans le même état que l’indien.

Bienvenue à Booming où même les mouches sont arrêtées dans leurs vols, ville sans bruit, sans mouvement, sans odeur.

Les deux hommes se séparent et, à ce moment, la vie reprend ou, ils se promènent au milieu des « statues » et font dévier la balle qui devrait tuer…

Ces « arrêts sur image » racontent la violence qui règne à Booming sous la coupe de Kid Padoon et sa bande.

Bref, Mika Biermann s’amuse, se joue des codes, des dimensions, du temps… La chronologie est bafouée avec allégresse, les histoires se croisent dans le temps, tout semble fou sens dessous-dessus, mais, que nenni, l’auteur sait où il nous emmène et tricote son histoire avec précision. Un point à l’endroit, un point à l’envers, puis reprend la maille plus haut… pour une écharpe qui s’enroule agréablement autour de mon cou. Une histoire qui ne me fait pas lâcher le livre.

Plus que ce western hors d’âge, pas comme les infâmes whiskies que se tapent Lightouch, il y a l’amitié intemporelle entre ces deux hommes que tout devrait séparer.

Ce roman est superbement construit, déconstruit puis reconstruit, tout ceci avec brio, sans jamais perdre le fil. J’y ai perdu la tête, l’ai retrouvée pour mieux être comblée par la maîtrise de l’écriture

Bref, entre western classique avec les bons, les méchants, les truands, les pendaisons, les filles de joie, le sheriff corrompu et ivrogne… et western quantique, selon la 4ème de couverture et que je ne saurais vous expliciter, j’ai passé un moment de lecture comme je les aime.

La couverture du livre concoctée par Anacharsis est parlante, après coup ; Un cow-boy en plastique sur son cheval et son petit carré d’herbe verte, posé sur un décor genre Colorado.

Livre lu dans le cadre de la voie des indés initiée par Libfly qui met à l'honneur les éditeurs indépendants.

 

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Dov Lynch - Mer Noire

19 Février 2015, 21:09pm

Publié par zazy

 

Mer Noire

Dov Lynch

Editions Anacharsis

février 2015

144 pages

ISBN : 9791092011210

 

4ème de couverture :

Dimitris est un ancien membre de l’IRA. À la mort de son père, il part à la recherche de son frère disparu quelque part dans le Caucase.

Sa trajectoire, un road movie sur les franges de l’Europe, marquée au sceau du crime, semée de rencontres fragmentées, d’histoires inabouties, de visions fugitives, le conduira d’une guerre qui n’a plus de nom à une autre qui n’en possède pas encore, jusqu’à ce que s’accomplisse son aventure.

L’auteur :

Dov Lynch est un diplomate et essayiste irlandais. Mer Noire est son premier roman.

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Dimitris, irlandais, une fois son père enterré, part à la recherche de son frère sur un ordre de l’IRA mais, également, pour fuir son passé récent et lointain. Il veut rejoindre le village natif de sa mère, au bord de la Mer Noire, où il pense que se trouve son frère. Dans ce périple compliqué, il fera des rencontres hasardeuses, dangereuses, mystérieuses, lumineuses, il découvrira des fragments de vie qui le conduiront jusqu’au bout de son aventure.

Dimitris, tout comme son frère, est un ancien guerrier de l’IRA. Tirer de sang-froid ne lui pose aucun problème lorsqu’il s’agit de sauver sa propre vie. Se taire également. Dimitris est cerné par la guerre, par la peur, sans pour autant dévier d’un iota de sa route, comme s’il cherchait à accomplir son destin.

Il y a de gros pavés insipides, bavards et il y a ce livre. Peu de pages, mais une écriture dense. Chaque phrase est pesée. Le silence règne en maître tout comme la guerre et se lisent. Le silence de la mort du père, le silence pour ne rien révéler, le silence de la solitude, le silence des taiseux…

Ce roman sur la violence des hommes est écrit directement en français par un écrivain irlandais. Même s’il vit en France depuis longtemps, Dov Lynch a une très grande maîtrise de notre langue. Son écriture est superbe de précision, de beauté, de non-dits, de violence. Un livre sidérant qui amène à une réflexion sur ces « petites guerres » qui nous cernent et qui me font penser à ces guerres entre seigneurs du Moyen âge.

Quelle découverte, quelle lecture ! Je remercie Libfly, et la voix des indés 2015. Une aison d'éditions que je ne connaissais péas

 

L'avenir donnera naissance au passé, tu comprends. Mais ça, c’est pour plus tard, pour l’instant, nous sommes entre-deux et personne ne contrôle rien.

C'est le moment des grandes idées, des grandes œuvres. Des grandes conneries aussi. C’est mon expérience.

Une fois exposées à la lumière du jour, toutes les histoires se fanent. Certaines ne tiennent pas une seconde, d’autres durent plus longtemps, mais toutes se fanent, tu peux me croire.

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