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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #choplin antoine

Antoine Choplin - Une forêt d'arbres creux

7 Mars 2016, 14:42pm

Publié par zazy

Une forêt d’arbres creux

Antoine Choplin

Editions La fosse aux ours

115 PAGES

Août 2015

ISBN : 9782357070653

 

4ème de couverture :

TEREZIN, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, décembre 1941.

Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins. Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s'échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l'angoisse. Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments.

Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s'agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d'aucune sorte. Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Antoine Choplin est l'auteur de Radeau, du Héron de Guernica et de La Nuit tombée (prix France Télévisions 2012).

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En lisant les premières pages, j’ai eu la vision d’une ou plutôt deux photos. La première plein cadre sur les deux ormes avec un arrière-plan flou et la seconde l’arrière-plan devient net et l’on ne voit que les barbelés. La vie de Bedrich Fritta et de sa famille se déroulera désormais derrière ces barbelés, dans le ghetto de Terezin alors appelé Therisienstadt. Le dessinateur tchèque se trouvé nommé à la tête du bureau de dessin technique et doit établir les plans d’une future chambre à gaz. La nuit venue, une fois la confiance entre eux établie, les crayons deviennent des armes, leurs armes. Ils dessinent le camp tel qu’il est et non tel que les nazis veulent le montrer à la Croix Rouge. Démasqués, ils seront, avec leurs familles, emmenés en convois dans un camp de concentration dont il ne réchappera pas. Quelques dessins ont pu être sauvés.

Chaque chapitre fait penser à un des dessins. En des termes sobres, il raconte le camp, les visages gris, dénués de vie, les yeux vides « Il apparait pourtant, à l’exception de ces battements esquissés des paupières, dénué de vie. Les lèvres sont serrées, le sourire absent. »

La promiscuité, le froid, la saleté des corps que l’on ne peut entretenir, la peur, la faim, les humiliations, l’emprisonnement. Pourtant, il y a, tout de même ce contentement de tenir un crayon, de tracer des traits « Un contentement, c’est bien cela pour le moins, tenu en joue par une culpabilité impermanente ».

La sobriété, l’intensité de l’écriture d’Antoine Choplin donne encore plus de force au récit.

Les crayons me ramènent à Charlotte Salomon tout comme à tous les dessins créés après le massacre dans les locaux de Charlie.

Un coup de cœur pour ce livre et cet auteur dont j’avais beaucoup apprécié « La nuit tombée ».

On gagnera, en clique soumise, l’enceinte du ghetto. On en repartira au milieu des autres. On s’y nourrira après avoir progressé lentement le long d’interminables files d‘attente, on y travaillera en essaims quelle que soit la besogne, aux même heures de la journée, on y circulera encadrés, par sixaines, douzaines, vingtaines. On souffrira des fièvres dans les salles bondées des infirmeries. Il y aura le spectacle imposé à tous des châtiments collectifs ; sans parler des exécutions et des fosses communes.

Dans le dortoir s’attroupent aux mêmes instants les corps fatigués. Ce que le lieu pourrait autoriser de repliement, d’évasion intérieure, de pensée libre, est ici démenti par l’exiguïté des espaces et l’épuisement des hommes. C’est un amoncellement.

Pour Bedrich, il n’y peut rien, tout commence chaque fois par la satisfaction que lui procurent les outils

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