Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #babelio

Alejandro Palomas - Une mère

14 Avril 2017, 17:41pm

Publié par zazy

Une mère

Alejandro Palomas
Traduit de l’espagnol par Vanessa Capieu

Editions du Cherche Midi

Mars 2017

310 pages

ISBN : 9782749153018

 

4ème de couverture :
Barcelone, 31 décembre. Amalia et son fils Fernando s’affairent en attendant leurs invités. En ce dîner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu’elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d’Emma, et l’oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents.

Chacun semble arriver avec beaucoup à dire, ou, au contraire, tout à cacher. Parviendront-ils à passer un dîner sans remous ?
Entre excitation, tendresse et frictions, rien ne se passera comme prévu.

Alejandro Palomas brosse avec humour le portrait d’une famille dont les travers font inévitablement écho à nos propres expériences, et celui d’une mère loufoque, optimiste, et infiniment attachante. Une mère profondément humaine, à qui il reste encore quelques leçons à transmettre à ses grands enfants : au cours de cette longue nuit, secrets, mensonges, non-dits et autres révélations familiales vont éclater.

Prenez place à table. Vous allez être servi !

L’auteur (site de l’éditeur) :

D’abord traducteur des ouvrages de Gertrude Stein, Katherine Mansfield, Willa Cather ou encore Jack London, Alejandro Palomas devient ensuite journaliste et scénariste ‒ il a été finaliste de nombreux prix littéraires en Espagne. Énorme succès dans ce pays, traduit dans une dizaine de langues, Une mère est son premier roman publié en France.

===========

Les repas de famille sont souvent le prétexte à des joutes oratoires ou pas entre les membres de la famille présents autour de la table.

Cette année et, depuis très longtemps, depuis son divorce, Amalia reçoit tous ses enfants et son frère Eduardo, "l’embobelineur". Fernando, le fidèle, Sylvia, célibataire et bosseuse ainsi que Emma qui vient avec sa compagne Olga.

Une belle tablée qui met Amalia en joie, la rend fébrile et inquiète.

« Maman est sur les charbons ardents. Elle est dans cet état depuis quelques semaines, depuis qu’elle sait avec certitude que nous serons tous là ce soir. »

Amalia, du fait de son handicap visuel, de sa nervosité casse beaucoup, ce qui a le don d’énerver Sylvia. D’ailleurs beaucoup de choses la font réagir. La nervosité gagne Fernando, dit Fer.

« Sur l’écran de mon radar personnel, une nouvelle lumière rouge se met à clignoter en plus de celle qui tremblote depuis quelques jours déjà. Danger. Danger en vue. »

Le couvert est mis, avec une chaise supplémentaire, pour l’absent. J’apprendrai au cours de ma lecture qui est l’absent.

 Les invités arrivent, les sous-entendus aussi. La mère est merveilleuse dans son innocence feinte, sa maladresse, ses bévues, dans son désir que ce réveillon ne soit pas un ratage.

Chacun va s’exprimer, des aveux seront faits, des vérités dites. Certains masques vont tomber.

La mère, si infantile que Silvia se doit d’être la mère de sa mère, avec son handicap, ses bévues, cette mère « pleine de faiblesses » se révèle être la colonne vertébrale de la famille. Elle a été et est capable de sauver la vie de ses  enfants partis à la dérive par sa ténacité.

S’esquisse une famille touchante dans ses fêlures, ses secrets, ses espérances, ses naufrages… Bref, une famille « normale »

Alejandro Palomas est, entre autre, scénariste et cela se sent dans l’écriture très visuelle de ce roman qui m’a fait passer des rires aux larmes. Les personnages sont finement travaillés et pas aussi caricaturaux que je l’ai craint au début.

Un bon  moment de lecture.

De belles phrases d’amour maternel :

« Et si je dois t’arracher des eaux pur que tu vives, je le ferai, quoi qu’il en coûte. Parce que je n’ai rien de mieux à faire dans la vie, ma fille chérie…Non il n’y a rien de mieux à faire dans la vie. Pas pour une mère. »

« Quand je ne serai plus là, tu auras cette couverture. Tu pourras te couvrir avec en hiver pendant ta sieste et moi, je serai heureuse parce que ce sera comme si je te faisais tous ces câlins dont tu as besoin et que tu ne me laisses jamais te faire. »

Livre lu dans le cadre d’une opération Masse Critique concoctée par Babelio.

 

Voir les commentaires

Lyane Guillaume - Mille et un jours en Tartarie

1 Mars 2017, 22:28pm

Publié par zazy

Mille et un jours en Tartarie

Lyane Guillaume

Editions du Rocher

416 pages

Février 2017

ISBN : 9782268079134

 

4ème de couverture :

Sept femmes autour d'une table bien garnie célèbrent la « Journée des femmes ». Parmi elles, Lyane, la narratrice, seule Française dans le groupe...

Nous sommes à Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan (ancienne Tartarie, comme on désignait autrefois cette Asie centrale lointaine et mystérieuse), le 8 mars 2014.

Sous forme d'interviews et de récits croisés ou emboîtés, un peu à la manière des Contes des Mille et une nuits, Lyane Guillaume nous entraîne dans une fresque multicolore à la suite de ces femmes d'aujourd'hui ou d'hier, anonymes ou célèbres, humbles ou puissantes, qui ont marqué et continuent de marquer l'Ouzbékistan de leur empreinte. Des harems de la Route de la Soie (Samarcande, Boukhara) aux business women actuelles, de Bibi, épouse du redoutable Tamerlan, à Rano, mariée contre son gré à son cousin, en passant par Tamara Khanoum, première danseuse ouzbèke à se produire sur scène, ou encore Sayora, médecin de campagne sur les rives de la mer d'Aral, à la recherche de son fils radicalisé, c'est toute la réalité riche et complexe de l'Ouzbékistan – terre d'Islam mais aussi ex-république soviétique – qui se révèle à travers ces voix féminines.

Tour à tour épique, bouleversant, drôle, coloré, pimenté, en tout cas savoureux comme la cuisine ouzbèke, ce récit à sept voix sur les femmes d'Ouzbékistan est à la fois un livre d'histoires et un livre d'Histoire.

L’auteur (site de l’éditeur)

Enseignante, femme de théâtre, journaliste, écrivain avant tout, Lyane Guillaume a vécu en Inde, en Russie, en Ukraine, en Afghanistan et, entre 2012 et 2016, en Ouzbékistan.

==============================

La carte en début de l’ouvrage m’a permis de situer ce pays, ancienne province de l‘URSS. L’avant-propos passe allègrement du plov, plat typique, à la genèse du titre de ce livre.

8 mars 2014, Lyane Guillaume qui vit depuis plusieurs années en Ouzbékistan, à Tachkent, est invitée chez Goulia à partager un gap entre filles pour fêter les cinquante ans de Chirine, sœur de Goulia.

Sept femmes se retrouvent autour d’une table-buffet dont la description peut donner le tournis. Lyane est la seule française.

Entre deux bouchées et deux verres de vin, les femmes se racontent, non pas chacune son tour, mais dans un joyeux brouhaha. Rien de mieux que ses conversations pour apprendre l’Histoire d’un pays.

En URSS,  l’avortement a été légalisé en 1920 sous Lénine. Il est considéré come un moyen de contraception. A sa grande surprise, ses amies y ont eu recours quelque fois ou trop souvent.

« L’avortement y était un moyen de contraception comme un autre mais je n’imaginais pas qu’en Asie centrale, terre d’islam, il fut aussi répandu ».

Ces femmes adorent Poutine.

« Pour elles, les Russes, et plus encore les Ouzbeks, ne sont pas mûrs pour la démocratie, et un régime à pigne est ce qui leur convient. »

Ce qu’elles redoutent le plus ? L’avancée de l’islamisme, menace très grave pour elles, femmes Ouzbèkes.

« J’en arrivais à comprendre la prudence de mes amies, leur attachement à ce régime autoritaire et paternaliste qui les préservait d’une déferlante islamiste comme celle qui avait assombri, après la mort de leurs dictateurs, l’Irak, la Syrie, la Libye, l’Egypte… J’en arrivais à ne pas juger surfaite leur admiration pour Poutine qui, en protégeant le régime d’Assad, avait créé un cordon sanitaire pour l’Asie centrale. »

« Goulia me l’avait répété maintes fois : pour « ces gens-là » (elle parlait des combattants de Daech, Boko Aram ou Al-Qaïda), nous les Ouzbeks, nous ne sommes pas de « vrais musulmans. Chez nous, muezzin n’appelle pas à la prière, les femmes ne sont pas voilées. Nous aimons la vie sous toutes ses formes. »

Et puis, il y a Rano, qui s’occupe des maisons de Loubia et Lyane. Sa famille la marie à un cousin peu fortuné car à vingt-cinq ans, les partis se raréfient et il est hors de question de rester célibataire… On ne lui a pas demandé son avis. Qui plus est, elle risque d’être reniée car, au bout de quelques mois de mariage, Loubia n’est pas enceinte. Un grand écart entre Tachkent et le reste du pays et les amies de Lyane « libérées ».

Tout au long de ce long repas, je suis le récit de ces femmes, le récit de la Tartarie. Car Lyane Guillaume intercale  l’histoire de Bibi, reine de Tartarie, de Tamara, danseuse de renommée mondiale, le destin de la mer d’Aral tuée par la culture du coton, le séisme de 1966…

J’ai aimé l’esprit du makhala, comité chargé de la gestion, qui distribue les aides sociales, organise le scrutin lors d’élections, gère la vie quotidienne du quartier.

La culture, l’histoire, la gastronomie de l’Ouzbékistan sont la somme de toutes les invasions turques, grecques, arabes, perses… pour finir par l’URSS. Lyane Guillaume donne vraiment envie de découvrir ce pays qui parait si chaleureux.

Les Mille et un jours en Tartarie raconte des histoires douces et violentes, modernes et archaïques, tristes et drôles, un livre  gourmand, coloré, épicé, une lecture comme je les aime distrayante où les histoires racontent l’Histoire.

Livre lu dans le cadre de l'opération Masse Critique organisée par Babelio que je remercie pour cette lecture passionnante.

 

Petit aparté : le bandeau du livre me plait beaucoup. La diversité des couleurs, des dessins des plats forment un joli tableau

Voir les commentaires

Kent Haruf - Nos âmes la nuit

10 Octobre 2016, 16:01pm

Publié par zazy

Nos âmes la nuit Kent Haruf

Traduction Anouk Neuhoff

Editions Robert Laffont

septembre 2016

180 pages

ISBN : 9782221187849

 

4ème de couverture :

Addie, soixante-quinze ans, veuve depuis des décennies, fait une étrange demande à son voisin, Louis : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour se parler, se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure... Bientôt, bravant les cancans de la petite ville de Holt où ils vivent depuis toujours, Addie et Louis se retrouvent presque chaque soir.
Ainsi commence une belle histoire d'amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans le noir, de mots de réconfort et d'encouragement. Mais très vite, les enfants d'Addie et de Louis s'en mêlent, par égoïsme et, surtout, par peur du qu'en-dira-t-on.
Ce livre-testament, publié quelques mois après la mort de l'auteur, est une célébration de la joie, de la tendresse et de la liberté. De l'âge, aussi, qui devrait permettre de s'affranchir des conventions, pour être heureux, tout simplement.

L’auteur (site de l’éditeur)

Kent Haruf, mort en 2014, quelques mois avant la parution de Nos âmes la nuit, est l'auteur de romans d'une délicatesse infinie, comme son grand succès international, Le Chant des plaines (Robert Laffont, collection « Pavillons », 2001, et « Pavillons poche », 2014), mais aussi Colorado Blues, (Robert Laffont, « Pavillons », 2002, et « Pavillons poche », 2006) et Les Gens de Holt County (Robert Laffont, « Pavillons », 2006, et « Pavillons poche », 2015).

==============

Sonner chez son voisin et lui faire la proposition suivante « Je me demandais si vous accepteriez de venir chez moi de temps en temps pour dormir avec moi. », avouez que ce n’est pas banal. Et bien, c’est ce que fait Addie More, veuve depuis plusieurs années, à son voisin Louis Walters, veuf lui aussi. Elle ne lui a pas exposé sa demande de but en blanc, il y avait du trac, de la peur. Ce n’est pas une affaire de sexe, non, simplement, elle voudrait qu’il vienne dormir avec elle dans son trop grand lit pour discuter et passer le cap de la nuit.

Addie pense que Louis « est un brave homme. Un homme bien » c’est pour cela qu’elle lui propose ce marché… Qu’il accepte. Pas facile de s’apprivoiser, alors un petit rituel se met en place. Elle boit un verre de vin et lui une bière. Cela ressemble au bonheur, à une bulle de bonheur.

Dans cette petite ville, les rumeurs vont bon train, mais ils s’en moquent. Ils ne font pas ce que pensent les gens, ils parlent dans le noir avant de s’endormir, se racontent leur passé, leur mariage, la vie.

Quand la file de Louis et le fils d’Addie paraissent, le cercle de famille ne s’agrandit pas, mais les ennuis commencent et la démission n’est plus loin. Arriveront-ils à faire comprendr à leur entourage cette peur de la solitude et le plaisir qu'ils trouvent à leur nouvelle vie ?

Un roman délicat où sont évoqués l’amour entre personnes âgées, la solitude, les loupées de la vie, les chagrins, les douleurs, les petites arrangements avec la famille, les plaies que l’on croyait cautérisées et qui ressaignent encore et toujours…

A la fin de ma lecture je reniflais et avais les yeux humides !

Le seul bémol, et il est immense, Monsieur Haruf est décédé juste avant la sortie du livre aux USA. Je vais me faire le grand plaisir de remonter son œuvre.

Ce livre est une petite perle de délicatesse. Un coup de cœur !

Je remercie Babelio et sa masse critique pour cette perle.

 

    

Voir les commentaires

Mr Tan - Diane Le Feyer - Mortelle Adèle - La rentrée des claques

28 Mars 2016, 15:02pm

Publié par zazy

Mortelle Adèle

La rentrée des claques

Textes d'Antoine Dole, alias Mr Tan

Illustration de Diane Le Feyer

Editions Tourbillon

ISBN : 1027601065

 

4ème de couverture :

Les vacances, c’est terminé, mais Adèle n’en a pas fini de s’amuser ! Miranda, Jade et les autres feraient mieux de se méfier...

Dans ce 9ème tome, Adèle revient avec toujours plus de malice et d’humour noir, avec le club des bizarres, prête à tout pour que cette rentrée des claques soit MORTELLE !

============

Chère Adèle, Mortelle Adèle,

Depuis le temps que j’entends parler de toi et de tes exploits, je suis très heureuse de faire ta connaissance.

Je confirme, tu es fidèle à ta légende, égocentrique, rancunière, excessive, peste, drôle

Ton amimaginaire est bien, mais vous n’y allez pas de main morte avec ta grand-mère. Je me sens un peu concernée. Tu me vois me repasser la figure tous les matins ? Les cloques que j’aurais !

Tu es monstrueusement atroce ou atrocement monstrueuse et je t’adore. Ton petit chat, Jade, la maîtresse et les autres ne sont certainement pas entièrement d’accord avec moi, mais je t’assume très bien… en bande dessinée.

J’adore ta frimousse créée par Diane Le Feyer et je ne parle même pas, si parlons en, des textes de Mr Tan, rigolo, impertinent, monstrueux. Qu’est-ce que ça fait du bien.

Tu sais, comme je suis très, très gentille (si, si, si !), j’ai offert ce tome 9 à Emilie, ma petite-fille. Lorsque j’irai chez elle, je lui piquerai les albums précédents, histoire de voir ce dont tu as été capable avant.

Euh, petit bémol. C’est encore maman qui cuisine, fait le ménage et papa qui lit le journal. Cela ne te dérange pas ? Tu ne pourrais pas le glisser à Mr Tan ?

J’ai pu faire ta connaissance grâce à l’opération Masse Critique de Babelio que je remercie pour ce moment de rigolade.

Mr Tan, Mme Le Feyer, j’ai bien rigolé, mais pensez à ma phrase juste au-dessus !

Voir les commentaires

Laurence Cossé - La Grande Arche

5 Février 2016, 22:52pm

Publié par zazy

La Grande Arche

Laurence Cossé

Editions Gallimard

Janvier 2016

368 pages

ISBN : 9782070142040

 

 

4ème de couverture :

Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n'est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s’écroule, et s’écroule toutes les fois qu’on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu’un de vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente.

Ce récit brosse l’épopée de la construction d’un des monuments les plus connus de Paris, dont on ignore qu’il fut l’enjeu de luttes politiques au couteau sous le règne de François Mitterrand. C’est surtout le portrait et l’histoire de son créateur, Johan Otto von Spreckelsen, un architecte danois très secret, professeur aux Beaux-arts de Copenhague.

Lauréat d’un prestigieux concours international en 1983, fêté pour son projet à son arrivée à Paris, cet homme du Nord découvre avec stupéfaction la désinvolture et les revirements à la française. L’affaire finit tragiquement pour lui, alors que se construit ce portique de marbre qui paraît la sérénité même.

Dans ce roman puissant, Laurence Cossé conjugue l’art de la narration romanesque et la précision d’une longue enquête pour évoquer un destin d’architecte parmi les plus beaux et les plus paradoxaux, les plus absolus et les plus violents du XXe siècle.

========

Laurence Cossé fait partie de mes auteurs préférés, c’est dire si j’avais hâte de découvrir ce livre, sans en avoir lu la 4ème de couverture.

Ici, l’auteur raconte l’historique de la Grande Arche de la Défense. Quelle épopée politico-architecturale ! Tout commence le 25 mai 1983. Johan Otto von Spreckelsen, a gagné le concours d’architecture pour le projet colossal « Tête de la Défense ». Le problème c’est qu’il n’a été confronté, ni au gigantisme, ni aux mœurs françaises et qu’il ira de déconvenues en déconvenues. Passer de l’artisanat (construction d’églises) à l’industriel et la haute technologie échelle XXXL ne s’improvise pas. Il l’apprendra à ses dépens. « A la Défense, il est écrasé. Il va être écrasé. Son œuvre menace de l’écraser. » Cet homme qui parait un peu rigide fera mettre, au sens littéral du terme, Mitterrand à genoux ! Imaginez la scène et la moue médusée de son entourage.

Un bouquin captivant. Laurence Cossé a travaillé son sujet. Je sens, derrière ses phrases, des monceaux d’archives décryptées, des montagnes, infranchissables pour moi, de données techniques déchiffrées. « La littérature fait courir des risques dont l’auteur n’avait pas idée avant de s’y lancer, sans quoi il aurait préféré l’ethnographie ou le saut à la perche. Les efforts de documentation auxquels j’ai dû m’astreindre pour écrire sans trop d’inepties les paragraphes précédents ont réduit en poussière un des piliers de mon équilibre psychique »

Laurence Cossé a su mettre les doigts là où ça fait mal ; Les manœuvres économico-politiciennes, l’ambition démesurée de certains comme le « faucon pèlerin ». L’incompréhension grandissante entre Johan Otto von Spreckelsen, tout bâti de la rigueur scandinave et la maîtrise d’œuvre française à plusieurs têtes qui avance, recule, … Toutes ces chicaneries, les modifications des plans, des matériaux ont eu raison de l’architecte qui a démissionné. Il est vrai que, dès départ, les dés étaient pipés : on ne marie par l’eau et le feu.

L’aventure n’est pourtant pas terminée. Les veilleurs que sont Lion, Dauge et Subileau, présents dès les débuts, veillent sur la pérennité de l’édifice. Subileau le dit « Ce bâtiment est maudit. On a engendré un monstre. C’est un monument d’une sérénité absolue mais il reste marqué par son enfantement terrible. Il a été laissé en déshérence ». Quant à Andreu, il « est le premier à le regretter, l’édifice en tant qu’édifice reste un monument vide : c’est un ouvrage remarquable mais sans fonction forte ni sens. « Un objet pur, quoi ». »

Laurence Cossé est arrivée à faire de cette aventure une véritable saga, un roman à suspens. La Grande Arche n’est absolument pas roborative malgré le sujet. De petites piques ironiques, caustiques, des digressions littéraires, étymologiques (par exemple sur l’arc) ou ethnologiques (le faucon pèlerin) émaillent le livre.

« Si l’Arche est ce qu’elle est, cette Port »e de Paris si puissante et si singulière, c’est que Spreckelsen était inexpérimenté, déraisonnable, non conforme et d’une folle présomption. Les concours ouverts créaient des appels d’air, des appels de neuf, de risque. Ils donnaient sa chance à Icare ». Ainsi se termine le livre. Cette époque n’existe plus, les nouveaux projets sont avant tout faisables et sécuritaires, le rêve n’est plus primordial. Changement d’époque !

Mais tout n’est pas terminé pour l’Arche de la Défense. Espérons que des slogans publicitaires ne viendront pas abîmer ce beau monument et que la restauration pourra se faire sans l’abîmer.

Un grand Laurence Cossé, un coup de cœur pour moi.

J'ai eu le paisir de lire ce livre grâce à l'opération de Babelio, que je remercie vraiment, ainsi que les éditions Gallimard

Voir les commentaires

Nicolas de Crécy - La République du Catch

29 Novembre 2015, 14:37pm

Publié par zazy

La République du Catch

Nicolas de Crécy

Editions Casterman

Avril 2015

224 pages

ISBN : 9782203095588

 

4ème de couverture :

Chers membres de la République du catch ! L’avenir est aux jeux de hasard, à la congélation de cellules, aux technologies ludiques et aux expériences transhumanistes… Et ce futur qui s’ouvre à nous, mes amis, c’est bien à NOUS de l’écrire !

L’auteur (site de l’éditeur) :

Nicolas de Crécy est né en septembre 1966, à Lyon. Ses ouvrages de BD, d’illustration et de dessins lui ont permis d'imposer un style original et reconnu. Foligatto, paru en 1991, est une révélation, confirmée par la série Léon la Came, chez Casterman, qui lui vaut l’Alph’Art du meilleur album à Angoulême, en 1998. L’auteur ne cesse d’explorer de nouvelles pistes graphiques et narratives, ce qui débouche sur Période glaciaire, Journal d’un fantôme, ou encore Salvatore. Présenté en galeries et en salles de ventes, son travail a également fait l’objet de nombreuses expositions, notamment au Louvre. En 2015, il a sorti La République du catch, initialement créé pour le magazine japonais Ultra Jump.

============

Sur la demande d’un éditeur japonais de mangas, la revue « Ultra-Jump », Nicolas de Crecy se lance, monte sur le ring et créé cette histoire. Je n’y connais pas grand chose, mais il ne me semble pas que ce livre corresponde aux critères du manga japonais et, pour moi, c’est beaucoup, beaucoup mieux.

Question personnages, madame est servie. Quelle famille ! Un petit homme binocleux, un bébé méchant et méchamment surdoué, c’est peu de le dire, des gangsters plus vrais que nature dirigeant un club de catch où les sportifs ont eu le cerveau lavé (tiens, ça me rappelle quelque chose de terrible) et sont prêts à tout, je dis bien tout pour leur mentor, des ectoplasmes ou quelque choses de ce genre… Bref, une belle galerie servie par un dessin tout en camaïeu de gris très efficace.

Mario, tout petit homme à grosses lunettes possède un magasin de pianos. Son grand ami est un manchot mélomane qui fait avancer le piano lorsqu’il en joue. Mario est follement amoureux de Bérénice, catcheuse dans le club de son frère et son neveu. Oui, mais voilà, elle n’aime pas les minus, il lui faut du costaud, de l’armoire à glace, même si derrière le tain, il n’y a que le vide sidéral. C’est ainsi, la vie est vraiment male faite !

Le neveu, Enzo de son prénom, veut récupérer le magasin pour le transformer… Lire la 4ème de couverture. C’est cette bataille du vice contre la vertu, du bien contre le mal, denla mafia contre la probité, de la musique contre le bruit que Nicolas de Crécy raconte et dessine.

Je me suis retrouvée dans une ville ressemblant à Paris-Manhattan, flirtant avec le surnaturel.

Dans ce livre d’images se côtoient une certaine poésie, beaucoup de choses étranges, une énigme qui se dévoile petit à petit (c’est beaucoup mieux ainsi) quelques personnages très émouvants comme le petit homme ou les ectoplasmes.

Le bien a gagné devant le mal ? pas certain car les derniers dessins appellent une suite à ce feuilleton. Oui, car cela tient du feuilleton à la Dumas tout comme j’ai pensé à L’Eternel de Joann Sfar. La mafia sicilienne peut être transposée en yakusas japonais, découverts dans « Les évaporés ».

Ce livre d’images de 224 pages, un manga à la française me direz-vous ? Que nenni ! (quoique je ne connaisse par le monde du manga) du dessin, du beau, du léché. C’est dynamique, c’est superbement maîtrisé, du travail d’orfèvre. Les dessins racontent l’histoire de ce polar à la limite (souvent franchies) du fantastique. C’est de la dynamite. Je n’ai pas aimé, j’ai adoré.

La couverture amovible cache, sur sa totalité, une vignette en couleur, superbe. OK, je me répète, mais que voulez-vous, je fus enthousiasmée. J’ai ri, j’ai haussé les sourcils, j’ai vécu ce livre, moi la néophyte en ce domaine.

Vraiment merci Babelio de m’avoir permis cette découverte. La République du Catch fait partie de la sélection du prix SNCF du polar

 

        

Voir les commentaires

Marin Ledun - L'homme qui a vu l'homme

24 Novembre 2015, 23:25pm

Publié par zazy

 

L’homme qui a vu l’homme

Marin Ledun

Editions J’ai lu

Janvier 2015

508 pages

ISBN : 9782290078785

 

4ème de couverture :

Pays basque nord, Janvier 2009. La tempête Klaus vient de s’abattre sur la façade atlantique. Les rumeurs autour de la disparition d’un militant basque, Jokin Sasco, enflent. Iban Urtiz, reporter, comprend que cette affaire n’est pas un cas isolé. La jeune Eztia, sœur du disparu, lui ouvre les portes d’un monde de mensonges et de trahisons où enlèvements, tortures et séquestrations sont devenus les armes de l’ombre. Tandis que deux tueurs tentent d’étouffer la vérité, la vie d’Iban bascule dans une guerre sans pitié qui ne dit pas son nom.

L’auteur  (blogue Marin Ledun):

Né en 1975 en Ardèche, ingénieur de recherches en sciences humaines et sociales sur l’industrialisation des rapports sociaux, le contrôle social et les technologies de l’information et de la communication, Marin Ledun vit à Grenoble.
Citoyen engagé dans le mouvement social radical, déjà auteur de nombreux articles et ouvrages de recherche, marathonien, peintre et guitariste, Modus Operandi est son premier roman.

==========

Dès la première page, je suis dans le bain, plutôt dans la Mégane ou la Corsa. Le livre démarre sur les chapeaux de roues ; « les pneus qui crissent sur le bitume gelé. »

Tout au long de cette histoire, il ne faudra pas se fier à ce que l’on voit ou sait. Iban Urtiz, dont c’est le premier emploi, en est le parfait exemple. Son nom, basque, ne signifie rien puisque, élevé par sa mère en Savoie, il ne connait pas du tout la région et encore moins le parler basque. C’est un « erdaldun » pur jus. Le rédacteur en chef de « Lurrana » lui confie l’enquête sur la disparition d’un jeune basque Jokin Sasco. Pour ce faire, il doit faire équipe avec Marko Elizabe, autre journaliste du canard qui, lui, est un basque pur jus, un « abertzale ». Comme toutes les cohabitations, celle-ci sera ardue, d’autant que Marko travaille dans son coin sur cette disparition. Mais, est-il net ?

Nous voici au cœur de la guerre sale entre l’ETA, les polices espagnoles, françaises et…. quelques mercenaires, nom moins sympathiques à mes oreilles que barbouzes.

Je découvre un récit haletant, parfaitement ficelé, d’une écriture sans fioriture au pays où un kidnapping de membres vrais ou supposés de l’ETA, s’appelle « l’incommunication ». Drôle de mot pour ce que subissent ces personnes. Tortures en tout genre, viol, dépersonnalisation… c’est sûr qu’il y a de l’incommunication entre les tortionnaires et les séquestrés !

En plus d’être un thriller, c’est un livre politique où je fus déroutée, effrayée, scandalisée. Il y a de la matière, c’est dense. Marin Ledun me fait découvrir cette lutte basque où tous les coups sont permis, où Iban Urtiz doit toujours avoir en mémoire ces termes « A qui profite le crime » pour essayer d’avancer. Marin Ledun offre une belle photographie des luttes. Pourquoi tant de mois avant la reconnaissance de la mort ? Que font ces espagnols à traquer les membres de l’ETA sur le sol français ? Pourquoi l’on tourne toujours autour du pot, les autorités françaises ferment-elles les yeux sur tant d’exactions ? Pourquoi ces tortures en France pour des raisons politiques (enfin officiellement) ?

Marin Ledun flirte avec les frontières au propre comme au figuré. Elizabe, on ne sait pas trop de quel côté il se situe si ce n’est qu’à des lieues d’Urtiz, quoique… La police joue un double jeu, le procureur n’est pas net du tout, même les séparatistes éditent un communiqué pouvant laisser à penser. Bref, tout le monde sait quelque chose mais personne n’ose dire les mots par peur de... Je ne parle même pas des mercenaires à la solde du gouvernement espagnol qui n’ont plus aucune « justification » puisque le GAL est déjà dissout lors de « l’incommunication » de Jokin Sasco.

Elizabe et Urtiz ont cherché la vérité, s’en sont approchés, s’y sont brûlés. Pourquoi ? Pour rien.

Dernier paragraphe du livre : « Le jour de mon inhumation, alors que les vers et l’oubli achevaient de se partager mon cadavre, aucune des personnes présentes n’imaginait un instant que j’étais mort pour rien. Voilà pourtant la seule vérité qui vaille d’être inscrite sur ma tombe. » Dont acte. Cette fin amène, pour moi, la chanson de Brassens :

« O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds!
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort
lente »

Superbe bouquin que j’ai lu grâce à Babelio et qui fait partie de la sélection du Prix SNCF du Polar 2016

 

Voir les commentaires

Shmuel T. Meyer - La bouche ouverte

13 Octobre 2015, 14:14pm

Publié par zazy

La bouche ouverte

Shmuel T. Meyer

Editions Serge Safran

octobre 2015

184 pages

ISBN : 9791090175396

 

4ème de couverture :

Théo aime Caroline, Gabriel aime tante Ingrid, Ingrid aime l’amour et Fanny la vie.

Un siècle, deux générations, trois familles aux destins mêlés ; l’une juive, les deux autres pas. La ville de Genève, son lac, sa nostalgie, et la gourmandise, beaucoup de gourmandise entre les pages.

À chaque chapitre, un aliment typique évocateur de souvenirs ou d’aspirations : tapioca, longeole, gratin de cardons…

Récit émouvant et drôle de plusieurs femmes et quelques hommes attachants, parfois désarmés devant la providence et la puissance d’une histoire qui leur échappe.

Amours, suicide assisté, gastronomie, coffre-fort et secrets de famille… Une sacrée et savoureuse cuisine !

L’auteur (site de l’éditeur) :

Shmuel T. Meyer est né à Paris en 1957. Après une jeunesse nomade en Suisse, Grande-Bretagne et Italie, il s’installe en Israël puis en Europe. Cet exilé de Jérusalem, amant de Genève, à la fois kibboutznik, journaliste et traducteur, a publié quatre ouvrages chez Gallimard et un aux éditions Metropolis de Genève.

=============

Dès le premier plat, me voici plongée dans mes souvenirs d’enfance. Le gros édredon, le poêle unique, le linoléum, les fleurs de givre sur la fenêtre, le lit en fer et le tapioca (pour moi, c’était de la semoule au lait)… Je trempe ma madeleine, non dans le tapioca, mais dans mes odeurs et sensations enfantines. Nos souvenirs, les bons comme les mauvais, sont souvent liés aux papilles.

Chaque chapitre porte le nom d’un plat et le livre se termine par du champagne ; Normal pour une belle fin. Les souvenirs sont faits de la vie quotidienne avec ses joies, ses peines, ses trahisons, ses deuils…

Les personnages sont attachants ; plusieurs se détachent de leurs liens familiaux (j’aime jouer avec les mots) suite à des attachements hors nature pour leurs milieux sociaux.

Toute la vie est dans ce livre, les amours adultères, la relation amoureuse tante-neveu, la religiosité, le conformisme de certains, l’ennui, l’amour, la gourmandise, le suicide assisté… Beaucoup d’émotions, de poésie, de vie dans les souvenirs de trois familles suisses, liées entre elles où je passe de la bigote à la femme adultère, du parvenu au « vrai bourgeois » (ici j’ai pensé à Brel et Brassens), des portraits de famille, des situations familiales d’où émergent la beauté d’âme d’Anna, Fanny qui en vieillissant a renoncé aux amants mais pas à la séduction.  Et Genève ! Surtout ne pas oublier Genève. Anne dit « Genève c’est comme un ventre ». Odile Ferrard, veuve Reymond « considérait Genève comme son berceau ». Tous y vivent ou y reviennent, berceau de la famille oblige. Genève comme une matrice où ils aiment se lover mais d’où certains s’expulsent.

De la nostalgie teintée d’ironie, c’est certain, de la tristesse, non.

Un livre gourmandise. J’ai aimé me promener dans Genève avec eux, revisiter leurs vies. La musique des mots de Shmuel T. Meyer me fait penser au cinéma de Lelouch.

Je vous l’ai dit, dès le début. Ce livre fut comme une madeleine que j’ai grignotée la bouche fermée pour ne pas mettre mes miettes de gâteau dans la vie des personnages de Shmuel Meyer.

Pour finir, cette belle phrase : « Lorsque je les serre dans mes bras, je sais exactement ce que vivre peut vouloir signifier. Ça semble idiot, mais c’est un sentiment électrique et multicolore si puissant qui traverse alors ma peau, ma chair, mes viscères, mes os, jusqu'aux nerfs de mes yeux qu'il me force à ouvrir la bouche pour ne pas le laisser tout consumer en moi.» Et si c’était ça la vie et si c’était ça le livre de Shmuel T. Meyer.

Toujours cette couverture orange si douce au toucher. Merci Monsieur Meyer pour votre gentille dédicace.

J’ai lu ce livre grâce à l’opération de Babelio que je remercie pour cette lecture au goût, pour moi, de semoule au lait.

Avant qu’elle ne parte je l’avais implorée de ma petite voix de tête, de me préparer un bol de tapioca salé au beurre jaune. Je m’y brûlais le palais, ce qui pouvait expliquer les larmes qui submergeaient mes yeux et la morve qui me coulait du nez.

Amos et Sarah étaient assis sur le lit, lorsqu’Anne absorba les cachets que l’infirmière avait préparés. Ils lui tenaient les mains lorsqu’elle ferma les yeux en se forçant à sourire la bouche ouverte.

L’herbe coupée ne fait pas dans la séduction mais dans l’agression. Elle saoule, elle n’enivre pas, ignore le chuchotement, elle affirme. Elle n’est pas une effluve, elle est odeur. Elle est la même partout, elle ne connait pas les nuances

Notre Dieu n’est pas particulièrement sympathique sans vouloir tomber dans un anthropomorphisme que vous allez me reprocher dans les prochaines minutes. Il a changé le règles du jeu en définissant très clairement, trop clairement je dirais, le bien e le mal, l’autorisé et l’interdit. L’humanité n’avait pas besoin de connaître les dix commandements, sans parler des centaines d’autres qui en découlent selon vous et vos collègues.

La tragédie de l’humanité ce n’est pas la mort, c’est tout ce charabia éthique qui nous prend la main de la naissance au tombeau.

Voir les commentaires

Lorenzo Lunar - Coupable vous êtes

17 Juin 2015, 10:53am

Publié par zazy

Coupable vous êtes

Lorenzo Lunar

Editions Asphalte

Traduit de l'espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy.

Juin 2015

140 pages

ISBN : 978-2-918767-48-0

 

4ème de couverture :

Santa Clara, ville de province cubaine. Le cadavre d’un caïd est découvert non loin de la gare routière. L’arme du crime étant un marteau de cordonnier, le commissaire de quartier Leo Martín soupçonne tout de suite son ennemi juré, Chago Le Bœuf, dont c’est la profession. Sauf que celui-ci vient de lui-même au poste pour déclarer le vol de l’outil… puis il annonce qu’il souhaite collaborer avec la police sur cette affaire. Sa piste : les prostituées.
Aux côtés d’un Leo Martín toujours en proie à ses démons, le lecteur découvre la vie des jineteras, jeunes femmes vendant leurs charmes aux hauts fonctionnaires cubains comme aux touristes, à travers une galerie de personnages féminins aux caractères bien trempés. L’une d’elle pourrait bien être impliquée dans le meurtre…

l'auteur :

Lorenzo Lunar est né à Santa Clara en 1958. Après des incursions en poésie et en science fiction, il décide d'écrire sur ce qu'il connaît le mieux : son quartier. C'est le début des aventures de Léo Martín, dans Boléro Noir à Santa Clara, puis La vie est un tango (sélectionné pour le prix Violeta Negra 2014) et Coupable vous êtes... Lorenzo Lunar tient également la librairie La Piedra Lunar à Santa Clara.

===========

 

Cher Léo Martin,

Je suis très heureuse de vous retrouver dans de nouvelles aventures, moi qui vous ai connu grâce à un tango. Maintenant, nous passons au boléro que vous écoutiez avec Tania. Quoi, Luisa et vous c’est terminé ?? Tania, la sensuelle putain est entrée dans votre vie et… vous êtes tombé en amour, mais bon, il y a aussi Raquelita « Cette fille, elle me fout des frissons, et la trique. »

Je ne suis pas ici pour parler de votre vie privée, quoique vous en fassiez étalage très facilement et qu’elle est intimement mêlée au crime que vous devez élucider. Toujours prêt à soulever une bouteille de rhum quelle que soit sa qualité, toujours prêt à remuer la fange de votre quartier pour débusquer le ou les coupables, toujours à user de votre lyrisme pour nous parler des femmes ou des putains de votre quartier. Et puis y a Fela votre mère, à la santé si fragile, votre colonne vertébrale, votre sécurité. Cette mère, es-maître du système débrouille, avec des créations culinaires à faire pâlir un maître queux « Depuis que la période spéciale a commencé, ma mère ne pense qu'aux stratagèmes auxquels elle doit recourir pour mettre quelque chose sur la table. Elle a déjà expérimenté un tas de recettes alternatives – du hachis de peaux de bananes, des écorces de pomelo panées aux allures d'escalopes. Tous les deux jours, avec un stoïcisme olympien, elle fait la queue devant la rudimentaire presse à hamburger pour pouvoir, carte d'identité en main, acheter des steaks hachés à base de soja, de sang de taureau et de viande maigre »

El Condado, votre quartier est très « vivant », tant que l’on ne reçoit pas un coup de surin ou que l’on ne se fasse pas écraser la tête avec un marteau de cordonnier. Comme dans les petits bleds de campagne, tout le monde sait tout ou n’importe quoi et diffuse des informations parcellaires. Chago le Bœuf, cordonnier de son état, oui, le marteau vient de son échoppe, est passé maître dans cet art de la divulgation à énigmes.

« Ma vérité devient finalement la vérité ». Une petite pichenette à toutes les magouilles qui cernent votre vie.

Vous retrouverai-je un jour au détour d’une page ?

 

Quel plaisir de retrouver Lorenzo Lunar ! Son lyrisme lorsqu’il parle des femmes. Son amour pour ce quartier, sa plume qui glisse sur l’arc-en-ciel du lyrisme avec l’ironie qui lui sied, sait être crue, très vivante, émouvante, violente comme son pays. Il dépeint les petits et grands travers des cubains, le système politique (Le sauvetage des toties est un petit moment d’anthologie politique.)

Plus qu’un polar, surtout ne pas oublier l’intrigue, c’est un roman social noir. Noir de la misère quotidienne des habitants de ce quartier, surtout en cette « période spéciale »  où la prostitution règne, où le système D est omniprésent, les magouilles quotidiennes. Lorenzo Lunar, comme Elisabeth Alexandrova-Zorina avec « Un homme de peu » et la Russie actuelle, nous offre une vue plongeante et sans concession sur la vie et les mœurs de son pays.

Merci à Babelio et son opération masse critique qui m’ont permis de retrouver, avec un grand plaisir, une nouvelle enquête de Léo Martin

Les Editions Asphalte, m’ont régalée avec « La vie est un tango » de ce même auteur et « Avaler du sable » d’Antonio Xerxenesky, un western tout aussi déjanté. Une maison d’édition à suivre !

 

Dans le quartier, la mort est chose quotidienne. Rien de plus naturel à ça.

Voir les commentaires