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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #68 premieres fois

Delphine Coulin - Une fille dans la jungle

17 Septembre 2017, 19:49pm

Publié par zazy

 

Une fille dans la jungle

Delphine Coulin

Editions Grasset

Août /2017

240 Pages :

ISBN : 9782246814344

 

4ème de couverture :

«  Cela ressemblait moins que jamais à une jungle, ou alors une jungle froide, de bois et de boue, avec des animaux crottés, et des monstres de métal au loin, sous le crachin. Pas le genre qui fait rêver, avec les perroquets et les feuilles vertes et grasses, où on transpire dans une odeur d’humus. Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait pas un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six.

Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde.  »

L’auteur (site de l’éditeur) :

Delphine Coulin est écrivain et cinéaste. Ses cinq livres : Les Traces (2004), Une seconde de plus (2006), Les Mille-Vies (2008), Samba pour la France (2011), et Voir du pays (2013), ont tous eu un succès critique et public, et sont traduits dans une dizaine de langues. Elle a aussi coréalisé avec sa sœur, Muriel Coulin, six courts-métrages et deux longs-métrages : 17 Filles, sélectionné au Festival de Cannes 2011 à la Semaine de la Critique, sorti en salles dans une vingtaine de pays, et Voir du pays, sélectionné au Festival de Cannes 2016 dans la catégorie Un Certain Regard, où elle a obtenu le prix du meilleur scénario.

 

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« Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait par un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Rien n’avait de couleur. C’était gris. Ça puait la fumée et les ordures. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six. »

 

Ils sont six, si jeunes gens, encore des enfants à assister au démantèlement, à la déforestation de la jungle de Calais, de l’intérieur.

Ils sont six dont deux filles qui ont quitté l’enfer de leurs pays ou pour éviter le pire.

Ils sont six à rêver d’Angleterre.

Ils sont six à se serrer les coudes, à avoir refusé de monter dans un car pour aller… trop loin de l’Angleterre.

Ils étaient six : deux gars, deux petits, deux filles. Une troupe en guenille qui marchait presque en rythme. »

Ce sont encore des enfants, mais ils ont affronté le pire.

Hawa vient d’Ethiopie où elle a connu une enfance heureuse, la préférée de son père « qui était fier d’avoir une fille aussi intelligente et courageuse qu’un garçon ». Une fois le père mort, la mère s’empresse de la marier avec un vieux. Hawa veut être libre, alors, elle part de chez elle.

« Elle avait treize ans et personne n’aurait pu lui reprocher de ne pas imaginer tout ce qui allait suivre ».

A treize ans, elle est vendue plusieurs fois avec tout ce qui va avec.

« C’était juste avant d’arriver en Europe, où tout irait bien ».

Elira vient d’Albanie « Elle avait presque quinze ans, la vie devant elle ». Violée par son père au vu et aux su de tous, elle s’enfuit et se retrouve prisonnière d’une maquerelle, obligée de faire la pute au noir puis dans un bordel.

Hawa, Elira, Milad et son frère Jawad (neuf ans), Ali, Ibrahim ne veulent pas la quitter « leur » jungle, ne veulent pas être séparés. Ils se tiennent chaud ensemble. En attendant, ils survivent dans un trou à rats, ou un autre, mangent à même la boîte de conserves lorsqu’ils en dénichent une en fouillant les reste de la jungle dévastée.

Pourtant, ils ne se savent pas en sécurité, traqués, comme des bêtes, par les policiers, les hommes en noir, les trafiquants en tout genre, surtout genre humain. La nuit, les deux filles se mettent des couches pour ne pas aller aux toilettes.

Ils voudraient tant partir de la jungle pour arriver en Angleterre, leur Eldorado, même s’ils sentent confusément que ce ne sera pas un havre de paix et de prospérité. C’est tout ce qui leur reste, cet espoir si minime soit-il.

Ils vont de désillusions en désillusions, de catastrophes en catastrophes et ils restent debout.  Malgré la boue, les immondices où ils doivent se cacher, ces gosses restent humains, terriblement humains malgré tous les pièges et arnaques qui visent à leur ôter leur humanité, à les anéantir. Pourtant, la ville et ses lumières ne sont pas loin d’eux. « Chaque lueur qui vacillait au loin était une fête possible, une maison où d’autres enfants dormaient. »

Bénévole à la CIMADE, Delphine Coulin a écrit ce court roman à charge où la désillusion, la colère, la déception, la peur, la solitude, le froid, la colère  habitent ces six jeunes gens qui ont eu la « mauvaise idée » de vouloir fuir la mort dans leurs pays, d’avoir eu l’espoir en un autre lieu meilleur.

Une fille dans la jungle, un livre écrit à hauteur des enfants, les pieds dans la fange avec des mots qui frappent et sonnent juste. Elle rend leur humanité à Ali, Elira, Hawa, Ibrahim, Milad et le petit Jawad.

Une lecture marquante qui ne s’oublie pas. Découverte Explolecteurs  Lecteurs.com

 

 

 

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Ludovic Ninet - La fille du Van

8 Septembre 2017, 14:51pm

Publié par zazy

La fille du van

 Ludovic Ninet

Editions Serge Safran

Août 2017

208 pages

ISBN : 979-10-90175-71-6

 

4ème de couverture :

Sonja, jeune femme à la chevelure rousse, fuit son passé militaire en Afghanistan et lutte contre ses cauchemars. Elle se déplace et dort dans un van. Tout en enchaînant des petits boulots, elle erre dans le sud de la France.

Échouée à Mèze, dans l’Hérault, elle rencontre Pierre, ancien champion olympique de saut à la perche, homme aux rêves brisés. Puis se lie d’amitié avec Sabine qui la fait embaucher dans un supermarché, et Abbes, fils de harki au casier judiciaire bien rempli.

Entre Mèze, Sète et Balaruc-les-Bains, sur les bords de l’étang de Thau, tous les quatre vont tenter, chacun et ensemble, de s’inventer de nouveaux horizons, un nouvel avenir.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Ludovic Ninet est né à Paris en 1976. Il a exercé le métier de journaliste pendant quinze ans. Il vit aujourd’hui en Vendée.
La Fille du van est son premier roman.

 

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Sonja vit dans son van. Un vieux véhicule tout cabossé comme elle. D’emblée, avec sa « chevelure rousse qui flambe sous la bruine », Pierre est attiré par elle, il conviendrait mieux de dire aimanté « par cet animal nocturne en plein jour, angoissé et sans repères ». Une pancarte autour du cou, elle mendie pour manger, agressive  « belle gueule, mais gueule cassée ».

 Elle fuit les images, les souvenirs. Mariée, un enfant, elle fuit une première fois parce qu’elle ne supporte pas le naufrage de son mariage, son amour finissant,  son mari qui n’a jamais travaillé, ne plus lutter seule pour faire tourner la famille, payer les traites. Elle s’engage en tant qu’infirmière, c’est son métier, en Afghanistan. Elle a vu beaucoup de ses compagnons mourir dans une embuscade où elle a côtoyé l’horreur. De retour en France, le stress post-traumatique lui donne des hallucinations, elle ne supporte même plus son fils et fuit une fois de plus pour ne pas imposer ses délires à sa famille. Dans son van, elle se bourre de comprimés de Lexomil arrosés d’alcool ; ainsi, elle peut pendant quelques heures, chasser les images qui la hantent.

« Une fusillade la réveille.
Elle sursaute, ça tire, ça canarde, elle cille pour émerger et déjà sa bouche colle, c’est la nuit, Sonja, comme toujours les insurgés attaquent la nuit. Elle cherche les balles traçantes mais n’en voit aucune, craint les impacts de roquettes, retient son souffle, d’où tirent-ils, les ordures ? Nouvelle rafale. Elle plaque les mains sur ses oreilles, va pour s’allonger sur la banquette ou mieux, se blottir contre les pédales. Mais elle entend des rires. Pas des cris, des rires, des rires d’enfants. Elle se redresse, risque un regard circulaire. Jamais les enfants ne riaient pendant que ça tirait.
Il ne pleut plus. Elle reconnait l’étang de Thau. Elle aperçoit, au bord de l’eau, un groupe de jeunes adolescents qui font exploser des pétards. On est samedi soit.
Quelle conne.
Elle se gifle. Quelle conne tu fais, répète-t-elle, elle tremble encore, ne se pardonne plus, ne se supporte plus. »

Un grand résumé de sa vie actuelle, son incapacité à revenir à sa vie d’avant, d’avant la guerre, les morts, les fusillades, à ne pas revivre les images de morts et de mutilés.

Pierre, ce colosse aux pieds d’argile fut champion du monde de saut à la perche. Il a côtoyé les anges et la chute fut dure

« Après la médaille d’or ? C’est la fin du voyage. Il y a le grand saut. Puis tu retombes. Et ça peut faire très mal… Je suis aspiré vers le haut mais dessous je sais qu’il y a le vide. »

N’oublions pas Abbes et ses cicatrices jamais entièrement refermées de fils de harki. Il a subi jusqu’à se rebeller et faire plusieurs détour par la case prison.

Ils se soutiennent, évitent de peu des naufrages, espèrent encore et toujours, même Pierre y a cru un instant. Pourtant, les mots ne sortent pas ou difficilement, il y a encore et toujours la détresse, la solitude, le passé, les blessures, ce qu’ils voudraient oublier. Malgré cela ils avancent et de la mort jaillit la vie.

Tout ceci pourrait n’être qu’un mélo, mais Ludovic Ninet ne s’est pas achoppé à cet écueil. Son écriture est dense, ses phrases sonnent juste, alternant atrocité, sensualité, tragique, douceur, espoir et beauté. Une écriture sans fioriture, journalistique (métier de Ludovic Ninet) pour parler des cauchemars de Sonja

Un premier roman époustouflant où Ludovic Ninet sonde l’intime de ces survivants de leur passé qui ne se laisse pas oublier. Une superbe chronique sur des gueules cassées qui essaient grâce à l’amitié et l’amour de fendre l’armure de mort-vivant pour essayer tout simplement de vivre.

Un nouveau petit bijou des Editions Serge Safran et un coup de cœur pour moi.

 

«Elle sait qu'elle perd la boule, le mal n'est pas visible, il ne lui manque ni bras ni jambe, juste une case que la guerre lui a prise, mais qui va la croire ? Un trou s'est ouvert en elle. »

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Clarisse Gorokhoff - De la bombe

1 Septembre 2017, 13:38pm

Publié par zazy

De la bombe

Clarisse Gorokhoff

Editions Gallimard

Mai 2017

272 pages

ISBN : 9782072723858

 

 

4ème de couverture :

Dans un luxueux hôtel d’Istanbul, Ophélie a posé une bombe. Une bombe, elle rêve aussi d’en être une aux yeux de Sinan, cet amant qui n’a de cesse de la rabaisser. A-t-elle vraiment appuyé sur le détonateur? En tout cas, le monde a tremblé, et la jeune femme doit désormais se cacher.

Mais que fuit-elle vraiment? Sur les routes brûlantes qui longent la mer Égée, Ophélie se laisse emporter par les caprices d’un hasard burlesque. Confrontée au poids des morts et à la violence des vivants, elle a encore bien des rencontres à faire, des pièges à déjouer, des doutes à éclaircir.

 

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 « Il était une fois seulement, dans un splendide palais sur les rives du Bosphore, une jeune femme qui s’apprêtait à poser une bombe…
Le splendide palais sur les rives du Bosphore, c’est l’hôtel Four Seasons Bosphorus, répertorié dans tous les guides d’Istanbul. La jeune femme, elle, n’est répertoriée nulle part, pourtant je la connais bien ‒ il s’agit de moi. »

Cette phrase « n’est répertoriée nulle part » n’augure rien de bon pour cette jeune femme qui, dès le début du livre, ne sait où se situer.

Ophélie, jeune française passe sa vie à l’hôtel Four Seasons Bosphorus, au bord de la piscine ou dans la chambre, pardon, la suite 432. C’est là qu’elle retrouve son amant, Sinan, riche homme d’affaires louches qui adore rabaisser son entourage et Ophélie en tout premier lieu.

« Ma seule obsession était de plaire, plus que de raison –à la folie, si possible- à cet homme. »

Dans la suite 432, elle rencontre Derya, femme de chambre et plus si affinité. La jeune kurde  et Ophélie se lient. Derya lui raconte sa vie, sa famille, ses frères morts ou emprisonnés… et la bombe arrive entre les mains d’Ophélie
 

Qu’est-ce qui pousse Ophélie, à déposer  la bombe, non pas à « Tarabaya, au pavillon Huber, ou le président séjourne en ce moment », mais au bord de la piscine du Four Seasons Bosphorus, et ainsi, en détourner le message politique?

De retour chez elle, elle affronte sa voisine pour une fuite d’eau. A partir de cet instant, les évènements vont s’accélérer et elle va se retrouver en cavale avec un mort dans sa voiture.

 

Entre deux « actions » Ophélie se raconte, raconte sa vie avec son amant, ses débauches, et aussi, les abandons successifs de sa mère qui l’ont totalement déboulonnée. Il n’y a en elle que des ruines sur lesquelles elle ne peut s’appuyer pour avancer.

Ophélie est une chose, un instrument, une marionnette actionnée par d’autres. Derya, la kurde qui lui demande de poser la bombe. Sinan, son amant qui n’a de cesse de la rabaisser… Il n’y a qu’Eliot, mais elle l’abandonnera, trop prise dans le maelstrom qu’elle a créé sans le vouloir.

Ophélie fuit encore et toujours que ce soit dans l’alcool, les drogues, l’amour, sa façon de se comporter, son besoin de sensations fortes. L’impression qu’elle se laisse balloter par les vagues de ses rencontres qui peuvent tourner au meurtre

« Je déteste la sobriété. Quand elle n’obstrue pas  complètement les idées, celles-ci affluent sombres et tranchantes, et je ne sais pas quoi en faire. »

Je reconnais une belle écriture, Clarisse Gorokhoff ose la crudité sans vulgarité, le texte est alerte, quelque fois bouleversant, drôle, ironique. Pourtant, je n’ai jamais trouvé un endroit où m’accrocher à Ophélie. Fidèle à ses cavales, elle m’a fui.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Claire Gondor - Le coeur à l'aiguille

24 Juillet 2017, 20:35pm

Publié par zazy

Le cœur à l’aiguille

Claire Gondor

Editions Buchet-Chastel

Collection Qui Vive

Mai 2017

ISBN 978228030547

 

4ème de couverture :

 

« Alors elle l’a préparée, jour et nuit, sa robe de mariage, avec ses mots à lui, et si elle le pouvait, elle les coudrait à même sa peau, elle se les tatouerait à l’aiguille et au fil, sur les seins et sur les hanches, pour en sentir la morsure, pour ne jamais être distraite de lui. »

 

 Banlieue parisienne, années 2000. Soir après soir, Leïla se penche sur son chef-d’œuvre d’encre et de papier : une robe constituée des cinquante-six lettres que lui a adressées Dan, son promis parti au loin. 

 

 Au fil des chapitres se dessine la trame de leur histoire commune : leurs rencontres, leur complicité, leur quotidien, les petits riens qui donnent à tout amour son relief si particulier. Chaque missive fait ressurgir un souvenir, un paysage, une sensation, qui éclairent peu à peu la géographie de leur intimité passée.

 

Un premier roman délicat où l’on suit l’aiguille qui raccommodera le cœur meurtri d’une jeune fiancée.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

 

Claire Gondor est née à Amiens et a grandi à côté de Dijon. Elle est aujourd’hui directrice de médiathèques à Langres. Elle a fondé en 2014 une compagnie de création d’événements littéraires, L’Autre Moitié du Ciel. Elle est par ailleurs engagée dans de multiples associations, à titre personnel ou professionnel : ainsi a-t-elle fait partie de la Commission Communication de l’Association des Bibliothécaires Français, et elle est toujours au bureau de l’ABF Bourgogne.

 

Le Cœur à l’aiguille est son premier roman

 

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Le livre de Claire Gondor fait écho à celui de Pierre Cendors « Minuit en mon silence » et la longue lettre du lieutenant allemand ferait un beau voile à la robe que coud Leïla.

Leïla, jeune afghane et Stan, jeune homme au regard vert ont eu le coup de foudre l’un pour l’autre. L’une enthousiaste et l’autre taiseux se complètent et s’aiment.  Je comprends que Stan est militaire, parti pour une guerre dont il ne reviendra pas. Leïla, sa jeune fiancée a décidé de coudre, sur sa robe de mariée, ils devaient s’unir pendant une permission, les courtes missives qui lui envoyaient son amoureux.

« Cinquante-six bouts de papier ; cinquante-six fragments blancs, sept mois de vie à distance, de serments de miel échangés, entre Khartoum et Paris. »

Pour ce faire, il faut qu’elle soit seule. Personne ne doit voir, personne ne doit savoir, personne n’a le pouvoir de l’aider. Seule sa tante saura trouver les mots et le livre de poèmes.

« Quels mots pour parler de l’absence, de cet espace inhabité où elle se tenait à présent ? Et ce projet fou, sa tentative à elle pour combler le vide, pouvait-il être compris ? C’était rigoureusement impossible. Leïla tissait son cocon à l’abri des regards. Toute intrusion menaçait son équilibre »

Leila coud

« fil noir au chat de l’aiguille dans la main tatouée de Leïla… Les mêmes gestes tous les soirs, les mêmes mains et leurs aiguilles, et cette robe qui s’évase sur le mannequin du salon, et cette boîte qui se vide, soir après soir, dans le silence.

A l’inverse de Pénélope, elle sait que son amour ne reviendra jamais de là-bas, de la guerre.

C’est sa façon de s’unir à Stan, sa façon d’accepter l’inéluctable, sa période de deuil à elle, toute seule dans son appartement, sa façon de faire face

« La vie n’attendait pas que Leïla se relève. Il fallait construire à présent, et rassembler les morceaux de son existence en miettes. Les reprendre à l’aiguille, les ramasser au fil, en suivant les courbes d’un patron de robe. Suturer la douleur pour la faire taire enfin. »

Claire Gondor a bâti, avec ses mots, une robe d’amour, un livre sur le deuil très beau, bouleversant, fragile comme les lettres cousues par les mains de Leïla.

Je termine ma première saison 68 premières fois sur un superbe roman.

 

 

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Dominique Costermans - Outre-mère

12 Juillet 2017, 11:38am

Publié par zazy

 

Outre-Mère

Dominique Costermans

Editions Luce Wilquin

Février 2017

176 pages

ISBN 978-2-88253-529-0

 

4ème de couverture :

Outre-Mère est moins le récit de la véritable histoire de Charles Morgenstern, juif, bruxellois, enrôlé dans l’armée allemande puis indicateur au service de la Gestapo, que celui de son dévoilement, malgré le silence imposé qui règne encore dans sa famille deux générations plus tard. Que faire des secrets ? De la famille, de la guerre et de ses monstres ? Du silence de la mère ?

Ces questions provoquent tout autant l’enquête de Lucie que l’écriture envoûtante de ce texte.

Le paradoxe de ce roman, son paradoxe passionnant, c’est que le secret le plus crucial apparaît moins dans une révélation – vite livrée au lecteur – que dans les moments anxieux, obstinés et rebondissants de son dévoilement tentaculaire.

Il en résulte un étrange passage de la souffrance et du silence à la délivrance de la mère comme de la narratrice – et du lecteur.

 

Dominique Costermans est l’auteur d’une demi-douzaine de recueils de nouvelles. Elle signe ici un premier roman au style clair et à l’architecture subtile.

 

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Lorsque l’on faisait sa communion solennelle, Il fallait choisir des images pieuses parmi tout un lot présenté par nos parents. Lucie est convoquée dans le bureau de son père pour faire cela. Le texte est déjà choisi. Il est inscrit au dos d’une image « Hélène Morgenstern, en souvenir de la première visite de Jésus dans mon cœur, le 30 mai 1946 ». Il n’y aura que le nom à changer.

Alors, Lucie demande :

- C’est qui, Hélène Morgenstern ?
La question a fusé, mais la réponse de Maman aussi, d’un petit ton sec que Lucie connaît bien.
« C’était une amie de classe », dit-elle, indiquant que la conversation s’arrête là.

Pourquoi porte t'elle le même prénom que sa mère, quelles étaient leurs relations pour qu’elle ait gardé l’image de communion et veuille le même texte pour ses images de communion à elle ? Que de questions dans la tête de la petite fille. Oui, Lucie voudrait en savoir plus sur cette amie de sa mère qu’elle n’a jamais rencontrée, dont sa mère n’a jamais parlé. « D’ailleurs, elle ne parle jamais d’avant »

« Lucie sait que dans cette famille, il y a des questions à ne pas poser et des sujets à ne pas aborder. Mais c’est la première fois qu’elle en prend conscience. »

Lucie voudrait bien connaître ce qui est arrivé à ses grands-parents, mais toujours la même réponse de sa mère : « pas question ! »

Adulte, pour arriver à ses fin, savoir ce qui se cache derrière ce silence obstiné, Lucie va devoir ruser, passer outre-mère, outre l’obstacle de sa mère et essayer de vider l’outre qui gonfle et étouffe sa mère

« Ma mère use avec nous de ce procédé qui a muselé toute une génération après la guerre, celle des rescapés, celle des revenus de l'enfer, celle des enfants cachés, celle des survivants. De tous ceux qui tentaient de raconter leur épouvantable histoire et qu'on a fait taire d'un "Tu n'as pas à te plaindre; au moins, toi, tu es vivant". Ils avaient survécu, leur souffrance était inaudible: on les priva de parole. Ou ils se résignèrent d'eux-mêmes au silence. »

Est-ce la douleur  de la disparition ? Ses grands-parents sont-ils morts dans les camps ? Petit-à-petit, j’apprends que non. Pas de résistants, pas de héros, mais un grand-père, Charles Morgenstern, juif,  qui collabora activement avec les autorités allemandes en dénonçant des réfractaires au travail obligatoire, voire des juifs. Il s’est enfui en Allemagne.

« Vous avez obligé sa mère (la grand-mère de Lucie) à partir pour l’Allemagne alors que l’enfant avait juste quatre mois. Il n’était même pas sevré. Mais bien sûr, de cela vous ne vous êtes pas vanté. »

La narratrice se découvre toute une famille car  son grand-père a eu une vie amoureuse compliquée avec maîtresses et enfants de plusieurs lits.

 

Lucie ne cache rien de ses recherches, ne met pas sous le boisseau la noirceur de son grand-père qui tombe du mauvais côté parce que « l’armée belge n’a pas voulu de lui ».

« La frontière est parfois mince entre ce qui fait qu’un homme devient un héros ou un traître. Combien se sont trouvés du côté des bons ou des méchants juste parce qu’ils avaient fait un choix d’opportunité qui, en fin de compte, leur a ouvert un destin ? »

Lucie a remué beaucoup de documents, casser la gangue, fait quelques dégâts. A la veille d’écrire un livre sur ses recherches, elle se demande qu’elle sera la réaction de ses amis juifs lorsqu’ils découvriront le document.

"Je l'écris pour Hélène. Je l'écris contre son gré.
J'écris aussi cette histoire pour mes enfants. Je l'écris pour mettre à plat, comprendre, reconstituer, mettre de l'ordre. Pour transmettre."

« Dans les caves de cette histoire dont personne ne m'a donné les clés, j'ai trouvé des cadavres et des monstres ; quelques trésors, aussi. J'ai trié, rangé, empaqueté, nettoyé les toiles d'araignée et chassé la poussière. »

Seront-elles pus heureuses, plus apaisée après ? Rien n’est moins sûr  pour sa mère. Pas facile d’officialiser être la fille d’un salaud. J’avais rencontré ce thème avec  « Trompe-la-mort – Les carnets de Pierre Paoli, agent français de la Gestapo » de Jacques Gimard ».

Une écriture efficace, sans fioriture, quelques fois poignante sans être larmoyante, juste, dense. Un livre fort, un très bon premier roman sur les secrets de famille.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

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Laetitia Colombani - La tresse

27 Juin 2017, 22:04pm

Publié par zazy

La tresse

Laetitia Colombani

Editions Grasset

Mai 2017

224 Pages :

ISBN : 9782246813880

 

4ème de couverture :

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

 

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.

 

Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

 

Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.

 

Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs métrages. A la folie pas du tout  et  Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La tresse  est son premier roman

 

 

Pour confectionner une tresse, il faut trois mèches de cheveux, trois fils. Dans son livre Laetitia Colombani tresse la vie de trois femmes, trois lieux, trois vies pour une histoire de chevelure pas tirée par les cheveux. Oui, il fallait que je la fasse, vous connaissez mon goût pour les jeux de mots douteux !

Ce qui les relies, c’est leur soif de liberté, leur désir de prendre leur destinée à bras le corps.

 

Smita vit en Inde, à Badlapur. Intouchable elle est, Intouchable elle reste. Son travail, son darma depuis l’âge de six ans ? « Elle ramasse la merde des autres à mains nues, toute la journée »

Elle a décidé que sa fille ne serait pas comme elle et qu’elle irait à l’école pour sortir de sa condition

Giulia vit en Sicile à Palerme et travaille avec son père où ils « récoltent » les cheveux chez des particuliers ou chez les coiffeurs. Giulia n’a pas son pareil pour débusquer le cheveu blanc. Son père, victime d’un accident de la route est dans un coma profond. Elle décide donc de prendre le manche de l’entreprise et découvre avec effroi que l’entreprise est en faillite et doit relever le défi de la pérennité.

Montréal, Canada, Sarah,  avocate réputée à la veille d’être associée  au cabinet qui l’emploie apprend qu’un cancer a fait son nid en son sein. Cette femme d’affaires douée, divorcée, mère de deux enfants a tout misé sur sa réussite professionnelle. KO debout à l’annonce de son cancer, elle décide de mettre son opiniâtreté à faire reculer le crabe et vivre.

Oui, ces trois femmes décident de ne pas accepter, de dire non à la fatalité, de se battre pour un avenir meilleur, ou autre.

Leurs histoires se tressent pour une fin que je ne dévoilerai pas.

Laetitia Colombani avec son  écriture directe, un brin idéaliste, plein d’humanité, d’espoir, a concocté un roman qui fait du bien, ceci dit sans ironie, agréable à lire.

Ce n’est pas un roman inoubliable, plutôt un livre à lire dans un train, en vacances pour passer un instant agréable et positiver.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Cécile Balavoine - Maestro

27 Juin 2017, 08:29am

Publié par zazy

Maestro

Cécile Balavoine

Mercure de France

Avril 2017

224 pages

ISBN : 9782715245440

 

 

4ème de couverture :

C'est tant de joie, ces trois premiers accords qui font résonner toute ma chambre, les phrasés qui s'envolent, les triolets qui glissent et qui m'emportent avec eux au-delà du jardin, la partition bordée d'un liseré vert, baroque. Dessus, on lit le nom de Wolfgang Amadeus Mozart. Wolfgang Amadeus Mozart. Ce nom-là, je le répète dans ma tête, ça ne fait plus qu'un seul et très long mot, dur à dire, pareil qu'Azay-le-Rideau. Volfgangamadéoussemozare, Volfgangamadéoussemozare.

     À neuf ans, Cécile découvre la musique de Mozart, et c’est une révélation. Certains enfants s’inventent des amis imaginaires, d’autres vouent un culte à des personnages de fiction. Pour la petite Cécile, le plus grand des héros s’appelle Mozart ! Elle l’aime sans partage et comme un dieu.

     Devenue journaliste, la passion de Cécile demeure intacte. Elle a désormais une connaissance intime de l’œuvre de Mozart. Le jour où elle doit interviewer un chef d’orchestre de renom, elle ne sait pas que sa vie va basculer. Au bout du fil, la voix du maestro la trouble comme l’avait troublée et envoûtée la musique de Mozart des années auparavant… Mais tombe-t-on amoureuse d’une voix, fût-elle celle d’un grand maestro ?

     Maestro est le premier roman de Cécile Balavoine.

Cécile,

Dès les premiers mots, dès l’introitus, je suis happée, conquise. Vous débutez par  votre entretien téléphonique avec le Maestro

« Dans votre voix j’ai huit ans, Maestro…. Et je ne sais pas pourquoi. »

Aussitôt les souvenirs arrivent.

A neuf ans, sur le piano, que vos parents ont acheté pour combler le vide et votre ennui, vous « balbutiez une sonatine » et vous découvrez la joie, vous découvrez Volgangamadéoussemozare, vous entrez en Mozartie, novice en cet ordre musical.

Si jeune et déjà emplie de LUI, même pas peur du Requiem,

« Le calme déchirant des toutes premières mesures ne m’effraie pas. Ni les cordes et les cors en longues plaintes traversées soudainement par la violence des trombones. Je n’ai pas peur en écoutant la fugue sévère du Kyrie eleison ou bien les voix implorantes, donnne-leur, donne-leur le repos éternel. Sans doute parce que, comme tout enfant, sortant à peine de ce néant qui s’éloigne en se rapprochant toujours plus, je sais d’instinct que c’est de là que nous venons. Que c’est vers là que nous tendons. »

Si jeune est déjà si pénétrée par ces choses là

« Dans cette musique, je reconnais que la mort sera belle, et qu’elle sera vivante. »

« Dans cette musique, je reconnais que la mort sera belle, et qu’elle sera vivante. »

Vos parents acceptent votre passion et la nourrisse de disques, de livres, de séjours à Salzbourg.

Pour rester dans votre passion, vous apprenez l’allemand à l’école et continuez vos études à Salzbourg, Sa ville tant honnie et aimée, où vous faites des pèlerinages. Partie aux Etats-Unis, vous rompez avec votre petit ami qui est plus jazz que Mozart.

Votre conversation téléphonique avec le grand chef d’orchestre va chambouler votre vie.  Là, oh surprise, une osmose se créé entre vos deux voix, la magie opère et vous voilà sous le charme de sa voix. Une histoire d’amour à distance, pas facile de vous retrouver, empreinte du même respect envers Mozart. Une passion qui vous rapproche de Mozart  « Désormais,

« Désormais, pour moi, c’était par vous qu’IL revivait. »

Je ne vous ai encore pas parlé de ce père que vous aimez et qui sait vous blesser. Souvenez-vous de l’arrivée de Lucie, votre petite sœur.

« Le souvenir qui me reste est que je rends papa malade. »

Ou cette phrase entendue

« Cécile c’est l’ombre, la cécité. Lucie, c’est la lumière »

« Il m’ouvre les yeux sur ma propre noirceur devant un homme que je ne connais même pas. Je suis l’obscurité. »

Pas facile, à quinze ans, d’écouter cela

Pas facile cette vie autour et pour Mozart. Pas facile de dire aux copines de classe que vous avez un poster de Mozart dans votre chambre. Pas facile tous ces rendez-vous manqués avec SA musique. Pas facile d’être habitée par LUI. Pas facile de sentir, comme une évidence, le fait de connaitre, de reconnaître des lieux où IL a vécu. Pas facile de vivre sa foi, car Mozart est Dieu pour vous qui le portez au Pinacle. Maestro ne serait-il pas sa réincarnation ? Hou, ma chère Colette, tu blasphèmes ! Disons le passeur, le trait d’union entre vous et LUI. Les  sentiments que vous vous portez au Maestro ont besoin de l’enveloppe charnelle, de la communion de vos deux corps, mais saurez-vous vous trouver ou vous retrouver dans cette évidente passion de « La juxtaposition du sensuel et du sacré » ?

« Vous prononcez des mots très beaux. Les mots ivresse, lumière et plénitude ».

Maestro a prononcé les mots qui peuvent dépeindre votre relation à Mozart.

 

Cécile Balavoine, merci pour ce livre très abouti et sensuel, à la fois limpide, fou, mystérieux, évident, amoureux, magique, doux, tumultueux qui aboutit à l’ivresse.

Un coup de cœur

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Sarah Barukh - Elle voulait juste marcher tout droit

20 Juin 2017, 14:50pm

Publié par zazy

Elle voulait juste marcher tout droit

Sarah Barukh

Editions Albin Michel

Février 2017

432 pages

ISBN : 9782226329769

 

4ème de couverture :

1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre cachée dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras.

C’est le début d’un long voyage : de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance.

Comment trouver son chemin dans un monde dévasté par la guerre ? Avec une sensibilité infinie,  Sarah Barukh exprime les sentiments et les émotions d’une enfant prise dans la tourmente de l’Histoire.

Un premier roman magistral.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Depuis l’enfance, Sarah Barukh a toujours aimé les histoires, celles qu’on lui contait ou celles qu’elle s’inventait. Elle a longtemps travaillé dans la communication, la production audiovisuelle et éditoriale. Elle voulait juste marcher tout droit est son premier roman.

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Mai 1943. Je découvre Alice, petite fille de 6 ans, laissée par sa mère, en nourrice chez Jeanne dans un petit village pyrénéens où elle va traverser la guerre. Jeanne son seul point d’ancrage qui répond à toutes les questions de l’enfant pas « Parce que c’est la guerre ». D’autres questions affluent lorsque, en 1946, sa mère, aussi maigre qu’un fantôme la récupère pour l’emmener à Paris. Une seconde vie s’offre à elle, où elle voit survivre et souffrir sa mère. Troisième départ lorsque sa mère est hospitalisée, presque mourante. Cette fois, direction les Etats-Unis chez son supposé père… Et d’autres péripéties.

Une lecture  émouvante, voire lacrymale. J’aurais préféré que l’auteure s’arrête plus profondément sur les personnages de Jeanne et de la mère revenue des camps et que le livre se termine là. Les péripéties américaines sont trop invraisemblables et la fin  un peu trop téléguidée.

Sarah Barukh sait très bien raconter de belles histoires car, à peine commencé, j’ai su que je ne fermerai pas la lumière tant que je n’aurai lu le denier mot. Pourtant c’est une lecture en demi-teinte. J’attends le second livre !

 

 

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Aure Atika - Mon ciel et ma terre

14 Juin 2017, 11:56am

Publié par zazy

 

Mon ciel et ma terre Aude Atika

Editions Fayard

Février 2017

208pages

ISBN : 9782213688756

 

4ème de couverture :

« J’ai aimé ma mère, follement. Je l’ai cajolée, protégée. Je lui chantais des comptines de couleur, bleue, ou rose selon l’humeur, pour la rassurer. Je l’épaulais lors de ses chagrins d’amour, j’assistais, déboussolée, à ses crises de manque. J’étais parfois la mère de ma mère… Pourtant, je l’admirais plus que quiconque, je ne l’aurais à aucun moment échangé contre une autre. Maman, elle n’avait pas peur de se bagarrer avec ses pieds et ses mains, ni de claquer la porte aux nez de ses amants. Maman, elle partait en pleine nuit faire la fête, elle m’emmenait dans des dîners de grands en plein Saint-Germain des Prés, à la Coupole ou au Flore, alors que nous vivions dans de petits appartements faits de bric et de broc. Ma mère était bohème. Elle était mon ciel et ma terre. Elle était mon Ode. Tout un poème. »

 

Aure Atika est comédienne, scénariste et réalisatrice. Elle oscille entre films d’auteur (Jacques Audiard, Abdellatif Kechiche, ou Stéphane Brizé) et productions grand public (La Vérité si je mens, ou OSS 117). Mon ciel et ma terre est son premier roman.

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Je ne vais pas au cinéma, ne regarde que peu la télé, alors Aure Atika, je ne connais pas.

Aure raconte son enfance avec une mère célibataire, Odette Atika, dite Ode, qui l’aimait, c’est certain, mais très bohème attirée par l’extérieur comme un papillon par la lumière,  femme des années soixante-dix, années de drogue, liberté, communautés, indouisme… D’ailleurs, la gamine n’aime pas que l’on qualifie sa mère de junkie

« Je ne veux pas réduire ma mère à quelques traits, à quelques mots ni adjectifs. Elle était mieux que tout ça ».

Ode (tout un poème !) est une mère fantasque. Elle peut laisser sa fille toute la nuit seule à la maison et, lorsqu’elle revient, au petit matin ne comprend pas les angoisses de sa fille

« Mais qu’est-ce qui t’arrive ? J’étais juste allée chercher des bonbons, tiens regarde ! »

Mouais, Aure voit bien que sa mère

« est encore dans sa nuit, dans une autre énergie, avec d’autres ou un autre. Elle ne veut pas revenir à moi. Pour un peu elle balaierait mes pleurs d’un geste. Pour un peu, je l’agacerais à gâcher son flottement bienheureux. »

Alors, elle prend ce qu’elle a à lui offrir, c’est à la fois peu et beaucoup.

Aure n’a pas eu une vie de petite fille « normale ». Les rôles sont inversés, elle est la mère de sa mère

« Ce n’est pas elle, qui se levait rarement avant midi, qui se débattait dans ses projets qui ne restaient qu’à l’état d’ébauche, ce n’est pas elle qui pouvait me guider vers l’âge adulte. »

Pourtant, elles s’aiment, il y a beaucoup d’amour entre elles deux… Quand elle est présente, physiquement et mentalement.

Ce livre est une ode à sa mère

"Ode était mon ciel et ma terre. Elle était mon ode. Tout un poème."

Que rajouter après une telle déclaration !

Aure Atika a eu une enfance bohème, le mot est faible, sans repères ou avec des repères plus élastiques. Grâce à leur amour, elle a pu se construire pour devenir l’adulte qu’elle est. Comme quoi, l’amour permet à un enfant de se construire (pensez à Folcoche !)

L’écriture est plaisante, mais je suis souvent restée à l’extérieur.

 

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Jacky Durand - Marguerite

6 Juin 2017, 15:39pm

Publié par zazy

Marguerite

Jacky Durand

Editions Carnets nord

janvier 2017

240 pages

ISBN : 9782355362330

 

4ème de couverture :

Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.

Un roman d’une grande sensibilité sur la révélation à soi d’une femme seule pendant la guerre, sur l’affirmation de sa liberté aux heures les plus sombres de son siècle.

Le premier roman de Jacky Durand.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jacky Durand est journaliste et chroniqueur gourmand à Libération. Il aime le bleu de Gex, la marche en ville et en forêt, Simenon et Maxime Gorki. Quand il ne travaille pas, il écoute les conversations de bistrot. Il est l’auteur de Cuisiner, un sentiment (2010).

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« Pensez donc, elle a couché avec les Allemands, Marguerite. C’est écrit en gros sur son front et ses joues : trois croix gammées peintes avec le trait épais et gras du goudron encore tout frais».

mâles ont chopé deux femmes, dont Marguerite, accusées d’avoir couché avec l’occupant. Ces hommes qui la tondent se prétendent de la résistance, mais certainement juste après le départ des allemands ! Mais là n’est pas l’argumentaire du livre de Jacky Durand.

Après cet épisode, nous remontons le temps. Août 1939, Marguerite est heureuse, elle vient de se marier avec son homme, Pierre. Un bonheur qui ne durera qu’un mois.

« La guerre va frapper à leur porte, Marguerite le sait, Pierre sait qu'elle sait mais ils n'en parlent pas. Le silence est la plus supportable des complicités. »

Pierre part au front, enfin là où on l’envoie dans cette drôle de guerre. Commence le mal de l’absence du corps de Pierre, l’ennui, la lente descente dans la solitude.

« C’est le vide et le silence qui se sont engouffrés entre les murs. Tout est devenu froid, inanimé. »

Une petite éclaircie avec une permission volée et des retrouvailles teintées de gris un soir de Noël, puis plus rien, il est prisonnier quelque part.

Heureusement quelques figures bienveillantes mettent un peu de bleu dans son ciel gris. Raymonde la receveuse des Postes, entrée en résistance, lui propose des heures de ménage. Ce sera sa première décision prise sans en référé à son homme. Germaine sa vieille voisine, tant détestée aux heures heureuses, la soutient.

André, un jeune gitan va lui permettre de redonner un peu de sens à la grisaille de sa vie.  Juste avant Noël,

« Un gamin rougeaud apparaît, il a les bras chargés de paniers en osier de toutes les ailles dont les anses strient sa pauvre veste rapiécée ». Après l’avoir refoulé, elle remarque que le gamin à la place de godasses « a les pieds enroulés de lambeaux de tissus crasseux maintenus par de la ficelle ».

Prise de pitié, elle lui achète un panier, lui offre un bon café chaud et une tartine beurrée, quelques provision et… la peau du lapin qu’elle vient d’écorcher. C’est leur première rencontre, mais pas la dernière. Un rituel se met en place ; chaque dimanche, il vient manger avec elle et repart avec nourriture et vêtements pour lui et sa famille qui vit dans une roulotte délabrée.

Un jour, elle découvre André chantant la Marseillaise à un soldat allemand ! Imaginez la scène ! C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Franz officier allemand, occupant...  Les clichés sur le boche en prennent un coup avec cet allemand qui prend André, un gitan, sous son aile, prenant le risque de se faire fusiller

«Plus courageux que la plupart de ses voisins. Elle veut savoir pourquoi il agit ainsi, à prendre des risques qui pourraient le mener au peloton d’exécution. ».

Petit à petit Marguerite découvre la liberté, s’enhardit, est capable de tenir tête au contremaître de l’usine où elle travaille comme un homme, accepte de déplaire aux autres, à ne pas être un mouton. Je la vois prendre de l’assurance au fil des pages. Le manque de Pierre se dissipe pour laisser place à un espace de liberté et une crainte du retour, quelque chose d’indéfinissable, même si elle pense que son Pierre n’est pas comme les autres 

« Mais Marguerite, elle, redoute qu’avec les hommes revienne la soumission »,

.Marguerite découvre la liberté de soi. Forte tête, elle a trouvé un certain équilibre dans la solitude, s’abrutissant des besognes autrefois accomplies par Pierre, elle y trouve beaucoup de fierté.

André satisfait son besoin de tendresse, de prendre soin de quelqu’un d’autre.  C’est osé, à cette époque, d’aider des gitans, alors voués aux camps d’internement.

Marguerite ne veut pas que je m’apitoie sur son sort et l’écriture de Jacky Durand par une certaine distanciation permet cela. Pourtant, à certains moments,  le voile se déchire et l’émotion arrive.

Une femme digne.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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