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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #2014

Benjamin Wood - Le complexe d'Eden Bellwether

2 Février 2017, 22:35pm

Publié par zazy

Le complexe d’Eden Bellwether

Benjamin Wood

Traduction Renaud Morin

Editions Zulma

512 pages

Août 2014

ISBN 978-2-84304-707-7

 

4ème de couverture :

Benjamin Wood signe un premier roman magistral sur les frontières entre génie et folie, la manipulation et ses jeux pervers – qui peuvent conduire aux plus extravagantes affabulations, à la démence ou au meurtre.

Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée de l’imposant campus, Oscar est irrésistiblement attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant d’une chapelle. Subjugué malgré lui, Oscar ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme attire son attention. Iris n’est autre que la sœur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique…
Bientôt intégré au petit groupe qui gravite autour d’Eden et Iris, mais de plus en plus perturbé par ce qui se trame dans la chapelle des Bellwether, Oscar en appelle à Herbert Crest, spécialiste incontesté des troubles de la personnalité. De manière inexorable, le célèbre professeur et l’étudiant manipulateur vont s’affronter dans une partie d’échecs en forme de duel, où chaque pièce avancée met en jeu l’équilibre mental de l’un et l’espérance de survie de l’autre.

L’auteur du Complexe d’Eden Bellwether manifeste un don de conteur machiavélique qui suspend longtemps en nous tout jugement au bénéfice d’une intrigue à rebonds tenue de main de maître.

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Oscar travaille dans une maison de retraite. En chemin, il est littéralement happé par le son de l’orgue et les chants d’une chorale, entre dans la chapelle, .où il rencontre Iris Bellwether qui changera complètement sa vie.

A partir de cet instant, il va fréquenter la famille Bellwether dont le frère Eden, celui qui l’a enchanté avec son orgue.

Un jeu, sorte de bizutage, où Eden hypnotisera Oscar et lui enfoncera un clou dans la paume. Eden est-il fou, mégalo, mage, pervers narcissique, affabulateur ?

Oscar décide d’entrer en contact avec Herbert Crest pour savoir et aider Iris.

Benjamin Wood, à l’instar de son personnage se joue de nous, nous manipule. Le début est un peu lent car je me demandais où l’auteur voulait en venir. Une fois harponnée, il m’a fallu aller jusqu’au bout, suivre les pistes vraies ou fausses, bref, passer une nuit blanche pour arriver au dénouement.

J’oscille entre l’humanité, la gentillesse d’Oscar et l’âme noire d’Eden. Entre Eden garçon de la haute friqué et Oscar qui doit subvenir à ses besoins. Eden soignerait les gens par ses pouvoirs et Oscar a le pouvoir de faire du bien aux gens qui l’entourent comme le Docteur Paulsen,  résident  de Cedarbrook, la maison de retraite où  travaille. Ange versus démon. Deux hommes qui cachent leurs failles, leur fragilité.

Un coup de cœur pour ce premier roman haletant qui jour sur l’ambigüité.

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Sandrine Bonini et Audrey Spiry - Lotte

30 Janvier 2017, 10:53am

Publié par zazy

Lotte Fille pirate

Texte Sandrine Bonini

Dessins Audrey Spiry

Editions Sarbacane

Mai 2014

Album à partir de 6 ans

ISBN : 9782848657028

 

Un album de grande taille et une petite fille blonde bronzée au sourire éclatant m’accueille et me donne très envie de l’ouvrir.

« Je m’appelle Lotte. Je suis une fille pirate. Tu penses peut-être qu’une fille pirate, si jeune, ça n’existe pas ? Bien sûr que si ça existe ! Je suis née ici, dans cette jungle. J’ai grandi dans une ferme reculée, au milieu des animaux sauvages. Moi aussi, après tout, je suis sauvage. »

Lotte se présente avec toute sa spontanéité et je sens l’éclat de rire dans ses paroles. Son grand ami s’appelle Igor le toucan, danseur virevoltant.

Ses parents habitent une ferme isolée dans la savane africaine et elle doit jouer seule, mais ce n’est pas du tout un problème pour elle. Elle a construit son repaire, superbement dessiné par Audrey Spiry,  juste à côté de la rivière. Elle récupère tout ce qu’elle trouve, on ne sait jamais. Lotte ne s’ennuie jamais, avec ses trouvailles, elle se fabrique de fabuleux costumes, se pare les lèvres du rouge de l’arbre à bisous. Oh ! comme j’aimerais en avoir un à la maison ! Danse avec Igor, discute avec la forêt entière…

Ce petit paradis bouscule lorsque ses parents lui apprennent qu’ils vont avoir des voisins. Alors, elle se sauve et passe sa première nuit dans son repaire. Et puis, l’orage….

Je n’en dis pas plus, à vous de découvrir ce bel album où l’écriture est soignée, les dessins colorés et superbes. Il souffle dans cet album un cyclone de plaisir.

J’ai fait une très agréable découverte grâce à l’opération organisée par Libfly voie des indés de janvier dont les éditions Sarbacane sont les invités.

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Robert Seethaler - Le tabac Tresniek

14 Août 2016, 20:15pm

Publié par zazy

 

Le tabac Tresniek

Robert Seethaler

Traduction d’Elisabeth Landes

Editions Sabine Wespieser

Octobre 2014

320 pages

ISBN : 9782848051673

 

4ème de couverture :

En août 1937, le jeune Franz Huchel quitte ses montagnes de Haute-Autriche pour venir travailler à Vienne avec Otto Tresniek, buraliste unijambiste, bienveillant et caustique, qui ne plaisante pas avec l’éthique de la profession. Au Tabac Tresniek, se mêlent classes populaires et bourgeoisie juive de la Vienne des années trente.
Si les rumeurs de la montée du national-socialisme et la lecture assidue de la presse font rapidement l’éducation politique du montagnard mal dégrossi, sa connaissance des femmes, elle, demeure très lacunaire. Ne sachant à quel saint se vouer avec Anezka, la jeune artiste de cabaret dont il est éperdument amoureux, il va chercher conseil auprès du « docteur des fous », Sigmund Freud en personne, client du tabac et grand fumeur de havanes, qui habite à deux pas. Bien qu’âgé et tourmenté par son cancer de la mâchoire, le professeur va finir par céder à l’intérêt tenace que lui témoigne ce garçon du peuple, vif et curieux.
Mais les temps ne sont guère propices aux purs et, dès mars 1938, l’Anschluss va mettre un terme brutal à l’apprentissage de Franz et à sa prestigieuse amitié. Otto Tresniek, peu disposé à boycotter sa clientèle juive, s’attire les foudres de la Gestapo, tandis que Freud se résigne à émigrer en Angleterre.
Par la grâce d’une langue jubilatoire, d’une intrigue où la tension ne se relâche pas, et de personnages forts et attachants, voici un roman qui se lit d’un trait. L’humour viennois d’Otto Tresniek et de Freud est la politesse du désespoir dans une société déboussolée où ils ne trouvent plus leur place. Pas plus que leur protégé, plein de vie et de poésie, qui tentera pourtant, fidèle à leur enseignement, de nager à contre-courant.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Robert Seethaler, 46 ans, également acteur et scénariste, vit entre Vienne et Berlin. Le Tabac Tresniek, son quatrième roman, a remporté dans les pays germanophones un grand succès, et en France un bel accueil critique et public. En octobre 2015, Sabine Wespieser éditeur publiera son nouveau livre, Une vie entière, paru à la rentrée 2014 en Allemagne, qui a valu à Robert Seethaler le statut de meilleur auteur de l'année décerné par les libraires d'outre-Rhin, et confirme la profondeur de son talent d'écrivain, capable de mener avec une grande simplicité son lecteur au plus près de ses émotions.

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Suite à la mort de l’amant de sa mère et donc, des subsides, Franz Huchel débarque à la capitale, Vienne, pour aider Monsieur Tresniek, vieil ami de sa mère qui possède un bureau de tabac-journaux. L’agitation de Vienne lui donne le tournis, mais il s’habitue très vite à son nouveau rythme de vie.

Parlons un peu de Monsieur Tresniek qui a perdu une jambe peinant la guerre de 14. Pas très causant le bonhomme, rien d’autre que son tabac ne compte. Pourtant il sait faire une petite place à Franz dans son local et dans sa vie.

Autour d’eux, la haine du juif est là, surtout lorsque Hitler arrive au pouvoir. Monsieur Tresniek ne veut pas manger de ce pain-là. Il paiera de sa vie son refus d’interdire son magasin aux juifs. Parmi ces hommes, il y a Freud. Le « docteur des fous » l’aidera à prendre conscience et confiance en lui. Je crois que Freud aime à se plonger dans la naïveté du jeune homme.

Cher Franz, vous êtes naïf, vous sortez vraiment de votre cambrouse ! J’ai souri de votre naïveté, de votre amourette avec Anezka, de si petite vertu. Pourtant, derrière il y a la situation politique de l’Autriche que vous suivez en lisant les journaux. Votre prise de position courageuse vous coûtera la vie. J’ai aimé votre bravade lorsque vous avez élevé le pantalon de Monsieur Tresniek à la place du drapeau à croix gammée.

L'écriture, donc la traduction, est alerte, vive. Un livre, lu d’une traite, qui parle, d'une plume faussement légère, de la résistance en Autriche ; il n’y eut pas que des bouchers délateurs, mais aussi des êtres qui ont résisté au nazisme.

 

 

 

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Jean-Pierre Minaudier - La poésie du gérondif

21 Juin 2016, 21:01pm

Publié par zazy

 

Poésie du Gérondif

Jean-Pierre Minaudier

Editions Le Tripode

Avril 2014
160 pages
ISBN : 978-2-37055-016-3

 

4ème de couverture :

Un éloge des grammaires, de la diversité des langues et des cultures du monde.

« Historien de formation, gros consommateur de littérature et de bandes dessinées depuis mon adolescence, j’ai, sur la quarantaine, traversé une drôle de crise: durant plus de cinq ans, je ne suis pratiquement arrivé à lire que des livres de linguistique, essentiellement des grammaires de langues rares et lointaines. Aujourd’hui le gros de l’orage est passé, mais je persiste à consommer nettement plus de linguistique que de romans. Je n’apprends pas ces langues: à part l’espagnol, l’anglais et deux mots d’allemand, je ne sais passablement que l’estonien, et je me suis quand même récemment mis au basque car c’est de loin la langue la plus exotique d’Europe. Mais j’en collectionne les grammaires — je possède à ce jour très exactement 1 1163 ouvrages de linguistique concernant 856 langues, dont 620 font l’objet d’une description complète. Je les dévore comme d’autres dévorent des romans policiers, comme le rentier balzacien dévorait les cours de la Bourse, comme les jeunes filles du temps jadis dévoraient Lamartine, frénétiquement, la nuit, le jour, chez moi, dans les diligences (pardon, le métro), en vacances, en rêve. Il y a longtemps en revanche que j’ai appris à m’en tenir à d’autres sujets dans les soirées en ville, car je ne tiens pas spécialement à dîner avec Lucullus. »

L’auteur :

Jean-Pierre Minaudier est né en 1961 à Lyon. Ancien élève de l'École Normale Supérieure, professeur d’histoire en hypokhâgne et khâgne, traducteur, il est également chargé de cours d’histoire estonienne et de traduction littéraire depuis l’estonien à l’INALCO et enseigne le basque à la Maison Basque de Paris. Son temps libre est assez compté.

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Gérondif (définition du petit Larousse) : En français, forme verbale terminée par-ant et précédée de la préposition en, qui sert à décrire certaines circonstances de l'action. (Le gérondif fonctionne comme un complément circonstanciel de cause, de concession, de condition, de manière, de temps ; son sujet sous-jacent est identique au sujet du verbe principal : En sortant, j'ai vu qu'il pleuvait.)

D’office je vais l’utiliser car, en lisant ce livre, il m’est souvent arrivé de sourire, voire rire, oh pas trop fort, j’étais dans un train.

La quatrième de couverture nous en apprend sur l’homme et son amour, que dis-je, sa gourmandise concernant la lecture et la linguistique. Cet amour, il le transmet dans son livre avec une verve, des trémolos dans les mots, un plaisir quasi charnel. Son livre, savant, érudit mais pas redondant, avec quelques piques bien senties « Et les Aztèques : qu’est-ce qui a bien pu pousser cette peuplade californienne à aller faire du tourisme au Mexique (je visualise un camping-car décoré de fleurs jaunes sur fond violet d’où s’échappe un air de Joan Baez, lancé à la poursuite d’un aigle entrevu dans un nuage de marijuana lors d’un trip particulièrement réussi), poussant même une reconnaissance jusqu’au Salvador (le fameux dialecte pipil) .

Vous apprendrez qu’en inuit « Tuktusiuqatiqarumalauqpuq » signifie « Il désira avoir un compagnon de chasse au caribou », que chidinaa'na'ibee'eldṍṍhtsohbikàà'dahnaaznilίgίi, « voiture qui glisse sur le sol avec de gros fusils dessus » parle en fait d’un tank !!

Ce fut un délice de lecture. Pierre Minaudier parle avec facétie de son amour des mots, des langues rares, des grammaires. J’aime son addiction. Ses déclarations d’amours dithyrambiques adressées aux éditions de Gruyter-Mouton trouvent leur acmé page 130. En voici quelques exemples sobres ! « Que tous les sains du paradis intercèdent en leur faveur au jour du jugement », « Elles sont le sel de la terre ! »

Un livre qu’il ne faut pas lire d’une traite, mais où il fait bon vagabonder, s’abandonner.

Jean-Pierre Minaudier a superbement traduit de l’estonien les livres d’Andrus Kivirähk, l’homme qui parlait la langue des serpents et les groseilles de novembre. La couverture est des mêmes auteurs.

Les cartes et les maquettes sont élaborées pour répondre à des besoins qui leur préexistent, tandis qu’une langue naît et se développe toute seule pour l’essentiel : c’est de manière imprévisible, incontrôlée qu’elle oriente notre regard sur les choses

Ainsi « tank » se dit chidinaa'na'ibee'eldṍṍhtsohbikàà'dahnaaznilίgίi, littéralement « voiture qui glisse sur le sol avec de gros fusils dessus ». Il est probable que dans la pratique, les Navajos recourent à l’anglais pour le genre de conversation où l’on a à mentionner un tank – C’est une bête question de sélection naturelle : le temps de s’écrier « Gare, le tank arrive ! », l’obstiné » navajophone est déjà réduit à l’état de crêpe Suzette, dans l’indifférence de ses compagnons d’armes plongés dans leur dictionnaire.

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Pascal Quignard - La frontière

2 Juin 2016, 14:02pm

Publié par zazy

l

 

 

La frontière

Pascal Quignard

Photos de

Postface de

Editions Chandeigne

154 pages

Janvier 2014

ISBN : 9782906462960

 

4ème de couverture :

Depuis cinq siècles, des carreaux de faïence poly­chromes à dominante bleue, les azulejos, sont omni­présents dans l’archi­­tec­ture portugaise. Le palais Fronteira, près de Lisbonne, construit vers 1665, en possède un en­­semble unique, du XVIIe siècle. Ce livre pré­sente un thème récurrent de l’ornemen­tation des jardins: le Bestiaire. Les animaux y tra­ves­tissent la vie quotidienne, allégories burlesques ou satiriques, présences silen­cieuses, in­quiétantes ou fantastiques, où se mêlent pro­vocations scatologiques, symbolique mystérieuse et paganisme occulte.

Fasciné par les lieux, Pascal Quignard a composé un récit, La frontière, qui res­suscite les énigmes des ombres bleues et les déchiffre dans l’histoire sanglante d’une double vengeance.

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Pascal Quignard s’est laissé envoûter par les azulejos, du palais de la Quinta dos Marqueses de Fronteira à Lisbonne. A t-il ressuscité les énigmes des ombres bleues comme le dit la quatrième de couverture ? S’est-il laissé emporter dans un récit ou se côtoient les frontières de l’amour, du désir, de la vengeance ? Les frontières du Portugal suite à sa victoire sur « la tyrannie infecte de Séville » ? Cela n’a pas d’importance. Il adapte son style à l’époque et commence ainsi son histoire : « En 1979, j’ai écrit que j’espérais être lu en 1640. 1640 fut l’année où le destin du Portugal se joua. » Une jolie pirouette. Nous sommes en 2016 et j’ai aimé cette lecture, l’écriture.

L’histoire ?

Monsieur de Jeaume n’a pu épouser la belle Mademoiselle d'Alcobaça et se venge en tuant son mari (crime parfait au demeurant). La veuve émue de cette amitié qui dure depuis son enfance (ne l’a-t-il pas fait sauter sur ses genoux alors qu’elle n’avait que deux ou trois ans) succombe et tombe dans les bras de Jeaume. Plein de forfanterie, celui-ci lui avoue son crime et la veuve trouve un châtiment pour venger la mort de son mari adoré. Pascal Quignard a brodé son histoire à partir des carreaux de faïence, comme le singe maître de musique, le barbier et toujours, alors que, dans les coins, humains, animaux défèquent. Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte.

L’histoire de Pascal Quignard est riche en personnages, descriptions, rebondissements, tout cela dans un style superbe pour très peu de pages. Les deux autres parties du livre ne sont pas en reste. Nicolas Sapieha et Paulo Cintra offrent une centaine de superbes photos du bestiaire, support à l’histoire racontée et José Meco narre l’historique du palais de la Quinta dos Marqueses de Fronteira et des azulejos sans que ce soit redondant.

« C’est pourquoi les animaux sur les azulejos ont pris le visage des hommes. C’est pourquoi au coin des fresques, à l’angle de ces murs, on voit des figures accroupies qui relèvent leur jupe et excrètent dans l’ombre. »

Un superbe livre des , lu dans le cadre de la voie des indés orchestrées par Libfly et les éditeurs indépendants. Soyez remerciés pour ce beau livre qui m’a permis de retrouver Pascal Quignard.

A découvrir.

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Edward Gorey - L'invité douteux

25 Mai 2016, 14:04pm

Publié par zazy

L’invité douteux

Edward Gorey

Traduction libre d’Oscar

Editions Le Tripode

48 pages

 23 octobre 2014

ISBN : 9782370550330

 

Quelle est cette étrange créature portant des baskets blanches et une écharpe qui fait irruption dans le manoir de ces aristocrates britanniques et rend leur vie impossible ? Dix-sept ans plus tard, elle est encore et toujours là ! Que représente-t-elle ? D’abord représente-t-elle quelque chose ?

Un album sur l’absurde où les textes résument les dessins. J’ai aimé le décalage entre la situation de cette espèce de pingouin en baskets et la douceur qui émanent des dessins, malgré la noirceur des traits de ces dessins à l’encre si précis qu’ils tirent vers l'eau-forte.

La couverture, elle, est très gaie

Livre lu dans le cadre de la voie des indés organisée par Libfly et les éditeurs indépendants. Merci à toi Lucie pour cette extravagante découverte.

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Sébastien Fritsch - Derrière toute chose exquise

26 Février 2016, 21:23pm

Publié par zazy

 

Derrière toute chose exquise

Sébastien Fritsch

Editions Fin mars début avril

Mars 2014

226 pages

ISBN 9782953767766

 

4ème de couverture :

Depuis près de vingt ans, Jonas Burkel photographie toujours la même femme ; seul le prénom change. Mais plus que les brunes longilignes au regard perdu, il semble que son vrai grand amour soit ses habitudes : ses disques de piano jazz, ses errances dans Paris… et ces corps féminins dociles et invariables.

La fille qu’il découvre dans un train de banlieue, accrochée à un roman d’Oscar Wilde, semble la candidate idéale pour prolonger la série : il oublie immédiatement son précédent modèle, imagine déjà sa nouvelle conquête devant son objectif, dans des rues sombres, sous la pluie, sous ses draps…

L'idée qu'une femme puisse refuser son petit jeu sentimental ne lui traverse même pas l'esprit. Mais comment pourrait-il deviner que, tout comme lui, la lectrice du train n’accepte aucune règle sinon celles qu’elle invente ? Et que tous ceux qui l’approchent doivent s’y plier ; jusqu'à y jouer leur vie.

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Jonas Burkel, photographe est passionné par un seul type de femme : brune, longiligne, au bord du précipice. Il aime les photographier dans des usines désaffectées. Un modèle chasse l’autre dans le cœur et le lit du photographe, jusqu’à ce que l’inconnue du Paris-Meaux arrive et prenne toute la banquette.

Jonas est un instable amoureux avec pour point d’ancrage son appartement. Son plaisir : regarder par la fenêtre un verre de Whisky à la main et la musique d’Oscar Peterson dans les oreilles, plutôt sur sa chaîne. Malgré toutes ses conquêtes, n’allez pas penser que c’est un tombeur. Il me parait plutôt ennuyeux dans son refus d’aimer, de donner, son silence quasi permanent, la monotonie de sa vie. Pourquoi Margot fait-elle le pied de grue devant son appartement et note tous ses déplacements ? Pourquoi Emmanuelle ne contient-elle pas sa joie et son orgueil de voir Jonas s’installer chez elle ?

« Assise droite comme un i sur une banquette orange, elle lit. Et c’est en la découvrant ainsi, absorbée par des mots, indifférente au monde, inconsciente du pouvoir qu’elle exerce, que je tombe amoureux. » Arrive celle qui lui fait oublier toutes les autres, celle à qui il voudrait donner. Comme aux autres, il lui refile sa carte.  Depuis ils jouent au chat et à la souris. Le chat étant, en l’espèce, une chatte et la souris un bon rat bien naïf. Quoique…

L’auteur plante le décor principal : l’appartement de Jonas et le canapé-lit rayé vert et blanc, un vrai personnage qui revient souvent comme le refrain d’une chanson.

La fin ? Surprise du chef de l’auteur ! Qui fait que, dans ma tête, je me suis offert tout le livre, en travelling arrière.

J’oubliais. Il y a des mortes, mais qui a tué ? Qui est coupable ?

J’ai retrouvé la distillerie d’indices, l’écriture imagée du « Sixième crime » au service de ou des énigmes. C’est le style de Sébastien Fritsch, son besoin ; nous accrocher, nous harponner.

Un conseil ami lecteur : ne brûle pas les étapes, prends le temps d’apprécier la distillerie, laisse Jonas et ses conquêtes s’installer dans ton esprit sans oublier la belle N.

 

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Michaël Uras - Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

2 Février 2016, 22:06pm

Publié par zazy

Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

Michaël Uras

Editions Christophe Lucquin

Mai 2014

224 pages

ISBN : 9782366260144

 

4ème de couverture :

Chroniques d'une enfance rythmée entre la Sardaigne, lumineuse, et le quotidien gris du nord de la France. On suit l'enfant qui découvre le monde, puis l'enfant dans son enveloppe d'homme qui tente d'y trouver une place. C'est un roman sur le souvenir, un roman de la nostalgie. A la question posée à la fin du livre, "La possibilité de n'être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils?", peut-être est-il sage de répondre par cette supposition : l'accès au bonheur ne serait-il pas favorisé par l'effacement des repères inculqués tout au long de l'enfance, et par la valorisation plus importante de nos rêves d'enfant?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Michaël Uras est né en 1977. Son père a fui la Sardaigne et sa misère pour s’installer en France. Il est très influencé par ses origines méditerranéennes. Il a grandi en Saône-et-Loire avant de suivre ses parents en Franche-Comté. Il a débuté des études de Lettres modernes à Besançon, et les a terminées à la Sorbonne…

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Le livre débute et finit par un chapitre portant le même nom : « Chronique ».

« Chronique, comme ces instants dérobés à l’oubli. Un fait, un geste, un mot entendu, prononcé, déformé en somme, pêché dans la tourbe de l’existence. », Jacques, (le même que dans « Chercher Proust ») vous vous êtes donc « collé à tout ça ». Le résultat, ce sont des souvenirs cahotant autour d’un calendrier très désordonné où, bien que nous ne soyons pas de la même génération, vous avez l’âge de mon fils, j’y ai trouvé quelques sensations, souvenirs de ma propre enfance ou adolescence. Ce qui montre l’universalité de ces états qui nous amènent de l’enfant à l’adulte. J’ai souri à vos petites couardises, j’ai eu une folle envie de gifler la voisine insultant le pane de la grand-mère ramené des vacances en Sardaigne chez vos grands-parents.

Jacques n’est ni gros ni petit, binoclard, ce qui est totalement rédhibitoire auprès des filles à séduire. Surtout, il aime lire. Il pousse le vice jusqu’à faire sonner son réveil une demi-heure plus tôt pour avoir le plaisir de lire. Il vit cahin-caha sa vie d’écolier puis de collégien. Ah, la journée découverte au côté de Volcan !

Le voici en train de passer l’ultime étape, enfin plutôt sa femme, qui fera de lui un père.

Chaque souvenir est une petite histoire qui peut être émouvante, rigolote, cocasse, tendre, nostalgique, beaucoup d’amour … Je suis passée par tous ces sentiments au fil des pages.

Cocasse ? La rencontre de ses parents… devant (si l’on peut dire) la vitrine du pâtissier.

Emouvante ? La dernière promenade en voiture de sa tante

Tendre ? Lorsqu’il compose un poème à la Eluard pour Mélanie.

Gaie ? L’histoire du berceau de son père, alors que le sujet n’a rien de drôle pour l’époque

J’ai aimé « Chercher Proust ». Je retrouve, dans ce nouveau livre, l’écriture simple, agréable, travaillée, alerte de l’auteur. Beaucoup de sourire, alors que la nostalgie est très présente (normal pour un livre de souvenirs).

« La possibilité de n’être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils ? » Prenez vos copies, vous avez deux heures pour développer !

Merci Michaël Uras pour cette belle lecture.

« Nos souvenirs flottent dans une pare poisseuse. A trop vouloir se pencher pour les appréhender, nous finissons par y tomber. Péché d’orgueil fatal. Désir d’embrasser le temps, désir d’omniscience, désir de puissance. »

« La possibilité de n’être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils ? »

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Charlotte Bayart-Noé - Noémie Barsolle - Litanies du lait

28 Janvier 2016, 22:04pm

Publié par zazy

 

Litanies du lait

Charlotte Bayart-Noé

Dessins Noémie Barsolle

Editions Rue des Promenades

120 pages

ISBN : 9782918804499260

 

4ème de couverture :

Elle dispose ses deux doigts (l’index et le majeur) de part et d’autre de l’aréole et semble sur le point de presser doucement en un geste, non d’amante mais de mère. Un geste ancien, qui me revient, que je sans dans mon épaule, mon coude, ma paume, mon torse, une image qui déclenche un flux, la mémoire d’un écoulement, d’un contact, d’un amour.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Elle voulait faire les Beaux-Arts, et puis elle est devenue ingénieur.

Nègre des lettres de motivation, des lettres de contentieux, des lettres d’amour du quartier, émerveillée par la poésie, fascinée par le paradoxe, gestionnaire et pilier de la fondation des éditions Attila puis éditrice et fondatrice de Rue des Promenades, elle aime les gens, les arbres, la dentelle et le lait. Elle parle d’elle-même à la troisième personne et ça la fait marrer.

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Grâce à la Voie des Indés, je marche et lis dans la Voie lactée de Charlotte-Bayart. Cet hymne au lait nourricier sorti du sein maternel ou du pis de la vache a l’odeur des petits déjeuners, des desserts, des rots du bébé, de la purée…

Le mot litanies est à prendre dans son sens premier à savoir prière ; il ne s’agit pas du tout d’une énumération ennuyeuse. Je réponds même à ses prières par mes propres souvenirs jaillissant du sein de ma mémoire.

De cette boisson universelle, Charlotte Bayart-Noé en fait la rivière de ses souvenirs. De l’allaitement de ses propres enfants jusqu’à leur départ, jusqu’au lait noir. S’y glissent, au détour des pages quelques recettes au goût d’enfance ou d’ailleurs.

Un petit livre pour une boisson qui a bercé notre enfance. Un liquide nourricier qui a abreuvé l’écriture tour à tour poétique, râleuse (un peu), fluide de Charlotte Bayart-Noé.

Les dessins de Noémie Barsolle, dans leur opulence, leur exubérance, collent parfaitement aux textes. Surtout, ne sautez pas la préface.

Encore une bonne rasade de plaisir grâce aux Editions et .

Allez, une dernière giclée pour la route : j’ai bu du petit lait avec ce livre.

 

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Joy Sorman - La peau de l'ours

25 Janvier 2016, 15:06pm

Publié par zazy

La peau de l’ours

Joy Sorman

Editions Gallimard

Août 2014

160 pages

ISBN : 9782070146437

4ème de couverture :

Le narrateur, hybride monstrueux né de l'accouplement d'une femme avec un ours, raconte sa vie malheureuse. Ayant progressivement abandonné tout trait humain pour prendre l'apparence d'une bête, il est vendu à un montreur d'ours puis à un organisateur de combats d'animaux, traverse l'océan pour intégrer la ménagerie d'un cirque où il se lie avec d'autres créatures extraordinaires, avant de faire une rencontre décisive dans la fosse d'un zoo.
Ce roman en forme de conte, qui explore l'inquiétante frontière entre humanité et bestialité, nous convie à un singulier voyage dans la peau d'un ours. Une manière de dérégler nos sens et de porter un regard neuf et troublant sur le monde des hommes.

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J’ai découvert Joy Sorman avec « Comme une bête » où elle fouillait l’animalité de l’homme, son rapport à l’animal par le biais du conte. Avec La peau de l’ours, je retrouve la plume puissante et évocatrice de l’auteur

J’ai eu une pensée pour « L’homme qui savait la langue des serpents » où les femmes de la forêt tombent sous le charme des ours. Là, un ours a rompu le pacte en enlevant et en retenant prisonnière Suzanne la plus belle jeune fille du village. Lorsqu’elle est retrouvée, 3 ans plus tard, crottée avec un marmot mi-ours, mi-homme accroché à ses jambes, Suzanne n’a aucun amour à attendre des villageois et, surtout de sa famille. Elle est expédiée, pire que pécheresse « Une folle doublée d’une sorcière qui a couché avec un ours, une créature du diable enchaînée à ses instincts les plus vils, une déréglée sexuelle qui copule avec les bêtes et pervertit la marche du monde » dans un couvent et son rejeton « De moi on ne sait que faire, on n’a pas le cœur de me tuer » vendu à un montreur d’ours.

Odyssée ponctuée de plusieurs propriétaires, de lumières et de spectacles… pour finir dans un zoo.

Avec La peau de l’ours, nous sommes dans le corps et le cerveau de ce mi-homme mi-ours. Il est vu comme un ours, intelligent certes, mais un animal alors que lui se sent, par ses propres réflexions, ses actes réfléchis plus humain. De plus, il marche principalement sur ses pattes arrières.

Joy Sorman questionne l’humain qui est dans l’animal et la bête qui est en nous. Issus du même règne, nous sommes si éloignés que toute réconciliation est vouée à l’échec. Cet ours en est l’illustration puisque monstre et classé dans les animaux.

"La peau de l'ours" questionne sur la condition de l'homme, en même temps que sur celle de l'animal. D'un côté les hommes, comme ces visiteurs du zoo, "qui se demandent en observant l'ours ce qu'ils ont gagné en s'éloignant de l'ours, ou du singe, ou au contraire ce qu'ils ont perdu". De l'autre l'animal, puissant mais toujours condamné à lui être soumis. Qu'est-ce qui fait de nous des hommes ? Que reste-t-il en nous de l'animal ? Qu'est ce qu'un "monstre" ?

J’ai aimé l’écriture nerveuse, imagée, charnelle, charpentée que j’avais découverte dans « Comme une bête ».

J’ai lu ce livre-conte philosophique avec un très grand plaisir. Joy Sorman, je vous donne rendez-vous au prochain livre.

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