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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #2012

Olivier Truc - Le dernier lapon

19 Janvier 2017, 14:41pm

Publié par zazy

Le dernier lapon

Olivier Truc

Editions Métailié

Septembre 2012

456 pages

ISBN : 978-2-86424-883-5

 

4ème de couverture :

Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor.
Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami. La mort d'un éleveur de rennes n'arrange rien à l'affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante. Mais à Kautokeino, on n'aime guère les vagues. Ils sont renvoyés à leurs patrouilles en motoneige à travers la toundra, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes.
Les mystères du 72e tambour vont les rattraper. Pourquoi en
1939 l'un des guides sami a-t-il confié à l'expédition française ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks traditionnels que chante le vieil oncle de Klemet ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et qui a l'air de si bien connaître la géologie de la région ? À qui s'adressent les prières de la pieuse Berit ? Que cache la beauté sauvage d'AsIak, qui vit en marge du monde moderne avec sa femme à moitié folle ?
Dans un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l'hypermodernité et de la tradition d'un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Olivier TRUC est né à Dax. Journaliste, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde. Spécialiste des pays nordiques et baltes, il est aussi documentariste. Il est l’auteur de L’Imposteur, du Dernier Lapon, pour lequel il a reçu entre autres le prix des lecteurs Quais du Polar et le prix Mystère de la critique, et du Détroit du Loup.

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Le livre commence par une poursuite mortelle. Nous sommes en 1693, en Laponie centrale. AsIak a juste le temps de cacher quelque chose de très précieux avant d’être rattrapé par les hommes du pasteur luthérien. Condamné à périr sur le bûcher -il ne veut pas abjurer sa croyance ancestrale- il aperçut la silhouette du jeune lapon qui paraissait tétanisée. Les flammes commençaient à le lécher. AsIak a le courage d’entonner un chant de gorge lapon que le jeune lapon comprit. « Il savait ce qu’il devait faire. Et ce que, après lui, son fils devrait faire. Et le fils de son fils. »

De nos jours, le 10 janvier. Les habitants de Kautokeino attendent, pour le lendemain, le retour du soleil « Demain, entre 11h14 et 11h41, Klemet allait redevenir un homme, avec une ombre. » Oui, la nuit polaire allait s’effacer à grand pas.

Pour Nina, la jeune collègue de Klemet, ce serait sa première fois. Ces deux-là font partie de la brigade des rennes. Ils patrouillent dans l’immensité blanche pour régler les conflits entre éleveurs, les vols de bétail… et sont la risée de la police locale, surtout Brattsen plutôt à l’extrême de la droite, ne supportant pas Klemet, le seul lapon d’origine de la brigade.

Un tambour de chaman ancestral est volé pendant la nuit, suivi par le meurtre d’un lapon solitaire et ivrogne. Les deux affaires sont-elles liées ? cCest ce que pensent Nina et Klemet qui enquêtent malgré les entraves.

Olivier Truc profite de cette recherche du criminel pour parler de la Laponie, convoitée pour la richesse de son sous-sol. L’affrontement entre les Samis qui voudraient une reconnaissance, voire une autonomie de la Laponie hors les territoires et l’extrême droite qui les considèrent comme une sous race est quelque chose que je découvre, comme Nina, originaire du sud, du pays des fjords.

L’âpreté du prête fondamentaliste qui a peur que la religion originelle des lapons ne vienne saper son œuvre, le jusqu’auboutisme de certains samis qui craignent de voir leur civilisation disparaître, la survie des éleveurs de rennes dans un milieu hostile, la montée de l’extrême droite raciste, la beauté pure et dure des paysages recouverts de neige, la nuit polaire… Olivier Truc mène si bien sa barque, pardon son motoneige que je n’ai pas lâché le livre avant que la dernière page ne soit tournée.  Ce fut une nuit blanche pour un livre parlant d’aurores boréales, du jour qui augmente jusqu’à la nuit blanche. La boucle blanche est bouclée et Aslak, le dernier lapon  « traditionel » disparait dans la tempête blanche.

Dire que ce livre dormait sur une étagère depuis sa sortie. La lecture commune avec les blogueurs de Babelio a été l’occasion de réveiller Klemet et Nina.

 

 

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Arnaud Dudek - Rester sage

29 Août 2016, 22:30pm

Publié par zazy

 

Rester sage

Arnaud Dudek

Alma Editeur

Janvier 2012

120 pages

ISBN : 9782362790096

 

4ème de couverture :

Enfant, il imaginait que, s’il restait sage, il réussirait sa vie. Grossière erreur.

À 32 ans, Martin Leroy perd tout du jour au lendemain, sa petite amie et son emploi.

Mais il décide de se battre, prêt à tout pour remettre sa vie dans le bon sens. Il glisse un marteau dans son sac et se rend chez son ancien patron, une idée derrière la tête. Heureusement, celui-ci est absent et Martin s’installe dans un bar, attend.

Il croise par hasard un ami d’enfance perdu de vue depuis des années, son antithèse a priori, nanti d’un travail, d’une fiancée ; lui sait comment occuper ses journées.

Leur rencontre nous donne l’occasion d’en apprendre un peu plus sur l’enfance rocambolesque de Martin auprès de sa mère-enfant vendeuse de chaussures que ses délires finiront par mener à l’hôpital psychiatrique. L’occasion aussi d’éviter le pire : les deux amis finiront la journée comme ils l’ont commencée, sagement, mélancoliquement, cruellement conscients que leur vie n’est pas vraiment fabuleuse et qu’il faudrait faire quelque chose… Mais quoi ?

L’auteur (site de l’éditeur)

Arnaud Dudek est né en 1979 à Nancy et vit à Besançon. Après Rester sage (Alma, 2012) sélectionné pour le Prix Goncourt du premier roman, Les fuyants est son second roman.

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Un livre qui n’a rien de palpitant. Il y est question d’un trentenaire (encore un) qui a perdu son boulot, sa fiancée. « Martin a tout perdu en quelques semaines. » Encore une histoire de nombril ?

Si on veut, mais, le style d’Arnaud Dudek a un petit quelque chose en plus : l’ironie, la dent dure, la dérision. J’ai aimé ses digressions comme lorsqu’il parle de l’escalator « On le sait, l’Escalator souffre d’un déficit d’image dans le cinéma comme en littérature. » ou sur un braquage foireux, ou le nom de la psy. Et puis un personnage principal qui a "des amis assortis au tapis du salon" ne peut qu’être attachant.

Un premier roman dont l’écriture travaillée, le style très personnel m’ont ravie. A bientôt de vous retrouver Arnaud Dudek. Promis, en attendant, je resterai sage.

Merci Philisine de me l'avoir recommandé

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Christophe Carlier - L'assassin à la pomme verte

23 Juin 2016, 04:28am

Publié par zazy

L’assassin à la pomme verte

Christophe Carlier

Editions Serge Safran

Août 2012

ISBN : 9791090175051

 

 

4ème de couverture :

«J'éprouvais pour Elena une tendre reconnaissance. J'avais toujours voulu tuer quelqu'un. Pour y parvenir, il me manquait simplement de l'avoir rencontrée» songe Craig, fraîchement débarqué des États-Unis comme Elena d'Italie. Tous deux se trouvent pour une semaine au Paradise : un palace, vrai monde en soi, où l'on croise parfois au bar d'étranges clients. Par exemple cet homme de Parme, mari volage et volubile, découvert assassiné au lendemain de leur arrivée. Entre Craig et Elena naît un sentiment obsédant, fait d'agacement et d'attirance, sous l'oeil impitoyable de Sébastien, le réceptionniste, auquel rien n'échappe. Ou presque.

Dans cette envoûtante et spirituelle fiction à plusieurs voix, chacun prenant à son tour la parole, chacun observant l'autre, épiant son voisin, amour et meurtre tendent à se confondre. En émule d'Agatha Christie et de Marivaux, Christophe Carlier prouve avec maestria que l'accidentel, dans le shaker du grand hôtel, a partie liée avec l'imaginaire. Et qu'un assassin peut être aussi discret que l'homme à chapeau melon de Magritte, au visage dissimulé à jamais derrière une pomme verte.

L’auteur :

Christophe Carlier, né en 1960, a publié Lettres à l'Académie française (Arènes 2010) et divers autres essais dont plusieurs consacrés aux contes et aux mythes.

L'Assassin à la pomme verte est son premier roman.

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Soyez le bienvenu au Paradise. C’est ce que pourrait dire Sébastien, lui qui, de service de nuit, accueille les clients. Sébastien voit beaucoup de chose, étudie les attitudes de son regard expérimenté. « J'affecte à leur égard la sagesse bouddhique d'un tenancier de maison close. »

Il regarde la comédie humaine qui se joue devant ses yeux entre Craig, l’américain qui enseigne la littérature française aux USA, venu en France pour une série de conférences ; Elena, l’Italienne qui travaille pour une maison de couture italienne et un italien volubile, vantard, déjà peu ou prou pris de boisson. Des liens se nouent entre Craig et Elena qui prennent l’habitude de petit-déjeuner à la même table. Tout pourrait couler vers une douce romance comme dans tant d’hôtels, mais, l’italien volubile est découvert mort, le crâne fracassé dans sa suite. Tout laisse croire à un meurtre. «L'annonce d'un crime est toujours salutaire, puisqu'elle nous rappelle à nous-mêmes que nous sommes vivants.», déclaration de Craig.

Tout au long du livre alternent les récits de Craig, Elena et Sébastien. Chacun s’épie, se raconte. L’enquête n’est pas le plus important puisque l’assassin décrit son forfait très calmement. Les réflexions des trois personnages, loin d’alourdir le récit, donne un rythme alerte au livre. Cela tient de la pièce de théâtre.

Les réparties caustiques de Craig sont le sel de ce livre au style classique, enlevé. La fin inattendue clôt un livre que j’ai pris grand plaisir à lire. Un très bon premier roman.

 

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Sébastien Fritsch - Le sixième crime

30 Janvier 2016, 15:53pm

Publié par zazy

 

Le sixième crime

Sébastien Fritsch

Editions fin mars début avril

2012

94pages

ISBN 9782953767728

 

4ème de couverture :

Lex, le plus talentueux des écrivains francophones contemporains, vit depuis plus de quarante ans dans un hameau isolé de la Drôme provençale. Coupé du monde, sans autre compagnie que celle d'un piano de concert, il reçoit journalistes et curieux avec cette même phrase : «Quand je souhaite m'exprimer, j'écris.»

Mais le Maître restera-t-il aussi impénétrable face à un commandant de la police judiciaire ? Car il n'est plus question de littérature à présent : il est question de meurtres. Des meurtres inspirés par une série de polars aussi sinistres que mal écrits. Leur auteur est tout l'opposé du grand écrivain. Pourtant, le commandant Jérôme Babalnic, piétinant depuis des mois dans son enquête, ne voit plus d'autre solution que de solliciter l'expertise de Lex pour résoudre cette "énigme littéraire". Car cinq romans noirs ont déjà été mis en scène par l'assassin.

Qui sera la victime du sixième crime ?

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Suite à un concours, heureusement gagné, j’ai reçu les 5 livres de Sébastien Fristch. Le challenge est d’en lire dans le mois suivant la réception de cet agréable cadeau.

Mon choix est tombé sur celivre dont j’ai aimé la couverture.

Un roman noir, un polar puisqu’il y a un inspecteur prénommé Jérôme Babalnic. Une enquête sur fond de polars trash, sur 5 meurtres commis et mis en scène selon les 5 livres de Jacob Lieberman, obscur écrivain que personne ne connait. Jérôme a besoin des lumières de Lex (voir la 4ème de couverture). Pourquoi Jérôme Babalnic accepte t-il l’hospitalité de Lex ? Pourquoi peut-il s’absenter si longtemps de son lieu de travail ? Pourquoi est-il seul ? Normalement, dans les polars, ça ne se fait pas.

S’ensuit une bataille de mots pour ce roman noir à tiroirs, à jeux de mots, à énigmes. Pour éclairer le drame sous-jacent, la Drôme provençale, soleil, chaleur, mauresques, autant de trouées de lumières qui, peut-être, ont pour but de nous égarer.

Un seul mot d’ordre, méfiez-vous des apparences. Roman psychologique plus que polar. Ce huis-clos est menée de main de maître, mais outre l’auteur qui nous manipule, qui mène le bal au son d’un piano jouant Debussy ?

J’ai apprécié ce livre où le suspens n’est pas tant dans le fait de trouver l’auteur des 5 crimes que de suivre les méandres des réflexions de Lex sur l’écriture. Aucune animosité entre les deux hommes,  une atmosphère pesante, angoissante, pourtant très polie, très civilisée. Le dénouement m’est apparu presque en fin de livre lorsque Lex annonce sa découverte aux jeux des lettres.

Bref, un roman à l’écriture ciselée, travaillée mais qui parait spontannée, où Sébastien Fritsch joue avec et sur les mots.

Sébastien Fritsch signe là un roman qui n’a rien à voir avec « Se retenir aux brindilles » que j’avais beaucoup apprécié également.

Il me reste à découvrir les autres livres, mais je ferai cela à petite dose pour ne pas rompre le plaisir de la découverte.

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Jean-Charles Hue - Y'a pas de prévenance !

1 Janvier 2016, 22:53pm

Publié par zazy

 

Y a pas de prévenance !

Jean-Charles Hue

Editions les Forges de Vulcain

Mars 2012

158 pages

ISBN : 9782919176113

Traduction des textes vers l’anglais : Noura Wedell

Graphiste : Elena Vieillard

 

Résumé

Y’ a pas de prévenance ! rassemble pour la première fois les écrits de Jean-Charles Hue. L’artiste a conçu cet ouvrage comme un parcours à travers son univers artistique, entre le monde gitan et le Mexique de Tijuana et des combats de chiens. Il a pour ce faire mis en dialogue ses textes avec des images tirées de ses films, de ses vidéos et de ses séries photographiques, dont une a été réalisée spécialement pour l’occasion.

On y retrouve les personnages et les histoires, à la fois pleines d’humour et habitées d’un souffle épique, qui traversent ses vidéos et films. La langue orale et argotique qui caractérise ses écrits use de sonorités proches du vieux français et nous emmène dans un monde atemporel. Les objets (quart militaire, pistolet, couteau, voiture) qui sont récurrents dans son vocabulaire artistique servent ici de guides dans une atmosphère qui mélange crudité et sensualité.

L’auteur :

Né en 1968, Jean-Charles Hue vit et travaille à Paris. Diplômé, en 2000, de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy, il est, en 2005, en résidence à la “Villa Médicis Hors les Murs”, à Monterrey au Mexique.

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Le quart militaire, un couteau, une voiture volée, un pistolet reviennent souvent dans les pages de ce livre peu commun. J’avoue ne pas avoir accroché. L’entretien avec Katia Schneller a éclairé la partie roman. Fiction, documentaire j’ai hésité entre les deux. La violence, un argot inconnu, une écriture orale, des actions auxquelles je ne peux adhérer font que je n’ai pas pu entrer dans l’univers de Jean-Charles Hue. Les photos quelques fois trop sombres, d’autres surex, même si ce sont des photos extraites de ses films…. Non, vraiment, ce livre n’est pas fait pour moi. Je n’en ai pas compris la poésie.

Livre lu dans le cadre de a Voie des Indés orchestrée par

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Bérangère Cournut - Donation Mary - Schasslamitt

2 Novembre 2015, 18:17pm

Publié par zazy

 

 

Schasslamitt

Et autres contes palpitants

Textes de Bérengère Cournut

Pochoirs de Donatien Mary

Editions Attila

Mai 2012

85 pages

ISBN : 9782917084465

 

4ème de couverture :

Albertine, Léocadie, Ciboulette, Uriana, Schasslamitt et compagnie... Inspirée par l'amour des noms étranges et des êtres chers, Bérengère Cournut trace des miniatures, des portraits, de petites vies, où l’exceptionnel vient se nicher dans l’anodin. Il ne sert à rien de résumer ces histoires. Juste dire qu’elles sont frappées au coin de l’étrange et du quotidien. Lisez-les à haute voix, elles vous transformeront en oie.

L’auteur :

Correctrice dans la presse et dans l’édition, un temps secrétaire du traducteur Pierre Leyris (sans parler trois mot d’anglais), lectrice de Michaux et d’Artaud, Bérengère Cournut a jusqu’ici publié des textes courts en revues ; Nanoushkaïa, à l’Oie de cravan ; L’écorcobaliseur, et une adaptation d’un roman portugnol, Palabres, aux éditions Attila.

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Un titre à première vue énigmatique, mais dit à voix haute (et je ne me suis pas transformée en oie !) donne « chasse la mite ». L’explication arrive page 57, ou l’art de mettre fin à des années de vacances ennuyeuses en Dordogne ! Jubilatoirement sanguinolent.

Gasper Opakochka m’a ravie par son surréalisme, le Sergent-Major par son outrecuidante morgue…

Ces 17 histoires très courtes ont un ton décalé, une écriture alerte et vive, voire sauvage. Le naturel et l’alambiqué, le bizarre et le normal, les jeux de mots, les associations de mots… Tout ceci au service de personnages bizarrement normaux ou normalement bizarres, d’instants courts ou de longues tranches de vie.

Les pochoirs de Donatien Mary donnent une assise aux mots libres de Bérangère Cournut.

Un excellent recueil d’histoires courtes qui ne tient pas beaucoup de place dans la besace, qu’il est bon d’ouvrir de temps à autre pour piocher quelques instants d’autre part.

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Maylis de Kerangal, Benoît Grimbert - Pierre feuille ciseaux

8 Juillet 2015, 20:53pm

Publié par zazy

 

Pierre feuille ciseaux

Récit de Maylis de Kerangal

Photos de Benoît Grimbert

Editions Le bec en l’air

88 pages

ISBN : 9782916073767

 

4ème de couverture :

« Les jeunes du Clos appellent “Champ” cette réserve d’espace non affectée, indécise, entre Stains et Saint-Denis. Pour eux, il s’agit d’un monde en suspens, sorte d’alvéole acquise à l’imprévisibilité et au biologique : ils y sont mal à l’aise, ils n’y entrent pas comme ça, il leur faut une raison supérieure, un cas de force majeure, quelque chose à planquer ou un assaut du désir à vivre au revers d’un buisson, couchés dans l’herbe drue, toi Jane moi Tarzan. »

Pierre, feuille, ciseaux mais aussi îlot, parcelle, lisière… De mot en mot, au gré d’analogies et de fictions embryonnaires, apparaît un territoire composite fait de mystérieuses friches et de zones maraîchères, vestiges agricoles d’un autre temps. On y croise une vieille dame ex-chef de bande de la Cité-Jardin, une fillette qui conserve ses trésors dans une boîte à chaussures, on y trouve des centaines de téléphones portables qui recèlent des milliers de textos, une perle noire soigneusement enfouie au fond d’une commode, un cahier de couture et d’amples chorégraphies pour rejouer son existence aux yeux du monde.
Fidèle à son écriture puissante et aux thèmes qui la mobilisent, Maylis de Kerangal s’appuie sur les photographies de Benoît Grimbert pour construire un récit en forme de jeu de piste.

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3 récits, 3 personnages, 3 zones.

2 univers séparés par une friche. Le premier, village ouvrier du début du siècle avec ses pavions en meulières, transmis, pour notre héroïne, aux générations futures. L’autre, le Clos Saint Lazare, barres d’immeubles avec sa violence, ses jeunes désœuvrés, sa délinquance, ses propres règles. Au milieu, la friche. Sorte de no man s’land qui abrite des jardins ouvriers et « la frontière » l’immeuble en construction qui abritera les archives nationales. Ah oui, tout cela compose Stains, commune du 9-3.

« La jeune fille de la Cité-Jardin » devenue une femme aux cheveux gris se souvient de sa jeunesse dans ce quartier enchanteur pour elle « cité modèle créée pour loger les populations ouvrières employées dans les usines de Saint-Denis, de la Courneuve ou du Bourget, une cité conçue pour donner forme à l’expansion urbaine de la banlieue parisienne : ici, une forme de toile d’araignée, une forme d’étoile ». Pas de tours, pas de barres d’immeuble à cette époque « Autour de la Cité-Jardin, tout autour, c’est vert. ». « Désormais, la jeune fille de la Cité-Jardin qui a tant aimé le rire et la déconne en bande a peur de la jeunesse. » Petit moment de bonheur lorsqu’une ado du Clos Saint-Lazare lui a proposé la moitié de son sandwich.

Puis, J’ai rencontré « Le garçon du Clos Saint-Lazare » découvre le paradis à 4 ans lorsque la famille déménage dans l’aile du papillon, au 4ème étage. Ce sentiment de liberté et d’euphorie le quittera. Petit à petit, au fil des constructions, le Clos Saint-Lazare devient le « Clos » tout court et ce « nom donne un tour d’écrou à l’ensemble, il isole et retranche. » La liberté, le sursaut arrive grâce à une jeune fille de la Cité-Jardin qui lui fera traverser la friche. Quant à « L’enfant de a prêtresse », un petit bijou cette petite fille qui dans le noir, lorsque tout le monde dort, sort sa boîte à trésors emplis de souvenirs qu’elle garde précieusement.

J’ai aimé ce petit livre où les photos de Benoît Grimbert et le texte de Maylis de Kerangal s’emboitent à merveille pour nous proposer une autre vision du Clos Saint Lazare.

Un récit très court qui marque un attachement à un lieu où les 3 personnages nous servent de guide pour cette promenade insolite

Je remercie qui, grâce à l’opération La voie des indés m’a permis de découvrir cette nouvelle (pour moi) maison d'édition Le bec en l’air. Ce livre est imprimé sur papier d’une très belle qualité, doux au toucher qui donne encore plus de vie aux photos.

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Léonor de Récondo - Rêves oubliés

9 Janvier 2015, 22:08pm

Publié par zazy

 

Rêves oubliés

Léonor de Récondo

Editions Sabine Wespieser

Janvier 2012

176 pages

ISBN : 978-2-84805-107-9

 

4ème de couverture :

Quand il arrive à Irun où il espère rejoindre sa famille, Aïta trouve la maison vide. Le gâteau de riz abandonné révèle un départ précipité. En ce mois d'août 1936, le Pays Basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. Aïta sait que ses beaux-frères sont des activistes.

Informé par une voisine, il parvient à retrouver les siens à Hendaye. Ama, leur trois fils, les grands-parents et les oncles ont trouvé refuge dans une maison amie. Aucun d'eux ne sait encore qu'ils ne reviendront pas en Espagne.

Être ensemble, c'est tout ce qui compte : au fil des années, cette simple phrase sera leur raison de vivre. Malgré le danger, la nostalgie et les conditions difficiles - pour nourrir sa famille, Aïta travaille comme ouvrier à l'usine d'armement, lui qui dirigeait une fabrique de céramique.

En 1939, quand les oncles sont arrêtés et internés au camp de Gurs, il faut fuir plus loin encore. Tous se retrouvent alors au cœur de la nature, dans une ferme des Landes. La rumeur du monde plane sur leur vie frugale, rythmée par le labeur quotidien : les Allemands, non loin, surveillent la centrale électrique voisine, et les oncles libérés, poursuivent leurs activités clandestines.

Ecrit comme pour lutter contre la fuite des jours, le carnet où Ama consigne souvenirs, émotions et secrets donne à ce très beau roman une intensité et une profondeur particulières.

Léonor de Récondo, en peu de mots, fait surgir des images fortes pour rendre à cette famille d'exilés un hommage où une pudique retenue exclut le pathos.

Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne 2013

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« Etre ensemble, c’est tout ce qui compte. » Cette phrase est le leitmotiv de ce très beau livre.

L’arrivée du franquisme en Espagne oblige Ama et les siens à quitter leur confort bourgeois pour un exil de l’autre côté de la Bidassoa, à Hendaye. La seconde guerre mondiale les enfonce un peu plus sur le sol français et ils s’installent dans une ferme les Landes. De servie, Ama devient la servante des autres. Aïta devenu métayer, cultive la terre qu’il aime tant travailler qui lui permet de nourrir sa famille. Ils ont vécu tout cela chacun de leur côté. Surtout ne pas alarmer l’autre, rester unis. Aïta garde pour lui ses soucis, ses peurs. Ama les écrit dans un cahier qui la suit partout jusqu’au jour où… Ce cahier est sa soupape, un souffle absolument indispensable pour ne pas tomber comme lorsqu’elle découvre sa grossesse et ce qu’il adviendra. Ils ont chacun leur béquille à elle le cahier, à lui le travail de la terre.

Etre ensemble pour supporter le déracinement, pour supporter la peur, pour supporter le bouleversement, le changement radical de vie… Etre ensemble pour se réchauffer le cœur.

Ce socle d’amour leur permet d’accepter la dégradation de leurs conditions de vie, de continuer à vivre, de se réinventer une nouvelle vie. « Je ne regrette pas d’avoir rencontré celle que je suis aujourd’hui. La vie s’est montrée à moi sous un nouveau jour, parfois sombre, mais toujours instructif et riche »

J’ai aimé le passage où Otzan, le frère aîné raconte un conte à ses frères. « Otzan de bonne grâce, ne bride pas son imagination et ridiculise autant qu’il le peut ce dictateur qui a obligé des familles entière à se séparer, à se haïr, à s’entretuer. »

Les pages du carnet d’Ama donnent à ce livre une simplicité, une profondeur émouvante.

Léonor de Récondo est musicienne et cela se sent dans son écriture. Ce livre est une pure merveille de retenue, de beauté. Léonor de Récondo m’a de nouveau faite vibrer avec ce livre fort, émouvant, rarement gai, souvent triste, sans aucune emphase, simplement superbe.

J'avais énormément apprécié "Pietra viva", j'ai encore plus aimé celui-ci

Nous nous sommes exilés au chaud de notre terre intérieure, ce royaume inconnu des autres dans lequel nous ne pouvons pénétrer qu’à deux.

Avant, nous étions ailleurs. Là-bas, j’étais une femme heureuse de porter la vie. Ici, je ne fais que la supporter.

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Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau - Le singe de Hartlepool

8 Janvier 2015, 23:05pm

Publié par zazy

 

Le singe de Hartlepool

Scénario Wilfrid Lupano

Dessin Jérémie Moreau

Editions Delcourt

Septembre 2012

ISBN : 9782756028125

 

4ème de couverture :

1874, au large des côtes du petit village anglais de Hartlepool, un navire de la flotte napoléonienne fait naufrage lors d'une tempête. Au petit matin, sur la plage, les villageois retrouvent un survivant parmi les débris. C'est un singe qui jouait le rôle de mascotte à bord du vaisseau, et qui porte l'uniforme français. Or les habitants de Hartlepool Détestent les Français, même s'ils n'en ont jamais vu en vrai. D'ailleurs, ils n'ont jamais vu de singe non plus. Mais ce naufragé arrogant et bestial correspond assez bien à l'idée qu'ils se font d'un Français... Il n'en faut pas plus pour qu'une cour martiale s'improvise. Inspiré d'une légende tristement célèbre du Nord de l'Angleterre, Le Singe de Hartlepool est une fable tragi-comique qui parle de nationalisme va-t-en-guerre et du racisme ignorant qui ne connaît pas de frontières...

Le singe de Hartlepool a obtenu le Prix Château de Cheverny de la BD historique et le Prix des Libraires section BD en 2013.

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Une bande dessinée qui démontre que la connerie a toujours existé. Je ne peux que faire le rapprochement avec la tragédie, la tuerie d’hier 7 janvier 2015.

Il y est également question des thèses d’un certain Darwin.

Les dessins de Jérémie Moreau sont en adéquation totale avec le ton du scénario, très expressifs, les couleurs ajoutent à la tragédie. J'aime tout particulièrement le dessin de la couverture. Le singe avec un papillon sur le doigt, image de la sérénité.

Merci à Lupano et Moreau de l’avoir créée.

A lire et faire lire

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Marie-Hélène Lafon - Les pays

6 Janvier 2015, 23:37pm

Publié par zazy

 

Les pays

Marie-Hélène LAFON

Editions Buchet Chastel

Septembre 2012

208 pages

ISBN 978-2-283-02477-5

 

4ème de couverture :

A la porte de Gentilly, en venant de la gare, on n’avait pas vu de porte du tout, rien de rien, pas la moindre casemate, quelque chose, une sorte de monument au moins, une borne qui aurait marqué la limite, un peu comme une clôture de piquets et de barbelés entre des prés.

Fille de paysans, Claire monte à Paris pour étudier. Elle n’oublie rien du monde premier et apprend la ville où elle fera sa vie.

Les Pays raconte ces années de passage

L’auteur :

Native du Cantal, Marie-Hélène Lafon est professeur de lettres classiques à Paris. Tous ses romans sont publiés chez Buchet/Chastel.

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Nous suivons Claire qui, petite fille, « monte » à Paris avec ses parents pour le Salon de l’Agriculture. Une fois jeune fille, elle quitte définitivement son Cantal natal pour étudier les lettres classiques à Paris. Devenue enseignante, nous la retrouvons à travers le regard de son père.

Marie-Hélène Lafon évoque la vie estudiantine de Claire, du fossé qui la sépare, elle dont la culture est pratique, aux autres étudiants citadins. Elle bûchera comme un paysan sa terre, sans aucune des fioritures que sont le cinéma et autres futilités. « Claire n’allait pas au café, Claire ne se divertissait pas elle ne savait pas le faire et elle n’en avait pas besoin. »

Claire s’est trouvé un pays en la personne d’Alain magasinier à la bibliothèque qu’elle fréquente assidument. Pays, quel joli mot, qui permet de parler à l’autre avec le langage de là-bas. Lui, aura sa mutation loin de cette capitale où il se considérait en transit avant le retour au pays. Claire, elle n’y pense pas. « Elle prendrait avec Alain la mesure d’une distance déjà creusée entre elle et ceux qui, comme lui, continuerait à vivre à l’unisson des parents et amis demeurés à l’épicentre du séisme » Non, elle restera à Paris, même pendant les vacances d’été où elle travaillera dans une banque.

Le Cantal emplit ce livre malgré la vie parisienne de Claire. Mais est-t-elle pour ça devenue parisienne ? Je ne le pense pas, elle devient transfuge car elle n’appartient plus au Cantal, mais n’est pas pour cela parisienne. C’est un livre sur l’exil choisi. Le Cantal est à jamais dans le cœur de Claire qui y retourne souvent.

C’est également le récit, d’une initiation, de l’apprentissage d’un changement radical dans le rapport aux éléments. Du végétal, Claire passe au minéral ; du cake maison au jambon fade, de l’espace à la promiscuité… enfin bref, de la campagne à la capitale. « Elle avait dû apprendre à l’arraché cet entassement de l’immeuble où croissaient, vivaient, s’étiolaient dessus dessous et sur les côtés d’autres corps, que l’on ne connaissait d’abord pas, que l’on frôlait ensuite, parfois, dans l’ascenseur ou dans le couloir. »

Comme dans Tunis Blues, nous avons cette dualité entre l’ancien et le nouveau, la tradition et la modernité. Ici aussi, ils sont étroitement mêlés. Marie-Hélène Lafon parle d’un monde qui disparait ou a disparu : la paysannerie. Je ne parle par des agriculteurs, mais bien des paysans. La réussite de Claire l’éloigne à jamais de la vie que son père a connue.

On pourrait penser que ce livre est ennuyeux. Et bien non, Marie-Hélène Lafon, l’air de rien m’a petit à petit envoutée avec son écriture. Marie-Hélène Lafon, outre son Cantal, a un pays de prédilection : l’écriture. Ses phrases longues sont souples sans jamais être ennuyeuses. J’ai aimé son écriture, son style. Le passage de Claire entrant dans une librairie acheter des livres est un petit bijou, tout comme son travail d’été dans une banque.

Je l’ai découverte lors de l’émission de François Busnel, sur « Les 20 livres qui ont changé votre vie » ; un grand plaisir de l’écouter parler du « Grand Meaulnes » d’Alain Fournier, qui fut mon livre de chevet toute jeune fille et que je garde dans mon cœur. J’ai aussitôt sorti son livre de mes étagères pour découvrir l’auteur. Comme j’ai bien fait !

Lucie avait expliqué qu’elle avait remarqué ce cake, l’avait humé déjà, un autre lundi, avait pensé que cette nourriture ne venait pas de Paris, comme son camembert déniché pour elle par son père chez un fermier.

Elle avait dû apprendre à l’arraché cet entassement de l’immeuble où croissaient, vivaient, s’étiolaient dessus dessous et sur les côtés d’autres corps, que l’on ne connaissait d’abord pas, que l’on frôlait ensuite, parfois, dans l’ascenseur ou dans le couloir.

Longtemps Claire avait tu ses enfances, non qu’elle en fut honteuse ni orgueilleuse, mais c’était un pays tellement autre et comme échappé du monde qu’elle n’eût pas su le convoquer à coups de mots autour d’une table avec ses amis de Paris. Elle avait laissé les choses parler pour elle.

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