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ZAZY - mon blogue de lecture

Articles avec #2011

Blaise Hofmann - Estive

3 Juillet 2017, 16:41pm

Publié par zazy

Estive Blaise Hofmann

Editions ZOE poche

Juin 2011

208 pages

ISBN 978-2-88182-592-7

 

 

4ème de couverture :

«Que fait un troupeau lorsqu’il est formé ? Il se déforme. Il faut le reformer. Je pense beaucoup à toi, Sisyphe.»

Estive est un récit  où l’auteur romance un été de berger en charge d’un troupeau de moutons. Ce carnet de route dans une vallée alpine fait partager au lecteur, tout au long de rencontres inattendues, d’images poétiques et de réflexions philosophiques, le quotidien difficile des paysans et des bergers. Le livre n’est pas seulement un témoignage mais un «récit d’apprentissage».

Ce texte à l’écriture fragmentée, incisive et ironique, interpelle autant la dysneylandisation des Alpes que l’aspect devenu exotique des métiers ruraux de montagne.

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1978, Blaise Hofmann a publié un récit de voyage en 2006, Billet aller simple.

Estive a reçu le prix Nicolas Bouvier  au festival Etonnants Voyageurs 2008

 

 

J’ai chaussé mes chaussures de marche, pris le gros bâton pour suivre l’auteur dans le récit de son parcours le temps d’une estive.

Apprenti-berger, il doit se débrouiller tout seul « Dans le troupeau, je suis dieu. » Pan ?  Ce serait bien nommé puisqu’il est devenu le dieu des bergers et pâtres.

« Que fait un troupeau lorsqu’il est formé ? Il se déforme. Il faut le reformer. »
Sur ce minuscule lopin de terre, j’expérimente la vie d’une petite société de mille membres, mille machines à vie qui consomment de l’eau, de l’herbe, produisent de la viande et des agneaux. Au sein de cette modeste société, j’ai l’arrogance d’un Prométhée qui croit dominer la nature et tire, à la place d’un autre, les ficelles de marionnettes vivantes. »

L’arrogance du début va vite laisser place à la nervosité. Le narrateur, malhabile avec les chiens apprend, sur le tas, son dur métier, tantôt dans la chaleur, la pluie, la neige,  le froid.

Petit à petit, le métier rentre. Le narrateur, plus souple se fait accepter des chiens qui le secondent et l’accompagnent.

La vie est rude, il faut aimer la solitude et la vie spartiate ponctuées de rencontres ou de descentes vers le café, histoire de causer avec les habitants du village.

« Claquer sa paie en deux ou trois jours en payant des tournées, le plaisir du marin. Comme eux, descendre en ville, faire le tour des bistrots, revenir malade, éreinté, ruiné »

Il faut bien que la solitude s’oublie que le berger se noie dans le monde, s’enivre autant d’alcool que de paroles, bruit, visages

Blaise Hofmann prend des notes, écrit, surtout lorsqu’il pleut.

pleut « L’écriture me tient éveillé, me donne une contenance (ce bouquin est un bâton de berger sculpté par temps de pluie). »

Le boulot n’est pas que contemplatif, il peut être répétitif, sauf lorsqu’il faut tondre les bêtes

«Quatre cent quarante-sept bêtes tondues, j’ai de la merde jusqu’aux épaules, le dos d’un octogénaires, les pantalons en guenille, mais le sourire jusque-là, parce que le tondeur a un drôle d’humour. »

Les pensées, les auteurs, l’imagination sont ses compagnons de solitude, l’écriture sa compagne. Devant tant de beauté, Hofmann peine à trouver les mots

« Le froid se tolère davantage lorsqu’il y a de belles lumières. Il donne envie de peindre, de faire de la musique, de se donner à quelque chose de corporel, de graver sur un bâton les formes qui viennent à l’esprit. »

Les mots n’existent plus de la même façon. Leurs concepts rigoureux sont trop explicites. On ignore comment rendre l’expérience sensible, comment décrire cette absence de formes, dire l’impression de froid, de joie et de fatigue. On oublie tout ce qu’on a lu, on per toute notion linguistique et on jouit, trempé, usé et enchanté, des approximations du soleil et de la brume. »

La saison se termine, il faut déclôturer, tout ranger, ne pas oublier la mort-aux-rats. L’estive vous change l’homme alors, il redescend dans la vallée à pied, en prenant son temps

« Ces mains calleuses sont les miennes. Le miroir me surprendra. J’ai bonne mine à jouer ainsi avec ma barbe. Mon identité vacille. »

 

Blaise Hofmann se livre à des réflexions sur les Alpes qui se dysneylandent, l’estive subventionnée, la société et offre un doux moment de lecture. J’aimais le retrouver chaque soir, pas pour en lire des pages et des pages, non, savourer, prendre le temps de déguster ses phrases, écouter ses réflexions, regarder vivre le troupeau, s’activer les chiens, admirer le paysage.

Un livre dont je sors calme et sereine.

Livre lu dans le cadre de la Voie des Indés concoctée par Libfly avec le partenariat des éditeurs indépendants dont Les éditions ZOE, maison d’éditions suisse, que je découvre.

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Gaëlle Josse - Les heures silencieuses

18 Août 2016, 13:22pm

Publié par zazy

 

Les heures silencieuses

Gaëlle Josse

Editions Autrement

140 pages

Janvier 2011

ISBN : 9782746715011

 

4ème de couverture :

« À l'heure où mes jours se ternissent comme un miroir perd son tain, le besoin de m'alléger de ce qui m'encombre devient plus fort que tout. Je garde l'espoir, naïf peut-être, qu'un tel aveu sera comme l'amputation d'un membre inguérissable qui, pour douloureuse qu'elle soit, permet de sauver le reste du corps. »
Tout paraît à sa juste place dans la vie de Magdalena, épouse de Pieter Van Beyeren, administrateur de la Compagnie des Indes orientales à Delft. Rigoureuse, maîtresse d'elle-même, elle aurait pu succéder à son père. Mais le commerce est réservé aux hommes. Sa place est au foyer. Magdalena doit se limiter à cet espace intérieur, où elle a souhaité se faire représenter à son épinette, de dos. Un décor à secrets, que son journal intime dévoile. Déceptions, souvenirs, drames familiaux, mais aussi joies, et désirs interdits...
Dans le silence de l'heure, derrière le précaire rempart de l'ordre et de la mesure, Magdalena transcrit les vacillements de son cœur, explorant les replis les plus secrets de l'âme.

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Comme sur la peinture d’Emmanuel de Witte « Intérieur avec une femme jouant de l’épinette », tout respire l’harmonie dans la vie de Magdalena. Pourtant, dans le journal intime que dévoile Gaëlle Josse, beaucoup de tourments et, surtout, un lourd secret tu depuis l’âge de ses douze ans.

Magdalena, est l’aînée de 4 filles, son père l’initie au commerce maritime. C’est là qu’elle rencontre Pieter qu’elle épouse. Bien sûr, c’est lui qui prend la succession des affaires du père. En tant que fille, elle n’en a pas le droit. Mariage, enfants, gestion de la maison… occupent la jeune femme. Arrive l’accouchement de trop qui aurait pu lui coûter la vie. Son mari, « grand seigneur » prend la « sage » décision de ne plus coucher avec elle. A trente-huit ans, elle ne connaîtra plus les plaisirs de la chair et Pieter les amoures ancillaires. Pas facile de à cet âge de se transformer en une nonne. Elle connaît quelque émoi tout platonique, mais…Heureusement, il y a la marche des affaires à laquelle elle est toujours associée. « Je me réjouis de bientôt l’y accompagner. Je crains que ce soit là un des seuls plaisirs qui me restent. La mer et les navires me demeurent chers, et avivent mes plus doux souvenirs. »

J’aime le contraste entre le tableau qui ne montre pas le visage de Magdalena, où beaucoup est dit par petites touches et le journal intime où elle dévoile ses secrets, ses entrailles. A travers la vie de Magdalena, Gaëlle Josse raconte également la vie de la bourgeoisie de Delft au dix-septième siècle

L’écriture de Gaëlle Josse est caressante, douce. La palette de ses mots est comparable à la chaleur des tons du tableau.

Une belle lecture, agréable, chaude et vivante. In livre à lire d’une traite bien lové au creux d’un hamac ou de son lit. Un auteur que j'ai découvert et apprécié avec Le dernier gardien d'Ellis Island

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Jean-Pierre de Lucovich - Occupe-toi d'Arletty

30 Juin 2016, 19:34pm

Publié par zazy

Occupe-toi d’Arletty

Jean-Pierre de Lucovich

Editions Plon

Avril 2011

256 pages
ISBN 9782259214223

4ème de couverture :

1942. Qui envoie des petits cercueils et des lettres de menaces à Arletty? La résistance? La vedette d'hôtel du Nord vit une histoire d'amour avec un officier allemand, et ne s'en cache pas. Est-ce lui qui est visé?

Appelé à son secours, Jérôme Dracéna, un ancien flic de la Crim devenu détective privé, va enquêter dans le Paris de l'Occupation et découvrir que les auteurs des menaces ne sont pas ceux qu'il croyait.

Des boîtes de Pigalle au Fouquet's en passant par le fameux One Two Two et les cocktails du "gratin" de la collaboration, Jérôme fait des rencontres à haut risque : Henri Lafont, le chef de la Gestapo française de la rue Lauriston à l'amitié encombrante, la belle comtesse Tchernycheff, une aventurière vénéneuse, Lionel de Wiet, faux marquis et vrai trafiquant de haut vol...

Armé de son charme insolent et de son goût pour la boxe française, Jérôme Dracéna parviendra-t-il à neutraliser le tueur qui menace Arletty et son officier allemand? Atmosphère, atmosphère...

L’auteur (site de l’éditeur)

Ancien journaliste à Paris Match Jean-Pierre de Lucovich vit aujourd'hui en Normandie.

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La quatrième de couverture résume très bien ce polar, alors je n’en rajouterai pas plus. Un polar tout-à-fait classique avec le privé beau gosse, amateur de jolies femmes.

L’intérêt de ce livre est la plongée dans le Paris de l’occupation, dans des lieux où cartes de rationnement, où le champagne coule à flot et la nourriture de première qualité.

Allez, j’ose, Jean-Pierre de Lucovich a su faire vivre l’atmosphère (atmosphère, atmosphère ! est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère) de Paris sous l’occupation. Un Paris allemand, où la pègre ne souffre pas de la disette. L’auteur a également réussi à rendre la gouaille d’Arletty.

Jean-Pierre de Lucovich s’est beaucoup documenté sans que cela soit roboratif dans son écriture. Un livre léger, désinvolte, qui ne se prend pas au sérieux. L’impression en fin de lecture, d’avoir visionné un film en noir et blanc.

Ce livre d’atmosphère m’a procuré un bon moment de lecture

 

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Mathias Malzieu - Métamorphose en bord de ciel

30 Janvier 2016, 15:43pm

Publié par zazy

Métamorphose en bord de ciel

Mathias Malzieu

Editions Flammarion

Mars 2011

160 pages

ISBN 9782081264649

 

4ème de couverture :

Métamorphose en bord de Ciel Tom Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques le propulsent au sommet de la gloire. Jusqu'à ce qu'un médecin qui le soigne pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable. Commence alors pour Tom un long séjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu'il appelle « la Betterave ». Lors d'une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l'hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de voler rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui lui propose le pacte suivant : « Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela ne sera pas sans conséquences. Pour déclencher votre métamorphose vous devrez faire l'amour avec moi. De cette union naîtra peut-être un enfant. Un risque à accepter. » Dans la tradition de ses contes pour grands enfants, Mathias Malzieu nous raconte l'histoire merveilleuse d'un homme qui veut tuer la mort et tutoyer les cieux. Ce faisant il nous livre une réflexion rare sur le pouvoir de la vie, et de l'amour. Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi « Mathias Malzieu a le don pour les images littéraires inattendues et fortes. » Elle « Une puissance évocatrice à la Lewis Carroll. » Métro La Mécanique du cœur « Le merveilleux et le blues débraillé caressent pareillement ces pages enneigées aussi intrigantes qu'un cabinet de curiosités. » L'Express « Un second roman qui se dévore comme un conte de Noël, et ce serait Noël tous les jours. » Les Inrockuptibles « D'une écriture imagée, tendre et poétique, Malzieu signe un conte fantastique. Onirique, sombre et envoûtant. » Le Figaro littéraire

L’auteur  (site de l’éditeur) :

Mathias Malzieu est le chanteur survolté du meilleur groupe de scène du rock français : Dionysos. Un disque d'or, des prestations scéniques inoubliables aux côtés des plus grands, Dionysos est l'idole des 15-35 ans, qui reprennent en cœur leurs hymnes, Song for a Jedi, John McEnroe ou Miss Acacia. Après un recueil de nouvelles très remarqué, 38 mini western (Pimientos, 2002), il a conquis la presse et le public avec ses deux romans Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi (Flammarion, 2005), et La Mécanique du cœur (Flammarion, 2007).

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Il m’attendait sur une étagère depuis longtemps. Je craignais, qu’après avoir lu et aimé, voire plus, « La mécanique du cœur » être déçue. Le voyage en train de 6 heures m’a permis de surpasser la crainte.

Oui, j’avais peur d’être déçue, mais c’était ne pas faire confiance à la plume de Mathias Malzieu et, ici, des plumes, il y en a des tas, de gros tas.

Oui, ce livre, bien que traitant d’un sujet lourd, est léger comme la plume.

Thomas Cloudman, un nom qui va comme un gant une aile à un monsieur qui, après s’être cassé la figure un nombre incalculable de fois en essayant de voler s’envolera définitivement.

Quel livre magnifique qui, par métaphore parle du cancer, pardon de la betterave, de Thomas, de mort mais aussi d’amour, de rêve, d’onirisme. La femmoiselle, médecin le jour, oiseau la nuit, est la personne qui lui permet d’accepter les métamorphoses de la chimiothérapie, de passer de quitter le bord du ciel. Thomas Cloudman est allé voir de l’autre côté des nuages.

Mathias Malzieu vous m’avez enchanté. J’aime votre écriture. J’aime votre univers onirique et poétique. J’aime les aspects de votre personnalité que vous nous donnez à voir, surtout après vous avoir écouté sur France Inter.

 

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Marie Surgers - C'est le chemin qui compte

11 Janvier 2016, 18:27pm

Publié par zazy

C’est le chemin qui compte

Marie Surgers

Dessins de Sophie Gaucher

Editions Rue des promenades

ISBN : 9782918804338

 

4ème de couverture :

*Quand j’atteins l’avenue circulaire, 180 degrés de ciel me saurent dessus. Bleu-gris très pâle, pommelé d’immenses nuages rouge sang. Suffocant ? Je m’arrête pile –oh pardon, iraniennes aux voiles battants qui me marchez sur les talons. Et dans le même instant, une pagaille de tourterelles prend son envol au loin : un bête de vol de pigeons mais éclairé au stroboscope. Sans me laisser le temps de recouvrer mon souffle, l’appel à la prière explose, et c’est la mosquée du jardin botanique : l’une des plus belles voix de Damas. Je n’ose pas sourire, je n’ose pas bouger.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marie Surgers est née en 1978. Elle a été maîtresse d’école pour enfants sourds. Elle traduit des livres, notamment ceux d’Ursula Le Guin. Elle s’y connait en moissonneuses-batteuses et en machines à vendanger automotrices, dont elle peut parler avantageusement en huit langues. Elle mange des cigarettes et des séries télés ; elle boit du café, du lait UHT demi-écrémé (surtout pas mélangés !) et du Jack Daniel’s. Elle aurait voulu être astrophysicienne. Si elle avait droit à un seul aller-retour dans une machine temporelle, elle irait voir Jacques Brel en concert.

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Lire ce petit livre au moment où la Syrie est mise à feu et à sang a été une oasis.

Nous sommes en 2010, Marie Surgers part un semestre en fac à Damas. Elle écrit ses impressions sur un blogue et c’est la transcription de ce blogue que j’ai en mains.

Une écriture honnête, gaie, heureuse, vivante. Beaucoup, il me semble, d’honnêteté, d’amour pour ce pays qui n’était pas libre, mais était vivant.

Marie Surgers décrit avec humour, amour, sa vie à Damas. Le code de la route m’a fait sourire, tout comme l’art de traverser les routes à pieds. Beaucoup d’amour pour les syriens qui ont été si avenants avec l’étrangère qu’elle était.

C’est le chemin qui compte fait beaucoup de bien. Un livre enluminé par les dessins de Sophie Gaucher. Il se lit très vite, avec plaisir. L’écriture vivante, pétillante, drôle, tendre font que je vous le recommande.

Heureuse de cette découverte que je dois à et son opération La voie des indés. Déjà lu, et aimé, Le dessin des routes et La fille derrière le comptoir publiés aux éditions de La Rue des Promenades

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Metin Arditi - Le Turquetto

5 Janvier 2016, 23:15pm

Publié par zazy

Le Turquetto

Metin Arditi

Editions Actes Sud

Août 2011

288 pages

ISBN 9782742799190

 

4ème de couverture :

Se pourrait-il qu’un tableau célèbre – dont la signature présente une anomalie chromatique – soit l’unique œuvre qui nous reste d’un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne : un élève prodige de Titien, que lui-même appelait “le Turquetto” (le petit Turc) ?

Metin Arditi s’est intéressé à ce personnage. Né de parents juifs en terre musulmane (à Constantinople, aux environs de 1519), ce fils d’un employé du marché aux esclaves s’exile très jeune à Venise pour y parfaire et pratiquer son art. Sous une identité d’emprunt, il fréquente les ateliers de Titien avant de faire carrière et de donner aux congrégations de Venise une œuvre admirable nourrie de tradition biblique, de calligraphie ottomane et d’art sacré byzantin. Il est au sommet de sa gloire lorsqu’une liaison le dévoile et l’amène à comparaître devant les tribunaux de Venise…

Metin Arditi dépeint à plaisir le foisonnement du Grand Bazar de Constantinople, les révoltes du jeune garçon avide de dessin et d’images, son soudain départ... Puis le lecteur retrouve le Turquetto à l’âge mûr, marié et reconnu, artiste pris dans les subtilités des rivalités vénitiennes, en cette faste période de la Renaissance où s’accomplissent son ascension puis sa chute.

Rythmé, coloré, tout en tableaux miniature, le livre de Metin Arditi convoque les thèmes de la filiation, des rapports de l’art avec le pouvoir, et de la synthèse des influences religieuses qui est la marque particulière du Turquetto.

Né en Turquie, familier de l’Italie comme de la Grèce, Metin Arditi est à la confluence de plusieurs langues, traditions et sources d’inspiration. Sa rencontre avec le Turquetto ne doit rien au hasard, ni à l’histoire de l’art. Car pour incarner ce peintre d’exception, il fallait d’abord toute l’empathie – et le regard – d’un romancier à sa mesure.

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Sans que je ne lui demande rien, Metin Arditi me tend la main, une main gantée. Celle d’une peinture à la signature énigmatique. Parti de cette anomalie chromatique révélée dans la « note au lecteur », il me lance dans un voyage à travers le 16ème siècle de Constantinople à Venise via la Grèce.

J’ai suivi le trajet d’Elie Soriano né à Constantinople, juif en terre musulmane. Il s’expatrie à la mort de son père à Venise pour pouvoir dessiner (ce que sa religion lui interdit) et suivre l’enseignement du Titien. Devenu Le Turquetto, juif, prétendument converti au christianisme, (cela lui coûtera la vie) je suis son évolution, sa gloire et sa chute.

La peinture tient une grande place dans ce livre. Outre le Titien ou le Turquetto, Metin Arditi dépeint Venise en son XVIème siècle empli de remugles, de toilettes, de magnificence, de misère. Le Turquetto regarde, emmagasine, dessine sans papier. Je suis ses mains dans les méandres de sa mémoire et de ses dessins imaginaires. J’ai vraiment eu l’impression de le suivre partout, d’être à ses côtés lorsqu’il peignait, c’est magique.

J’ai aimé les descriptions. J’ai parcouru les ruelles de la Sérénissime, humé les odeurs pestilentielles ou délicates. J’ai apprécié la réflexion sur la religion et sa représentation picturale ou réelle avec plus particulièrement Scanziani si préoccupé par son avancement et ses toilette, contrebalancé par l’humanité de Gandolfi. J’ai souri jaune au procès en hérésie perdu d’avance et, surtout, lorsque les tableaux de l’hérétique furent tous brûlés et qu’il en émanait une odeur d’encens qui a fait se prosterner les femmes venues assister à l’autodafé.

Enfin, tous, non puisqu’il envoie son dernier tableau à son maître, le Titien, avec ce simple T en signature.

A la fin du livre, la boucle est bouclée, mais je n’en dirai pas plus.

Une vie riche en péripéties, riche en rencontre, riche tout court qui donne un livre érudit, dense, beau que j’ai vraiment aimé lire.

Un coup de cœur pour un livre et un auteur qui m’a déjà enchantée avec « Prince d’orchestre » et « La confrérie des moines volants ».

 

 

 

 

 

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Grégoire Courtois - Révolution

10 Septembre 2015, 13:59pm

Publié par zazy

 

Révolution

Grégoire Courtois

Editions le Quartanier

Série QR

août 2011

174 pages

ISBN 9782923400822

 

4ème de couverture :

Je ne vais pas mentir. En écrivant cette épopée loufoque, j’avais décidé de me moquer. Je voulais rire en posant un regard sarcastique sur ce groupe d’individus que nous connaissons tous, cette jeune bourgeoisie contemporaine, branchée et bavarde, qui ne trouve pas incongru de dénoncer l’oppression capitaliste tout en courant les boutiques, à la recherche du dernier vêtement à la mode. Or, tout en faisant agir et parler ces révolutionnaires du dimanche, l’énergique Jean-Christian et ses acolytes, je me suis aperçu qu’il m’était impossible d’en faire de parfaits idiots. Avec appréhension, je prenais même conscience que les questions qu’ils se posaient, et les actions qu’ils entreprenaient, censément stupides, écrites pour l’être, rejoignaient étrangement mes propres interrogations. Je réalisais avec horreur que le vrai réactionnaire, c’était moi, l’auteur, balayant d’une bonne blague la colère de mes personnages. Alors je me suis mis à les aimer, mes révolutionnaires. Parce que, malgré leur mode de vie, eux s’élevaient. Ils refusaient l’inertie et se lançaient tête baissée, avec ridicule mais une profonde sincérité, dans la grande aventure insurrectionnelle. Parce qu’au fond, je me disais, si eux ne le font pas, qui le fera? Moi? Vous? — G. C.

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Un seul mot : J U B I L A T O I R E !

Un groupuscule BCBG a décidé de faire la Révolution. Oui, vous m’avez bien lue, non pas leur révolution, mais LA révolution. Pour mettre tout en place, rien de tel qu’une petite réunion entre amis dans l’appartement de Jean-Christian… Mais faut pas déc., on y boit du bordeaux 1er cru et on est sapé marques, voire couture. Oui, ils voulaient ourdir un complot visant à un changement radical de la société, ils ont bien aidé au Restos du Cœur. Le lendemain, le réveil fut des plus chaotiques dans un amas de bouteilles vides, vêtements, corps nus ou vêtus, le tout badigeonné de leurs abus. Les ci-devants BCBG ne se souviennent de rien, nada… Mais ils suivront tous un chemin, suite à un petit texte laissé sur un coin de nappe en papier retrouvé sous les reliefs festifs. Faut dire qu’ils ont retrouvé le tube de GHB appartenant à Françoise vide « Son psy lui a conseillé d’en gober avant les soirées, car ça lui permettrait d’aiguiser son appétit sexuel, et même si elle ne se souvenait de rien, son inconscient s’en souviendrait, lui » Ah bon, ça fonctionne ainsi un psy de bobos !

En commençant le livre, je n’ai pu m’empêcher de rire, de me gausser de ces bobos juvéniles comme l’on parle d’un héron juvénile, pas encore tout-à-fait apte à la reproduction. Pourtant, eux sont aptes à se reproduire, mais leur inconscience de fils et filles à papa est crasse.

Les mots que Grégoire Courtois leur prête sont extraordinaires, de vrais leitmotivs pour défilés militants !!

J’ai lu ce livre sur la plage et à chaque rire, je devais lire l’extrait à mes amis… J’ai lu beaucoup d’extraits !

Grégoire Courtois, de son écriture brillante, drôle, incisive, ironique, nous fait presque aimer ces « révolutionnaires ». J’ai compris pourquoi en lisant la 4ème de couverture. Ils y croyaient, étaient assez sincères pour aller loin. "D’ailleurs nous avons cet avantage sur le prolétariat que nous ne sommes pas aliénés par le travail et pouvons donc consacrer tout notre temps à la révolution". Cher voisin bourguignon, vous décrivez fort bien nos travers par le prisme de la dérision et cela me plait beaucoup.

Suréquipées, ma première lecture de cet auteur, fut une joyeuse et superbe découverte. Révolution, qui est antérieur, est, je vous le répète, jubilatoire.

Merci Catherine de me l’avoir prêté. Je vais l’acheter pour l’avoir sur mes étagères, faut pas déc. !

Une heure plus tard, à la terrasse du Kelmann, pas loin du métro Hôtel de Ville, le cœur était à la révolte, les idées à la rébellion et les diabolos à la fraise.

- Nous n’aurions pas dû nous bourrer la gueule, murmura Jean-Christian, comme pour lui-même. Même Lénine avait fin par virer sa maîtresse car cette occupation l’écartait de la révolution. Et il n’écoutait plus Beethoven…
- Beethoven était antirévolutionnaire ? demanda Géraldine
- Tout ce qui n’est pas la révolution écarte de la révolution, confirma Jean-Christian. D’ailleurs, je vais changer ma sonnerie de portable.

- C’est la lutte des classes, plaisanta Bernard. La classe économique contre la première classe ! Vous êtes marrants, vous, les jeunes.
- Et pourquoi, demanda Alexis. Vous étiez où en mai 68, vous, monsieur, si je puis me permettre ?
- Je faisais la lutte des classes aussi, répondit-il. Comme on n’avait pas école, on a organisé un grand tournoi de foot avec toutes les classes du collète. On a perdu en finale. C’était la lutte finale !

D’ailleurs nous avons cet avantage sur le prolétariat que nous ne sommes pas aliénés par le travail et pouvons donc consacrer tout notre temps à la révolution.

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