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ZAZY - mon blogue de lecture

Aude Lancelin - Le monde libre

30 Décembre 2016, 19:47pm

Publié par zazy

Le monde libre

Aude Lancelin

Les liens qui libèrent

Octobre 2016

240 pages

ISBN : 9791020904607

 

4ème de couverture :

Un an avant une élection présidentielle, la « numéro deux » du plus célèbre hebdomadaire de la gauche française est brutalement licenciée. Rapidement, des causes politiques à cette éviction seront évoquées par les médias. Le parti au pouvoir, traître à toutes ses promesses, se verra ainsi soupçonné d’avoir voulu remettre au pas « sa » presse, tandis que les actionnaires du « Monde libre », auquel appartient le journal, seront interpellés au sujet de leur rôle dans l’affaire.

Partant de ces événements, la journaliste Aude Lancelin livre ici le récit de ses quinze années passées au cœur des médias français, entre décadence d’un métier, opérations de police intellectuelle, et socialisme d’appareil à l’agonie. Une plongée sans précédent dans le « quatrième pouvoir », par quelqu’un qui l’a connu de l’intérieur. Un appel aussi à la résurrection d’une vraie gauche, et à la libération des journalistes.

L’auteur ‘site de l’éditeur) :

Aude Lancelin, spécialiste de la vie des idées, a été directrice adjointe des rédactions de "L’Obs" et de "Marianne", entre 2011 et 2016. Elle est notamment le coauteur des Philosophes et l’amour (Plon).

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Une plongée dans le monde du journalisme écrit dont je suis sortie un peu groggy.

Aude Lancelin, en direct du ventre de l’Obs raconte, témoigne de la lente et inexorable dégradation de la presse écrite, du copinage, des acoquinages des journalistes avec le pouvoir et l’argent.

Qu’un nouveau riche venu du minitel rose s’offre un journal, pourquoi pas.

Qu’un esthète (soi-disant) venu du monde de la haute couture s’offre un journal, pourquoi pas

Qu’un banquier s’offre un journal pourquoi pas

Mais que ces trois lascars  se réunissent créent un groupe baptisé « Le monde libre » pour désincarner des journaux comme Le Monde, l’Obs entre autre et, surtout, le mettre à leur service, il y a de quoi rugir. Le nom de la holding prête à sourire jaune après lecture du livre.

Aude Lancelin va plus loin que l’explication de son licenciement, elle décrit le déclin de l’Obs devenu sous sa plume « l’Obsolète » -titre très parlant- et, plus généralement, de la presse écrite.

La collusion entre le politique et la presse, à travers ses journalistes, a toujours existé. A trop se fréquenter, se mêler s’épouser… Amoindrir la liberté de la presse équivaut, pour moi, à amoindrir la démocratie… C’est peut-être le but visé des grands argentiers.

Comme chez les politiques, une fois les spots éteints, les patrons de journaux sont copains comme cochons !! « Les patrons des trois plus grands hebdomadaires, « L’Obsolète », Le Point et Marianne, qui toute l’année faisaient mine de s’empailler sur les tréteaux comme des marionnettes batailleuses, passaient tous leurs Nouvel Ans à festoyer ensemble. Tantôt dans l’hôtel particulier de Saint-Germain-des-Prés qui appartenait à l’un d’entre eux, tantôt dans leurs datchas respectives de la côte normande qu’ils avaient achetées à proximité tant leur symbiose était totale et ne s’embarrassait pas d’obstacles idéologiques. » Mince (remarquez comme je suis polie !)Marianne !  Moi qui croyais en sa liberté pure et dure « La chose était d’autant plus stupéfiante à remarquer dans le cas de Marianne, fer de lance de la dénonciation de la « pensée unique » depuis la fin des années 90. ». Il est vrai que Laurent Joffrin Môquet passe gaillardement du fauteuil de Marianne à celui de l’Obs !

« L’Obsolète » est victime des « amis du journal » dont « Une sénescente poignée d’hommes politiques fermait le ban de cette infernale cohorte, au premier rang desquels un ancien ministre de la Culture, incarnation parcheminée et presque parodique de la gauche incantatoire des années 80, celle-là même que tout le monde était désormais désireux d’oublier. » qui font la pluie et le beau temps pour leur petit entre-soi. Certains intellectuels philosophes dont notre BHL national (« un pitre mégalomane dont chacun riait par-devers soi. »), Finkielkraut font partie de ces gens qui font la pluie et le beau temps à l’Obsolète.

Ce n’est pas qu’un règlement de compte mais la constatation de l’échec du parti socialiste, de sa glissade à droite « La glissade à droite de tout le spectre intellectuel et politique était continue, d’une profondeur inouïe. Et ce qui ne laissait pas d’étonner, c’est que, même parmi les journalistes qui comprenaient la situation, rares étaient ceux qui s’aventuraient à en fournir le saisissant tableau ».

Aude Lancelin envoie non pas des gifles, mais des scuds que j’ai reçus en pleine figure. Avec beaucoup de talent, de calme, elle raconte ce qu’elle a vu, ce qu’elle a supporté. Les lâchetés des patrons de presse, de sa hiérarchie, des collègues, la mainmise de certains intellectuels, d’anciennes gloires du PS, les courtisans genoux à terre, la médiocratie, la fuite des plumes. Elle met à nu la misère intellectuelle du triumvirat, de ses supérieurs hiérarchiques.

Un livre cruel par ce qu’il dévoile, mais un livre nécessaire ; un constat accablant

Combien d’années faudra t-il pour réparer ce formatage, cette descente vers la nullité. J’attends d’un journaliste, d’un éditorialiste qu’il élève le débat, qu’il soit, non pas impartial, cela n’existe pas, mais intelligent et courageux. L’Obsolète n’était plus, depuis plusieurs décennies, le journal de gauche que l’on a connu, mais quand même !!

Notre président de la république actuel est bien un président normal : le fait du prince, il pratique. « Une source élyséenne celle-là, affirmait qu’il y avait plus d’un mois que mon sort avait été scellé lors d’une entrevue ».

Claude Rossignol, fondateur de l’Obsolète l’avait compris « Le danger aujourd’hui est que, n’ayant pas fait les réformes nécessaires et sans moyens financiers, la presse et ses lecteurs tombent entre les mains des pouvoirs de l’argent, du politique ou du CAC40, dont les intérêts sont liés ». Nous avons un immense pouvoir, nous lecteurs : ne plus acheter ces journaux !!

Quelle plume, quel vocabulaire ! « Dans tous les événements qui seront relatés ici, il n’est pas une phrase, pas un fait, qui ait été informé ou même déformé. » écrit Laure Ancelin dans l’avertissement en début de l’ouvrage.

Un livre salutaire à lire, une belle plume.

Une question me taraude : Pourquoi Aude Ancelin est-elle restée si longtemps à l’Obs ? Pourquoi n’être pas partie avant puisque le hiatus augmentait entre sa conception du journalisme et l’hebdomadaire ? La réponse est peur-être dans la citation  suivante :

« Quel était, au fond, ce désir sur lequel je ne voulais pas céder ? Seulement, je crois, celui de ne pas renoncer à prendre ma part, celle que n’importe qui peut prendre à tout moment du temps, dans la lutte éternelle contre l’écrasement de l’esprit. Lâcher l’affaire, prendre ses distances, couvrir prudemment des opérations de faux-monnayage intellectuel, comme j’en vis tant d’autres, des gens de qualité parfois, accepter de le faire au fil des années, c’eût été capituler, et capituler c’eût été mourir intérieurement. Cela  ne m’était tout simplement pas possible »

Merci à Lecteurs.com pour cette lecture

 

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Vladimir Lortchenkov - Le dernier amour du lieutenant Petrescu

27 Décembre 2016, 22:32pm

Publié par zazy

Le dernier amour du lieutenant Petrescu

Vladimir Lortchenkov

Traduction Raphaëlle Pache

Editions Agullo

octobre 2016

256 pages

ISBN 9791095718109

 

4ème de couverture :

Le bruit court qu’Oussama Ben Laden se cache des services secrets américains dans le pays le plus méconnu au monde : la Moldavie ! Tanase, le chef du KGB local, a bien l’intention de mettre la main dessus pour satisfaire ses ambitions. Alors quand Dan Balan, un journaliste qui joue parfois les informateurs, lui donne au hasard le nom d’un certain Petrescu, il met en place la surveillance du seul Petrescu qu’il connaisse : un jeune lieutenant des services secrets. Ignorant tout des soupçons qui pèsent sur lui, le lieutenant Petrescu fréquente tous les jours un restaurant tenu par des Arabes, dont un des employés se prénomme justement Oussama. Coïncidence étrange, ou véritable complot visant à instaurer une république islamiste en Moldavie? Comble de malheur, Petrescu a pour maîtresse la belle Natalia, dont Tanase est éperdument amoureux... Entre filatures alcoolisées, rapports bidons et assassinats foireux, le pauvre Petrescu se retrouve embarqué dans un inextricable imbroglio dont les services secrets tirent les ficelles... quand ils ne se tirent pas dans les pattes. Et pour couronner le tout, c’est le moment que choisit Donald Rumsfeld pour débarquer en visite officielle à Chisinau...

L’auteur (site de l’éditeur) :

Vladimir Lortchenkov est né en 1979 à Chisinau. Fils d’un officier de l’armée soviétique, il a sillonné durant son enfance l’URSS et ses pays satellites. Ecrivain et journaliste, il a été sélectionné en 2014 pour le Prix Médicis Étranger pour Des mille et une façons de quitter la Moldavie. Il vit avec sa femme et leurs deux enfants à Montréal.

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Je découvre un second ouvrage de Vladimir Lortchenkov, tout aussi déjanté que le premier, « Des mille et une façons de quitter la Moldavie ».

Peut-être ne le saviez-vous pas, mais Oussama vit à Chisnau, capitale de la Moldavie et fabrique des chawarmas, spécialité locale très gouttée des autochtones, voir plus, mais vous le découvrirez.

Donc, Oussama coupe les légumes dans un kiosque situé juste en face du SIS (le KGB ou la CIA moldave). Ce brave émigré se voit soupçonné d’être Ben Laden lui-même, réfugié en Moldavie pour fuir ses poursuivants.

Tanase, chef du SIS apprend, après avoir questionné un certain journaliste, qu’un de ses lieutenants, Petrescu en l’occurrence, serait de mèche avec Oussama. Ce même lieutenant est l’amant de Natalya, son ancienne maîtresse dont il est encore très épris…

Le SIS,  pas du tout à la pointe du progrès, est gangrené par la corruption et, surtout, par l’alcool et la paresse. Après tout, ce n’est pas totalement de leurs fautes, ils sont sous-payés, ne sont pas entrainés… Ont gardé certains vieux réflexes du temps du KGB.

S’en suit des situations dantesques, abracadabrantesques. La farce est grosse et, cela fonctionne à plein. C’est « Hénorme », cela fonctionne. Derrière la farce, il y a une critique de la vie politique moldave, une écriture terriblement affûtée et efficace.

Merci Yves pour ce grandguignolesque, mais pas que, moment de lecture et la découverte d'une maison d'éditions que je ne connaissais pas

N’hésitez pas, un petit voyage en Moldavie sera très bénéfique à vos zygomatiques.

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Pause

23 Décembre 2016, 14:57pm

Publié par zazy

Depuis quelques jours, je ne suis plus présente. Mes 5 lutins de Noël sont arrivés.... avec le mauvais temps et des rhumes et autres délices du même genre, qu'ils se sont empressés de me refiler. Donc, pas le temps de venir vous voir. Il en sera ainsi jusqu'au xxxxx

Profitez des fêtes de Noël et de fin d'année pour faire le plein de tendresse, d'amour, de plaisir, de mets délicieux.... Bref de tout le bonheur possible.

A très bientôt

 

 

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Antonio Xerxenesky - F

19 Décembre 2016, 14:39pm

Publié par zazy

F

Antonio Xerxenesky

Editions Asphalte

Traduit par Mélanie Fusaro

222 pages

Septembre 2016

ISBN : 978-2-918767-63-3

4ème de couverture :

À vingt-cinq ans, avec un passé de guérillera et une carrière de tueuse à gages, Ana a tout vu : décapitations, chutes mortelles, exécutions par balle... Mais elle n’a jamais vu Citizen Kane, considéré comme le plus grand film de tous les temps.

Quand son commanditaire habituel lui désigne Orson Welles comme cible, Ana  prend conscience de ses lacunes cinématographiques et entreprend, pour préparer cet assassinat, de découvrir la filmographie de sa prochaine victime. De Paris à Los Angeles en passant par Rio, Ana développe une obsession pour le réalisateur, jusqu’à le rencontrer et travailler pour lui. Mais autour d’Orson Welles, fiction et réalité, vérités et mensonges finissent toujours par s’entremêler...

Après Avaler du sable, Antônio Xerxenesky confirme son originalité dans le paysage littéraire brésilien et son goût pour la pop-culture. F est une véritable déclaration d’amour au cinéma – à tous les cinémas.4

L’auteur (site de l’éditeur)

Antônio Xerxenesky  est né à Porto Alegre en 1984. Son premier roman Avaler du sable

 (Asphalte, 2015) lui a valu d’être distingué comme l’un des meilleurs romanciers  brésiliens  contemporains  par  la  revue  Granta.  F a été finaliste du prix Sao Paulo de littérature.

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F for Fake d’Orson Welles,

F comme femme

F comme fatale

F comme fiction

T comme tueuse à gages

A comme Ana qui n’est pas un ange

F, c’est « L’histoire de la femme qui devait tuer Orson Welles », sous-titre du livre. Ana, jeune femme brésilienne tueuse à gage « Combien de filles de mon âge pouvaient en dire autant ? ». se raconte.

Elle rencontre son  oncle, José, opposant à la dictature, lors de l’enterrement du père d’Ana. Elle  va le rejoindre à los Angeles. Devant son aptitude au tir, son sang-froid, elle se trouve embringuer dans  cette faction révolutionnaire et accepte de partir à Cuba s’entraîner Ce même José lui apprendra la vérité sur son père, ingénieur, surnommé « Docteur Electrochoc et qu’il utilisait son talent incroyable pour l'ingénierie à développer des systèmes perfectionnés de torture par chocs électriques». C’est ainsi qu’elle devient tueuse à gages.

La Voix, c’est toujours par téléphone que cela se passe, lui donne la cible à viser, à elle de se débrouiller. Dès son premier contrat, Ana tue sans se délecter, mais avec une réelle efficacité,  un vrai petit artisan. Très professionnelle, elle suit sa proie, la regarde vivre, apprend ses points faibles  et, comme l’araignée, surgit au moment opportun. Elle en fait une œuvre unique (sans jeu de mot), comme un tableau « Je me soucie de la beauté de la mort, de l’art de l’assassinat. ». 

Sa  dernière mission ? La Voix lui demande de tuer Orson Welles himself. Elle va s’immerger, moi aussi, dans le monde du cinéaste. A Paris, elle étudie la filmographie, la bio du réalisateur avec des passionnés.

Départ pour Los Angeles ; elle entre en contact avec Orson Welles, où miracle, il tourne un nouveau film « Quelle était la relation entre le studio et ceux qui m’avaient engagée ? Etait-il possible que la voix désincarnée donne des ordres au studio, que ces figures faites d’ombres commandent à Hollywood ? » lui qui était en délicatesse avec le milieu.

Ce qui cloche pour ce dernier contrat, c’est sa relation avec le cinéaste. Jusqu’à présent, elle se contentait d’observe ses victimes. Là, elle est l’assistante de Welles. Une relation amicale se noue, mais jusqu’où… Comment tuer, pour elle, vu son style, ce serait plutôt, causer une mort qui peut passer pour naturelle, un type qu’elle admire ? Ici se rejoint la théorie du vrai, du faux, du vraisemblable. Le cinéma peut se faire hors champ de la caméra, surtout lorsque l’on côtoie un mythe

Ana raconte sa vie sans affect,  elle est tueuse à gages, c’est tout, circulez il n’y a rien à voir. Je ne saurai rien de ses motivations. Je pense que son passé, voire sa filiation, joue un grand rôle dans sa vie actuelle « Combien y avait-il de mon père en moi ? Si j’étais un homme, notre ressemblance physique serait-elle plus évidente encore ? Qu’est ce qui le séparait de lui ? Les morts qu’il a causées, en quoi diffèrent-elles des miennes ? C’est une question d’esthétique, ai-je pensé ».

« Est-ce de l’art ». Cette question revient comme un leitmotiv tout au long du livre. L’art aurait-il pu modifier la vie de son père ? « Un livre de Tolstoï aurait-il été capable d’empêcher mon père d’entrer dans la chambre de ma sœur pendant la nuit ? » « Une œuvre d’art serait-elle capable de changer ma vie ? Une œuvre d’art est-elle capable de changer une vie ? Les prétendues humanités sont-elle capables d’humaniser quelqu’un ? Pourquoi associons-nous le terme d’humanités à la notion de faire le bien et d’éprouver de la compassion pour autrui ? Pourquoi la mort ne serait-elle pas une sort d’art ?  Ne serait-ce pas la mort, le véritable signe de l’humanité ? Toutes ces questions, sa peut-être ressemblance, son rapport au père sont autant de raisonnements qui pourraient modifier le cours de sa vie.

Antonio Xerxenesky connait, admire Welles et le cinéma. Pas de copié-collé sorti tout droit de wiki… Non, tout est connu, aimé, vécu. La vie, les mœurs des années 80, la musique le cinéma, la situation politique brésilienne, les nuits de Los Angeles avec la fameuse « witching hour » forment un décor bien présent.

L’auteur mêle personnages réels et fictionnels avec talent.  Est-ce vraisemblable ?  Je ne me pose pas la question tant je suis sous le charme de l’écriture vive, rapide, puissante. Une écriture toujours aussi visuelle, quasi cinématographique avec des flashbacks qui mêlent vraisemblance et surréalisme. Comme dans un bon polar, arrive le doute, les notions de vrai-faux. Oui, c’est connu de tous ou presque, Orson Welles est mort, le 10 octobre 1985 (merci la toile)… Et si c‘était l’œuvre ultime d’Ana ?

Je ne saurais faire des liens avec les films d’Orson Welles, dont je ne connais pas l’œuvre. Cela ne m’a pas empêchée de goûter au plaisir de cette lecture. J’apprécie l’univers déjanté, mais pas que… d’Antonio Xerxenesky, déjà hautement apprécié avec « Avaler du sable ».

F, comme Faut le lire !!

J’ai lu ce livre grâce à l’opération « La voie des Indés » initiée par Libfly. Je les remercie, ainsi que les éditions Asphalte pour ce très bon moment de lecture.

Asphalte, maison d’édition indépendante, proposent « des fictions urbaines et cosmopolites. Attachée à la ville et à ses marges, elle défend une littérature à la frontière des genres, nourrie de pop-culture, de voyages et de musique. »

 

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Pascal Prévot - Théo Chasseur de baignoires en Laponie

9 Décembre 2016, 18:34pm

Publié par zazy

Théo Chasseur de baignoires en Laponie

Pascal Prévot

Editions du Rouergue

juin 2016

128 pages

ISBN : 978-2-8126-1061-5

A partir de 9 ans

4ème de couverture :

Elle est terrible ! Elle est redevenue sauvage ! Elle est maligne et redoutable ! C'est une baignoire...
Dans le château de Kreujilweck-Potam, elle sème la terreur. Heureusement, le père de Théo est un des meilleurs chasseurs de baignoires au monde (enfin, c'est ce qu'il dit). Pour Théo et sa copine Elisa, c'est le baptême du feu, leur première grande chasse. Et elle promet d'être inoubliable !

L’auteur (site de l’éditeur) :

Pascal Prévot est né dans les Vosges et vit en Alsace entre la campagne, où il habite, et Strasbourg, où il travaille dans une agence de presse. Il a quatre enfants. Il publie des textes dans des revues et chez plusieurs éditeurs (Le Rouergue, Bayard, Milan, Oskar).

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Théo a une chance inouïe, il va louper l’école pendant quelques temps pours suivre son père qui exerce le difficile et dangereux métier de chasseurs de baignoires. Et oui, je vous assure que cela existe. Notre placide baignoire en fonte dans laquelle nous nous prélassons dans une eau tiède et émolliente, peut redevenir sauvage.

J’ai découvert ce métier, très dangereux, avec le livre de Pascal Prévot. « Mon père et moi sommes chasseurs de baignoires. La profession n’est pas aussi dangereuse qu’il y parait, sauf quand les baignoires sont redevenues sauvages depuis longtemps. Dans ces cas-là, il est conseillé de se monter prudents. En fait, c’est mon père, le chasseur de baignoires. Moi, je suis son assistant, j’apprends le métier. »

Donc, Théo et son père partent pour la Laponie, chez le comte Krolock Van Rujn. Le terminal, la gare de Kreujilweck-Grand Nord, petite gare isolée, sans village autour, rien, le vide, la neige, rien… Sauf  un distributeur de boissons de l’autre côté des rails.

Enfin, ils arrivent au château sous un orage à tout casser et Théo fait la connaissance d’Elisa qui l’aidera beaucoup dans la chasse à la baignoire « C’est une vieille baignoire. Une solitaire en fonte émaillée. Une dure. Elle ne fait plus confiance à personne. Ça va être une belle chasse pronostiqua papa. »

C’est vrai, la chasse sera épique, dangereuse, un vrai rodéo. Quelle aventure !!

Le père de Théo, en vrai professionnel soucieux de sa renommée est équipé de tout un barda logistique du plus sophistiqué au plus simple.

Souffrez que je vous parle du ricanement dément de la baignoire au fond des bois derrière les murs du château, ou du jet d’eau brûlante sortant de la pomme de douche alors que la baignoire, indépendante de toute tuyauterie, dévale les escaliers. Ah oui, vous commencez à avoir peur, je le sens, je le sens !! Je ne parle même pas du coup de la tortue luth, ce serait trop pour votre petit cœur. Sachez que Théo et Elisa, EUX, ont affronté cette démente avec ses « raisonnements de tuyauterie »

Théo, tu es un chef, un super chasseur qui au péril de sa vie et de celle d’Elisa, a réussi à vaincre la baignoire en furie.

Je n’ai pas émis des bruits de tuyauterie en lisant ce livre, mais je me suis bien amusée. Le livre est  noté à partir de 9 ans. Verdict des petits-enfants la semaine prochaine. Théo, Elisa, soyez prêts à les faire se gondoler.

On sent que l’auteur, Pascal Prévot, s’est documenté très sérieusement sur la chasse à la baignoire.

Je remercie Lecteurs.com qui m’a offert ce livre surprenant, bien écrit, trépidant ; pas de temps mort tant que la baignoire sauvage n’a pas été matée.

 

 

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Andréa Doria - N'Dréa

4 Décembre 2016, 20:37pm

Publié par zazy

 

N’Dréa

Andréa Doria

Editions du bout de la ville

Juin 2016

96 pages

ISBN : 9791091108027

 

 

4ème de couverture :

Andréa partageait sa vie avec un groupe d’amis qui, comme elle, refusaient le travail salarié et la société qui l’organise. En 1985, elle apprend qu’elle a un cancer. Après opération, rayons et chimiothérapie, elle n’a plus espoir de guérir. En 1990 on lui propose un traitement expérimental. Elle met alors à exécution une décision qu’elle avait prise depuis longtemps, celle de rompre radicalement avec le milieu hospitalier et médical, cela pour garder l’initiative de sa fin. Son choix est fait. Avec la complicité de ses amis elle fait « tout un flan d’une histoire banale ». 25 ans après, nous republions les textes qu’elle adresse à ses amis et à ses infirmières pour affirmer cette rupture.

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Evlyne, merci d’avoir fait voyager ce livre.

Qu’en dire ?

Le récit d‘Andréa Doria est on ne peut plus sincère et ce qu’elle dit est réel. Pourtant, à chaque page, je ne pouvais m’empêcher de penser à Caroline, jeune femme, la trentaine, qui se bat depuis très longtemps, trop longtemps, contre un cancer. Oui, elle sait qu’elle sert de cobaye, qu’elle essaie de nouveaux traitements à chaque fois que le précédent  n’a pas ou plus d’effet sur elle, elle le dit haut et fort. Caroline a l’espoir chevillé au cœur et au corps, vit, malgré deux allers-retours à Paris hebdomadaires.

Je comprends ce qu’Andréa veut dire, je la suis dans ses propos, mais… Caroline est là vivante, aimant vivre, combative.

Chacun lutte avec ce qui le pousse

Les avis d’Evlyne et Catherine sont sur Libfly

 

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Emmanuel Moses - Le Compagnon des chacals

4 Décembre 2016, 19:59pm

Publié par zazy

Le compagnon des chacals

Emmanuel Moses

Editions Galaade

Avril 2016-12-04

240 pages

ISBN : 978-2-35176-418-3

 

4ème de couverture :

« Elle eut beau chercher au plus profond des choses éboulées en elle, elle ne trouva pas de réponse satisfaisante à cette coïncidence, à cette association entre le péril et l’amour. »

Une nuit de Noël, un commissaire fatigué attend la relève pour rejoindre des invités qui lui font miroiter une promotion, quand un homme débarque et confesse un crime terrible. Une femme rejoint à l’autre bout du monde son amant, de Mexico à Istanbul, de l’Éden à la fuite. Ce matin-là, l’usine est fermée, Philippe est soudain libre. Ulysse à rebours, qui quitterait Ithaque pour explorer le monde, loin d’une Pénélope qui ne l’aime plus, il pédale à l’aventure. Gébé n’arrive plus à oublier. Il boit et ressasse. Avec Job, un vieil ami, et Lucile, qui traîne la petite fille en elle partout où elle va, chacun s’agrippe à l’autre pour éviter le naufrage. Mathilde, elle, choisit la haute mer.

Fictions policières ou d'espionnage, conte impressionniste d’un vieil homme en fuite qui, grâce au vol d’un oiseau perdu, rencontre son enfance, jeune femme répondant au chant des sirènes… Dans des époques et des lieux propices à la perte de repères, on prend chaque fois conscience, derrière le réel, de l’au-delà.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Poète, traducteur et écrivain, Emmanuel Moses est né à Casablanca en 1959. Il a passé son enfance à Paris avant de rejoindre Jérusalem en 1969. Depuis 1986, il vit et travaille à Paris.

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Sur la couverture, il n’est pas marqué roman, mais fictions au pluriel.

La première histoire m’embarque. Je suis ce commissaire, bloqué sur son lieu de travail alors que tout le monde l’attend chez-lui pour le réveillon et qui ne semble pas réagir lors du témoignage, pour le moins sidérant, d’un homme. Est-ce là la différence entre nouvelle et fiction car la chute est pour moi, molle comme Arden « Il prenait du ventre et mollissait ».

Par contre, j’ai vraiment beaucoup apprécié « Philippe, ouvrier et paysan ». Philippe n’a pas été averti que son usine est fermée pour la journée. Il décide de ne pas rentrer à la maison de suite, enfourche  son vélo, pousse jusqu’à la ville puis sur une route où il fait des rencontres hors temps si agréables. Un vrai moment plein de poésie.

La troisième fiction m’a profondément ennuyée. Ces mecs passent leur temps au fond d’un canapé avec des bouteilles d’alcool et des cigarettes à parler futilités ou alors, je n’ai rien compris !!

J’en ai eu marre de la fumée, du gin, de la vacuité de leurs existences et je suis partie au grand air.

C’est une lecture en demi-teinte où, pour moi, alterne du beau et du nettement moins intéressant. Il y a-t-il une corrélation entre les textes qui, à première vue, semblent disparates ? je n’en sais rien. L’écriture me plait, elle sait être poétique,  

J’ai lu ce livre grâce à l’opération Voie des indés de LIbfly. Je remercie les éditions Galaade, que je découvre, d’y participer.

 

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David Foenkinos - Le mystère Henri Pick

1 Décembre 2016, 20:56pm

Publié par zazy

Le mystère Henri Pick

David Foenkinos

Editions Gallimard

288 pages,

Mars 2016

ISBN : 9782070179497

4ème de couverture :

En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses... Aurait-il eu une vie secrète? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination? Récit d’une enquête littéraire pleine de suspense, cette comédie pétillante offre aussi la preuve qu’un roman peut bouleverser l’existence de ses lecteurs.

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La quatrième de couverture résume fort bien le livre.

David Foenkinos aime brouiller les pistes. Il s’est bien amusé, je sens son regard qui frise à travers les pages de ce roman matriochka.

Je souris à l’évocation du monde de l’édition où on ferait n’importe quoi pour un bon tirage, comme dénicher un manuscrit que tous les éditeurs ont refusé, peut-être même Grasset ? C’est ce qui est arrivé à Delphine Despero (qui n’est pas désespérée) jeune éditrice chez Grasset.

Plusieurs réflexions après ma lecture. Qu’est-ce qui fait le succès d’un livre ; le bruit (je n’aime pas l'expression faire le buzz) fait autour, que ce soit le mystère comme dans ce livre ou un potentiel scandale, ou la qualité de l’écriture, la profondeur su sujet ?

Vaut-il mieux être anonyme et heureux ou reconnu et… heureux peut-être  ou finir comme Richard Brautignan, inspirateur de ce livre ?

L’immense succès d’un livre  ne phagocyte t-il pas l’auteur, surtout lorsque l’auteur n’est pas celui que l’on croit ? « C’était terrible pour Frédéric, qui devait cacher d’être l’auteur du livre le plus lu en France ». Le nègre touche une rémunération pour son travail, mais Frédéric, non.

L’auteur réel du livre aimerait, c’était dans le contrat moral passé avec l’éditrice, que son nom soit dévoilé « Delphine lui expliqua ; « Tu ne toucheras pas d’argent sur ce livre, mais une fois que tout le monde saura que tu en es l’auteur, on parlera beaucoup de toi, et il y aura des répercussions sur ton prochain roman. Il vaut mieux jouer le jeu à fond sur ce coup-la. Personne à part nous deux ne doit être au courant » ».

Il  manque ce petit plus de profondeur que j’aurais aimé y trouver, mais bon, ne sois pas bégueule ma belle, tu t’es bien divertie à cette lecture. L’auteur connait bien son milieu et nous le fait savoir de manière plaisante et avec des clins d’œil appuyés sur un milieu qu'il connait bien. La fin est décevante, dans le genre téléfilms américains, tout sucre dehors.

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Xavier Hanotte - Du vent

29 Novembre 2016, 21:46pm

Publié par zazy

Du vent

Xavier Hanotte

Editions Belfond

Octobre 2016
432 pages

ISBN : 9782714458261

 

4ème de couverture :

Dans une ville portuaire, le lieutenant Bénédicte Gardier vient prendre ses nouvelles fonctions au sein d'un important dépôt stratégique. Tandis qu'elle gagne son hôtel, comment se douterait-elle des ennuis qui l'attendent ?
Dans le port sicilien de Lilybée, le triumvir Lépide débarque avec ses légions. Il vient prêter main forte à son collègue Octave, dont l'ambition démesurée commence à l'inquiéter. Pourquoi ne prendrait-il pas enfin la part de pouvoir qui lui revient ? Entre ces deux débuts d'histoires, quel lien ?
Leur auteur ! Le romancier Jérôme Walque s'est lancé dans une double entreprise de narration.
Seulement voilà... La littérature serait-elle davantage que du vent ? Quand les récits se mettent à déborder sur la réalité et que de mystérieux personnages, éditeurs ou policiers, s'en mêlent, Jérôme commence à douter.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1960 en Belgique, Xavier Hanotte vit près de Bruxelles. Philologue et germaniste, il a traduit quelques-uns des plus grands romanciers flamands et néerlandais contemporains parmi lesquels, aux éditions Belfond, Hubert Lampo et Marten't Hart, ainsi que le poète anglais Wilfried Owen (Le Castor Astral). Ses romans, Manière noire (1995), De secrètes injustices (1998), Derrière la colline (2000), Les Lieux communs (2002), Ours toujours (2005), Le Couteau de Jenufa (2008), ainsi que son recueil de nouvelles L'Architecte du désastre (2005), tous publiés chez Belfond, ont été unanimement salués par une critique élogieuse.

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Une couverture mystérieuse, voire suggestive, parlante (après coup) comme souvent les couvertures de la collection pointillé des éditions Belfond et ma curiosité est titillée.

Comment résumer un tel livre ? Là est la question !

Tout commence, je dirais, normalement.  Une histoire d’espionnage lambda. Bénédicte Gardier se trouve ficelée comme un rôti dans sa chambre d’hôtel par une jeune femme qui va prendre sa place. J’ai omis de préciser que ladite Bénédicte est gradée dans l’armée (cf 4ème de couverture). L’échange verbal entre les deux femmes est drôle enlevé, enfin surtout pour la seconde, la première, bâillonnée, a un discours beaucoup plus monosyllabique.

Ensuite, toujours dans la continuité, je fais connaissance avec l’auteur Jérémie Straube dans le bureau de son éditeur. Jérémie est un auteur dilettante, qui aime tout écrire à condition que cela lui rapporte de l’argent. Il saute d’un projet à l’autre. Dans le cas de Bénédicte, il passe le bébé à Jérôme Walque, son ami d’enfance, écrivain « sérieux » qui planche sur la vie de Lépide, Marcus Aemilius Lepidius, le troisième du triumvirat avec Antoine et Octave.

Ici aussi, c’est un triumvirat. Trois auteurs, trois livres. Pourtant, tout n’est pas aussi simple, surtout lorsque Jérôme Walque passe de l’autre côté du miroir pour y sauver son Alice, pardon Bénédicte. Les éditeurs, les fameux B&B sont-ils ce qu’ils disent ?

Heureusement l’auteur a pris soin de  mettre un avertissement « les amateurs d’Histoire romaine férus de cartésianisme peuvent fort bien se porter immédiatement aux chapitres 6, 10,13 et 18 de cet ouvrage qui en contient plusieurs. »

Avec humour (le fameux humour belge ?) Xavier Hanotte parle du métier d’écrivain dans ce qu’il peut avoir de vain et surfait comme Jérémie Straube ou bûcheur, sérieux, cherchant l’angle réaliste, exact ou poétique comme Jérôme Walque. Le succès  et l’argent sont inversement proportionnels au talent des auteurs. Selon Jérémie « tout écrivain digne de ce nom devait suivre sa pente naturelle et sacrifier la sécurité au profit de l’audace créatrice. Au lieu de peaufiner en amateur, avec une maniaquerie de miniaturiste, ses gros romans tellement étrangers à l’esprit du temps, pourquoi Jérôme ne se lançait-il pas  dans la grande foire d’empoigne du monde littéraire, où vie quotidienne et écriture se mêlaient dans une exaltante étreinte ? » Cela me rappelle certains pisse-copie ((Argot) Écrivain très fécond qui fait passer la quantité devant la qualité. Selon Wiktionnaire) que nous retrouvons à chaque rentrée littéraire. Ecrire un roman, est-ce jouer avec le vent ?

Au début du livre, j’ai pensé que Jérémie et Jérôme étaient les deux faces d’un même personnage ; l’auteur écrit page 79 « il goûta la joie tranquille de redevenir, enfin, Jérôme Walque ». L’explication vient ensuite.

Xavier Hanotte, que je découvre, réussit la performance d’écrire trois romans aux styles très différents avec la même qualité d’écriture. Les romans, les auteurs s’emboîtent, se télescopent, divaguent, philosophent (de comptoir), le tout avec humour.

Du vent , un roman échevelé (il fallait bien que je la fasse !) où je sens le plaisir qu’a pris Xavier Hanotte à l’écrire. Il y a des rires, des sourires entre les mots  avec, quelques pointes caustiques qui pimentent le livre.

Une heureuse découverte que je dois aux Editions Belfond

 

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Edith Masson - Des carpes et des muets

25 Novembre 2016, 22:35pm

Publié par zazy

Des carpes et des muets

Edith Masson

Editions du Sonneur

168 pages

Octobre 2016

 ISBN : 9782373850413

 

4ème de couverture :

Un village ordinaire. Jusqu’à ce matin où de paisibles villageois découvrent, noué à l’échelle d’un canal, un sac rempli d’ossements humains : à qui appartiennent-ils ? Qui a voulu cette mise en scène ? Pourquoi ?

Au comptoir, devant le Picon bière, on raisonne, on soupçonne, toutes les générations s’en mêlent. Les souvenirs remontent, des histoires d’amours honteuses, des jalousies de bastringue.

On se souvient d’un soldat allemand qui s’est attardé après la guerre, d’une jeune fille tôt enterrée, d’une noyade suspecte, d’une disparition mystérieuse, on décortique les généalogies familiales : tout fait indice. Désirs de meurtre, culpabilités tenaces, frustrations sexuelles, pulsions suicidaires remontent à la surface. Le maire fait de son mieux pour sauvegarder la tranquillité collective, mais les médias s’emballent, et avec eux une parole qui surgit là où, jusqu’alors, on tenait silence.

Un polar ? Certainement. Et aussi l’agitation des consciences et des mémoires chauffées à blanc par un mystère où chacun cherche des repères, des formes connues, à défaut peut-être d’une vérité.

Vingt-quatre heures de la vie d’un village, son histoire, sa culture, ses personnages, vingt-quatre heures à ressasser l’incompréhensible, à invoquer les morts et le passé, une journée et une nuit d’efforts afin d’établir une vérité où l’événement – domestiqué – pourra enfin trouver sa place, permettant aux choses de recouvrer leur logique et aux jours de reprendre leur cours ordinaire… jusqu’à la prochaine fois.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Née à Verdun en 1967, l’imaginaire d’Édith Masson s’est déployé dans une Lorraine marquée par les guerres : Des carpes et des muets, son premier roman, fait écho à la tranquillité d’une campagne douce et de pêcheurs taiseux, mais aussi aux bois et bosquets creusés de trous d’obus, aux récits de morts, de camps, d’exodes et de cruautés. La fréquentation des romanciers russes, des naturalistes français, des écritures de l’absurde et des moralistes, la poésie de Rimbaud et de Reverdy, ont participé à la formation de son goût.

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Nous sommes en plein été, il fait chaud, très chaud, Phlox sort de chez lui. « En ouvrant la porte –il louait l’ancien logement de l’écluse-, Phlox trouva le canal vide et gras de boue luisantes, bouteilles, plastiques, bottes molles, tubes crevés, tous objets englués que trois hommes au torse moite jetaient sur la berge. » Les ouvriers curent, nettoie la boue et… trouvent un sac plastique avec un tournesol bleu quasiment neuf (très important). Hilaire n’a pas l’air d’avoir envie de l’ouvrir, ce sont ses collègues Polycarpe et Clovis qui  en sortent un objet oblong « Je crois que c’est un crâne, Monsieur le Maire, un crâne humain. De toute évidence. ». Les gendarmes arrivent, etc.… Cela pourrait être l’entame d’un polar, mais ce n’est pas l’angle pris par l’auteur.

A qui appartient la broche bleue, les ossements ? Qui est ce monsieur Phlox trouvé à sa naissance dans un train. Pourquoi vient-il s’installer ici, justement ici ? Parlons également de la mort d’Emma Bold, réfugiée dans le village pendant la guerre et enterrée dans le cimetière. N’oublions pas le soldat allemand qui jouait avec Basilide enfant, parti sans jamais lui écrire malgré la promesse, la noyade d’Athanase. Il y a si longtemps, ils étaient des gamins,

Les souvenirs remontent à la surface, poissent encore plus l’air surchauffé. Cette nuit, où personne ne dort, est propice aux confidences. Leur histoire est comme le squelette, incomplète. A eux de curer leurs souvenirs, de nettoyer leurs propres canaux du souvenir. Rappelez-vous, les ossements sont déposés dans un sac  de facture très, très, récente, « l’épicière les avait reçus hier. » donc c’est bien pour faire ressortir cette histoire que la personne l’a déposé dans le canal, sachant qu’il serait curé. « Il fallait juste qu’on le trouve aujourd’hui. Mais pourquoi spécialement aujourd’hui ? »

Edit Masson joue avec le ruisseau sinueux, le canal droit, boueux, sale, puis vidé, récuré et le désir de quelqu’un, de savoir, de nettoyer le passé du village, que l’eau de la petite rivière torse  nettoie  les ruelles des souvenirs, le passé des habitants, celui de Phlox, les méandres de leurs souvenirs. « Ces choses-là, c’est comme les carpes, on croit que c’est fini, qu’on n’en parlera plus, et ça revient toujours. On les oublie. Puis voilà que quelqu’un en attrape une. »

Le squelette parlera-t-il ?  Les villageois se souviennent, s’expliquent « On devrait se parler, plutôt que de tout garder comme ça. » pour retrouver une cohésion. « Il faut que les choses aient un sens, n’importe lequel. Qu’il y ait une histoire autour de ces os, de toi, de Prisque, de chacun de nous, et qu’elle tienne debout. Qu’elle ait un début, une fin. Qu’on la croit vraie. Qu’au besoin on la fabrique. »

« Sortir un poisson étourdi de ces eaux, enfin, le tenir à pleines mains, affolé dans le ciel rose, avec ses yeux ronds, sa bouche orange, ses écailles irisées, poisseuses, luisantes, le laisser tourner en rond, un moment dans le vivier, puis le rendre à la rivière, le regarder plonger dans le silence, au bout d’une courbe gracieuse et miroitante qu’il faut bien appeler le bonheur. » Ce dernier paragraphe est un parfait résumé du livre, du cheminement des villageois et de Phlox

J’aime les ricochets entre mes lectures. Les villageois, la nuit venue, osent se raconter, comme dans le livre de Gaël Faye, Petit Pays, les hommes dans les estaminets de quartiers. L’importance des origines de Crépuscule du tourment de Leonora Miano trouve un écho ici. « C’est important les origines, C’est passionnant aussi, parfois, comme ces énigmes dans les films qu’il faut résoudre. La réponse se trouve quelque part, il faut savoir la chercher. Ce n’est pas toujours celle qu’on imagine…. Les familles ont leurs petits secrets, n’est-ce pas ? Qui n’en a pas ? car tout ce que l’on ne sait pas « tourne dans nos mémoires comme des carpes dans l’eau profonde ? ».

Avec Des carpes et des muets, je suis les méandres de la rivière, je sens les odeurs prégnantes du canal « Par la porte d’entrée restée ouverte, l’odeur du canal montait, plus forte dans la fraicheur de la nuit. », je regarde  la vie qui l’entoure. Les dialogues de Edith Masson sont à la fois introspectifs, vifs, courts, les personnages bien campés. La métaphore est belle. Les phrases, très photogéniques, côtoient la poésie.

Je comprends pourquoi Lionel-Edouard Martin a aimé des carpes et des muets, c’est un très beau premier roman.

 

 

 

 

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