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ZAZY - mon blogue de lecture

Hafez Khiyavi - Je puais le sang d'âne

9 Novembre 2016, 10:56am

Publié par zazy

Je puais le sang d’âne

Hafez Khiyavi

Traduit du persan (Iran) par Stéphane A. Dudoignon

Editions Serge Safran

Octobre 2016

192 pages

ISBN : 9791090175594

 

4ème de couverture :

Un jeune homme doit tuer un âne pour gagner la main de la fille qu’il aime. L’épreuve tourne mal. Couvert du sang de l’âne, il se cache dans la grange du père, où il attend la fille. Quand survient le père, le jeune homme s’enfuit, en oubliant son portable sur place. Un enfant est surpris en train de tuer un chat, tandis qu’un autre s’interroge en découvrant le désir sexuel et la honte devant Dieu…
Portraits d’enfants ou de jeunes adultes dominent ces récits révélant les contraintes religieuses et un regard désabusé ou amusé sur les travers de la société iranienne.
Je puais le sang d’âne alterne naïveté enfantine, violence familiale, doux cynisme et scènes parfois cruelles.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Hafez Khiyavi est né en 1973 dans la région d’Azerbaïdjan oriental, au nord-ouest de l’Iran. Je puais le sang d’âne est le deuxième recueil de nouvelles de l’auteur, après Une cerise pour couper le jeûne, publié en France chez Serge Safran éditeur.

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Je me suis plu dans Le chameau ivre d’Alma Rivière, alors j’ai voulu rencontrer l’Iran de Hafez Khiyavi où j'y  retrouve certains thèmes reviennent.

En treize histoires courtes, Hafez Khiyavi me transporte dans l’Iran actuel. Ces nouvelles racontent la vie d’homme et de femmes, pas héros pour un sou, qui se débattent entre  modernité et tradition

La première nouvelle fait référence à son précédent livre « Une cerise pour couper le jeûne » (que j’aimerais découvrir) où une jeune fille vient retrouver, sans être voilée et à vélo, son amoureux qui se cache de la police

Les personnages sont humains, très humains avec leurs faiblesse, rouerie, bassesse, courage, humour, violence. Ils sont coincés entre la tradition et la modernité, regrette l’occidentalisation tout en la rejetant, la religion «Sa culotte, à Sheylan, c’est Satan qui la lui enlève » ; ce jeune garçon s’interroge sur ce que voit et ne voit pas Dieu. « Ma mère, elle dit que Tu es partout » «Rêver que Sheylan est là aussi. Non, Seigneur ! Non ! Ça tu ne l’as pas entendu. Je parle juste pour moi. Ma mère, elle dit que même quand on parle à l’intérieur de nous, Dieu, Il l’entend. Ce n’est pas bien, Dieu ! Ce serait mieux quand même si Tu n’entendais pas ce que les gens ils se disent à eux-mêmes. En tout cas pas tout. » Les mâles ne sont pas des surhommes et, quelque fois leur couardise fait rire.

Chaque nouvelle brosse une facette de l’Iran d’aujourd’hui dont l’auteur en brocarde l’hypocrisie. J »ai rencontré l’armée  « Des pêches », l’entraide « Ibrahim », l’amour « Je puais le sang de l’âne ». « L’âme de M’sieur Mansour » oscille  entre légèreté et gravité.

Des histoires à raconter écrites aux petits oignons, bien traduites par Stéphane Dudoignon. Certaines sont jubilatoires, d’autres ironiques, tendres, violentes. Hafez Khiyavi montre beaucoup de tendresse pour ses personnages

« Je puais le sang d’âne »  ouvre une fenêtre sur l’Iran moderne et Hafez Khiyavi, un auteur à découvrir.

Une fois de plus, les Editions Safran ont fait mouche.

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Alma Rivière - Le chameau ivre

6 Novembre 2016, 21:13pm

Publié par zazy

Le chameau ivre

Alma Rivière

Editions Rue des promenades

128 pages

Octobre 2016

ISBN : 9782918804543

 

4ème de couverture :

Une voix amie emmène le lecteur au cœur de la réalité iranienne à laquelle il n’a, le plus souvent, pas accès. Ces récits montrent dans  le désordre un Iran intime et universel, contemporain et éternel. Des fictions cousues au fil du réel, avec leur lot de raccourcis et d’hyperboles.

L’auteur (site de l’éditeur) :

On peut croiser Alma Rivière à Paris, o elle est ancrée, ou bien dans l’avion où elle monte sans appréhension mais dont elle descend toujours avec enthousiasme. Elle écrit dans plusieurs langues et voudrait pouvoir les lires toutes. Cumulant plusieurs casquettes tout en se revendiquant sans étiquette, elle se soustrait à toute forme de datation ou de classement pour faire son trou dans la marge, qui a toujours été sa zone de confort.

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« La carte mondiale des vins omet le plus souvent un endroit appelé l’Iran. Les gens qui créent ces cartes ont tendance à le voir comme un pays musulman et donc sec. Le fait que beaucoup d’Occidentaux pensent que nous autres iraniens allons travailler à dos de chameau doit certainement jour. »

Avec ce premier paragraphe, le ton est donné ironique, lucide, lucidement désespéré quelque fois. Dans ce livre, j’ai trouvé la recette artisanale et clandestine de la fabrication du vin à domicile. Sans oublier les chutes : « Ne conduisez jamais en ayant bu. C’est vraiment pas juste pour les autres. » ou « Faire du vin en Iran ne vous transforme pas automatiquement en dissident. Même si ça aide. »

La jeune génération ne croit plus au futur « On ne croyait pas au futur : on savait qu’on n’en aurait pas. Qu’on avait été élevés pour un futur qui ne viendrait jamais. Tomber d’une terrasse en fuyant une descente de flics était seulement l’une des nombreuses possibilités » Préférer se jeter du balcon que d’être arrêté par la police, cela fait froid dans le dos.

Ce pays meurt d’ennui « C’est ça, l’enfer iranien. Si tu fais pas gaffe, tu peux mourir d’ennui. En fait, t’en vois plein, des ports vivants, si tu regardes de plus près les piétons dans les rues noires de monde. »

Où il est également question du « mouvement vert » suite aux fraudes dans les élections présidentielle de juin 2009. Imaginez une manifestation monstre, nos marches syndicales, c’est du gnangnan à côté !, des centaines de milliers de personne défilant sans un mot, oui, chers amis, un silence complet. « Ils restaient silencieux –chacun d’entre eux- tout le long du parcours. Pas un son n’émanait d’eux. Sauf un claquement de mains occasionnel. A un moment, quelqu’un faisait « clap ! clap ! clap ! » et la foule l’imitait, répétant les trois mêmes sons. »

N’oubliez pas que « Un invité est comme un cadeau de Dieu. »

Des histoires courtes acidulées, acides, tendres, ironiques, désespérés et pourtant pleines d’espoir.

J’aime beaucoup les petits formats des éditions Rue des Promenades. Ils se glissent partout et n’abiment pas les poches (très important). Le contenu vaut le détour. Je suis presque certaine d’avoir une bonne surprise et ce fut le cas pour ce livre.

Le chameau ivre à lire et relire dans n’importe quel ordre. Ne vous en privez pas.

 

 

 

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Gaël Faye - Petit pays

3 Novembre 2016, 22:06pm

Publié par zazy

Petit pays

Gaël Faye

Editions Grasset

Août 2016

224 Pages :

ISBN : 9782246857334

 

4ème de couverture :

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…
« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages... J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d'être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »
Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Franco-rwandais, Gaël Faye est auteur compositeur interprète de rap. Aussi influencé par les littératures créoles que par la culture hip hop,  il sort un album en 2010 avec le groupe Milk Coffee & Sugar (révélation Printemps de Bourges). En 2013 paraît son premier album solo,  Pili Pili sur un Croissant au Beurre. Enregistré entre Bujumbura et Paris, il se nourrit d’influences musicales plurielles : du rap teinté de soul et de jazz, du semba, de la rumba congolaise, du sébène… Petit pays est son premier roman. 

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Gaby est un petit garçon heureux et insouciant à Bujumbura entre son père blanc, sa mère rwandaise, sa sœur Anna et les domestiques. Il y a aussi les copains, les amis avec qui il fait les quatre cents coups. Ses souvenirs ont l’odeur du jus des mangues qui dégoulinent de leurs bouches, le goût des souvenirs des jeux, des larcins partagés avec les jumeaux, surtout Gino son ami. : « Chez moi? C'était ici. Certes, j'étais le fils d'une Rwandaise, mais ma réalité était le Burundi, l'impasse, Kinanira, l'école française." »

Et puis, il y a les courriers échangés avec sa correspondante française, Laure. C’est sûr, il l’aime, il l’épousera plus tard, comme ses parents. « Le jour de leur mariage, Papa n’en revenait pas de lui avoir passé la bague au doigt. Bien sûr, il avait un certain charme, le paternel, avec ses yeux verts tranchants, ses cheveux châtain clair veinés de blond et sa stature de Viking. Mais il n’arrivait pas à la cheville de Maman ». La vie séparant ceux qui s’aiment, le rêve se brise et ils se séparent. « Le début de la fin du bonheur, je crois que ça remonte à ce jour de la Saint-Nicolas, sur la grande terrasse de Jaques, à Bukavu, au Zaïre. ».

La  guerre ethnique du Rwanda arrive chez lui, dans son école, avec un racisme plus « ordinaire » du tout entre hutus et tutsis, « L’année de mes huit ans, la guerre avait éclaté en Rwanda. C’était au tout début de mon CE2. ». Il essaie de la tenir loin de lui cette guerre, mais Alphonse, un de ses oncles est tué.

Il y eut les élections, les premières élections démocratiques au Burundi « Pourtant, c’était une journée historique. Partout dans le pays, les gens s’apprêtaient à voter pour la première fois de leur vie. » Le parti Frodebu a gagné avec Melchior Ndadaye à sa tête. Le 21 octobre 1993, un coup d’Etat éclate avec son lot de meurtres, de massacres. Prothé, l’un des serviteurs craint le pire «  Ils ont tué l’espoir, ils ont tué l’espoir, c’est tout ce que je peux dire. Vraiment, ils ont tué l’espoir... »

La confusion, la peur règnent en maître avec des massacres quotidiens. Le père de Gabriel et Anna choisit l’exil en France pour ses enfants.

Sans s’appesantir, Gabriel Faye dépeint la vie au Burundi, le racisme ordinaire des patrons blancs vis-à-vis de leurs employés noirs, la vie des expatriés, les petits cabarets où Gaby a bu sa première bière tiède « Le cabaret était la plus grande institution du Burundi. L’agora du peuple. La radio du trottoir, le pouls de la nation. Chaque quartier, chaque rue possédait ces petites cabanes sans lumières, où, à la faveur de l’obscurité, on venait prendre une bière chaude, installé inconfortablement sur un casier. ». J’ai ressenti la langueur du pays, puis la tension qui monte entre les habitants du Bujumbura, même chez les serviteurs de la maison. Les enfants voient leur groupe changer, se durcir, il faut choisir son camp. Avec ses copains, ils sont pris dans la nasse, dans une spirale qui emmènera Gaby dans une région d’où l’on ne revient jamais vraiment et qui lui fera dire plus tard « Je réponds avec un cynisme froid que mon identité pèse son poids de cadavres »

Les apartés de l’adulte Gabriel sont très musicaux et rythmés, on sent le rappeur. L’homme qu’il est devenu n’est pas seulement un exilé de son pays, mais également de son enfance partie au son d’un briquet Zippo « Je pensais être exilé  de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. »

Petit pays est écrit à hauteur d’enfant, à la fois mutin et dur avec des mots simples, sans affectation aucune. C’est d’ailleurs ce qui lui donne tant de puissance. Un coup de cœur pour un premier roman fort et puissant.

J’ai lu ce roman dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2016 organisés par Price Minister. Je les remercie pour cette superbe lecture.

 

 

 

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Michel Quint - Un hiver avec le diable

29 Octobre 2016, 17:41pm

Publié par zazy

Un hiver avec le diable

Michel Quint

Editions Presses de la Cité

Octobre 2016

360 pages

ISBN : 9782258136885

 

4ème de couverture :

Hiver 1953. Hortense Weber, jeune Alsacienne célibataire venue occuper un poste d'institutrice à Erquignies, bourg de l'agglomération lilloise, accouche d'un petit garçon. A la maternité, elle rencontre Robert Duvinage, qui pratique, entre autres, l'escroquerie photographique du " bébé du mois ". Parce qu'elle le perce à jour sans le dénoncer, parce qu'il sent la jeune femme porteuse d'un secret, s'installe entre eux une relation d'affection méfiante. Robert suspend un temps ses activités pour faire le commis dans le bistrot-épicerie du maire communiste d'Erquignies et veiller sur Hortense malgré elle. La guerre d'Indochine bat son plein et divise la population, la guerre froide est vécue au quotidien... Les dissensions sont exacerbées par le procès à Bordeaux des nazis qui ont massacré les habitants d'Oradour en 1944. Parmi les accusés, treize malgré-nous, dont un engagé volontaire, alsacien. A Erquignies, on se déchire avec autant de violence que dans toute la France : responsabilité collective ou individuelle dans un crime contre l'humanité ? Peut-être en raison de ses origines, de son homonymie avec un des accusés, de son statut de fille-mère, Hortense est montrée du doigt. En même temps, ce climat ravive les plaies de la Libération, notamment l'affaire du réseau Voix du Nord, du nom du journal issu de la Résistance et de l'épuration...

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Hiver 1953, l’un des plus froids. Je retrouve Michel Quint dans sa région du Nord, plus précisément à Erquignies, petit village à la frontière belge.

Robert Duvinage, photographe à la petite semaine (ce n’est pas le nom d’un journal), escroc de peu d’envergure, photographie des nouveau-nés soit-disant pour le prix du plus beau bébé du mois. Il entre, ainsi dans la chambre d’Hortense qui allaite son bébé. Là, le dérailleur casse, quelque chose se passe. Chassée de la maternité parce que fille-mère (il ne fait pas bon de sortir du cadre stricte de la morale), Robert ramène tout ce petit monde à Erquignies alors qu’une tempête de neige rend le retour, à Lille impossible. Pendant la nuit, une grosse ferme est incendiée et les quatre occupants, dont deux enfants, meurent dans le brasier. Qui est coupable ? Le découvrir, c’est le but, non, le prétexte de Robert qui se sent happé par Hortense et le petit Rolland, surtout qu’elle l’a présenté comme le père de l’enfant et qu’il confirme.

Hortense est alsacienne et, de ce fait, au cœur de la polémique sur les « malgré nous ».  Pourquoi a-t-elle été mutée ici ? Robert n’en sait rien, mais devine beaucoup d’ombres et de la peur ; aussi il s’érige en ange gardien de Rolland.

Au bistrot-bazar-épicerie, pivot de la vie d’Erquignies, les clients parlent du procès d’Oradour-sur-Glane. Faut-il un procès commun à tous ou alors séparer les « Malgré nous » des allemands, faut-il un procès individuel ? Il y est aussi question de la « Voix du Nord » et son personnel issu de la presse collabo. Il ne faut pas oublier les trafics en tabac, alcool et autres denrée avec la  Belgique. La guerre en Indochine préoccupe les habitants du village. Le fils du maire est revenu, traumatisé, avec trois doigts en moins et d’autres sont y sont toujours.

Michel Quint mélange suspens, histoire et vie quotidienne. Où j’apprends, (si j’en ai besoin !) que tout n’est pas noir ou blanc que les salauds se cachent derrières les braves, que les braves ne sont pas ceux à qui l’on pense.

Ce que j’aime chez Michel Quint, c’est sa peinture du nord, jamais complaisante mais pleine d’amour et si bien documentée. Les personnages secondaires sont mitonnés aux petits oignons. Les phrases sont longues, imagées. L’impression de voir les villageois patauger dans leurs vies comme dans les rues enneigées. Ce n’est pas l’intrigue, la recherche du pyromane, le cœur du livre, mais la vie quotidienne à Erquignies en ces années cinquante.

Michel Quint confirme tout le bien que je pense de ses livres.

Livre lu dans le cadre d'une Masse Critique privilégiée de Babelio !

 

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Commentaires

29 Octobre 2016, 16:18pm

Publié par zazy

J'ai activé la modération avant publication des commentaires car je suis harcelée par une certaine Céline qui parle d'un vieux qui lui apporte le bonheur, grand bien lui fasse !!

Ayant trouvé le bonheur auprès de mon grand chêne, pas envie d'appeler le n° de téléphone très certainement surtaxé, mis à ma disposition, et de la votre, bien entendu.

Cela fait plusieurs fois que je supprime ses messages, alors comme la coupe est pleine et que je ne veux pas vous ennuyer, je modère les commentaires.

Avertissement à cette Céline de mes deux et son vieux.

 

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Véronique Ovaldé - Soyez imprudents les enfants

26 Octobre 2016, 18:22pm

Publié par zazy

Soyez imprudents les enfants

Véronique Ovaldé

Editions Flammarion

Août 2016

350 pages

ISBN : 9782081389441

 

4ème de couverture :

« Soyez imprudents les enfants », c’est le curieux conseil qu’on a donné à tous les Bartolome lorsqu’ils n’étaient encore que de jeunes rêveurs – et qui explique peut-être qu’ils se soient aventurés à changer le monde.

 

« Soyez imprudents les enfants », c’est ce qu’aimerait entendre Atanasia, la dernière des Bartolome, qui du haut de ses 13 ans espère ardemment qu’un événement vienne bousculer sa trop tranquille adolescence.

Ce sera la peinture de Roberto Diaz Uribe, découverte un jour de juin au musée de Bilbao. Que veut lui dire ce peintre, qui a disparu un beau jour et que l’on dit retiré sur une île inconnue ? Atanasia va partir à sa recherche, abandonner son pays basque natal et se frotter au monde. Quitte à s’inventer en chemin.

Dans ce singulier roman de formation, Véronique Ovaldé est comme l’Espagne qui lui sert de décor : inspirée, affranchie et désireuse de mettre le monde en mouvement

L’auteur (site de l’éditeur)

Véronique Ovaldé est née en 1972. Elle a publié huit romans dont, aux éditions Actes Sud, Les hommes en général me plaisent beaucoup et Déloger l’animal (2003, 2005) et, aux éditions de l’Olivier, Et mon cœur transparent (prix France Culture-Télérama 2008), Ce que je sais de Vera Candida (prix Renaudot des lycéens 2009, prix France Télévisions 2009, Grand Prix des lectrices de Elle 2010) et, plus récemment, La Grâce des brigands (2013).

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Nous sommes en 1983, à Bilbao, Atanasia Bartolome fillette de 13 ans pénètre dans le musée et reçoit un uppercut en découvrant une toile de Roberto Diaz Uribe  « Mon corps mis à nu » « La femme était nue, le menton relevé, sa peau était bleutée, marbrée, transparente, d’une transparence maladive, épuisée, sexuelle. » C’est la première fois qu’elle est confrontée à une telle peinture. Son obsession du peintre la conduit à Paris auprès d’un russe alcoolo-tabago bizarre ayant fait une étude sur Diaz Uribe qui s’avère être son cousin. Les recherches vont étayer l’arbre généalogique.

« Soyez imprudents les enfants », c’est ce que dit une aïeule d’Atanasia à son fils  parti avec Savorgnan de Brazza.

Roman d’initiation, sur la transmission, les origines familiales, comme souvent chez Véronique Ovaldé, ce livre est à la fois triste et gai doux et rugueux. Le tiroir ouvert en premier révèle ses secrets plus tard. J’aime ses personnages féminins qui osent prendre leur destin en mains. Je me suis un peu perdue dans les digressions de l’auteur et, je dois le reconnaître, quelque fois ennuyée. Atanasia, l’héroïne manque de sel ou de poivre et j’ai peiné à m’attacher à elle. Un bémol dans ma bibliographie ovaldienne. Reste que j’aime toujours autant les titres de ses chapitres dont l’originalité me plait beaucoup, tout comme la plume de Véronique Ovaldé.

Merci à lecteurs.com pour cette lecture.

 

Couverture

 

 

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Oscar Lalo - Les contes défaits

23 Octobre 2016, 20:36pm

Publié par zazy

Les contes défaits

Oscar Lalo

Editions Belfond

224 pages

Août 2016

ISBN : 9782714473868

 

4ème de couverture :

Peau d'âme, noire neige, le petit poussé... Il était zéro fois... c'est ainsi que commencent Les contes défaits.

Peau d'âme, noire neige, le petit poussé... Il était zéro fois... c'est ainsi que commencent Les contes défaits.
L'histoire est celle d'un enfant et de l'adulte qu'il ne pourra pas devenir.
Je suis sans fondations. Ils m'ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m'empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s'y inscrit s'évapore.
Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence...
Et c'est en écrivant l'indicible avec ce premier roman qu'il est entré de façon magistrale en littérature.

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Oscar Lalo a passé sa vie à écrire : des plaidoiries, des cours de droit, des chansons, des scenarii. Quand est venu le moment d'écrire Les Contes défaits, il n'y avait plus de mots disponibles. Alors il les a inventés, et il est devenu écrivain.

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« Ce qui m’est arrivé ne m’est pas arrivé. Ce que je sais, c’est que c’est arrivé à d’autres, et qu’eux non plus ne le savent pas. Ma vie est un conte qui n’existe pas. Un conte inventé qui, depuis, me hante. Un conte impossible : ni fée, ni citrouille, ni carrosse. Un conte vide. »

D’une écriture pudique, presque distanciée et avec beaucoup de délicatesse, le narrateur raconte l’indicible, dont il ne s’est jamais remis.

« On croyait que notre mère savait tout et ne tarderait pas à apparaître, elle qui nous disait si souvent : "Une maman ça voit tout." Non. Et l'homme le savait. Il lui suffisait de faire bonne figure à la gare. Son innocence naturelle séduisait. Les Thénardiers ne ressemblent jamais aux Thénardiers. « L’araignée commence par tisser sa toile. » Ces vacances qui auraient dû être une fabrique à beaux souvenirs ont détruit le narrateur et beaucoup d’autres petits garçons, presque tous en fait. Oui l’araignée tissait bien sa toile et la mère laisse partir ses enfants avec plaisir. « Ce sont nos parents qui nous conduisaient au train. A qui se plaindre quand c’est la police qui vous livre ? »

Le pire c’est que cela se reproduisait à chaque séjour et que les « anciens » devenaient des « dominés-dominants ». « Dans un monde réel, mon silence  me condamnait à une peine théoriquement égale à celle des autres participants. Mais nous savions tous que le monde du home s’appuyait sur la non-assistance à enfants en danger. »

Le narrateur est détruit. « Je suis sans fondation. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. Raison pour laquelle j’endosse à l’envie n’importe quelle identité. La mienne, je l’ignore. Dans les deux sens : je ne la sais ni ne la veux. Je joue mieux la vie des autres. »

La construction du livre, chapitres courts, phrases courtes, pas de pathos, juste des mots, des ellipses qui parlent de l’indicible sans jamais le montrer, sans jamais le décrire. Pas de voyeurisme dans ce livre, tout est suggéré et ce n’en est que plus fort.

Dans le livre, la colonie de vacances s’appelle home d’enfants jeu de mots terrible avec l’homme d’enfants. « On m’a privé d’enfance comme d’autres de dessert. Sauf que l’enfance c’est l’entrée et le plat principal. A cause de l’homme d’enfants, je suis un homme enfant. Un enfant trop grand et un homme trop petit. ». Les petits garçons n'avaient pas de fées à leurs côtés dans ces contes défaits

Un superbe premier roman qui prend aux tripes, qui fend le cœur, mais qui est d’une dignité exemplaire. Un coup de cœur, plutôt un coup de poing en pleine figure.

La couverture de ce livre est très parlante ; Le gamin se « défait » de la tête

 

 

En groupe, on se partageait la solitude. Quand un enfant avait les yeux dans le vide, c’est que l’homme était passé par lui.

La directrice nous frappait, l’homme nous caressait… Pour une claque ou une caresse. La seconde laissait plus de traces.

Nous n’en parlions jamais. Un regard échangé signalait que l’un d’entre nous était tombé.

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Antonio Moresco - Les incendiés

21 Octobre 2016, 18:25pm

Publié par zazy

Les incendiés

Antonio Moresco

Editions Verdier

Traduit de l’italien par Laurent Lombard

192 pages

Août 2016

ISBN : 9782864328858

 

  4ème de couverture :

Un homme décide de fuir la sombre et douloureuse gangue qui lui tient lieu d’existence. Il renonce à tout.

Après une longue errance en voiture, il finit par trouver refuge dans un hôtel au bord de la mer où il vit caché.

La touffeur de l’été enflamme l’air. De petits feux explosent, çà et là, au long de la côte. Une nuit, un épouvantable incendie menace l’hôtel. L’homme parvient à se sauver sur une falaise désertique d’où il observe le terrible spectacle. Soudain, une femme aux dents d’or aussi merveilleuse que mystérieuse apparaît dans son dos, lui murmure que c’est pour lui qu’elle a incendié le monde et, avant de disparaître, lui demande s’il veut brûler avec elle. Obsédé par cette rencontre, il se lance à sa recherche.

Les Incendiés est une épopée moderne, un récit intense sur la férocité de notre temps, sur l’amour et la liberté.

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 Pas facile de parler de ce livre surprenant.  Antonio Moresco flirte avec la réalité et l’onirisme  puissance 10. Même postulat de départ que dans « Fable d’Amour ». Un homme d’âge mûr est sauvé par une belle jeune femme.

 « En ce temps-là, j’étais complètement malheureux. Dans ma vie j’avais tout faux, j’avais tout raté. J’étais seul. Je l’avais compris tout à coup, par une nuit de pluie battante où je n’arrivais pas à dormir, et ça m’avait anéanti. Il n’y avait pas de liberté autour de moi, il n’y avait pas d’amour. Tout n’était qu’aridité, asservissement, vide, la vie ressemblait à la mort. » Suite à ce triste constat, le narrateur s’enfuit et se retrouve dans une cité balnéaire. Des incendies éclatent tout autour jusqu’au jour où c’est l’hôtel qui brûle. L’homme s’enfuit avec les autres jusqu’à une falaise « C’est alors qu’une chose inimaginable s’est produite. » Une femme s’est arrêtée près de lui « Regarde… J’ai incendié le monde pour toi ! a murmuré l’instant d’après une vois à l’accent étranger. » Puis elle disparait comme elle est venue. Il n’aura de cesse de la retrouver. Cette femme aux dents en or l’obsède jusque dans ses rêves. Ils se cherchent, se trouvent, se perdent. Un soir, elle le conduit dans le domaine du Maître. L’apparition est une des esclaves, oui c’est ainsi que le chasseur d’esclaves appellent les personnes qui l’entourent et le servent. Son rôle auprès du Maître n’a rien de sexuel, « Je ne mâche pas la nourriture, il m’a dit tout à coup, approchant tout près de moi sa tête tandis que je le regardais sans broncher pétrifié. C’est elle qui mâche pour moi. Je ne prends la nourriture que d’elle. Tout ce qui entre dans ma bouche est d’abord passé par sa bouche. » Lieu de débauche, de sexe,  de trafics, de drogue, de mafias, de perversion. « Des truands, des blanchisseurs d’argent, des mafieux, des requins de la finance, des politiques, des pétroliers, des oligarques, qui cherchent dans la merde leur petite place dans le monde » Un monde violent où le chasseur d’esclaves est le dominant et le maître absolu, où la soumission est la règle d’or. Le narrateur et la jeune femme périront ensemble après une débauche d’armes à feu, de tirs, de morts (dont, peut-être, le chasseur d’esclaves) et se retrouvent à la morgue d’où ils s’échappent pour partir en voyage de noces en Croatie. Les amoureux circulent à travers un paysage très semblable à la normale, sauf qu’il y fait toujours nuit. 

- « Ils sont où les vivants ? je lui ai demandé. Dans quel monde on est ?

- Dans le monde des morts.

- Mais il n’y a plus de vivants ?

- Bien sûr  qu’il y en a !

- Alors pourquoi on ne les voit pas ?

- Parce qu’on est de l’autre côté, parce qu’on est morts.

- Mais le monde est toujours le même !

- C’est le même, mais il est de l’autre côté.

- Donc on ne verra pus les vivants ?

- Oh si… on les verra, à la fin ! »

Ils roulent en direction de la Tchétchénie via La Croatie, la Serbie entraînant derrière une file de voitures aux phares allumés qui grossit au fur et à mesure qu’ils avancent. « alors que grandissait toujours plus la galaxie des lumières qui flottaient dans la nuit, de tous ces morts qui se remettaient en route derrière nous » .Je traverse, avec la horde, les pays ravagés par les guerres menées par la Russie pour rasseoir sa domination. Là, ils déclarent la guerre aux vivants. Des pages d’une bataille dantesque « Nos rangs augmentaient de plus en plus, se nourrissant toujours de nouveaux morts ».

Antonio Moresco flirte avec l’au-delà, réussit le tour de force de rendre possible l’invraisemblable dans un langage cru, violent, sans interdit, quelque fois choquant. Aucun filtre n’épargne le lecteur, rien n’est épargné aux personnages. Il dénonce la toute puissance de l’argent qui emprisonne les plus faibles. Il dénonce les ravages, les horreurs de la guerre.

Un roman foisonnant, où le délire est très réel, où l’auteur dénonce l’esclavagisme qui ne porte pas son nom, le pognon des gros qui emprisonne les faibles, les petits,  un monde sous la domination des puissants « Des gens comme moi tirent les ficelles du monde, pour un moment, encore pour un moment, jusqu’à ce qu’on fabrique les esclaves en série, je vous l’ai dit, et puis les esclaves s’autoproduirons tous seuls, ils s’autoproduisent déjà, et alors ce sera la fin de l’esclavage et de la vie, il n’y aura plus de vie parce qu’il n’y aura plus d’esclavage, il n’y aura plus rien ». Un livre traversé par l'éclat d'un immense amour.

Comment, moi qui n’aime pas les zombies, les films d’horreur ai-je pu être si favorablement impressionnée par ce livre ? L’écriture, le style d’Antonio Moresco !  Je ne pouvais lâcher le livre, happée, hypnotisée par les mots.

Merci Hélène de m’avoir permis de lire ce livre.

 

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Milena Agus - Sens dessus dessous

19 Octobre 2016, 10:22am

Publié par zazy

Sens dessus dessous

Milena Agus

Traduction de l’italien Marianne Faurobert

Editions Liana Levi

Avril 2016

160 pages

ISBN : 9782867468155

 

 4èmede couverture :

Mr. Johnson, le monsieur du dessus, a toujours les lacets défaits et des vestes trouées. Pourtant, c’est un violoniste célèbre qui vit dans le plus bel appartement de l’immeuble, avec vue sur la mer. Anna, la voisine du dessous, partage un petit entresol obscur avec sa fille, taille ses robes dans de vieilles nappes et fait des ménages. Pourtant, elle cache dans ses tiroirs des dessous coquins et des rêves inavoués. Ces deux-là, plus tout jeunes, débordants de désirs inassouvis, étaient faits pour se rencontrer. Dans les escaliers, où montent et descendent des voisins occupés par une farouche quête du bonheur, se tricotent à tous les étages situations rocambolesques, amours compliquées, jalousies absurdes. Mais n’est-ce pas là la clef de voûte de toute vie?

Observatrice indiscrète, pourfendeuse de la normalité, Milena Agus fait la chronique de ce microcosme dans lequel souffle un vent délicieusement frondeur.

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Milena Agus enthousiasme le public français en 2007 avec Mal de pierres. Le succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans les 26 pays où elle est aujourd’hui traduite. Après Battement d’ailes, Mon voisin, Quand le requin dort, La Comtesse de Ricotta et Prends garde (janvier 2015, Piccolo 2016), Milena Agus poursuit sa route d’écrivain, singulière et libre. Mal de pierres, adapté au cinéma par Nicole Garcia avec Marion Cotillard, sortira en salle le 19 octobre 2016.

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« Avant de connaître la dame du dessous et le monsieur du dessus, la vieillesse ne m’intéressait pas. Vieux, mes parents n’ont pas eu le temps de le devenir, mon père s’est tué bien trop tôt et ma mère est retombée en enfance. Je ne vois jamais mes grands-parents, et c’est une jeune femme qui prend soin de ma mère.

Quoi qu’il en soit, il est clair qu’aucun vieux n’aurait pu exciter mon imagination. Aucun, excepté la dame du dessous et le monsieur du dessus. Désormais, la vieillesse ne m’apparaît plus comme une ombre mais comme un éclat de lumière, le dernier, peut-être. » Ainsi débute le livre

Alice, étudiante peu pressée, écrivaine en devenir habite un immeuble de Cagliari où vit, à l’étage du dessus, monsieur Johnson, violoniste américain, qui a toujours des chaussures aux lacets défaits et des vêtements improbables. Anna sensuelle, fantasque, cœur d’artichaut et sa fille jalouse au possible vivent en-dessous à l’entresol dans un petit appartement jamais éclairé par la lumière du jour, faute à l’escalier.  Pour vivre, Anna fait des ménages, alors qu’elle devrait ne plus travailler car elle souffre d’une coronaropathie tritronculaire.

 Par l’entremise, non pas de ma tante Artémise, mais d’Alice, Anna va faire le ménage chez le monsieur du dessus, puis, finira par déposer sa valise chez le violoniste qui cache des revues un brin pornographiques dans un étui à violon.  Arrivée de Johnson junior qui a fait un bébé tout seul, retour de la femme du monsieur, une richissime sarde un brin précieuse. Ça monte, ça descend, ça s’installe, bref, l’escalier bruisse de vie. Alice, telle une Aurélie Poulain, esseulée, depuis le suicide de son père et la folie de sa mère, tombe amoureuse du fils du monsieur du dessus qui la stimule à écrire, d’ailleurs, il l’a surnommée Gribouille.

Je me suis installée devant une pièce de théâtre. Les portes ne claquent pas, quoique, avec la volcanique Anna, cela peut arriver, mais laissent échapper des instantanés de vie sarde. Cagliari en décor de fond, comme la Sardaigne, déjà décor de livres précédents

Un moment aérien. Ce livre aurait pu être mièvre, dolent, mais… Milena Agus y met beaucoup d’humour, d’amour, de chaleur humaine, de désordre, de la loufoquerie qui sied à sa comédia.

« Le violon. Ah ! Le violon ! commence Anna. Vous en entendez seulement quelques notes, à cause du bruit, mais en haut ! Ah ! En haut ! Vous n’allez pas me croire : je n’ai même pas l’impression de travailler. L’âme ‘envole, grâce à la musique. » Ce sont les mots, l’accent de Milena Agus qui m’ont fait m’envoler vers un pays merveilleux où la poésie, le rire, un brin de folie

La première image qui me vient en fermant ce livre c’est un ballet. Oui, un ballet léger qu’un coup de balais n’a pas suffit à chasser, qu’un courant d’air suffit à faire danser.

 Livre lu dans le cadre de la Voie des Indés orchestrée par Libfly.

 

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Marcher droit, tourner en rond - Emmanuel Venet

13 Octobre 2016, 13:45pm

Publié par zazy

  

Marcher droit, tourner en rond

Emmanuel Venet

Editions Verdier

Août 2016

128 pages

ISBN : 9782864328780

 

 

4ème de couverture :

"Atteint du syndrome d’Asperger, l’homme qui se livre ici aime la vérité, la transparence, le scrabble, la logique, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre, une camarade de lycée jamais revue depuis trente ans. Farouche ennemi des compromis dont s’accommode la socialité ordinaire, il souffre, aux funérailles de sa grand-mère, d’entendre l’officiante exagérer les vertus de la défunte. Parallèlement, il rêve de vivre avec Sophie Sylvestre un amour sans nuages ni faux-semblants, et d’écrire un Traité de criminologie domestique.
Par chance, il aime aussi la solitude.

 

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Emmanuel Venet est psychiatre, il vit à Lyon où il est né en 1959.

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Le narrateur, quarante-cinq ans, atteint du syndrome d’Asperger « On me rétorque souvent que je schématise les situations  complexes à cause de mon syndrome d’Asperger, mais je me contente de raisonner logiquement comme chacun devrait s’y astreindre. » assiste aux obsèques de sa grand-mère. Il sursaute en écoutant l’officiante vanter les mérites de Marguerite. « C’est ma grand-mère Marguerite qu’on voudrait faire passer pour une femme généreuse et gentille, révisionnisme dont personne autour de moi ne semble s’indigner ». Sa maladie fait qu’il ne supporte ni les mensonges, ni les approximations. Sa grand-mère Marguerite n’était pas la femme dévouée, généreuse… présentée. NON, l’hypocrisie régentait sa vie, de plus, elle était égoïste, menteuse (entre autre) une brave femme quoi !! De plus, elle n’est pas morte à cent ans, mais à 99 ans et 51 semaines. Ma grand-mère Marguerite était « une femme de tête autant qu’une femme de cœur ». Car  ma grand-mère Marguerite était en effet à peu près aussi incapable de réfléchir que d’aimer. Quand il parle du reste de la famille, ce n’est guère mieux. L’homme aime que la vérité soit dite, que les choses soient exactes.

Cet homme, surdoué, a trois passions, le scrabble, le petit bac et ses listes apprises par cœur, les catastrophes aériennes, tout au moins, les causes exactes. Maintenant, avec internet, plus besoin de se déplacer pour trouver les renseignements. Et puis, il y a Sophie Sylvestre qu’il aime depuis la seconde et aimera toujours, même s’il ne peut plus l’approcher, encore et toujours parce qu’il ne possède pas le filtre des conventions, que les émotions,  l’empathie lui sont inconnues.

J’ai adoré le jeu de ping-pong, le décalage entre les autres et lui. Lui est cartésien, droit dans ses bottes, hyper logique, immuable ;  le reste de la famille, comme tout un chacun a des petits accommodements avec la vérité, la fidélité, la morale… est versatile.

Tout ceci donne un livre où l’ironie et le caustique offrent un portrait de famille décapant. L’homme n’est pas dénué de sentiments, peut-être que le mot est trop fort !, disons de tendresse pour son père. Pourtant il aime d’un amour platonique, enfin le croit-il Sylvie  Sylvestre, et rêve de nuits d’instants avec elle comme une midinette devant un bouquin de la collection Arlequin.

Seul lui manque son grand-père avec qui il  résolvait des problèmes de thermodynamique.

Emmanuel Vernet, psychiatre de son état, semble bien connaître cette maladie et ses symptômes. Je pense qu’il a pioché plusieurs anecdotes parmi ses patients et c’est amusé à nous les retranscrire. Les obsèques de la grand-mère offrent  un nuancier d’émotions, de sentiments qu’il décrit avec humour et ironie. Je sens qu’il s’est délecté à écrire ce livre.

 Derrière mes sourires et fous rires,  il y a la souffrance du narrateur. Son intransigeance le rend inapte à la vie en société, blesse son entourage et fait, qu’à force de vouloir marcher droit, sans concessions à la vérité et la logique, il tourne en rond.

Quant à moi, seul du clan à penser juste et à marcher droit, j’essaierai de dépasser le score de Roger Walkowiak dans son quart de finale au championnat de France deux mille trois en duplicate. Pour un jour aussi moche, je ne vois pas ce que je pourrais espérer de mieux.

Un très bon livre .
 

  

C’est à mes yeux la preuve que les problèmes aéronautiques, largement aussi complexes que les difficultés sentimentales, peuvent trouver grâce à a réflexion des solutions pertinentes, alors qu’on peut chercher longtemps un raisonnement logique permettant de prévenir l’apparition de la discorde au sein d’un couple. Ceci explique sans doute pourquoi le divorce est si fréquent, et les catastrophes aériennes si rares en comparaison.

J’aspire à ce que mon entourage, un jour, me comprenne vraiment, ainsi qu’il arrive parfois en rêve. J’aimerais tellement, que, dès leur amorce, mes idées soient entendues comme par télépathie dans toute leur complexité ; que mes pensées es plus subtiles se transmettent, intactes, dans un simple échange de regards, mes ébauches dans un simple ébauche de sourire ; que Sophie Sylvestre-Lachenal se laisse pénétrer par la pureté de mes sentiments, par ma soif de ne vivre que pour elle, de lui consacrer tous mes efforts, tous mes élans, tout mon argent.

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