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ZAZY - mon blogue de lecture

Eric Pessan - La nuit du second tour

25 Janvier 2017, 09:44am

Publié par zazy

La nuit du second tour

Eric Pessan

Editions Albin Michel

Janvier 2017

176 pages

ISBN : 9782226328700

 

4ème de couverture :

Le soir du second tour des élections présidentielles la ville s’embrase, le pire est arrivé. David se retrouve à déambuler face aux émeutes et à sa vie ratée. Mina, elle, a préféré s’embarquer sur un cargo pour les Antilles pour ne pas assister à la débâcle. Deux êtres en proie à l’impuissance d’aimer qu’une nuit de cataclysme va profondément changer. Deux voyages intérieurs qui s’entremêlent en fiévreuses et subtiles sinuosités.
Eric Pessan poursuit une œuvre singulière, souvent mélancolique, explorant les liens étroits entre la vie intime et le désarroi collectif, qui empêche parfois jusqu’à la possibilité de se réinventer.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Roman, essai, livre de jeunesse, théâtre, poésie... Eric Pessan s'est essayé avec bonheur à de nombreux genres littéraires.
Il anime régulièrement des ateliers d'écriture, participe à des créations théâtrales et collabore à plusieurs revues littéraires.

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2017, nous élirons notre futur(e) Président(e) de la République et le scénario du livre pourrait devenir réalité.

Un homme découpe sa carte d’électeur en petits morceaux avec de gros ciseaux, un couple pleure, d’autres crient leur colère ou manifestent. Oui, c’est arrivé, le pays a basculé du côté de l’extrémisme. « Chacun a les dirigeants qu’elle mérite, crie un homme caché par l’ombre d’un mur. »

David erre à travers les rues de la ville seul, se fait apostropher par des clochards, pardon SDF, ou par des personnes qui, comme lui, ont perdu tous leurs repères. David cet homme qui ne sait jamais dire non à son patron, qui part travailler la boule au ventre, revient lessivé avec toujours la même boule au ventre qui a encore grossi. Cet homme est gris, insipide à force de renoncement. Même Mina, il a réussi à la perdre à force de se taire, de ne pas s’expliquer, de renoncer. C’était pourtant une belle histoire d’amour entre eux. Mina aurait bien voulu tout partager avec David, mais voilà, le mur est devenu opaque à force de ne pas se parler, ne pas se confier. « Peut-être qu’avec David ils ont manqué d’endurance, qu’ils se sont essoufflés trop vite, qu’ils n’ont pas su faire front ensemble. A force d’humiliations minuscules, chacun n’avait plus assez d’estime de soi pour supporter d’être aimé. » Elle est partie, retournée chez ses parents, les écouter, les regarder s’engueuler, plutôt son père gueuler, exiger…

Le jour des élections, elle est partie sur un cargo direction les Antilles pour ne pas savoir, ne pas voir, ne pas connaître le résultat. Quitte à être seule, au moins l’être au milieu de nulle part sans apercevoir la terre ; la mer, encore la mer, toujours la mer.

Pourtant,  ils sont encore connectés, encore liés. Ils ne peuvent s’empêcher de penser l’un à l’autre, de sentir, voir les mêmes choses à peu près au même moment. Lui « Faiblement éclairé, son reflet n’a que des trous  la place des yeux », elle « Mina chercher son regard dans le reflet d’un hublot, ne voit qu’une vague figure percée de trous béants. ».

A terre, les français se réveillent avec la gueule de bois. Ils se ruent dans la rue, les pour, les contrer, les autres.  Le pays se retrouve coupé en deux. Ceux qui ont voté pour et les autres.

Eric Pessan l’écrit dans le dernier chapitre, cite une phrase de Tristan Bernard « Agé de presque quatre-vingts ans, arrêté durant l’Occupation pour être déporté à Drancy, l’écrivain aurait déclaré à son épouse : Jusqu’à présent nous vivions dans l’angoisse, désormais, nous vivrons dans l’espoir »

Certains chapitres, commençant par « Il y a le feu sur terre sont écrits avec des paragraphes qui ne se terminent pas par des points,  pour mieux faire ressortir l’urgence, l’essoufflement, le trouble suite aux résultats du second tour des élections présidentielles.

 

‘Qui a envie de voter pour quelqu’un qui annonce d’emblée de ne pas pouvoir contrer la financiarisation du monde ? Qui a envie de s’engager pour quelqu’un qui est à demi dans le renoncement ? Qui veut soutenir quelqu’un qui ne parle que de rigueur, de crise, d’austérité, dans un monde que l’on sait prospère et florissant comme jamais le monde ne l’a été ?

A force d’oublier qu’ils doivent faire rêver, les partis traditionnels ont enfanté un cauchemar. »

J’ai découvert Eric Pessan avec Muette, un superbe livre aux petites phrases quotidiennes et assassines. La nuit du second tour est un roman intense et engagé, peut-être pour nous dire réveillons-nous avant qu’il ne soit trop tard..

Et vous, que feriez-vous  si cela arrivait ?

Les éditions Albin Michel ont publié un livre engagé. La littérature sert à ça aussi.

« Ceux qui gouvernent comme ceux qui voulaient gouverner ont infantilisé le mécontentement, se sont amusés des grands élans don quichottesques de ceux qui voulaient changer le monde. Ils ont dit de ne pas bouger, de ne rien faire, de se contenter de voter et de ne surtout pas venir exprimer de déception. Ils ont dit qu’il fallait participer, aider, collaborer, accompagner, promouvoir. Ils ont rabâché que les temps n’étaient plus au faste et au luxe sans jamais apporter la moindre preuve. Les partis politiques traditionnels n’ont pas su offrir un sourire, une joie, ou –à défaut- l’espoir d’une joie possible à ceux qui en avaient besoin, se dit David. »

« A force de trahisons, à force de renoncements, à force d’immobilisme, à force de réalisme, à force de donner l’impression qu’ »ils n’y sont pour rien, à force de laisser croire qu’ils ne peuvent absolument pas influer sur l’ordre des choses, à force d’orgueil, à force de dédain, à force de répéter qu’ils ne sont pas responsables, à force de morgue et d’ignorance, les partis politiques traditionnels ont fini par provoquer la catastrophe, se dit Mina. »

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Zygmunt Miloszewski - Les impliqués

24 Janvier 2017, 17:00pm

Publié par zazy

 

Les impliqués

Zygmunt Miloszewski

Editions Mirobole

Traduit du polonais par Kamil Barbarski

octobre 2013

448 pages

ISBN : 979-10-92145-09-0

 

4ème de couverture :

« Il touchait une paie de fonctionnaire. C’était la même pour un procureur de la capitale et pour celui d’un trou paumé à la frontière biélorusse. »

Un dimanche matin, au milieu d’une session de thérapie collective organisée dans un ancien monastère de Varsovie, l’un des participants est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil. L’affaire est prise en main par le procureur Teodore Szacki. Las de la routine bureaucratique et de son mariage sans relief, Szacki ne sait même plus si son quotidien l’épuise ou l’ennuie. Il veut du changement, et cette affaire dépassera ses espérances.

Cette méthode de la constellation familiale, par exemple, une psychothérapie peu conventionnelle basée sur les mises en scène… Son pouvoir semble effrayant. L’un des participants à cette session se serait-il laissé absorber par son rôle au point de commettre un meurtre ? Ou faut-il chercher plus loin, avant même la chute du communisme ?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Zygmunt Miłoszewski, né à Varsovie le 8 mai 1976, est un auteur phare de la jeune génération polonaise. Ecrivain, journaliste et scénariste, il fait ses débuts en 2005 avec un roman d’horreur remarqué, Interphone. Aujourd’hui, ses romans sont traduits dans 9 pays.
Les Impliqués (Mirobole, 2013) s’est vu sélectionné pour de nombreux prix, tel le Prix du polar européen, le Prix SNCF du polar et le Prix des lectrices de Elle. Mirobole a publié en janvier 2015 le deuxième volet des enquêtes de Teodore Szacki, Un fond de vérité.

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Après avoir lu Un fond de vérité, je remonte le cours de la bibliographie de Zygmunt Miłoszewski pour mon plus grand plaisir.

Varsovie, juin 2005. Le juge Teodore Szacki est appelé suite à un crime commis lors d’un stage de thérapie de groupe organisé, dans un ancien monastère, par Cezary Rudzki, psy de son état. La victime a une broche à rôtir dans l’œil, avouez que ce n’est pas banal.  L’affaire commence tranquillement et parait même à Tedore, quelque peu ennuyeuse, tout comme le début de l’histoire.  La suite me donnera tort, l’enquête  n’est pas des plus classiques, que nenni, n’oubliez pas qu’il y a du psy sous jacent et les vieux démons remontent à la surface

La Pologne a quitté le giron russe, mais les habitudes ont la vie dure ainsi que les renseignements, généraux ou pas. Tout ceci a des relents fétides et glauques ce que vérifie une fois de plus notre juge. L’histoire mouvementée de ce pays est partie prenante de la vie polonaise et, donc, du meurtre, tout comme Varsovie, personnage à part entière de ce polar.

Théodore Szacki, toujours aussi complexe,  humain, rigide du col mais capable de grand écart. Je trouve la même construction, à chaque début de paragraphe : le petit journal des nouvelles du jour, sans oublier la sacro sainte météo, on n’est jamais assez bien informé !

J’ai passé une très agréable nuit blanche en compagnie de Monsieur le Juge par la grace de de l’écriture de Zygmunt Miłoszewski  vive, descriptive, qui sait maintenir le suspens, jusqu’à un final inattendu et un peu amer.

J’attends avec impatience de retrouver Teodore Szacki dans de nouvelles aventures.

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Olivier Truc - Le dernier lapon

19 Janvier 2017, 14:41pm

Publié par zazy

Le dernier lapon

Olivier Truc

Editions Métailié

Septembre 2012

456 pages

ISBN : 978-2-86424-883-5

 

4ème de couverture :

Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor.
Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami. La mort d'un éleveur de rennes n'arrange rien à l'affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante. Mais à Kautokeino, on n'aime guère les vagues. Ils sont renvoyés à leurs patrouilles en motoneige à travers la toundra, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes.
Les mystères du 72e tambour vont les rattraper. Pourquoi en
1939 l'un des guides sami a-t-il confié à l'expédition française ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks traditionnels que chante le vieil oncle de Klemet ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et qui a l'air de si bien connaître la géologie de la région ? À qui s'adressent les prières de la pieuse Berit ? Que cache la beauté sauvage d'AsIak, qui vit en marge du monde moderne avec sa femme à moitié folle ?
Dans un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l'hypermodernité et de la tradition d'un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Olivier TRUC est né à Dax. Journaliste, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde. Spécialiste des pays nordiques et baltes, il est aussi documentariste. Il est l’auteur de L’Imposteur, du Dernier Lapon, pour lequel il a reçu entre autres le prix des lecteurs Quais du Polar et le prix Mystère de la critique, et du Détroit du Loup.

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Le livre commence par une poursuite mortelle. Nous sommes en 1693, en Laponie centrale. AsIak a juste le temps de cacher quelque chose de très précieux avant d’être rattrapé par les hommes du pasteur luthérien. Condamné à périr sur le bûcher -il ne veut pas abjurer sa croyance ancestrale- il aperçut la silhouette du jeune lapon qui paraissait tétanisée. Les flammes commençaient à le lécher. AsIak a le courage d’entonner un chant de gorge lapon que le jeune lapon comprit. « Il savait ce qu’il devait faire. Et ce que, après lui, son fils devrait faire. Et le fils de son fils. »

De nos jours, le 10 janvier. Les habitants de Kautokeino attendent, pour le lendemain, le retour du soleil « Demain, entre 11h14 et 11h41, Klemet allait redevenir un homme, avec une ombre. » Oui, la nuit polaire allait s’effacer à grand pas.

Pour Nina, la jeune collègue de Klemet, ce serait sa première fois. Ces deux-là font partie de la brigade des rennes. Ils patrouillent dans l’immensité blanche pour régler les conflits entre éleveurs, les vols de bétail… et sont la risée de la police locale, surtout Brattsen plutôt à l’extrême de la droite, ne supportant pas Klemet, le seul lapon d’origine de la brigade.

Un tambour de chaman ancestral est volé pendant la nuit, suivi par le meurtre d’un lapon solitaire et ivrogne. Les deux affaires sont-elles liées ? cCest ce que pensent Nina et Klemet qui enquêtent malgré les entraves.

Olivier Truc profite de cette recherche du criminel pour parler de la Laponie, convoitée pour la richesse de son sous-sol. L’affrontement entre les Samis qui voudraient une reconnaissance, voire une autonomie de la Laponie hors les territoires et l’extrême droite qui les considèrent comme une sous race est quelque chose que je découvre, comme Nina, originaire du sud, du pays des fjords.

L’âpreté du prête fondamentaliste qui a peur que la religion originelle des lapons ne vienne saper son œuvre, le jusqu’auboutisme de certains samis qui craignent de voir leur civilisation disparaître, la survie des éleveurs de rennes dans un milieu hostile, la montée de l’extrême droite raciste, la beauté pure et dure des paysages recouverts de neige, la nuit polaire… Olivier Truc mène si bien sa barque, pardon son motoneige que je n’ai pas lâché le livre avant que la dernière page ne soit tournée.  Ce fut une nuit blanche pour un livre parlant d’aurores boréales, du jour qui augmente jusqu’à la nuit blanche. La boucle blanche est bouclée et Aslak, le dernier lapon  « traditionel » disparait dans la tempête blanche.

Dire que ce livre dormait sur une étagère depuis sa sortie. La lecture commune avec les blogueurs de Babelio a été l’occasion de réveiller Klemet et Nina.

 

 

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Cécile Gambini - Au secours mémé

16 Janvier 2017, 16:20pm

Publié par zazy

Au secours mémé

Cécile Gambini

Editions Le Tripode

32 pages

Octobre 2016
ISBN : 9782370551030

 

4ème de couverture :

Cécile Gambini a une vie fantastique. Elle connaît le quotidien d’une femme vraiment moderne, et accumule les déboires avec autant d’aisance que d’autres les séries télé. Ses histoires d’amour relèvent de la science-fiction. Sa tribu ridiculise la famille Adams. Sa spiritualité est une synthèse inespérée entre Sophie Calle et les Shadocks. Quant à son art du bricolage et de la cuisine, il dépasse tout ce que pourront jamais vous révéler Elle, Marie-Claire et Le Chasseur français.

Nous savons tout cela car cette femme de notre temps a aussi une drôle de manie. À chaque catastrophe qui lui tombe dessus, elle fait un petit livre à la main. Un mélange de textes et d’images qui font le point sur les péripéties de sa vie, histoire d’en rire un peu. Depuis presque 30 ans, elle a ainsi manufacturé plus de 250 ouvrages qu’elle a rassemblés sous le nom générique de Pavupapri.

Voici, pour la première fois, l’un de ces recueils mis à la disposition du grand public. Au Secours mémé, ou le récit d’un été 2015 qui dégénère en beauté.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Cécile Gambini est une artiste diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg. Depuis le milieu des années 1990, elle mène une vie officielle dédiée à la création de livres pour la jeunesse chez différents éditeurs (Albin Michel, Le Seuil, Rue du Monde, Gallimard, Thierry Magnier, etc.) et une vie plus secrète dédiée à la conception de livres-objets en exemplaire unique (250 opus regroupés sous le nom Pavupapri).

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L’héroïne (l’auteur ?) a vraiment une vie de merde, surtout cet été, qu’elle nous raconte en quatre nouvelles.

La poire :

On retrouve sa mère, grabataire et fort mal en point, dans la buanderie de l’hôpital, en train de manger une poire, le rose aux joues après une évasion rocambolesque par la fenêtre.

L’anniversaire :

Depuis six moi elle a un petit ami, mais bon, il n’est pas top et castagneur, avec lui, c’est un festival ! « T’es avec un gars depuis si mois que te fait rêver un jour sur vingt-six, il t’en a fait voir de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel (c’est-à-dire du violet foncé au marron clair), t’as malheureusement dû tomber un peu trop dans ses yeux bleus et ce soit c’est ton anniversaire. », Après une chute, il se retrouve au  CHU de Clermont-Ferrand et elle découvre un chapelet de petites amies qui l’appellent sur le portable.

Mémé-vaudou :

« A midi il y a E. qui doit venir manger. Comprenez l’amour de sa vie passe et ce serait bien que vous, la remplaçante de fortune intérimaire, disparaissiez momentanément pour laisser s’épanouir ce moment privilégie de complicité tant attendu ». Bien sûr, elle obtempère, que faire d’autre lorsque l’on est comme elle. Attention là, elle fait intervenir mémé vaudou… A savoir une bague en or des fiançailles de sa grand-mère et lui lancer un « au secours mémé » et… ça marche. E. a eu un accident et a terminé au CHU de Cl… non de Bordeaux !

 

La pasteurellose d’été :

Elle sauve un chaton, un sacré de Birmanie qui, pour la remercier il lui chope le doigt et…. direction le toubib. Le vétérinaire de la fourrière l’informe que ce fameux chat est mort de la rage ou du typhus. Donc, direction CHU de Clermont-Ferrand. Non c’était la pasteurellose, mais bon….

Ce qu’elle raconte devrait être triste ou, pour le moins gris. Mais non, ses dessins très doux contrastent avec une écriture ironique, insolente, gaie, poétique. Cette fille a un grain mais alors, comme j’aime son petit grain de sel, de poivre, de miel.

J’adore la fin : « L’été, il y a ceux qui partent en vacances et ceux qui préfèrent aller au CHU, les gentils. »

A la fin du livre, il y a un résumé aux petits oignons :

« Quand ta mère vole des poires à la buanderie tu crois aux miracles, t’offres tes os contre un chaton, t’apprivoises les cafards et t’invoques mémé-vaudou pour exorciser le tout. Voilà le programme court, en quatre actes chirurgicaux, pour votre plaisir… »

Une petite perle de mots et de dessins. Cécile Gambini, j’aime votre univers

 

 

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Hadrien Kent - La grande panne

16 Janvier 2017, 16:00pm

Publié par zazy

La grande panne

Hadrien Kent

Editions le Tripode

280 pages

Avril 2016

ISBN : 9782370550903

4ème de couverture :

Accident ou attentat ? Une explosion dans une mine de graphite italienne provoque l’apparition d’un immense nuage qui menace de s’enflammer au contact des lignes à haute tension. Pour éviter la catastrophe, une coupure électrique générale est décidée dans toute l’Italie, plongeant le pays dans le chaos. Le nuage se déplace vers le nord, et la France décide à son tour de procéder à un black-out sur son propre réseau. Le gouvernement part s’installer sur l’île de Sein, en Bretagne, pour superviser la panne qui s’annonce. Commençant comme une série catastrophe, déroulant l’agenda d’une cellule de crise, La Grande Panne se transforme peu à peu en un roman inattendu mêlant les histoires d’amour aux arcanes du pouvoir, les trahisons amicales aux menaces d’attentat, la surveillance policière aux banalités d’une vie suspendue à l’attente du retour à la normale. On y croise un révolutionnaire qui rêve de mettre en place une insurrection civile, des conseillers qui tentent de contenir les humeurs d’un président de la République désabusé, un écrivain improductif qui observe son île devenue le centre hystérique d’un pays en état de choc, un brocanteur qui se trouve embrigadé malgré lui par un service secret étranger, un journaliste revanchard qui fait le portrait d’une France en apesanteur... La Grande Panne, ou le portrait d’une humanité un peu paumée, qui l’emporte sur la violence officielle du monde.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Hadrien Klent est un pseudonyme. Autre livre de cet auteur : Et qu'advienne le chaos

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Imaginez la France privée, sur toute l’immensité de son territoire, d’électricité pendant une longue fin de semaine !! Scénario catastrophe que décrypte, jour après jour, Hadrien Kent.

En Italie, un incendie criminel dans une mine de graphite met le feu aux poudres et, petit à petit, avec le vent, le nuage de graphite détruit toutes les lignes électriques italiennes. Pour une fois, le nuage ne s’arrête pas à la frontière française, ce qui pousse le gouvernement a agir de façon drastique et couper le courant pour laisser passer le nuage dévastateur.

Facile d’appuyer sur un bouton pour tout couper, mais les conséquences… « Nous sommes à la fois maîtres de la décision, je veux dire du moment où l’on va appuyer sur le bouton, et incapables de prévoir les conséquences de cette décision. En l’occurrence, nous ne pouvons nous appuyer sur aucun plan préétabli. Nous sommes au croisement d’Orsec, de Biotox, de Piratox et Piratom ».

Le gouvernement doit s’exiler ou rester à l’Elysée. C’est la première option qui est choisie et l’île de Sein parait être le meilleur repli. Ce qui est dit est fait.

La grand panne fait un heureux, Jean-René Hunebelle journaliste de son état qui va offrir à sa ronéo une nouvelle naissance avec la publication de son journal, diffusé à l’ancienne..

Un roman polyphonique avec beaucoup d’intervenants ce qui rend nécessaire et pratique la datation et la localisation en début de chapitre.

Quel foisonnement, un peu trop parfois. Petit à petit les pièces du puzzle  s’imbriquent.

L’île de Sein devient le lieu du gouvernement et tant de monde sur peu d’espace donne un aspect décalé qui m’a plu, avec un président cyclothymique. Nous sommes en direct du lieu de pouvoir, de décision. Je les regarde s’activer comme je regarde une fourmilière, avec curiosité, comme un pastiche du gouvernement de Vichy en 1940

Je suis heure par heure, ce challenge, ce défi. Au milieu de tout ça, il y a les anciens étudiants d’une même promo genre Voltaire qui entourent le président. Leurs petites histoires d’amitié, d’amour, de jalousie émaillent le livre. Il n’y a qu’à la toute fin que je comprends leurs relations, pour certains des idéaux bafoués.

Plusieurs histoires dans ce livre peut-être trop fourmillant, quand je vous parlais de fourmilière, nous y revoilà !!

Une fiction politique maîtrisée qui pourrait avoir des prolongements réalistes à travers les craintes actuelles d’attentats ou de catastrophe naturelle.

Merci Catherine pour le prêt. Ce livre a fait partie de la Voie des Indés de  Libfly  en mai 2016.

L'avis d'Yves,  Nicole

Petit sourire un brin ironique. Les media nous tannent avec la vague de froid et.... si elle engendrait une grande panne ! Sus aux bougies !

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Kéthévane Davrichewy - L'autre Joseph

13 Janvier 2017, 11:08am

Publié par zazy

L’autre Joseph

Kéthévane Davrichewy

Editions Sabine Wespieser

280 pages

Janvier 2016

ISBN : 978-2-84805-200-7

 

4ème de couverture :

« Joseph Djougachvili, dit Staline, surnommé Sosso dans les premières années de sa vie, est né en Géorgie, à Gori, en 1878. Quelques années plus tard, à quelques rues de là, naissait un autre Joseph, Davrichachvili, ou Davrichewy. »
Dès les premières lignes de son nouveau livre, Kéthévane Davrichewy avertit son lecteur : la mémoire familiale en sera la matière. Mais, quand son arrière-grand-père a grandi avec Staline, l'histoire intime prend très vite une dimension vertigineuse.
Avec sobriété et naturel, la romancière entre de plain-pied dans l’enfance de « l’autre Joseph » : fils du préfet de Gori, il est élevé au milieu des gamins des rues, fascinés comme lui par les légendes bibliques et les bandits caucasiens. Même s'il partage avec le petit Djougachvili des rêves d’héroïsme et de grandeur, son camarade – exalté, batailleur et arrogant – l'agace. D'autant qu'on ne cesse de souligner leur ressemblance physique, frappante en effet. Des rumeurs ne circulent-elles pas sur une liaison entre le préfet Davrichewy et la mère de Sosso ?
Jusqu'à la révolution de 1905, où les ardents activistes que sont devenus les deux Joseph combattront côte à côte, leurs destins s'écrivent en parallèle. Tous deux poursuivent leur scolarité à Tiflis : Sosso au séminaire, où il s'avère un agitateur notoire ; Joseph au collège, où il prend sous sa protection un garçon romantique et malingre, Lev Rosenfeld, le futur Kamenev. Alors que Sosso est envoyé en prison, puis exilé en Sibérie, Joseph part étudier à Paris, bouillonnant d’idées révolutionnaires. Quand ils se retrouvent à Tiflis, Joseph se bat pour une Géorgie indépendante, alors que Sosso le Bolchevik a d’autres visées. La distance se creuse, nourrie par les anciennes rivalités…
Comme autant de ponctuations rythmant les tumultueuses aventures des deux jeunes gens, des chapitres plus personnels interrogent le destin familial : qu'en aurait-il été des Davrichewy si, depuis sa tendre enfance, Joseph n'avait pas été obligé de prendre en compte son encombrant camarade – et supposé demi-frère ?
Dans sa passionnante enquête sur son mystérieux arrière-grand-père, l'écrivain s'empare de l'histoire pour la mettre à sa vraie place : dans sa vie. Les dernières pages de son roman éclairent de manière bouleversante la dédicace à son propre père.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Kéthévane Davrichewy est née à Paris en 1965 au sein d'une famille géorgienne. L'expérience de l'exil qu'ont vécue ses grands-parents marque son enfance et alimente son imaginaire. Elle suit des études de lettres, de cinéma et de théâtre, en partie à New York, et mène, dans un premier temps, une carrière de journaliste pour différents magazines.
En 2004, paraît aux éditions Arléa son premier roman Tout ira bien, qui fait quelques années plus tard l'objet d'un spectacle, mêlant lectures et chansons, conçu avec le musicien Alex Beaupain. Chez Sabine Wespieser éditeur, elle publie en 2010 un roman inspiré de l'exil de sa famille, La Mer Noire, qui est distingué par plusieurs prix (Prix Landernau 2010, Prix Version Femina/Virgin Megastore 2010, Prix Prince Maurice 2011) et traduit en allemand, géorgien, italien, néerlandais et suédois. Puis en 2012, Les Séparées (Sabine Wespieser éditeur) rencontre une très bonne réception critique et commerciale : il figure notamment dans la sélection des prix RTL/Lire, France Culture/Télérama et L'Express. Après Quatre murs (2014), L'Autre Joseph paraîtra en janvier 2016, toujours chez Sabine Wespieser éditeur.

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Avec « La mer noire », j’ai escaladé le versant maternel de l’ascendance de Kéthévane Davrichewy et découvert une belle plume. Là, j’aborde le côté paternel.

« Joseph Djougachvili, dit Staline, surnommé Sosso, dans les premières années de sa vie, est né en Géorgie, à Gori, en 1877. Quelques années plus tard, à quelques rue de là, naissait un autre Joseph, Davrichachvili, ou Davrichewy. »  Ainsi débute le livre. L’autre Joseph, le second est l’arrière grand-père de l’auteur.

Kéthévane Davrichewy aurait du sang de Staline ! Comme dans beaucoup de lignées, les enfants adultérins existent. Il y a des exemples célèbres, en voici un de plus.

Oh, Zazy, qu’est-ce que tu racontes ?? Mais si, Sosso et Joseph seraient demi-frères par la grâce du père, pas le tout-puissant, mais, le père de Joseph.

Les deux Joseph se ressemblent et cela jase dans le village. Madame Davrichachvili s’arrange pour ne jamais être présente lorsque a mère de Staline est présente.

Luttes, jalousie jalonnent la vie des deux garçons. Ils furent pilleurs de banque, révolutionnaires et… Sosso devient Staline. L’autre Joseph abandonne femme et enfant en Géorgie et s’exile en France où il devient « pionnier de l'aviation, engagé pour la France en 1914, agent secret, ami ou amant de Marthe Richard ».

Le père, préfet de Gori, semble avoir plus d’inclination pour l’aîné, le futur Staline et l’impression que Joseph est toujours dans la recherche de la reconnaissance et de l’amour paternel

Imaginez la scène : vous rencontrez Staline et vous lui dites : Bonjour Sosso ! Comment le prendrait-il ??

Kéthévane Davrichewy a enquêté pour trouver des traces de ce chaînon manquant, elle en parle dans quelques apartés au cœur de l’histoire qu’elle a inventée, à partir de faits avérés. Elle nous fait traverser les débuts de la révolution géorgienne, le soulèvement, la naissance de Staline. A partir de ses recherches familiales, l’auteur a imaginé la vie de cet aïeul. Un homme qui a connu mille aventures, auteur de  « Ah ! Ce qu'on rigolait bien avec mon copain Staline ».

Un livre plus âpre, moins dans l’émotion que « La mer noire ». Une belle tranche d’histoire que l’auteur narre avec son talent et son écriture fine.

 

 

 

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Patrick Da Silva - Au cirque

12 Janvier 2017, 18:32pm

Publié par zazy

Au cirque

Patrick Da Silva

Editions Le Tripode

128 pages
avril 2017

ISBN :9782370551221
 

4ème de couverture :

Écrit comme une enquête policière, Au Cirque met en scène six personnages pris dans le tourbillon d’une tragédie familiale. Une langue crue, tout à la fois burlesque et terrifiante, nous plonge dans un monde où pèsent le passé et les secrets. En quatorze chapitres, quatorze stations, le roman s’achemine vers l’élucidation du drame, et son effroyable banalité.

Présentation atypique pour ce livre. Une couverture pailleuse et des pages intérieures qui dépassent et non coupées comme les livres pour adultes de mon enfance. Vous savez, il fallait prendre le coupe-papier. C’était déjà un plaisir.

L’auteur :

Né à Clermont-Ferrand en 1956, Patrick Da Silva a exercé divers métiers : assistant social, éducateur, boulanger, enseignant. Il est actuellement documentaliste. Patrick Da Silva a publié plusieurs ouvrages dont Jeanne

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Une banale affaire criminelle, un double meurtre dans un manoir délabré du Forez.  Ils sont quatre enfants, deux garçons et deux filles dont la dernière, le bredine. Ah que ce mot résonne à mes oreilles bourbonnaises ! Dans le langage courant, on dit berdine. René Fallet,  originaire du Bourbonnais l’employait.

Revenons à notre livre.

C’est la petite dernière qui découvre les deux corps nus dans la grange,  le père émasculé, yeux arrachés, langue coupée... Elle est restée avec eux à la ferme, même après le retour du père (supposé ?). Les quatre enfants, deux garçons et deux filles, sont présents dans la maison, enquête et funérailles obligent.

Patrick Da Silva utilise l’intermédiaire d’un « bonimenteur » pour narrer l’histoire, somme toute banale, d’un parricide. Il met en scène les quatre enfants avec un jeu de rôle efficace.

J’imagine le décor, la réunion dans la bibliothèque. Je suis assise devant l’arène, je lis, j’écoute le maître de cérémonie mettre en scène l’intervention des descendants. Tout est joué dans ce drame, cette tragédie. Le fils joue la mère, la fille le premier fils… tout est faux ou alors, ils racontent leurs ressentis, les silences de la mère ou ses réponses évasives, la peur, l’absence, la jalousie, l’isolement… De tous ces mensonges, il ressort la vérité brutale et un peu de celle des personnages,

Chaque chapitre, comme dans les séries, a un récapitulatif, comme un résumé des épisodes précédents ou histoire de canaliser pour mieux  exploser plus loin.

« Allons !

Ce que nous savons.

Ils étaient nus –le père, la mère- quand elle les a trouvés. Trop peu de sang sur les vêtements du père : il ne les portait pas au moment duc carnage.

Le sang du père sur les vêtements de la mère ! Mais juste des traces, sur le haut et le bas de la robe, la culotte, les manches du chemisier, les bordures, là où l’on tire pour enfiler. Et partout sur les deux, entre le linge et la peau, des brindilles de fois.

Ils étaient nus. C’est elle qui les a habillés. ».

Lu sur la quatrième de couverture : « En quatorze chapitres, quatorze stations ». Cela amène automatiquement une relation avec le chemin de croix que l’on trouve dans toutes nos églises et cathédrales. Pourtant, s’il y a des mises au tombeau, il n’y aura aucune résurrection ou pas celle à laquelle l’on pourrait penser. Je relie cela au  petit mot de l’auteur « Si je lis c’est d’abord que ‘ai entendu lire ; et ce n’était pas e soir dans mon lit, ni  l’école, des histoires pour enfants… non, c’était le dimanche et c’était à la messe. »

Le livre est, en lui-même, un objet original. Le contenu l’est également. Patrick Da Silva m’avait déjà séduite avec un livre précédent Jeanne. Sa plume poétique, sa verve me plaisent

Un auteur original, poétique comme je les aime.

 

 

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Le Grand Trip

12 Janvier 2017, 15:21pm

Publié par zazy

Pour la seconde année,, les éditions du Tripode organisent "le Grand Trip" que j'ai rejoint cette année avec grand plaisir

Voici ce que Frédéric Martin en dit

Lecteur !

Deux fois par an, le Tripode publiera désormais une édition exclusive limitée à 200 exemplaires d'un roman coup de cœur, qui paraîtra environ six mois plus tard en librairie. Une simple contrepartie de 15 euros pour participer aux frais de port et de fabrication des livres est demandée à chaque lecteur qui recevra ces deux livres en avant-première. Vous pourrez donner votre avis sur les romans avant leur parution officielle, participer à des rencontres spéciales avec les auteurs et l'équipe du Tripode. Les libraires et les journalistes qui souhaitent s'associer à ce projet sont bien sûr les bienvenus.

C'est avec curiosité que j'ai ouvert l'enveloppe, reçue juste avant Noël, et avec gourmandise que je me suis assise sur le ballot de paille et dévoré "Au cirque" de Patrick Da Silva (chronique à suivre)

 

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Isabel Alba - Baby spot

5 Janvier 2017, 22:43pm

Publié par zazy

Baby spot

Isabel Alba

Traduction de l’espagnol par Michelle Ortuno

Editions de la Contre-allée

96 pages

Août 2016

ISBN : 9782917817520

 

4ème de couverture :

« Avec les films c’ est plus facile, parce que quand les images t’ envahissent et que t’ arrives pas à les effacer, tu peux te consoler en te disant que, comme dans les cauchemars, tout est faux, que rien de ce que tu vois dans ta tête n’ est vrai et que bientôt tout va disparaître pour toujours. Mais ce qui est arrivé au Zurdo, et aussi à Lucas, je sais que c’ est arrivé pour de vrai, voilà pourquoi ça ne sort jamais complètement de ma tête. C’est pour ça que je veux écrire, pour voir si j’arrive à faire sortir toute cette histoire et à la laisser pour toujours sur le papier. »

Tomás, un garçon de douze ans, vit dans une banlieue de Madrid. Un soir d’août, son ami Lucas est retrouvé pendu à une poutre, sur un chantier abandonné.
Tomás se met alors à écrire. Son récit prend l’apparence d’un roman noir.

« Je m’appelle Tomás, j’ai douze ans et je ne sais pas qui est mon père. Mais après tout, c’est banal dans la vie d’un gamin, et d’ailleurs je crois que ça n’intéresse personne, même pas moi, et puis j’en ai vraiment marre de toujours entendre la même histoire. »

L’auteur (site de l’éditeur) :

Isabel Alba est une écrivaine, scénariste, photographe. Ces quinze dernières années, elle a allié son activité littéraire et artistique avec l’enseignement dans le domaine de l’audiovisuel. La véritable histoire de Matías Bran est son deuxième roman. Ont été publiés aux éditions Montesinos Baby Spot (2003) et un livre sur la narration au cinéma, Derrière la caméra : le script pour le film (2011) qui a reçu le prix « María de Maeztu ».

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Tomás, vit dans une banlieue pourrie de Madrid, zone avec  ses potes dans un immeuble en construction, abandonné suite à la faillite ou les malversations des promoteurs. Les familles sont disloquées, les femmes souvent battues, les hommes ivres, au chômage, les plus grands trafiquent avec le flic qui habite le quartier. Tout est pourri de ce côté-ci du périph.

Personne pour leur indiquer la route,  les aider à discerner le bien du mal, à grandir du bon côté de la corde raide sur laquelle ils marchent. Seul Lucas a la chance d’avoir une mère qui l’élève, suit son travail scolaire, l’aime, bref une mère normale.

L’été, lorsque les autres vont au bord de la mer, les gamins restent là à s’ennuyer, à s’inventer des jeux. Tomás, Martin et, surtout le Zurdo que le gosse admire «Ce que je voulais, moi, c’était ressembler au Zurdo, un mec dur ». Oui, mais c’était avant,  « avant qu'il se fasse embarquer… à cause de la nuit où il s’est fait coffrer et de ce qui est arrivé à Lucas ».

Lucas est leur souffre-douleur, pourtant, il les suit partout, en mal de copains, de leur « normalité ». C’est peut-être cela la cause de sa mort.

Tomás  n’a plus les idées claires depuis que Lucas a été retrouvé pendu dans l’immeuble en construction. « J’ai pas les idées claires et c’est pour ça que maintenant j’ai vraiment envie de me mettre à écrire ; même si c’est ridicule et que ça sert peut-être à rien, mais autrement e ne vois pas comment je vais arriver à faire sortir tout ce que j’ai dans le crâne. Moi, je pense que sur le papier, si j’arrive à tout écrire sur des lignes bien droites, une chose après l’autre et sans faire de ratures, j’y verrai plus clair. »

Un jour, leur quotidien bascule. Lucas est retrouvé pendu. Le Zurdo, frère de Martin, est arrêté par le flic pourri, accusé d’avoir tué Lucas et de l’avoir pendu pour faire croire à un suicide. C’est pour cela que Tomas veut, doit parler, raconter ce qu’il a vu, ce qu’il vit, ce avec quoi il devra vivre. J’ai suivi, mot après mot, page après page, sa prise de conscience.

Il raconte, un long monologue, une logorrhée sans trop de style. Tout sort, sa vie d’avant avec sa petite sœur Diana (en hommage à la princesse tuée sous le pont de l’Alma) qu’il aime tant, sa mère, caissière dans un bureau de tabacs, dépressive, battue. Les filles, qui comme dit Germān « ce sont toutes des salopes et elles aiment ça autant que nous », la promiscuité. Il y a ce jeu débile où, sur le pont enjambant l’autoroute, ils visent les voitures comme au flipper, ou dans un jeu vidéo. A réalité « vraie » n’est plus la leur, les bzrrières de a civilité, de la civilisation basculent, l’esprit de gang prend le dessus.

Ce livre, Baby spot, une fois ouvert, je n’ai pu le lâcher, même après le point final. J’étais la, dans le noir, les yeux grands ouverts, choquée, KO debout. Les phrases chocs s’entrechoquent en moi. « Tout a commencé à être beaucoup plus fascinant que de provoquer des accidents sur le périph. » La cruauté et l’innocence jouent au ping-pong.

Superbe

J’ai eu le plaisir de lire ce livre dans le cadre su club des Explorateurs initié par Lecteurs.com. Je les remercie pour cette lecture coup de poing

 

 

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Lydia Bonnaventure - Frénégonde - Quand la fratrie s'emmêle

3 Janvier 2017, 17:02pm

Publié par zazy

Frénégonde

Quand la fratrie s’en mêle  

Lydia Bonnaventure

Editions Mon petit éditeur

166 pages

ISBN : 9782342054651

4ème de couverture :

Février 1135. Alzey, petit bourg du palatinat du Rhin, se réveille tranquillement. Frénégonde, la dame apothicaire, ouvre son échoppe comme tous les matins. Mais celui-ci n'est pas comme les autres. Tout commence par une visite impromptue, puis un vol, une agression... pour finir par un assassinat. Impliquée dans toute cette affaire contre son gré, Frénégonde va devoir mener l'enquête auprès de Thibald, l'officier. Mais le caractère bien trempé de cette dernière n'est pas toujours compatible avec celui-ci... Qu'importe, elle va avancer tête baissée dans cette histoire qui va l'amener à découvrir de mystérieux secrets de famille, à commencer par son lien avec Hildegarde...

L’auteur :

Lydia Bonnaventure est diplômée de l'Université de Perpignan en lettres modernes. Elle est aujourd'hui formatrice de français et d'histoire en Seine-Saint-Denis.

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Lydia Bonnaventure, ce petit bouquin que tu qualifies de « sans prétention » -Oui, je la tutoie car je suis abonnée à son blogue où elle parle si bien des livres qu’elle a lus.

Je disais donc que ce bouquin n’est pas sans prétention. Frénégonde m’a bien fait rire. Je la voyais courir, toute massive, empêtrée dans ses jupons !! Il y a un peu d’Agatha en elle. Historiquement parlant ce devrait être le contraire… Mais je n’imagine pas la massive Frénégonde entrer dans le corps d’Agatha Raisin de M.C. Beaton

Comme c’est un polar, je ne dévoile rien, la quatrième de couv’ devra vous suffire.

Frénégonde se retrouve veuve avec un enfant en bas âge. Pour continuer de faire prospérer l’herboristerie qu’elle tenait avec son défunt mari, elle passe les différentes étapes pour être … gérante de la boutique. Son aide masculin devient l’apothicaire attitré « Mais aux yeux de tous les habitants d’Alzey, Frénégonde était la Dame Apothicaire. S’en suit une ribambelle d’aventures désopilantes concomitantes à l’arrivée de Dame Anna de Rüdesheim qui conduit tout le monde au monastère qui à cheval, qui sur une mule. La fratrie s'emmêle, s'en mêle pour mieux démêler l'intrigue.

A partir des ruines majestueuses du monastère tu as fait de la belle ouvrage, j’ai pris beaucoup de plaisir et ri, à la lecture des aventures de Frénégonde.

Non, ce n’est pas du copinage. D’une part, j’ai acheté ce livre et, d’autre part, je ne pense pas que ce soit mon genre de lécher les bottes (cela m’a valu quelques ennuis dans ma vie professionnelle !). Si le livre ne m’avait pas plus, je l’aurais dit, ou rien écrit dessus.

Un petit bémol, tu ne parles pas assez de la vie des moniales, mais Frénégonde est si imposante !

Lydia Bonnaventure, historienne, auteur de « La maladie et la foi au Moyen-âge » a su trouver une plume  vive, alerte avec des dialogues truculents pour son premier roman historico-policier. Pourquoi bouder son plaisir lorsque l’on est au fond de son lit avec la grippe ?

Il est des romans sans prétention à mille coudées au-dessus d’un roman prétentieux.

Pour Noël, heureuse coïncidence, m’a fille m’a offert « Secrets et remèdes d’Hildegarde de Bingen » où son vin au persil me fait de l’œil.

 

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