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ZAZY - mon blogue de lecture

Eric Vuillard - 14 juillet

8 Mars 2017, 18:59pm

Publié par zazy

14 juillet

Eric Vuillard

Editions Acte Sud

Août, 2016

208 pages

ISBN 978-2-330-06651-2

 

4ème de couverture :

La prise de la Bastille est l'un des évènements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu'elle fut écrite par les notables, depuis l'Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n'y étaient pas. 14 Juillet raconte l'histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse.

L’auteur (site de l’éditeur)

Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web - mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d'Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre (paru en 2014 dans la collection 'un endroit où aller').

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Nous sommes  en avril 1789, Jean-Baptiste Réveillon, roi du papier peint, a une idée lumineuse :

« Il emploie plus de trois cents personnes dans sa fabrique, rue de Montreuil. Dans un moment de décontraction et de franc-parler stupéfiant, il affirme que les ouvriers peuvent bien vivre avec quinze sol par jour au lieu de vingt, que certains ont déjà la montre dans le gousset et seront bientôt pus riches que lui Réveillon est le roi du papier peint, il en exporte dans le monde entier, mais la concurrence est vive ; il voudrait que sa main-d’œuvre lui coûte moins cher. »

Ce fut le début. La petite folie du sieur Réveillon sera  détruite

« Le soir, on parvient à forcer l’entrée de la folie Titon. C’est la revanche de la sueur sur la treille, la revanche du tringlot sur les anges joufflus. La voilà la folie, la folie Titon, là où le travail se change en or, là où la vie rincée mute en sucrerie, là où tout le turbin des hommes, quotidien, pénible, là où toute la saleté, les maladies, l’aboi, les enfants morts, les dents pourries, les cheveux filasses, les durillons, les inquiétudes de toute l’âme, le mutisme effrayant de l’humanité, tous les monotonies, les routines mortifiantes, les puces, les gales, les mains rôties sur les chaudières, les yeux qui suivent dans l’ombre, les peines, les écorchures, le nique de l’insomnie, le niaque de la crevure , se changent en miel, en chants, en tableautins. »

Tout au long du livre  Eric Vuillard prend fait et cause pour les insoumis, les pauvres, les travailleurs, les petites gens, ceux qui sont juste un cran au-dessus, mais si peu. Il prend soin de les nommer, de nous parler de leurs vies. Ces petites gens qui croulent sous le travail, les dettes, se soûlent de mauvais vin, il les magnifie, il leur enlève leur anonymat, à l’inverse d’un Michelet qui ne parle que des grands hommes.

« Michelet sépare le peuple, l’immense masse noire qui avance depuis le faubourg Saint-Antoine, de son représentant, qui devient le véritable protagoniste de l’Histoire. »

« Qu’est-ce qu’une foule ? Personne ne veut le dire. Une mauvaise liste, dressée plus tard, permet déjà d’affirmer ceci. Ce jour-là à la Bastille, il y a Adam né en Côte-d’Or, il y a Aumassip, marchand de bestiaux, né à Saint-Front-de-Périgueux, il y a Béchamp, cordonnier, Bersin, ouvrier du tabac, Bertheliez, journalier venu du Jura, Besou dont on ne sait rien, Bizon, charpentier, Mammès Blanchot, dont ne sais rien non plus, à part ce joli nom qu’il a et qui semble un mélange d’Egypte et de purin. »

L’auteur raconte l’exubérance, telle une liane de la ville de Paris dont chaque carte  est obsolète avant sa parution. Paris qui est à la fois une dame du monde et une gueuse, une royaliste et une révolutionnaire, bref, une ville très vivante.

« Les rues se prolongent, les vieilles maisons sont démolies, et la ville continue de ‘étaler sans cesse, lascive, concupiscente. »

Eric Vuillard, est également cinéaste et cela se sent dans son écriture très visuelle. J’ai vu avancer, grossir la foule armée de peu, j’ai vu tomber les premiers corps, j’ai senti la peur, la grosse trouille mais aussi la folie qui s’est emparée de tous ces anonymes. J’ai vu les survivants chercher les corps, pleurer les femmes

La force de ce livre, outre l’écriture ?  faire réfléchir… Toute ressemblance avec les évènements actuels pourrait ne pas être fortuit, comme l’enrichissement brutal, pas toujours légal et ou décent, la morgue des « puissants »…

Eric Vuillard nous le dit :

« On devrait, lorsque le cœur nous soulève, lorsque l’ordre nous envenime, que le désarroi nous suffoque, forcer les portes de nos Elysées dérisoires, là où les derniers liens achèvent de pourrir et chouraver les maroquins, chatouiller les huissiers, mordre les pieds de chaise, et chercher, la nuit, sous les cuirasses, la lumière comme un souvenir. »

Coup de cœur

 

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Socorro Acioli - Sainte Caboche

6 Mars 2017, 09:19am

Publié par zazy

Sainte Caboche

Socorro Acioli

Traduction Régis de Sa Moreira

Dessins Alexis Snell

Editions Belleville

mars 2017

256 pages – 30 illustrations

ISBN : 9791095604013

 

4ème de couverture :

Après avoir parcouru pendant des jours et des nuits les paysages hostiles du Nordeste brésilien, Samuel trouve refuge dans une grotte à l’étrange forme de tête. L’endroit est parfait pour s’installer paisiblement à l’abri des regards. Mais Samuel se rend vite compte que, depuis son nouveau repaire, il entend les prières d’amour que les villageoises adressent à Saint Antoine. Voilà l’occasion de s’occuper un peu…
Les prédictions de Samuel à travers la voix du saint deviennent rapidement célèbres dans toute la région. Il a, paraît-il, apporté l’amour à de nombreuses femmes désespérées. Mais bien souvent gloire rime avec déboire. Samuel se retrouve bientôt au cœur d’histoires bien plus compliquées que ces simples prières ne le laissaient prévoir…

L’auteur :

Née en 1975 à Fortaleza, au Brésil Socorro Acioli  a entamé une carrière de journaliste, et a commencé à écrire à partir de 2001.Depuis, elle a publié 15 livres au Brésil, et est reconnue pour ses biographies, livres pour la jeunesse

En 2006, elle a participé à un atelier animé par Gabriel Garcia Marquez à Cuba, et a été désignée lauréate de l'atelier par le Prix Nobel colombien avec son roman Sainte Caboche.

Sainte caboche est  son premier livre paru en français, aux éditions Belleville.

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Juste avant de mourir, Mariinha, la mère de Samuel, lui confie quatre choses à faire.

« Je veux que tu allumes trois cierges pour le salut de mon âme. Le premier au sanctuaire de mon petit padre Cicero, le deuxième à la statue de saint François de Canindé, … Et le troisième à saint Antoine, parce que c’était le saint patron de ma mère. Les trois bougies à leurs pieds, mon fils. Posées sur leurs, c’est un détail important pour moi. Mais ma première requête, c’est que tu ailles à Candeia rencontrer ta grand-mère et ton père. »

Samuel, malgré sa haine d’avoir été abandonné, par son père, dans le ventre de sa mère, sait qu’il ira là-bas pour le repos de l’âme de sa mère.

Voyageant à pied, souffrant sous le soleil, de la faim, la soif, il arrive comme une loque humaine devant sa grand-mère qui… l’envoie se coucher dans la forêt.

« Toi, pars d’ici et va dans la forêt. Continue la rue, passe l’église Matriz et le cimetière, avant dans els bois, toujours tout droit sans tourner. Quand tu verras un goyavier, prends à droite, là tu trouveras un coin couvert où dormir. Hâte-toi d’y aller et repose-toi, il y a un gros orage qui arrive.
Puis elle claqua fermement la vieille porte en bois et elle disparut. »

Encore mieux que l’hôtel du Bon Accueil !

Samuel, obéit et après avoir été mordu par une meute de chiens,  arrive à l’entrée d’une grotte obscure et nauséabonde qui s’avère être l’intérieur d’une tête de saint dont le corps gît plus loin. Il dort dans la tête d’un saint décapité !

« Peut-être qu’un géant avait décapité le saint, pensa t-il. Lui avait tranché le cou avec une épée, après quoi e crâne avait dévalé la colline. Il ne voyait pas d’autre explication à une telle aberration : la caboche avait roulé comme un ballon et s’était arrêtée en bas. »

A cinq heures  du matin il est réveillé par des voix de femmes, alors qu’il n’y a personne. Est-ce la fièvre due à la morsure qui s’est infectée ? Pourtant, même guéri, il les entend, toujours aux mêmes horaires. Son comparse Francisco, lui, n’entend rien, seul Samuel peut les entendre et… il y a ce chant qui l’envoûte, ce chant qui l’empêche de partir, de quitter la tête.

 

S’ensuit un job lucratif de prédictions qui s’étend à la région, relayé par une radio locale. Le village quasi abandonné à son arrivée, renait, s’anime avec tous les marchands du Temple et les autochtones qui reviennent. C’est beau un village qui renait, même pour des raisons peu « catholiques »

Pourtant, il doit partir, sa vie est en danger. Il y a des intérêts financiers, des politicards véreux, des constructions que son commerce gêne

« Le projet du maire était de vendre le terrain de Candeia à une entreprise pour la construction d’une usine. Mais il ne pouvait le faire avant que toutes les maisons soient –illégalement- à son nom. »

Je n’en dirai pas plus pour ne pas divulgâcher.

Dans une très belle écriture, merci  à Régis de Sa Moreira pour la traduction, Socorro Acioli me conduit dans le Nordeste brésilien pays où tout peut être superstition.

Le récit passe du cocasse au poétique, des rires aux larmes. Un voyage onirique dans une très belle langue. Une lecture envoûtante, enfin qui m’a envoûtée et que je n’ai pu lâcher. Un très beau roman populaire entre conte et modernité.

Le petit plus ?  Une lecture connectée ; des balises avec un mot à copier sur le site des Editions Belleville pour écouter, voir… je n’en sais pas plus car ce livre n’étant pas encore paru, la connexion n’est pas active, à surveiller.

Sainte Caboche est le second livre des Editions Belleville toute nouvelle maison d’éditions. Je gage qu’avec de tels titres, elle se pérennise pour notre grand plaisir. La couverture de Fernando Chamarelli me plait beaucoup. Une jolie marque d’originalité.

« Chez Belleville, chaque livre est illustré par un artiste du pays de l’auteur. Pour le premier roman de la maison, Sainte Caboche, nous avons eu la chance de travailler avec Fernando Chamarelli, un street artist aux magnifiques œuvres colorées, remplies de créatures exotiques étranges. »

« En 2017, embarquez avec nous au Brésil, en Moldavie, en Turquie, en Egypte et en Iran. »

Préparons nos valises, les deux éditrices nous promettent de beaux voyages

Merci Liblfy pour cette belle découverte

 

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Marie Barraud -Nous, les passeurs

4 Mars 2017, 17:55pm

Publié par zazy

Nous les passeurs

Marie Barraud

Editions Robert Laffont

Janvier 2017

198 pages

ISBN : 2221197909

 

4ème de couverture :

« J'ai voulu raconter l'histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J'ai voulu dire ce qui ne l'avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J'ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c'est moi qu'ils ont libérée. »

Qui est ce grand-père dont personne ne parle ? Marie, devenue une jeune femme, décide de mener l'enquête, de réconcilier son père avec cet homme disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Albert Barraud, médecin, fut un résistant, arrêté par les Allemands. Marie découvrira son rôle protecteur auprès des autres prisonniers. Destin héroïque d'un homme qui consacra sa vie aux autres jusqu'à sa disparition en mai 1945, sur le paquebot Cap Arcona bombardé par l'aviation britannique... Au terme d'un voyage vers la mer Baltique avec son frère, Marie va défaire les nœuds qui entravaient les liens familiaux.

L’auteur (site de ‘éditeur)

Marie Barraud est comédienne. Avec Nous, les passeurs, elle livre un premier roman profondément émouvant

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« J'ai voulu raconter l'histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J'ai voulu dire ce qui ne l'avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J'ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c'est moi qu'ils ont libérée. »

Oui, c’est un livre émouvant, très émouvant. Il est impossible de rester de glace devant les écrits de Marie Barraud, devant ses recherches sur son grand-père, sa vie dans le camp de Neuengamme, les dégâts que cela a causé…

Oui, mais voilà, cela ne suffit pas pour faire un livre qui me plaise. Je ne suis pas entrée dans le livre, j’ai cheminé à côté de ses mots. Cheminer est un euphémisme, je devrais dire, couru car j’y ai trouvé de l’urgence, enfin, je l’ai ressenti ainsi, une lecture au pas de charge. J’aurais aimé que le sujet soit plus approfondi car il y a de la matière.

Peut-être cette rapidité, cette urgence a fait que je n’ai pas pu voir autre chose, m’a gênée. Je pense que j’aurais aimé y trouver autre chose que l’émotion.

Ce livre est plus un cri vers  son père pour dire, Papa, je suis là, regarde moi, regarde ce que j’ai fait, je l’ai fait pour TOI, pour que tu me regardes enfin comme je le voudrais.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois - une association que je rejoins cette année avec grand plaisir.

 

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Collectif - Nouvelles d'ados

3 Mars 2017, 22:25pm

Publié par zazy

Nouvelles d’ados

Collectif

Editions Héloïse d’Ormesson

 

128 pages

novembre 2016

ISBN : 9782350873886

 

4ème de couverture :

Êtes-vous prêt(e) à embarquer pour des aventures qui vous transportent à travers les siècles et les continents ? Plongez dans ces nouvelles et découvrez la naissance d’un grand écrivain dans le San Francisco du XIXe, l’âme d’un violon exilé à New York, une famille fuyant les bombes en Syrie, ou encore un univers où les émotions sont des algorithmes.

D’une ville futuriste à un vol transatlantique, les histoires de Solène, Ysaline, Clara, Zoé, Irène et Estelle ouvrent une fenêtre sur les rêves et les préoccupations d’une génération qui a conscience des troubles du monde mais l’espoir chevillé au corps.

Le prix Clara, dont le jury, sous la présidence d’Eric Orsenna, est composé de douze personnalités du monde des lettres et de l’édition, a couronné cinq adolescentes, il n’y a aucun garçon pour leurs nouvelles.

J’étais à la fois curieuse et peureuse juste avant d’ouvrir ce livre. Curieuse de connaître le monde de ces jeunes filles et peur de leur, peut-être mièvrerie. Las !! La curiosité, en ce cas, n’est pas un vilain défaut. Quelle belle surprise !

Bien que différentes, les nouvelles ont en commun une belle écriture, une certaine maturité, de l’inventivité, de l’émotion, de l’espoir.

La maison de Clara Albert a une âme qu’elle nous dépeint dans « On n’entend que ce qu’on écoute ». Oui, une maison est pleine de l’âme de ses habitants, même lorsqu’ILS sont partis. Elle participe à la construction d’en enfant.

Zoé Baum a eu la riche idée  de la cascade dans sa nouvelle « Eclats de vie ». Chaque personnage passe le relais à un autre pour former l’histoire,  jusqu’à….

Ysaline Bortone-Bouvet met en scène des intelligences artificielles dont tout sentiment est banni de leurs capteurs. Nelly003 ne serait-elle pas en danger ? « Terre-happy » pour une thérapie ?

« La fuite » d’Estelle Desjardins m’émeut par son réalisme, sa connexion à la réalité actuelle. En peu de mots, elle parle du désespoir de ces familles fuyant la mort pour un espoir peut-être aléatoire.

« J’aimerais bien être un superbe météore ». Irène Rodriguez a fait beaucoup de recherches  sur Jack London (elle tient d’ailleurs un blogue sur cet écrivain) et nous romance ses débuts d’auteurs. Il écrit son premier livre en répondant à une petite annonce sur un journal, comme elle a répondu au concours de nouvelles.

Kolnidre où l’histoire d’un violon et d’une petite fille sauvée de la gueule de l’ogre hitlérien et leur renaissance aux USA.

Mesdemoiselles, chapeau bas.

Livre gagné lors d’un tirage au sort organisé par lecteurs.com que je remercie, tout comme Les Editions Héloïse d'Ormesson qui publient ces recueils de nouvelles depuis sa création. J’ai trouvé la couverture du recueil de cette année très élégante.

 

 

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Grégory Nicolas - Singeon - La part de l'orage

2 Mars 2017, 21:27pm

Publié par zazy

La part de l’orage

Grégory Nicolas

Dessins Singeon

Editions Rue des Promenades

Septembre 2013

ISBN : 9782918804208

 

4ème de couverture

Et puis, le gamay, on le voit vieillir. Il est vif et piquant au départ. Il vous raconte un paquet de trucs car il a de la gueule. Et, petit à petit, il se fait plus discret. Quand il l’ouvre, c’est pour les bonnes raisons. D’ailleurs, on est comme lui : moins il la ramène, moins on cause. On se regarde en général, et on sourit. Parfois il vous déçoit. Il pue le poulailler, ou il est plein de gaz, ou il a le goût de vinaigre. Comme on l’aime bien, on lui trouve toutes les excuses.

La Part de l’orage célèbre l’amitié et le vin.
Neuf cépages sont l’occasion de petites histoires où se mêlent fiction et réalité, jolis termes techniques et amour du vin. On est au m

L’auteur (site de l’éditeur) :

Grégory Nicolas est né en Bretagne en 1984.
Après un 16,5/20 en rédaction sur le thème « Raconte un moment heureux de tes vacances » obtenu en CM2, il se destine tout naturellement à la carrière d’écrivain. Mais parce que un roman c’est long à écrire il décide d’attendre un peu.

Il vend du vin pendant quelques années. Il aime ceux d’Olivier Lemasson et les morgons de Marcel Lapierre.
Un jour, il décide de prendre l’air. Il emprunte un grand sac à dos, achète une toile de tente chez Decathlon et part pendant 8 mois un peu partout à travers le monde.
Il revient en France et devient un homme respectable.

Il écoute Thomas Fersen et les Cowboys Fringants trop fort et il pense que Didier Wampas est le Roi.
Il écrit pour arriver en tête au sommet du col du Tourmalet.

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« Le vin c’est la part que l’orage laisse aux hommes ». Lorsque la grêle s‘abat sur un vignoble c’est « le travail d’une année ravi en un instant. »

Neuf cépages, neuf terroirs, neuf histoires, neuf dégustations, neuf adresses et l’amour du vignoble français, de ses vignerons, des cavistes.

J’ai aimé ces petites histoires d’amour pour les cépages, le vin, le tout sans langue de bois, peut-être avec, de temps à autre, une légère gueule de bois. Grégory Nicolas ne recrache  que le vin qu’il n’aime pas.

« Au final, j’ai craché plus de vin que je n’en ai bu. Ce que je peux être snob ».

Un petit livre qui fait du bien là où ça ne fait pas mal. Aimer le vin est un plaisir des sens.

« En musique comme en vin, il n’est pas nécessaire de savoir le solfège pour apprécier, pas nécessaire d’être œnologue pour être touché. Il faut simplement se laisser porter et rester éveille. Etre attentif aux détails. Avoir envie. Goûter. »

Ce qui me convient parfaitement, j’aime goûter !

Je me souviens d’un Sauternes, avant que tout le monde n’en fasse. Je me suis enivrée rien qu’à humer le verre, les arômes… étaient là pour me saluer, me porter vers la béatitude. Je n’ai plus jamais dégusté un tel nectar.

Ce livre sent l’amour du terroir, sauf peut-être, pour le merlot et le cabernet franc qui, quelque fois, n’est pas franchement bien traité.

Vous comprendrez aisément le plaisir que j’ai eu à lire La part de l’orage. Un petit conseil, dégustez-le,  en le refermant, vous aurez des images, des envies comme  découvrir le Côt (que j’aime).

Essayez, découvrez-le en bonne compagnie.

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Lyane Guillaume - Mille et un jours en Tartarie

1 Mars 2017, 22:28pm

Publié par zazy

Mille et un jours en Tartarie

Lyane Guillaume

Editions du Rocher

416 pages

Février 2017

ISBN : 9782268079134

 

4ème de couverture :

Sept femmes autour d'une table bien garnie célèbrent la « Journée des femmes ». Parmi elles, Lyane, la narratrice, seule Française dans le groupe...

Nous sommes à Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan (ancienne Tartarie, comme on désignait autrefois cette Asie centrale lointaine et mystérieuse), le 8 mars 2014.

Sous forme d'interviews et de récits croisés ou emboîtés, un peu à la manière des Contes des Mille et une nuits, Lyane Guillaume nous entraîne dans une fresque multicolore à la suite de ces femmes d'aujourd'hui ou d'hier, anonymes ou célèbres, humbles ou puissantes, qui ont marqué et continuent de marquer l'Ouzbékistan de leur empreinte. Des harems de la Route de la Soie (Samarcande, Boukhara) aux business women actuelles, de Bibi, épouse du redoutable Tamerlan, à Rano, mariée contre son gré à son cousin, en passant par Tamara Khanoum, première danseuse ouzbèke à se produire sur scène, ou encore Sayora, médecin de campagne sur les rives de la mer d'Aral, à la recherche de son fils radicalisé, c'est toute la réalité riche et complexe de l'Ouzbékistan – terre d'Islam mais aussi ex-république soviétique – qui se révèle à travers ces voix féminines.

Tour à tour épique, bouleversant, drôle, coloré, pimenté, en tout cas savoureux comme la cuisine ouzbèke, ce récit à sept voix sur les femmes d'Ouzbékistan est à la fois un livre d'histoires et un livre d'Histoire.

L’auteur (site de l’éditeur)

Enseignante, femme de théâtre, journaliste, écrivain avant tout, Lyane Guillaume a vécu en Inde, en Russie, en Ukraine, en Afghanistan et, entre 2012 et 2016, en Ouzbékistan.

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La carte en début de l’ouvrage m’a permis de situer ce pays, ancienne province de l‘URSS. L’avant-propos passe allègrement du plov, plat typique, à la genèse du titre de ce livre.

8 mars 2014, Lyane Guillaume qui vit depuis plusieurs années en Ouzbékistan, à Tachkent, est invitée chez Goulia à partager un gap entre filles pour fêter les cinquante ans de Chirine, sœur de Goulia.

Sept femmes se retrouvent autour d’une table-buffet dont la description peut donner le tournis. Lyane est la seule française.

Entre deux bouchées et deux verres de vin, les femmes se racontent, non pas chacune son tour, mais dans un joyeux brouhaha. Rien de mieux que ses conversations pour apprendre l’Histoire d’un pays.

En URSS,  l’avortement a été légalisé en 1920 sous Lénine. Il est considéré come un moyen de contraception. A sa grande surprise, ses amies y ont eu recours quelque fois ou trop souvent.

« L’avortement y était un moyen de contraception comme un autre mais je n’imaginais pas qu’en Asie centrale, terre d’islam, il fut aussi répandu ».

Ces femmes adorent Poutine.

« Pour elles, les Russes, et plus encore les Ouzbeks, ne sont pas mûrs pour la démocratie, et un régime à pigne est ce qui leur convient. »

Ce qu’elles redoutent le plus ? L’avancée de l’islamisme, menace très grave pour elles, femmes Ouzbèkes.

« J’en arrivais à comprendre la prudence de mes amies, leur attachement à ce régime autoritaire et paternaliste qui les préservait d’une déferlante islamiste comme celle qui avait assombri, après la mort de leurs dictateurs, l’Irak, la Syrie, la Libye, l’Egypte… J’en arrivais à ne pas juger surfaite leur admiration pour Poutine qui, en protégeant le régime d’Assad, avait créé un cordon sanitaire pour l’Asie centrale. »

« Goulia me l’avait répété maintes fois : pour « ces gens-là » (elle parlait des combattants de Daech, Boko Aram ou Al-Qaïda), nous les Ouzbeks, nous ne sommes pas de « vrais musulmans. Chez nous, muezzin n’appelle pas à la prière, les femmes ne sont pas voilées. Nous aimons la vie sous toutes ses formes. »

Et puis, il y a Rano, qui s’occupe des maisons de Loubia et Lyane. Sa famille la marie à un cousin peu fortuné car à vingt-cinq ans, les partis se raréfient et il est hors de question de rester célibataire… On ne lui a pas demandé son avis. Qui plus est, elle risque d’être reniée car, au bout de quelques mois de mariage, Loubia n’est pas enceinte. Un grand écart entre Tachkent et le reste du pays et les amies de Lyane « libérées ».

Tout au long de ce long repas, je suis le récit de ces femmes, le récit de la Tartarie. Car Lyane Guillaume intercale  l’histoire de Bibi, reine de Tartarie, de Tamara, danseuse de renommée mondiale, le destin de la mer d’Aral tuée par la culture du coton, le séisme de 1966…

J’ai aimé l’esprit du makhala, comité chargé de la gestion, qui distribue les aides sociales, organise le scrutin lors d’élections, gère la vie quotidienne du quartier.

La culture, l’histoire, la gastronomie de l’Ouzbékistan sont la somme de toutes les invasions turques, grecques, arabes, perses… pour finir par l’URSS. Lyane Guillaume donne vraiment envie de découvrir ce pays qui parait si chaleureux.

Les Mille et un jours en Tartarie raconte des histoires douces et violentes, modernes et archaïques, tristes et drôles, un livre  gourmand, coloré, épicé, une lecture comme je les aime distrayante où les histoires racontent l’Histoire.

Livre lu dans le cadre de l'opération Masse Critique organisée par Babelio que je remercie pour cette lecture passionnante.

 

Petit aparté : le bandeau du livre me plait beaucoup. La diversité des couleurs, des dessins des plats forment un joli tableau

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Ludovic Roubaudi - Camille et Merveille

27 Février 2017, 21:01pm

Publié par zazy

Camille et Merveille

Ludovic Roubaudi

Editions Serge Safran

août 2016

270 pages

ISBN : 979-10-90175-52-5

 

4ème de couverture :

Quand il ne vend pas des couteaux à huître sur des foires, et qu’il ne discute pas avec Nadège, la vendeuse d’égouttoirs, Camille cherche à réconcilier ses deux voisins qui se haïssent : Mme Fillolit, vieille dame acariâtre, d’origine espagnole, et Dlahba, le maçon slave et bougon.
Lorsqu’il rencontre Merveille devant leur porte, son cœur chavire, sa vie bascule. Qui est vraiment cette jeune femme ? Un épais mystère l’entoure. Camille et Nadège enquêtent. Les voilà soudain accusés des pires crimes et menacés. Le mystère sera-t-il levé ? Les secrets de famille déterrés ?
De foire en foire, de Lille à Arles ou Montpellier en passant par la Bretagne, Camille et Nadège tentent d’en savoir plus sur la très troublante et très énigmatique Merveille. S’instaure alors un climat digne d’un sombre thriller que vient percer la lumière d’un amour absolu.

L’auteur (site de l’éditeur)

Ludovic Roubaudi, né en 1963 à Paris, directeur d’une agence de création de contenus, est l’auteur de plusieurs romans publiés au Dilettante : Les Baltringues, Le 18, Les chiens écrasés, Le pourboire du Christ et aux éditions Timée : Carotide Blues, Diablo Corp

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Oh que ce livre est une brise légère et agréable !

Camille est bonimenteur, pardon, vendeur-démonstrateur dans les foires. Il vend des couteaux à huitres révolutionnaires avec sa pote Nadège qui, elle, propose des égouttoirs-éponge. Sa petite entreprise, bon an mal an fonctionne. Il vit dans un local à vélos  loué par  Dlahba, maçon slave. Camille s’occupe de Mme Fillolit, impotente, vieille mégère pas apprivoisée Dlahba et Mme Fillolit se vouent une haine sonore.

Camille était chez la mégère lorsque

« J’ai ouvert la porte brutalement et suis tombée sur elle.
Une femme
J’ai lâché un « oh » d’étonnement devant sa présence et elle a levé la main de surprise.
Je ne savais pas si je devais sortir ou la laisser passer.
Elle non plus.
On a ondulé comme ça, d’avant, d’arrière, de côté, puis elle s’est écartée.
Elle a souri je crois et dit… Je ne sais plus mais n’oublierai jamais.
Comme un souffle aspiré par ma bouche, sa voix m’était entrée en pleine poitrine. »

Coup de foudre, coup de poing dans le plexus, l’amour vient de le statufier.

Camille la retrouvera, cette fois devant chez Dlahba. Ils se revoient, tombent en amour tous les deux. Une merveille de la vie, ça tombe bien puisqu’elle s’appelle Merveille.

Comme tous les amoureux, ils se regardent, se font des promesses ; ils vont même jusqu’à se promettre de ne rien se cacher, qu’ils n’auront aucun secret l’un pour l’autre. Quelle imprudence !

Lorsque Merveille lui apprend que Dlahba et Mme Fillolit sont ses parents, Camille veut comprendre et cherche le pourquoi de la séparation du trio. Mais comment lui dire puisqu’ils ne devraient rien se cacher ?

Camille va enfreindre cette loi, écouter ce que disent les parents et… la petite voix de la calomnie fait son chemin. La maison qui abrite leur amour se fissure. Pourront-ils sauver leur amour ? Sauront-ils faire les petits pas pour aller l’un vers l’autre, comprendre la démarche de l’autre ? Il faudra attendre la toute fin du livre pour connaître la vérité.

Le roman qui débute comme une conte de fée, une très belle histoire d’amour tout en pureté se transforme, avec les soupçons en une quête, une enquête sur l’Amoureuse. La fidèle Nadège l’aide, surtout depuis qu’ils ont été convoqués par la police pour des soupçons de fraude, alors que la veille au soir, Camille en avait discuté avec… Merveille

L’écriture est vive, sans faux trémolos. Il y a de l’amour dans les mots de Ludovic Roubaudi, il y a beaucoup d’humour aussi, comme l’histoire de l’hymne anglais, « God save the queen » ou la ronde du billet de cent euros. Dans la seconde partie, le suspens est bien mené.

Ludovic Roubaudi trousse une histoire où la calomnie, les secrets familiaux, l’amitié, le pardon, que je n’ai pu, pas eu envie de lâcher. Dire que ce livre reposait sur mon étagère depuis sa sortie ou presque.

 

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Arnaldur Indridason - Dans l'ombre

23 Février 2017, 15:23pm

Publié par zazy

Dans l’ombre

Arnaldur Indridason

Traduction Eric Boury

Editions Métailié

Février 2017

Nombre de pages : 352

ISBN : 979-10-226-0541-0

4ème de couverture :

Un représentant de commerce est retrouvé dans un petit appartement de Reykjavik, tué d’une balle de Colt et le front marqué d’un “SS” en lettres de sang. Rapidement les soupçons portent sur les soldats étrangers qui grouillent dans la ville en cet été 1941.
Deux jeunes gens sont chargés des investigations : Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle d’Islande, ex-stagiaire à Scotland Yard, et Thorson, l’Islandais né au Canada, désigné comme enquêteur par les militaires parce qu’il est bilingue.
L’afflux des soldats britanniques et américains bouleverse cette île de pêcheurs et d’agriculteurs qui évolue rapidement vers la modernité. Les femmes s’émancipent. Les nazis, malgré la dissolution de leur parti, n’ont pas renoncé à trouver des traces de leurs mythes et de la pureté aryenne dans l’île. Par ailleurs on attend en secret la visite d’un grand homme.
Les multiples rebondissements de l’enquête dressent un tableau passionnant de l’Islande de la “Situation”, cette occupation de jeunes soldats qui sèment le trouble parmi la population féminine. Ils révèlent aussi des enquêteurs tenaces, méprisés par les autorités militaires mais déterminés à ne pas se laisser imposer des coupables attendus.
Dans ce roman prenant et addictif, le lecteur est aussi fasciné par le monde qu’incarnent les personnages que par l’intrigue, imprévisible.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Arnaldur Indridason est né à Reykjavík le 28 janvier 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de films pour le Morgunbladid, puis il se consacre à l’écriture. Il vit avec sa femme et ses trois enfants à Reykjavík.

Il a publié de nombreux romans à partir de 1997. Il est l’un des écrivains de romans noirs les plus connus en Islande et dans les 37 pays où ses livres sont traduits. Il a reçu le prix Clef de verre du Skandinavia Kriminalselskapet à deux reprises : en 2002, pour La Cité des jarres, et en 2003, pour La Femme en vert, le Prix du Polar Européen Le Point en 2008 pour La Voix, le Prix d’honneur du festival les Boréales en 2011 et le prix espagnol RBA du roman noir en 2013.

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Pas d’Erlendur dans ce roman d’Arnaldur Indridason. Les faits se déroulent pendant la seconde guerre mondiale. Les anglais, puis les américains font de cette île une  base arrière. Jeunes filles et jeunes femmes se retrouvent avec insouciance, calcul, amour, dans « la situation » (joli mot pour parler des relations amoureuses avec les occupants).

C’est d’ailleurs ce qui arrive à Véra, l’amie d’Eyvindur, représentant de commerce, qui a déserté le domicile pour un soldat anglais. Ce même Eyvindur est retrouvé mort, tué d’une balle dans la tête, dans l’appartement d’un certain Félix Lunder. Pourquoi cet homme, piètre représentant, fade, effacé, sans consistance a-t-il été tué ? Crime de la jalousie ? Rien n’a été volé. Pourquoi le signe « SS » sur le front ? Fait-il partie des sympathisants du régime nazi ? Erreur sur la personne ?

Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle s’Islande, ex-stagiaire à Scotland Yard, et Thorson, l’Islandais né au Canada, désigné comme enquêteur par les militaires parce qu’il est bilingue

Les deux hommes sont chargés de l’enquête. Quasi sans expériences ils vont devoir louvoyer entre militaires, civils, américains, anglais, islandais. Heureusement, l’entente entre eux est très bonne, pas de coups bas. Leur méconnaissance du métier leur donne la liberté de fouiner sans arrière-pensées, chercher dans les expériences du docteur Rudolf Lunder, sympathisant nazi, remettre l’ouvrage sur le métier autant de fois qu’il le faut.

Avec son art consommé de l’intrigue, Arnaldur Indridason nous conduit, de fausse piste en  suspects-non-suspects, vers la preuve, le suspect, le mort manqué. Une enquête policière lente, méticuleuse, sans téléphone portable ni courrier électronique (ça fait du bien !).

Ce que j’ai aimé, en plus de l’intrigue policière, c’est la description de l’Islande pauvre, rurale occupée par des soldats fier-à-bras, en pays conquis qui n’ont que mépris pour les islandais, sauf pour leurs femmes et leurs filles, même mineures. Les islandaises rêvent de se faire épouser par ces soldats, quitter leur île et aller vivre en Angleterre ou aux USA.

« Elle a dit que c’est nettement mieux d’en dégoter un comme ça plutôt qu’un Islandais. Elle était sacrément contente quand elle les a vus arriver… je veux sire, les soldats… et elle passait son temps à sortir avec ses copines. Elles s’amusaient tout le temps »

« Des bouteilles d’alcool et des cigarettes encombraient les tables. L’une des gamines (quinze ans environ), toute débraillée, était assise sur les genoux d’un matelot. L’autre était allongée sur une couchette, les jambes nues sous sa robe légère, et fumaient une cigarette. Deux des hommes étaient torse nu, le troisième portait un maillot de corps. Le plus âgé devait avoir environ cinquante ans. »

En lisant ce polar, j’ai repensé au livre de Svava Jakobsdottir « un locataire » qui se situe juste après la guerre, l’Islande est encore occupée par les américains.

J’attends avec impatience la parution, en octobre prochain, du second tome de cette trilogie et ainsi, passer une nouvelle nuit blanche. Pour patienter,  je pense que j’irai retrouver ce cher Erlendur, histoire de respirer l’air frais d’Islande.

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Anders Fager - La reine en jaune

19 Février 2017, 22:35pm

Publié par zazy

La reine en jaune

Anders Fager

Traduit du suédois par Carine Bruy

Editions Mirobole

janvier 2017

352 pages

ISBN 978-2-37561-052-7

 

4ème de couverture :

La beauté du diable pour l’écriture, le génie du mal pour la construction… Anders Fager revisite les grands thèmes du fantastique pour créer sa propre mythologie contemporaine à travers des histoires qui font surgir un univers fiévreux peuplé de forces maléfiques, ou le monstre n’est jamais celui qu’on croit.

À Trossen, les résidents de la maison de retraite se regroupent au troisième étage pour des rites venus d’un autre âge ; Les deux frères Zami et Janoch escortent Grand-Mère pour un long voyage – Grand-Mère qui gronde parfois, ou montre les crocs ; pour My l’artiste, la femme bafouée, le chef-d’œuvre ultime ne peut se concevoir sans sacrifices ; à Bodskär, dans la baie plongée dans les ténèbres, quelque chose émerge des flots…

Découvrez un Lovecraft version trash et rock ‘n’ roll pour une véritable et très angoissée chronique sociale.

L’auteur (site de l’éditeur)

Auteur culte, comparé à Stephen King dans ses œuvres les plus sombres, à un John Ajvide Lindqvist sous stéroïdes ou au maître de l’horreur H.P. Lovecraft, Anders Fager, né en 1964, vit à Stockholm. Ex-dyslexique, ex-punk, ex-geek, il a fait paraître entre 2009 et 2011 trois recueils de contes d’horreur, dont Mirobole publie en janvier 2014 une sélection en un seul volume Les Furies de Borås.

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J’ai découvert un auteur qui m’a bousculé comme la balle d’un flipper.

Ce recueil de nouvelles est déjanté, barré, presque trash,

Le cher d’œuvre de Mademoiselle Witt, où l’art poussé à son extrême pour certains, l’art dévoyé pour d’autres, du porno trash, dégradation féminine pour les féministes. My Witt, porno star qui utilise son corps sexuellement pour faire des photos pornos trash jusqu’à la folie.

Cérémonies où les rites païens sont remis en scène par le personnel du 4ème étage d’une maison de retraite. C’est du râpeux, du flippant !

Quand la mort vient à Bodskär où l’armée se trouve aux prises avec des phénomènes très étranges et mortels, où la frontière entre le bien et le mal connait quelques distorsions.

La reine en jaune voit le retour de My Witt internée dans un asile psychiatrique.aux prises à la violence du personnel médical qui n’hésite pas à la frapper, la violer, l’abrutir de médicaments, l’attacher. A trop côtoyer la folie pour aller au bout de ses œuvres, elle semble passée de l’autre côté du monde

Le voyage de grand-mère où deux garçons étranges, analphabètes traversent l’Europe dans une camionnette blanche pour récupérer leur grand-mère ; une grand-mère qui a les crocs.

Des « Fragments »  relient ces nouvelles comme un pont pour aller sur les îles. Mais qui sont ces vieux manipulateurs qui semblent connaître beaucoup, beaucoup de choses sur tout le monde et que le trash, le porno ne dérangent pas ?

Oui, c’est déjanté et tout le tintouin. Cela parle aussi de l’art, de sa finalité. Jusqu’où l’art peut aller, le hardcore peut-il être de l’art, tout est-il art ; Question présente également dans F d’Antonio Xerxenesky.

La limite entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le réel et le fantastique sont très élastiques. L’avidité, la rapacité, la luxure, la domination y sont dépeints avec minutie, réalisme. L’écriture d’Anders Fager est limpide dans un monde noir, glauque où nul espoir n’est permis. Les fins ne sont pas celles des contes de fées. Le rythme, l’incongruité donnent beaucoup de peps et d’allant à ce bouquin.

Une lecture qui n'est pas de tout repos. La découverte de l’écriture d’André Fager fut un réel plaisir, quel voyage !

Une nouvelle fois, Mirobole a fait mouche

Yv en parle

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Sébastien Berlendis - Maures

17 Février 2017, 22:53pm

Publié par zazy

Maures

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection : La Forêt

Août 2016

112 pages

ISBN : 9782234081062

 

4ème de couverture :

« Ces images d’une adolescence au soleil continuent de modeler mes désirs et mon imaginaire. Je me construis dans les souffles chauds, l’horizon bleu, le sel marin. »

Entre ombre et lumière, Maures est une plongée en adolescence dans une pinède au bord de la mer. L’écriture impressionniste de Sébastien Berlendis dit le vertige des sensations, la découverte du corps des filles, et l’inquiétude devant les disparitions à venir.

Sébastien Berlendis vit à Lyon où il enseigne la philosophie. Il a publié Une dernière fois la nuit et L’Autre Pays chez Stock, dans « la forêt ».

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« Lorsque j’avance dans la pinède aujourd’hui clairsemée et fermée par des clôtures de bois, des souvenirs affleurent. Ils viennent de loin ces visages, ces gestes, ces bruits. Au cœur de la pinède, des fantômes habitent mon corps. »

Venu voir une dernière fois son grand-père mourant,  le narrateur  nous amène au pays de sa jeunesse, dans un camping au bord de la mer à La Londe-les-Maures 16

« La douleur de la maladie assombrit mon grand-père. Le traitement assomme le corps, le moral craque, les yeux lâchent, la voix et la mémoire restent en vie. Je redoute que les choses de l’été deviennent pour lui des espaces sans formes i noms. Alors je continue l’histoire, je décris les lieux, il me raconte à nouveau.

Le paysage devient le décor de son film ; la caravane rouillée laisse la place à la vie, la jeunesse, les siestes,  les parties de boule, les virées entre copains, les premiers émois amoureux, les grands-parents.

 

Je regarde l’homme se souvenir du jeune homme qu’il était. Les vacances varoises avec ses grands-parents, les amitiés… ont forgé l’homme qu’il est devenu.

Dédé Faye Aldo Marchetti Marius Paul Saba Maurice Avis monsieur Lahoude, écrire et répéter ces noms d’hommes du Sud, faire apparaître leurs visages. Je suis encore assez jeune, l’ombre ne noircit pas la mémoire.

Comme dans ses deux précédents romans,  Une dernière fois la nuit et L’Autre pays, Sébastien Berlendis, égrènent ses souvenirs sans ordre chronologique, par petits paragraphes, comme des instantanés, des polaroïds un peu fanés mais si vivaces.

« Quand je traverse les Maures, les temps se mélangent. »

L’écriture impressionniste, quasi envoûtante, de Sébastien Berlendis agit une fois de plus. Ce livre a fait ressortir mes souvenirs de vacances au bord de l’Atlantique. La découverte d’un autre monde, l’insouciance, les flirts inoffensifs et chastes (question d’époque).

En ré-ouvrant le livre pour écrire cette chronique, j’ai presque l’impression de sentir du sable rouler sous mes doigts qui tournent les pages.

J’ai eu la chance de le rencontrer, je l’attendais, à la librairie « Le Cyprès » où il venait parler de son livre. Une rencontre éclair, j’avais une réunion et n’ai pu rester l’écouter.

Merci Sébastien Berlendis pour votre gentille dédicace.

Lorsque je parle avec mon grand-père, je continue de croire qu'après une visite je pourrais ajouter des jours et des mois à notre histoire. Puis un matin de mars vient derrière lequel il n'y a plus rien.

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