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ZAZY - mon blogue de lecture

Lionel-Edouard Martin - Nativité cinquante et quelques

26 Novembre 2013, 14:13pm

Publié par zazy

 

Nativité cinquante et quelques

Lionel-Edouard Martin

Editions Le Vampire Actif

Collection Les Séditions

15 novembre 2013

230 pages
ISBN : 9782917094105

 

4ème de couverture :

Un soir de Noël, dans les années cinquante : Maît’Louis, un vieux rebouteux usé par les maux de tous ceux qu’il a guéris, guette au crépuscule, au seuil de sa vieille demeure, d’importants visiteurs. Grâce à son éolienne, savamment installée par Jean Dieu, le boulanger, il enguirlande de lumière le grand marronnier, seul repère visible par les passagers de l’Ariane partis, bravant la tempête de neige, en quête d’un médecin pour soigner leur nourrisson et leur imposante tante matriarche. Happés par la nuit, ils s’égarent sur les routes de cette âpre campagne…

La langue de Lionel-Édouard Martin, toute de matières et de saveurs, sert à merveille un récit magnifique qui n’est pas sans évoquer un étonnant conte de Noël.

Lionel-Edouard Martin est né le 10 novembre 1956 à Montmorillon, en vieille terre de Poitou. Après des études de lettres, il fait carrière dans la diplomatie culturelle et l’enseignement supérieur. Il vit actuellement en Martinique.

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Nous sommes dans les années cinquante dans une campagne française à Villemort, aux confins de la Vienne pas loin de la Creuse, en plein hiver, un hiver avec son lot de neige. Après tout, n’est-ce pas normal puisque nous sommes bientôt à Noël ?

Il y a Jean Dieu, le boulanger. Etre boulanger et s’appeler Jean Dieu, n’est-pas biblique ? Dans le village, tout le monde l’appelle le Boulanger « On l’appelait Boulanger, et le tutoyait comme du bon pain ». Faire du pain est sa passion. La rue sentait le pain. Les hommes, mécréants devant Dieu, leurs épouses le savent très bien, elle qui vont à la messe tous les dimanches que Dieu fait –attention à ne pas se mélanger, il y a une très grande différence entre Dieu et Dieu !-, faisaient à chaque fois la même blague en demandant une hostie pas trop cuite et à la réponse négative de la jeune vendeuse continuait dans le même registre « ben, dans ce cas, mets-moi donc un corps du Christ ». Vous imaginez la tête des bigotes attendant d’être servies. Mais, bon c’était bon enfant (de chœur).

Nous faisons la connaissance de Maît’Louis. C’est ainsi que l’on appelait Louis, Désiré, Dieudonné Maître ; un enfant de vieux, chétif qui, un soir d’orage, reçut le don de guérir. Oui, cet enfant malingre, voué au bleu, à la Vierge Marie, Maît’Louis est rebouteux. Il prend le mal des autres, les guérit « … Guérisseur, un bien curieux, non pas métier, mais sacerdoce. Ça ne rapporte rien –sauf le peu qu’on vous donne- et ça demande une qualité rare. Il faut être bon et Maît’Louis est un homme bon ». Il est perclus des entorses, rhumatismes, déformations… qu’il a soignés. Mais, il ne le peut plus, ne le veut plus

Dans nos campagnes, les gens ont souvent un surnom. Ici, La Vache. Une femme grosse, très grosse même, voire énorme qui habite un appartement sous les toits avec un jeune couple « Elle n’y vivait pas seule. Elle avait son monde à domicile : ses vachers comme les appelait la mauvaiseté publique » Pour les différencier, il y a le Mon Filleul et la Ma Filleule ainsi que le Zan, leur enfant en bas âge. Zan a de la fièvre, beaucoup de fièvre. J’allais oublier Ariane qui s’avèrera très utile pour sortir de leur labyrinthe.

Par un beau mauvais jour le Boulanger ne peut plus sortir de son lit. Cloué sous son gros édredon qu’il est, tout ça à cause d’une sciatique qui l’empêche de se lever. Cinq jours sans pain ; à la fin les journées commencent à être longues et tristes…. comme des jours sans pain. Maît’Louis va à son secours, malgré ses « plus jamais ». Il lui prend son mal et voici Jean Dieu requinqué comme un jeune homme. Louis, Désiré, Dieudonné Maître repart « Chaque marche est un calvaire. Un serpent qui mue c’est une extrême fatigue, on dit, pour la bête. Maît’Louis est un serpent qui mue, le reptile travaillé par sa peau. »

Et toujours, au long des pages, cette antienne : ils vont venir, je les attends, je sais qu’ils vont arriver. « Cette certitude qu’ils vont venir. Pas qu’ils viendront : qu’ils vont venir. Ce soir même et pas un autre soir. Ce sont des choses qui s’éprouvent, personne ne pourrait les expliquer. » Mais QUI ? Pourquoi Maît’Louis fait-il installer ces guirlandes dans l’arbre dénudé, pourquoi attend-il sur le perron sous la neige, lui qui est si faible ? QUI oserait braver la tempête de neige ? Maît’Louis lui, sait. On ne lui a rien dit, mais il SAIT. Il sait qu’il aura des invités ce soir en cette période de Noël.

Comme le spoutnik soviétique dont parle le Boulanger. Jean Dieu, la Vache, le Mon Filleul, la Ma filleule sont les satellites qui gravitent autour de Maît’Louis jusqu’au dénouement final.

Le r’bouteux est quelqu’un d’estimé, de craint. Lionel-Edouard Martin les connait bien, lui qui a dédié ce roman à deux d’entre eux. Je les connais aussi pour avoir souffert de moult entorses, zonas, brûlures. Vous arrivez plié au carré, vous sortez droit comme « le bâton de la justice ». Oui, ils prennent le mal de ceux qu’ils soignent, c’est également ce que me dit mon copain r’bouteux.

Les villageois ont les pieds sur terre, ici ce serait plutôt dans la neige. Ils n’élucubrent pas, ils se connaissent tous, savent les défauts, les fautes, les vérités, les bons, les bêtes, les méchants. L’entraide est un sport qu’ils connaissent parfaitement.

Vous, de la ville, ne savez pas que tout ceci existe encore ; que nous, qui vivons à la campagne, qui ne faisons pas qu’y habiter, avons la chance d’avoir le bon côté de la modernité (faut quand même pas exagérer, Internet, c’est bien) et le bon côté de la ruralité avec l’entraide, la vie simple…. et le r’bouteux !

Lionel-Edouard Martin a une écriture gourmande (les pages 45,46 font saliver), une prose bienheureuse, simple mais pas simpliste pour un sou, riche, colorée, sensible. Les racines le retiennent à ce pays. Il y a du Giono, du Fallet, du Chabrol dans cet homme. J’ai lu ce conte en dégustant chaque page, chaque mot jusqu’à une fin que je ne vous dévoilerai pas.

Un très, très bon moment de lecture. Je remercie Le Vampire Actif de m’avoir permis ce belle lecture pleine d’humanité dans le cadre de l’opération organisée par  .

D'autres avis sur le site de Libfly

 

Quelques extraits :

Les meubles ont bien deux siècles ; les éviers ressuent d’antiques eaux grasses. Et c’est bien comme ça. Pourquoi vouloir changer ? Le monde moderne pénètre les campagnes : mais posément –la coulée de miel. Il faut le temps de briser les inventions- comme on brise, le faisant à son pied, le soulier neuf et ça demande pas de graisse et d’enjambées.

L’étage, quand on peine à se mouvoir, demeure un couillon faignant.

Ça ne marchait pas à tous coups –la rebouterie, il faut y croire, et ça ne soigne que certaines choses. Les esprits forts repartaient avec leur lumbago, les bossus restaient bossus. Mais par exemple ceux qui souffraient d’arthrose ils allaient mieux ; ses paumes au Louis Maître buvaient aussi les entorses, les rhumatismes, les chauds refroidis, jusqu'aux déformations des petits drôles quand leurs os n’étaient pas encore trop durs.

… Tu sais comment on greffe ? Porte-greffe, greffon ? Maît’Louis, c’était le porte-greffe et la maladie c’était le greffon, mais au final ça donne une seule et même plante, celle qui s’agrippe à la terre avec toutes ses racines et c’est elle qui porte les branches, les feuilles, les bourgeons, les fruits, tout ce qui donne du travail à la sève et qui la fait souffrir.

La rue sentait le pain, le bon pain d’aube annonciateur du jour, un chant de coq d’odeur de pain.

Ça leur fait rejoindre un univers archaïque, cette mangeaille toute à symboles, et ils n’en sont pas dupes. Les plus instruits –comme du reste les plus instinctifs- saisissent pleinement la signification de leur gourmandise : manger oui, mais prendre dans sa bouche, sur sa langue, déstructuré par la salive, l’épars, l’erratique tohu-bohu de l’univers et tâcher d’en faire du sang, du muscle et du gras. Même chose pour le pain : ils ne sont pas de ces goulus qui vous l’avalent tout rond, sans y penser.

On ne dirait pas, comme ça : mais l’odeur du pain c’est comme l’odeur de l’herbe sèche ou de la vendange, rien qu’à la humer, concentrée comme une eau lourde, elle vous trouble la cervelle.

Dans cette terre il faut imaginer le blé qui se détend, s’étire comme un qui se réveille et se frotte les yeux

Il a pris le pain. C’est beau comme il a pris le pain des mains mêmes du créateur –Jean Dieu est créateur du pain. Pain, pin : ces mots pleins d’odeurs jusqu’au fort de l’hiver. C’est comme un enfant tiède qu’on échangerait contre un peu de monnaie.

On n’est jamais seul avec la pâte : elle vous raconte des histoires de taille-crayons, de grelets, de sauterelles. Elle gagne sur le monde. On y replonge les bras : mais rien à faire contre cette expansion, contre ce langage de fête –contre cette effervescence ; et on capitule devant la joie

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Philippe Fusaro - L'été si j'y suis

23 Novembre 2013, 15:28pm

Publié par zazy

 

L’Italie si j’y suis

Philippe Fusaro

Editions La fosse aux ours

19/08/2010

ISBN : 9782357070134

 

 

4ème de couverture :

 

On dit que les histoires d'amour finissent mal en général.

Sandro l'apprend à ses dépens le jour où il retrouve, au pied de son immeuble, sa collection de vinyles éparpillée au milieu de ses effets personnels. Sandro entreprend alors un voyage en Italie en compagnie de son fils Marino affublé, en plein été, d'une panoplie de Youri Gagarine, casque compris.

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Pourquoi prend-on tel livre dans la pile plutôt qu’un autre ? Je ne saurais le dire, mais le livre de Philippe Fusaro a certainement pâti de mes lectures précédentes (La lettre à Helga et Ormuz).

Pas facile d’être largué, de voir toute sa panoplie, jusqu’aux disques valdinguer par le balcon sous le regard des passants…. Pour oublier tout cela, Sandro part en Italie avec son fils Marino. Qui s’occupe de l’autre ? Sandro chaussures blanches, lunettes noires au volant de son Alfa Romeo Giulietta Spider noire ou Marino et son costume de cosmonaute version Youri Gagarine ?

Encore un tour d’Italie. Cette fois, j’ai droit à la traversée complète jusqu’au Stromboli ! Je vous parais un brin caustique ? Peut-être. Il faut dire que la détresse de ce trentenaire ( ?) immature m’a laissée de marbre. Son fils, conversant avec son modèle, Youri Gagarine, pour se consoler est beaucoup plus attachant.

Italie consolatrice des maux d’amour, si vous voulez. Cela dit, j’ai passé une bonne soirée à lire ce livre pas prise de tête du tout mais très bien écrit. Je ne me suis pas ennuyée. Je ne pense pas qu’il m’en restera grand-chose, mais c’est là le charme de ces bouquins.

Philippe Fusaro a écrit un livre d’amour plein de poésie sur l’Italie, mais dommage que Sandro ait un peu gâché le paysage.

L'avis de Kathel

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Jean Rolin - Ormuz

22 Novembre 2013, 13:48pm

Publié par zazy

 

Ormuz

Jean Rolin

Editions P.O.L.

224 pages

Septembre 2013
ISBN : 9782818014110

 

Quatrième de couverture :

 

Unissant le golfe Persique à la mer d'Arabie, le détroit d'Ormuz voit transiter une part importante du pétrole et du gaz irrigant l'économie mondiale. De temps à autre, l'Iran menace de le bloquer, cependant que les États-Unis y font défiler leurs navires de guerre. En gros, c'est ce que l'on désigne comme une zone de tensions, et comme un enjeu stratégique. Or Wax, un personnage aux contours indécis, a formé malgré tout le projet de le traverser à la nage. Y parviendra-t-il, avec l'aide du narrateur et en dépit de difficultés innombrables, ou bien va-t-il plutôt se noyer dans le détroit, pour finir ?

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Après les brumes islandaises, me voici avec les nuages de sable du détroit d’Ormuz.

Petite question. Savez-vous où si situe ce détroit ? Vaguement ? Comme moi ! Pour la bonne compréhension de ce nouveau Rolin, j’ai sorti la carte de géographie.

Je suis allée en Palestine avec Chrétiens . Je l’ai laissé cheminant sur les canaux de France avec Chemins d'eau ; dans ma pile, il est à Los Angeles, mais bon, je sentais une urgence à lire Ormuz.

J’ai pris une leçon de géopolitique. Je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse y avoir autant de bateaux dans le Golfe Persique; un tiers du pétrole mondial passe par le détroit d’Ormuz. Le trafic est amplifié par la contrebande de produits divers et variés à destination de l’Iran. Quant aux riverains ce sont l’Irak, Iran, les Emirats et autres Sultanats.

Ici, le narrateur, sert de « nègre » à Wax, un aventurier, ornithologue (il sait distinguer des goélands de Hemprich des goélands à iris blanc), passionné de batailles navales « asymétriques », qui veut traverser le détroit. Il doit décrire précisément toutes les faces de sa prouesse, enfin, s’il y arrive, car dès les premières lignes du livre, Wax a disparu !

Le narrateur continuera son travail de précision en répertoriant tout ce qui se trouve le plus proche du détroit d’Ormuz, c’est noté dans le contrat que Wax lui a établi. Il doit donc noter « toutes les créatures et tous les objets, depuis les plus vastes, telles des installations portuaires ou une ligne de métro, jusqu'aux plus restreints, tels une cabine téléphonique ou ce crocodile australien, susceptibles d'être décrits, chacun dans sa catégorie, comme "le plus proche du détroit d'Ormuz". » Voici le cœur de ce roman et de l’écriture de Jean Rolin. Les descriptions précises sont toujours émaillées là d’une réplique cinglante, là d’un trait d’humour, là d’une précision historique... Les phrases, longues montrent son souci du détail. On sent un Jean Rolin à l’aise au bord du Golf Persique à nous parler de géopolitique, de commerce, de guerre, de contrebande, sans oublier les descriptions des animaux.

Ormuz n’est pas un livre qui se dévoile immédiatement avec ses parenthèses, ses tirets, de retours en arrière. Pourtant, c’est cela qui en fait le sel. Le regard humain, ironique, minutieux de Jean Rolin, son amour des paysages, sa minutie ; j’ai aimé me perdre dans les pages de ce livre. J’aime l’écriture de Jean Rolin.

Quelques extraits :

Autant dire qu’il contemple une étendue d’eau apparemment sans limite, dont la coloration varie depuis le blanc laiteux, à où la mer se brise, au pied de la falaise, jusqu’au vif argent là où elle disparait, à l’horizon, ou se fond, plutôt qu’elle ne disparaît, dans une brume scintillante due à l’évaporation, aux particules de sable dans l’air ou à Dieu saint quoi d’autre. Entre-temps, elle est passée par différents tons de bleu –dont le turquoise est le plus agréable à l’œil, et celui qu’elle revêt aussitôt dégagée du ressac et de son blanc laiteux-, au fur et à mesure qu’elle prenait de la profondeur, ce qu’elle fait rapidement, car le rivage, sur la côte sud de l’île d’Hengam, est accore.

Outre que la maquette de ce SM39 –en fait une réplique exacte du missile, mais évidemment dépourvue de sa charge explosive, un peu comme ces enveloppes vides de CD que l’on trouve dans les rayonnages d’un disquaire-, outre que cette maquette était par elle-même très attrayante, avec ses surfaces merveilleusement douces au toucher et revêtues de couleurs chatoyantes (détails par lesquels le SM39 s’apparentait à la Porsche Panamera Turbo exposée dans les galeries du centre commercial Villagio).

Et la Burj Khalifa, la tour la plus haute du monde –et l’une de celles dont le chantier fut le plus coûteux en vies humaines-, est-ce qu’elle ne sort pas de l’ordinaire ? La Burj Khalifa ? Si, bien sûr, elle n’est pas non plus sans attraits… Surtout la nuit, quand au tournant de chaque heure elle ruisselle de lumières scintillantes, tandis que sa pointe effilée se perd dans les nuages, s’ils sont bas.

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Bergsveinn Birgisson - La lettre à Helga

18 Novembre 2013, 15:53pm

Publié par zazy

 

La lettre à Helga

Bergsveinn Birgisson

Traduction Catherine Eyjóflsson

Editions Zulma

22/08/13

144 pages
ISBN 9782843046469

 

4ème de couverture :

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d'attention émerveillée à la nature sauvage.

Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.

L’auteur (tiré du site de l’éditeur) :

Bergsveinn Birgisson est né en 1971. Titulaire d’un doctorat en littérature médiévale scandinave, il porte la mémoire des histoires que lui racontait son grand-père, lui-même fermier et pêcheur dans le nord-ouest de l’Islande.

Immense succès dans les pays scandinaves ainsi qu’en Allemagne, la Lettre à Helga est enfin traduit en français.

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Cher Bjarni,

Quoi de plus indiscret que de lire une lettre qui ne vous est pas destinée, une lettre si intime, si pleine de votre amour pour Helga. Bergsveinn Birgisson a fait en sorte qu’elle soit publiée et j’ai pu me repaître de vos mots d’amour sans honte.

Ainsi vous voici de retour dans votre ferme avec vue sur l’ancienne ferme d’Helga et son mari. Je comprends que les souvenirs si doux, si forts, si torride ont refait surface et que vous n’ayez pu faire autrement que les écrire. Je m’en suis repue sans connaître la satiété.

Cher Bjarni, permettez cette familiarité, quel débordements d’amour ! Ce que vous avez dû l’aimer Votre Helga gironde et avenante ! Vous en avez pris du plaisir à, enfin, lui titiller les mamelons, après en avoir tant rêvé…Votre désir physique d’Helga est plus que palpable. Vous en parlez sans aucune fioriture, sans gêne mais sans vulgarité. Ah ! La palpation des brebis m’en a donné des palpitations !

J’ai eu grand plaisir à lire les descriptions de votre partie d’Islande, les courbes des mamelons d’Helga où vous aimiez vous allonger, les rudes batailles avec la mer et le froid. Vous étiez quelqu’un de connu et reconnu chez vous, je comprends les raisons de votre refus de devenir un anonyme à Reykjavik. Même l’amour ne remplit pas tous les vides. Tout comme Svava Jakobsdottir, vous n’appréciez pas trop la présence des américains sur vos terres, je l’ai bien senti.

Votre lettre a empli ma chambre d’embruns salés, d’odeurs de foin, d’ovins, de votre histoire, de vos tourments d’amour, de votre respect pour votre Chère Unnur, de vos croyances ancestrales, de votre amour pour Votre Islande rurale. J’aimerais tant trouver les mamelons d’Helga pour m’y allonger en plein été et regarder les nuages ou les mouettes voler. Qui sait, un nuage pourrait ressembler à une de vos brebis et je vous imaginerai la palpant de vos doigts attentifs.

Cher Bjarni, j’espère qu’Helga et vous êtes de nouveau réunis au paradis des amoureux, vous l’avez bien mérité. Surtout, profitez-en. En bas, sur terre, en cas de nuages orageux, je relirai votre lettre afin que le souffle de vos mots chasse les nuages et fasse revenir le soleil.

 

Quelques extraits :

Je compris que je ne réussirais jamais à me libérer de ton emprise - j'aurais soif de toi jusqu'à mon dernier souffle.

Voilà que j’ai perdu le fil, ma Belle. Mais il y a une bonne raison à cela. C’est que ça me fait mal de me remémorer ce passé.

 

Le vent du nord soufflait ; dans le grésil et les nuages sombres pendouillaient comme de langues des lambeaux de soleil.

J’enfonçais les doigts dans la toison aux longs poils, tâtai le gras de la poitrine et, sans trouver le moindre creux, le long des côtes. Je m’attaquai ensuite au dos et palpai l’échine pour voir si les vertèbres faisaient saillie. Puis, suivant des doigts le cartilage costal, je remontai l’épine dorsale pour redescendre en frôlant les protubérances transverses. Sans me quitter des yeux, tu frottais le bout de tes seins –ces beaux cônes de pin sylvestre- contre la barre de la mangeoire. Empoignant les cuisses fournies et musclées, je les palpai jusqu’au jarret afin de m’assurer que les bêtes étaient grasses et bien nourries, écartant ainsi le moindre doute qu’elles ne puissent passer l’hiver. A ce moment, penchée en avant de telle sorte qu’on voyait juste un de tes seins, tu as dit tout tranquillement que j’étais un expert palpeur. Tu m’as demandé si je savais m’y prendre avec autant de douceur avec les femmes.

J’eus le cœur serré cette nuit-là ; je reconnaissais assurément avoir trompé ma chère Unnur et c’était moche –mon corps le savait. Mais j’avais pu glisser un œil par l’embrasure du paradis.

On discuta de l’occupation militaire américaine –si ce n’était pas un sacré coup pour la nation – ça tu peux le dire ! Vous allez voir qu’on va tous redevenir les vassaux, non pas des seigneurs ou des évêques, mais des grandes puissances étrangères. Oui comme au Moyen-âge.

Les gens vont à l’étranger apprendre une connerie quelconque qui ne s’applique pas à notre île, et ils font tout ce qu’ils peuvent, au nom de la nouvelle mode, pour saboter et éradiquer les particularités qui ont pu se développer ici.

Si la vie est quelque part ce doit être dans les fentes

 

D'autres avis : Pierre - Cathulu - Philisine - Mimi -

Pour faire court : Libfly - Babelio - Entréelivre

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Guy Delisle - Chroniques birmanes

16 Novembre 2013, 21:55pm

Publié par zazy

Chroniques birmanes

Guy Delisle

Editions Delcourt

Collection Shampoing 

2007

ISBN : 9782756009339

 

Guy Delisle suit sa femme, administratrice de Médecins sans frontières en Birmanie. Pendant que Madame se débat pour des papiers, pour pouvoir faire son job, Guy Delisle s’occupe du bébé tout en exerçant son métier de dessinateur de BD.

Il nous dessine la vie quotidienne dans ce pays soumis à une dictature pure et dure. Ainsi, les birmans sont fous du bébé mais, lorsqu’il est seul, personne ne lui dit bonjour

Les anecdotes feraient sourires si le sujet n’était si grave ; Lorsque Môssieur le Président décide de créer une nouvelle capitale du jour au lendemain, les ravages du SIDA, les écoutes, la pauvreté, les contrôles, la peur….

Les anecdotes feraient sourires si le sujet n’était si grave ; Lorsque Môssieur le Président décide de créer une nouvelle capitale du jour au lendemain, les ravages du SIDA, les écoutes, la pauvreté, les contrôles, la peur….

Au détour d’une page, sujet sur les investissements de Total et ses accommodements avec le pouvoir en place. Puis Delisle revient au quotidien comme les fêtes dans les ambassades… Il promène beaucoup Bébé et va même essayer de passer devant la maison d’Aung San Suu Kyi, retenue prisonnière chez elle (c’était avant 2010). Nous passons aux tours et détours des dirigeants concernant MSF et les centres médicaux en zone non prioritaire.

 

Le must ironique, le détail qui tue : les poches des chemises des militaires ne sont pas au même endroit que vous soyez gradé ou pas, il y a de la barrette dans l’air.

L’air de rien avec son bébé, sa poussette, ses crayons, Guy Delisle établit un état des lieux qui, je l’espère, est moins pire maintenant. C’est ce décalage entre la vie familiale et tranquille d’expatrié de l'auteur, entre ses petits bobos et le mal qui ronge ce pays qui font le sel de ce livre. Un livre que j’ai beaucoup apprécié et où j’ai détaillé chaque page.

 

Pas facile pour une non-initiée en BD adulte de lire et regarder les planches. Je confirme ce que dit Guy Delisle aux membres féminins du Baby-Group : Faire de la BD, ce n’est pas juste une occupation, c’est vraiment un métier.

 

J’attends que Chroniques de Jérusalem soit disponibles à la bibliothèque pour continuer mon immersion.

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Rémy Simard et Pierre Pratt - Gustave

15 Novembre 2013, 18:54pm

Publié par zazy

 

Gustave

Texte : Rémy Simard

Illustration : Pierre Pratt

Editions La Pastèque

ISBN : 9782923841274

 

4ème de couverture :

Gustave ne jouera plus. Il a disparu.

J’ai pleuré toute la journée. Je ne peux par rentrer à la maison

Pas sans Gustave.

Comment le dire à maman ?

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Gustave a été mangé par le chat. Tout ça parce que le petit souriceau et lui se sont trop éloignés de leur maison, jusque vers le domaine du Chat et… ce qui devait arriver arriva.

Un livre sur l’acceptation de la disparition, sur la consolation. Un livre où il faut bien disséquer les images pour comprendre la fin de l’histoire. En effet, Gustave n’est pas un souriceau ordinaire, c’est un doudou. Heureusement maman est là pour consoler et réparer.

Les illustrations de Pierre Pratt sont sombres, tristes, dessinées à grands traits. Les contours noir accentuent la tragédie, puis les contours s’appaisent, les couleurs s’éclaircissent, et deviennent lumineuses à la fin, merci maman.

 

Le texte de Rémy Simard semble sibyllin mais tout est dit. Il y a une grande interaction entre les mots et les images, dont la perspective qui augmente la solitude du souriceau.

 

Ces deux auteurs canadiens très connus dans leur pays feront la conquête des petits français, surtout que le livre des éditions Pastèque est de belle qualité.

 

Je lirai ce livre à mes petits-enfants lors de leur venue à Noël. J’espère que l’histoire leur plaira. Il faudra que je mette l’accent sur les dessins des deux souriceaux, puis nous parlerons des doudous que, quelque fois, nous cherchons longtemps, cachés sous un tas de coussins, ou ailleurs, qu’ils sont.

 

J’ai lu ce livre dans le cadre organisé par et les éditeurs indépendants dont l'édition . Merci pour cette découverte.

 

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Marianne Rubinstein - Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel

14 Novembre 2013, 12:33pm

Publié par zazy

 

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel

Marianne Rubinstein

Editions Albin Michel

22/08/2012

ISBN : 9782226242983

 

4ème de couverture :

 

«C'est quoi, pour toi, la quarantaine ?» demande-t-elle obstinément à ses amies. Elle pour qui le «milieu du chemin de la vie» a commencé par une rupture et la garde alternée de son petit garçon. Après l'effondrement, vient pourtant le temps de la reconstruction, des amitiés fondatrices, des amours éphémères, et d'une certaine douceur de vivre.

Dans Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, Marianne Rubinstein évoque tout en subtilité cet ébranlement intime de la quarantaine. D'un ton juste et lumineux, l'auteur de Tout le monde n'a pas la chance d'être orphelin et du Journal de Yaël Koppman, analyse les découvertes, les effrois, les bonheurs et la liberté qui peut en résulter.

 

L’auteur (site Albin Michel) :

Maître de conférences en économie à Paris VII, Marianne Rubinstein poursuit parallèlement une carrière littéraire prometteuse, entamée avec la publication de son essai-enquête sur les enfants des orphelins juifs de la Shoah, Tout le monde n'a pas la chance d'être orphelin.Son œuvre romanesque met en scène un double littéraire Yaël Koppman que l'on retrouve dans Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.

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« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge ! » Cette phrase de Voltaire, Yaël en fait l’amère expérience lorsque son mari la quitte pour une de ses copines.

 

Dans son journal intime, la jeune femme ne nous épargne pas sa dépression post-largage (ça se comprend) obnibulée qu’elle est par le passage de la quarantaine. Nous passons des atermoiements des trentenaires à ceux des quarantenaires, pas de problème. Je suis peut être un peu vache. Ici, on retrouve les poncifs du genre ; les copines qui veulent recaser l’esseulée, la voisine paumée, la « mauvaise mère », le mari qui voudrait bien revenir… Quelques pages à disséquer Virginia Wolf, Sénèque, à parler d’économie (Yaël est prof d’économie).

Mais… Certains passages montrent qu’elle n’est pas dupe de ce qu’elle écrit. Quelques traits d’humour acide, dont celui des fourmis (à méditer), quelques phrases où elle se lâche en font une lecture agréable.

Ce livre se lit très vite. Cela sent le vécu, mais cela ne me laissera pas beaucoup de traces. Si les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, Marianne Rubinstein ne m’aura pas fait grimper aux branches de ses arbres.

D'autres avis : Mimi - Pierre - George - Kathel - Jostein - et sur Libfly

 

 

 

 

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Cécile Oumhani - Tunisie, carnets d'incertitude

11 Novembre 2013, 20:55pm

Publié par zazy

Tunisie, carnets d’incertitude

Cécile Oumhani

Editions Elyzad

Coll. Sous les remparts
03/10/2013
156 pages
ISBN : 9789973580573



4ème de couverture :

Janvier 2011. La Révolution tunisienne surgit, inattendue. Onde de choc intérieure. Dans des formes brèves, "car nous vivons dans un temps fragmenté, où tout peut basculer d'un instant à l'autre", Cécile Oumhani témoigne des événements ressentis avec une grande fébrilité durant ces mois de 2011. Depuis Paris, sa voix se mêle à la clameur des milliers d'exilés pour dire le bonheur mais aussi la solidarité avec les peuples libyen et syrien. Puis il y a le retour dans le nord de la Tunisie pour partager ce qui est en train de se passer sur place. Élections d'octobre 2011, espoir brouillé, euphorie brisée. Blanc.

L'auteure reprend ses carnets en février 2013, tentant de cerner les contours d'un avenir incertain. Jusqu'en août 2013, elle ne cessera d'écrire l'amertume, les craintes, les déceptions de ceux avec qui elle avait partagé les premiers moments d'enthousiasme. 

Cécile Oumhani (source Editions Elyzad)

Née à Namur (Belgique), Cécile Oumhani vit en région parisienne.

Poète et romancière, elle est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages. Aux éditions Elyzad ont été publiés les romans Le café d’Yllka (2009), prix littéraire européen de l'Adelf (Association des Écrivains de langue française) ; L'atelier des Strésor (2012), mention spéciale du prix franco-indien Gitanjali & prix de la Bastide. A été réédité en poche Une odeur de henné (2012), prix Grain de Sel. Son écriture aime à investir des lieux et des cultures autres.

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Le format du livre, voisin de celui  d’Actes Sud, n’est pas sans rappeler un carnet de voyage.

Le livre débute par l’immolation de ce jeune tunisien, marchand de légumes, déclencheur des évènements. Ce printemps tunisien était porteur de tant d’espoir, où ils ont appris que l’on pouvait dire non. « Maintenant on a le droit de dire non ! ».

Les phrases de Cécile Oumhani sont lancées sur la feuille par un besoin, une nécessité impérative de ne pas oublier, suivre les évènements de ce printemps tunisien 2011. Phrases courtes, voire très courte genre style télégraphique pour certaines. Fontaine des Innocents. Faire ce que l’on peut là où l’on est.

L’urgence est là, il faut écrire la peur, la crainte, l’espoir, l’amour, la beauté. La poésie est omniprésente.

Ses écrits sont comme un remède à l’éloignement de ce pays qui fait partie de ses racines, même si ce n’est pas son pays natal. « Pas celui où je suis née. Mais pourtant indissociable de ce que je suis. »

Cécile Oumhani reprend ses écrits en 2013 après le meurtre de Chokri Belaïd « Ainsi ils ont tué Chokri Belaïd. Agresseurs anonymes. Un tireur embusqué au moment où l’opposant laïque sortait de chez lui. » Le chapitre sur le salafiste remontant la file d’attente résume le nouvel état des lieux. La déception est là, la peur est revenue. Et si tout était à refaire ?

Un livre que je n’ai pas lu d’une seule traite car ces phrases méritent que l’on s’y arrête. Un livre d’urgence plein de mots qui ricochent plein de poésie. Un beau et bon livre.

Si tu savais Hebelin comme je le garderais volontiers. Je vais l’acheter pour pouvoir relire la beauté des mots de Cécile Oumhani.

 

Quelques phrases

La voix de l’homme sur Internet est toute proche. Son angoisse se déverse à gros bouillons dans la pièce. Elle éclabousse le tapis, me cerne, avant de me happer pour de bon.

Depuis plusieurs semaines, il me tarde de vous rejoindre. Devrais-je dire des années, ou presque une vie ? Et avons-nous jamais cru revenir après un tel changement ? Pris par surprise, épatés par ce qui s’est passé. Quatre mots pour dire l’inouï, l’impensable.

Tu brandis le manuel d’histoire destiné à tes élèves de dix ans. Indignée, tu le feuillettes et tu me montres tout ce qui st à réécrire, ces chapitres qui n’avaient d’autre but que l’éloge de l’ancien régime. « Maintenant on a le droit de dire non ! » Tes yeux brillent, enivrés d’immensités à parcourir. Tu me dis ton bonheur à étudier avec eux le poème d’Eluard « Liberté ». J’écris ton nom…

Pas celui où je suis née. Mais pourtant indissociable de ce que je suis. Même dans l’absence, dans cet écoulement lisse de nuits et de jours, ailleurs, alors qu’ici continue d’exister. Sans que j’y sois.

Briser la distance. Pulvériser l’écran de l’ordinateur. Rendre leurs corps à vos voix que nous entendons tous les soirs au téléphone depuis décembre. Tant d’émotion au fil des jours…

Egrener fil par fil les années manquées pendant que tambourine à nouveau la pluie loin au-dessus de notre lit.

La nuit m’est plus proche ce soir. Laveuse d’absence et garante de rêve. Je m’y enroule dans sa tiédeur de laine, les yeux fermés sur un pan de ciel qui s’attarde.

Rue par rue, maison par maison, dégage, dégage, Bachar !

Les slogans fusent avec la jubilation de l’espoir. Lancés haut dans le ciel de printemps, ils ricochent sur la façade du palais de Chaillot et leurs rimes viennent taquiner l’écho.

« Maintenant on peut parler comme on veut au café ou chez des amis, sans crainte d’être dénoncés. » Aujourd’hui vous vous inquiétez pur la révolution libyenne.

Tu racontes le pharmacien qui ne sait pas lui non plus. Le salafiste derrière toi, qui sait lui. Qui crie haut et fort… Vous devriez savoir, mécréants

 

Le peuple se tait

peuple silencieux

souffle suspendu

à peine contenu

digues prêtes à rompre

 


 

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Jacques Poulin - Chat sauvage

8 Novembre 2013, 16:12pm

Publié par zazy

Chat sauvage

Jacques Poulain

Editions Actes Sud

Mai 1998

190 pages

ISBN : 9782742717149

 

 

4ème de couverture :

Installé dans le Vieux-Québec, Jack mène une existence heureuse en compagnie de son amie Kim. Un jour, il reçoit la visite d’un vieil homme étrange, qui lui demande d’écrire une lettre à sa femme avant de disparaître mystérieusement. Sans pouvoir s’expliquer pourquoi, Jack ressent le besoin de retrouver sa trace. Une traque discrète commence dans les rues de la Vieille Capitale où il croise des personnages colorés, dont une jeune fugueuse répondant au nom de Macha.
Le plus récent roman de Jacques Poulin est tout en finesse. Fermeté du ton, sûreté de la phrase, précision des mots : toutes ces qualités déjà manifestes chez l’auteur du Vieux Chagrin trouvent ici leur plein épanouissement. Vive, entraînante, parfois drôle, l’action de Chat sauvage adresse un clin d’œil au roman de détective. Jacques Poulin a bien retenu la leçon de ses maîtres en littérature — Hemingway, Chandler, Carver. Il donne ici l’un de ses romans les plus achevés, hanté par la promesse d’un bonheur qui se dérobe et qui dès lors n’a pas de prix.

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Ouvrir un bouquin de Jacques Poulin, c’est monter dans son vieux Volk, se laisser porter, se laisser conduire dans son univers.

Comme dans « Volkswagen blues », le personnage principal est un homme qui écrit. Ici, il s’agit de Jack, écrivain public, pris en charge affectueusement par une jeune femme, Kim. Toujours ce besoin de sortir, de se promener, de faire des rencontres inattendues comme ce personnage qui squatte son combi. Les chats sont omniprésents ainsi que la femme quelque peu mystérieuse et les livres. Ici, il parle du vieux qui lisait des romans d’amour.

Ce qu’aime Jack dans son métier d’écrivain public, c’est écrire des lettres d’amour, trouver les mots justes. Il a une quantité de phrases tirées de livres classiques ou autres qu’ils recopient et remanient pour les inclure dans ces lettres. Un soir, un vieil homme avec un imperméable et un vieux chapeau attend dans la salle d’attente. Il voudrait écrire une lettre à sa femme.  Au cours de la conversation, il change d’avis et disparait, laissant Jack pantois.

Pourquoi cet homme va-t-il hanter l’esprit de l’écrivain ? Pourquoi lui plus qu’un autre car, des clients particuliers, il en a. Il va enquêter, suivre, chercher à comprendre cet homme si fuyant qui ne donne aucune explication. En toile de fond,  il y a le Vieux Québec que Jack arpente, à la quête du vieil homme et y rencontre Macha, jeune fugueuse, le chat sauvage de l’histoire.

La touche Jacques Poulin est de nous régaler avec des histoires peu originales, des personnages un peu hors cadres, racontée sobrement, sans s’encombrer de psychologie de comptoir. Jack raconte concrètement les choses comme elles se passent.

Le livre est un concentré de douceur, d’amour, de douceur des corps, de caresses.

Et si ce vieux monsieur qui vient sans rendez-vous et repart sans préavis, était le bonheur que Jack recherche et qu’il fuit tout autant ?

Un bon livre reposant tout en étant intelligent. Un livre à lire l’été dans la chaise longue et l’hiver au coin du feu, un livre à faire du bien.

 

 

 

 

 

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Keigo Higashino - La maison où je suis mort autrefois

7 Novembre 2013, 23:07pm

Publié par zazy

 

La maison où je suis mort autrefois

Keigo Higashino

Traduction Yutaka Makino

Editions Actes Sud

Avril 2010

ISBN 9782742789511

 

4ème de couverture :

 

Sayaka Kurahashi va mal. Mariée à un homme d’affaires absent, mère d’une fillette de trois ans qu’elle maltraite, elle a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Et puis il y a cette étonnante amnésie : elle n’a aucun souvenir avant l’âge de cinq ans. Plus étrange encore, les albums de famille ne renferment aucune photo d’elle au berceau, faisant ses premiers pas…
Quand, à la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une énigmatique clef à tête de lion et un plan sommaire conduisant à une bâtisse isolée dans les montagnes, elle se dit que la maison recèle peut-être le secret de son mal-être. Elle demande à son ancien petit ami de l’y accompagner.
Ils découvrent une construction apparemment abandonnée. L’entrée a été condamnée. Toutes les horloges sont arrêtées à la même heure. Dans une chambre d’enfant, ils trouvent le journal intime d’un petit garçon et comprennent peu à peu que cette inquiétante demeure a été le théâtre d’événements tragiques…
Keigo Higashino compose avec La Maison où je suis mort autrefois un roman étrange et obsédant. D’une écriture froide, sereine et lugubre comme la mort, il explore calmement les lancinantes lacunes de notre mémoire, la matière noire de nos vies, la part de mort déjà en nous.

 

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« De mon enfance, j'ai des souvenirs à partir du primaire. Surtout de la cérémonie de la rentrée. Maman me tirait par la main et nous avons franchi toutes les deux le portail de l'école. Le long du mur il y avait une belle rangée de cerisiers... Mais je ne me rappelle rien d'antérieur. »

Quelle est donc cette amnésie bizarre, datée ? quand cette absence de mémoire ne vous permet pas d’avoir des relations normales avec les autres, surtout avec votre propre enfant.

 

C’est un polar très étrange qui a obtenu le prix Polar international de Cognac en 2010. Ce huis clos très angoissant est écrit sans fioriture, presque d’une manière linéaire ; le petit ami raconte. Cette façon d’écrire créé une atmosphère qui ne m’a pas poussée à tourner les pages, à sauter des paragraphes pour savoir. D’une manière plus qu’habile, Keigo Higashino a retenu mon attention jusqu’au bout car il fallait suivre les deux « chercheurs » pas à pas pour passer de l’irrationnel au rationnel. Le thème de la mémoire et de la construction de l’humain est fort bien évoqué.

Pour le reste, à vous de découvrir ce polar qui se laisse dévorer avec plaisir.

 

 

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