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ZAZY - mon blogue de lecture

Colum McCann - Danseur

14 Septembre 2013, 14:23pm

Publié par zazy

Danseur

Colum Mac Cann

Traduction Jean-Luc Piningre

Collection 10/18

Janvier 2005

410 pages

ISBN : 9782264040671

 

4ème de couverture :

Avec Danseur, Colum Mc Cann réinvente la figure de Rudolf Noureïev, celui dont le nom fut synonyme de génie, de sexe et d’excès. Des horreurs de la bataille de Stalingrad à la permissivité sauvage du New York des années soixante-dix, entouré d’une impressionnante cohorte de personnages, réels ou imaginaires, se tient l’artiste : volontaire, lascif, ambitieux, mû par le besoin d‘une perfection à jamais hors d’atteinte.

 

=========

 

Rudolf Noureïev fut quelqu’un de très entouré, en bien ou en mal et c’st cet entourage qui raconte sa vie. Une vie faite pour et par la danse, je devrais écrire Danse tant Noureïev incarne ce mot.

Il incarne également la résistance à un mode de culture, à un monde politique que lui, petit paysan tatare fou de liberté, de Sa liberté, niant toute autorité autre que celle de la danse a payé au prix cher : l’exil volontaire.

 

"Post coitum omne animal triste est " (j’étale mon ignorance) lui convient comme un gant, plutôt comme un collant. Que de fornications, foutrages, alcool, drogues et autres douceurs dignes des années 70 dans ce livre et pourtant, Rudolf Noureïev, avec sa grosse tête, n’est pas heureux.

 

La fuite en avant de cet homme a quelque chose de troublant. L’âme russe dans toute sa splendeur, enfin selon les on-dit, capable de grosses colères comme de la plus grande générosité, incapable de se restreindre dans l’effort comme ailleurs.

 

Autant le livre est brillant, lyrique enthousiasmant autant le personnage côté coulisse et vie privée est pathétique. J’ai aimé l’écriture de Colum Mac Cann. Ne me demandez pas de démêler le vrai du roman, la réalité de la fiction, j’en suis totalement incapable, c’est avant tout le privilège d’un bon roman, d’autant que j’ignore tout de la biographie du danseur.

 

Le livre est brillant. Rudy dans ses orgies seventies ne m’a pas trop enthousiasmée et je l’ai laissé un peu de côté pour me consacrer à Rudolph que j’ai suivi avec un grand intérêt. Noureïev a le goût et le besoin d’un travail forcené, la passion qui l’habite transcende ses douleurs, depuis qu’enfant, il dansait pour les blessés de l’hôpital et qu’il rêvait en écoutant Tchaïkovski à la radio. Rudik n’est que blessures jamais refermées, cette famille trop tôt quittée, cet exil volontaire mais très surveillé. Il n’a jamais supporté de ne plus voir sa mère et ce ne sont pas les coups de fil épiés qui changèrent les choses. Il a essayé d’oublier le petit garçon en ne restant jamais plus d’une semaine au même endroit, en multipliant les représentations avec sa grande amie Margot Fonteyn, en brûlant la chandelle par les deux bouts.

 

Un vrai coup de cœur pour le chaussonnier anglais qui vit pour son art, qui est capable de créer des chaussons selon le pied du danseur. « Mais ce qu’il fait est magnifique ! Il a consacré des heures de travail à ces chaussons, à vérifier le moindre détail. J’ai senti comme une énergie nouvelle rien qu’en les essayant. »

 

Quelques extraits :

Onze heures de répétition, une d’exercices lents à la barre. Impossible de trouver le bon phrasé. A envier la patience des tailleurs de pierres. Cisèle, burine, jusqu’à ce que tout fonctionne. Après sieste dans la loge, une heure encore de travail avec Rosella. Sur scène, personne n’a rien remarqué –personne !-, pas même Françoise.

 

Un bain. Miel dans le thé. Répétition. La perfection réside moins dans le spectacle que dans le voyage vers la scène. C’est là qu’est l’ivresse. Il faut brûler !

 

Ensuite ? Elle a fait remarquer sagement qu’un danseur âgé, ça se dégustait comme une pince de homard. Elle a cassé celle qu’elle avait dans son assiette et elle l’a sucée bruyamment jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien dedans.

 

Vrai : les mauvaises critiques te rendent fou furieux, mais rappelle-toi, pour ta défense, que ceux qui se contentent d’écouter sagement les autres ne changent jamais.

 

Vrai : Je fais de l'esbroufe pour masquer mon angoisse, y compris sur scène.

 

Sacha ! Tamara ! Maman, Papa ! Oufa ! Leningrad ! Vous m’entendez ? Je vous appelle depuis l’avenue des Amériques !

 

Seule tristesse : mon père ne m’a pas vu danser une seule fois.

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 16/09/2013 15:24

Les extraits que tu cites sont forts. Tu me donnes envie, malgré le côté ingrat du personnage.

zazy 16/09/2013 18:59

Il est vrai que le personnage peut paraître pédant.... mais il y a une grosse fêlure qui le rend humain

dominique 15/09/2013 12:51

ensuite? la pince de homard.. délectable.

zazy 15/09/2013 12:55

J'ai beaucoup aimé le cynisme de cette personne
Bon après-midi Dominique (je pense que c'est l'après-midi chez toi !)