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ZAZY - mon blogue de lecture

Sofi OKSANEN - Les vaches de Staline

15 Juillet 2012, 12:36pm

Publié par zazy

Les vaches de Staline

 

Les vaches de Staline

Sofi Oksanen

Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli

Editions Stock

513 pages

ISBN : 9782234069473

 

 

Philisine m'a proposé cette lecture commune avec Philisine, Sharon, Littérature et chocolat, Miss Leo, Adalana, Malika, Shelbylee, et, comme j'étais en train de le lire, j'ai très volontiers accepté !

 

Petite précision : je n’ai pas lu Purge, c’est donc mon premier roman de Sofi Oksanen.

Sofi Oksanen ne prend pas de gant pour nous parler tant de son passé que de la « boulimarexie » d’Anna et ce dernier aspect m’a mise très mal à l’aise devant l’étalement et le luxe des détails.

 

Katariina, sa mère, en épousant son finlandais, il sera souvent appelé ainsi, quitte l’Estonie annexée par l’URSS. En partant, elle doit abandonner la dépouille de sa vie antérieure à sa mère avec tous les souvenirs. « Contrainte d’abandonner son livret scolaire et le moindre document faisant référence à sa scolarité ; ainsi que ses certificats de travail ». Par contre, elle amène avec elle ses peurs, devenues phobies, son refus de parler de son passé, tous les non-dits, les horreurs, les déportations. Commencent alors les problèmes identitaires . Elle refuse tout contact avec d’autres expatriées, de parler l’estonien... Il en va de même pour sa fille Anna à qui elle inculque ce déni.

«  Je devais devenir finlandaise. Je devais parler, marcher comme une Finlandaise, avoir l’air d’une Finlandaise, même si je ne me sentais jamais au bon endroit, en quelque sorte jamais à ma place, comme dans un manteau avec des manches de longueurs différentes et trop petit pour moi, dans des chaussures qui m’écorcheraient à chaque pas. »

 

Anna exprime cette douleur par son corps et devient comme les vaches de Staline en alternant boulimie et anorexie. Elle fait payer à son corps ce qu’elle ne peut plus dire, plus sortir autrement qu’en se faisant vomir. « Je me suis mise à mesurer le temps en kilocalories »

 

Nous passons d’une époque à une autre, de la mère à la fille, voire aux grands-parents, de l’Estonie à la Finlande. Ces sauts dans le temps, dans la géographie, l’écriture heurtée et violente de Sofi Oksanen, l’apparent fouillis des chapitres participent au malaise mais aident à la compréhension de la confusion mentale d’Anna et de sa mère. Le refus de l’amour, l’abandon et l’incommunicabilité sont les pierres angulaires. Le père est au diapason lui qui fait le trajet inverse. Finlandais, il travaille en URSS où il mène une double vie.

 

C’est un sacré réquisitoire contre le totalitarisme. Ici l’on voit l’ogre  russo-communiste tout dévorer et digérer.  Il faut tout contrôler, tout épier, se méfier de tout….. Katariina agit ainsi avec sa fille, tout comme ses voisins et parentèle l’on fait avec eux. Anna est le résultat final de ce gâchis, des souffrances endurées par les générations d’avant sous le joug communiste. Anna et sa mère ne se donnent pas le droit d’être heureuses simplement.

Je ne sais rien faire d’autre, pour ma peur, qu’essayer de la vomir. Mais elle ne part pas. La honte, j’ai réussi à la vomir ; mais qu’est-ce qui c’est passé ? Elle a été remplacée par une nouvelle chose à vomir. J’ai tellement peur que ça me fait bouffer tout le temps. Bouffer tout le temps me fait dormir. J’ai tout le temps envie de dormir. Parler me dessèche la bouche encore plus que la boulimie. »

 

C’est un livre âpre qui ne coule pas de source, il faut s’accrocher comme Anna et Katariina  et on ne sort pas indemne de cette lecture. Bien qu’ayant eu la tentation de l’abandonner, d’avoir lu les chapitres concernant la « boulimarexie » en diagonale, je ne regrette aucunement cette lecture qui m’a ouvert un pan de l’histoire balte.

 

 

 

4ème de couverture :

Les "vaches de Staline", c'est ainsi que les Estoniens déportés en Sibérie désignèrent les maigres chèvres qu'ils trouvèrent là-bas, dans une sorte de pied de nez adressé à la propagande soviétique qui affirmait que ce régime produisait des vaches exceptionnelles. C'est aussi le titre du premier roman de Sofi Oksanen, dont l'héroïne, Anna, est une jeune finlandaise née dans les années 1970, qui souffre de troubles alimentaires profonds. La mère de celle-ci est estonienne, et afin d'être acceptée de l'autre côté du "Mur", elle a tenté d'effacer toute trace de ses origines et de taire les traumatismes de l'ère soviétique.
Sofi Oksanen décrit avec une grande puissance d'évocation les obsessions de ces deux femmes : Anna ne pense qu'à contrôler l'image de son corps, tandis que sa mère raconte sa rencontre avec le "Finlandais", à Tallin, dans les années 1970, avec une sorte de distance glaçante, comme si sous ce régime de surveillance, la peur s'infiltrait jusque dans les rapports de séduction. Ne serait-ce pas ce passé qui hante encore le corps de sa fille ?

 

 

Biographie de Sofi Oksanen :

Elle née en Finlande en 1977, d’une mère estonienne et d’un père finlandais. Elle est devenue en trois romans et quelques pièces de théâtre un personnage incontournable de la scène littéraire finlandaise. Purge a marqué la consécration de l’auteur, qui a reçu en 2008 l’ensemble des prix littéraires du pays, mais le roman a également enrichi le débat historiographique sur cette période de l’occupation soviétique.
Le prix du Roman Fnac 2010 lui a été décerné pour PURGE.

 

 

Commenter cet article

Philisine Cave 24/07/2012 10:40


Oui, tu as clairement exprimé le livre. Le déni de nourriture de la fille n'est qu'une conséquence du déni identaire de la mère et des difficultés à manger certaines pommes de terre. Bises

zazy 24/07/2012 13:52



Alors, les vacances sont terminées ???? Beau temps j'espère


Je ne regrette pas cette lecture âpre, dure à certains moments



Miss Léo 17/07/2012 13:49


Tout à fait d'accord avec ta remarque : "c'est un livre âpre qui ne coule pas de source". Je suis contente de l'avoir lu. Purge est un livre plus "facile" et plus accessible, malgré la dureté des
thèmes abordés.

zazy 17/07/2012 21:14



Je pense que l'auteure devait sortir tout ceci pour écrire un livre plus abouti



Malika 16/07/2012 18:23


De ne pas avoir lu Purge avant est un atout indéniable pour apprécier ce roman ci !!!

zazy 16/07/2012 20:00



Je le pense au vu des différentes chroniques



Céline72 16/07/2012 09:12


@Zazy : Je vais vois ça alors

zazy 16/07/2012 10:34



Il faut essayer !!!



lespassionsdemalo 15/07/2012 21:21


Il me tente, mais j'ai peur d'être déçue par rapport à "Purge"!!

zazy 15/07/2012 21:48



C'est ce que beaucoup disent et ne peux te le confirmer car je n'ai pas lu "Purge"