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ZAZY - mon blogue de lecture

Gaël Octavia - La fin de Mame Baby

16 Août 2017, 21:02pm

Publié par zazy

La fin de Mame Baby

Gaël Octavia

Editions Gallimard

Collection Continents noirs

Août 2017

76 pages

ISBN : 9782072737015

 

4ème de couverture :

Le Quartier est une petite ville de banlieue où se croisent les destins de quatre femmes. Mariette, recluse dans son appartement, qui ressasse sa vie gâchée en buvant du vin rouge. Aline, l'infirmière à domicile, qui la soigne et l'écoute. Suzanne, la petite Blanche, amante éplorée d'un caïd assassiné. Mame Baby, idole des femmes du Quartier, dont la mort est auréolée de mystère. À travers la voix d'Aline, de retour dans le Quartier qu'elle a fui sept ans auparavant, les liens secrets qui unissent les quatre héroïnes se dessinent...

La fin de Mame Baby raconte avant tout, avec finesse, grâce et passion, l'art qu'ont les femmes de prendre soin les unes des autres, de se haïr et de s'aimer.

 

L’auteur (source Babelio) :

Gaël Octavia, née le 29 décembre 1977 à Fort-de-France, est une écrivaine et dramaturge française. Elle est aussi réalisatrice et artiste peintre.

 

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Elles habitent « Le Quartier » qui est en fait « une toute petite ville ».

« Ainsi le Quartier est-il laid. Les murs de ses immeubles ne sont ni vraiment marron ni vraiment gris. La grande esplanade à l’est, n’est même pas un peu verte. L’église ultramoderne a une forme biscornue qui n’appelle pas du tout le recueillement ».

Mal conçu, le Quartier a vu déserter les petits commerçants, chassés par le centre commercial « dont les chantiers sans fin attestent qu’il grossit de jour en jour ». La violence règne

« Quand on interroge les habitants du Quartier sur la violence, ils l’évoquent comme un fait du Quartier et non d’eux-mêmes, les habitants ».

Gaël Octavia déroule la vie de quatre femmes, trois noires et une blanche qui vivent et fréquentent le quartier.

Mame Baby, la surdouée, qui sut lire, écrire, compter avant d’aller à l’école, trop tôt disparue que je pensais être un mythe, tant elle est décrite comme « La perle du quartier ».

« Elle sut à cet instant qu’elle n’était plus une enfant parce qu’elle se sentit responsable de ces enfants, ces lycéens plus vieux qu’elle, de leurs frères, de leurs sœurs, de leurs parents, de tout le Quartier. Elle comprit que c’était cela, être Mame Baby pleine et entière, qu’il en serait ainsi désormais, et que cela était lourd et terrible. » Oui Mame Baby devient le trait d’union entre toutes les familles

Mariette et elle était amies depuis l’école primaire, mais personne d’autre n’en parle ou ne s’en souvient.

Mariette la divorcée qui ne s’est jamais remise du départ du second mari, à moins que ce ne soit du départ du premier mari, le garçon étranger, tant aimé, « avec le garçon étranger, on a commis le pire des crimes. Le pire des crimes, c’était l’exogamie, hier comme aujourd’hui, les Roméo et Juliette du Quartier et des villes alentour peuvent en témoigner. »,  qui vit seule dans son appartement, je devrais dire dans son rocking-chair et pleure la mort de son fils

Mariette, si fatiguée par la vie, « C’est tellement fatiguant de porter un cadavre. » Elle a vraiment porté le cadavre de son fils sur plus de cent mètres

« Le désordre vous semblera effrayant. Il y aura des verres bides partout. Vous les ramasserez jusque dans les recoins les plus improbables. Les mégots sur le sol auront l’air de pousser comme des plantes grasses. Il y aura aussi des amas de vêtements à terre » C’est l’état de l’appartement de Mariette, mais c’est aussi l’état de son âme. Mariette n’est qu’amertume qu’elle noie dans le vin.

Suzanne, l’infirmière blanche qui pleure son amant mort. Toutes deux évoquent le disparu sans que Mariette n’ait l’air de comprendre qu’il s’agit de la même personne, son fils

Aline remplace Suzanne auprès de Mariette qui la trouve « Noire comme hier soir » ou, voulant se rattraper, « Noire comme Mame Baby ». Elle est aussi issue du Quartier « Moi qui avais appréhendé  ces retrouvailles avec la ville qui m’avait vue grandir, j’ai goûté l’expérience d’y être une étrangère. Il m’a semblé que c’était la meilleure manière d’être de retour. »

L’Assemblée des femmes tient un rôle important dans le Quartier. Mémoire de Mame Baby dont les récits se passent de mère en fille ou fils, pour l’exemple. Mariette n’y a jamais eu sa place « Bien que ce fut contraire au style de l’Assemblée, des mots ont fusé contre la mère du monstre… Une de ces femmes qui ne se remettent jamais d’un divorce. »

Aline est la conteuse qui fait le lien entre tous.  je m’aperçois très vite que tout tourne autour de LUI, Pierre, l’absent, le mort, l’amant, le fils, le fœtus, et… Aline raconte leurs vies, leurs histoires chaotiques, petit-à-petit se raconte, se dévoile.

Pierre, beau garçon qui attire les filles et les maltraitent. Il a la violence dans la peau depuis tout petit « Mariette avait chéri, caressé, nourri l’éclatement de beauté qui, quotidiennement, avait fait rage sous ses yeux. Et puis à force de semer la violence aux quatre vents, à force de la distribuer sans compter, Pierre avait fini par être anéanti par la violence, dans la superbe de la jeunesse, un mois avant son vingt et unième anniversaire. »

 

Le destin de ces quatre femmes s’entrechoque dans un premier roman abouti et visuel.

 

Livre lu dans le cadre de Masse Critique. Merci à l'équipe de Babelio de me l'avoir proposé

 

 

 

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Pause

9 Août 2017, 21:47pm

Publié par zazy

Avec cinq petits-enfants à la maison, il me sera difficile de me promener sur vos blogues et d'alimenter le mien.

Je fais donc une pause

A très bientôt

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Hannelore Cayre - La Daronne

8 Août 2017, 21:03pm

Publié par zazy

La daronne

Hannelore Cayre

Editions Métailié

Mars 2017

176 pages

ISBN : 9791022606073

 

 

4ème de couverture :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e dpj.

 

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

 

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

 

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

 

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

 

Et on devient la Daronne

 

L’auteur (site de l’éditeur)

Hannelore Cayre est avocate pénaliste, elle est née en 1963 et vit à Paris. Elle est l’auteur, entre autres, de Commis d’office, Toiles de maître et Comme au cinéma. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, et l’adaptation de Commis d’office est son premier long métrage.

 

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Recette pour être La Daronne

1 -  Avoir des parents pas trop regardants sur l’honnêteté, aimant le businesse international

« Mes fraudeurs de parents  aimaient viscéralement l'argent. » « Il (son père) avait fait fortune en envoyant ses camions vers les pays dits de merde dont le nom se termine par -an comme le Pakistan, l'Ouzbékistan, l'Azerbaïdjan, l'Iran, etc.". Pour postuler à la Mondiale, il fallait sortir de prison. »

2 – Se retrouver veuve avec deux jeunes enfants à nourrir

« Ah, oui, le travail… Personnellement, j’ignorais de quoi il s’agissait avant d’avoir été boutée hors du générique d’Amicalement vôtre par quelque entité malfaisante…

3 – Parler l’arabe

Et puisque je n’avais rien d’autre à offrir au monde qu’une expertise en fraude de tout genre et un doctorat en langue arabe, je suis devenue traductrice-interprète judiciaire. ».

4 –Devenir traductrice interprète judiciaire d'écoutes téléphoniques en arabe, Prêter serment d’apporter son concours à la justice, Bien faire son travail d’interprète et… Interpréter les paroles mais dans le sens des prévenus ou des victimes, selon que vous trouvez le type touchant ou pas

« Quand je trouvais mon type touchant, il m’arrivait dans le flot de paroles d’un juge de lui dire des choses en arabe comme : Dis à ces connards ce qu’ils ont envie d’entendre et qu’on en finisse : que t’as volé pour pouvoir prendre ton billet de retour tellement t’as hâte de partir. »

5 – Erre payée au noir par le ministère de la justice

6 – Se spécialiser dans les écoutes téléphoniques chez soi (très important)

Elle écoute et indique aux flics les prochaines livraisons, les paiements…Ils n’ont plus qu’à !

7 -  Tenter sa chance sur un coup imparable

8 – Ecouler cinq cents kilos de marchandise, mais, attention, pas d’ostentation ! Se déguiser, prendre l’accent ad hoc, partir avec ses sacs Tati, ne pas avoir peur et revendre « les petits poissons », surtout, ne pas ergoter devant les dealers, petits mecs qui parce que vous êtes une gonzesse, une femme auraient envie de vous rabattre votre caquet.

« Les trois me regardaient hallucinés, s’attendant à tout sauf à faire du deal avec leur mère. »

 

La Daronne, c’est Constance Portefeux, une intelligence à toute épreuve. Elle a découvert son surnom lors d’une écoute

« Vas-y, moi je bosse toute l’année avec la daronne chelou, là. Je réfléchis même pas si c’est une keuf ou quoi. Elle est tellement patate que je vais te la faire à 8. »

La Daronne est traductrice et, ici, elle traduit au pied de la lettre le besoin des dealers en les fournissant.

Maître  Cayre, l’auteure, est avocate dans le civil, mais pas dans la finance, non  avocate pénaliste, les doigts dans le cambouis, les pieds dans la fange de la société… Bref, de quoi perdre ses illusions.

Un polar politiquement incorrect, plein d’humour grinçant, d’ironie cinglante, une écriture jubilatoire, vivante, quelque peu provocante. Je pense que Hannelore Cayre a pris grand plaisir à l’écriture de ce livre, allant jusqu’à figurer, déguisée en Daronne, sur la couverture.

J’avais une grande envie de savoir ce que cette Daronne avait dans le ventre… Je ne suis pas déçue, le résultat dépasse mes espérances.

Je comprends pourquoi ce livre a obtenu le prix Le point du polar européen.

J’attends avec impatience le prochain car, Madame Cayre, pardon Maître Cayre, vous n’allez certainement pas vous arrêtez en si bon chemin. Vous avez sous les yeux matière à nous étonner encore.

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