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ZAZY - mon blogue de lecture

Rita Falk - Choucroute maudite

28 Juillet 2017, 22:16pm

Publié par zazy

Choucroute maudite

Rita Falk

Traduit de l'allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux

Editions Mirobole

mars 2017

256 pages

ISBN 978-2-37561-057-2

 

 

4ème de couverture :

«Bienvenue à Niederkaltenkirchen : ses habitants, son folklore, ses meurtres.»

 

Bienvenue dans le village de Niederkaltenkirchen, Bavière, pour une comédie policière haute en couleur. Le commissaire Franz Eberhofer, viré de Munich pour raisons disciplinaires, se la coulait douce dans sa bourgade natale : les patrouilles finissaient invariablement devant une bière chez Wolfi, en promenade avec Louis II – son chien –, dans la boucherie de son copain Simmerl ou à table avec sa mémé sourde comme un pot. Ça, c’était jusqu’à ce que les membres de la famille Neuhofer claquent l’un après l’autre, avec la mère retrouvée pendue dans les bois, le père électricien électrocuté, et le fils aîné aplati façon crêpe sous le poids d’un conteneur. Ne reste plus que Hans, le fils cadet.

 

L’enquête s’annonce déprimante. Mieux vaut prendre des forces et avaler consciencieusement les robustes charcuteries locales.

 

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Je fais un grand écart, sans préparation, j’aime le risque, admirez la sportive !! Après le langage poétique, châtié de Pierre Cendors, me voici au pays de la choucroute, à Niederkaltenkirchen, (je ne le répèterai pas deux fois) en Bavière. J’attaque les nourritures terrestres qui tiennent au corps et à la graisse.

Le Commissaire Franz Eberhofer a été muté dans ce village au nom  imprononçable qui l’a vu naître, suite à une grosse bévue commise à Munich que sa hiérarchie n’a pas du tout apprécié.

L’ennui, la digestion,  les promenades avec Louis II portent à la réflexion. Lorsque le dernier des Neuhofer,  Hans de son prénom est victime d’un accident de scooter, Eberhofer se demande si tous les membres de la famille sont bien morts, de façon rapprochée, d’une mort déclarée, à chaque fois, naturelle. Petit retour en arrière ; le père électrocuté, la mère pendue, le fils aîné écrabouillé par un container. Bien entendu, sa hiérarchie ne le suit pas et l’envoie chez le psy.

Franz a tout du looser, mais, il ne faut pas se fier aux apparences.

Entre deux repas, deux bières, deux parties de jambes en l’air, les promenades digestives, une envie d’y croire et son entourage qui ne veut pas se casser la tête, notre commissaire va dénouer cette affaire. Accidents ou crimes ?

Il y a Franz, mais aussi les autres personnages tout aussi truculents. Le papa qui n’écoute que les Beatles en fumant son pétard, la mémé et ses courses au Lidl, La Mercedes Benz, non pas la voiture mais une belle femme... Même devant une choucroute avec sa pinte de bière, je resterai muette, d’ailleurs on ne pale pas la bouche pleine !

Si vous voulez tout savoir, lisez ce polar truculent et digeste, grivois, pittoresque, rural, décalé. Rassurez-vous cher lecteur, lire ce livre vous fera sourire mais pas grossir. Les nourritures terrestres et roboratives qu’engloutit notre commissaire ne m’ont pas amenées à l’indigestion. Alors, jouissez des réparties picaresques, folkloriques des personnages de ce polar hors des sentiers battus, en compagnie de Louis II.

Un très bon moment de lecture, un policier original, un brin déjanté qui tient au corps, une intrigue fort bien menée. Que demander de plus, sinon une suite !

Merci Yves pour le partage.

 

 

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Claire Gondor - Le coeur à l'aiguille

24 Juillet 2017, 20:35pm

Publié par zazy

Le cœur à l’aiguille

Claire Gondor

Editions Buchet-Chastel

Collection Qui Vive

Mai 2017

ISBN 978228030547

 

4ème de couverture :

 

« Alors elle l’a préparée, jour et nuit, sa robe de mariage, avec ses mots à lui, et si elle le pouvait, elle les coudrait à même sa peau, elle se les tatouerait à l’aiguille et au fil, sur les seins et sur les hanches, pour en sentir la morsure, pour ne jamais être distraite de lui. »

 

 Banlieue parisienne, années 2000. Soir après soir, Leïla se penche sur son chef-d’œuvre d’encre et de papier : une robe constituée des cinquante-six lettres que lui a adressées Dan, son promis parti au loin. 

 

 Au fil des chapitres se dessine la trame de leur histoire commune : leurs rencontres, leur complicité, leur quotidien, les petits riens qui donnent à tout amour son relief si particulier. Chaque missive fait ressurgir un souvenir, un paysage, une sensation, qui éclairent peu à peu la géographie de leur intimité passée.

 

Un premier roman délicat où l’on suit l’aiguille qui raccommodera le cœur meurtri d’une jeune fiancée.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

 

Claire Gondor est née à Amiens et a grandi à côté de Dijon. Elle est aujourd’hui directrice de médiathèques à Langres. Elle a fondé en 2014 une compagnie de création d’événements littéraires, L’Autre Moitié du Ciel. Elle est par ailleurs engagée dans de multiples associations, à titre personnel ou professionnel : ainsi a-t-elle fait partie de la Commission Communication de l’Association des Bibliothécaires Français, et elle est toujours au bureau de l’ABF Bourgogne.

 

Le Cœur à l’aiguille est son premier roman

 

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Le livre de Claire Gondor fait écho à celui de Pierre Cendors « Minuit en mon silence » et la longue lettre du lieutenant allemand ferait un beau voile à la robe que coud Leïla.

Leïla, jeune afghane et Stan, jeune homme au regard vert ont eu le coup de foudre l’un pour l’autre. L’une enthousiaste et l’autre taiseux se complètent et s’aiment.  Je comprends que Stan est militaire, parti pour une guerre dont il ne reviendra pas. Leïla, sa jeune fiancée a décidé de coudre, sur sa robe de mariée, ils devaient s’unir pendant une permission, les courtes missives qui lui envoyaient son amoureux.

« Cinquante-six bouts de papier ; cinquante-six fragments blancs, sept mois de vie à distance, de serments de miel échangés, entre Khartoum et Paris. »

Pour ce faire, il faut qu’elle soit seule. Personne ne doit voir, personne ne doit savoir, personne n’a le pouvoir de l’aider. Seule sa tante saura trouver les mots et le livre de poèmes.

« Quels mots pour parler de l’absence, de cet espace inhabité où elle se tenait à présent ? Et ce projet fou, sa tentative à elle pour combler le vide, pouvait-il être compris ? C’était rigoureusement impossible. Leïla tissait son cocon à l’abri des regards. Toute intrusion menaçait son équilibre »

Leila coud

« fil noir au chat de l’aiguille dans la main tatouée de Leïla… Les mêmes gestes tous les soirs, les mêmes mains et leurs aiguilles, et cette robe qui s’évase sur le mannequin du salon, et cette boîte qui se vide, soir après soir, dans le silence.

A l’inverse de Pénélope, elle sait que son amour ne reviendra jamais de là-bas, de la guerre.

C’est sa façon de s’unir à Stan, sa façon d’accepter l’inéluctable, sa période de deuil à elle, toute seule dans son appartement, sa façon de faire face

« La vie n’attendait pas que Leïla se relève. Il fallait construire à présent, et rassembler les morceaux de son existence en miettes. Les reprendre à l’aiguille, les ramasser au fil, en suivant les courbes d’un patron de robe. Suturer la douleur pour la faire taire enfin. »

Claire Gondor a bâti, avec ses mots, une robe d’amour, un livre sur le deuil très beau, bouleversant, fragile comme les lettres cousues par les mains de Leïla.

Je termine ma première saison 68 premières fois sur un superbe roman.

 

 

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Pierre Cendors - Minuit en mon silence

19 Juillet 2017, 13:31pm

Publié par zazy

Minuit en mon silence

Pierre Cendors

Editions Le Tripode

120 pages

mai 2017

ISBN : 9782370551252

 

 

4ème de couverture :

« J’aimais la pluie, tous les visages de la pluie, avec une sorte d’adoration primitive. La pluie lourde des orages d’étés, gouttes de terre enciellées qui délivrent des senteurs torréfiées ; la pluie nocturne et lente des soirées d’automne, celle de janvier, éteinte et engourdie, qu’un vent mauvais houspille, et ma préférée, celle que l’on hume, la nuit, la fenêtre grande ouverte : la pluie, dense et serrée comme la chaume, la pluie invisible des grands espaces et qui est la voix recluse de notre silence. »

Lundi 28 septembre 1914: un lieutenant allemand, peintre dans la vie civile, est renvoyé au front. C’est en pressentant sa mort imminente qu’il écrit au cours d'une nuit une longue lettre d'amour. Il s'adresse à une femme française dont il préparait un portrait avant le début de la guerre et qu'il est persuadé de ne plus jamais revoir.
 
Dans un texte qui relève autant du roman, de la poésie et du manifeste, Pierre Cendors présente l’expérience amoureuse comme une aventure fondamentale qui habite notre silence le plus intime. Il y a dans Minuit en mon silence une quête qui fait songer aux Lettres à un jeune poète de Rilke ou aux Disciples à Saïs de Novalis. Après Archives du vent, il s’agit de la deuxième œuvre de Pierre Cendors publiée par Le Tripode.

 

« Chère Else,
Je dois bientôt m’en aller, partir. Vous quitter. C’est la dernière nuit que je passe en tête à tête avec votre absence. C’est là, je le sais, toute la compagnie que je recevrai jamais de vous. Demain, je serai de retour au front. Je n’ai jamais pu mentir devant vous. Je m’avance sur un chemin où, dans quelques heures, à l’instant peut-être où vous lirez ces mots, je me serai déjà franchi. »

Ce premier paragraphe à peine terminé, je suis conquise.

Un lieutenant allemand, peintre, ayant vécu à Paris jusqu’à la mobilisation écrit une lettre à Else, une femme plus fantasmée que réelle rencontrée une seule fois.

« Vos pensées comme vos nuits me sont inconnues. Je ne vous connais que de loi et, pourtant, depuis notre rencontre à Paris, vous m’êtes devenues plus intiment liée que mon propre souffle. Vous êtes apparue sur mon chemin en l’ouvrant à sa plus secrète sente. »

Cette lettre, la recevra t'elle, la lira t'elle alors que le lieutenant Heller se prépare à partir à l’assaut au lever du jour. Il sait qu’il n’en sortira pas vivant. Cette assurance le pousse à parler d’amour d’intériorité, de dévoiler ses pensées à Else qu’il sublime en Orphia.

En chaque homme, madame, est une intensité errante qui recompose, femme après femme, le visage d’une seule. Inaccessible. Cruellement proche. Chacune d’entre elle la lui rappelle. Toute lui sont un exil.

Ce livre écrit « A la mémoire d’Alain-Fournier » qui fut l’idole de mon adolescence, est poésie et beauté.  Tout comme l’auteur du Grand Meaulnes, il sublime une femme juste rencontrée et en fait LA femme, L’AMOUR. Lorsqu’il parle d’Orphée, l’ordonnance  du lieutenant, qu’il prénomme Orphée, Pierre Cendors rend hommage à tous les poètes et artistes morts aux combats, qui ont donné des textes magnifiques.

Si les mots savent habiller nos sentiments et nos pensées, ils échouent à nous mettre à nu. La nudité de l’être use leur étoffe jusqu’à atteindre une transparence peu dicible.
La poésie, madame, c’est désimaginer le monde tel qu’on nous le vend. C’est découvrir qu’il n’est rien et que s’en éveiller est tout.

Un livre que j’ai pris plaisir à déguster, émerveillée par la richesse, la poésie du texte, retournant en arrière, juste pour le plaisir d’une phrase. Pierre Cendors, à travers le narrateur, interpelle sur la liberté, l’absurdité de la guerre.

Je n’avais pu entrer dans son précédent livre, « Archives du vent », le cinéma n’est pas mon domaine de prédilection, mais l’écriture de Pierre Cendors m’avait interpellée. Ravie d’avoir réitéré avec « Minuit en mon silence »

Le Tripode a encore fait mouche Je suis en manque de mots pour en parler et ne saurais dire que cela : c’est tragiquement beau, lisez-le, c’est un gros coup de cœur pour moi.

Petit plus, le soin apporté au livre ; la très belle couverture, porte d’entrée du livre, est une création de l’auteur

 

La poésie fait un poème de tout, madame, de la vie, du hasard, même de la mort d’un soldat. Un poème écrit avec son sang. Je ne souhaite à personne d’être poète. Votre vie ne vous appartient pas plus que votre mort. On vous croit le plus libre des hommes, mais c’est une liberté dont on ne s’évade pas.

Ses yeux parlaient le langage de mon silence. Ils m’aidaient à voir en moi-même. Peut-être notre vérité nous éclaire-t-elle toujours ainsi par le regard des autres.

Pourquoi est-il si difficile d’entrer en soi si c’est là, paraît-il que nous sommes ?

Existe-t-il ici-bas une liberté qui rend libre ?

Un jour, lieutenant, vous m’avez demandé pourquoi je m’étais engagé et ce que j’étais venu chercher dans cet enfer. La dévastation m’a conduit à cette guerre. Je n’ai pas besoin de vous dire que peu en reviendront. Et ceux qui en réchapperont seront tombés d’une autre manière. Moi, je suis tombé bien avant. Au moment de mon arrivée, je portais le deuil de mon enfance. J’avais vingt ans. Il était minuit en mon silence.

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Dominique Costermans - Outre-mère

12 Juillet 2017, 11:38am

Publié par zazy

 

Outre-Mère

Dominique Costermans

Editions Luce Wilquin

Février 2017

176 pages

ISBN 978-2-88253-529-0

 

4ème de couverture :

Outre-Mère est moins le récit de la véritable histoire de Charles Morgenstern, juif, bruxellois, enrôlé dans l’armée allemande puis indicateur au service de la Gestapo, que celui de son dévoilement, malgré le silence imposé qui règne encore dans sa famille deux générations plus tard. Que faire des secrets ? De la famille, de la guerre et de ses monstres ? Du silence de la mère ?

Ces questions provoquent tout autant l’enquête de Lucie que l’écriture envoûtante de ce texte.

Le paradoxe de ce roman, son paradoxe passionnant, c’est que le secret le plus crucial apparaît moins dans une révélation – vite livrée au lecteur – que dans les moments anxieux, obstinés et rebondissants de son dévoilement tentaculaire.

Il en résulte un étrange passage de la souffrance et du silence à la délivrance de la mère comme de la narratrice – et du lecteur.

 

Dominique Costermans est l’auteur d’une demi-douzaine de recueils de nouvelles. Elle signe ici un premier roman au style clair et à l’architecture subtile.

 

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Lorsque l’on faisait sa communion solennelle, Il fallait choisir des images pieuses parmi tout un lot présenté par nos parents. Lucie est convoquée dans le bureau de son père pour faire cela. Le texte est déjà choisi. Il est inscrit au dos d’une image « Hélène Morgenstern, en souvenir de la première visite de Jésus dans mon cœur, le 30 mai 1946 ». Il n’y aura que le nom à changer.

Alors, Lucie demande :

- C’est qui, Hélène Morgenstern ?
La question a fusé, mais la réponse de Maman aussi, d’un petit ton sec que Lucie connaît bien.
« C’était une amie de classe », dit-elle, indiquant que la conversation s’arrête là.

Pourquoi porte t'elle le même prénom que sa mère, quelles étaient leurs relations pour qu’elle ait gardé l’image de communion et veuille le même texte pour ses images de communion à elle ? Que de questions dans la tête de la petite fille. Oui, Lucie voudrait en savoir plus sur cette amie de sa mère qu’elle n’a jamais rencontrée, dont sa mère n’a jamais parlé. « D’ailleurs, elle ne parle jamais d’avant »

« Lucie sait que dans cette famille, il y a des questions à ne pas poser et des sujets à ne pas aborder. Mais c’est la première fois qu’elle en prend conscience. »

Lucie voudrait bien connaître ce qui est arrivé à ses grands-parents, mais toujours la même réponse de sa mère : « pas question ! »

Adulte, pour arriver à ses fin, savoir ce qui se cache derrière ce silence obstiné, Lucie va devoir ruser, passer outre-mère, outre l’obstacle de sa mère et essayer de vider l’outre qui gonfle et étouffe sa mère

« Ma mère use avec nous de ce procédé qui a muselé toute une génération après la guerre, celle des rescapés, celle des revenus de l'enfer, celle des enfants cachés, celle des survivants. De tous ceux qui tentaient de raconter leur épouvantable histoire et qu'on a fait taire d'un "Tu n'as pas à te plaindre; au moins, toi, tu es vivant". Ils avaient survécu, leur souffrance était inaudible: on les priva de parole. Ou ils se résignèrent d'eux-mêmes au silence. »

Est-ce la douleur  de la disparition ? Ses grands-parents sont-ils morts dans les camps ? Petit-à-petit, j’apprends que non. Pas de résistants, pas de héros, mais un grand-père, Charles Morgenstern, juif,  qui collabora activement avec les autorités allemandes en dénonçant des réfractaires au travail obligatoire, voire des juifs. Il s’est enfui en Allemagne.

« Vous avez obligé sa mère (la grand-mère de Lucie) à partir pour l’Allemagne alors que l’enfant avait juste quatre mois. Il n’était même pas sevré. Mais bien sûr, de cela vous ne vous êtes pas vanté. »

La narratrice se découvre toute une famille car  son grand-père a eu une vie amoureuse compliquée avec maîtresses et enfants de plusieurs lits.

 

Lucie ne cache rien de ses recherches, ne met pas sous le boisseau la noirceur de son grand-père qui tombe du mauvais côté parce que « l’armée belge n’a pas voulu de lui ».

« La frontière est parfois mince entre ce qui fait qu’un homme devient un héros ou un traître. Combien se sont trouvés du côté des bons ou des méchants juste parce qu’ils avaient fait un choix d’opportunité qui, en fin de compte, leur a ouvert un destin ? »

Lucie a remué beaucoup de documents, casser la gangue, fait quelques dégâts. A la veille d’écrire un livre sur ses recherches, elle se demande qu’elle sera la réaction de ses amis juifs lorsqu’ils découvriront le document.

"Je l'écris pour Hélène. Je l'écris contre son gré.
J'écris aussi cette histoire pour mes enfants. Je l'écris pour mettre à plat, comprendre, reconstituer, mettre de l'ordre. Pour transmettre."

« Dans les caves de cette histoire dont personne ne m'a donné les clés, j'ai trouvé des cadavres et des monstres ; quelques trésors, aussi. J'ai trié, rangé, empaqueté, nettoyé les toiles d'araignée et chassé la poussière. »

Seront-elles pus heureuses, plus apaisée après ? Rien n’est moins sûr  pour sa mère. Pas facile d’officialiser être la fille d’un salaud. J’avais rencontré ce thème avec  « Trompe-la-mort – Les carnets de Pierre Paoli, agent français de la Gestapo » de Jacques Gimard ».

Une écriture efficace, sans fioriture, quelques fois poignante sans être larmoyante, juste, dense. Un livre fort, un très bon premier roman sur les secrets de famille.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

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Matteo Righetto - Ouvre les yeux

11 Juillet 2017, 16:16pm

Publié par zazy

 

Ouvre les yeux

Matteo Righetto

Traduction Anne-Laure Gonin-Marquer

Editions La dernière goutte

janvier 2017

175 pages

ISBN : 978-2-918619-34-5

 

4ème de couverture :

Après des années d’amour, puis de conflits, Luigi et Francesca se retrouvent dans le site somptueux des Dolomites pour une ascension qui est aussi un voyage dans le temps et une marche vers l’apaisement. Ce n’est pas le hasard qui a mené les anciens amants dans cet univers majestueux qui les libère enfin de l’agitation futile de Milan et de l’habitude de faire semblant d’être heureux : ils sont portés par un devoir impérieux, poussés par une voix qui refuse de n’être que celle du passé, par une promesse qui les unit malgré eux.

La narration pudique et sobre de Matteo Righetto s’attache à restituer les moments précis où la vie bascule, qu’il s’agisse d’une rencontre ou d’un drame indicible, et les moments précieux liés aux plaisirs les plus simples.

Ballade pour un amour défunt, Ouvre les yeux est aussi un roman sur l’intimité miraculeusement retrouvée.

L’auteur (site de l’éditeur)

Matteo Righetto est né à Padoue en 1972. Il est l’auteur de plusieurs romans dont Ouvre les yeux qui a obtenu en Italie le prix Cortina d’Ampezzo et une mention spéciale au prix Mario Rigoni Stern.

 

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Ils se sont rencontrés, se sont aimés, se sont mariés, ont eu un enfant, un garçon prénommé Giulio, le vrai bonheur. Las ! Ils se sont moins aimés, se sont disputés, se sont séparés. La vie quoi !

Ils ont refait leur vie comme l’on dit. Pourtant, par un beau jour, avec l’accord des nouveaux conjoints, ils décident de refaire l’ascension qui les a marqués du mont Latemar dans les Dolomites. Pourquoi ce besoin ? Je ne veux pas divulgâcher et me tais. Non, même sous la contrainte, je ne dirai rien. Combien ? Ce n’est pas assez !!

Matteo Righetto raconte cette excursion à deux sur les pas de leur passé commun. La force de ce livre tient dans le mode de narration. Il y a le récit de leur ascension où le narrateur utilise le tu  qui s’adresse à Luigi, puis le vous lorsqu’ils feront l’ascension et les flashbacks de leur vie commune écoulée. La narration de leur vie commune est au passé. Le passé et le futur  avancent côte à côte jusqu’au dénouement final.

Une façon originale de parler  de la vie, de leurs vies. Un art de l’écriture très abouti qui tient les personnages et le lecteur à distance, tout en marchant à leurs côtés, avec eux ; Assez difficile à expliquer. Lisez, vous comprendrez le pourquoi du titre et l’émotion sera là.

Un livre pudique, intime Tout n’est que retenue, sensibilité. Un superbe roman, un coup de coeur.

Merci à la librairie « La vie devant soi » à Nantes de m’avoir donné l’envie de ce livre et à Lecteurs.com d’avoir réalisé ce souhait.

« Tu comprendras qu’un long voyage commence toujours par un premier pas. »

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Blaise Hofmann - Estive

3 Juillet 2017, 16:41pm

Publié par zazy

Estive Blaise Hofmann

Editions ZOE poche

Juin 2011

208 pages

ISBN 978-2-88182-592-7

 

 

4ème de couverture :

«Que fait un troupeau lorsqu’il est formé ? Il se déforme. Il faut le reformer. Je pense beaucoup à toi, Sisyphe.»

Estive est un récit  où l’auteur romance un été de berger en charge d’un troupeau de moutons. Ce carnet de route dans une vallée alpine fait partager au lecteur, tout au long de rencontres inattendues, d’images poétiques et de réflexions philosophiques, le quotidien difficile des paysans et des bergers. Le livre n’est pas seulement un témoignage mais un «récit d’apprentissage».

Ce texte à l’écriture fragmentée, incisive et ironique, interpelle autant la dysneylandisation des Alpes que l’aspect devenu exotique des métiers ruraux de montagne.

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1978, Blaise Hofmann a publié un récit de voyage en 2006, Billet aller simple.

Estive a reçu le prix Nicolas Bouvier  au festival Etonnants Voyageurs 2008

 

 

J’ai chaussé mes chaussures de marche, pris le gros bâton pour suivre l’auteur dans le récit de son parcours le temps d’une estive.

Apprenti-berger, il doit se débrouiller tout seul « Dans le troupeau, je suis dieu. » Pan ?  Ce serait bien nommé puisqu’il est devenu le dieu des bergers et pâtres.

« Que fait un troupeau lorsqu’il est formé ? Il se déforme. Il faut le reformer. »
Sur ce minuscule lopin de terre, j’expérimente la vie d’une petite société de mille membres, mille machines à vie qui consomment de l’eau, de l’herbe, produisent de la viande et des agneaux. Au sein de cette modeste société, j’ai l’arrogance d’un Prométhée qui croit dominer la nature et tire, à la place d’un autre, les ficelles de marionnettes vivantes. »

L’arrogance du début va vite laisser place à la nervosité. Le narrateur, malhabile avec les chiens apprend, sur le tas, son dur métier, tantôt dans la chaleur, la pluie, la neige,  le froid.

Petit à petit, le métier rentre. Le narrateur, plus souple se fait accepter des chiens qui le secondent et l’accompagnent.

La vie est rude, il faut aimer la solitude et la vie spartiate ponctuées de rencontres ou de descentes vers le café, histoire de causer avec les habitants du village.

« Claquer sa paie en deux ou trois jours en payant des tournées, le plaisir du marin. Comme eux, descendre en ville, faire le tour des bistrots, revenir malade, éreinté, ruiné »

Il faut bien que la solitude s’oublie que le berger se noie dans le monde, s’enivre autant d’alcool que de paroles, bruit, visages

Blaise Hofmann prend des notes, écrit, surtout lorsqu’il pleut.

pleut « L’écriture me tient éveillé, me donne une contenance (ce bouquin est un bâton de berger sculpté par temps de pluie). »

Le boulot n’est pas que contemplatif, il peut être répétitif, sauf lorsqu’il faut tondre les bêtes

«Quatre cent quarante-sept bêtes tondues, j’ai de la merde jusqu’aux épaules, le dos d’un octogénaires, les pantalons en guenille, mais le sourire jusque-là, parce que le tondeur a un drôle d’humour. »

Les pensées, les auteurs, l’imagination sont ses compagnons de solitude, l’écriture sa compagne. Devant tant de beauté, Hofmann peine à trouver les mots

« Le froid se tolère davantage lorsqu’il y a de belles lumières. Il donne envie de peindre, de faire de la musique, de se donner à quelque chose de corporel, de graver sur un bâton les formes qui viennent à l’esprit. »

Les mots n’existent plus de la même façon. Leurs concepts rigoureux sont trop explicites. On ignore comment rendre l’expérience sensible, comment décrire cette absence de formes, dire l’impression de froid, de joie et de fatigue. On oublie tout ce qu’on a lu, on per toute notion linguistique et on jouit, trempé, usé et enchanté, des approximations du soleil et de la brume. »

La saison se termine, il faut déclôturer, tout ranger, ne pas oublier la mort-aux-rats. L’estive vous change l’homme alors, il redescend dans la vallée à pied, en prenant son temps

« Ces mains calleuses sont les miennes. Le miroir me surprendra. J’ai bonne mine à jouer ainsi avec ma barbe. Mon identité vacille. »

 

Blaise Hofmann se livre à des réflexions sur les Alpes qui se dysneylandent, l’estive subventionnée, la société et offre un doux moment de lecture. J’aimais le retrouver chaque soir, pas pour en lire des pages et des pages, non, savourer, prendre le temps de déguster ses phrases, écouter ses réflexions, regarder vivre le troupeau, s’activer les chiens, admirer le paysage.

Un livre dont je sors calme et sereine.

Livre lu dans le cadre de la Voie des Indés concoctée par Libfly avec le partenariat des éditeurs indépendants dont Les éditions ZOE, maison d’éditions suisse, que je découvre.

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Miguel Delibes - Dame en rouge sur fond gris

2 Juillet 2017, 18:12pm

Publié par zazy

Dame en rouge sur fond gris

Miguel Delibes

Traduit par Dominique Blanc

Editions Verdier

128 pages

février 1998

ISBN : 978-2-86432-285-6

 

4ème de couverture :

Dame en rouge sur fond gris est un admirable portrait de la femme aimée que la maladie a trop tôt enlevée à l’affection de l’époux désemparé.

Le narrateur est un peintre célèbre dont le désespoir a tari la créativité. La pudeur de la transposition ne peut faire oublier le drame vécu par l’écrivain confronté à la mort d’Ángeles, la mère de ses sept enfants.

Le récit, à la fois hommage et exorcisme, est mené sur le mode chuchoté de la confidence à l’une de ses filles. Ce long monologue, classique dans sa retenue, bouleversant par la délicatesse du trait, évoque le mystère d’un être dont l’éclat, la beauté, l’élégance morale, illumine l’existence de ses proches, transforme la grisaille des jours – et jusqu’au goût âcre de la maladie – en d’inépuisables leçons de vie.

 

L’auteur :

Miguel Delibes, né le 17 octobre 1920 à Valladolid, Castille-et-León, et mort le 12 mars 2010 (à 89 ans) à Valladolid1, est un écrivain espagnol de la Génération de 36.

il a su transmuer en littérature et élever à l’universel son expérience de marin militaire  : L’Étoffe d’un héros ; sa rencontre avec le Printemps de Prague, ou la perte de sa chère épouse Ángeles : Dame en rouge sur fond gris. Explorateur de la langue castillane dans ses formes poétiques, populaires et dialectales sans qu’il n’y paraisse rien d’« expérimental », son œuvre allie la nouvelle : Le Linceul ; le roman court : Le Fou ; le grand monologue souvent adapté à la scène : Cinq heures avec Mario et le roman de facture « classique », sa dernière œuvre, L’Hérétique. Il a obtenu en 1993 le très prestigieux prix Cervantès.

 

 

Le narrateur, peintre de grande renommée, sombre dans l’alcool et la dépression depuis la maladie et, surtout, la mort de sa femme.

Dans un long monologue adressé à une de ses fille nouvellement sortie des geôles de Franco, il raconte sa muse, sa femme, , son amour, eux, leurs vies, le franquisme.

Avec ses mots, Miguel Delibes, prend la place du peintre, à moins que ce ne soit l’inverse, sur fond de famille, de franquisme, de bonheur malgré les malheurs, puis sur le fond gris du deuil, il peint l’aimée, l’adorée, celle qui  « par sa seule présence allégeait le poids de la vie ».

Les regrets de ne pas avoir dit combien il l’aimait, combien elle était primordiale pour lui

« Mais un jour, elle, elle n’est plus là, il devient impossible de la remercier d’avoir resserré le bouton de la chemise et, subitement, cette attention ne te semble plus superflue ; elle devient quelque chose d’important. ».

Le tableau qui donne le titre au livre n’est pas de lui, mais d’un autre

« Alors oui, alors j’ai ressenti de la jalousie pour ce tableau, pour ne pas avoir su le peindre moi-même, parce qu’ c’était un autre qui l’avait saisie dans toute sa splendeur. »

Ce tableau qu’il n’a pas su peindre, ce qu’il n’a pu saisir par le pinceau, le narrateur nous le donne par les mots.

« Puisque la mort est inévitable, n’est-ce pas mieux ainsi ? »

La mort a cueilli son amour avant qu’elle ne se flétrisse, avant que la maladie ne l’ait abimée. C’est tout le thème de son long et beau  monologue.

 

Ce livre est un hommage vibrant. Il  côtoie l’intime, l’universel et le sublime.  Miguel Delibes dessine  le portrait de l’aimée, de l’Espagne, avec son récit. Un plume admirable pour un pinceau tout en douceur.  Un chant d’amour, un hymne à la femme aimée

Un superbe livre intime ;  une écriture comme je les aime. Dominique Blanc, le traducteur a fait du travail d’orfèvre.

 

Un coup de cœur.

 

Une fois de plus, les éditions Verdier m’ont régalée. Dommage que je doive rendre le livre à la bibliothèque.

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