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ZAZY - mon blogue de lecture

Michel Bernard - Deux remords de Claude Monet

30 Mai 2017, 16:51pm

Publié par zazy

Deux remords de Claude Monet

Michel Bernard

Editions de la Table Ronde

Juin 2016

224 pages,

ISBN : 9782710380702

 

4ème de couverture :

«Lorsque Claude Monet, quelques mois avant sa disparition, confirma à l’État le don des Nymphéas, pour qu’ils soient installés à l’Orangerie selon ses indications, il y mit une ultime condition : l’achat un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, pour qu'il soit exposé au Louvre. À cette exigence et au choix de ce tableau, il ne donna aucun motif. Deux remords de Claude Monet raconte l’histoire d’amour et de mort qui, du flanc méditerranéen des Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l’Île-de-France à la Normandie, entre le siège de Paris en 1870 et la tragédie de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu’au bout.»
Michel Bernard.

L’auteur (site de l’éditeur)

Michel Bernard est né à Bar-le-Duc. Haut fonctionnaire, il est l'auteur de Mes tours de France (L'Âge d'Homme, 1999, la petite vermillon, 2014) et de Comme un enfant, biographie romancée de Charles Trenet (Le Temps qu'il fait, 2003). Après La Tranchée de Calonne en 2007, couronné par le Prix Erckmann-Chatrian, il publie deux autres livres à La Table Ronde, La Maison du docteur Laheurte (2009, Prix Maurice Genevoix) et Le Corps de la France (2010, Prix Erwan Bergot de l'Armée de Terre). Suivront, toujours à la Table Ronde, un livre sur l'écrivain Maurice Genevoix, Pour Genevoix (2011), ainsi qu'un roman sur l'expérience humaine et musicale du compositeur Maurice Ravel durant la Grande Guerre, Les Forêts de Ravel (2014), pour lequel il a reçu le Prix Livres et Musiques du festival de Deauville en 2015.

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J’avais aimé « Les forêts de Ravel » .Avec ce nouveau livre, je plonge dans la vie de Claude Monet avec délectation.

Bien calée, je lis les mots de Michel Bernard, je l’écoute me conter la vie de Claude Monet.

Le livre s’ouvre sur le père de Frédéric Bazille recherchant le corps de son fils jusque dans les bastions ennemis, quelque part vers Beaune-la-Rolande. Une partie superbe d’émotion retenue, d’amour paternel. Frédéric Bazille, l’ami trop tôt disparu, mort à la guerre de 1870, charpente du trio Bazille-Monet-Renoir. Ce jeune homme de bonne famille venu de Montpelier était aussi grand que généreux avec ses amis fauchés.

Puis, il y a Camille, l’adorée, la première épouse et modèle de Monet qui le soutient le temps des vaches maigres et accompagne dans un amour partagé jusqu’à sa mort, dont il ne se remettra jamais tout-à-fait. C’est elle qui pose dans le fameux tableau dit de la robe verte, le début de la reconnaissance puis de la gloire pour Monet.

Ainsi coule, tranquille comme l’Oise qu’il peint sur son bateau-atelier la vie de Claude Monet avec ses douleurs, ses morts, ses grands joies, ses orgueils de peintre…

L’évocation de la vie de Monet, de ses débuts miséreux jusqu’à Giverny, de son entourage, de son époque, me fait plonger dans une époque que l’on qualifie de charnière. L’industrie explose. Après la guerre de 70

 

« Paris, en léchant ses palies, se pardonnait lui-même. "

Monet peint ce qui l’entoure, des usines, le train à vapeur (superbe le train dans la neige, dantesque le pont de l’Europe). Qui oserait peindre une centrale nucléaire ou une gare de TGV de nos jours ?

Je n’arrive pas à parler correctement de ce livre que j’ai tellement aimé. Je l’ai lu lentement pour en déguster chaque page, chaque mot. L’écriture tour à tour impressionniste, descriptive, languissante, nerveuse, dépeint si bien l’amour, l’amitié, la rage des débuts, le besoin et le désir de peindre, l’insatisfaction de Monet qui

« Souvent mécontent, Monet grattai son travail le lendemain. Dans un coin du jardin, il faisait tomber de la toile en copeaux ses images de la neige. »

Ne voyez-vous pas dans cette description un tableau s’élaborer sous vos yeux ?

« Il entendait le peuple des eaux vives, les mouettes criardes remontées de l’estuaire, le miracle bleuté du martin-pêcheur, les cris des oiseaux de la terre poussés vers le miroir par un coup de vent , qui, comme ébahis de leur audace, se postaient sur le liston du bateau, le vol troublé de la libellule, le saut d’un gardon poursuivi par un brochet, et, au bout d’un moment, ce bruit qui ne se révélait que lorsque le corps et l’esprit avaient fait amitié avec le lieu : le fin bruissement de l’onde contre les flancs de l’embarcation, le glissement de l’énorme masse d’eau entre les berges, le chant du fleuve. »

Une belle métaphore  parlant de l’annexion de l’Alsace et la Lorraine par l’Allemagne.

« Un boulet de canon avait emporté l’épaule du pays »

Le portrait de Camille sur son lit de mort est pour moi, la seule façon qu’a eu Monet pour parler de son amour, de son chagrin.

« Il fit entrer plus largement dans la pièce le début du jour en ouvrant à demi les volets, puis il alla chercher une toile, un pinceau, sa palette et quelques tubes de couleur. Il installa une chaise au bout du gisant, s’assit, appuya le haut de la toile posée sur ses genoux contre les barreaux du pied du lit, et commença de représenter les traits de la morte tels qu’il les voyait. Avec du bleu et du blanc, il fit monter à la surface du monde, une dernière fois, le visage de Camille. Les joues avaient fondu, le nez était pincé, la peau tirée sur l’os avait déjà pris, par places, une teinte jaune tirant sur le gris. Monet alla chercher d’autres tubes pour restituer aussi cela, les progrès de la corruption sous la peau si souvent embrassée, dans la chair si bien étreinte. Pour terminer, il sabra de traits verts le milieu de la toile et les moucheta de pointes de rouge. C’étaient les fleurs de septembre qu’il avait disposées sur les mains de la morte. »

J’aime la peinture de Monet que je vais admirer à chacun de mes passages parisiens. Ce livre, par l’écriture admirable de Michel Bernard est un grand coup de cœur pour moi.

Un seul regret, je vais devoir rendre le livre à la bibliothèque

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Virginie Roels - La plume

28 Mai 2017, 22:19pm

Publié par zazy

La plume

Virginie Roels

Editions Stock

Collection : La Bleue

Mars 2017

320 pages

ISBN : 9782234082618

 

4ème de couverture :

« Le président était à moins d’un mètre quand il se mit à dévisager le public. Il s’arrêta net sur un jeune homme assis au deuxième rang. Ce dernier le fixa d’un sourire de Joconde. Le président baissa les yeux, puis se tourna vers son ministre de l’Intérieur. La suite, nous la connaissons tous, les images ont fait le tour du monde : à vingt-deux heures trente, devant cinquante millions de téléspectateurs, le président de la République française a littéralement perdu les pédales.
Quelques secondes qui brisèrent sa carrière ; jamais humiliation ne fut si foudroyante. Dès cet instant, nous fûmes des centaines de journalistes cherchant à savoir ce qui s’était passé. La chance voulut que je sois la seule à avoir identifié l’objet de son effroi : le jeune au sourire de Joconde. »
Une fable contemporaine sur la classe politique, où tout est fiction, mais presque tout est vrai… Un roman inventif, brillant et audacieux.

L’auteur (site de l’éditeur)

Longtemps journaliste d’investigation pour la télévision et la presse écrite, Virginie Roels est directrice de la publication du magazine Causette. La Plume est son premier roman.

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Lors du débat télévisé avant le second tour de l’élction présidentielle, le président Debanel, donné gagnant, dérape, panique et perd ses moyens. Pourquoi, simplement à la vue d’un nom, a-t-il blêmi, paniqué ? C’est ce que va chercher à trouver une jeune journaliste qui travaille pour un obscur hebdomadaire télévision  qui a été témoin de la scène.

« La chance voulut que je sois la seule à avoir identifié l’objet de son effroi : le jeune au sourire de Joconde. »

« Pour la première fois de ma médiocre carrière, j'avais une intuition, un indice, et la conviction d'en avoir été l'unique témoin. J'ai tiré les fils, patiemment, jusqu'à reconstituer le puzzle. Après des mois passés à écouter tous les acteurs de cet affreux quoique jouissif naufrage, celui d'un président, en voici le récit. »
Entre ceux qui sont au pouvoir, ceux qui sont dans l’anticambre et ceux qui voudraient bien… la lutte est dure. Seul le résultat compte. Ainsi, le ministre de l’éducation nationale doit écrire un discours pour le président. Bien sûr, il « sous-traite » l’affaire à un subalterne qui fera de même pour arriver à David Joli qui est en plus, prof. La source étant tarie, il a la brillante idée de faire plancher ses élèves sur le thème demandé. Le devoir de Le Dantec sort du lot. Pris par le temps, Joli le recopie in extenso. A partir de là, la chaîne déraille, le pédalier est en roue libre.

Ce que je regrette un peu dans ce roman, ce n’est pas la servilité des subalternes ni la veulerie, l’égocentrisme, la courte-vue des politiques, ça je sais. Non, ce qui m’a gêné, c’est la radicalisation express de Le Dantec et le fait que je n’ai pas cru aux personnages . Je n’ai jamais pu trouver la clé pour ouvrir la porte de ce livre.

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Anne-Laure Béatrix, François-Xavier Dillard - Austerlitz 10.5

27 Mai 2017, 21:40pm

Publié par zazy

Austerlitz 10.5

Anne-Laure Béatrix

François-Xavier Dillard

Editions Belfond

Mars 2016
272 pages

ISBN : 9782714473356

 

4ème de couverture :

Imaginez un monde où la Joconde a disparu...

En 1910 la Seine avait atteint lors de la grande crue de Paris son niveau maximal : 8.62 mètres sur l'échelle hydrométrique du pont d'Austerlitz.
Aujourd'hui, la pluie tombe depuis trois jours dans la capitale. Les trois premiers jours les habitants de la grande ville ont râlé. Et puis, le soir du quatrième jour, l'alimentation électrique a été coupée. La plupart des arrondissements ont alors connu un black-out total faisant souffler un vent de panique sans précédent dans la population. Le métro a été fermé. L'ensemble du vaste réseau sous-terrain des transports publics s'étant retrouvé noyé par des hectolitres d'eau sombre et glacée. Lorsque les premiers immeubles se sont effondrés et que la grande vague de boue a déferlé sur la ville, une véritable hystérie collective s'est emparée des parisiens et les pires exactions ont été commises. Au nom de la survie... La peur, puis la violence ont déferlé sur la ville.
Paris est dévastée et la plupart des habitants, du moins ceux qui ont la chance d'avoir encore un toit, se terrent chez eux en attendant que cette pluie démentielle cesse enfin...
Sous le pont d'Austerlitz l'eau a atteint son record : 10.5.

Un an plus tard, on sait que Paris ne sera plus jamais la même. Pour François Mallarmé qui a tout perdu dans cette catastrophe, sa femme et son enfant, la vie n'est qu'un long cauchemar. Il continue tant bien que mal à faire son boulot de flic dans une ville où plus rien n'a de sens. Jusqu'au jour où une affaire de meurtres sordides le ramène à son cauchemar, au cœur même du Louvre, dans ce musée qui pour le monde entier était le symbole de ce qui fut la plus belle ville du monde, et où même la Joconde a disparu....

Les auteurs (site de l’éditeur) :

Anne-Laure Béatrix est directrice de la communication du Louvre. Austerlitz 10.5 est son premier roman.

Né à Paris en 1971, François-Xavier Dillard a fait des études de droit et de gestion avant d'intégrer un grand groupe énergétique français au service des ressources humaines puis à la communication. Il est l'auteur de Un vrai jeu d'enfant et Fais-le pour maman, parus chez Fleuve noir. Après Austerlitz 10.5, co-écrit avec Anne-Laure Beatrix, Ne dis rien à papa est son deuxième roman à paraître chez Belfond.

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Le déluge s’est abattu sur Paris. L’eau monte, s’engouffre dans le métro, s’infiltre dans les tunnels, sape les immeubles  qui s’effondrent comme des châteaux de sable. La catastrophe a fait beaucoup de morts, causé d’énormes dégâts dont la ville n’arrive pas à se relever.

Paris est  dévasté et la province ne veut plus payer pour réparer. Le gouvernement s’est replié à Vincennes, laissant la place à la maire de Paris. Les politiques étant ce qu’ils sont, les luttes intestines, larvées, ou au grand jour éclatent qui facilitent les trafics en tout genre. Une faune composée de gangs, de trafiquants, meurtriers… règne dans les sous-sols de la capitale.

« Car après le chagrin et la peine, après la sueur et les larmes, viendrait le temps du chaos et des troubles. »

Des personnalités, des peoples comme l’on dit, sont tuées. François Mallarmé (mal armé pour survivre à la mort de sa femme et de son fils) reprend son métier de flic et conduit cette enquête qui le mènera au Louvre, dévasté après l’explosion, par la force de l’eau, de la pyramide. En effet, le seul point commun que Mallarmé trouve entre toutes ces personnalités est un rendez-vous au Louvre.

Le fils d’une des victimes était avec son père et a sûrement été kidnappé par le meurtrier. Une bande comme il y en a tant dans les boyaux du métro ? Une demande de rançon ?

KKK le rédacteur en chef  du Nouveau Parisien, colle l’affaire entre les mains de  Chloé, jeune journaliste,

« L’affaire prend une tournure éminemment politique, Chloé. Notre ministre de l’Intérieur ne manquera pas de saurer sur l’occasion de ce nouveau meurtre, de cette disparition, pour appeler à un retour immédiat du gouvernement à Paris. Et pour flinguer au passage les projets d’autonomie de notre maire chérie, l’inénarrable Marianne Figari… Tu ne vas quand même pas laisser ça à ce pauvre Fignol et à ses chiens écrasés »

On dit que les parallèles ne rejoignent jamais. Pourtant Mallarmé et Chloé vont finir par se rencontrer et travailler ensemble soulevant les trafics d’œuvres d’art, les soirées privées spéciales

Comment parler de ce bouquin qui m’a tenu en haleine jusqu’à la fin ?

De fausses pistes en rencontre, de meurtres en soirées licencieuses… chapitre par chapitre, de page en page, les deux auteurs ont écrit un suspens avec de nombreuses pistes, habilement tressées avec une fin….

Anne-Laure Béatrix connait le Louvre sur le bout de ses pieds, donnant, ainsi beaucoup de véracité aux lieux. Chaque titre de chapitre porte le nom d’une œuvre où le crime lié est mis en scène. Pourquoi le meurtrier  a-t-il agi ainsi ?

 

Ce roman apocalyptique à quatre mains est stupéfiant de réalisme. Les eaux troubles de la Seine ne sont rien à côté du marigot souterrain et politique. Les premiers chapitres parlant de l’inondation sont  apocalyptiques et vraisemblables. L’écriture est nerveuse sans être sèche, le scénario construit aux petits oignons ; de la belle ouvrage.

 

Je suis conquise

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KIM Yeonsu - Tu m'aimes donc, Sonyong

22 Mai 2017, 17:01pm

Publié par zazy

Tu m’aimes donc, Sonyong

KIM Yeonsu

Traduction de Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet

Editions Serge Safran

208 pages

Avril 2017

ISBN : 979-10-90175-66-2

 

4ème de couverture :

Gwangsu se marie. Il épouse Sonyong qu’il aime éperdument depuis le premier jour de leur rencontre, treize ans plus tôt. Mais le jour de leur mariage, au moment où Sonyong lance son bouquet d’orchidées à Jinu, son meilleur ami, Gwangsu constate que l’une des tiges est brisée.
L’image l’obsède, le hante, il l’interprète comme un signe, symbole douloureux de son échec marital. Confronté à l’attitude étrange de Jinu, romancier verbeux aux allures de philosophe et fin séducteur, qui fut par le passé l’ami de Sonyong, les inquiétudes de Gwangsu augmentent.
Pris de doutes et mû par la colère, il s’interroge : Sonyong, qu’il aime si fort et depuis si longtemps, l’aime-t-elle véritablement ?
Avec subtilité et humour Kim Yeonsu décortique l’amour, dans ce nouveau roman profondément lyrique, proposant une réflexion sur les sentiments, les doutes, la jalousie, leurs origines et leurs mystères…

L’auteur (site de l’éditeur) :

Kim Yeonsu est né en 1970 à Gimcheon en Corée du Sud, dans la province de Gyeongsangbuk-do. Il est diplômé en langue anglaise à l’université Sungkyunkwan. Après ses études, il est employé dans un bureau le jour et travaille la nuit en tant que traducteur. C’est durant son temps libre qu’il commence à écrire. À partir de 1997, il travaille en tant que reporter pour divers magazines. Il a déjà publié deux romans en France, Je suis un écrivain fantôme (Imago, 2013) et Si le rôle de mer est de faire des vagues… (P. Picquier, 2015).

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« Tout a commencé, pensait Gwangsu, à cause d’une orchidée phalaenopsis. »

Revenons quatre mois en arrière. Gwangsu épouse celle qu’il aime depuis les bancs du lycée, Sonyong. Bouquet classique avec orchidées, lancement du bouquet en direction d’une demoiselle d’honneur. C’est à ce moment que le jeune marié s’aperçoit qu’une fleur est cassée et qu’elle tourne la tête vers Jinu… Mauvais présage ? C’est ce qu’il pense. La jalousie va creuser son sillon.

Le jour du mariage, juste avant que, conformément à la tradition, Sonyong lance le bouquet à sa demoiselle d’honneur, Gwangsu remarque  que la tige d’une orchidée est cassée. Là, patatras,

« Gwangsu s’était mis dans la tête que quelque chose ne tournait pas rond dans a cérémonie de ce mariage ».

Mauvais présage ? Plus le jeune marié tourne cette image dans sa tête, plus cela lui semble devenir catastrophique.

Au fait, parlons de Jinu. C’est le meilleur ami de Gwangsu, romancier, sûr de sa prestance, butinant de fille en fille, de femme en femme sans s’attacher. Il fut, d’ailleurs, le petit ami de la jeune mariée.

La jalousie, le doute s’immiscent dans l’esprit du jeune marié. Sonyong ne serait-elle pas encore éprise de Jinu ? Tout au long du livre KIM Yeonsu dissèque ce sentiment de jalousie, d’autant que Jinu semble vouloir s’attacher à Sonyong qui lui échappe de par son mariage avec son meilleur ami. Leur amitié résistera-t-elle à cette tornade de jalousie. Gwangsu saura t-il répondre à cette affirmation

« Dire je t’aime, cela signifie qu’on a compris qui on est. Cela veut dire qu’avant d’aimer l’autre, on s’aime d’abord soi-même ».

Pas certaine d’être entièrement d’accord avec cela. Peut-être l’amour nous conduit-il à ce connaître et s’aimer soi-même.

L’amour, la jalousie, des sujets éternels  que l’auteur dissèque au scalpel sans épargner personne, avec quelques pointes de sel d’humour caustique et un brin de sucre de poésie  (asiatique ?).

Un livre qui ne se lit pas d’une traite, que j’ai pris plaisir à déguster. J’y ai trouvé presque la continuité de la vie d’homme entamée avec « L’étoile du chien qui attend sont repas », une société coréenne qui hésite entre la vie communautaire (et non en communauté) et la primauté du je.

« Ce qu’il faut accuser, c’est l’amour avec un grand A, celui que les gens de la génération de Jinu ont porté à leur patrie, amour d’ailleurs toujours vivace. »

Fi des couvertures orange des Editions Serge Safran. Pourquoi ? C’est une question que j’ai posée à Serge Safran. Voici sa réponse

« En fait pour les couvertures il s’agit d’une évolution de la charte graphique suite aux réactions (surtout) des libraires.
On peut penser avec eux que les livres se vendent mieux avec une couverture a priori plus attractive.
Cela se discute car c’est le contenu qui prime, bien entendu, mais ce sont eux qui vendent et savent que la majorité des gens achètent d’abord d’après la couverture. »

Vous avez raison, c’est le contenu qui prime et les nouvelles couvertures ont ce brin d’élégance qui me sied.

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Sandra Reinflet - Ne parle pas aux inconnus

20 Mai 2017, 22:25pm

Publié par zazy

Ne parle pas aux inconnus

Sandra Reinflet

Editions JC Lattès

Janvier 2017

380 pages

ISBN : 9782709659376

 

4ème de couverture :

Ce devait être une fête, une libération, la fin du lycée et des « ne pas ». Mais Eva ne répond plus et Camille ne répond plus de rien. Depuis que sa Polonaise a disparu, la jeune femme se cogne au silence comme un papillon à une ampoule. Elle décide de prendre la route pour la chercher. Un voyage au cours duquel elle croisera ces étrangers dont ses parents lui disaient de se méfier et qui tous, à leur manière, l’aideront à trouver ce qu’elle ne cherchait pas : elle-même.
Les secrets les mieux gardés ne sont-ils pas les plus en vue ? Les inconnus, parfois, sont ceux dont on croit tout connaître.

L’auteur (site de l’éditeur)

Née en 1981, Sandra Reinflet est inventeuse d’histoires vraies. Après trois ouvrages photos-texte, Ne parle pas aux inconnus est son premier roman.

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Camille fête son bac mention bien avec les autres lycéens et Eva. Eva, celle qui lui a fait connaître le bonheur, l’amour, la transgression, celle dont les parents sont si gentils toujours à l’écoute, alors que les siens… Eva qui ne répond plus à ses mails, ses appels, ses cris, depuis cette soirée. Pourquoi ?

Chez elle, elle étouffe entre ses parents et sa jeune sœur. Depuis toute petite, interdiction de sortir, de parler aux inconnus, rester dans la cour, dans le jardin et le mur du silence… Elle se rêve dessinatrice de BD,  ses parents brident ses rêves et la veulent dans des bureaux à faire des études sérieuses, à vivre une petite vie étriquée, sans surprise (apparemment) comme la leur.

Pourquoi Eva est-elle partie du jour au lendemain avec ses parents sans la prévenir ? Elle en hurle de désespoir. Un beau jour, Camille décide de partir pour la Pologne retrouver son amoureuse mystérieusement disparue, puisque c’est de là qu’elle vient et qu’elle y retourne pour les vacances. Elle prévient quand même ses parents par sms.

"Il faut que je parte, c'est une urgence. Je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant, mais faites moi confiance".

Partir, fuguer à l’étranger, facile à dire, mais plus difficile à faire. La peur est présente, surtout avec la litanie « Ne parle par aux inconnus » qui résonne dans sa tête, la peur du viol….

Camille roule d’Allemagne en Pologne via la Serbie, la Roumanie, la Hongrie. Elle fait d’heureuses rencontres qui la forment. Enfermée en elle-même, elle s’ouvre, parle, raconte. Elle a osé faire ce que ses parents lui interdisaient : parler aux étrangers. Elle s’est ouverte aux autres et en cherchant Eva, s’est trouvée elle-même.

Le retour à la maison, le drame. Elle remonte, grâce à des carnets le fil de l’histoire maternelle,  comprend et peut dépasser son enfance, retrouver sa mère « Et il a fallu aller loin pour qu’on se rencontre enfin. »

Comme souvent, la famille est un lieu où les secrets sont cachés, les silences envahissent et pourrissent la vie familiale, dont il faut s’extraire pour grandir et progresser.

NPAI, son tatouage pour Eva  N’habite pas à l’adresse indiquée ou Ne parle pas aux inconnus, les deux axes de ce livre.

Le rythme des  phrases de Sandra Reinflet fait ressortir l’urgence de Camille, son besoin de foutre le camp, sa colère. Ce voyage est comme un rite de passage de l’enfance vers l’adulte. Un très bon premier livre que je n’ai pu lâcher avant le dernier mot écrit par une fameuse "inventeuse d'histoires vraies".

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois

 

 

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Vanessa Bamberger - Principe de suspension

13 Mai 2017, 21:19pm

Publié par zazy

Principe de suspension

Vanessa Bamberger

Editions Liana Levy

Janvier 2017

208 pages

ISBN : 9782867468759

 

4ème de couverture :

«10% de talent, 90 % d’efforts.» C’est la devise de Thomas pour défendre son usine et ses salariés. Depuis qu’il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique, il lutte pour conjurer le déclin de l’industrie dans sa région du Grand Ouest. Un hiver pourtant tout bascule, et il se retrouve dans la chambre blanche d’un service de réanimation, relié à un respirateur. À ses côtés, Olivia, sa femme, attend son réveil. Calme, raisonnable, discrète. Comme toujours. Dans ce temps suspendu, elle revit les craintes des ouvriers, les doutes de Thomas, les trahisons intimes ou professionnelles qui les ont conduits jusqu’à ce grand silence, ce moment où se sont grippés le mécanisme des machines et la mécanique des sentiments. Parce que la vie s’accommode mal de l’immobilisme, il faut parfois la secouer un peu, selon le «principe de suspension».
Un premier roman juste et subtil sur le blues du petit patron et le fragile équilibre du couple.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Vanessa Bamberger est née en 1972. Journaliste, elle vit à Paris. Principe de suspension est son premier roman.

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« Dans la chambre de réanimation du Centre hospitalier de Cambregy, l’air est rare et poisseux… Thomas est étendu sur le lit médicalisé, son long corps est recouvert d’un drap jusqu’aux aisselles. »

Cet homme couché, est dans le coma, relié à un respirateur. Sa vie est suspendue à ce tube. Olivia, sa femme, le veille, elle dont la vie est suspendue à celle de son mari.

Thomas, marié, père de famille, lâche un bon boulot pour racheter une petite  entreprise. Le voici sous-traitant unique d’une entreprise de respirateurs artificiels  française (l’ironie du sort) qui choisit de délocaliser en Europe de l’Est. Sa PME se trouve acculée à la fermeture. Thomas, victime d’un malaise,  est entre la vie et la mort, physiquement et socialement.

Thomas, en rachetant cette entreprise avait un idéal

« Thomas était persuadé que son optimiste pouvait se communiquer, il voulait changer les mentalités, redonner aux opérateurs leur fierté, il suffisait d’avoir de bonnes machines, croyait-il, les plus performantes, les plus innovantes. ».

Il a mis sa confiance, s’est presque rendu pieds et poings liés à  Loïc Rodier, beau parleur qui lui a vendu de l’espoir, du mirifique, du vent. César Gomez, le contremaître, « organisé, précis, posé, peu impressionnable » en conçoit quelque jalousie, mais l’amour de la boîte est le plus fort. Il reste, solide, aux côtés du patron.

Il a fait le mauvais choix en engageant Rodier et en ne diversifiant pas ses activités, ses clients

« Thomas n’avait pas cherché d’autres clients : il n’en avait pas eu besoin, puisque l’aérosol du laboratoire français se vendait si bien. »

HFL, son client licenciant ses propres employés, il va devoir faire de même et se sent un mauvais patron, se sent fautif.

«Dans ce pays, tous les patrons étaient des coupables potentiels. A force d'être pointé du doigt, on finissait par se sentir fautif.»

Thomas aime l’industrie, les machines.

« Thomas croyait à la performance de la machine créée par l’homme, à l’homme couplé à sa machine. On les détestait, on les méprisait de nos ours, les machines industrielles et leurs vieux opérateurs. C’est ce qui rendait vraiment malheureux les ouvriers de l’Ouest, encore plus que leur mauvaise paye et la menaces du chômage. Les nouveaux arrivants, plus jeunes, les contemplaient avec mépris. Comment acceptaient-ils ces conditions de travail, pour ce salaire de misère ? Oui, le métier était épuisant, le travail en équipe, les trois-huit, tous les quatre jours il fallait changer de cycle, deux nuits deux matins deux après-midi –les patrons étaient intransigeants sur la ponctualité comme à l’armée-, au bout de vingt ans les types étaient cramés, la machine les avait fait vieillir à grande vitesse quant elle ne leur avait pas cassé le dos, les mains. »

Un patron, maintenant, ne peut plus être paternaliste. César le confirme

« Tu veux sauver des gens, des emplois ? Tu veux être un bon patron ? T’es pas dabs l’humanitaire, t’es pas assistante sociale ! Qu’est-ce que ça peut faire que tu sois un chc type si tu plantes ta boîte ? De toute façon, il n’y en a pas un seul ici qui est reconnaissant des efforts que tu fais. »

Toutes ces petites PME, sous-traitantes uniques de grands groupes se font sucer, laminer. Toujours moins chers, plus vite, en flux tendu, à payer sous quatre-vingt-dix jours au lieu des soixante … Jusqu’au jour où ils s’enfuient vers l’Eldorado de l’Est ou d’ailleurs. C’est la vie quotidienne de Thomas. En tant que patron, il travaille beaucoup et plus il travaille, plus il est seul, La fuite dans le travail.

Olivia, sa femme, le veille, elle dont la vie est suspendue à celle de son mari, en suspension de sa propre vie, peintre sans exposition, même pas dilettante.

« A son avis, elle ne travaillait pas assez. La réussite, c’était dix pour cent de talent et quatre vingt dix pour cent d’effort ».

Petit à petit, elle fait le bilan de sa propre vie. Le coma de Thomas lui a permis de faire un travail sur elle-même

« Thomas ne parle jamais de son travail non plus, il a besoin de se changer les idées. Olivia respecte cette décision même si elle aimerait en savoir davantage. Parce que cela l’intéresse. Parce que cela leur ferait un sujet de conversation, à table.

Un roman très bien construit où l’alternance entre l’hôpital,  la vie privée, la vie de  et dans l’entreprise donne du corps à la trame psychologique. Thomas et Olivia, comme tout un chacun sont faits de glaise, structures non linéaires que l’épreuve changera, mais je vous laisse le plaisir de la découverte.

Un très bon premier roman sur un patron de PME. C’est un milieu que je connais un peu ; la solitude du patron, les difficultés des ouvriers, la dureté du travail, la saleté, le bruit, la petite paye …

«Chaque mois, Thomas signait les nombreuses demandes d'acompte sursalaire de ses employés.»

Un livre fort bien écrit, réaliste, avec de très belles tournures de phrases. Un très bon premier roman au ton juste lu dans le cadre des 68 premières fois

 

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Stéphanie Kalfon - Les parapluies d'Erik Satie

3 Mai 2017, 15:52pm

Publié par zazy

Les parapluies d’Erik Satie

Stéphanie Kalfon

Editions Joëlle Losfeld

Février 2017

216 pages

ISBN : 9782072706349

 

4ème de couverture :

En 1901, Erik Satie a trente-quatre ans. Sans ressources et sans avenir professionnel, il délaisse Montmartre et l'auberge du Chat Noir pour une chambre de banlieue sordide où, coincé entre deux pianos désaccordés et quatorze parapluies identiques, il boit autant, ou plus, qu'il compose. Observateur critique de ses contemporains, l'homme dépeint par Stéphanie Kalfon est aussi un créateur brillant et fantaisiste : il condamne l'absence d'originalité de la société musicale de l'époque, et son refus des règles lui vaut l'incompréhension et le rejet de ses professeurs au Conservatoire.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Lauréate en 2007 de la bourse « Scénariste TV » décernée par la Fondation Lagardère, Stéphanie Kalfon a notamment travaillé pour la série Vénus et Apollon diffusée sur Arte. Elle est également la réalisatrice du film Super triste avec Emma de Caunes, et travaille actuellement sur un long métrage avec Jean-Pierre Darroussin. Les parapluies d'Erik Satie est son premier roman.

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Ce n’est pas une biographie mais une interprétation, une recomposition de la vie d’Erik Satie, sa longue descente dans les enfers de la solitude, de la folie, de la création.

Avec Erik Satie, homme très entier

 

« On ne partage rien pour de faux. On ne partage rien pour passer le temps, faire quelque chose, rester à ensemble sans importance. »

Depuis sa plus tendre enfance, le compositeur est hors temps, hors jeu, "un égaré dans ce siècle" Il se cherche dans un monde qui se modernise mais dont les parangons refusent toute innovation comme ses professeurs du Conservatoire. Il entre en lui-même, écorché vif. Sa chambre à Arcueil, est son cercueil, son refuge ultime, il y crève de solitude. Pourquoi partir si loin de Paris, de ses amis ?

« Il veut être à la périphérie car il se sent périphérique. Et Satie est avant tout un être cohérent. Voilà ce que les autres n’ont pas compris, ceux qui le croient fou, excentrique. Ceux qui ne voient en lui qu’une dérisoire dérision ».

L’amitié est importante pour lui et n’en veut même pas à son ami Debussy qui lui vole ses idées et créera  Pelléas et Mélisande.

« Il s’était senti compris, et aussitôt dépossédé, mais trop tard mon bon vieux, il ne fallait pas en dire autant, tout donner pourquoi ? Est-ce qu’un peu d’admiration vaut assez pour tout donner ? Juste pour le plaisir d’être le centre éphémère du monde ? »

Man Ray, quant à lui estimait que

« Erik était le seul musicien à avoir des yeux.. Le photographe avait repéré qu'Erik n'écoutait pas la musique, il la peignait, il la photographiait, il l'observait."

Un écorché vif qui se protège, mais de quoi ? Avec ses quatorze parapluies noirs.

Quelques petits entractes lorsque Stéphanie Kalfon met en scène les actualités de l’époque, naissance du cinéma, la construction de la Tour Eiffel, même la naissance du Coca Cola ! Heudebert et la création de la biscotte…  « Mais ceci est une autre histoire. »

L’écriture vive, alerte, de Stéphanie Kalfon est à l’opposé de ce qu’elle raconte de la vie misérable, décalée d’Erik Satie. Pourtant, elle épouse le rythme du compositeur, scande la musique de ses mots au rythme des divagations de Satie, le suit dans ses désespérances, sa fuite en avant. Elle le suit en Absurdie, dans sa déchéance, son enfermement. Pour moi, cette apparente dichotomie est la force de ce livre.

Un très bon premier livre qui m’a permis de découvrir une autre vue de la musique de Satie

Livre lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

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