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ZAZY - mon blogue de lecture

Je n'aurais pas dû - 3

30 Mars 2017, 20:10pm

Publié par zazy

Le principe du désir

Saïdeh Pakravan

Editions Belfond

mars 2017

432 pages

ISBN : 9782714470942

 

4ème de couverture :

Sarah Bly, artiste new-yorkaise en pleine ascension dans le marché de l'art contemporain, rencontre un homme exceptionnel et immensément charismatique, Thaddeus Clark. Non seulement est-il un collectionneur de renommée internationale, un mécène et un géant des marchés financiers mais c'est aussi un être profondément équilibré et adorant la vie. Un homme heureux dont Sarah s'éprend de toute son âme mais avec qui elle ne veut pas vivre une banale histoire d'amour. Pour parer à ce risque, elle fait sien le Principe du désir : puisque nous voulons tous ce que nous n'avons pas, jamais Clark ne verra d'elle autre chose qu'une tiédeur amicale et plutôt indifférente, sauf dans leur vie sexuelle, d'une rare intensité. Devant la poursuivre sans cesse, il continuera à l'aimer.

Dans l'état second qui devient le sien, saura-t-elle dépasser sa folie passagère pour arriver à vivre avec Thaddeus?

L’auteur (site de l’éditeur)

Saïdeh Pakravan, écrivaine franco-américaine de fiction et poète, est née en Iran. Ayant grandi dans un milieu francophone, elle s'installe à Paris, participant, après la révolution iranienne de 1979, à un mouvement de libération de l'Iran.
Publiée dans de nombreuses revues littéraires et anthologies, lauréate de prix littéraires dont le prix Fitzgerald, Saïdeh Pakravan est également essayiste et critique de film.

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Du début, ce livre avait un gros handicap ; je l’ai lu juste après « Les putes voilées n’iront pas au Paradis ! ». Un challenge qui n’a pas été relevé.

Cela m’a paru trop superficiel, trop convenu, trop roman à la BC. Je n’ai pas tenu plus de cent pages, je l’ai refermé définitivement. Je sais qu’il conviendra parfaitement à une personne : ma mère.

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Chahdortt Djavann - Les putes voilées n'iront jamais au Paradis !

30 Mars 2017, 19:55pm

Publié par zazy

Les putes voilées n’iront jamais au paradis !

Chahdortt Djavann

Editions Grasset

Avril 2016

208 pages :

ISBN : 9782246856979

 

4ème de couverture :

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran.
Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire.
À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes.
Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

L’auteur (site de l’éditeur)

Chahdortt Djavann, romancière et essayiste, est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, notamment Bas les voiles ! (Gallimard, 2003), La muette (Flammarion, 2008), Je ne suis pas celle que je suis (Flammarion, 2011), La dernière séance (Fayard, 2013), Big Daddy (Grasset, 2015), et Les putes voilées n'iront pas jamais au paradis! (Grasset, 2016).

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Une grosse colère  m’est venue à la lecture de ce livre et n’a cessée depuis.

Une femme est retrouvée morte dans son tchador, c’est automatiquement une pute. Sauf l’ouvrier qui l’a trouvée et se demande s’il doit avertir la police, personne, ni femme, ni homme pour avoir une once d’humanité devant le cadavre de cette femme.

« Moi, j’ai entendu une fois un gardien dire qu’il faudrait exterminer toutes ces femmes qui répandent le mal et pervertissent les croyants
Moi, je dis qu’elle méritait ce qui lui est arrivé
Moi, je dis pas
Et tu dis quoi ? Il faut les laisser faire, ces putes ?
Non, il faut les sanctionner fermement
Rien n’arrête une pute. C’est vrai, on n’en peut plus de ces traînées
Nos fils sont pervertis
Et nos maris alors ?
Une femme qui va avec des hommes inconnus ne mérite pas mieux que ça.
J’espère que ça va servir de leçon aux autres
Il faut laisser son corps, comme un chien, pour que les autres traînées la voient.
C’est vrai quoi ! On n’ose pus marcher Danby la vie à cause de ces traînées…
Vous dites n’importe quoi. Il ne manquait plus que des assassins dans ce quartier !
Ce n’est pas un assassinat, c’est du nettoyage.
Enfin un homme qui a eu le courage de nous débarrasser d’une souillure !
En tout cas, c’est un croyant courageux. »

En tout cas, c’est un croyant courageux. »

Que voici une bonne mise en appétit !

Oui, il y a un homme courageux, un bon croyant qui prend la peine de débarrasser l’Iran de ce fléau que sont les putes. Les a t-il exterminées avant ou après usage ?? J’opterais pour le numéro deux. De toute façon, ce n’est pas grave, le sang de ces femmes était sans valeur, des chiennes.

Zahra et Soudabeh deux amies d’enfance, belles comme le jour, ont, au départ des envies, des espoirs. Las ! Zahra est mariée à douze ans, impubère, à un homme peut-être plus âgé que son propre père, ce qui signifie plus d’école et plus d avenir.

« Une fille si belle est un danger permanent, une tentation diabolique même pour ses propres frères ».

« Son époux avait dépucelé la gamine sans égard ni tendresse. Brutalement. Ce qui l’avait fait jouir puissamment. Préparer sa très jeune épouse avec des caresses et des baiser, l’exciter de sorte que son vagin fût humide et prêt à être pénétré était une vision avilissante et dégradante pour la sexualité virile des hommes de son milieu. On pénètre sa femme avec force, d’un coup, comme on enfonce une porte. Comme on viole. On pénètre sa femme vagin sec et fermé avant qu’elle n’écarte les cuisses comme une pute. »

Veuve à dix-sept ans, avec deux jeunes enfants, sans avoir connu l’insouciance de l’adolescence, et très naïve, elle sera mise sur le trottoir par un très bon ami de feu son mari. Elle n’est pas belle la vie !!!

Soudabeh, quant à elle, pour ne pas se trouver mariée à l’adolescence, et tout aussi naïve,  à treize ans, fait une figue qui se termine… au bordel

« En tant que novice, c’est avec talent et obéissance que Soudabeh se soumit à la volonté de Dieu et débuta sa carrière de prostituée. Puisque Dieu en avait décidé ainsi, elle accomplirait de son mieux sa destinée. ».

Soudabeh devient pute de luxe. Ces macs ne cessent de lui rappeler d’où elle vient.

« N’oublie jamais dans quel taudis on t’a ramassée, ta chance est inespérée. »

N’est-il pas !

 

Chahdortt Djavann, entre fiction et réalité, vous donnez la parole à ces femmes qui se sont prostituées et qui, toutes, sont mortes parce qu’elles étaient putes. Elles sont cueillies par la misère, pour avoir fait confiance à la mauvaise personne, payer les drogues parentales et ou maritales, vendues, bonnes à tout faire, dans le plein sens de l’expression. Ces fillettes n’ont aucune éducation et lorsqu’à 17 ou 20 ans, elles sont veuves, répudiées, divorcées quel autre destin peuvent-elles avoir. De toute façon, la mort est au bout de leur chemin d’épines. Mouche sur le tas de fumier qui leur sert de vie, la mère, à sa naissance ne la déclare pas et se sert du certificat de naissance de l’aînée morte à quelques trois mois. Dès le début les dés sont pipés, une fille cela ne cause que des ennuis, alors, le plut tôt elle sera mariée, le mieux ce sera.

Les termes sont crus, durs. Elles parlent de cul, de bite, de branlette, de violence, de sueur, de saleté, de viol, jamais de l’amour, elle ne l’on jamais connu. Ces termes n’évoquent que la violence

« Une femme de ce pays, même une pute, se déplace sans faire de bruit. A travers le tchador noir, les clients ne voient ni jambes, ni seins, ni peau, ni boucles de cheveux, ni chute de reins… Les hommes visent directement le trou où tremper leur bite, c’est tout. »

Shahnaz assume son métier, elle aime le sexe, c’est presque l’exception qui confirme la règle, mais sa fin fut commune aux autres femmes.

« Je préfère la bite et le sperme à l’urine et les excréments, et même parfois, outre le pognon, je prends mon pied avec vos pères, vos frères et vos maris ».

« Ce n’est pas pour rien que, dès que les extrémistes islamistes s’emparent du pouvoir, ils s’en prennent tout de suite au plaisir en général et au plaisir sexuel en particulier… Pour eux, la sexualité des femmes est diabolique. Ils ne supportent pas l’idée que leur mère ait écartée les jambes pour les fabriquer. »

Ces mollahs, ces hommes vertueux, religieux, obéissants…. Sont issus du ventre de leur mère. Est-ce pour cela qu’ils ne veulent pas écouter ni voir le plaisir d’une femme ?  parce que la jouissance, possible, de leur génitrice la rabaisserait ? Touche pas à ma mère, mais je viole ta sœur qui est seule dans la rue ou je l’épouse pas encore nubile.

Epouser une gamine de huit, dix ans, pour moi, c’est de la pédophilie. Tout comme ces contrats de mariage temporaire s’apparentent à du proxénétisme. Une fois le contrat terminé, la jeune femme ne sera plus vierge et, finira au bordel ou dans la rue. Quelle belle morale vous nous donnez-là, messieurs les mollahs !

Malheureusement, cela ne se passe pas qu’en Iran. La pauvreté engendre cette vie sans espoir, J’ai l’impression d’enfoncer des portes ouvertes. En France, je ne crois pas que les femmes venues chercher une vie un peu meilleure et qui se retrouvent sur le trottoir sans papiers, sous les ordres  d’un mac, d’une mafia, soient plus heureuses. Laissons venir à la tête du pays, des ultras et….

Que de conneries sont faites et dites au nom de la religion… Toujours au détriment de la femme. C’est à elle de se cacher, de s’enfouir sous un tchador, pas à l’homme de se maîtriser. Je me demande si la religion qui interdit tout n’est pas la raison de cela, le serpent se mord la queue (pardon pour l’image).

Pour ceux que la longueur de ma chronique  rebute, sachez que c’est un livre-document à lire absolument

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Elisabeth Jacquet - Mon mari et moi

28 Mars 2017, 13:17pm

Publié par zazy

Mon mari et moi

Elisabeth Jacquet

Editions Serge Safran

mars 2017

144 pages

ISBN : 979-10-90175-65-5

 

4ème de couverture :

Il y a un homme et une femme. Puis il y a une femme et un mari. « Un jour un homme est devenu mon mari » dit-elle. Mais au fait qu’est-ce qu’un mari ?
Avec humour, sérieux, tendresse ou gravité, Élisabeth Jacquet explore le concept de mari, éternel ou pas, le considère, l’interroge, s’en étonne, cherche des éclaircissements.
Essai sentimental sous forme de précis conjugal, Mon mari et moi conte ce qui se joue au cœur de notre intimité quand nous la partageons avec quelqu’un d’autre.
Après le mariage pour tous, voici un petit livre pour tous sur le mariage.

L’auteur (site de l’éditeur)

Élisabeth Jacquet travaille différentes formes de narration. Chacun de ses livres possède, en fonction du sujet traité, sa forme singulière. Certains de ses textes, dont Mon mari et moi sont adaptés en fictions radiophoniques.

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La couverture orange traditionnelle a fait place à une couverture noire très élégante. J’aime beaucoup les sous-titres qui sont souvent très explicites. Il en va ainsi de ce livre « Petite exploration de la vie conjugale ». Tout un programme.

Oui, une fois marié, un couple devient une entité, mari et femme. On ne dit plus époux-épouse. Ce sont mes parents qui disaient cela.

« Tous les objets usuels ou de décoration, du plus grand au plus petit, sont devenus ni à moi, ni à lui : à nous. ».

Beaucoup de choses passent par le nous, par le besoin du regard de l’autre.

« En revanche seul(e) face à une nouveauté, plongé(e) dans un ravissement ou la sensation d’une découverte, notre émotion légèrement se fissure, aussitôt s’y profile la dimension manquante de l’absent(e) »

L’autre dont on ne sait pas tout et dont on ne saura jamais tout

« Non seulement mon mari ne l’a pas toujours été, mais l’étant il n’a en plus jamais cessé d’être en majorité Autre Chose. »

En fait, qu’est-ce que le mariage, que représente t-il ?

« Le mariage est-il un but en soi ?
Une fin ou un commencement ?
Cela dépend-il des gens ?

Oui, pourquoi nous sommes-nous mariés ? Bien sûr, le PACS n’existait pas. Qu’est-ce qui fait qu’un mariage dure ? Pourquoi cela fonctionne ? Pourquoi lui, pourquoi elle ?

Qu’imaginions-nous mon mari et moi en nous mariant ?
Nous nous imaginions à la fois semblables et très différents, les mêmes mais autrement, puisqu’il était impossible de prévoir l’ensemble et la nature des évènements qui prendraient place au cours de notre vie commune »

« Avec qui d’autre aussi longtemps partager les sanitaires, bruits odeurs et rituels de nos corps sans cesse à proximité ? »

Les disputes, les réconciliations, l’usure du quotidien, l’amour profond, la confiance, les enfants, bref tout ce qui fait le sel et le poivre d’une vie de couple.

Tout au long de ce recueil d’aphorismes, je me regarde, pardon, je nous regarde, mon mari et moi, dans le miroir des mots, des phrases d’Elisabeth Jacquet.

 

Théorème mathématique à méditer

"Ainsi sommes-nous chacun la somme de ce que nous sommes l'un avec, pour, contre, indépendamment mais jamais vraiment sans l'autre."

Une petite exploration conjugale lue d’une traite, dont j’apprécie, maintenant, de picorer ça et là quelques phrases.

Un ravissement charmant, mutin, sérieux, fin, Elisabeth Jacquet joue avec les mots pour mon plus grand plaisir tout en s’interrogeant, et m’interrogeant de ce fait, sur cette union

« Finalement où, dans quel monde, selon quels plans et pour combien de temps mon mari et moi sonnes-nous mariés ?

Une ode drôle, fine, un brin décalée au mariage

Serge Safran, à travers les auteurs qu’il publie, nous permet de belles découvertes

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Arnaud Dudek - Les vérités provisoires

26 Mars 2017, 11:09am

Publié par zazy

Les vérités provisoires

Arnaud Dudek

Alam Editeur

184 pages

février 2017

ISBN : 978-2-36279-207-6

4ème de couverture :

Céline Carenti a disparu. Un dimanche matin, elle s’est tout simplement volatilisée. On la cherche, puis on la cherche un peu moins. Deux ans après la disparition, Jules Carenti, le frère, s’installe dans l’appartement de Céline. Ce drôle d’adolescent, menteur chronique aussi attachant qu’agaçant, se met en tête de la retrouver. Au cours de son enquête, il rencontrera une jeune amatrice de tisanes, puis un intrigant industriel. Il se réconciliera aussi avec lui-même. Mais quel genre de vérité émergera de ses recherches ? Car si, pour Jules, les vérités sont provisoires, c’est qu’il ne se résigne pas à ce que règne l’ordre des choses.

Famille, absence, Arnaud Dudek creuse le sillon de ses thèmes de prédilection. Un roman vif et tendre, habillé en intrigue policière.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Arnaud Dudek déménage souvent (en ce moment, il vit et travaille à Paris). Selon des sources concordantes, ce garçon discret serait né à Nancy, en 1979. Dans ses nouvelles (pour la revue littéraire Les Refusés ou pour Décapage) et dans ses romans (tous publiés chez Alma), il raconte les gens ordinaires avec humour et tendresse. Son premier roman, Rester sage (2012) a fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman et a été adapté au théâtre par la Compagnie Oculus. Le second, Les fuyants (2013), a été sélectionné pour le prix des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le troisième, Une plage au pôle Nord (2015) est traduit en allemand.

Il est par ailleurs co-organisateur des rencontres littéraires AlternaLivres, dont la dernière édition s’est tenue en octobre 2015 à Messey-sur- Grosne en Saône-et- Loire.

Les vérités provisoires est son quatrième roman.

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« On est sans nouvelles de Céline Carenti, une étudiante âgée de vingt-deux ans. »

Céline a disparu depuis deux ans, faute de nouvelles pistes, les dossiers s’entassant, les recherches ont été abandonnées. Jules, son frère s’installe dans l’appartement, s’y enferme comme dans une coquille, pour chercher, essayer de savoir.

Jules ? Un être inadapté, perpétuel étudiant, menteur patenté, mais pas pour faire le bravache, non, par faiblesse, par gentillesse, pour mieux vivre ou rêver sa vie. Sa vie est une esquive perpétuelle.

« Le garçon a longtemps posé problème. Son comportement, sa timidité, ses mensonges, ça ne faisait pas rire. On a frôlé le psychothérapeute. Mais on a fini par se convaincre que mieux valait ce genre de crise d’adolescence que pas d’adolescence du tout. »

valait ce genre de crise d’adolescence que pas d’adolescence du tout. »

Jules semble être un ventre mou et l’appartement devient sa carapace. Il se cache tellement que c’est le narrateur, donc l’auteur, qui décrit les scènes.

Qui sait si, à force de fouiller dans les affaires de sa sœur, d’enquêter sur sa vie avant la disparition, il ne se trouvera pas lui-même, d’autant qu’une jeune et jolie voisine répondant au doux nom de Bérénice, entre dans sa vie et qu’un industriel allemand, amant de sa sœur, lui offre une béquille.

Le regard tendrement ironique qu’Arnaud Dudek pose sur Jules me le rend sympathique, malgré des défauts rédhibitoires pour moi.

Bien calée sur mes oreillers, je regarde avec le narrateur évoluer Jules, je l’admire de ne pas s’empêtrer dans ses mensonges grâce à une mémoire prodigieuse, je le suis dans les méandres de son aventure avec Bérénice. Je le vois évoluer doucement vers un retour à la « vraie vie » avec beaucoup moins de mensonges, vivre avec ses souvenirs et, enfin, regarder plus loin.

Les vérités sont provisoires, mais la vie est une permanence.

Alma offre un catalogue d’auteurs qui, sans faire trop de bruits, tracent une belle route, preuve de leurs talents d'écrivains.

Arnaud Dubek, je fus séduite par Rester sage et là, je confirme, votre univers me plait.

 je vous remercie de m’avoir proposé votre livre. J’ai souri en lisant votre dédicace. Je ne l’avais pas vu en recevant le livre car je savais que, si je l’ouvrais, je ne pourrais le refermer avant d’en avoir terminé la lecture. Voyez que de temps à autre, je puis être sage !

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Dominique Rameau - Sanglier

25 Mars 2017, 21:27pm

Publié par zazy

Sanglier

Dominique Rameau

Editions Corti

Collection Biophilia n°11

Février 2017

128 pages

ISBN : 978-2-7143-1175-7

 

 

4ème de couverture :

Sybille débarque fortuitement à la campagne, dans une maison qu’on lui prête une semaine. Elle est d’abord perdue, très seule ; mais les rares habitants qu’elle rencontre sont chaleureux. Et surtout dehors, toutes ces choses qu’elle ne connaît que de nom, grillons, oiseaux, herbes, l’intéressent.

Syb tâche d’en savoir plus. Dynamique et intrépide, elle multiplie les sorties, les explorations, les expériences ; le jour, la nuit ; sur les rochers, dans l’eau glacée, au fond d’un pré. Elle prend des risques. Pour rejoindre les vaches, les lézards, les sons bizarres, la lune, elle invente, varie les approches, dessine, rêve.

C’est très physique : elle se cogne, s’essouffle, se blesse aux ronces et aux barbelés. Mais elle n’a pas froid aux yeux. Sa solitude semble ici normale : renard, âne, vieille dame farouche et rieuse, adolescente étrange et attirante.

Chaque jour de cette petite semaine l’éloigne davantage de ce qu’elle maîtrise, l’ouvrant à l’inconnu du monde ; elle s’y livre sans retenue.

Un roman bref, à une seule aventure et cent cinquante deux herbes, bêtes et gens.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Dominique Rameau, comme la plupart des ovnis littéraires de chez Corti, est, pour le moment, totalement inconnu.

Naissance en 1947. Enfance tranquille, adolescence ravagée. Étudie de façon chaotique la philosophie, puis la littérature.

Pratique la méditation, la promenade.

Après des péripéties et près de quarante ans de travail, vit avec sa femme dans le Morvan.

Sanglier est son premier roman publié.

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Sa patronne, lui octroie, d’office, une semaine de congés. Pour faire passer la pilule, elle lui propose sa maison dans le Morvan. Maison de pierre qui a appartenu au Jean Lhomme et à l’Antoinette, lieu d’un crime sanglant, dans un hameau vidé.

Pour une parisienne pur jus, ce n’est pas évident. Elle y arrive par le car, enfin le car la dépose au hameau le plus proche. Elle fait le reste à pieds.

 

« On entend des oiseaux. Il ya beaucoup de fleurs au bord de la route… Pas de maisons, ni de voitures, ni personne. Sybille reste interdite ».

Commence une quête presque initiatique et très sensuelle, une ode au retour à la nature.

Son plaisir, hors les promenades, s’asseoir sur les marches du perron, écouter les oiseaux, les grillons. Elle rencontre les rares habitants, la boulangère du village voisin, sa « voisine » qui lui racontent l’histoire de ce lieu.

« Sybille Vanaen est profondément satisfaite d’être là, mais elle a peur »

Sybille profite de cette liberté pour découvrir son petit coin qui n’est pas loin d’être le paradis. Elle va s’ouvrir à la nature, à son environnement, essayer de ne faire qu’un avec son entourage. Elle marche à travers les forêts, les prairies, même pas peur de se perdre.

Elle marche de jour, de nuit, vêtue ou nue, elle respire les odeurs de la campagne, suit les oiseaux du regard, fait corps avec la nature à son apogée.

« Les hirondelles font de l’épate, elle lui effleurent les cheveux Fryy fryy kibutchipp »

L’écriture est très belle, les descriptions minutieuses emplies de poésie. Je ressentais le trouble de Sybille, un trouble sensuel, exquis et délicieux lors de ses promenades. Oui, la nature est sensuelle à qui se laisse caresser par les hautes herbes, les chants d’oiseaux, la course des nuages, la nuit sous la voûte céleste étoilée, le bruit du ruisseau et de sa petite cascade….

Sybille s’est laissée aller, à lâché prise, s’est ouverte telle une fleur, s’est mise entre les mains de Dame Nature. Je gage que cette semaine morvandelle laissera des traces dans son futur.

Comme Sybille,  prenez le temps de déguster chaque instant, chaque mot. Prenez le sentier des mots, laissez  le chant des oiseaux, des grillons vous pénétrer par la beauté de ce texte, vous arriverez dans la clairière des chapitres, écouterez la petite cascade vous murmurer les phrases… et ce sera le bonheur.

Un coup de cœur pour ce magnifique premier roman.

L'oiseau décrit dans le livre qui fait houm houm houm est une huppe fasciée (photo prise dans ma pelouse)

 

Sanglier est également un hameau près de Villapouçon dans le Morvan. Un peu plus loin, il y a le village de Biches. Des coins à belle balades.  

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Marine Westphal - La téméraire

24 Mars 2017, 23:26pm

Publié par zazy

La téméraire

Marine Westphal

Editions Stock

Collection : La Bleue

Janvier 2017

144 pages

ISBN : 9782234081901

 

4ème de couverture :

Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. »

Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.

La téméraire est un texte bouleversant qui embrasse la maladie dans une danse grave et généreuse.

Quelle découverte ! Quelle plume ! Quel talent ! "

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marine Westphal a vingt-sept ans, elle est infirmière. La téméraire est son premier roman.

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J’ai reçu une claque avec ce livre.

Sali et Bartoloméo dit Lo Meo, un couple qui a su garder et faire grandir leur amour. Ils se tiennent par la main depuis trente années. Pourtant l’irréparable arrive par le biais d’un AVC  de Lo Mehttps://68premieresfois.wordpress.com/o lors d’une randonnée dans les Pyrénées avec son ami, son poto.

Bien sûr, comme disent les médecins, il est vivant, mais le verdict tombe, dommages irréversibles, débrouillez-vous avec cela. On le ramène chez lui,  se retrouve dans un lit médicalisé qui encombre le salon. LUI, le vivant, le roc, le socle, le chêne, le voici devenu légume, poireau flétri par le gel.

« Un lit au centre du salon, un matelas aux bourrelets tendus d’air, un homme en pyjama au mois d’août, allongé. Est-ce qu’il dort, je l’ignore. Sali veille. »

Sali est là, passe ses journées à ses côtés, assise dans le fauteuil, témoin de tant de bonheur, se refusant toute autre activité, même se laver les cheveux. Elle y vit, y campe.

« Le corps d’une femme disparait dans un volumineux fauteuil aux gros boudins de bras, baptisé Goliath. Le genre confortable et crevé d’avoir trop servi. »

Suite à une phrase d’Olga, l’infirmière à domicile, un jour l’idée germe dans l’esprit de Sali, d’emmener une dernière fois Lo Meo à son « jardin », qu’il s’éteigne sur son tapis de mousse la face vers le paysage qu’il admire tant et où ils aimaient aller.

« Car elle avait un but, un incroyable objectif qui mobilisait toutes ses pensées et des forces : ne pas le laisser crever là, lui qui aimait tant l'impolitesse du vent et les grands espaces »

« L’endroit était si pur que les astres semblaient se pencher sur la Terre et sur ses colonisateurs bornés, l’altitude rendais les étoiles grosses comme des galets, presque palpables. Allongés sur la mousse, une nuit d’été, Sali et Lo Meo s’étaient amusés à les collectionner entre le pouce et l’index réunis en pincette, bras tendus, bouches béantes, émerveillés devant l’espace infini. Puis ils avaient entrelacé leurs dix doigts ».

« Sali voulait juste le porter là-bas, lui offrir ce voyage ».

Ainsi, elle est devenue la Téméraire, celle qui se cachant de tout le monde a porté, au sens littéral du mot, Lo Meo vers leur jardin, son jardin. C’était leur moment, le dernier, l’ultime, à tous les deux. Une fois les yeux de son mari fermés définitivement, elle prévient ses enfants.

Maïa, habite loin de chez ses parents, depuis l’annonce de l’AVC, elle se soûle la nuit et emmène des mecs chez elle, juste pour se sentir vivante et retarder l’apparition de la bête, de la mort. Quant à Gabin, resté proche, il est là, se tient pas trop loin de sa mère, passe tous les jours.

Marie Westphal a mis des mots, des phrases sur mes peurs, sur MA peur, sur mon cauchemar ; voir mon mari partir avant moi, victime légumière d’un AVC.  Avec ses mots, ses phrases, son écriture lumineuse, précise, ses descriptions poétiques sur la nature, elle a trouvé les mots justes, les phrases intenses pour parler de la fin de vie. Nonobstant l’émotion qui m’a submergée, j’ai aimé la façon dont l’auteure s’est emparée du sujet. C’est un premier roman maîtrisé et abouti.

Merci Marie Westphal.

Ce livre fait partie de la sélection des 68 Premières fois et c’est un coup de cœur, même un coup dans l’estomac.

J'aime beaucoup le dessin du bandeau

 

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Mika Biermann - Booming

23 Mars 2017, 16:37pm

Publié par zazy

Booming

Mika Biermann

Editions Anarchasis

août 2015

144 pages

ISBN : 9791092011289

 

4ème de couverture :

Surgis du fin fond du décor, Lee Lightouch et Pato Conchi, le grand maigre et le petit gros, se rendent à Booming pour raison sentimentale.
« Personne ne va à Booming » ; « Prenez un bonbon, je ne crois pas qu’ils en aient » : on les avait pourtant prévenus. Kid Padoon et sa bande font régner la terreur à Booming, le shérif à leur botte, le bordel à leur service, le saloon à leur disposition, le croque-mort aux petits soins.

Mais ça n’est encore rien : il y a quelque chose de détraqué à Booming, un truc qui coince, qui débloque, qui recoince et qui vous rend cinglé.
Accrochez-vous : Booming est un western quantique qui se joue des balles et du temps qui passe.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Mika Biermann, originaire d’Allemagne, habite Marseille depuis 25 ans. Après avoir fait les Beaux Arts à Berlin et Marseille, il s’achemine vers l’écriture, et a déjà publié deux ouvrages : Les 30 jours de Marseille (Climats, 1996) et Ville propre (La Tangente, 2007). Un Blanc est son troisième roman, mais il a aussi publié en Autriche la traduction allemande des chroniques de Jacques Durant dans Libération sur la tauromachie.

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Booming sent bon la petite ville américaine florissante, avec ses commerces, son saloon, son sheriff, ses indiens, ses bandits, son croque-mort… bref, une ville du far West florissante. Quoi, ce n’est pas ça ? Lorsque l’on s’appelle Booming….

Lee Lightouch, longiligne anglais amoureux de la peinture et Pato Conchi, colombien petit, bien en chair et leurs mules, en auront un tout au avis lorsqu’arrivés à Townsend  ils demandent la direction de Booming

« Le barman chauve expédia un mollard dans le crachoir.
- Personne ne va jamais à Booming
- -Pourquoi pas ?
- N’y a rien là-bas »

Pourquoi ces deux hommes qui font penser à Don Quichotte et Sancho Panza veulent-ils aller à Booming ? C’est là que l’histoire diverge par rapport à Don Quichotte. Pato Conchi veut y retrouver sa Dulcinée, sa Conchita enlevée par Kid Padoon.

Ami lecteur, amie lectrice cartésiens, sautez de votre mule, restez à Townsend, je repasse vous chercher à la fin de cette chronique.

Bon, retrouvons nos deux cow-boys à l’entrée de Booming devant un indien assis immobile mais qui semble vivant, sauf qu’il est dur comme une statue, mais intransportable.

« A l’œil nu, les cheveux ressemblaient à de vrais cheveux, la peau à de la vraie peau. Au toucher, tout avait la dureté de la pierre. La rigidité du fer. La densité du bois. »

Peu après, Pato s’enfonce un brin d’herbe dans la chaussure, sauf que… l’herbe est dure et tranchante comme du fer, qu’ils ne peuvent la déterrer.

Avec précaution, ils continuent leur chemin pour entrer dans Booming. Tout est immobile, même le soleil ne bouge pas, un vrai décor de cinéma. Plus loin, un homme est dans le même état que l’indien.

Bienvenue à Booming où même les mouches sont arrêtées dans leurs vols, ville sans bruit, sans mouvement, sans odeur.

Les deux hommes se séparent et, à ce moment, la vie reprend ou, ils se promènent au milieu des « statues » et font dévier la balle qui devrait tuer…

Ces « arrêts sur image » racontent la violence qui règne à Booming sous la coupe de Kid Padoon et sa bande.

Bref, Mika Biermann s’amuse, se joue des codes, des dimensions, du temps… La chronologie est bafouée avec allégresse, les histoires se croisent dans le temps, tout semble fou sens dessous-dessus, mais, que nenni, l’auteur sait où il nous emmène et tricote son histoire avec précision. Un point à l’endroit, un point à l’envers, puis reprend la maille plus haut… pour une écharpe qui s’enroule agréablement autour de mon cou. Une histoire qui ne me fait pas lâcher le livre.

Plus que ce western hors d’âge, pas comme les infâmes whiskies que se tapent Lightouch, il y a l’amitié intemporelle entre ces deux hommes que tout devrait séparer.

Ce roman est superbement construit, déconstruit puis reconstruit, tout ceci avec brio, sans jamais perdre le fil. J’y ai perdu la tête, l’ai retrouvée pour mieux être comblée par la maîtrise de l’écriture

Bref, entre western classique avec les bons, les méchants, les truands, les pendaisons, les filles de joie, le sheriff corrompu et ivrogne… et western quantique, selon la 4ème de couverture et que je ne saurais vous expliciter, j’ai passé un moment de lecture comme je les aime.

La couverture du livre concoctée par Anacharsis est parlante, après coup ; Un cow-boy en plastique sur son cheval et son petit carré d’herbe verte, posé sur un décor genre Colorado.

Livre lu dans le cadre de la voie des indés initiée par Libfly qui met à l'honneur les éditeurs indépendants.

 

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Andreï Makine - L'archipel d'une autre vie

18 Mars 2017, 18:30pm

Publié par zazy

L’archipel d’une autre vie

Andreï Makine

Editions du Seuil

Août 2016

ISBN 9782021329179

 

4ème de couverture :

Aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, s’étendent des terres qui paraissent échapper à l’Histoire…

Qui est donc ce criminel aux multiples visages, que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer à travers l’immensité de la taïga ?

C’est l’aventure de cette longue chasse à l’homme qui nous est contée dans ce puissant roman d’exploration. C’est aussi un dialogue hors du commun, presque hors du monde, entre le soldat épuisé et la proie mystérieuse qu’il poursuit. Lorsque Pavel connaîtra la véritable identité du fugitif, sa vie en sera bouleversée.

La chasse prend une dimension exaltante, tandis qu’à l’horizon émerge l’archipel des Chantars : là où une « autre vie » devient possible, dans la fragile éternité de l’amour.

Andreï Makine, né en Sibérie, a publié une douzaine de romans traduits en plus de quarante langues, parmi lesquels Le Testament français (prix Goncourt et prix Médicis 1995), La Musique d’une vie (prix RTL-Lire 2001), et plus récemment Une femme aimée. Il a été élu à l’Académie française en 2016.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Andreï Makine est né en Sibérie en 1957. Il obtient l’asile politique en France en 1987, et se consacre à l’écriture tout en donnant des cours de littérature russe à l’Ecole Normale et à Science Po.
Avec Le Testament français, en 1995, Andreï Makine obtient le Prix Goncourt et le prix Médicis 1995.

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La nuit est tombée depuis longtemps, sous la couette, avec une bonne tisane chaude, bien confortablement installée, je suis prêt à passer la nuit à affronter le froid sibérien.

Tougour (Extrême-Orient russe), un jeune est attiré par un homme et se décidé à le suivre

« Il se leva, se chargea de son barda, se mit en marche. Et moi sur ses traces, je sentais qu’il ne m’était plus tout à fait inconnu. »

Les voici dans la taïga et, ce qui devait arriver, arriva. L’inconnu tend au piège et le suiveur tombe dedans. Cela pourrait être le début d’un polar, mais il n’en est rien. L’homme lance

« Assieds-toi et raconte ». Au bout de cinq minutes, je crus avoir tout dit : notre départ de l’orphelinat, le stage, la bagarre des géodésistes, Tougour… »

l’orphelinat, le stage, la bagarre des géodésistes, Tougour… »

A son tour, l’homme raconte.

Automne 1952, Pavel Gartsev, militaire réserviste se retrouve en Sibérie Orientale pour participer à des manœuvres expérimentales dans le cadre d’une possible guerre nucléaire.  Avec quatre autres militaires, Louskass, commissaire de la république quelque peu sadique, représentant du contre-espionnage militaire, Boutov, Général, très enrobé et un peu porté sur la bouteille, Ratinsky, sous-lieutenant opportuniste, Vassive, maître-chien ; ils ont pour mission de rechercher un prisonnier dangereux et armé qui vient de s’enfuir d’une prison-bagne.

Les voici à la poursuite de ce zek dans la taïga. La chasse à l’homme n’est pas aussi aisée que l’on pourrait le penser.

Cette traque a quelque chose de bizarre, c’est que le poursuivi ne donne pas l’impression de fausser compagnie à ses poursuivants. Chaque nuit, il allume trois feux, deux pour sa sécurité et le troisième à côté duquel il dort. Simple question de précaution

« Il avait compris qu’il nous fallait le prendre vivant et que le chien ne serait pas lâché à ses trousses, mais surtout que personne parmi nous n’avait hâte de s’exposer à ses balles. Il ne donnait pas l’impression de vouloir nous distancer ni de se réfugier dans une cache… et, pour la nuit, choisissait (un lieu assez exposé où nous ne pouvions pas l’aborder sans être vus. »

Les sentiments de Pavel à l’égard du fugitif se modifient

« Je ressentis pour lui non pas de la sympathie mais cet attrait qui devait unir, dans les temps immémoriaux, deux solitaires se croisant dans une forêt sauvage. »

Tout change lorsqu’il découvre qui est réellement le fugitif.

Chacun leur tour, les poursuivants sont victimes d’accidents de parcours et abandonnent la traque.  Le voici seul à poursuivre le cheminement à deux, car Pavel sait qu’il ne veut pas l’attraper. Il va comprendre qu’il n’est pas du bon côté de la vie, que le prisonnier lui donne une belle leçon de vie.

Ce qui, au début n’est qu’une chasse à l’homme, devient une quête quasi métaphysique. Pavel se débarrasse de ses oripeaux de troufion, de guerrier, pour endosser ceux de chasseur-cueilleur, apprend la nature au contact du Zek. Connaître l’identité de ce fugitif va changer sa vie de fond en comble.

Cette chasse à l’homme e transforme en voyage initiatique. L’archipel des Chantars est bien l’archipel d’une nouvelle vie.

Je fus, une nouvelle fois, subjuguée par l’écriture d’Andréï Makine. Superbe coup de cœur.

 

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Karel Schoeman - Retour au pays bien-aimé

16 Mars 2017, 21:47pm

Publié par zazy

Retour au pays bien-aimé

Karel Schoeman

Traduit de l’Afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein

Editions Phébus

Août 2006

208 pages

ISBN 978-2-7529-0207-8

 

4ème de couverture :

George Neethling, la trentaine, retourne en Afrique du Sud, pays qu’il avait quitté enfant. Sa mère vient de mourir. Il quitte la Suisse, où il réside, afin de vendre Rietvlei, la propriété où sa mère est née. Rietvlei se trouve loin de toute ville. Neethling sera hébergé par un couple de fermiers, les Hattingh et leurs enfants (trois garçons : Johannes, Hendrik et Paul, et une fille : Clara). Pendant quelques jours Neethling va vivre à leur rythme, les écoutant évoquer sa mère, le passé, l’histoire de l’Afrique du Sud, mais aussi exprimer la terreur que leur inspirent les sempiternelles rondes des militaires, tous des pilleurs et des assassins. Nous sommes encore au temps de l’Apartheid. Clara, tour à tour hostile et amicale à son égard, le mènera là où autrefois s’élevait Rietvlei, aujourd’hui un tas de ruines, conséquence d’affrontements entre l’armée et des opposants au régime. Neethling comprendra soudain qu’il ne trouvera jamais sa place dans son pays d’origine voué désormais au chaos.
Livre puissant, qui fait songer à un grand fleuve plein de remous et de tourbillons, Retour au pays bien aimé est sans aucun doute le roman de Karel Schoeman où les sentiments de peur et de colère sont les plus omniprésents. Comme nul autre, Schoeman parle aussi du silence avec une douceur toute musicale et infiniment poétique, mais cette douceur-là, nous nous apercevons peu à peu, qu’elle est terriblement trompeuse.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Karel Schoeman est né en 1939 à Trompsburg (État libre d’Orange). Solidaire du combat des Noirs de son pays, Karel Schoeman a reçu en 1999, des mains du président Mandela, la plus haute distinction sud-africaine : The Order of Merit. Son œuvre – colossale – compte une trentaine d’ouvrages d’histoire et dix-sept romans dont certains – En étrange pays (Phébus, 2007), Retour au pays bien-aimé (Phébus, 2006) et La Saison des adieux (Phébus, 2004) – comptent parmi les chefs-d’œuvre de la littérature sud-africaine. Pour Cette vie, Karel Schoeman a obtenu le Prix Herzog, le plus grand prix littéraire d’Afrique du Sud.

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George Neethling revient, après le décès de sa mère, sur les terres qu’il a quitté à l’âge de 5 ans avec ses parents pour la Suisse où le père est diplomate.

Pendant une semaine, il désire se replonger dans son enfance, retrouver la ferme dans laquelle il a vécu ses cinq premières années.

En Afrique, pour moi, tout est différent mais justement, je veux voir les choses telles qu’elles sont en réalité.

Les Hattingh, de vagues cousins, lui offrent l’hospitalité mais refusent de l’emmener à Rietvlei, la ferme où il a vécu. C’était avant le départ, avant les troubles, avant le déclassement de ces familles de la petite bourgeoisie afrikanders.

« Nous vivons modestement, comme je te l’ai dit tout à l’heure, dit Hattingh, mais c’est à cause des circonstances. Nous n’avons pas perdu le sens de l’hospitalité. »

Les évènements sont tout le temps évoqués. Madame Hattingh ressasse le temps des jours heureux où elle habitait la ville, avait une vie bourgeoise avec serviteurs noirs. Avec la catastrophe, elle a dû s’exiler dans leur ferme à la campagne, bosser dur avec son mari et ses trois enfants.

«On l’a bien néglige ces dernières années, ce n’est plus la ferme que j’ai connue quand je me suis installé, mais, négligée ou pas, nous pouvons nous estimer heureux d’ l’avoir conservée. C’est une ferme de famille, un héritage de mon arrière grand-père ; à l’époque ils avaient encore l’argent et la main-d’œuvre pour l’entretenir… Mon défunt père lui-même ne serait pas très fier de nous. Quand il est mort, tout allait encore bien. »

Les Hattingh et les autres restés au Veld, vivent aussi une sorte d’exil. Passer d’une vie de petite bourgeoisie avec serviteurs noirs à la vie austère, frugale, dure, presque sans espoir, exilés de leur ancienne vie confortable.

« Toi, ce qui t’intéresse, c’est la maison où ont vécu tes grands-parents, ta mère, ta famille, à l’époque où le monde entier leur appartenait, la terre et les étoiles. Mais ce monde-là a volé en éclats, il n’en reste pas pierre sur pierre. Les militaires sont arrivés, ils ont dynamité la maison, fait sauter l’étang, retourné la terre du jardin. Tout cela c’est du passé, tu comprends ? »

Les évènements pèsent sur tout le livre, sur le séjour de George. Les Hattingh lui feront rencontrer ceux qui n’ont pu ou pas voulu partir. Un sentiment entre jalousie et ressentiment contre les exilés perdure qui fausse les relations ; même si on le fête, il se sent l’étranger.

George se sent toujours en dehors, ne peut reconnecter avec ses souvenirs, ne comprend plus ce pays. La réalité ne correspond plus à ce que lui racontait sa mère. C’est bien cela l’exil, fantasmer le pays natal où sont les souvenirs reconstruit par l’absence de réalité. Le pays natal devient un Eldorado, un pays de cocagne. Les éditions Elyzad ont publié un ouvrage collectif, le pays natal. L’apaisement n’est jamais au rendez-vous.

L’écriture dense,  intense m’a captivée. Le malaise, la peur, la violence sont tangibles,  la chaleur étouffante baigne les pages de ce très bon livre sur l’exil sorti en Afrique du Sud en 1972.

J’ai lu ce livre suite à la chronique de Mimi.

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Je n'aurais pas dû

13 Mars 2017, 15:44pm

Publié par zazy

Presque ensemble

Marjorie Philibert

Editions JC Lattès

376 pages

Janvier 2017
ISBN : 9782709658584

 

4ème de couverture :

Tout commence le 12 juillet 1998. En pleine finale France-Brésil, Victoire et Nicolas se rencontrent dans un bar à Paris. Ces deux révoltés placides deviennent inséparables et se lancent dans la vie de couple. Mais loin de la passion rêvée, nos héros se retrouvent embarqués dans une odyssée domestique désespérément tranquille...
L'arrivée de Ptolémée, le chat, leur procure un temps le paradis tant souhaité. Mais rien ne dure !
Drôle et mordant, Presque ensemble explore avec brio le sentiment amoureux à l'épreuve du quotidien, ou simplement peut-être de la vie.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marjorie Philibert est née en 1981 et est journaliste à Paris. Presque ensemble est son premier roman.

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Victoire et Nicolas se rencontrent dans un bar, en 1998, lors de la fameuse victoire de l’équipe de France en coupe du monde et décident très rapidement de vivre ensemble.

Ce couple lambda de base, sans passion, sans désir autre que le désir charnel du début de leur relation, s’étiole petit à petit. Les relations extraconjugales ne changeront rien. L’impression qu’à part l’appartement et la vie commune, ils ne partagent rien. Leur union est basée, dès le début, sur un malentendu. Ils suivent chacun leur route, avec quelques croisements.

Est-ce cela la génération désenchantée ? Je ne sais pas, mais ils dégagent un tel ennui.

Cette phrase résume mon impression.

"On s’épuisait à se parler sans s'écouter, à s'expliquer sans se comprendre, à souffrir comme si on avait tout le temps devant soi, pour finir par passer sa vie côte à côte comme deux vaches dans un pré."

L’écriture, classique est agréable, mais je n’ai pu résister à l’ennui, au sentiment de vacuité de ce couple de jeunes gens qui ont l’air d’avoir cent ans. Une bonne analyse qui ne m’a pas enthousiasmée du tout. Passer de l’extravagance de  Yasutaka Tsutsui à la tiédeur de Victoire et Nicolas était un challenge quasi insurmontable.

Livre lu dans le cadre de l’opération les 68 premières fois. Ce livre va poursuivre sa route vers d’autres lecteurs.

 

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