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ZAZY - mon blogue de lecture

Rosa Montero - La chair

31 Janvier 2017, 23:02pm

Publié par zazy

La chair

Rosa Montero

Editions Métailié

Traduction Myriam Chirousse

Janvier 2017

196 pages

ISBN : 979-10-226-0540-3

 

4ème de couverture :

Pas facile d’accepter son âge quand on a soixante ans, qu’on vit seule et que votre amant vous quitte pour faire un enfant avec sa jeune épouse. Soledad engage donc un gigolo de trente ans pour l’accompagner à l’opéra et rendre jaloux le futur père. Mais à la sortie, un événement inattendu et violent bouleverse la situation et marque le début d’une relation trouble, volcanique et peut-être dangereuse.
Soledad se rebelle contre le destin avec rage et désespoir, avec humour aussi, et le récit de son aventure se mêle aux histoires des écrivains maudits de l’exposition qu’elle prépare pour la Bibliothèque nationale.

La Chair est un roman audacieux et plein de surprises, l’un des plus subtils et personnels de l’auteur. Son intrigue touchante nous parle du passage du temps, de la peur de la mort, de l’échec et de l’espoir, du besoin d’aimer et de l’heureuse tyrannie du sexe, de la vie comme un épisode fugace au cours duquel il faut dévorer ou être dévoré. Le tout dans un style allègrement lucide, cruel et d’une ironie vivifiante.

Une grande romancière décortique avec acuité et humour les sentiments d’une séductrice impénitente aux prises avec les ravages du temps.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Après des études de journalisme et de psychologie, elle entre au journal El País où elle est aujourd’hui chroniqueuse. Best-seller dans le monde hispanique, elle est l’auteur de nombreux romans, essais et biographies traduits dans de nombreuses langues, parmi lesquels La Fille du cannibale (prix Primavera), Le Roi transparent et L’Idée ridicule de ne plus jamais te revoir.

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Soledad atteint les rives de la soixantaine, chose difficile à accepter pour elle qui est une femme active aimant et ne vivant que pour son travail.

Côté vie professionnelle, elle met en place une exposition sur les écrivains maudits. Les fils de ces auteurs s’entrelacent avec la vie de Soledad.

Côté vie privée, elle avait un amant, plus jeune qu’elle, qui l’a larguée parce que sa femme attend un heureux évènement, ce à quoi Soledad s’est toujours refusé. Elle achète les services d’un escort pour aller à l’opéra et rendre son ancien amant jaloux.

Soledad aime l’amour charnel pour la jouissance que cela lui procure et, surtout, la jouissance de se sentir vivante dans le désir de l’autre. Elle aime les hommes jeunes ne pouvant voir dans le partenaire, la flétrissure de l’âge qu’elle se refuse tout en les scrutant sur elle dans son miroir

La chair est un roman sur l’amour charnel, la peur du vieillissement, de ne plus être au cœur de la vie, de la solitude, du travail, de la mort -Soledad est hypocondriaque- et, surtout, la peur du vide, du néant qui ramènent au passé. Mais Soledad, sera toujours Soledad, paradoxale à la fois mûre, égocentrique, passionnée, triste, incontrôlable. C’est là son plus grand charme.

Je n’en dirai pas plus à la demande express de l’auteur.  J’ai moins apprécié le côté mystère qui ne m’a pas convaincue.

L’écriture de Rosa Montero , traduit par Myriam Chirousse, est tour-à-tour ensorceleuse, espiègle, tragique, lorsqu’elle parle de Soledad.

Je viens de redécouvrir un auteur qui ne m’avait pas emballée avec « Le roi transparent ». Je pense que je remonterai avec plaisir le cours de son œuvre.

 

 

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Hélène Risser - La plus folle de nous deux

30 Janvier 2017, 15:08pm

Publié par zazy

La plus folle de nous deux

Hélène Risser

Editions Plon

Janvier 2017

256 pages

ISBN : 9782259251358

 

4ème de couverture :

Fascinée par la responsable politique Noémie Leblond, une journaliste décide de mener l'enquête. Un subtil double portrait de femmes tout en échos qui interroge la place des femmes dans la société.

Rien ne semble pouvoir arrêter l'ascension politique de Noémie Leblond.
Femme dans un monde d'hommes, elle domine toutes les situations – ambition, séduction, pouvoir, maternité. En pleine course pour la présidentielle, une journaliste se met à enquêter sur cet intrigant animal politique.
Envahie peu à peu par une fascination qui dépasse largement les jeux et enjeux de pouvoir, elle est conduite à explorer ses propres fragilités, jusqu'à l'enfance. Jusqu'ou ira-t-elle pour mener à bien cette expérience ?
Un double portrait de femmes tout en subtils échos.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Journaliste sur LCP-Public Sénat, Hélène Risser est l'auteure de deux romans, Une enquête amoureuse (Lattès, 2009) et Les amants spéculatifs (Lattès, 2014) et de plusieurs essais sur la politique et les médias.

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Une journaliste quadra, décide d’écrire un livre sur Noémie Leblond, étoile presque montée au firmament de la politique, candidate  aux élections présidentielles.

« J’ai relevé la tête pour la dévisager et, lorsque nos regards se sont enfin croisés, j’ai ressenti l’envie d’en savoir plus sur elle. »

« Les politiques sont haïs, mais Noémie Leblond dégage, en ce moment, quelque chose qui la place du côté du public et contre la politique. C’est sa chance »

Noémie Leroy semble parfaite, une belle image de papier glacé, qui me fait penser à NKM. Elle invite les media à son domicile pour une opération mère parfaite faisant faire ses devoirs scolaires à  ses enfants, mais…

« Ça ne vous gêne pas que Mathieu fasse ses devoirs à sa place ? Je lui demande soudain, comme si dans cette histoire c’était ça l’important….
-Pas du tout ! Ça l’aidera à se faire bien voir du prof, ce qui lui laisse une chance de progresser ensuite…
Cette remarque me cloue le bec. Je saisis le raisonnement, mais je n’en reviens pas qu’elle s’inquiète aussi peu des connaissances de sa fille. Je n’en reviens pas non plus qu’elle ose demande à Mathieu, et accessoirement à moi, de jouer les gardes d’enfant comme si c’était un dû. »

Notre écrivain en devenir a une liaison avec Mathieu, jeune conseiller de la femme politique  qui ne peut s’empêcher de tout planifier, même sa vie privée, dans des tableaux Excel. Il va jusqu’à la classer dans les « Milf » (Mother I’d Like to Fuck) et le lui annoncer tout à trac. Charmant !

Notre journaliste, a passé son enfance entre ses parents psychiatres et son frère, s’amusant dans le parc de l’hôpital parmi les malades ; une nounou, recrutée parmi les malades s’occupait d’eux. De ce fait, elle et son frère ont un rapport autre envers la folie.

- « A quoi reconnait-on un fou ?
- A son comportement anormal
- Et à quoi reconnait-on un comportement anormal ?
- Il nous met mal à l’aise…
- Le fou est donc celui qui nous met mal à l’aise. »

La narratrice observe, dissèque l’attitude de N.L. sous un angle psychiatrique. A suivre  l’impétrante dans sa campagne électorale, elle trouve la faille, le petit caillou dans la vie de Noémie ; un sac d’une très grande valeur que Mathieu escamote rapidement et dont il ne veut parler. Elle trouve aussi sa fragilité.

« Contrairement à ce que pourraient laisser penser mes diplômes et mon parcours sans faute, je ne suis pas LA bonne élève de la classe politique… Mes parents ont passé mon enfance à me dire que je n’étais pas assez brillante. »

Son enquête sur l’animal politique et ses relations au père, lui font opérer  une virée spéléologique dans ses propres abîmes et les relations compliquées avec son propre père.

« Mon père avait soigné de nombreux politiques, et je me souvenais du chose que j’avais eu, enfant, en découvrant l’un d’eux, connu par la télé, avachi telle une loque sur un siège de la salle d’attente. C’était donc ça le revers de la morgue et de l’ambition. »

« Si Noémie Leblond s’est ainsi dévêtue comme une vulgaire pin-up, c’est qu’elle est une guerrière, une combattante hors pair qui, dans la situation de faiblesse où elle se trouve, a eu cette idée géniale d’effrayer ses ennemis –il parle bien d’ennemis- en montrant par ce plongeon qu’elle ne reculera devant rien et sera capable de tout, même de l’inenvisageable. Maintenant elle leur fait peur. »
« Les journalistes se sont tus, car au fond ils ont peur de la faire passer pour folle. Ceux qui se déshabillent quand ils ne vont pas bien sont les fous m’a-t-il dit, comme je le sais très bien ».

A la fin, elle n’écrit pas le livre, mais publie, dans Mediapart, un article qui signe l’arrêt de la course à la présidence de la république de Noémie Lenoir. L’histoire ne le dit pas, mais, en bon sphinx politique renaîtra de ses cendres,  Quoique l’on pardonne beaucoup moins les écarts sexuels à une femme qu’à un homme.

Hélène Risser est journaliste, cela se sent dans sa plume, l’écriture est sèche, journalistique, ne prend pas parti et cela me convient parfaitement. La politique, elle baigne dedans de par son métier et ce qu’elle écrit,  sur les relations entre le monde politique et les journalistes, même si cela semble des poncifs est réaliste.

Ce livre suscite des réactions, des réflexions. La frontière entre les deux mondes est très poreuse. Hélène Risser parle également des fêlures, de guerre entre les prétendants à la fonction suprême,  du manque d’empathie profonde pour les gens, juste la superficialité des relations. Seul le résultat compte.

Comme dans son précédent roman Les amants spéculatifs, l’auteur prend le postulat de départ d’une enquête et d’entretiens en vue de l’écriture d’un bouquin pour parler des femmes occupant un poste traditionnellement dévolu à un homme, de femmes de pouvoir.  

Avec ce livre Hélène Risser, est à la pointe de l’actualité (Il n'y a qu'à écouter les informations)

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Sandrine Bonini et Audrey Spiry - Lotte

30 Janvier 2017, 10:53am

Publié par zazy

Lotte Fille pirate

Texte Sandrine Bonini

Dessins Audrey Spiry

Editions Sarbacane

Mai 2014

Album à partir de 6 ans

ISBN : 9782848657028

 

Un album de grande taille et une petite fille blonde bronzée au sourire éclatant m’accueille et me donne très envie de l’ouvrir.

« Je m’appelle Lotte. Je suis une fille pirate. Tu penses peut-être qu’une fille pirate, si jeune, ça n’existe pas ? Bien sûr que si ça existe ! Je suis née ici, dans cette jungle. J’ai grandi dans une ferme reculée, au milieu des animaux sauvages. Moi aussi, après tout, je suis sauvage. »

Lotte se présente avec toute sa spontanéité et je sens l’éclat de rire dans ses paroles. Son grand ami s’appelle Igor le toucan, danseur virevoltant.

Ses parents habitent une ferme isolée dans la savane africaine et elle doit jouer seule, mais ce n’est pas du tout un problème pour elle. Elle a construit son repaire, superbement dessiné par Audrey Spiry,  juste à côté de la rivière. Elle récupère tout ce qu’elle trouve, on ne sait jamais. Lotte ne s’ennuie jamais, avec ses trouvailles, elle se fabrique de fabuleux costumes, se pare les lèvres du rouge de l’arbre à bisous. Oh ! comme j’aimerais en avoir un à la maison ! Danse avec Igor, discute avec la forêt entière…

Ce petit paradis bouscule lorsque ses parents lui apprennent qu’ils vont avoir des voisins. Alors, elle se sauve et passe sa première nuit dans son repaire. Et puis, l’orage….

Je n’en dis pas plus, à vous de découvrir ce bel album où l’écriture est soignée, les dessins colorés et superbes. Il souffle dans cet album un cyclone de plaisir.

J’ai fait une très agréable découverte grâce à l’opération organisée par Libfly voie des indés de janvier dont les éditions Sarbacane sont les invités.

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Sébastien Gendron - Révolution

28 Janvier 2017, 23:06pm

Publié par zazy

Révolution

Sébastien Gendron

Editions Albin Michel

Janvier 2017

400 pages

ISBN : 9782226393258

 

4ème de couverture :

Debout au milieu d’un pont autoroutier, jambes légèrement écartées, corps dressé, bras droit le long de la hanche, bras gauche replié soutenu par une orthèse, Pandora Guaperal a un Glock 23 posé sur la tempe, chien relevé, balle wadcutter dans la chambre, index sur la queue de détente réglée à un kilo de pression, cran de sûreté en position on.
Face à elle, à la sortie du tunnel, un véhicule approche. Derrière lui, des milliers d’autres dont le seul horizon est la route des vacances.
Pandora est prête : la révolution n’attend pas. Et elle vaut bien une balle dans la tête.

Pour résister à l’absurdité du monde, Sébastien Gendron, l’auteur de Road Tripes et de La Revalorisation des déchets, a lui aussi une arme : nonsense et subversion dans une comédie noire, entre Frédéric Dard et les Monty Python.

L’auteur (site de l’éditeur)

Sébastien Gendron est l'auteur d'une dizaine de romans noirs. Il est aussi réalisateur, scénaristes et chroniqueur. Il puise tour à tour son inspiration chez les Monty Python, le cinéma américain des années 1970, les livres de Jean Echenoz, Jean-Patrick Manchette, Jean-Bernard Pouy, Tim Dorsey, Jim Thompson et Philippe Djian. Soit un univers unique aux accents volontiers loufoques.

Il a publié Road Tripes (2013) puis La revalorisation des déchets (2015) aux éditions Albin Michel. Il écrit également pour la jeunesse.

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Nous ne sommes pas en mai, mais je me suis fait une petite révolution avec Sébastien Gendron pas piquée des vers ni des hannetons !

Pandora Guaperal et Georges Berchanko ont un cursus non négligeable, pourtant, ils n’ont pas trouvé de boulot à leur hauteur et se retrouvent à faire de minables mission chez Vadim Interim. Ils ont une bonne instruction, un bon niveau, mais, ils se sont trouvés parmi les laissés pour compte parce que trop ou pas assez.

« Parce qu’à l’origine Georges n’est pas manœuvre, c’est même tout le contraire. Il est ingénieur informaticien. ».

Gorges se retrouve, malgré lui, embarqué dans une histoire qui l’a totalement dépassé, mais je crois qu’il est souvent dépassé,  Résultat final deux morts et un copain, voyelle. Non, ce n’est pas un chien, mais un colosse attardé mental qui ne peut aligner deux mots.

Quant à Pénélope, joli prénom n’est-il pas, elle a pour mission d’abattre le calvaire de Marjovent pour y construire le minaret de la nouvelle mosquée. Pandora a failli se faire lyncher à la fin, on ne s’attaque pas à un emblème catholique. Plus qu’énervée, elle  défonce à la pelleteuse, qu’elle conduit de main de maître, la maison de son exploiteur, le sieur Vadim qui a pris la tangente. J’ai oublié, elle est également championne de tir, cela a son importance dans l’histoire

« J’attends que les gens fassent la révolution. Et je ne bougerai pas d’ici tant qu’ils auront pas commencé. »

Ah ces jeunes et leur révolution !! Mais vous n’y êtes pas du tout chers amis ! Pandora et Georges sont quadras, ce ne sont plus des perdreaux de l’année. Cela n’empêche pas que de boulot de merde en boulot de forçat…

« J’en ai rien à foutre d’être traitée d’extrémistes par des gens qui manipulent l’information pour effrayer tout le monde. Moi, ce que je veux, c’est que les gens se révoltent. Dans ce pays, c’est tout à fait légitime. Des révolutions ici, il y en a eu et elles ont changé le monde. Regardez ce que la France est devenue depuis. Vous vous souvenez de cette ministre de l’Intérieur qui proposait au Parlement d’envoyer nos experts de la police nationale pour aider Ben Ali à mater la révolution tunisienne ? Une ministre de la V° République, héritière directe d’une démocratie qui s’est construite grâce à un soulèvement populaire plus de deux cent ans auparavant ! Notre classe dirigeante ressemble de plus en plus à celle qu’on a envoyée à la guillotine en 1789. Des gens qui n’ont plus aucun rapport avec le peuple et un peuple qui les traite de pourris et s’éloigne de plus en plus des urnes. Vous trouvez ça normal ? Pas moi. Je trouve ça à vomir. »

Donc, Pandora se trouve au beau milieu de la chaussée sur l’autoroute A53, viaduc de Saint-Maxence avec un pistolet sur la tempe. Vous imaginez l’embouteillage que cela peut créer des deux côtés car, il faut compter avec les curieux circulant en sens inverse. Tout cela baigné par la musique protestataire lancée par l’animateur d’une radio locale qui a baptisé Pandora « Lady Gun ».

Ces ingrédients auraient pu faire un livre marrant, avec suspens et cela aurait été simplement burlesque rien qu’en imaginant une quadra avec un pistolet à la tempe causant un embouteillage monstre avec tout ce qui cela peut sous-entendre. Oui, mais voilà, Sébastien Gendron laisse percer certaines vérités. Personne ne bouge, tout le monde râle, se dispute entre voisins de queue, mais sans plus de panache, chacun pour soi et Dieu pour eux. Certains iront même jusqu’à extraire violemment de leurs voitures des mecs en costume trois pièces avec grosse voiture, des décideurs pour eux. Une autre forme d’action qui rappelle certaines périodes peu glorieuses. Tout autour de Pandora et Georges il y a une galerie de personnages  dont la journaliste opportuniste, Voyelle, un médecin urgentiste, un mercenaire étranger à la solde du patronat….

Un livre lucide, loufoque, un brin acide à l’humour noir décapant lu d’une seule traite qui ne se laisse pas oublier facilement.

 Sébastien Gendron et les éditions Albin Michel m’ont offert une belle nuit blanche (beaucoup en ce moment). Un livre qui a du corps, de la tripe.

Le troisième quart, il finira dans mes impôts. C’est normal sauf que ces impôts, l’Etat en refile une partie aux banques pour les sauver, ces mêmes banques qui refusent de prêter de l’argent. L’Etat en refile une partie entre autre à l’industrie automobile qui licencie à tour de bras. L’Etat en refile une partie à des entreprises qui sont en train de se barrer de l’autre côté de la Méditerranée parce que les ouvrier français ne sont pas compétitifs. Et ces ouvriers français, qui voient leurs entreprises délocalisées, parce que c’est la crise, ils ont pourtant accepté de bosser plus sans être payés davantage. Même les syndicats leur ont dit que c’était la seule chose à faire. On les fout à la porte ou on leur propose d’aller bosser ailleurs, à des centaines de kilomètres de chez, à l’autre bout de la France, voire à l’étranger. S’ils refusent tant psi pour leur gueule.

Tout le monde cède, parce que tout le monde a peur. Voilà ce qui se passe. Tout le monde vit courbé en deux.

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Eric Pessan - La nuit du second tour

25 Janvier 2017, 09:44am

Publié par zazy

La nuit du second tour

Eric Pessan

Editions Albin Michel

Janvier 2017

176 pages

ISBN : 9782226328700

 

4ème de couverture :

Le soir du second tour des élections présidentielles la ville s’embrase, le pire est arrivé. David se retrouve à déambuler face aux émeutes et à sa vie ratée. Mina, elle, a préféré s’embarquer sur un cargo pour les Antilles pour ne pas assister à la débâcle. Deux êtres en proie à l’impuissance d’aimer qu’une nuit de cataclysme va profondément changer. Deux voyages intérieurs qui s’entremêlent en fiévreuses et subtiles sinuosités.
Eric Pessan poursuit une œuvre singulière, souvent mélancolique, explorant les liens étroits entre la vie intime et le désarroi collectif, qui empêche parfois jusqu’à la possibilité de se réinventer.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Roman, essai, livre de jeunesse, théâtre, poésie... Eric Pessan s'est essayé avec bonheur à de nombreux genres littéraires.
Il anime régulièrement des ateliers d'écriture, participe à des créations théâtrales et collabore à plusieurs revues littéraires.

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2017, nous élirons notre futur(e) Président(e) de la République et le scénario du livre pourrait devenir réalité.

Un homme découpe sa carte d’électeur en petits morceaux avec de gros ciseaux, un couple pleure, d’autres crient leur colère ou manifestent. Oui, c’est arrivé, le pays a basculé du côté de l’extrémisme. « Chacun a les dirigeants qu’elle mérite, crie un homme caché par l’ombre d’un mur. »

David erre à travers les rues de la ville seul, se fait apostropher par des clochards, pardon SDF, ou par des personnes qui, comme lui, ont perdu tous leurs repères. David cet homme qui ne sait jamais dire non à son patron, qui part travailler la boule au ventre, revient lessivé avec toujours la même boule au ventre qui a encore grossi. Cet homme est gris, insipide à force de renoncement. Même Mina, il a réussi à la perdre à force de se taire, de ne pas s’expliquer, de renoncer. C’était pourtant une belle histoire d’amour entre eux. Mina aurait bien voulu tout partager avec David, mais voilà, le mur est devenu opaque à force de ne pas se parler, ne pas se confier. « Peut-être qu’avec David ils ont manqué d’endurance, qu’ils se sont essoufflés trop vite, qu’ils n’ont pas su faire front ensemble. A force d’humiliations minuscules, chacun n’avait plus assez d’estime de soi pour supporter d’être aimé. » Elle est partie, retournée chez ses parents, les écouter, les regarder s’engueuler, plutôt son père gueuler, exiger…

Le jour des élections, elle est partie sur un cargo direction les Antilles pour ne pas savoir, ne pas voir, ne pas connaître le résultat. Quitte à être seule, au moins l’être au milieu de nulle part sans apercevoir la terre ; la mer, encore la mer, toujours la mer.

Pourtant,  ils sont encore connectés, encore liés. Ils ne peuvent s’empêcher de penser l’un à l’autre, de sentir, voir les mêmes choses à peu près au même moment. Lui « Faiblement éclairé, son reflet n’a que des trous  la place des yeux », elle « Mina chercher son regard dans le reflet d’un hublot, ne voit qu’une vague figure percée de trous béants. ».

A terre, les français se réveillent avec la gueule de bois. Ils se ruent dans la rue, les pour, les contrer, les autres.  Le pays se retrouve coupé en deux. Ceux qui ont voté pour et les autres.

Eric Pessan l’écrit dans le dernier chapitre, cite une phrase de Tristan Bernard « Agé de presque quatre-vingts ans, arrêté durant l’Occupation pour être déporté à Drancy, l’écrivain aurait déclaré à son épouse : Jusqu’à présent nous vivions dans l’angoisse, désormais, nous vivrons dans l’espoir »

Certains chapitres, commençant par « Il y a le feu sur terre sont écrits avec des paragraphes qui ne se terminent pas par des points,  pour mieux faire ressortir l’urgence, l’essoufflement, le trouble suite aux résultats du second tour des élections présidentielles.

 

‘Qui a envie de voter pour quelqu’un qui annonce d’emblée de ne pas pouvoir contrer la financiarisation du monde ? Qui a envie de s’engager pour quelqu’un qui est à demi dans le renoncement ? Qui veut soutenir quelqu’un qui ne parle que de rigueur, de crise, d’austérité, dans un monde que l’on sait prospère et florissant comme jamais le monde ne l’a été ?

A force d’oublier qu’ils doivent faire rêver, les partis traditionnels ont enfanté un cauchemar. »

J’ai découvert Eric Pessan avec Muette, un superbe livre aux petites phrases quotidiennes et assassines. La nuit du second tour est un roman intense et engagé, peut-être pour nous dire réveillons-nous avant qu’il ne soit trop tard..

Et vous, que feriez-vous  si cela arrivait ?

Les éditions Albin Michel ont publié un livre engagé. La littérature sert à ça aussi.

« Ceux qui gouvernent comme ceux qui voulaient gouverner ont infantilisé le mécontentement, se sont amusés des grands élans don quichottesques de ceux qui voulaient changer le monde. Ils ont dit de ne pas bouger, de ne rien faire, de se contenter de voter et de ne surtout pas venir exprimer de déception. Ils ont dit qu’il fallait participer, aider, collaborer, accompagner, promouvoir. Ils ont rabâché que les temps n’étaient plus au faste et au luxe sans jamais apporter la moindre preuve. Les partis politiques traditionnels n’ont pas su offrir un sourire, une joie, ou –à défaut- l’espoir d’une joie possible à ceux qui en avaient besoin, se dit David. »

« A force de trahisons, à force de renoncements, à force d’immobilisme, à force de réalisme, à force de donner l’impression qu’ »ils n’y sont pour rien, à force de laisser croire qu’ils ne peuvent absolument pas influer sur l’ordre des choses, à force d’orgueil, à force de dédain, à force de répéter qu’ils ne sont pas responsables, à force de morgue et d’ignorance, les partis politiques traditionnels ont fini par provoquer la catastrophe, se dit Mina. »

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Zygmunt Miloszewski - Les impliqués

24 Janvier 2017, 17:00pm

Publié par zazy

 

Les impliqués

Zygmunt Miloszewski

Editions Mirobole

Traduit du polonais par Kamil Barbarski

octobre 2013

448 pages

ISBN : 979-10-92145-09-0

 

4ème de couverture :

« Il touchait une paie de fonctionnaire. C’était la même pour un procureur de la capitale et pour celui d’un trou paumé à la frontière biélorusse. »

Un dimanche matin, au milieu d’une session de thérapie collective organisée dans un ancien monastère de Varsovie, l’un des participants est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil. L’affaire est prise en main par le procureur Teodore Szacki. Las de la routine bureaucratique et de son mariage sans relief, Szacki ne sait même plus si son quotidien l’épuise ou l’ennuie. Il veut du changement, et cette affaire dépassera ses espérances.

Cette méthode de la constellation familiale, par exemple, une psychothérapie peu conventionnelle basée sur les mises en scène… Son pouvoir semble effrayant. L’un des participants à cette session se serait-il laissé absorber par son rôle au point de commettre un meurtre ? Ou faut-il chercher plus loin, avant même la chute du communisme ?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Zygmunt Miłoszewski, né à Varsovie le 8 mai 1976, est un auteur phare de la jeune génération polonaise. Ecrivain, journaliste et scénariste, il fait ses débuts en 2005 avec un roman d’horreur remarqué, Interphone. Aujourd’hui, ses romans sont traduits dans 9 pays.
Les Impliqués (Mirobole, 2013) s’est vu sélectionné pour de nombreux prix, tel le Prix du polar européen, le Prix SNCF du polar et le Prix des lectrices de Elle. Mirobole a publié en janvier 2015 le deuxième volet des enquêtes de Teodore Szacki, Un fond de vérité.

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Après avoir lu Un fond de vérité, je remonte le cours de la bibliographie de Zygmunt Miłoszewski pour mon plus grand plaisir.

Varsovie, juin 2005. Le juge Teodore Szacki est appelé suite à un crime commis lors d’un stage de thérapie de groupe organisé, dans un ancien monastère, par Cezary Rudzki, psy de son état. La victime a une broche à rôtir dans l’œil, avouez que ce n’est pas banal.  L’affaire commence tranquillement et parait même à Tedore, quelque peu ennuyeuse, tout comme le début de l’histoire.  La suite me donnera tort, l’enquête  n’est pas des plus classiques, que nenni, n’oubliez pas qu’il y a du psy sous jacent et les vieux démons remontent à la surface

La Pologne a quitté le giron russe, mais les habitudes ont la vie dure ainsi que les renseignements, généraux ou pas. Tout ceci a des relents fétides et glauques ce que vérifie une fois de plus notre juge. L’histoire mouvementée de ce pays est partie prenante de la vie polonaise et, donc, du meurtre, tout comme Varsovie, personnage à part entière de ce polar.

Théodore Szacki, toujours aussi complexe,  humain, rigide du col mais capable de grand écart. Je trouve la même construction, à chaque début de paragraphe : le petit journal des nouvelles du jour, sans oublier la sacro sainte météo, on n’est jamais assez bien informé !

J’ai passé une très agréable nuit blanche en compagnie de Monsieur le Juge par la grace de de l’écriture de Zygmunt Miłoszewski  vive, descriptive, qui sait maintenir le suspens, jusqu’à un final inattendu et un peu amer.

J’attends avec impatience de retrouver Teodore Szacki dans de nouvelles aventures.

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Olivier Truc - Le dernier lapon

19 Janvier 2017, 14:41pm

Publié par zazy

Le dernier lapon

Olivier Truc

Editions Métailié

Septembre 2012

456 pages

ISBN : 978-2-86424-883-5

 

4ème de couverture :

Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor.
Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami. La mort d'un éleveur de rennes n'arrange rien à l'affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante. Mais à Kautokeino, on n'aime guère les vagues. Ils sont renvoyés à leurs patrouilles en motoneige à travers la toundra, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes.
Les mystères du 72e tambour vont les rattraper. Pourquoi en
1939 l'un des guides sami a-t-il confié à l'expédition française ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks traditionnels que chante le vieil oncle de Klemet ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et qui a l'air de si bien connaître la géologie de la région ? À qui s'adressent les prières de la pieuse Berit ? Que cache la beauté sauvage d'AsIak, qui vit en marge du monde moderne avec sa femme à moitié folle ?
Dans un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l'hypermodernité et de la tradition d'un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Olivier TRUC est né à Dax. Journaliste, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde. Spécialiste des pays nordiques et baltes, il est aussi documentariste. Il est l’auteur de L’Imposteur, du Dernier Lapon, pour lequel il a reçu entre autres le prix des lecteurs Quais du Polar et le prix Mystère de la critique, et du Détroit du Loup.

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Le livre commence par une poursuite mortelle. Nous sommes en 1693, en Laponie centrale. AsIak a juste le temps de cacher quelque chose de très précieux avant d’être rattrapé par les hommes du pasteur luthérien. Condamné à périr sur le bûcher -il ne veut pas abjurer sa croyance ancestrale- il aperçut la silhouette du jeune lapon qui paraissait tétanisée. Les flammes commençaient à le lécher. AsIak a le courage d’entonner un chant de gorge lapon que le jeune lapon comprit. « Il savait ce qu’il devait faire. Et ce que, après lui, son fils devrait faire. Et le fils de son fils. »

De nos jours, le 10 janvier. Les habitants de Kautokeino attendent, pour le lendemain, le retour du soleil « Demain, entre 11h14 et 11h41, Klemet allait redevenir un homme, avec une ombre. » Oui, la nuit polaire allait s’effacer à grand pas.

Pour Nina, la jeune collègue de Klemet, ce serait sa première fois. Ces deux-là font partie de la brigade des rennes. Ils patrouillent dans l’immensité blanche pour régler les conflits entre éleveurs, les vols de bétail… et sont la risée de la police locale, surtout Brattsen plutôt à l’extrême de la droite, ne supportant pas Klemet, le seul lapon d’origine de la brigade.

Un tambour de chaman ancestral est volé pendant la nuit, suivi par le meurtre d’un lapon solitaire et ivrogne. Les deux affaires sont-elles liées ? cCest ce que pensent Nina et Klemet qui enquêtent malgré les entraves.

Olivier Truc profite de cette recherche du criminel pour parler de la Laponie, convoitée pour la richesse de son sous-sol. L’affrontement entre les Samis qui voudraient une reconnaissance, voire une autonomie de la Laponie hors les territoires et l’extrême droite qui les considèrent comme une sous race est quelque chose que je découvre, comme Nina, originaire du sud, du pays des fjords.

L’âpreté du prête fondamentaliste qui a peur que la religion originelle des lapons ne vienne saper son œuvre, le jusqu’auboutisme de certains samis qui craignent de voir leur civilisation disparaître, la survie des éleveurs de rennes dans un milieu hostile, la montée de l’extrême droite raciste, la beauté pure et dure des paysages recouverts de neige, la nuit polaire… Olivier Truc mène si bien sa barque, pardon son motoneige que je n’ai pas lâché le livre avant que la dernière page ne soit tournée.  Ce fut une nuit blanche pour un livre parlant d’aurores boréales, du jour qui augmente jusqu’à la nuit blanche. La boucle blanche est bouclée et Aslak, le dernier lapon  « traditionel » disparait dans la tempête blanche.

Dire que ce livre dormait sur une étagère depuis sa sortie. La lecture commune avec les blogueurs de Babelio a été l’occasion de réveiller Klemet et Nina.

 

 

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Cécile Gambini - Au secours mémé

16 Janvier 2017, 16:20pm

Publié par zazy

Au secours mémé

Cécile Gambini

Editions Le Tripode

32 pages

Octobre 2016
ISBN : 9782370551030

 

4ème de couverture :

Cécile Gambini a une vie fantastique. Elle connaît le quotidien d’une femme vraiment moderne, et accumule les déboires avec autant d’aisance que d’autres les séries télé. Ses histoires d’amour relèvent de la science-fiction. Sa tribu ridiculise la famille Adams. Sa spiritualité est une synthèse inespérée entre Sophie Calle et les Shadocks. Quant à son art du bricolage et de la cuisine, il dépasse tout ce que pourront jamais vous révéler Elle, Marie-Claire et Le Chasseur français.

Nous savons tout cela car cette femme de notre temps a aussi une drôle de manie. À chaque catastrophe qui lui tombe dessus, elle fait un petit livre à la main. Un mélange de textes et d’images qui font le point sur les péripéties de sa vie, histoire d’en rire un peu. Depuis presque 30 ans, elle a ainsi manufacturé plus de 250 ouvrages qu’elle a rassemblés sous le nom générique de Pavupapri.

Voici, pour la première fois, l’un de ces recueils mis à la disposition du grand public. Au Secours mémé, ou le récit d’un été 2015 qui dégénère en beauté.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Cécile Gambini est une artiste diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg. Depuis le milieu des années 1990, elle mène une vie officielle dédiée à la création de livres pour la jeunesse chez différents éditeurs (Albin Michel, Le Seuil, Rue du Monde, Gallimard, Thierry Magnier, etc.) et une vie plus secrète dédiée à la conception de livres-objets en exemplaire unique (250 opus regroupés sous le nom Pavupapri).

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L’héroïne (l’auteur ?) a vraiment une vie de merde, surtout cet été, qu’elle nous raconte en quatre nouvelles.

La poire :

On retrouve sa mère, grabataire et fort mal en point, dans la buanderie de l’hôpital, en train de manger une poire, le rose aux joues après une évasion rocambolesque par la fenêtre.

L’anniversaire :

Depuis six moi elle a un petit ami, mais bon, il n’est pas top et castagneur, avec lui, c’est un festival ! « T’es avec un gars depuis si mois que te fait rêver un jour sur vingt-six, il t’en a fait voir de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel (c’est-à-dire du violet foncé au marron clair), t’as malheureusement dû tomber un peu trop dans ses yeux bleus et ce soit c’est ton anniversaire. », Après une chute, il se retrouve au  CHU de Clermont-Ferrand et elle découvre un chapelet de petites amies qui l’appellent sur le portable.

Mémé-vaudou :

« A midi il y a E. qui doit venir manger. Comprenez l’amour de sa vie passe et ce serait bien que vous, la remplaçante de fortune intérimaire, disparaissiez momentanément pour laisser s’épanouir ce moment privilégie de complicité tant attendu ». Bien sûr, elle obtempère, que faire d’autre lorsque l’on est comme elle. Attention là, elle fait intervenir mémé vaudou… A savoir une bague en or des fiançailles de sa grand-mère et lui lancer un « au secours mémé » et… ça marche. E. a eu un accident et a terminé au CHU de Cl… non de Bordeaux !

 

La pasteurellose d’été :

Elle sauve un chaton, un sacré de Birmanie qui, pour la remercier il lui chope le doigt et…. direction le toubib. Le vétérinaire de la fourrière l’informe que ce fameux chat est mort de la rage ou du typhus. Donc, direction CHU de Clermont-Ferrand. Non c’était la pasteurellose, mais bon….

Ce qu’elle raconte devrait être triste ou, pour le moins gris. Mais non, ses dessins très doux contrastent avec une écriture ironique, insolente, gaie, poétique. Cette fille a un grain mais alors, comme j’aime son petit grain de sel, de poivre, de miel.

J’adore la fin : « L’été, il y a ceux qui partent en vacances et ceux qui préfèrent aller au CHU, les gentils. »

A la fin du livre, il y a un résumé aux petits oignons :

« Quand ta mère vole des poires à la buanderie tu crois aux miracles, t’offres tes os contre un chaton, t’apprivoises les cafards et t’invoques mémé-vaudou pour exorciser le tout. Voilà le programme court, en quatre actes chirurgicaux, pour votre plaisir… »

Une petite perle de mots et de dessins. Cécile Gambini, j’aime votre univers

 

 

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Hadrien Kent - La grande panne

16 Janvier 2017, 16:00pm

Publié par zazy

La grande panne

Hadrien Kent

Editions le Tripode

280 pages

Avril 2016

ISBN : 9782370550903

4ème de couverture :

Accident ou attentat ? Une explosion dans une mine de graphite italienne provoque l’apparition d’un immense nuage qui menace de s’enflammer au contact des lignes à haute tension. Pour éviter la catastrophe, une coupure électrique générale est décidée dans toute l’Italie, plongeant le pays dans le chaos. Le nuage se déplace vers le nord, et la France décide à son tour de procéder à un black-out sur son propre réseau. Le gouvernement part s’installer sur l’île de Sein, en Bretagne, pour superviser la panne qui s’annonce. Commençant comme une série catastrophe, déroulant l’agenda d’une cellule de crise, La Grande Panne se transforme peu à peu en un roman inattendu mêlant les histoires d’amour aux arcanes du pouvoir, les trahisons amicales aux menaces d’attentat, la surveillance policière aux banalités d’une vie suspendue à l’attente du retour à la normale. On y croise un révolutionnaire qui rêve de mettre en place une insurrection civile, des conseillers qui tentent de contenir les humeurs d’un président de la République désabusé, un écrivain improductif qui observe son île devenue le centre hystérique d’un pays en état de choc, un brocanteur qui se trouve embrigadé malgré lui par un service secret étranger, un journaliste revanchard qui fait le portrait d’une France en apesanteur... La Grande Panne, ou le portrait d’une humanité un peu paumée, qui l’emporte sur la violence officielle du monde.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Hadrien Klent est un pseudonyme. Autre livre de cet auteur : Et qu'advienne le chaos

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Imaginez la France privée, sur toute l’immensité de son territoire, d’électricité pendant une longue fin de semaine !! Scénario catastrophe que décrypte, jour après jour, Hadrien Kent.

En Italie, un incendie criminel dans une mine de graphite met le feu aux poudres et, petit à petit, avec le vent, le nuage de graphite détruit toutes les lignes électriques italiennes. Pour une fois, le nuage ne s’arrête pas à la frontière française, ce qui pousse le gouvernement a agir de façon drastique et couper le courant pour laisser passer le nuage dévastateur.

Facile d’appuyer sur un bouton pour tout couper, mais les conséquences… « Nous sommes à la fois maîtres de la décision, je veux dire du moment où l’on va appuyer sur le bouton, et incapables de prévoir les conséquences de cette décision. En l’occurrence, nous ne pouvons nous appuyer sur aucun plan préétabli. Nous sommes au croisement d’Orsec, de Biotox, de Piratox et Piratom ».

Le gouvernement doit s’exiler ou rester à l’Elysée. C’est la première option qui est choisie et l’île de Sein parait être le meilleur repli. Ce qui est dit est fait.

La grand panne fait un heureux, Jean-René Hunebelle journaliste de son état qui va offrir à sa ronéo une nouvelle naissance avec la publication de son journal, diffusé à l’ancienne..

Un roman polyphonique avec beaucoup d’intervenants ce qui rend nécessaire et pratique la datation et la localisation en début de chapitre.

Quel foisonnement, un peu trop parfois. Petit à petit les pièces du puzzle  s’imbriquent.

L’île de Sein devient le lieu du gouvernement et tant de monde sur peu d’espace donne un aspect décalé qui m’a plu, avec un président cyclothymique. Nous sommes en direct du lieu de pouvoir, de décision. Je les regarde s’activer comme je regarde une fourmilière, avec curiosité, comme un pastiche du gouvernement de Vichy en 1940

Je suis heure par heure, ce challenge, ce défi. Au milieu de tout ça, il y a les anciens étudiants d’une même promo genre Voltaire qui entourent le président. Leurs petites histoires d’amitié, d’amour, de jalousie émaillent le livre. Il n’y a qu’à la toute fin que je comprends leurs relations, pour certains des idéaux bafoués.

Plusieurs histoires dans ce livre peut-être trop fourmillant, quand je vous parlais de fourmilière, nous y revoilà !!

Une fiction politique maîtrisée qui pourrait avoir des prolongements réalistes à travers les craintes actuelles d’attentats ou de catastrophe naturelle.

Merci Catherine pour le prêt. Ce livre a fait partie de la Voie des Indés de  Libfly  en mai 2016.

L'avis d'Yves,  Nicole

Petit sourire un brin ironique. Les media nous tannent avec la vague de froid et.... si elle engendrait une grande panne ! Sus aux bougies !

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Kéthévane Davrichewy - L'autre Joseph

13 Janvier 2017, 11:08am

Publié par zazy

L’autre Joseph

Kéthévane Davrichewy

Editions Sabine Wespieser

280 pages

Janvier 2016

ISBN : 978-2-84805-200-7

 

4ème de couverture :

« Joseph Djougachvili, dit Staline, surnommé Sosso dans les premières années de sa vie, est né en Géorgie, à Gori, en 1878. Quelques années plus tard, à quelques rues de là, naissait un autre Joseph, Davrichachvili, ou Davrichewy. »
Dès les premières lignes de son nouveau livre, Kéthévane Davrichewy avertit son lecteur : la mémoire familiale en sera la matière. Mais, quand son arrière-grand-père a grandi avec Staline, l'histoire intime prend très vite une dimension vertigineuse.
Avec sobriété et naturel, la romancière entre de plain-pied dans l’enfance de « l’autre Joseph » : fils du préfet de Gori, il est élevé au milieu des gamins des rues, fascinés comme lui par les légendes bibliques et les bandits caucasiens. Même s'il partage avec le petit Djougachvili des rêves d’héroïsme et de grandeur, son camarade – exalté, batailleur et arrogant – l'agace. D'autant qu'on ne cesse de souligner leur ressemblance physique, frappante en effet. Des rumeurs ne circulent-elles pas sur une liaison entre le préfet Davrichewy et la mère de Sosso ?
Jusqu'à la révolution de 1905, où les ardents activistes que sont devenus les deux Joseph combattront côte à côte, leurs destins s'écrivent en parallèle. Tous deux poursuivent leur scolarité à Tiflis : Sosso au séminaire, où il s'avère un agitateur notoire ; Joseph au collège, où il prend sous sa protection un garçon romantique et malingre, Lev Rosenfeld, le futur Kamenev. Alors que Sosso est envoyé en prison, puis exilé en Sibérie, Joseph part étudier à Paris, bouillonnant d’idées révolutionnaires. Quand ils se retrouvent à Tiflis, Joseph se bat pour une Géorgie indépendante, alors que Sosso le Bolchevik a d’autres visées. La distance se creuse, nourrie par les anciennes rivalités…
Comme autant de ponctuations rythmant les tumultueuses aventures des deux jeunes gens, des chapitres plus personnels interrogent le destin familial : qu'en aurait-il été des Davrichewy si, depuis sa tendre enfance, Joseph n'avait pas été obligé de prendre en compte son encombrant camarade – et supposé demi-frère ?
Dans sa passionnante enquête sur son mystérieux arrière-grand-père, l'écrivain s'empare de l'histoire pour la mettre à sa vraie place : dans sa vie. Les dernières pages de son roman éclairent de manière bouleversante la dédicace à son propre père.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Kéthévane Davrichewy est née à Paris en 1965 au sein d'une famille géorgienne. L'expérience de l'exil qu'ont vécue ses grands-parents marque son enfance et alimente son imaginaire. Elle suit des études de lettres, de cinéma et de théâtre, en partie à New York, et mène, dans un premier temps, une carrière de journaliste pour différents magazines.
En 2004, paraît aux éditions Arléa son premier roman Tout ira bien, qui fait quelques années plus tard l'objet d'un spectacle, mêlant lectures et chansons, conçu avec le musicien Alex Beaupain. Chez Sabine Wespieser éditeur, elle publie en 2010 un roman inspiré de l'exil de sa famille, La Mer Noire, qui est distingué par plusieurs prix (Prix Landernau 2010, Prix Version Femina/Virgin Megastore 2010, Prix Prince Maurice 2011) et traduit en allemand, géorgien, italien, néerlandais et suédois. Puis en 2012, Les Séparées (Sabine Wespieser éditeur) rencontre une très bonne réception critique et commerciale : il figure notamment dans la sélection des prix RTL/Lire, France Culture/Télérama et L'Express. Après Quatre murs (2014), L'Autre Joseph paraîtra en janvier 2016, toujours chez Sabine Wespieser éditeur.

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Avec « La mer noire », j’ai escaladé le versant maternel de l’ascendance de Kéthévane Davrichewy et découvert une belle plume. Là, j’aborde le côté paternel.

« Joseph Djougachvili, dit Staline, surnommé Sosso, dans les premières années de sa vie, est né en Géorgie, à Gori, en 1877. Quelques années plus tard, à quelques rue de là, naissait un autre Joseph, Davrichachvili, ou Davrichewy. »  Ainsi débute le livre. L’autre Joseph, le second est l’arrière grand-père de l’auteur.

Kéthévane Davrichewy aurait du sang de Staline ! Comme dans beaucoup de lignées, les enfants adultérins existent. Il y a des exemples célèbres, en voici un de plus.

Oh, Zazy, qu’est-ce que tu racontes ?? Mais si, Sosso et Joseph seraient demi-frères par la grâce du père, pas le tout-puissant, mais, le père de Joseph.

Les deux Joseph se ressemblent et cela jase dans le village. Madame Davrichachvili s’arrange pour ne jamais être présente lorsque a mère de Staline est présente.

Luttes, jalousie jalonnent la vie des deux garçons. Ils furent pilleurs de banque, révolutionnaires et… Sosso devient Staline. L’autre Joseph abandonne femme et enfant en Géorgie et s’exile en France où il devient « pionnier de l'aviation, engagé pour la France en 1914, agent secret, ami ou amant de Marthe Richard ».

Le père, préfet de Gori, semble avoir plus d’inclination pour l’aîné, le futur Staline et l’impression que Joseph est toujours dans la recherche de la reconnaissance et de l’amour paternel

Imaginez la scène : vous rencontrez Staline et vous lui dites : Bonjour Sosso ! Comment le prendrait-il ??

Kéthévane Davrichewy a enquêté pour trouver des traces de ce chaînon manquant, elle en parle dans quelques apartés au cœur de l’histoire qu’elle a inventée, à partir de faits avérés. Elle nous fait traverser les débuts de la révolution géorgienne, le soulèvement, la naissance de Staline. A partir de ses recherches familiales, l’auteur a imaginé la vie de cet aïeul. Un homme qui a connu mille aventures, auteur de  « Ah ! Ce qu'on rigolait bien avec mon copain Staline ».

Un livre plus âpre, moins dans l’émotion que « La mer noire ». Une belle tranche d’histoire que l’auteur narre avec son talent et son écriture fine.

 

 

 

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