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ZAZY - mon blogue de lecture

Michel Quint - Un hiver avec le diable

29 Octobre 2016, 17:41pm

Publié par zazy

Un hiver avec le diable

Michel Quint

Editions Presses de la Cité

Octobre 2016

360 pages

ISBN : 9782258136885

 

4ème de couverture :

Hiver 1953. Hortense Weber, jeune Alsacienne célibataire venue occuper un poste d'institutrice à Erquignies, bourg de l'agglomération lilloise, accouche d'un petit garçon. A la maternité, elle rencontre Robert Duvinage, qui pratique, entre autres, l'escroquerie photographique du " bébé du mois ". Parce qu'elle le perce à jour sans le dénoncer, parce qu'il sent la jeune femme porteuse d'un secret, s'installe entre eux une relation d'affection méfiante. Robert suspend un temps ses activités pour faire le commis dans le bistrot-épicerie du maire communiste d'Erquignies et veiller sur Hortense malgré elle. La guerre d'Indochine bat son plein et divise la population, la guerre froide est vécue au quotidien... Les dissensions sont exacerbées par le procès à Bordeaux des nazis qui ont massacré les habitants d'Oradour en 1944. Parmi les accusés, treize malgré-nous, dont un engagé volontaire, alsacien. A Erquignies, on se déchire avec autant de violence que dans toute la France : responsabilité collective ou individuelle dans un crime contre l'humanité ? Peut-être en raison de ses origines, de son homonymie avec un des accusés, de son statut de fille-mère, Hortense est montrée du doigt. En même temps, ce climat ravive les plaies de la Libération, notamment l'affaire du réseau Voix du Nord, du nom du journal issu de la Résistance et de l'épuration...

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Hiver 1953, l’un des plus froids. Je retrouve Michel Quint dans sa région du Nord, plus précisément à Erquignies, petit village à la frontière belge.

Robert Duvinage, photographe à la petite semaine (ce n’est pas le nom d’un journal), escroc de peu d’envergure, photographie des nouveau-nés soit-disant pour le prix du plus beau bébé du mois. Il entre, ainsi dans la chambre d’Hortense qui allaite son bébé. Là, le dérailleur casse, quelque chose se passe. Chassée de la maternité parce que fille-mère (il ne fait pas bon de sortir du cadre stricte de la morale), Robert ramène tout ce petit monde à Erquignies alors qu’une tempête de neige rend le retour, à Lille impossible. Pendant la nuit, une grosse ferme est incendiée et les quatre occupants, dont deux enfants, meurent dans le brasier. Qui est coupable ? Le découvrir, c’est le but, non, le prétexte de Robert qui se sent happé par Hortense et le petit Rolland, surtout qu’elle l’a présenté comme le père de l’enfant et qu’il confirme.

Hortense est alsacienne et, de ce fait, au cœur de la polémique sur les « malgré nous ».  Pourquoi a-t-elle été mutée ici ? Robert n’en sait rien, mais devine beaucoup d’ombres et de la peur ; aussi il s’érige en ange gardien de Rolland.

Au bistrot-bazar-épicerie, pivot de la vie d’Erquignies, les clients parlent du procès d’Oradour-sur-Glane. Faut-il un procès commun à tous ou alors séparer les « Malgré nous » des allemands, faut-il un procès individuel ? Il y est aussi question de la « Voix du Nord » et son personnel issu de la presse collabo. Il ne faut pas oublier les trafics en tabac, alcool et autres denrée avec la  Belgique. La guerre en Indochine préoccupe les habitants du village. Le fils du maire est revenu, traumatisé, avec trois doigts en moins et d’autres sont y sont toujours.

Michel Quint mélange suspens, histoire et vie quotidienne. Où j’apprends, (si j’en ai besoin !) que tout n’est pas noir ou blanc que les salauds se cachent derrières les braves, que les braves ne sont pas ceux à qui l’on pense.

Ce que j’aime chez Michel Quint, c’est sa peinture du nord, jamais complaisante mais pleine d’amour et si bien documentée. Les personnages secondaires sont mitonnés aux petits oignons. Les phrases sont longues, imagées. L’impression de voir les villageois patauger dans leurs vies comme dans les rues enneigées. Ce n’est pas l’intrigue, la recherche du pyromane, le cœur du livre, mais la vie quotidienne à Erquignies en ces années cinquante.

Michel Quint confirme tout le bien que je pense de ses livres.

Livre lu dans le cadre d'une Masse Critique privilégiée de Babelio !

 

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Commentaires

29 Octobre 2016, 16:18pm

Publié par zazy

J'ai activé la modération avant publication des commentaires car je suis harcelée par une certaine Céline qui parle d'un vieux qui lui apporte le bonheur, grand bien lui fasse !!

Ayant trouvé le bonheur auprès de mon grand chêne, pas envie d'appeler le n° de téléphone très certainement surtaxé, mis à ma disposition, et de la votre, bien entendu.

Cela fait plusieurs fois que je supprime ses messages, alors comme la coupe est pleine et que je ne veux pas vous ennuyer, je modère les commentaires.

Avertissement à cette Céline de mes deux et son vieux.

 

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Véronique Ovaldé - Soyez imprudents les enfants

26 Octobre 2016, 18:22pm

Publié par zazy

Soyez imprudents les enfants

Véronique Ovaldé

Editions Flammarion

Août 2016

350 pages

ISBN : 9782081389441

 

4ème de couverture :

« Soyez imprudents les enfants », c’est le curieux conseil qu’on a donné à tous les Bartolome lorsqu’ils n’étaient encore que de jeunes rêveurs – et qui explique peut-être qu’ils se soient aventurés à changer le monde.

 

« Soyez imprudents les enfants », c’est ce qu’aimerait entendre Atanasia, la dernière des Bartolome, qui du haut de ses 13 ans espère ardemment qu’un événement vienne bousculer sa trop tranquille adolescence.

Ce sera la peinture de Roberto Diaz Uribe, découverte un jour de juin au musée de Bilbao. Que veut lui dire ce peintre, qui a disparu un beau jour et que l’on dit retiré sur une île inconnue ? Atanasia va partir à sa recherche, abandonner son pays basque natal et se frotter au monde. Quitte à s’inventer en chemin.

Dans ce singulier roman de formation, Véronique Ovaldé est comme l’Espagne qui lui sert de décor : inspirée, affranchie et désireuse de mettre le monde en mouvement

L’auteur (site de l’éditeur)

Véronique Ovaldé est née en 1972. Elle a publié huit romans dont, aux éditions Actes Sud, Les hommes en général me plaisent beaucoup et Déloger l’animal (2003, 2005) et, aux éditions de l’Olivier, Et mon cœur transparent (prix France Culture-Télérama 2008), Ce que je sais de Vera Candida (prix Renaudot des lycéens 2009, prix France Télévisions 2009, Grand Prix des lectrices de Elle 2010) et, plus récemment, La Grâce des brigands (2013).

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Nous sommes en 1983, à Bilbao, Atanasia Bartolome fillette de 13 ans pénètre dans le musée et reçoit un uppercut en découvrant une toile de Roberto Diaz Uribe  « Mon corps mis à nu » « La femme était nue, le menton relevé, sa peau était bleutée, marbrée, transparente, d’une transparence maladive, épuisée, sexuelle. » C’est la première fois qu’elle est confrontée à une telle peinture. Son obsession du peintre la conduit à Paris auprès d’un russe alcoolo-tabago bizarre ayant fait une étude sur Diaz Uribe qui s’avère être son cousin. Les recherches vont étayer l’arbre généalogique.

« Soyez imprudents les enfants », c’est ce que dit une aïeule d’Atanasia à son fils  parti avec Savorgnan de Brazza.

Roman d’initiation, sur la transmission, les origines familiales, comme souvent chez Véronique Ovaldé, ce livre est à la fois triste et gai doux et rugueux. Le tiroir ouvert en premier révèle ses secrets plus tard. J’aime ses personnages féminins qui osent prendre leur destin en mains. Je me suis un peu perdue dans les digressions de l’auteur et, je dois le reconnaître, quelque fois ennuyée. Atanasia, l’héroïne manque de sel ou de poivre et j’ai peiné à m’attacher à elle. Un bémol dans ma bibliographie ovaldienne. Reste que j’aime toujours autant les titres de ses chapitres dont l’originalité me plait beaucoup, tout comme la plume de Véronique Ovaldé.

Merci à lecteurs.com pour cette lecture.

 

Couverture

 

 

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Oscar Lalo - Les contes défaits

23 Octobre 2016, 20:36pm

Publié par zazy

Les contes défaits

Oscar Lalo

Editions Belfond

224 pages

Août 2016

ISBN : 9782714473868

 

4ème de couverture :

Peau d'âme, noire neige, le petit poussé... Il était zéro fois... c'est ainsi que commencent Les contes défaits.

Peau d'âme, noire neige, le petit poussé... Il était zéro fois... c'est ainsi que commencent Les contes défaits.
L'histoire est celle d'un enfant et de l'adulte qu'il ne pourra pas devenir.
Je suis sans fondations. Ils m'ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m'empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s'y inscrit s'évapore.
Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence...
Et c'est en écrivant l'indicible avec ce premier roman qu'il est entré de façon magistrale en littérature.

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Oscar Lalo a passé sa vie à écrire : des plaidoiries, des cours de droit, des chansons, des scenarii. Quand est venu le moment d'écrire Les Contes défaits, il n'y avait plus de mots disponibles. Alors il les a inventés, et il est devenu écrivain.

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« Ce qui m’est arrivé ne m’est pas arrivé. Ce que je sais, c’est que c’est arrivé à d’autres, et qu’eux non plus ne le savent pas. Ma vie est un conte qui n’existe pas. Un conte inventé qui, depuis, me hante. Un conte impossible : ni fée, ni citrouille, ni carrosse. Un conte vide. »

D’une écriture pudique, presque distanciée et avec beaucoup de délicatesse, le narrateur raconte l’indicible, dont il ne s’est jamais remis.

« On croyait que notre mère savait tout et ne tarderait pas à apparaître, elle qui nous disait si souvent : "Une maman ça voit tout." Non. Et l'homme le savait. Il lui suffisait de faire bonne figure à la gare. Son innocence naturelle séduisait. Les Thénardiers ne ressemblent jamais aux Thénardiers. « L’araignée commence par tisser sa toile. » Ces vacances qui auraient dû être une fabrique à beaux souvenirs ont détruit le narrateur et beaucoup d’autres petits garçons, presque tous en fait. Oui l’araignée tissait bien sa toile et la mère laisse partir ses enfants avec plaisir. « Ce sont nos parents qui nous conduisaient au train. A qui se plaindre quand c’est la police qui vous livre ? »

Le pire c’est que cela se reproduisait à chaque séjour et que les « anciens » devenaient des « dominés-dominants ». « Dans un monde réel, mon silence  me condamnait à une peine théoriquement égale à celle des autres participants. Mais nous savions tous que le monde du home s’appuyait sur la non-assistance à enfants en danger. »

Le narrateur est détruit. « Je suis sans fondation. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. Raison pour laquelle j’endosse à l’envie n’importe quelle identité. La mienne, je l’ignore. Dans les deux sens : je ne la sais ni ne la veux. Je joue mieux la vie des autres. »

La construction du livre, chapitres courts, phrases courtes, pas de pathos, juste des mots, des ellipses qui parlent de l’indicible sans jamais le montrer, sans jamais le décrire. Pas de voyeurisme dans ce livre, tout est suggéré et ce n’en est que plus fort.

Dans le livre, la colonie de vacances s’appelle home d’enfants jeu de mots terrible avec l’homme d’enfants. « On m’a privé d’enfance comme d’autres de dessert. Sauf que l’enfance c’est l’entrée et le plat principal. A cause de l’homme d’enfants, je suis un homme enfant. Un enfant trop grand et un homme trop petit. ». Les petits garçons n'avaient pas de fées à leurs côtés dans ces contes défaits

Un superbe premier roman qui prend aux tripes, qui fend le cœur, mais qui est d’une dignité exemplaire. Un coup de cœur, plutôt un coup de poing en pleine figure.

La couverture de ce livre est très parlante ; Le gamin se « défait » de la tête

 

 

En groupe, on se partageait la solitude. Quand un enfant avait les yeux dans le vide, c’est que l’homme était passé par lui.

La directrice nous frappait, l’homme nous caressait… Pour une claque ou une caresse. La seconde laissait plus de traces.

Nous n’en parlions jamais. Un regard échangé signalait que l’un d’entre nous était tombé.

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Antonio Moresco - Les incendiés

21 Octobre 2016, 18:25pm

Publié par zazy

Les incendiés

Antonio Moresco

Editions Verdier

Traduit de l’italien par Laurent Lombard

192 pages

Août 2016

ISBN : 9782864328858

 

  4ème de couverture :

Un homme décide de fuir la sombre et douloureuse gangue qui lui tient lieu d’existence. Il renonce à tout.

Après une longue errance en voiture, il finit par trouver refuge dans un hôtel au bord de la mer où il vit caché.

La touffeur de l’été enflamme l’air. De petits feux explosent, çà et là, au long de la côte. Une nuit, un épouvantable incendie menace l’hôtel. L’homme parvient à se sauver sur une falaise désertique d’où il observe le terrible spectacle. Soudain, une femme aux dents d’or aussi merveilleuse que mystérieuse apparaît dans son dos, lui murmure que c’est pour lui qu’elle a incendié le monde et, avant de disparaître, lui demande s’il veut brûler avec elle. Obsédé par cette rencontre, il se lance à sa recherche.

Les Incendiés est une épopée moderne, un récit intense sur la férocité de notre temps, sur l’amour et la liberté.

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 Pas facile de parler de ce livre surprenant.  Antonio Moresco flirte avec la réalité et l’onirisme  puissance 10. Même postulat de départ que dans « Fable d’Amour ». Un homme d’âge mûr est sauvé par une belle jeune femme.

 « En ce temps-là, j’étais complètement malheureux. Dans ma vie j’avais tout faux, j’avais tout raté. J’étais seul. Je l’avais compris tout à coup, par une nuit de pluie battante où je n’arrivais pas à dormir, et ça m’avait anéanti. Il n’y avait pas de liberté autour de moi, il n’y avait pas d’amour. Tout n’était qu’aridité, asservissement, vide, la vie ressemblait à la mort. » Suite à ce triste constat, le narrateur s’enfuit et se retrouve dans une cité balnéaire. Des incendies éclatent tout autour jusqu’au jour où c’est l’hôtel qui brûle. L’homme s’enfuit avec les autres jusqu’à une falaise « C’est alors qu’une chose inimaginable s’est produite. » Une femme s’est arrêtée près de lui « Regarde… J’ai incendié le monde pour toi ! a murmuré l’instant d’après une vois à l’accent étranger. » Puis elle disparait comme elle est venue. Il n’aura de cesse de la retrouver. Cette femme aux dents en or l’obsède jusque dans ses rêves. Ils se cherchent, se trouvent, se perdent. Un soir, elle le conduit dans le domaine du Maître. L’apparition est une des esclaves, oui c’est ainsi que le chasseur d’esclaves appellent les personnes qui l’entourent et le servent. Son rôle auprès du Maître n’a rien de sexuel, « Je ne mâche pas la nourriture, il m’a dit tout à coup, approchant tout près de moi sa tête tandis que je le regardais sans broncher pétrifié. C’est elle qui mâche pour moi. Je ne prends la nourriture que d’elle. Tout ce qui entre dans ma bouche est d’abord passé par sa bouche. » Lieu de débauche, de sexe,  de trafics, de drogue, de mafias, de perversion. « Des truands, des blanchisseurs d’argent, des mafieux, des requins de la finance, des politiques, des pétroliers, des oligarques, qui cherchent dans la merde leur petite place dans le monde » Un monde violent où le chasseur d’esclaves est le dominant et le maître absolu, où la soumission est la règle d’or. Le narrateur et la jeune femme périront ensemble après une débauche d’armes à feu, de tirs, de morts (dont, peut-être, le chasseur d’esclaves) et se retrouvent à la morgue d’où ils s’échappent pour partir en voyage de noces en Croatie. Les amoureux circulent à travers un paysage très semblable à la normale, sauf qu’il y fait toujours nuit. 

- « Ils sont où les vivants ? je lui ai demandé. Dans quel monde on est ?

- Dans le monde des morts.

- Mais il n’y a plus de vivants ?

- Bien sûr  qu’il y en a !

- Alors pourquoi on ne les voit pas ?

- Parce qu’on est de l’autre côté, parce qu’on est morts.

- Mais le monde est toujours le même !

- C’est le même, mais il est de l’autre côté.

- Donc on ne verra pus les vivants ?

- Oh si… on les verra, à la fin ! »

Ils roulent en direction de la Tchétchénie via La Croatie, la Serbie entraînant derrière une file de voitures aux phares allumés qui grossit au fur et à mesure qu’ils avancent. « alors que grandissait toujours plus la galaxie des lumières qui flottaient dans la nuit, de tous ces morts qui se remettaient en route derrière nous » .Je traverse, avec la horde, les pays ravagés par les guerres menées par la Russie pour rasseoir sa domination. Là, ils déclarent la guerre aux vivants. Des pages d’une bataille dantesque « Nos rangs augmentaient de plus en plus, se nourrissant toujours de nouveaux morts ».

Antonio Moresco flirte avec l’au-delà, réussit le tour de force de rendre possible l’invraisemblable dans un langage cru, violent, sans interdit, quelque fois choquant. Aucun filtre n’épargne le lecteur, rien n’est épargné aux personnages. Il dénonce la toute puissance de l’argent qui emprisonne les plus faibles. Il dénonce les ravages, les horreurs de la guerre.

Un roman foisonnant, où le délire est très réel, où l’auteur dénonce l’esclavagisme qui ne porte pas son nom, le pognon des gros qui emprisonne les faibles, les petits,  un monde sous la domination des puissants « Des gens comme moi tirent les ficelles du monde, pour un moment, encore pour un moment, jusqu’à ce qu’on fabrique les esclaves en série, je vous l’ai dit, et puis les esclaves s’autoproduirons tous seuls, ils s’autoproduisent déjà, et alors ce sera la fin de l’esclavage et de la vie, il n’y aura plus de vie parce qu’il n’y aura plus d’esclavage, il n’y aura plus rien ». Un livre traversé par l'éclat d'un immense amour.

Comment, moi qui n’aime pas les zombies, les films d’horreur ai-je pu être si favorablement impressionnée par ce livre ? L’écriture, le style d’Antonio Moresco !  Je ne pouvais lâcher le livre, happée, hypnotisée par les mots.

Merci Hélène de m’avoir permis de lire ce livre.

 

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Milena Agus - Sens dessus dessous

19 Octobre 2016, 10:22am

Publié par zazy

Sens dessus dessous

Milena Agus

Traduction de l’italien Marianne Faurobert

Editions Liana Levi

Avril 2016

160 pages

ISBN : 9782867468155

 

 4èmede couverture :

Mr. Johnson, le monsieur du dessus, a toujours les lacets défaits et des vestes trouées. Pourtant, c’est un violoniste célèbre qui vit dans le plus bel appartement de l’immeuble, avec vue sur la mer. Anna, la voisine du dessous, partage un petit entresol obscur avec sa fille, taille ses robes dans de vieilles nappes et fait des ménages. Pourtant, elle cache dans ses tiroirs des dessous coquins et des rêves inavoués. Ces deux-là, plus tout jeunes, débordants de désirs inassouvis, étaient faits pour se rencontrer. Dans les escaliers, où montent et descendent des voisins occupés par une farouche quête du bonheur, se tricotent à tous les étages situations rocambolesques, amours compliquées, jalousies absurdes. Mais n’est-ce pas là la clef de voûte de toute vie?

Observatrice indiscrète, pourfendeuse de la normalité, Milena Agus fait la chronique de ce microcosme dans lequel souffle un vent délicieusement frondeur.

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Milena Agus enthousiasme le public français en 2007 avec Mal de pierres. Le succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans les 26 pays où elle est aujourd’hui traduite. Après Battement d’ailes, Mon voisin, Quand le requin dort, La Comtesse de Ricotta et Prends garde (janvier 2015, Piccolo 2016), Milena Agus poursuit sa route d’écrivain, singulière et libre. Mal de pierres, adapté au cinéma par Nicole Garcia avec Marion Cotillard, sortira en salle le 19 octobre 2016.

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« Avant de connaître la dame du dessous et le monsieur du dessus, la vieillesse ne m’intéressait pas. Vieux, mes parents n’ont pas eu le temps de le devenir, mon père s’est tué bien trop tôt et ma mère est retombée en enfance. Je ne vois jamais mes grands-parents, et c’est une jeune femme qui prend soin de ma mère.

Quoi qu’il en soit, il est clair qu’aucun vieux n’aurait pu exciter mon imagination. Aucun, excepté la dame du dessous et le monsieur du dessus. Désormais, la vieillesse ne m’apparaît plus comme une ombre mais comme un éclat de lumière, le dernier, peut-être. » Ainsi débute le livre

Alice, étudiante peu pressée, écrivaine en devenir habite un immeuble de Cagliari où vit, à l’étage du dessus, monsieur Johnson, violoniste américain, qui a toujours des chaussures aux lacets défaits et des vêtements improbables. Anna sensuelle, fantasque, cœur d’artichaut et sa fille jalouse au possible vivent en-dessous à l’entresol dans un petit appartement jamais éclairé par la lumière du jour, faute à l’escalier.  Pour vivre, Anna fait des ménages, alors qu’elle devrait ne plus travailler car elle souffre d’une coronaropathie tritronculaire.

 Par l’entremise, non pas de ma tante Artémise, mais d’Alice, Anna va faire le ménage chez le monsieur du dessus, puis, finira par déposer sa valise chez le violoniste qui cache des revues un brin pornographiques dans un étui à violon.  Arrivée de Johnson junior qui a fait un bébé tout seul, retour de la femme du monsieur, une richissime sarde un brin précieuse. Ça monte, ça descend, ça s’installe, bref, l’escalier bruisse de vie. Alice, telle une Aurélie Poulain, esseulée, depuis le suicide de son père et la folie de sa mère, tombe amoureuse du fils du monsieur du dessus qui la stimule à écrire, d’ailleurs, il l’a surnommée Gribouille.

Je me suis installée devant une pièce de théâtre. Les portes ne claquent pas, quoique, avec la volcanique Anna, cela peut arriver, mais laissent échapper des instantanés de vie sarde. Cagliari en décor de fond, comme la Sardaigne, déjà décor de livres précédents

Un moment aérien. Ce livre aurait pu être mièvre, dolent, mais… Milena Agus y met beaucoup d’humour, d’amour, de chaleur humaine, de désordre, de la loufoquerie qui sied à sa comédia.

« Le violon. Ah ! Le violon ! commence Anna. Vous en entendez seulement quelques notes, à cause du bruit, mais en haut ! Ah ! En haut ! Vous n’allez pas me croire : je n’ai même pas l’impression de travailler. L’âme ‘envole, grâce à la musique. » Ce sont les mots, l’accent de Milena Agus qui m’ont fait m’envoler vers un pays merveilleux où la poésie, le rire, un brin de folie

La première image qui me vient en fermant ce livre c’est un ballet. Oui, un ballet léger qu’un coup de balais n’a pas suffit à chasser, qu’un courant d’air suffit à faire danser.

 Livre lu dans le cadre de la Voie des Indés orchestrée par Libfly.

 

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Marcher droit, tourner en rond - Emmanuel Venet

13 Octobre 2016, 13:45pm

Publié par zazy

  

Marcher droit, tourner en rond

Emmanuel Venet

Editions Verdier

Août 2016

128 pages

ISBN : 9782864328780

 

 

4ème de couverture :

"Atteint du syndrome d’Asperger, l’homme qui se livre ici aime la vérité, la transparence, le scrabble, la logique, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre, une camarade de lycée jamais revue depuis trente ans. Farouche ennemi des compromis dont s’accommode la socialité ordinaire, il souffre, aux funérailles de sa grand-mère, d’entendre l’officiante exagérer les vertus de la défunte. Parallèlement, il rêve de vivre avec Sophie Sylvestre un amour sans nuages ni faux-semblants, et d’écrire un Traité de criminologie domestique.
Par chance, il aime aussi la solitude.

 

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Emmanuel Venet est psychiatre, il vit à Lyon où il est né en 1959.

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Le narrateur, quarante-cinq ans, atteint du syndrome d’Asperger « On me rétorque souvent que je schématise les situations  complexes à cause de mon syndrome d’Asperger, mais je me contente de raisonner logiquement comme chacun devrait s’y astreindre. » assiste aux obsèques de sa grand-mère. Il sursaute en écoutant l’officiante vanter les mérites de Marguerite. « C’est ma grand-mère Marguerite qu’on voudrait faire passer pour une femme généreuse et gentille, révisionnisme dont personne autour de moi ne semble s’indigner ». Sa maladie fait qu’il ne supporte ni les mensonges, ni les approximations. Sa grand-mère Marguerite n’était pas la femme dévouée, généreuse… présentée. NON, l’hypocrisie régentait sa vie, de plus, elle était égoïste, menteuse (entre autre) une brave femme quoi !! De plus, elle n’est pas morte à cent ans, mais à 99 ans et 51 semaines. Ma grand-mère Marguerite était « une femme de tête autant qu’une femme de cœur ». Car  ma grand-mère Marguerite était en effet à peu près aussi incapable de réfléchir que d’aimer. Quand il parle du reste de la famille, ce n’est guère mieux. L’homme aime que la vérité soit dite, que les choses soient exactes.

Cet homme, surdoué, a trois passions, le scrabble, le petit bac et ses listes apprises par cœur, les catastrophes aériennes, tout au moins, les causes exactes. Maintenant, avec internet, plus besoin de se déplacer pour trouver les renseignements. Et puis, il y a Sophie Sylvestre qu’il aime depuis la seconde et aimera toujours, même s’il ne peut plus l’approcher, encore et toujours parce qu’il ne possède pas le filtre des conventions, que les émotions,  l’empathie lui sont inconnues.

J’ai adoré le jeu de ping-pong, le décalage entre les autres et lui. Lui est cartésien, droit dans ses bottes, hyper logique, immuable ;  le reste de la famille, comme tout un chacun a des petits accommodements avec la vérité, la fidélité, la morale… est versatile.

Tout ceci donne un livre où l’ironie et le caustique offrent un portrait de famille décapant. L’homme n’est pas dénué de sentiments, peut-être que le mot est trop fort !, disons de tendresse pour son père. Pourtant il aime d’un amour platonique, enfin le croit-il Sylvie  Sylvestre, et rêve de nuits d’instants avec elle comme une midinette devant un bouquin de la collection Arlequin.

Seul lui manque son grand-père avec qui il  résolvait des problèmes de thermodynamique.

Emmanuel Vernet, psychiatre de son état, semble bien connaître cette maladie et ses symptômes. Je pense qu’il a pioché plusieurs anecdotes parmi ses patients et c’est amusé à nous les retranscrire. Les obsèques de la grand-mère offrent  un nuancier d’émotions, de sentiments qu’il décrit avec humour et ironie. Je sens qu’il s’est délecté à écrire ce livre.

 Derrière mes sourires et fous rires,  il y a la souffrance du narrateur. Son intransigeance le rend inapte à la vie en société, blesse son entourage et fait, qu’à force de vouloir marcher droit, sans concessions à la vérité et la logique, il tourne en rond.

Quant à moi, seul du clan à penser juste et à marcher droit, j’essaierai de dépasser le score de Roger Walkowiak dans son quart de finale au championnat de France deux mille trois en duplicate. Pour un jour aussi moche, je ne vois pas ce que je pourrais espérer de mieux.

Un très bon livre .
 

  

C’est à mes yeux la preuve que les problèmes aéronautiques, largement aussi complexes que les difficultés sentimentales, peuvent trouver grâce à a réflexion des solutions pertinentes, alors qu’on peut chercher longtemps un raisonnement logique permettant de prévenir l’apparition de la discorde au sein d’un couple. Ceci explique sans doute pourquoi le divorce est si fréquent, et les catastrophes aériennes si rares en comparaison.

J’aspire à ce que mon entourage, un jour, me comprenne vraiment, ainsi qu’il arrive parfois en rêve. J’aimerais tellement, que, dès leur amorce, mes idées soient entendues comme par télépathie dans toute leur complexité ; que mes pensées es plus subtiles se transmettent, intactes, dans un simple échange de regards, mes ébauches dans un simple ébauche de sourire ; que Sophie Sylvestre-Lachenal se laisse pénétrer par la pureté de mes sentiments, par ma soif de ne vivre que pour elle, de lui consacrer tous mes efforts, tous mes élans, tout mon argent.

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Kent Haruf - Nos âmes la nuit

10 Octobre 2016, 16:01pm

Publié par zazy

Nos âmes la nuit Kent Haruf

Traduction Anouk Neuhoff

Editions Robert Laffont

septembre 2016

180 pages

ISBN : 9782221187849

 

4ème de couverture :

Addie, soixante-quinze ans, veuve depuis des décennies, fait une étrange demande à son voisin, Louis : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour se parler, se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure... Bientôt, bravant les cancans de la petite ville de Holt où ils vivent depuis toujours, Addie et Louis se retrouvent presque chaque soir.
Ainsi commence une belle histoire d'amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans le noir, de mots de réconfort et d'encouragement. Mais très vite, les enfants d'Addie et de Louis s'en mêlent, par égoïsme et, surtout, par peur du qu'en-dira-t-on.
Ce livre-testament, publié quelques mois après la mort de l'auteur, est une célébration de la joie, de la tendresse et de la liberté. De l'âge, aussi, qui devrait permettre de s'affranchir des conventions, pour être heureux, tout simplement.

L’auteur (site de l’éditeur)

Kent Haruf, mort en 2014, quelques mois avant la parution de Nos âmes la nuit, est l'auteur de romans d'une délicatesse infinie, comme son grand succès international, Le Chant des plaines (Robert Laffont, collection « Pavillons », 2001, et « Pavillons poche », 2014), mais aussi Colorado Blues, (Robert Laffont, « Pavillons », 2002, et « Pavillons poche », 2006) et Les Gens de Holt County (Robert Laffont, « Pavillons », 2006, et « Pavillons poche », 2015).

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Sonner chez son voisin et lui faire la proposition suivante « Je me demandais si vous accepteriez de venir chez moi de temps en temps pour dormir avec moi. », avouez que ce n’est pas banal. Et bien, c’est ce que fait Addie More, veuve depuis plusieurs années, à son voisin Louis Walters, veuf lui aussi. Elle ne lui a pas exposé sa demande de but en blanc, il y avait du trac, de la peur. Ce n’est pas une affaire de sexe, non, simplement, elle voudrait qu’il vienne dormir avec elle dans son trop grand lit pour discuter et passer le cap de la nuit.

Addie pense que Louis « est un brave homme. Un homme bien » c’est pour cela qu’elle lui propose ce marché… Qu’il accepte. Pas facile de s’apprivoiser, alors un petit rituel se met en place. Elle boit un verre de vin et lui une bière. Cela ressemble au bonheur, à une bulle de bonheur.

Dans cette petite ville, les rumeurs vont bon train, mais ils s’en moquent. Ils ne font pas ce que pensent les gens, ils parlent dans le noir avant de s’endormir, se racontent leur passé, leur mariage, la vie.

Quand la file de Louis et le fils d’Addie paraissent, le cercle de famille ne s’agrandit pas, mais les ennuis commencent et la démission n’est plus loin. Arriveront-ils à faire comprendr à leur entourage cette peur de la solitude et le plaisir qu'ils trouvent à leur nouvelle vie ?

Un roman délicat où sont évoqués l’amour entre personnes âgées, la solitude, les loupées de la vie, les chagrins, les douleurs, les petites arrangements avec la famille, les plaies que l’on croyait cautérisées et qui ressaignent encore et toujours…

A la fin de ma lecture je reniflais et avais les yeux humides !

Le seul bémol, et il est immense, Monsieur Haruf est décédé juste avant la sortie du livre aux USA. Je vais me faire le grand plaisir de remonter son œuvre.

Ce livre est une petite perle de délicatesse. Un coup de cœur !

Je remercie Babelio et sa masse critique pour cette perle.

 

    

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Laurent Gaudé - Ecoutez nos défaites

9 Octobre 2016, 18:53pm

Publié par zazy

Ecoutez nos défaites

Laurent Gaudé

Actes Sud

Août 2016

288 pages

ISBN 9782330066499

 

Résumé de l’éditeur :

Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d'élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d'une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours - le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l'envahisseur fasciste... Un roman inquiet et mélancolique qui constate l'inanité de toute conquête et proclame que seules l'humanité et la beauté valent la peine qu'on meure pour elles.

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Que de choses en dans un livre pas si épais que cela !!

L’absurdité de la guerre dans toute sa splendeur. Oui, la victoire se construit de défaites. Cette affirmation tourne en boucle dans le livre de Laurent Gaudé à travers Assem Graïeb, agent des services secrets français, Mariam, archéologue irakienne, spécialisée dans les œuvres archéologiques volées et revendues, Sullivan Sicoh, militaire américain.

Assem Graïeb part pour une nouvelle mission « A chaque mission il a laissé un peu de lui-même. Alors il se demande, là, à l’arrière de son taxi, quelle sera cette fois la part qu’il devra donner au vent ». Il doit approcher Sullivan Sicoh, parti en vrille-il a fait partie des soldats qui ont neutralisé puis tué Ben Laden à Abbottābād- et décider sa « neutralisation » ou son retour aux Etats-Unis.

Pour étayer ce roman, l’auteur nous emmène sous les pas d’Hannibal marchant vers Rome, le capitaine Grant, « héros » de la guerre de sécession américaine et le roi des rois, Hailé Sélassié essayant de résister à l’invasion mussolinienne.

Le livre est un puzzle de toutes ces histoires. Je passe de l’une à l’autre, selon le rythme de l’action, sans césure. Je reconnais que cela est un peu perturbant dans les débuts, mais, je m’y suis fait très vite. C’est, peut-être, la force de ce livre tout comme les descriptions ne cachent rien de la cruauté des scènes de carnage. Il joue sur ces différences, beauté-cruauté, victoire-défaite, histoire-actualité

Laurent Gaudé offre un roman sombre où la seule éclaircie est la nuit d’amour, surtout son souvenir lumineux, entre Assem et Mariam.

Les victoires ont le goût amer des défaites pour ces guerriers. Les dialogues que leur prête l’auteur montrent leurs sentiments de honte, fatigue, voire dégoût face à tous ces morts. Les guerres sont toujours sales pour Hannibal« Qu’est-ce qu’ils croyaient tous ? Qu’on obtient des victoires en restant immaculé ? Que l’on peut sortir de tant de mêlées indemne et frais comme au premier jour ? » « Car les hommes sont des pions » dit Grant une vérité digne de Lapalisse. J’ajoute : Tout ça pour ça. Oui, c’est le sentiment qui m’anime en écrivant cette chronique.

L’écho des batailles gagnées ou perdues par Grant, Hailé Sélassié, Hannibal s’est assourdi pour laisser place à un mythe peut-être, à des personnages historiques sûrement, à des hommes qui ne sont pas morts au combat mais dont on a oublié les morts sur les champs de bataille « Les corps se mêlent les uns aux autres, s’enlaçant dans la mort » qui sont en eux et ne les laissent pas tranquille.

Il ne faut pas résister mais se laisser emporter par les mots de Laurent Gaudé, par la puissance évocatrice de son écriture lucide et cruelle qui ont un en ses temps de terrorisme

Un livre d’une densité extrême et d’une cruelle lucidité où l’histoire a rendez-vous avec le roman pour une réflexion sur l’absurdité de la guerre, la laideur et l’ambivalence des victoires.

Un superbe Gaudé

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Marcus Malte - Le Garçon

2 Octobre 2016, 20:38pm

Publié par zazy

 

Le Garçon

Marcus Malte

Août 2016

544 pages

ISBN 9782843047602

 

4ème de couverture :

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.
Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.
Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde

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A la mort de sa mère, il érige, à sa demande, un grand bûcher pour sa crémation. Pourquoi pas, c’est normal pour lui qui n’a d’autres références que celle de cette femme. Il ne parle pas, ne sait pas lire, vit à l’instinct comme un animal. Après cette cérémonie, il sort de la forêt qui lui a servi de matrice, l’a nourri, aussi neuf qu’un nouveau-né.

Il part sur les chemins « Ce qu’il va gravir maintenant n’est rien de moins que la montagne de la civilisation. » et rencontre les hommes qui le feront travailler dur sans qu’il s’en plaigne ni se rebiffe. Là, première étape de sa nouvelle vie, il apprend à coucher dans un lit, à manger à table, le minimum de propreté. Etape de la petite enfance, nonobstant le dur labeur qu’il doit accomplir.

« Outre sa volonté et son ardeur, outre sa malléabilité, il a encore pour atout, non négligeable, de ne demander aucun salaire. Il ne se loue pas. Il ne se vend pas. Ils se donnent.

Eux se le partagent ».

Marcus Malte écrit sur la plage blanche du garçon un roman initiatique. Chaque rencontre importante le fera avancer dans sa vie d’humain. Il ne parle pas, est analphabète, mais c’est vraie éponge qui retient tout. Lui qui était, dans sa forêt, indépendant devient, au fil du récit de plus en plus dépendant des autres, de la parole des autres.

« Tout lui manque assurément mais ceci plus encore : la parole. Celle de l’ogre. Ses récits, ses laïus, ses formules et ses maximes. (Regarde fiston, parce qu’un jour tu ne verras plus. Ecoute, parce que tu n’entendras pus. Sens, touche, goûte, éteins, respire. Qu’au moins tu puisses affirmer, le moment venu, que cette vie qu’on te retire, tu l’as vécue). Ou ne serait-ce que le son de sa voix. »

Ce sera encore plus criant lors de la maladie d’Emma, son grand amour.

Chaque fin de période se solde par une crémation. Rite nécessaire et normal. Ainsi, il peut passer à l’étape suivante de son initiation, de l’éveil de l’homme qu’il devient.

Il ne fait pas bon d’être différent. Un tremblement de terre, c’est le garçon le responsable ; Un meurtre, encore lui. Heureusement, il y a de merveilleuses personnes qui l’aident qui l’accueillent et le considèrent comme un fils, comme un frère.

A chaque phase de la vie du garçon correspond un style d’écriture. Roman naturaliste dans la première partie, érotique dans la seconde, dur, martial dans la troisième, retour au naturalisme pour la dernière. Le tout mâtiné d’ironie légère. Il y a des accélérations, il y a de la lenteur pour mieux nous montrer les paysages, il y a de la poésie et pourtant ce n’est pas le foutoir, non cher ami, tout est maîtrise du début à la fin de ce merveilleux roman d’initiation.

Marcus Malte sent bien, qu’à suivre le garçon, je perds la notion du temps, aussi, de temps à autre, il casse sciemment le rythme du livre en insérant des chapitres où sont écrits les évènements mondiaux importants ou pas qui se sont déroulés l’année en question.

L’épopée est émaillée de références musicales et littéraires. Le prénom de Félix vient de Mendelssohn « Romances sans paroles », Liszt, Guy de Maupassant, Victor Hugo, La Fontaine, le divin Marquis…

Dans le premier chapitre consacré à la guerre 14-18, Marcus Malte, avec quelque ironie écrit « Allons enfants » « Le Jour de gloire est arrivé » « L’étendard sanglant » « Entendez-vous mugir », cela ne vous rappelle rien ??

Une fresque, une épopée superbe. J’avais aimé « Garden of love » mais « Le garçon » est encore meilleur. Un livre coup de poing, un livre coup de cœur, malgré quelques longueurs, qui ne laissera personne indifférent. J’apprécie qu’un auteur puisse écrire des livres aussi différents avec autant de talent.

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