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ZAZY - mon blogue de lecture

Hwang Sok-Yong - L'étoile du chien qui attend son repas

29 Avril 2016, 21:49pm

Publié par zazy

L’étoile du chien qui attend son repas

Hwang Sok-Yong

Traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot

Editions Serge Safran

mars 2016

256 pages

ISBN : 9791090175457

 

4ème de couverture :

En Corée du Sud, dans les années soixante. Chun et son copain Inho abandonnent les cours pour vivre dans une grotte puis faire l’été une grande virée dans leur pays encore marqué par l’occupation japonaise et la guerre. De retour à Séoul, ils reprennent leurs études, forment un cénacle avec leur nouvel ami, le peintre Chang Mu, se retrouvent tous au café Mozart. Chun et Mia entament une relation amoureuse qui les entraîne vers l’île de Cheju. Mais Mu meurt de la tuberculose et Chun est arrêté pour avoir manifesté. En prison il rencontre « Lieutenant » avec qui il part travailler sur des chantiers et en mer. C’est alors qu’il découvre, par une belle nuit, l’« étoile du chien qui attend son repas », autrement dit Vénus. Enfin, après avoir voulu devenir moine et rescapé d’une tentative de suicide, il est appelé sous les drapeaux.
Ainsi ce beau périple initiatique à plusieurs voix, où s’entremêlent premières amitiés et amours, recherche spirituelle, aspiration à la liberté, se termine avec ironie par le départ pour le Viet Nam du principal narrateur, enrôlé pour cette guerre américaine qui n’est pas la sienne.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1943 en Mandchourie, Hwang Sok-yong traverse l’histoire contemporaine de la Corée tant par sa personnalité qu’à travers son œuvre. Sa lutte contre la dictature et sa volonté de faire un pas vers la Corée du Nord le mènent en exil d’abord, puis en prison. Chacune de ses publications nous fait découvrir une page de l’histoire de la Corée et une vision d’ensemble sur l’évolution de la société sud-coréenne par l’intermédiaire d’un récit palpitant. Il est auteur de L’Invité, Chim-chong, fille vendue, L’Ombre des armes, ainsi que de recueils de nouvelles tels que La Route de Sampo ou Les Terres étrangères

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Nous sommes en 1960, Chun est sur le quai de la gare en partance pour le Vietnam, pour une guerre qui ne le concerne pas. Le livre est un retour sur sa jeunesse. « A ce moment-là, alors que je disais adieu à ma jeunesse, je me rendis compte à quel point je l’avais aimée. »

Les plaies de l’occupation japonaise et celles de la guerre (guerre entre les deux Corée) ne sont pas totalement refermées. Manifestant contre le sommet Corée-Japon, Chun sera jeté en prison, verra un de ses amis tomber sous les balles.

Chun sert de fil rouge dans ce livre chorale où chaque ami raconte une partie de son histoire. Les jeunes étudiants se retrouvent souvent au café Mozart pour boire du Soju et du Makkoli, qu’est-ce qu’ils picolent !! Chun avec d’autres prennent la décision d’arrêter leurs études pour parcourir la Corée. Il explique son choix dans une très belle lettre adressée à son professeur responsable « Je voudrais acquérir la capacité de créer, plutôt que d’apprendre par cœur ». Ils partent à la découverte d’un pays, d’une campagne encore éloignée d’une certaine modernité. Ces jeunes gens, férus de poésies, citent des extraits de Paul Valéry, Henri Michaux, des poètes et auteurs coréens…Chun, rencontre Chang, alias Lieutenant à la prison et décide de le suivre. Engagés comme manœuvre, il découvre le vrai prolétariat. «Il me fallut attendre l’âge de vingt ans pour sortir des livres et prendre conscience de toute l’énergie qu’exigeait la dure vie de travailleur.»

Dans ce récit largement autobiographique, Hwang Sok-yong fait le portrait de la jeunesse coréenne de l’époque, une jeunesse désenchantée qui refuse, entre autre, la discipline militaire des établissements scolaires (poches cousues pour ne pas y mettre les mains malgré le froid, mensuration de la chevelure…), le capitalisme forcené

J’ai aimé son écriture pleine, forte, avec de très belles descriptions. Ce n’est pas un livre que j’ai lu en une seule nuit, non ; il faut le temps d’écouter ces jeunes gens, de les regarder vivre, de comprendre leurs attentes, leurs aspirations qui ressemblent étrangement à celles de notre jeunesse, découvrir la vie coréenne.

Un livre très dense très bien écrit et traduit, un plaisir de lecture. Je n’ai pas pu, pas su en parler comme je l'aurais voulu tant ce livre est dense, parfait, alors...lisez-le.

Au fait, l’étoile du chien qui attend son repas, c’est Vénus.

Encore i, siêrbe livre des Editions Serge Safran

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Absence

28 Avril 2016, 21:26pm

Publié par zazy

C'est la dernière ligne droite pour terminer la lecture et les commentaires des livres reçus en tant que jurée du prix Express BFMTV 2016.

Les 3 derniers sont à terminer pour le 10 mai.

Je serai moins présentes pour visiter vos blogues. J'ai quelques chroniques à écrire et publier de livres lus en dehors du cadre du prix

A très bientôt

Zazy

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Sarah Léon - Wanderer

25 Avril 2016, 09:13am

Publié par zazy

 

Wanderer

Sarah Léon

Editions Eloïse d’Ormesson

176 pages

mars 2016

ISBN : 9782350873572

 

4ème de couverture :

Compositeur et maître de musique, Hermin vit retiré dans les confins du Bourbonnais, absorbé par l’écriture d’un Hommage à Schubert. Mais par une rude soirée de janvier, sa studieuse quiétude est interrompue. Son ancien élève, Lenny, pianiste prodige, vient mystérieusement frapper à sa porte. Les deux hommes se retrouvent alors confrontés aux fantômes de leur passé – entre osmose musicale, aveuglement et attente d’une révélation.

Porté par une mélodie schubertienne, Wanderer est un roman d’une délicatesse rare, un adagio crépusculaire au cœur de l’hiver, une ode subtile au romantisme allemand.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Née en 1995, Sarah Léon est élève à l’École normale supérieure de Paris où elle étudie les lettres et la musicologie. Elle est lauréate du Prix Clara en 2012 avec sa nouvelle « Mon Alban ».

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Hermin s’est retiré aux confins du Bourbonnais, vers Arfeuilles, pour composer une œuvre musicale hommage à Schubert. Nous sommes un soir de janvier, inhospitalier comme de juste en cette région, lorsque Lenny, pianiste prodige, débarque à l’improviste. Lenny ? oui, son protégé, celui a qui il a appris le piano une dizaine d’années auparavant, celui à qui il a presque tout sacrifié, celui qui a disparu du jour au lendemain. Pourquoi ce retour ?

Dans la petite maison, la cohabitation est difficile, l’atmosphère pesante, lourde, emplie de silences, de non-dits. Les souvenirs surgissent sans pour autant éclairer les raisons du retour de Lenny. La composition en miroir avec les dix années d’écart permet de comprendre petit à petit, pianissimo, l’histoire d’Hermin et Lenny, leur amitié si particulière.

Sarah Léon prend à pleine plume tous les poncifs du romantisme allemand : les éléments, les secrets, l’amour inavoué, les sentiments exacerbés, le lyrisme... pour servir son texte. La musique de Schubert omniprésente, les vers des poèmes lyriques ajoutent à la tragédie. Il a du Werther chez Lenny. L‘hiver, le vent, les tempêtes de neige, font écho aux tourments des deux amis. Un trio amoureux (dont la musique), une tragédie romantique servis par une écriture musicale, fine sensible. Un très bon premier roman qui se déguste et un auteur à suivre qui m’a donné le goût de replonger dans Schubert.

Livre lu comme membre du jury du prix L'express BFMTV2016

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Sandrine Collette - Il reste la poussière

24 Avril 2016, 20:54pm

Publié par zazy

 

Il reste la poussière

Sandrine Collette

Editions Denoël

Collection Sueurs Froides

304 pages

Janvier 2016

ISBN : 9782207132562

 

4ème de couverture :

Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.

Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l'a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.

Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille?

L’auteur :

Née en 1970, Sandrine Collette fut chargée de cours à l'université de Nanterre, restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan (belle région !).

Elle publie chez Denoël « Des nœuds d'acier » qui obtient le grand prix de littérature policière ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne. « Un vent de cendres », son second roman revisite le conte La Belle et la Bête, puis « Six fourmis blanches »

Sandrine Collette est devenue un des grands noms du thriller français.

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Patagonie, les gros fermiers ont poussé les petits vers des lieux arides. C’est là que vit la mère et ses quatre fils dans une ferme en ruine. Le père, selon la rumeur, est parti ailleurs ou il est mort. La mère, avare en tout, passe sa journée à beugler ses ordres. Elle les déteste, si elle avait su, les aurait noyés à la naissance, s’est caparaçonnée pour survivre. Eux, ils sont quatre, les jumeaux, le demeuré, et Rafael. Il a un prénom d’ange, mais les trois autres lui font vivre un enfer sur terre. Ils ne l’ont jamais accepté. La mère se tait, laisse faire et lui sait qu’il ne peut attendre d’affection ailleurs qu’auprès des animaux. Pourtant, ils restent ensemble, soudés par la haine, le travail, la ferme. Pourtant « la mère est la femme sacrée », jusqu’au jour où elle fait sa virée mensuelle, perd au jeu l’un des jumeaux. Il doit partir chez un gros éleveur. Alors, tout se dérègle. L’équilibre est rompu, puis se délite complètement lorsque Rafael, qui espérait tout arranger, revient avec un sac en cuir.

Roman noir, western, ce livre m’a fait penser à « Avaler du sable » d’Antonio Xerxenesky, aridité, sable, vent… et à Faulkner pour la misère, la violence, le désespoir. Aux grands espaces répond le huis clos que l’auteur a installé dans la ferme sans espoir. L’écriture de Sandrine Collette est sèche, nerveuse, précise, sent la rage, la peur, la haine, le désespoir, le suint… puis folâtre, caresse lorsqu’elle raconte le voyage de Rafael (le seul à être humain), les paysages verdoyants, l’onde claire, la liberté, la tranquillité.

Un livre superbe

Livre lu dans le cadre du prix "Lexpress BFMTV 2016"

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François Morel -Martin Jarrie - La vie des gens

18 Avril 2016, 17:13pm

Publié par zazy

 

 

La vie des gens

François Morel – Martin Jarrie

Editions les Fourmis rouges

72 pages

Avril 2013

ISBN : 9782369020042

 

4ème de couverture :

En 2012, Martin Jarrie fut accueilli en banlieue parisienne pour faire un travail sur une ville et ses habitants. L’idée des portraits s’imposa. Il rencontra quinze personnes et demanda à chacune de choisir un objet qui lui était cher. Puis il envoya ces portraits, visages et objets, à François Morel. Les règles du jeu avaient été fixées : chacun savait qu’auteur et peintre auraient la liberté de tout réinventer.

Décider de donner la même importance à ces objets banals qu’aux visages de leur propriétaire, c’était déjà une manière de raconter une vie. Une manière qui est aussi celle de François Morel, dont on connaît le talent pour dire la beauté du quotidien et la grandeur de nos « vies minuscules ».

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François Morel, je vous aime. Je le dis sans ambages, n’en soyez pas offusqué.

Vous m’avez donné, avec votre ami Martin Jarre un vrai instant de bonheur. Je n’ai pas lu ce livre, vous me l’avez susurré à l’oreille, pendant que j’admirais les visages de Martin Jarrie. Oh, que vous les aimez tous les deux ces illustres inconnus, Assia, Maria, Bernard, Marie-Claire… Ils sont comme vous et moi et vous les magnifiez d’une très belle façon. Ce livre entre en écho avec Yacinthe et Rose. Ces portraits sonnent tellement justes que je crois en leur réalité. Superbe livre que je me surprends à feuilleter très souvent, histoire de dire bonjour à Michel, Christine, Maurice, Violaine…

Un coup de cœur que je dois à la voie des indés et aux éditions « les fourmis rouges ». Un très grand merci à eux.

François Morel, souvenez-vous que nous avons rendez-vous vendredi juste avant neuf heures. Je serai là.

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Anna Dubosc - Koumiko

7 Avril 2016, 16:19pm

Publié par zazy

 

Koumiko

Anna Dubosc

Editions Rue des promenades

Avril 2016

204 pages

ISBN : 9782918804505

 

4ème de couverture :

A la fin d’une phrase, elle a déjà oublié le début, elle ne sait plus ce qu’elle raconte : « Oh zut, tout ce que je veux parler a disparu. C’est terrible, tu sais, je ne peux plus compter sur moi. Je ne me rappelle plus ce que c’est ma vie. C’est début terrible époque ».

Parfois, au contraire, elle rit d’oublier, de se perdre. « Tu sais, c’est formidable, tout est nouveau ! »

Au jour le jour, d’une écriture simple et directe, Anna Dubosc sauve la mémoire de sa mère, la poétesse Koumiko Muraoka, qui avait inspiré au cinéaste Chris Marker Le Mystère Koumiko.

 

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« J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien… » Anna Dubosc ne nous rejoue la chanson chantée par Jeanne Moreau, mais raconte la lente décrépitude de sa mère, Koumiko Muraoka, poétesse. Elle note tout sur un carnet, histoire de ne pas oublier puis le retranscrit dans son livre. Est-ce pour mettre un « paravent » entre leurs deux désarrois qu’Anna note tout ce que sa mère dit et ou pour sauver la mémoire de sa mère ?

Encore un livre sur le rapport mère-fille-maladie. Oui mais avec la plume d’Anna Dubosc, son écriture nerveuse, directe qui ne fait pas de ronds de jambe. Et puis, c’est sans compter Koumiko et son sacré caractère, son appartement musée-capharnaüm-poubelle, ses apartés. Pas facile de devenir la gardienne, la mère de sa propre mère. Les rapports se trouvent inversés, Anna doit surveiller Koumiko tout en lui laissant la liberté qui est source de sa vie. Koumiko devient la petite fille qui ne supporte pas la solitude. « Elle qui était tellement autarcique, elle ne supporte plus d’être seule ». Anna note tous les petits bonheurs de sa mère, comme les querelles « -Mais qu’est-ce que tu racontes ? Je prends pas médicaments, idiote ! –Ben t’étonne pas de crever alors ! »

Koumiko a du caractère, beaucoup de caractère et le sas de la civilité est parti en même temps que sa mémoire. « Je peux quasiment tout supporter, sa connerie, sa méchanceté. Son désespoir, non, ça me terrasse. Je préfère quand elle m’emmerde. Au moins ça fait diversion, ça brouille mon amour ». S’ensuit des dialogues picaresques.

Malgré leurs querelles incessantes, je sens l’amour d’Anna pour sa mère. « Puis j’imagine le monde soudain vide d’elle. Non, impossible. Il faudrait qu’elle meure pour de faux, pas pour toujours »

J’aime l’écriture simple et directe d’Anna Dubosc. J’aime sa façon de traiter son rapport mère-fille sans mièvrerie, sans cacher les aspérités, avec les petites joies, les grosses peines, la lourdeur des situations, bref de nous décrire la relation exacerbée avec sa mère « Mois je me farcis ma mère comme d’habitude »

Un livre simple, vivant, gouailleur, humain. Une lecture tonique qui remet les pendules à l’heure où, quelque fois, je me suis reconnue dans mes relations avec ma mère de 94 ans, avec un peu beaucoup moins d’amour.

 

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Thierry Marignac - Cargo sobre

1 Avril 2016, 13:18pm

Publié par zazy

 

Cargo sobre

Thierry Marignac

Editions Vagabonde

février 2016

ISBN : 9782919067176

 

4ème de couverture :

Partir… Et échapper, « le temps d’une rêverie atlantique, à mon sort de civilisé ». Tel est l’un des enjeux de ce journal de voyage rédigé au cours d’une traversée sur un porte-conteneurs d’une compagnie maritime de fret entre Fos-sur-Mer et Port Elizabeth. Une retraite intime émaillée des souvenirs de rencontres et éclaboussée par les chocs visuels provoqués par les éléments naturels… Mais aussi un moment privilégié dont le luxe fut avant tout pour l’auteur de « perdre volontairement du temps, de perdre le temps ».

L’auteur

Grand voyageur, esprit cosmopolite, traducteur de l’anglais et du russe, Thierry Marignac est né en 1956. Il a publié une quinzaines de livres, dont les romans Fuyards, A quai, Renegade Boxing Club et Morphine Monojet

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Ce titre, pour moi, est un oxymore. Souvent les histoires qui se passent sur un cargo sont émaillées d’ivresses, pas seulement celle du large.

Après des années d’errance et de destruction, Thierry Marignac entreprend la traversée de l’Atlantique sur un cargo « fer à repasser industriel aux dimensions d’immeuble de quatre étages » et relate ce voyage. Un cargo où, pour des raisons évidentes de sécurité, tout alcool est interdit. Un défi pour lui qui ne cache pas son attirance pour l’alcool « Il y avait plusieurs années que je n’avais pas passé une seule soirée sans boire, et trop, du reste, la plupart du temps. »

Thierry Marignac intellectualise beaucoup le voyage, pourtant il y a comme de la rage, derrière ses mots. Chaque moment, chaque paysage, l’état de la mer sont autant de moyens de se remémorer des auteurs lus, traduits, des films, ses propres écrits. Il s’égare dans ses souvenirs personnels et de lecture. Cela ne l’empêche pas, au détour d’une page, de brocarder le capitalisme à travers les marins philippins et les ingénieurs roumains, de parler de Notre Dame des Landes. Son bateau, il ne l’appelle plus que « cargo sobre » ; La terre, donc, la griserie, lui manque, le thème revient en boucle. Oui, il a le temps du voyage pour penser, il prend le temps de se souvenir, faire le point. « Je concevais donc ce voyage comme une étape utile vers un apaisement salutaire »

« Il se peut que je m’aveugle et que je vogue vers l’échec, à bord du cargo sobre. Mais j’aurais tenté quelque chose d’autre que la traduction au kilomètre pour payer mes factures. J’aurais échappé, bercé le temps d’une rêverie atlantique, à mon sort civilisé. » J’espère que vous avez trouvé cet apaisement.

Un livre à l’écriture exigeante, saccadée, comme l’état de la mer, avec de belles envolées poétiques (très belle description de la toundra russe). Un livre que je n’ai pu lire qu’au calme pour bien m’imprégner des mots de Thierry Marignac. Il y a l’ivresse des mots dans ce cargo sobre.

Une découverte très intéressante dans le cadre de la Voie des Indés orchestrée par Libfly et la participation des Editions Vagabondes dont j’aime la couverture et la pagination de ce livre, sobres comme le cargo.

 

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