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ZAZY - mon blogue de lecture

Sébastien Fritsch - Derrière toute chose exquise

26 Février 2016, 21:23pm

Publié par zazy

 

Derrière toute chose exquise

Sébastien Fritsch

Editions Fin mars début avril

Mars 2014

226 pages

ISBN 9782953767766

 

4ème de couverture :

Depuis près de vingt ans, Jonas Burkel photographie toujours la même femme ; seul le prénom change. Mais plus que les brunes longilignes au regard perdu, il semble que son vrai grand amour soit ses habitudes : ses disques de piano jazz, ses errances dans Paris… et ces corps féminins dociles et invariables.

La fille qu’il découvre dans un train de banlieue, accrochée à un roman d’Oscar Wilde, semble la candidate idéale pour prolonger la série : il oublie immédiatement son précédent modèle, imagine déjà sa nouvelle conquête devant son objectif, dans des rues sombres, sous la pluie, sous ses draps…

L'idée qu'une femme puisse refuser son petit jeu sentimental ne lui traverse même pas l'esprit. Mais comment pourrait-il deviner que, tout comme lui, la lectrice du train n’accepte aucune règle sinon celles qu’elle invente ? Et que tous ceux qui l’approchent doivent s’y plier ; jusqu'à y jouer leur vie.

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Jonas Burkel, photographe est passionné par un seul type de femme : brune, longiligne, au bord du précipice. Il aime les photographier dans des usines désaffectées. Un modèle chasse l’autre dans le cœur et le lit du photographe, jusqu’à ce que l’inconnue du Paris-Meaux arrive et prenne toute la banquette.

Jonas est un instable amoureux avec pour point d’ancrage son appartement. Son plaisir : regarder par la fenêtre un verre de Whisky à la main et la musique d’Oscar Peterson dans les oreilles, plutôt sur sa chaîne. Malgré toutes ses conquêtes, n’allez pas penser que c’est un tombeur. Il me parait plutôt ennuyeux dans son refus d’aimer, de donner, son silence quasi permanent, la monotonie de sa vie. Pourquoi Margot fait-elle le pied de grue devant son appartement et note tous ses déplacements ? Pourquoi Emmanuelle ne contient-elle pas sa joie et son orgueil de voir Jonas s’installer chez elle ?

« Assise droite comme un i sur une banquette orange, elle lit. Et c’est en la découvrant ainsi, absorbée par des mots, indifférente au monde, inconsciente du pouvoir qu’elle exerce, que je tombe amoureux. » Arrive celle qui lui fait oublier toutes les autres, celle à qui il voudrait donner. Comme aux autres, il lui refile sa carte.  Depuis ils jouent au chat et à la souris. Le chat étant, en l’espèce, une chatte et la souris un bon rat bien naïf. Quoique…

L’auteur plante le décor principal : l’appartement de Jonas et le canapé-lit rayé vert et blanc, un vrai personnage qui revient souvent comme le refrain d’une chanson.

La fin ? Surprise du chef de l’auteur ! Qui fait que, dans ma tête, je me suis offert tout le livre, en travelling arrière.

J’oubliais. Il y a des mortes, mais qui a tué ? Qui est coupable ?

J’ai retrouvé la distillerie d’indices, l’écriture imagée du « Sixième crime » au service de ou des énigmes. C’est le style de Sébastien Fritsch, son besoin ; nous accrocher, nous harponner.

Un conseil ami lecteur : ne brûle pas les étapes, prends le temps d’apprécier la distillerie, laisse Jonas et ses conquêtes s’installer dans ton esprit sans oublier la belle N.

 

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René-Victor Pilhes - La nuit de Zelemta

25 Février 2016, 14:58pm

Publié par zazy

 

La nuit de Zelemta

René-Victor Pilhes

Editions Albin Michel

janvier 2016

192 pages

ISBN : 9782226319425

 

4ème de couverture :

A la fin de l'été 1953, Jean-Michel Leutier quitte l'Algérie pour continuer ses études dans un lycée toulousain. Lors d'un week-end à Albi, il fait une rencontre qui va changer sa vie : Abane Ramdane, le plus célèbre prisonnier politique de France, l'un des fondateurs du FLN.

Quatre ans plus tard, devenu officier français patrouillant dans la région de Zelemta, il le retrouve sur sa route, fuyant vers le Maroc.

Ce face-à-face passionnant entre un mythe de la Révolution algérienne et un jeune pied-noir aussi brillant que naïf contient en soi toute la complexité des rapports entre Algériens et Français, les enjeux de la guerre nationale comme les paradoxes de l'Histoire coloniale. René-Victor Pilhes, prix Médicis pour La Rhubarbe, prix Femina pour L'Imprécateur, a toujours exploré, dans une œuvre au style alerte tour à tour féroce, baroque et lyrique, les heures sombres de l'Histoire, en dénonçant les clichés et en éclairant les points aveugles.

L’auteur (site de l’éditeur)

René-Victor Pilhes a grandi à Seix en Ariège, cadre de nombreux de ses romans. En 1955, il est envoyé en Algérie où il restera deux ans.

Prix Médicis en 1965 pour La Rhubarbe, Prix Femina 1974 pour L'Imprécateur, il a publié aux éditions Albin Michel La Pompéi (1985), Les démons de la cour de Rohan (1987), L'Hitlérien (1988), La médiatrice (1989) et La Faux (1993). Il n'avait pas publié de romans depuis près de 20 ans.

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Jean-Michel Leutier, jeune pied-noir quitte son oranais natal pour continuer des études brillantes à Toulouse. Voulant séduire la sœur d’un copain, via la mère experte en bonnes œuvres, il devient visiteur de prison. Le sort le met en présence d’Abane Ramdane, l’un des fondateurs du FLN, emprisonné à Albi, qui, plus tard, sera lâchement assassiné par ses pairs en 1957.

Ses études philosophiques, ses conversations avec Ramdane emplissent son esprit et sa conscience sur l’avenir de l’Algérie. Un avenir où les colons ne sont plus les maîtres de l’Algérie, mais des habitants lambda, où les paysans algériens ne sont plus ravalés au rang de presque serf par les gros propriétaires. C’est avec un regard neuf, décillé que Jean-Michel, lors de ses vacances au pays, mesure le fossé entre les graines que le prisonnier a semé dans son esprit et la vie de ses parents, des habitants de l’Oranais. Cette confrontation entre deux idées de l’Algérie et de la colonisation jette le trouble chez le jeune homme « Jusqu’alors, défricher, bâtir, semer, planter, instruire, enseigner, avait servi de bonne conscience au colonisateur. ». Cette impossibilité pour les colons de comprendre, de voir que tout change autour d’eux « Ce que voyaient ces « Français d’Algérie », c’est qu’il était trop tard. Mais était-ce si évident ? ». Lorsque la guerre, on dit alors, les Evènements, éclate, il suspend son sursis et part défendre ce qu’il considère, avec justesse, son pays.

Blessés plusieurs fois, il se meurt et la visite quotidienne du « petit curé » lui permet de raconter sa courte vie, sa rencontre avec Ramdane et ce qui en découla, la guerre dont la fameuse nuit de Zelemta qui jettera l’opprobre sur ce jeune officier multi médaillé.

Un livre superbement construit qui raconte, expose la guerre d’Algérie sans trémolos, avec rigueur et calme la situation des deux côtés.

Les français de France de l’époque, d’avant la déclaration de guerre, ne se sentaient pas concernés : « L’Algérie, oui, c’était une partie rose sur la carte de l’outre-mer ; mais ce n’était que ça. Non, décidément, ce n’était pas l’Alsace et la Lorraine. »
Je me souviens, pour avoir établi des dossiers, de certains pieds noirs, propriétaires terriens, arrogants avec les subalternes que nous étions. J’avais, à l’opposé, deux collègues fraîchement rapatriés, ceux qu’on appelait « petits blancs » qui pleuraient leur pays. C’était dur à comprendre pour la jeune fille que j’étais, tout en faisant un parfait résumé.

Abane Ramdane a réellement existé. Il fut l’un des créateurs et chefs du FLN, écarté puis tué pour des raisons de pouvoir. « Tour à tour présenté comme un Robespierre ou le Jean Moulin et même le Mao Tsé-toung africain, s’il avait survécu à la guerre, Abane Ramdane reste peu ou mal connu. Cela n’est pas fortuit. Une véritable conjuration du silence en a fait l’oublié, voire « l’évacué » de la révolution algérienne. »

Ramdane vivant, lui qui comparait leur lutte à celle des Irlandais, aurait-il eu le pouvoir et la volonté de faire ce qu’il expliquait à Jean-Michel ? Si le statut Blum-Viollette qui voulait donner la nationalité française aux étudiants « Les étudiants musulmans, tout en restant musulmans deviennent français et qu’aussi imbus de préjugés religieux et racistes qu’ils soient les colons ne puissent leur décrier la fraternité française. » (C’était en 1936) avait été ratifié….

Et la « nuit de Zelemta » me direz-vous ? Je vous laisse découvrir cet épisode humain et très fort.

Un livre, entre fiction et réalité, dans un style très construit ; une belle écriture classique comme je les aime. J’ai trouvé, chez René-Victor Pilhes, beaucoup d’estime pour ces « petits blancs » qui étaient présents en Algérie depuis plusieurs générations ou ceux qui sont venus chercher un avenir meilleurs et, pour les enseignants, un grand désir d’apporter leurs connaissances aux « Arabes », ainsi que pour Ramdane.

Une belle découverte de cette période, guerre qui se cache derrière ces « Evènements » dont on ne parle que très, trop, peu. Un très bon livre.

Le moindre « petit Blanc », s’il était loin au-dessous des industriels d’Alger ou d’Oran et des gros colons de la Mitidja, restait, quoi qu’il en fût, membre de la communauté européenne, et, à cet égard, même « prolétarisé », se distinguait des « Arabes ».

Et puis, « L’Algérie n’était pas seulement loin de Paris, elle était inconnue du peuple français. Celui-ci n’en apercevait qu’une caricature : les caravanes, les dattes, les chéchias, les belles Berbères. A quoi se superposait l’image que les pieds noirs en offraient quant ils apparaissaient en métropole, ou tout au moins deux qui pouvaient se le payer, en vacances ou en affaires, engendrant même une certaines animosité : hâbleurs, bourrés aux as, affichant leur prospérité, parlant des « Arables » comme d’une sous-engeance, avec un cortège de mots les désignant plus péjoratifs les uns que les autres.

« Dans son Algérie natale, il y avait dans un camp ceux qui possédaient presque tout et ceux qui ne possédaient presque rien. Jusqu’alors, défricher, bâtir, semer, planter, instruire, enseigner, avait servi de bonne conscience au colonisateur

Et le pauvre député Viollette de déclarer à la Chambre : « lorsque les musulmans protestent, vous êtes indignés ; lorsqu’ils approuvent, vous vous montrez soupçonneux ; quand ils restent tranquilles, vous avez peur… Messieurs, ces gens n’ont pas de nations politiques, ils ne demandent même pas une nation religieuse, tout ce qu’il s demandent, c’est d’être admis dans la vôtre, si vous refusez cela, prenez garde qu’ils ne créent une nation pour eux-mêmes » Fermez le ban.

Crois-tu vraiment que tu es ici chez toi ? » Voilà pourquoi il était apparu en proie idéale à un Abane Ramdane qui avait promptement décelé cette vulnérabilité. En vérité, c’est un hasard très funeste qui les avait mis en présence, à moins, à l’inverse, qu’il ne se révèle un de ces jours salutaire pour cause de déniaisement politique précoce.

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Kamil Hatimi - La Houlette

21 Février 2016, 21:44pm

Publié par zazy

 

La Houlette

Kamil Hatimi

Editions Elyzad

Mai 2015

310 pages

ISBN : 9789973580771

 

4ème de couverture :

Lorsque Dragan Chenah, marocain à moitié serbe et journaliste star des ragots à La Houlette Casablancaise, découvre qu’il a perdu la faculté d’écrire, il est bien ennuyé. Entamer une thérapie ? Décevoir encore sa femme ? Noyer son spleen dans l’alcool et autres substances illicites, en compagnie d’une clique aussi fantasque qu’improbable ? Une dernière option inattendue s’offre à lui. Car soudain l’actualité se déchaîne. Un attentat vient de se produire dans un grand hôtel de Casa. Entre piste islamiste et traumatismes refoulés, c’est le moment pour Dragan de secouer sa carcasse et de se pencher sur les trous noirs de son passé. À l'abri des palmiers et des fronts de mer ensoleillés se dissimule une réalité silencieuse et trouble.

L’auteur :

De mère allemande et de père marocain, Kamil Hatimi est né en 1960 à Rabat où il a passé sa jeunesse. Il poursuit en France des études de sociologie. Après avoir exercé différents métiers dont celui de musicien de bal et de photographe, il entame en 1995, une carrière de formateur interculturel et d’interprète. Il vit actuellement dans le sud de la France. La Houlette est son premier roman.

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Suite à un attentat dans un grand hôtel de Rabat, Dragan Chenah, géant blond marocain de père et serbe par sa mère, journaliste ou plutôt journaleux à la Houlette Casablancaise voit sa vie remise en question. Il doit déterrer ce qu’il cachait à tout le monde, la tâche qui a fait de lui cet alcoolique, déprimé, blasé, fumeur de haschisch que veut fuir sa femme. A lui de trouver la force de puiser dans sa mémoire et trouver le moyen de soigner le mal qui le ronge et qui fait qu’il ne peut plus écrire une seule ligne ? Oh, non, pas la simple peur de la feuille blanche, mais bien l’incapacité de prendre un stylo et d’écrire.

Cet attentat sera le coup de pied au derrière salvateur, l’urgence qui le poussera à tout raconter au docteur Urziz « le docteur des maboules ».

A travers ce journaliste blasé, déprimé, alcoolique, fumeurs de joints, Kamil Atimi raconte les relations étroites entre la presse et le régime (les pages relatant la conférence de rédaction du rédacteur de la Houlette est un petit chef-d’œuvre), l’impossible liberté des journalistes, le cynisme des policiers, dont Dragan fut une innocente victime. Les années 63-65 qu’Ilyas raconte à la femme de Dragan et qu’il appelle « la chasse aux gauchos » pour abattre l’opposition et dont sa femme et mère de Dragan fut très certainement victime.

Un premier roman fort au ton ironique et féroce. Une lecture nouvelle où le Maroc n’est pas que la destination des retraités français avec leurs camping-cars, mais un pays en proie à l’islamisation sournoise, un pays où, pour avoir la paix, Dragan se doit de maîtriser le minimum des rudiments d’une religion à laquelle il ne croit pas « Il avait appris à maîtriser les rituels langagiers bordant les relations sociales marocaines. Il connaissait toutes les arabesques, les virgules, les pommades et les enluminures de la phraséologie quotidienne et savait qu’à chaque situation chaque évènement, sacré ou profane, correspondait une formule prête à l’emploi qu’l suffisait de dire au bon moment, avec la bonne intonation et le bon rythme, pour émettre les signaux d’une religiosité de surface, le minimum syndical, à même de lui garantir qu’on lui ficha la paix. »

Les Editions Elyzad ont, une nouvelle fois, démontré leurs talents à m’offrir, à nous offrir, de très belles lectures. La couverture, avec ses deux costumes, montre l’ambivalence entre la modernité et la tradition du peuple marocain, le grand écart entre les tenants d’un certain rigorisme religieux et les autres.

Livre lu dans le cadre de la voie des indés avec Libfly et les maisons d’éditions indépendantes dont Elyzad. Je les remercie pour cette belle lecture

 

 

 

 

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Jean Echenoz - Envoyée spéciale

20 Février 2016, 21:50pm

Publié par zazy

Envoyée spéciale

Jean Echenoz

Editions de Minuit

Janvier 2016

320 pages

ISBN : 9782707329226

 

4ème de couverture :

Constance étant oisive, on va lui trouver de quoi s’occuper. Des bords de Seine aux rives de la mer Jaune, en passant par les fins fonds de la Creuse, rien ne devrait l’empêcher d’accomplir sa mission. Seul problème : le personnel chargé de son encadrement n’est pas toujours très bien organisé.

 

L’auteur (source ici) :

Jean Echenoz est né le 26 décembre 1947 s'impose avec un sens de l'observation unique et un style singulier. L'ancien étudiant en sociologie et en génie civil déclare être l'auteur de romans “géographiques”. Il tâche en effet dans son oeuvre de tracer les conditions, les décors et les milieux qui fondent une existence, celle de personnages fictifs ou réels à l'instar de Ravel dans un roman éponyme ou d'Emile Zatopek dans Courir. Amené à l'écriture suite à la découverte d'Ubu Roi d'Alfred Jarry, Echenoz imprime sa propre empreinte avec un sens de la dérision hérité du dramaturge. Lauréat du prix Goncourt en 1999 pour Je m'en vais, l'auteur joue à détourner les codes du langage et les genres littéraires. Ainsi, il s'approprie le roman policier avec Cherokee (Prix Medicis en 1983) ou le roman d'espionnage avec Le Lac. Ecrivain de la quête et de l'enquête, Jean Echenoz succède avec brio et innovation à la génération du Nouveau Roman, qui a fait la renommée de sa maison d'édition, Minuit. En 2012, cette dernière publie son roman 14.

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Constance, jeune femme oisive des beaux quartiers parisiens est enlevée par un « plombier » même pas polonais. Une demande de rançon arrive et son mari, Lou Tausk (un pseudo), ancienne gloire musicale réagit mollement. Constance fera preuve de constance (je n’allais pas louper ce mauvais jeu de mots), n’essaie pas de se sauver, attend, trouve même quelques menus plaisirs en présence de ses deux geôliers, sentiment réciproque. Les directives conduiront notre héroïne jusqu’en Corée du Nord avec la même placidité, où elle sera un peu espionne.

Comment parler de ce livre sans l’amoindrir ? Jean Echenoz semble s’être amusé à l’écrire, à semer de petits indices, comme un bout de doigt. Beaucoup de personnages se croisent, ou pas, beaucoup de rebondissements. Dans ce livre, tous les mots sont importants. J’ai aimé, que dis-je, adoré la tournure des phrases. L’utilisation du « on » qui devrait alourdir le texte, le rend malicieux, avec ce mélange alerte de trivial et de précieux. « Une fois l’on a vu, dos tourné à la route, au milieu d’une culture de pois protéagineux, piser un paysan sous sa casquette. » Vous avez la description et l’action en un minimum de mots. Sobriété.

Jean Echenoz est le marionnettiste d’une histoire improbable au mécanisme précis d’horlogerie. Il joue avec les fils, tisse un dessin. Il distille, à dessein, des détails importants.  Qu’importe si l’histoire est improbable, lui, la rend possible. Et si, tout s’était déroulé dans une autre dimension ? Possible à la lecture du dernier paragraphe, ou pas.

Un coup de cœur

Envoyée spéciale fait partie de la liste des livres sélectionnés pour le Prix  des lecteurs l'Express BFMTV 2016

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Camille Laurens - Celle que vous croyez

20 Février 2016, 21:29pm

Publié par zazy

 

Celle que vous croyez

Camille Laurens

Editions Gallimard

Janvier 2016

192 pages

ISBN : 9782070143870

 

4ème de couverture :

Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux.

En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

L’auteur :

Camille Laurens  est agrégée de lettres et vit dans le sud de la France. En 1995, elle publie Philippe, qui raconte la mort de son enfant nouveau-né. Ce livre autobiographique écrit dans la douleur est unanimement salué. En 1996 commence le travail introspectif sur l’humain et son rapport à lui-même puis, Quelques-uns, Dans ces bras-là, L’Amour, Ni toi ni moi. En 2008, Camille Laurens change de registre et publie ‘Tissé par mille’, un roman où elle s’amuse à déchiffrer ce qui se trame derrière les mots, tous les mots.

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Claire Millecam, 48 ans, s’inscrit sur Facebook sous un faux profil, celui de Claire Antunes, 24 ans. Elle devient « l’amie » de Kriss, le grand copain de Jo, son amant qu’elle veut pister. Cupidon FB décoche sa flèche. Claire n’est pas celle qu’il croit et s’abimera. Un livre à plusieurs voix où le faux et le réel se mélangent. Une réflexion sur le désir amoureux, le désir tout cours, une colère sur le regard que portent les mâles sur les femmes mâtures.

Claire Antunes est l’avatar de Claire Millecam, Claire, celui de Camille Laurens? Hospitalisée pour « une décompensation sévère » Claire se confie à Marc le psy. J’ai cru à son histoire tout comme aux révélations de Marc et aux lettres de Camille Laurens à son éditeur. C’est là, la grande force de l’auteur, brouiller les cartes du vrai, du vraisemblable et du roman.

En filigrane, la femme de cinquante ans « Quel super-pouvoir acquièrent les femmes de cinquante ans ? – Elles deviennent invisibles. » La perte du regard de l’homme « N’exister que dans leur regard et mourir quand ils ferment les yeux. » Que cherche vraiment Claire, le désir dans le regard des hommes ou son propre désir ? Que n’a-t-elle d’autres passions !

J’ai aimé ce jeu pervers, trouble, le ton ironique, les réparties quelques fois cruelles, une écriture douce-amère où le jeu de mots peut être saignant « Enseignante ? En saignant aussi, quelquefois. »

Roman où mensonge et réalité conduisent à la folie jusqu’à la rédemption par l’écriture.

 

Celle que vous croyez fait partie de la liste des livres sélectionnés pour le Prix  des lecteurs l'Express BFMTV 2016

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HEUREUSE !

17 Février 2016, 11:54am

Publié par zazy

Le jour de mon anniversaire, un coup de fil d'Alix de l'Express, m'informe que ma candidature est retenue et donc..... que je fais partie des 10 membres du jury du prix des lecteurs 2016 de l'Express BFMTV !!!

La surprise, cela m'était totalement sorti de la tête ! Non, je n'ai pas crié comme une folle dans le téléphone, mais j'étais comme pétrifiée. Je n'ai même pas douté du fait puisque je n'en avais parlé à personne. C'est après que j'ai cogité.

BMFTV, en la personne de Nadia, m'a demandé plusieurs petites choses et là, j'ai compris que c'était vrai de vrai ! J'ai hâte d'être à mi-mai pour rencontrer les autres,discuter des livres.

Une aventure que je vis avec un plaisir incommensurable et je ne cache pas ma joie ni mon plaisir.

J'ai déjà reçu et commenté 3 livres, je vous en parlerai plus tard.

Le plus dur pour moi ? écrire mon commentaire en 1500 signes, espaces compris ! Je l'écris, le remanie je ne sais combien de fois. Pas facile, mais instructif.

J'espère que vous connaitrez, pour ceux qui n'ont jamais été membre d'un jury, vous aussi, cette immense joie.

Allez, je me lâche : YOUPIIIIIIIIII !!!!

 

 

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Max Genève - Le voyage de M. de Balzac à Turin

7 Février 2016, 21:33pm

Publié par zazy

 

Le voyage de M. de Balzac à Turin

Max Genève

Editions Serge Safran

224 pages

février 2016

ISBN : 9791090175440

 

4ème de couverture :

En juillet 1836, le couple Guidoboni-Visconti propose à Balzac de les représenter à Turin, tous frais payés, pour une affaire d'héritage. Cela tombe à pic : l'écrivain est ruiné après la liquidation La Chronique de Paris. Pour l'accompagner, l'auteur du Lys dans la vallée - le roman vient de paraître -, recrute un jeune page : Marcel. Habillée en homme, mariée, mère de famille, elle s'appelle en vrai Caroline. Et, fatalement, se noue une intrigue amoureuse d'un genre très particulier.

Dans ce roman à la sulfureuse malice et discrète érudition, Max Genève prête à un homme épuisé par un travail acharné, harcelé par ses éditeurs et ses créanciers, ce qu’il n’aura vécu que rarement : un moment de joyeuse insouciance.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né à Mulhouse en 1945, Max Genève vit aujourd'hui entre Paris et Biarritz. Auteur de vingt romans et de plusieurs recueils de nouvelles, ce romancier inclassable s'est illustré dans des veines très variées avec toujours la même exigence. Le voyage de M. de Balzac à Turin est le troisième roman paru chez Serge Safran éditeur après Virtuoses et Le jeune homme qui voulait ralentir la vie.

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Suite à la liquidation de La Chronique de Paris et pressé par ses créanciers, Honoré de Balzac ne doit son salut qu’à ses amis Guidoboni-Visconti qui l’envoie régler une affaire de succession à Turin. L’accompagne Marcel, son « page ».

« Marcel se lave les cheveux au relais de poste pendant qu’on dételle les chevaux. Elle les porte courts pour l’occasion… » Ainsi débute ce roman. Tiens une faute (je n’avais pas lu la 4ème de couverture). Non, aucune erreur puisque Marcel est en fait Caroline Marbouty, une femme mariée mère de deux enfants qui lui avait envoyé des textes, signés Marcel, lorsqu’il était directeur de la Chronique de Paris. Elle sera même confondue avec George Sand. Balzac ne démentira pas. Donc Marcel-Caroline accompagne Honoré dans ce voyage. pour ne pas effrayer ses grande amies Mesdames Hanska, de Berny et Guidoboni-Visconti. Me voici embarquée avec Balzac et Marcel en diligence direction Turin. Marcel, le page, ne fait pas illusion longtemps parmi les personnes rencontrées. Ainsi à la Grande Chartreuse, la réflexion du frère portier : - Ce jeune homme est mon page, dit Balzac d’un ton mal assuré,… -Et moi je suis la Sainte Mère ».

Un voyage et un séjour turinois que j’ai adoré. Un peu fatiguée par tout le trajet en diligence. Ravie d’avoir admiré le jardin de l’avocat Luigi Colla à Rivoli. J’ai découvert avec Marcel le faste des demeures seigneuriales et princières. J’ai souri aux parties de chat et souris entre Balzac et Caroline.

Madame Hanska est toujours présente dans ce voyage ; Sa tendre Eva, sa Princesse. Les pensées de Balzac vont aussi auprès de Madame de Berny qui vit ses derniers moments. Nonobstant ceci, la dernière nuit italienne, chez Madame de Benevello, le page et le maître doivent dormir dans le même lit. Le lendemain, il se comporte, pour moi, en goujat en ayant cette sortie « Donc, nous sommes bien d’accord, dit-il, il ne s’est rien passé cette nuit. » Je sais, c’est un R.O.M.A.N., mais…

En fin de livre Max Genève nous éclaire un peu plus sur Caroline Marbouty. C’est qu’il est dur, à l’époque, d’être écrivain et femme. « Vous savez comme moi qu’une femme qui met son talent à défendre les femmes, ce qu’elle fait avec force dans Une fausse position, rencontre bien des inimités masculines. » La postface montre l’érudition non ennuyeuse de l’auteur.

Max Genève, je suis très heureuse d’avoir accepté votre invitation au voyage. Accomplir ce voyage en compagnie de Monsieur Honoré de Balzac fut un régal, une parenthèse enchantée.

Les Editions Serge Safran m’ont offert, une nouvelle fois, une très belle lecture.

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Laurence Cossé - La Grande Arche

5 Février 2016, 22:52pm

Publié par zazy

La Grande Arche

Laurence Cossé

Editions Gallimard

Janvier 2016

368 pages

ISBN : 9782070142040

 

 

4ème de couverture :

Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n'est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s’écroule, et s’écroule toutes les fois qu’on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu’un de vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente.

Ce récit brosse l’épopée de la construction d’un des monuments les plus connus de Paris, dont on ignore qu’il fut l’enjeu de luttes politiques au couteau sous le règne de François Mitterrand. C’est surtout le portrait et l’histoire de son créateur, Johan Otto von Spreckelsen, un architecte danois très secret, professeur aux Beaux-arts de Copenhague.

Lauréat d’un prestigieux concours international en 1983, fêté pour son projet à son arrivée à Paris, cet homme du Nord découvre avec stupéfaction la désinvolture et les revirements à la française. L’affaire finit tragiquement pour lui, alors que se construit ce portique de marbre qui paraît la sérénité même.

Dans ce roman puissant, Laurence Cossé conjugue l’art de la narration romanesque et la précision d’une longue enquête pour évoquer un destin d’architecte parmi les plus beaux et les plus paradoxaux, les plus absolus et les plus violents du XXe siècle.

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Laurence Cossé fait partie de mes auteurs préférés, c’est dire si j’avais hâte de découvrir ce livre, sans en avoir lu la 4ème de couverture.

Ici, l’auteur raconte l’historique de la Grande Arche de la Défense. Quelle épopée politico-architecturale ! Tout commence le 25 mai 1983. Johan Otto von Spreckelsen, a gagné le concours d’architecture pour le projet colossal « Tête de la Défense ». Le problème c’est qu’il n’a été confronté, ni au gigantisme, ni aux mœurs françaises et qu’il ira de déconvenues en déconvenues. Passer de l’artisanat (construction d’églises) à l’industriel et la haute technologie échelle XXXL ne s’improvise pas. Il l’apprendra à ses dépens. « A la Défense, il est écrasé. Il va être écrasé. Son œuvre menace de l’écraser. » Cet homme qui parait un peu rigide fera mettre, au sens littéral du terme, Mitterrand à genoux ! Imaginez la scène et la moue médusée de son entourage.

Un bouquin captivant. Laurence Cossé a travaillé son sujet. Je sens, derrière ses phrases, des monceaux d’archives décryptées, des montagnes, infranchissables pour moi, de données techniques déchiffrées. « La littérature fait courir des risques dont l’auteur n’avait pas idée avant de s’y lancer, sans quoi il aurait préféré l’ethnographie ou le saut à la perche. Les efforts de documentation auxquels j’ai dû m’astreindre pour écrire sans trop d’inepties les paragraphes précédents ont réduit en poussière un des piliers de mon équilibre psychique »

Laurence Cossé a su mettre les doigts là où ça fait mal ; Les manœuvres économico-politiciennes, l’ambition démesurée de certains comme le « faucon pèlerin ». L’incompréhension grandissante entre Johan Otto von Spreckelsen, tout bâti de la rigueur scandinave et la maîtrise d’œuvre française à plusieurs têtes qui avance, recule, … Toutes ces chicaneries, les modifications des plans, des matériaux ont eu raison de l’architecte qui a démissionné. Il est vrai que, dès départ, les dés étaient pipés : on ne marie par l’eau et le feu.

L’aventure n’est pourtant pas terminée. Les veilleurs que sont Lion, Dauge et Subileau, présents dès les débuts, veillent sur la pérennité de l’édifice. Subileau le dit « Ce bâtiment est maudit. On a engendré un monstre. C’est un monument d’une sérénité absolue mais il reste marqué par son enfantement terrible. Il a été laissé en déshérence ». Quant à Andreu, il « est le premier à le regretter, l’édifice en tant qu’édifice reste un monument vide : c’est un ouvrage remarquable mais sans fonction forte ni sens. « Un objet pur, quoi ». »

Laurence Cossé est arrivée à faire de cette aventure une véritable saga, un roman à suspens. La Grande Arche n’est absolument pas roborative malgré le sujet. De petites piques ironiques, caustiques, des digressions littéraires, étymologiques (par exemple sur l’arc) ou ethnologiques (le faucon pèlerin) émaillent le livre.

« Si l’Arche est ce qu’elle est, cette Port »e de Paris si puissante et si singulière, c’est que Spreckelsen était inexpérimenté, déraisonnable, non conforme et d’une folle présomption. Les concours ouverts créaient des appels d’air, des appels de neuf, de risque. Ils donnaient sa chance à Icare ». Ainsi se termine le livre. Cette époque n’existe plus, les nouveaux projets sont avant tout faisables et sécuritaires, le rêve n’est plus primordial. Changement d’époque !

Mais tout n’est pas terminé pour l’Arche de la Défense. Espérons que des slogans publicitaires ne viendront pas abîmer ce beau monument et que la restauration pourra se faire sans l’abîmer.

Un grand Laurence Cossé, un coup de cœur pour moi.

J'ai eu le paisir de lire ce livre grâce à l'opération de Babelio, que je remercie vraiment, ainsi que les éditions Gallimard

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Michaël Uras - Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

2 Février 2016, 22:06pm

Publié par zazy

Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

Michaël Uras

Editions Christophe Lucquin

Mai 2014

224 pages

ISBN : 9782366260144

 

4ème de couverture :

Chroniques d'une enfance rythmée entre la Sardaigne, lumineuse, et le quotidien gris du nord de la France. On suit l'enfant qui découvre le monde, puis l'enfant dans son enveloppe d'homme qui tente d'y trouver une place. C'est un roman sur le souvenir, un roman de la nostalgie. A la question posée à la fin du livre, "La possibilité de n'être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils?", peut-être est-il sage de répondre par cette supposition : l'accès au bonheur ne serait-il pas favorisé par l'effacement des repères inculqués tout au long de l'enfance, et par la valorisation plus importante de nos rêves d'enfant?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Michaël Uras est né en 1977. Son père a fui la Sardaigne et sa misère pour s’installer en France. Il est très influencé par ses origines méditerranéennes. Il a grandi en Saône-et-Loire avant de suivre ses parents en Franche-Comté. Il a débuté des études de Lettres modernes à Besançon, et les a terminées à la Sorbonne…

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Le livre débute et finit par un chapitre portant le même nom : « Chronique ».

« Chronique, comme ces instants dérobés à l’oubli. Un fait, un geste, un mot entendu, prononcé, déformé en somme, pêché dans la tourbe de l’existence. », Jacques, (le même que dans « Chercher Proust ») vous vous êtes donc « collé à tout ça ». Le résultat, ce sont des souvenirs cahotant autour d’un calendrier très désordonné où, bien que nous ne soyons pas de la même génération, vous avez l’âge de mon fils, j’y ai trouvé quelques sensations, souvenirs de ma propre enfance ou adolescence. Ce qui montre l’universalité de ces états qui nous amènent de l’enfant à l’adulte. J’ai souri à vos petites couardises, j’ai eu une folle envie de gifler la voisine insultant le pane de la grand-mère ramené des vacances en Sardaigne chez vos grands-parents.

Jacques n’est ni gros ni petit, binoclard, ce qui est totalement rédhibitoire auprès des filles à séduire. Surtout, il aime lire. Il pousse le vice jusqu’à faire sonner son réveil une demi-heure plus tôt pour avoir le plaisir de lire. Il vit cahin-caha sa vie d’écolier puis de collégien. Ah, la journée découverte au côté de Volcan !

Le voici en train de passer l’ultime étape, enfin plutôt sa femme, qui fera de lui un père.

Chaque souvenir est une petite histoire qui peut être émouvante, rigolote, cocasse, tendre, nostalgique, beaucoup d’amour … Je suis passée par tous ces sentiments au fil des pages.

Cocasse ? La rencontre de ses parents… devant (si l’on peut dire) la vitrine du pâtissier.

Emouvante ? La dernière promenade en voiture de sa tante

Tendre ? Lorsqu’il compose un poème à la Eluard pour Mélanie.

Gaie ? L’histoire du berceau de son père, alors que le sujet n’a rien de drôle pour l’époque

J’ai aimé « Chercher Proust ». Je retrouve, dans ce nouveau livre, l’écriture simple, agréable, travaillée, alerte de l’auteur. Beaucoup de sourire, alors que la nostalgie est très présente (normal pour un livre de souvenirs).

« La possibilité de n’être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils ? » Prenez vos copies, vous avez deux heures pour développer !

Merci Michaël Uras pour cette belle lecture.

« Nos souvenirs flottent dans une pare poisseuse. A trop vouloir se pencher pour les appréhender, nous finissons par y tomber. Péché d’orgueil fatal. Désir d’embrasser le temps, désir d’omniscience, désir de puissance. »

« La possibilité de n’être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils ? »

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