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ZAZY - mon blogue de lecture

Benoit Duteurtre - Service clientèle

31 Décembre 2015, 15:07pm

Publié par zazy

 

Service Clientèle

Benoit Duteurtre

Editions Gallimard

96 pages

Octobre 2003

ISBN : 9782070767182

 

4ème de couverture :

Pour Noël dernier, mes parents m’avaient offert un modèle de téléphone mobile extrêmement perfectionné.

Auteur de romans, de nouvelles et d’essais, Benoît Duteurtre a obtenu le prix Médicis 2001 pour le voyage en France.

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Nous avons tous connu les affres du service clientèle avec leurs plateformes téléphoniques, lorsque sur votre ordinateur vous lisez « cette adresse est invalide, veuillez taper votre mot de passe ». Jamais la même personne au bout du fil où il faut recommencer l’historique depuis le début à chaque fois. Les intervenants nous font faire les mêmes choses à chaque fois, bien que l’on affirme que nous l’avons déjà fait « Regardez l’historique, vous verrez ! » « Oui, mais la marche à suivre est celle-ci et je ne peux y déroger. C’est vous qui bloquez le dépannage en ne voulant pas refaire le processus avec moi ». Tiens donc, une petite dose de culpabilité en cadeau. Vilain client qui ne veut pas faire ce que l’on lui dit de faire. Si vous voulez aller directement voir le service clientèle, c’est l’attente longue et fastidieuse pour une même réponse ou presque.

Là, c’est pour un téléphone dernier cri perdu et donc, une facture qui reste à payer. Cela sent le vécu.

Dans la dernière partie, il a l’Immense chance, en sa qualité de client privilégié, de pénétrer dans le bureau, de rencontrer Dominique Delmare, Direction Clientèle !! Alors qu’on lui avait, pas plus tard que la veille, assuré que cette personne n’était qu’un avatar, une signature en bas d’une lettre type, bref qu’elle n’existait pas. C’est le début de la reddition

Un roman bref comme l’indique la couverture, drôle, ironique, iconoclaste, quelque peu désabusé dont j’ai apprécié la lecture. Une belle parabole sur notre époque de communication quasi obligatoire avec mots de passe, code secret...

Que tous ceux qui n’ont jamais connu, au moins une fois, cette situation, me jette… leur cellulaire !

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Zygmunt Miloszewski - Un fond de vérité

30 Décembre 2015, 14:43pm

Publié par zazy

 

Un fond de vérité

Zygmunt Miloszewski

Mirobole Editions

Traduit du Polonais par Kamil Barbarski

janvier 2015

475 pages

ISBN: 9791092145335

 

4ème de couverture :

Fraîchement divorcé, Teodore Szacki a quitté son travail de procureur à Varsovie et débarque dans la paisible bourgade de Sandomierz, où il compte bien refaire sa vie. Mais six mois à peine après avoir abandonné l’agitation de la capitale et l’asphyxie de son mariage, il s’ennuie déjà.

Heureusement, devant l’ancienne synagogue de la vieille ville, du travail l’attend : un corps de femme drainé de son sang, tout comme dans un rite sacrificiel juif… Lorsque le mari de la victime subit le même sort, la population de la ville renoue avec des peurs vieilles de plusieurs décennies. Aux prises avec une flambée d’antisémitisme sans précédent, Szacki va devoir plonger dans un passé aux échos douloureux, et tenter de trouver la vérité dans une histoire qui déchaîne toutes les passions.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Zygmunt Miloszewski, né à Varsovie le 8 mai 1976, est un auteur phare de la jeune génération polonaise. Ecrivain, journaliste et scénariste, il fait ses débuts en 2005 avec un roman d’horreur remarqué, Interphone. Aujourd'hui, ses romans sont traduits dans 9 pays.

Il a obtenu en janvier 2015 le prix Paszport Polityki dans la catégorie littérature ===========

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C’est la période des gros pavés et nous ne sommes pas en mai 68. Après la 7ème fonction du langage, je me retrouve non pas avec un policier, mais le procureur Teodore Szacki, polonais débarqué depuis peu de la capitale dans une charmante ( ?) petite ville endormie. Sandomierz. Le procureur, a souhaité venir vivre ici suite à son divorce, mais, il faut être honnête, il s’emmerde vraiment et ce ne sont pas les quelques parties de jambes en l’air qui change la donne. Heureusement, la découverte du corps d’une jeune femme devant la synagogue va animer sa vie.

Qui a pu tuer cette jolie jeune femme, catholique (très important) que tout le monde semble aimer ? Pourquoi cela semble t-il être fait selon un rituel juif ?

Le mari, cocu et futur abandonné est le premier et principal suspect… jusqu’à ce que l’on découvre son corps tué dans les mêmes rituels juifs.

Est-ce le retour de la croyance en la légende du sang illustré sur un vitrail de la cathédrale ?

Toujours cette petite puisque dans la tête de Szacki qui lui fait creuser au-delà de ce que l’on voudrait lui faire croire, mais…

Ce polar ne côtoie pas l’absurdie rencontrée dans L’assassinat d’Hicabi Bey ou Des mille et une façons de quitter la Moldavie, du même éditeur. Pourtant, c’est du solide, de l’efficace. Les us et coutumes de Sandomierz sont passés au crible sans aucun état d’âme par Teodore Szacki. Ce gros bourg où tout se sait, mais où une partie des choses est cachée comme les sous-terrains, les vieilles histoires datant de la dernière guerre. Pourtant, rien n’est oublié, les vieilles rancœurs, la défiance et la méfiance (pour parler gentiment) envers les juifs sont toujours là. L’auteur nous fait toucher du doigt les relations difficiles entre polonais catholiques et juifs polonais. Miloszewski raconte ce passé, caché, du nazisme, mais Ô combien présent et profond

A partir de ce meurtre, Zygmunt Miloszewski raconte sa Pologne où l’antisémitisme règne encore et toujours. Il dépeint les us et coutumes de ces petites villes de province où tout se sait, où tout est pourtant caché, où le temps coule plus lentement, les distances plus courtes, voire beaucoup plus courtes.

Si la vie provinciale peut être ennuyeuse parfois, la lecture de ce livre ne l’a pas été. Tout s’imbrique, se mélange, s’aère, se complique sans jamais baisser d’intensité. Toute superstition ne contient-elle pas « un fond de vérité » ? comme les habitants de Sandomierz essaient de faire comprendre au procureur.

Une belle nuit blanche, un livre dense, intelligent, consistant comme les gâteaux polonais qui, bu avec une tasse de thé, sont un délice. Zygmunt Miloszewski sait manier le suspens, très bien dépeindre son pays. La traduction de Kamil Barbarski m’a fait découvrir un auteur avec lequel je vais remonter le temps en lisant « Les impliqués ».

Une belle réussite des Editions Mirobole qui m’avaient déjà enchantée avec « L’assassinat d’Hicabi Bey »et « Des mille et une façons de quitter la Moldavie » J'aime toujours autant l'impertinence et la malice des couvertures

 

 

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Dis, c'est quand ?

27 Décembre 2015, 16:45pm

Publié par zazy

Dis, c'est quand ?

C'est quand qu'on pourra ouvrir les paquets laissés par le Père Noël ?

Ce soir mon petit, quand tes cousins seront tous arrivés

C'est encore dans longtemps ???

Non, nous les attendons vers 18 heures

C'est long 18 heures ?

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Noël

24 Décembre 2015, 15:06pm

Publié par zazy

Un chouette arbre de Noël original provenant du blogue atelierboisdame

Je vous souahite à tous un Joyeux Noël

Rempli  de bruits, de famille, d'enfants ou pas mais plein de sérénité, de joie,

J'ai déjà reçu un très beau livre de photos de la Brenne. Je vous en parlerai plus tard

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Laurent Binet - La septième fonction du langage

19 Décembre 2015, 22:52pm

Publié par zazy

La septième fonction du langage

Laurent Binet

Editions Grasset

Aout 2015

496 pages

ISBN : 9782246776017

 

4ème de couverture:

 

« A Bologne, il couche avec Bianca dans un amphithéâtre du XVIIe et il échappe à un attentat à la bombe. Ici, il manque de se faire poignarder dans une bibliothèque de nuit par un philosophe du langage et il assiste à une scène de levrette plus ou moins mythologique sur une photocopieuse. Il a rencontré Giscard à l’Elysée, a croisé Foucault dans un sauna gay, a participé à une poursuite en voiture à l’issue de laquelle il a échappé à une tentative d’assassinat, a vu un homme en tuer un autre avec un parapluie empoisonné, a découvert une société secrète où on coupe les doigts des perdants, a traversé l’Atlantique pour récupérer un mystérieux document. Il a vécu en quelques mois plus d’événements extraordinaires qu’il aurait pensé en vivre durant toute sa vie. Simon sait reconnaître du romanesque quand il en rencontre. Il repense aux surnuméraires d’Umberto Eco. Il tire sur le joint. »

 

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse est qu'il s'agit d'un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l'époque, tout le monde est suspect...

 

L’auteur « site de l’éditeur » :

En 2010, Laurent Binet a publié HHhH, qui a obtenu le Prix Goncourt du Premier roman et a été traduit dans près de quarante pays. La Septième fonction du langage est son deuxième roman, fruit de cinq ans de travail.

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« Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse est qu'il s'agit d'un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l'époque, tout le monde est suspect... » (4ème de couverture).

Jacques Bayard, commissaire de police est chargé de l’enquête et s’adjoint l’aide cérébrale de Simon Herzog, jeune universitaire spécialisé en sémiologie (science dont l'objet est l'étude de la vie des signes au sein de la vie sociale. Cf Petit Larousse) dont Barthes est un éminent spécialiste.

Maintenant, attachez vos ceintures, nous atterrissons en 1980. J’ai rencontré et passé un bon moment avec Foucault, Sollers et Kristeva, Derrida, BHL (et oui déjà !), Umberto Ecco... J’ai même assisté à des réunions dans le cabinet de Giscard en compagnie de Ponia d’Ornano, ou chez Jack avec Mitterrand et le jeune Fabius… Enfin bref, tout ce qui compte pour réfléchir et/ou gouverner à cette époque. C’est tellement bien documenté que je me suis vraiment retrouvée dans ces années 80.

Que font ces hommes politiques dans un livre sur la 7ème fonction du langage ? Et bien, il semblerait, selon des sources très bien informées, que cette 7ème fonction du langage soit la raison de l’assassinat de Roland Barthes et que ce serait une arme hautement efficace ? Qui tient les tenants et les aboutissants de cette fonction, tient le pouvoir, ni plus, ni moins !

 

Au milieu de tous ces littéraires et philosophes connus, Jacques Bayard, détonne et peine à suivre. Imaginez un ancien d’Algérie au milieu de ces intellos, étudiants chevelus, barbus, fumeurs, buveurs… N’oubliez pas, nous sommes dans les années 80, licencieux et permissif. J’ai aimé cet éléphant qui, chargé par les plus hautes instances, essaie vaille que vaille de comprendre et d’assimiler ce milieu, de continuer son enquête et ne pas s’y noyer. Je pense bien qu’à certains moments, il s’est noyé dans la luxure… Mais bon, c’est l’époque qui veut ça ma brav’dame.

 

Laurent Binet a écrit un livre foisonnant, thriller-western instructif, marrant, ironique, érotico-sportif qui nous promène de l’université de Vincennes aux USA en passant par Venise…, le tout en compagnie de polonais et leur fameux parapluie sous la houlette de Julia Kristeva, de japonais… Il se moque, sans méchanceté ( ?), du monde littéraire, universitaire, politique de leurs vanités, leurs arrogances, de leurs querelles, leurs impostures.

 

Les littéraires de tout poil ont dû se délecter avec ce livre, mais les non-initiés ramer (j’en fais partie) pour essayer de comprendre cette 7ème fonction du langage, la sémiologie et tutti quanti. Cela ne m’empêche pas d’avoir beaucoup aimé ce livre. Bien sûr, je ne l’ai pas lu en une nuit, il m’a fallu du temps pour lire et comprendre (ai-je vraiment compris ?) certains passages hautement intellectuels. Qu’à cela ne tienne, je me suis prise au jeu de cette enquête pipée, puisque l’auteur avoue, dès le début, en tirer les ficelles.

Grâce à la lecture de ce livre, je sais que si je rencontre un intellectuel avec deux doigts en moins, c’est qu’il est membre du Logos Club et qu’il aura été trop gourmand face à un adversaire plus érudit ou plus coriace. D’ailleurs un moment d’anthologie que la partie qui se joue entre Eco et Sollers ! Je sais également que Mitterrand a été plus malin que Giscard et aurait peut-être trouvé la 7ème fonction du langage, c’est ce que pense Herzog en écoutant le face à face historique qui a amené son élection.

 

J’ai aimé la véracité des faits « historiques » comme les pages sur l’Italie des brigades rouges, de l’attentat de la gare de Bologne… A partir de cet arrière-plan véridique, Laurent Binet brode, coud, coupe pour arriver à un livre quelque peu iconoclaste et irrévérencieux envers ces grands intellectuels. Le style vivant, proche de l’oralité à certains moments contraste avec la « french theory ».

Bref, un livre très documenté, stylé, intelligent, iconoclaste avec des rebondissements inattendus et une fin volcanique. Une sorte de relecture du « Nom de la rose ». Je pense que Laurent Binet a beaucoup d’admiration pour Eco, Barthes, Foucault et autres Jacobson qui représentait l’élite de la pensé française, cette fameuse « french theory ». Beaucoup de regrets que cette élite n’existe plus et que nos «philosophes » actuels soient plus dans le paraître que dans l’être. Un livre à relire pour y trouver d’autres ouvertures, une lecture jouissive.

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Lupano/Panaccione - Un océan d'amour

19 Décembre 2015, 21:08pm

Publié par zazy

 

Un océan d’amour

Scénario : Wilfrid Lupano

Dessins : Grégory Panaccione

Editions Delcourt

Octobre 2014

225 pages

ISBN : 9782756062105

 

4ème de couverture :

Ce livre ne contient que des idées pêchées au grand large par Wilfrid Lupano, selon des techniques artisanales respectueuses de l’environnement culturel, et mises en boîte à la sardinerie graphique Panaccione, Milan, Italie (Union européenne).

Ingrédients : océan (eau, sel, détritus), amour (eau de rose, baisers, mariage), sardines, mouettes, crêpes, homard, Bigoudènes endeuillées, sauce (aventure, suspense, second degré, drame sentimental, rebondissements absurdes, gags désopilants), Che Guevara (0,5%), arôme artificiel de Vierge Marie.

Garanti sans dauphins, sans textes ni onomatopées. Peut contenir des traces de pictogrammes.

A consommer de préférence avant que l’océan ne fasse plus rêver.

Valeurs nutritionnelles pour 100 grammes

Valeurs énergétiques : plein.

Protéines (naufrages, tempêtes, action, poésie, voyages)………… 65 g

Glucides (paysages sublimes, mélodrames sirupeux)……………. 35 g

Lipides (humour gras, moralisme)……………………………….. 0 g

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Que voulez-vous que je rajoute après ça !

La recette !

  • Caressez la couverture, ne cherchez pas la date de péremption, il n’y en a pas
  • Ouvrez le livre, regardez Monsieur se lever et Madame lui préparer SA crêpe
  • Admirez Madame et Monsieur bigoudens dans les gestes de la vie quotidienne, celle juste avant de partir bosser.
  • Respirez déjà l’amour qui règnent entre ces deux êtes disparates
  • Goûtez la tradition bretonne bretonnante
  • Suivez Monsieur qui part dans la nuit noire et monter sur son bateau, plutôt rafiot
  • Admirez l’océan si bien dessiné
  • Attention, au Goldfish et au dégazage
  • Aidez Monsieur en bien mauvaise posture dans les immenses filets du Goldfish
  • Surtout pas d’oignon, vous avez les veuves bigoudènes pleureuses
  • Ouvrez les boîtes de sardines avec Monsieur et les contrebandiers
  • Prenez votre élan avec Madame et affrontez avec elle le monde moderne
  • Et puis, flute !
  • Faites votre propre cuisine
  • Découvrez, regardez, écoutez la petite musique de ce livre d’images.

J’ai aimé ce livre d’images muet, que dis-je, je l’ai dévoré, dégusté. Oui Môssieur, on peut faire les deux choses en même temps ! Gregory Panaccione arrive, pas ses dessins, à nous tartiner d’amour, d’écologie, d’émotions positives… sans que ce soit gluant. La scénarisation haletante et le vieux couple bigouden forment un bel oxymore, ce qui est fort pour un livre muet.

Alors, vous aussi, plongez dans cet océan d’amour qui vous lavera des sanies qui vous encombrent, vous revigorera. On sait que l’iode est bon pour la santé. Faites seulement attention au dégazage !

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Mariama Bâ - Une si longue lettre

19 Décembre 2015, 14:26pm

Publié par zazy

Une si longue lettre

Mariama Bâ

Les nouvelles éditions africaines

Mars 1981

132 pages

ISBN : 2723604306

Ce livre a été réédité aux éditions Le serpent à plumes en 2001.

4ème de couverture :

Voici un roman qu’on trouvera plein de sensibilité ; mais au prix des riches matériaux humain qui se découvre au long des pages, la sensibilité n’est qu’une menue monnaie. Chaque page, chaque paragraphe, chaque phrase presque, mettent l’accent sur un aspect important de la société sénégalaise, dont les soubassements culturels se trouvent exhumés, expliquant conduites et attitudes. Un grand roman africain est né, et au-delà, une grande romancière.

 

L’auteur

(source : http://aflit.arts.uwa.edu.au/BaMariama.html) :

Mariama Bâ est née en 1929 au Sénégal. Elevée dans un milieu musulman traditionnel par ses grands-parents maternels, après la mort de sa mère, elle fut scolarisée à l'école française et entra à l'Ecole Normale de Rufisque en 1943 avec des résultats d'examens brillants. Elle y obtint son diplôme d'institutrice en 1947. Elle enseigna pendant douze ans puis, pour des raisons de santé, demanda son affectation à l'Inspection régionale de l'enseignement du Sénégal. Mère de 9 enfants, divorcée, elle fut l'épouse du député Obèye Diop. En 1980 le Prix Noma lui fut décerné pour son premier roman Une si longue lettre. Elle est morte en 1981, peu avant la parution de son second ouvrage. Un Lycée de Dakar, "la Maison d'éducation Mariama Bâ", porte aujourd'hui son nom.

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« Aïssatou,

J'ai reçu ton mot. En guise de réponse, j'ouvre ce cahier, point d'appui dans mon désarroi : notre longue pratique m'a enseigné que la confidence noie la douleur. »

Ainsi commence le livre et ma plongée dans la vie de Ramatoulaye.

« Amie, amie, amie ! Je t’appelle trois fois. Hier, tu as divorcé. Aujourd’hui, je suis veuve. » Dans cette longue lettre de souffrance, Ramatoulaye déroule le fil de sa vie. Sa rencontre avec celui qui sera son époux et qu’elle a choisi contre l’avis de sa mère. Sa vie de première épouse, ses tourments avec en fond, les us et coutumes du Sénégal musulman.

Les Sénégalaises ploient sous le poids de la tradition. Ainsi, Ramatoulaye a-t-elle appris la polygamie de son mari par les frères et le meilleur ami de son mari, le jour du mariage. Imaginez ! Ils sont venus en délégation pour lui annoncer la « bonne nouvelle » ! Le mari ne lui a rien dit, rien de rien !! Oui pour nous c’est incroyable. Elle pourrait faire comme son amie Aïssatou et divorcer, mais, non, elle restera par amour, malgré l’avis de ses filles et continuera de travailler et d’assumer les enfants.

Mariama Bâ décrit la misère ou l’envie de plus de richesse, qui poussent les mères à « vendre » leur fille comme seconde voire troisième épouse à un homme riche mais plus très jeune. C’est d’ailleurs ce qui arrive à Binetou, la seconde épouse.

Bien qu’elle ait 50 ans, le frère de son mari tout juste enterré vient la demander en mariage, car il hors de question qu’elle reste seule ou que sa fortune passe entre d’autres mains. D’autres hommes la demanderont en mariage pour de très bonne raisons ou de moins bonnes. La tradition, la tradition !

Ramatoulaye renâcle devant la dégradation, l’occidentalisation des mœurs, « Notre société actuelle est ébranlée dans ses assises les plus profondes, tiraillée entre l’attrait des vices importés, et la résistance farouche des vertus anciennes… La pollution s’insinue autant dans les cœurs que dans l’air. » Pourtant la modernité a ses charmes car le mari de sa fille partage les tâches de la maisonnée « Daba est ma femme. Elle n’est pas mon esclave, ni ma servante. »

J’ai senti beaucoup de tristesse, de chagrin, de colère, de dignité et d’amour dans cette lettre où une femme, même lettrée, indépendante financièrement est entièrement soumise au mâle et à sa belle-famille. Même si Ramatoulaye accepte à son corps défendant, la polygamie de son mari, elle est résolument moderne dans ses rapports avec ses enfants et sa vie sociale.

J’ai aimé cette si longue lettre entre tradition et modernité, entre joie et souffrance, entre colère et acceptation. J’ai découvert ce titre sur le blogue d’Yv et me suis empressée de le commander à la bibliothèque. Bien m’en a pris.

Comme Yves en lisant le nom de l’auteur, j’ai aussitôt pensé à Madame Bâ d’Eric Orsenna. Maintenant, je comprends mieux l’hommage qu’il lui a rendu dans ce livre.

Le livre se termine sur une superbe phrase : « Le mot bonheur recouvre bien quelque chose, n'est-ce pas? J'irai à sa recherche. »

 

Le mot bonheur recouvre bien quelque chose, n'est-ce pas? J'irai à sa recherche.

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Maylis de Kerangal - Réparer les vivants

16 Décembre 2015, 22:25pm

Publié par zazy

 

Réparer les vivants

Maylis de Kerangal

Editions Folio

Mai 2015

304 pages

ISBN : 9782070462360

 

 

4ème de couverture :

«Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps.»
Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.

Ce roman a reçu dix prix littéraires parmi lesquels le prix du Roman des étudiants France-Culture – Télérama 2014, Le Grand Prix RTL – Lire 2014 – le prix des lecteurs l’Express-BFM-TV et le prix Relay des voyageurs 2014 avec Europe.

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Ce livre est ancré dans un lieu unique, celui d’un hôpital, lieu de vie et de mort, presqu’un huis clos. Dans les livres précédents, il y avait déjà cette unité de lieu. Un pont (Naissance d’un pont), un train (tangent vers l’Est), un quartier de banlieue (Pierre feuilles ciseaux). Dans ce nouveau décor, Maylis de Kerangal déroule ses phrases, se sert des mots comme d’une couverture qui nous enveloppe pour mieux nous pénétrer et nous épargner. Chaque instant est ancré dans son environnement, dans son temps. Le temps, l’urgence, choses primordiales lorsque l’on accepte le don d’organes de son enfant en état de mort clinique. Le cœur est omniprésent. Que ce soit celui du jeune garçon, celui des parents, celui de l’hôpital, celui de la receveuse, celui des soignants et l’écriture bat au rythme de ces pulsions.

Maylis de Kerangal par ses mots, met le doigt sur la douleur de la perte, le cheminement vers l’acceptation du décès puis du don. La tension est palpable, très bien rendue, presque l’impression d’écouter battre les cœurs des chirurgiens, malades, intervenants… Oui, les mots, le rythme des phrases sont importants. Ils donnent de la retenue au texte et ne cherchent pas à faire pleurer dans les chaumières malgré le sujet tragique de la mort du fils.

En me relisant, je vois que j’ai souvent écrit « mots » et « cœur ». je ne renie rien car c’est ce qui m’a le plus frappé et ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre. Les mots y sont passeurs de la vie et le livre a son propre rythme cardiaque.

Un roman extraordinaire puisque de la mort nait une vie. Un coup de cœur.

 

Le sort me fut clément. Grâce à , j’ai gagné ce livre et je les en remercie chaleureusement.

 

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Jeanne Benameur - Otages intimes

6 Décembre 2015, 22:59pm

Publié par zazy

Otages intimes

Jeanne Benameur

Editions Actes Sud

août, 2015

208 pages

ISBN 9782330053116

 

4ème de couverture :

Photographe de guerre, Etienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l'ampleur de ce qu'il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.

De retour au village de l'enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde.

Au contact d'une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement, se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l'Italien, l'ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, "la petite qui vient de loin", devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.

Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l'urgence de la question cruciale : quelle est la part d'otage en chacun de nous ?

De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l'otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu'on ne trouve qu'en atteignant l'intime de soi.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jeanne Benameur a déjà publié aux éditions Actes Sud : Laver les ombres (2008 ; Babel n° 1021), Les Reliques (Babel n° 1049), Ca t'apprendra à vivre (Babel n° 1104), Les Insurrections singulières (2013 ; Babel n° 1152) et Profanes (2013 ; Babel n° 1249).

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Etienne, photographe de guerre est bloqué devant un tableau familial qui le touche au point d’oublier de fuir et sauver sa peau, de se retrouver otage. « Le visage de la femme qui l’avait fait s’arrêter en plein milieu du trottoir, au lieu de courir vite se mettre à l’abri comme les autres », il l’a chassé de sa mémoire pendant le temps de son enfermement, surtout ne pas y penser, survivre jour après jour ou, plutôt, repas après repas. Otage, enfermé dans quelques mètres carrés, sans visibilité, sans autre attente que le repas. Il est transformé en marchandise. Libéré, il retourne dans son village, chez lui, dans la maison de son enfance. Otage il a été, otage il reste. Pendant son enfermement, « il s’était tenu loin de lui-même », maintenant, il faut briser le mur. Etienne fut un otage physique, « commercial » puisque considéré comme une marchandise par ses ravisseurs

De qui ou de quoi sommes-nous otages ? C’est la question que pose ce livre. D’ailleurs Emma le dit ce mot terrible lors de sa rupture avec Etienne « A chaque fois que tu pars, jusqu’à ton retour, je t’attends…. Je me sens prise en otage, moi, ici ! ». Cette sensation de ne plus s’appartenir, de dépendance, de dépossession de sa vie. Etienne a connu cela dans sa chair, dans son âme.

Irène, la mère d’Etienne, la veuve qui a attendu son mari que la mer a englouti n’a t-elle pas été otage, je préfère le mot captive, de ces arrivées ponctuées de trop de départs ? seule dans le village de montagne

Le retour au village de l’enfance, dans sa maison, auprès de sa mère est pour lui, une nécessité vitale. Il a besoin de se cogner à son enfance, à sa mère, aux deux autres comparses que sont Jofranka et Enzo, les amis, mais, aussi, besoin de leurs corps pour s’en servir comme étais pour mieux se reconstruire, pour mieux sauter dans l’avenir. Le paysage joue un très grand rôle dans ce livre, il est une des balises de leur enfance.

Jean Benameur nous offre un livre où tout semble avoir été travaillé pour employer le bon mot au bon endroit, rien à jeter. L’écriture presque visuelle est d’une grande puissance. Oui, elle utilise la puissance des mots pour parler. Elle ne joue pas dans la grandiloquence, le paysage, les personnages ne s’y prêtent pas. Son écriture très travaillée, très fine, très intériorisée donne beaucoup de force à ce livre. Un très bon Benameur.

 

Benameur, Jeanne, j’aime votre univers

Explore le mot otage dans tous ses recoins, sous tous ses angles

Notes de musique. La musique qu’ils jouaient avec Jofranka et Enzo. Lui au piano, Jofranka à la flûte et Enzo au piano, guidés par la mère d’Etienne.

Aimerez-vous aussi ce livre autant que moi ?

Merci à Price Minister qui, dans le cadre des Matches de la rentrée m’a permis de lire ce très beau livre

Ecriture fine, ciselée avec ce soin, ce besoin de trouver la phrase, le mot juste

Un retour vers le cocon de l’enfance, retour aux sources pour mieux se ressourcer, s’appuyer pour essayer de se reconstruire, d’avancer avec une assise reposée sur les bases de l’amitié

Recommandé par le gouvernement qui régit mon cerveau

Je remercie Price Minister et son opération Matchs de la rentrée qui m'ont permis ce coup de coeur. Je n'aurais garde d'oublier les Editions Actes Sud source de belles lectures.

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Corinne Hoex - Valets de nuit

4 Décembre 2015, 16:43pm

Publié par zazy

Valets de nuit

Corinne Hoex

Editions Les Impressions Nouvelles

Novembre 2015

160 pages

ISBN 9782874493089

 

4ème de couverture :

Une femme rêve.

Un pirate, un horloger, un pâtissier, un fourreur, un maître-nageur, un dresseur d’otaries, un géographe, un pompiste… chaque nuit, son imaginaire s’empare d’un homme différent.

Des rencontres fantasques, sensuelles et extravagantes.

L’auteur (site de l’éditeur)

Corinne Hoex est née à Uccle (Bruxelles), le 13 juillet 1946. Licenciée en Histoire de l’Art et Archéologie de l’Université Libre de Bruxelles, elle a travaillé comme enseignante, documentaliste et chargée de recherches. Elle a écrit plusieurs études relatives aux arts et traditions populaires. Depuis une quinzaine d’années, elle se consacre à l’écriture de fictions. Elle est l’auteur de romans, notamment Le Grand Menu (L’Olivier, 2001 ; Les Impressions Nouvelles, 2010), Ma robe n’est pas froissée (Les Impressions Nouvelles, 2008), Décidément je t’assassine (Les Impressions Nouvelles, 2010), Le Ravissement des femmes (Grasset, 2012), …. Jadis vivait ici (L’Âge d’Homme, 2015) et Les Mots arrachés (Tétras Lyre, 2015).

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Un ouvrage que j’ai dégusté entre deux gros pavés et j’ai apprécié la légèreté du propos. Ce livre aurait pu être l’antichambre de mes propres rêves comme ceux de beaucoup d’autre dormeuses. Je me suis amusée avec ces pages pleines de légèreté, de bonheur. Les préfaces de chaque historiette apportent un regard malicieux sur la suite « Ô qu’il est doux de voir une ferveur divine - Dans les religieux nourrir la sainteté : (Pierre Corneille, l’Imitation de Jésus-Christ) » Oui, ce jeune abbé est plein de ferveur quant aux travaux pratiques sur les saintes de son répertoire !! Rien de graveleux, les fantasmes de la dormeuse sont bien innocents et malicieux… tout au moins pour ce qu’elle nous en raconte ! Après… Il s’agit de sa vie privé, très privée. Alors, chut, fermons le livre sur la pointe des doigts et je vous souhaite une très belle nuit chère dormeuse.

J’ai apprécié la plume légère, coquine et malicieuse de Corinne Hoex. Pas de points sur les i, mais des points de suspension. Les phantasmes, les suggestions délicatement affriolantes en font  un petit livre à faire du bien. Donnez à cette phrase le sens qui vous convient !!!

Merci à et aux pour ce moment de libertinage bien innocent

 

 

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