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ZAZY - mon blogue de lecture

Hélène Risser - Les amants spéculatifs

30 Septembre 2015, 21:11pm

Publié par zazy

 

Les amants spéculatifs

Hélène Risser

Editions JC Lattès

Août 2014

320 pages

ISBN : 9782709645935

 

4ème de couverture :

Au plus fort de la crise des subprimes, Hélène, journaliste dans un quotidien économique, doit écrire l’autobiographie d’une banquière. Elle se souvient d’Anna B., interviewée autrefois, et dont l’ambition et la réussite incarnent l’argent fou et la féminité insolente. Anna accepte l’idée du livre, mais semble davantage préoccupée par sa vie conjugale que par la conjoncture et les dérives du système. Encore que. Et si, sur le grand marché des sentiments, le respect des règles financières permettait de limiter les pertes de l’investisseur ? Quand son mari la trahit, elle tente une expérience – le trading sentimental – sous les yeux ébahis d’Hélène.
Mais la spéculation n’est-elle pas plus aventureuse lorsqu’il s’agit du cœur ?

L’auteur :  Site de l'éditeur

Hélène Risser est journaliste sur LCP-Public Sénat où elle anime « Déshabillons-les », magazine de décryptage du discours politique. Diplômée en finance à Paris-Dauphine, elle a commencé comme journaliste économique, avant de rejoindre l’équipe d’ « Arrêt sur images » (France 5). Elle est l’auteur d’un roman, Une enquête amoureuse, (Lattès, 2009) et de plusieurs essais sur la politique et les médias.

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Le livre commence par un avertissement de l’éditeur qui me met en garde contre l’audace de sa construction. Bon OK. Je verrai !

La 4ème de couverture résume très bien le livre, je ne vais donc pas insister. Oui, plus que les subprimes, les arcanes de la Banque (avec un B), ce sont les méandres de sa vie amoureuse dont il va être question. Anna, femme froide (ou qui veut le paraître), femme d’affaires redoutable et avisée, s’est modelée sur le modèle paternel et a rejeté l’archétype maternel. Hélène Risser a tissé à Anna un costume masculin qui l’a rassurée, mais qui l’emprisonne de plus en plus à l’orée de sa quarantaine.

Le monde de la banque a cela de rassurant pour Anna, c’est qu’elle en connait les règles et qu’elle peut s’appuyer dessus. Sa vie privée est réglée comme sa vie professionnelle. Son mari s’occupe plus des enfants et de l’intendance qu’elle, mais c’est son choix à lui du début. Lorsqu’un petit caillou (la mutation de son mari dans le sud) arrive dans la vraie vie, l’incertitude fait vaciller la tour.

Sur une phrase partie trop vite de la bouche d’Hélène « Pourquoi ne pas prendre un amant ? Ça vous ferait du bien », Anna va transcrire une théorie dite « aléatoire » en vigueur dans le monde financier à ses futurs amants. Oui, elle veut gérer sa vie amoureuse comme elle gère ses affaire, cela a un côté rassurant, un côté « je maîtrise » qui évite de se poser des questions. « C'est ce qui devrait encore me convenir pour cette nouvelle expérience, dont l'objectif n'est pas, je l'ai dit et je le répète, de m'amouracher d'un autre, mais de tirer profit du fait de prendre un amant. »

Le retour du mari à la maison, donc concession à la finance, et, ou, peur du crash, ressemble, pour moi, aux concessions que font les Etats à cette même finance. Un échec ?

La construction du livre est originale, pas de chapitre mais des mails, extraits de cahiers intimes et autres retranscriptions. Chaque protagoniste à sa propre police d’écriture Hélène Risser nous prévient : mail d’Anna à Hélène, Hélène, journal carnet marron… Cette disposition fait que j’ai lu ce livre presque d’une traite, je dis presque car j’ai renâclé devant les explications sur la théorie de l’aléatoire ou les explications de Charles, n’y comprenant pas grand-chose !

J’ai aimé cette lecture, où Hélène Risser joue des ressemblances entre le milieu financier et la politique amoureuse d’Anna (toutes deux avec des connotations ultra masculines) et les dissemblances entre les deux femmes ; Anna, femme d’affaire, altière et froide et Hélène sentimentale n’ayant aucune confiance en elle. Anna se protégeant au maximum et Hélène véritable éponge. Mais…

Une lecture, agréable, une figure stylistique atypique, Hélène Risser a réussi à m’intéresser sur un sujet qui, de prime abord, ne devait pas m’intéresser.

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Jean-Daniel Dupuy - Invention des autres jours

29 Septembre 2015, 12:29pm

Publié par zazy

 

Inventions des autres jours

Jean-Daniel Dupuy

Illustrations de Georges Boulard

Editions Attila

Mai 2009

224 pages

ISBN : 9782917084090

 

4ème de couverture :

Invention des autres jours est à la fois une fable et un roman d’anticipation, un catalogue d’inventions et un pamphlet contre l’évolution actuelle de la société…

Quoi ? Une société contre-utopique, après une apocalypse industrielle.

Où ? Dans une société gouvernée par les experts, les médecins et les journalistes officiels… et qui entretient d’étranges ressemblances avec le monde actuel.

Qui ? Le livre explore la généalogie des éléments réfractaires au Régime : groupes sociaux en marge ou déclassés (les fous, les gens des cités, les musiciens errants…) ; figures mythiques qui nourrissent l’imaginaire et s’opposent aux discours de propagande (le grand singe Gom Golopür, le marchand de sable, le Roi des rues, Décembre aux mille visages)…

Quand ? Tout tourne autour d’un événement obscur, mal connu, qui a transformé les cartes, les villes et la répartition des populations : « la Catastrophe ».

L’auteur :

Jean-Daniel Dupuy a 35 ans. Veilleur de nuit dans une maison pour enfants en difficulté, il anime des ateliers d’écriture et crée des spectacles de rue.

Il s’est fait connaître avec deux romans : Ministère de la pitié (2003) et Les Noces de carton (2005).

La nuit, il veille, manipulant de grosses charges d’insomnie. Le jour, il écrit, disséminant de petites charges d’insomnie. Parfois, il lui arrive d’inverser le jour et la nuit.

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Beaucoup d’originalités de libertés dans la conception de ce livre. Une règle du jeu se promène en liberté entre les pages, un tableau des protocoles (à respecter ?) se cache sur une page noire… Le roman est plutôt bien (comprenez, normalement) structuré en cinq thèmes, eux-mêmes séparés en cinq chapitres avec, comme titre, le nom d’une invention (allumettes de sûreté, la roulette russe, le jeu de l’oie...) Rien que de très normal donc. Oui, mais voilà, Jean-Daniel Dupuy ne parle pas de la genèse de l’invention, de sa fabrication et commercialisation, non, ce serait trop ennuyeux. Il nous fait rencontrer des gens qui vivent dans un autre monde, une autre dimension, où l’histoire narrée n’a, semble-t-il, rien à voir avec l’invention. Les histoires baignent dans une atmosphère pré ou post catastrophe. Les héros sont en marge de la société, prisonniers, mendiants, hommes de main.

Les hommes, telles des ombres errent et les chapitres sont comme des bars où ils échouent, des lieux de rencontres peut-être pas si imprévues que cela.

Sous des dehors débridés, oniriques, le texte est fort bien ficelé, le vocabulaire superbe. Dans « Le jeu de l’oie », l’auteur emploie le mot mythogramme et bien, le livre c’est ça, un jeu de l’oie, un mythogramme.

Je pensais lire d’abord les inventions qui m’attirent le plus. Que nenni ma bonne amie, il vaut mieux commencer par le début, car Monsieur Décembre parcourt ce livre et, de temps à autre, nous remet en mémoire un chapitre précédent.

L’inventivité, la créativité de Jean-Daniel Dupuy donne à ce livre, qui sans cela, ne serait qu’une succession de petites histoires, une grande originalité et beaucoup de force. Créative, poétique (l’éclusier de Barcarole), toujours originale, les phrases se font poésie, film, contes. Il emploie des mots un brin suranné. Les buveurs ne vident pas leurs verres, mais ils le désemplissent, fièvre scabieuse, éploiement…

Est-ce le fait de n’écrire que la nuit tout en assurant sa fonction de veilleur de nuit qui donne vie à la nuit, le côté onirique et décalé ? Pour lire ces histoires, laissez-vous allez, ne résistez pas, vous perdriez beaucoup. La postface de Benoit Virôt allume une autre lumière sur ce livre et donne une irrésistible envie de le relire ou de le redécouvrir. Je n’ai pas eu cette analyse profonde, je me suis laissé guider par les mots, les passants.

Les dessins de Georges Boulard sont superbes et me plongent dans l’univers de Jules Verne. Ils soulignent les chapitres à venir : hélice, pont, prison… Leurs constructions, complexes et aériennes, répondent à l’architecture des textes. Oui, vraiment, un OLNI. Les Editions Attila confirment leur politique de qualité, d’originalité. La mise en page originale participe au mystère du livre, dont la présentation des éditions Attila

Un livre qu’il ne faut pas avoir peur de découvrir car l’écriture est belle, inventive.

Livre lu dans le cadre de la voie des Indés organisée par Libly et les éditeurs indépendants.

 

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Diane Ducret - L'homme idéal existe. Il est Québécois

27 Septembre 2015, 09:18am

Publié par zazy

 

L’homme idéal existe. Il est Québécois

Diane Ducret

Editions Albin Michel

Octobre 2015

192 pages

ISBN : 9782226319388

 

4ème de couverture :

Bonne nouvelle : l’homme idéal existe !

Il ne parle pas : il jase. Il n’embrasse pas : il frenche.

Il ne se déshabille pas : il se criss à poèlle.

Vous l’aurez deviné : il est Québécois.

Diane Ducret rhabille le mythe du Prince Charmant.

L’homme idéal ? Satisfaite ou remboursée !

L’auteur (site de l’éditeur) :

Diane Ducret est écrivain et essayiste. Après son premier livre Femmes de dictateur (Perrin, 2011), best-seller traduit dans vingt langues, elle publiera Femmes de dictateur 2 (Perrin, 2012) et La chair interdite (Albin Michel, 2014). Avec L'homme idéal existe. Il est québécois, elle change de registre où elle ose tout et dit tout haut ce que les autres pensent tout bas, sans censure ni tabous.

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Vous pensez bien qu’avec un tel titre, je ne pouvais qu’être curieuse de découvrir ce prince charmant. Je  me suis amusée à lire en « mettant le ton ».

Après ses tribulations d’une célibataire cérébrale au pays de la séduction, notre héroïne s’emmourache du beau Gabriel, peintre, mais pas en bâtiment, avec un accent canadien très prononcé. Notre Apollon québécois ne manie pas très bien le madrigal. Pour lui, un chat est un chat, pas de circonvolutions oiseuses. C’est ce que l’héroïne va découvrir en passant 8 jours chez lui au Canada en plein hiver, sinon cela aurait moins de « charme ».

Cette lecture me fait penser à ces pièces de théâtre comique où tout est quiproquo. Ici, le vecteur de la drôlerie c’est le vocabulaire. Imaginez être reçue pas votre amoureux, après huit heures d’avion de s’écouter dire : « ça fesse dans le dash de te voir ici ! ». Le reste du livre est à l’avenant et la donzelle a des réflexions bien torchées, mais en voix off.

Les expressions québécoises sont un ravissement. Si l’on vous dit « t’excite pas le poil des jambes, ça va bien se passer », ce n’est pas qu’il a remarqué que vous ne vous étiez pas épilé, mais qu’il ne faut pas se presser le citron, que tout va bien !

Tous les deux m’on fait passer deux heures de lecture-détente avec rire en prime. L’écriture de Diane Ducret, vive, malicieuse, légère, a donné beaucoup de charme, de chaleur à ce livre. Un livre d’amour humoristique, cela manquait à mon panel !

Un livre drôle, bien écrit : de quoi passer deux bonnes heures de lecture le soir sous la couette, profitez-en !

« Femmes de dictateur » attend sur une étagère que je le choisisse pour un tête-à-tête de plusieurs soirs. Tu viens de marquer des points le sais-tu.

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Zakhar Prilepine - De gauche, jeune et méchant

22 Septembre 2015, 14:00pm

Publié par zazy

De gauche, jeune et méchant

Zakhar Prilepine

Editions de la Différence

Traductions : Marie-Hélène Corréard et Monique Slodzian

Septembre 2015

220 pages

ISBN : 9782729121839

4ème de couverture :

Avec Je viens de Russie, chroniques coup de poing publiées par La Différence en 2014, les Français ont pu découvrir les passions, les colères et les combats de Zakhar Prilepine, formidable écrivain qui, à moins de 40 ans, vient de recevoir la plus haute distinction de la littérature russe. Devenu un romancier de renommée mondiale, Prilepine tient à partager « le pain chaud » de ses soucis quotidiens avec ses lecteurs. De sa plume anti-glamour, chaleureuse et facétieuse à la fois, il continue à tenir ce journal exceptionnel qui nous fait entrer au cœur de la vie russe actuelle.Le dernier opus de ces chroniques, De gauche, jeune et méchant, dit bien que le ton monte dans la société russe et le monde. La guerre en Ukraine se profile et les pressentiments de Prilepine se confirment : l’oligarchie russe se range du côté du pouvoir de Kiev, orchestré par les oligarques ukrainiens. S’il ne cède pas un pouce de terrain dans son corps-à-corps avec les libéraux (ceux qui depuis les années 90 mettent le pays en pièces), il règle ses comptes en écrivain, avec un humour qui tue et nous ravit. Sans détour et sans la moindre arrogance, il nous confie ses craintes et ses antipathies. Aucune contradiction pour lui entre les sujets brûlants de l’actualité et la banalité du quotidien. Lisez ces courts récits chaleureux et électriques, écrits durant ces trois dernières années, et vous en apprendrez beaucoup sur le monde russe actuel, loin des stéréotypes.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1975, Zakhar Prilepine a combattu en Tchétchénie entre 1996 et 1999 avant de s’engager dans les forces spéciales et d’exercer plusieurs métiers. Membre du parti national-bolchevique depuis 1996, il est l’un des intellectuels protestataires les plus célèbres de Russie. Il s’est fait connaître du grand public en 2004 avec son roman Patologii, relatant sa guerre de Tchétchénie. San’kia, fiction sur le terrorisme, paru en 2006, lui a valu la célébrité.
Je viens de Russie rassemble des textes écrits entre 2003 et 2011.

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Zakhar Prilepine, vous me causez un sacré dilemme. Dans ce livre, quelle est votre part de mauvaise foi ? Vous voulez toujours avoir raison. Ce livre est écrit à l’aune de votre fierté d’être russe et je le comprends pleinement. Votre écriture est belle, elle m’a emballée. J’y ai senti de l’urgence, de la colère. Je ne vais pas vous le cacher, votre écriture peut être jubilatoirement verte : « Vous avez peut-être envie de me mordre. Mordez-vous les couilles chers opposants. Encore que je me demande où vous iriez les chercher. » J’ai, de temps à autre, fermé le livre parce que agacée par vos écrits, votre mauvaise foi. Une fois ma lecture terminée, j’ai laissé les choses se décanter, j’ai repensé à certains passages, à certains ressentis immédiats qui furent les miens.

Oui, la Russie est immense et, comme en Chine, la valeur de l’humain n’est pas la même que chez nous, ce qui est plus difficile à admettre dans nos pays européens. « L’homme russe –sous entendu impérial-, ce sont les espaces sauvages et les horizons inatteignables qui l’ont créé et éduqué ».

Vous pestez contre cette mondialisation qui a pour nom l’ultralibéralisme et je vous comprends. Comme vous, je pourfends cette unification mondiale au nom de la modernité, donc, du capitalisme et du libéralisme. « Le néolibéral mondial a violenté l’Afrique, l’Asie, la Russie et l’Amérique latine et, après ça, il vient parler de tolérance. Menterie et hypocrisie ». « Pourtant l’impression que laisse la lecture du livre (Une semaine en décembre de Sebastian Faulks), c’est que rien ne différencie ces gens de nous autres, pas un cheveu ! Les mêmes soucis, la même absurdité, la même fuite dans les échanges virtuels, la même peur –si ce n’est plus- de perdre son travail ». La période stalinienne n’est pas non plus votre tasse de thé russe. Vous voudriez une société qui ne laisse pas ses vieux sur le bord de la route à mendier pour manger,

Sans faire de bruit, je vais passer sur le garçon de café français pour parler d’un sujet qui vous fâche (encore un !), les maisons de retraite. Et oui, cher Monsieur, en ville les appartements sont plus petits, les enfants travaillent, sont devenus citadins, ont besoin de leur liberté… Oui, oui je sais « les maisons pour personnes âgées sont une réalisation bien connue des pays dits civilisés. Dans les sociétés traditionnelles, autrement dit, la société attardée, elles sont bien plus rares. Jusqu’à des temps récents, nous étions manifestement une société attardée. »

Un de nos chanteurs français, que j’aime beaucoup, Jean Ferrat a chanté cette désertification des campagnes. Cela remonte aux années 60 ! « Les jeunes veulent aller au bal, il n’y a rien de plus normal que de vouloir vivre sa vie ».

Vous rouspétez après la sédentarisation des jeunes, l’obésité qui les gagne, l’oisiveté, les jeux en ligne… Contre la baisse de la natalité, contre les femmes qui travaillent, contre l’avortement…

Dites, Monsieur Prilepine, seriez-vous contre le travail des femmes ? Il me semble me rappeler que, du temps de l’URSS, les femmes travaillaient déjà. Lors d’un voyage, tiens, juste au moment de l’explosion nucléaire de Tchernobyl, mon mari et moi avions sympathisé avec notre guide (qui ne s’appelait pas Nathalie !). Elle travaillait, était divorcée (mari ingénieur, mais violent et alcoolique) donc, ce n’est pas nouveau !

Seriez-vous contre l’avortement ? « En Russie, soit dit en passant, on procède à un million deux cent mille avortements par an. Il est clair qu’une partie d’entre eux répond à des considérations médicales, mais ce n’est pas la majorité, et de loin… Il n’existe donc pas d’autres méthodes de contraception ? C’est quoi cet avortarium que nous avons créé ici ? Et votre argument massue « Etes-vous convaincu que vous-mêmes étiez désirés ? Peut-être que vous non plus, il n’aurait pas fallu vous mettre au monde ? » Oui cher Zakhar, je ne fus pas une enfant désirée et je l’ai entendu souvent, trop souvent dans mon enfance pour que cela ne laisse pas de trace.

Vous reprochez à l’homme russe son manque de grandeur, d’ambition : « L’homme n’a plus très envie d’aller dans le cosmos. Même se reproduire ne figure pas vraiment à son programmer. » Vous regrettez son narcissisme : « l’homme russe est tenu d’être beau, pas d’avoir l’air d’une femme américaine. », de se ramollir, de trop manger, de trop penser à lui et pas assez à la collectivité, « Nos désirs pèsent aujourd’hui plus lourd que ne pesaient jadis des villages entiers avec tous leurs habitants. » Vous réglez vos comptes avec les media, surtout le contenu de la nouvelle télévision russe (vous savez, l’uniformatisation nous a permis de voir de « très beaux » programmes de téléréalité !). Un dirigeant de TF1, une chaîne populaire française disait « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ». Fallait le dire !!

Vous fustigez votre « classe créative », (dénomination qui recouvre les couches moyennes éduquées se réclamant du néolibéralisme dit la note de Monique Zoldian) nous avons nos bobos. Ce sont les mêmes ou peu s’en faut.

Ce que j’ai aimé plus particulièrement chez vous ? Le soin et l’amour que vous portez à votre famille « Chaque famille nombreuse se sent comme konioukhov au milieu de l’océan. Le bonheur dans les cœurs et tout autour, les éléments déchaînés ». Je suis d’accord avec vous lorsque vous écrivez : « Celui qui a eu une enfance véritablement heureuse… a été immunisé contre le malheur pour la vie entière. J’en suis convaincu. »

Oui, Zakhar Prilepine, je ne suis pas toujours d’accord avec vous, mais vous m’avez ouvert une fenêtre sur votre pays, la Russie. Je comprends que si vous râlez ainsi c’est de voir votre grand pays partir à vau-l’eau. Ce que j’ai aimé dans ce livre ? C’est que vous êtes un homme debout. Au fait, de gauche, oui « Etre de gauche est juste. Etre de gauche signifie être libre et audacieux. Talentueux, ouvert et sûr de soi » ; jeune, certainement puisque non résigné ; méchant, non, plutôt virulent, ironique, mordant, désireux de voir la Russie prendre une autre direction et s’occuper de son peuple.

Autant le livre de Sergueï Chargounov."Une autre idée de la Russie" fut comme un verre de bon bordeaux (j'adore) gouleyant qui laisse un très bel arrière-goût ; autant « De gauche, jeune et méchant » ressemble plus à un verre de gnole qui râpe, mais ne s’oublie pas.

Sur mes étagères m’attend « Le singe noir ». J’espère y prendre autant de plaisir.

Lire l'avis d'yves

Ce n’est pas seulement parce que le monde est étonnant et par endroits splendide que les voyages sont utiles.

Si tu as les yeux grands ouverts, ils t’aident à te défaire de beaucoup d’illusions

Que le libéralisme se soit installé dans quinze pays et pas dans cent cinquante est considéré comme un détail insignifiant.

Les employés de bureau ont besoin de manger du papier, le gouvernement de se nourrir de la conscience du pouvoir, les députés, de s’entredévorer.

Si le mot « tolérance » n’a jamais existé en Russie, cela ne signifie pas qu’il nous ait manqué.

L’homme russe peut se montrer impitoyable mais, au bout du compte, ce qui le sauve et le disculpe en partie, c’est qu’avant tout, il se fiche complètement de lui-même.

J’ai passé le tiers de ma vie dans les salles de sport : le genre poulet à rôtir avec des roustons qui contemple ses fesses dans la glace me donne la nausée !

Si nous surmontons cette dolence et remplaçons l’élite nouvellement apparue par celle qui a toujours été et qui a ici sa place, nous éviterons la violence.

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Isabelle Stibbe - Les maîtres du printemps

16 Septembre 2015, 20:51pm

Publié par zazy

 

Les maîtres du printemps

Isabelle Stibbe

Serge Safran Editeur

août 2015

192 pages

ISBN : 9791090175358

 

4ème de couverture :

Un métallurgiste charismatique. Un sculpteur au soir de sa vie. Un député aux dents longues. Trois hommes que tout sépare se retrouvent au cœur du combat pour sauver le dernier haut-fourneau d’Aublange, en Lorraine. Alors que l’élection présidentielle se rapproche, ravivant l’idéal d’un monde meilleur, les parcours s’entrecroisent, les espoirs grandissent. Face aux trahisons des politiques, aux plans de licenciements ou à la montée de l’extrême droite, la beauté n’est jamais loin. Notamment dans le spectacle grandiose de la fonte en fusion, la solidarité à l’œuvre ou une naissance à venir…

Inspiré par la fermeture des hauts-fourneaux de Florange, ce roman est l’histoire d’une lutte collective et héroïque pour préserver son humanité face à la logique implacable de la finance. Bataille perdue d’avance ?

Un texte magistral qui réjouira les lecteurs de Hugo, Zola, Vailland ou Aragon…

L’auteur :

Isabelle Stibbe, née à Paris en 1974, débute dans le droit international, puis devient responsable des publications à la Comédie Française et au Grand Palais.

Elle est actuellement secrétaire générale de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Bérénice 34-44, son premier roman, a été très remarqué et distingué par de nombreux prix littéraires dont le prix Simone Veil, le Prix littéraire des grandes écoles ou le Prix littéraire de l’ENS Cachan. Il a paru au Livre de Poche en novembre 2014.

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La vallée de la Fensch en Moselle n’est plus la vallée des anges, elle va devenir la vallée de la mort. La mort de la sidérurgie, l’arrêt des hauts-fourneaux pour une vile question d’argent. Il faut le savoir, à Florange, pardon Aublange dans le livre, il y a des commandes, il y a du travail, mais l’indien comme ils l’appellent en a décidé autrement.

« Cette journée qui aurait dû être radieuse sous le soleil aguicheur mais non, putain de journée de juin, se lever et entendre ça, se prendre ce coup de poing dans la gueule qui les laisse là, sonnés, au bord de l’asphyxie, avec ce sentiment de vide qui doivent connaître au réveil les soldats amputés ». Le ton est donné, ce sera brut du côté du syndicaliste. Il parle avec ses tripes, avec sa peur au ventre, son désir de continuer ce travail si dur, si rude, mais qu’il aime, le mot est presque faible « C’est extraordinaire, quand tu vois la fonte en fusion qui jaillit, ce feu qui se déverse avec une puissance incroyable et que tu assistes à ça, c’est tellement plus grand que toi que tu ne voudrais être ailleurs pour rien au mode, et là tu l’aimes ton usine, tu l’as dans la peau. Après tu as beau revoir ce spectacle cent mille fois, tu ne t’en lasses jamais »

Alors, ils se battent et Isabelle Stibbe nous raconte cette bataille.

Ce livre écrit à partir de faits réels est ancré dans la réalité politique de l’élection présidentielle, la victoire du parti socialiste et, surtout, les espoirs que cette élection, suite aux promesses faites, a induit.

Livre à 3 voix et 3 couleurs.

Max (gris), le sculpteur au vocabulaire plus littéraire, plus sensuel « J’applique mes paumes contre la surface cimentée, comme un pianiste plaquerait un accord final. Je plonge dans le gris, m’en imbibe, deviens gris moi-même, m’étonne que ce soit si simple ». Son cœur est à gauche, mais, venant d’un milieu privilégié, il ignore le monde ouvrier, non pas par mépris, mais simplement parce que cela ne fait pas partie de son environnement. Il découvre Pierre « … quand un homme d’une cinquantaine d’années a accroché mon attention…. Ce type se bat pour sa peau. » et décide de créer sur le site d’Aublange sa sculpture gigantesque

Avec Pierre, le syndicaliste (rouge), c’est du brut, ça cogne mais ça pleure aussi. Ce fils d’immigré espagnol, syndicaliste dans l’âme, est l’incarnation de l’ouvrier selon Saint Media. « Ils viennent tous là pour nous interviewer, nous filmer, nous photographier, mais ils ne regardent pas l’usine comme nous. » Il se bat, avec ses camarades et les autres, pour sauver leur outil de travail, pour sauver leur vie, leur peau.

Daniel (blanc), ministre est souvent dans l’introspection, dans le doute. Fils d’ouvriers, il a tout fait pour oublier ses origines mais ressent dans ses fibres la fermeture des aciéries. Il est chargé de trouver une solution au problème d’Aublange.

Isabelle Stibbe nous raconte cette bataille. Son tour de force ? Changer de ton, de vocabulaire, de style pour chacun des trois intervenants, d’y avoir mis de la tripe, de l’humanité, de la poésie, de la beauté, de la vraisemblance.

J’ai vu vivre ces 3 personnages si différents qui, chacun à sa façon, lutte t pour ne pas que « l’Indien de mes couilles » ferme les hauts-fourneaux. Max, Pierre, Daniel nous livrent leurs états d’âme, leurs combats, le cheminement, la maturation de leurs pensées.

Un sacré bouquin, une belle écriture. Isabelle Stibbe se fait peintre, poète lorsqu’elle décrit le fer en fusion, se fait journaliste, polémiste, conteuse.

Une lecture passionnante où j’ai ressenti l’urgence, le temps de la lutte, de l’espoir. Le temps de l’analyse viendra plus tard.

« Tout à coup le silence. La boucheuse a injecté la masse d’argile réfractaire dans le trou de coulée. Un couvercle sur leur tombe. Cette fois, c’est vraiment la dernière coulée. »

Isabelle Stibbe  écrit en exergue de son livre une très belle phrase pleine d’espoir de Pablo Neruda : « Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs mais ils je seront jamais les maîtres du printemps ».

J’aime le toucher de la couverture de ce livre tout de douceur dans sa couleur orange. Oui, comme le dit la 4ème de couverture, ce livre a du Zola, du Victor Hugo dans les veines. Quelles descriptions, quelles envolées ! C’est beau car vivant.

Vous l’avez compris c'est un coup de coeur.

Déjà lu chez cet éditeur Aÿmati de Béatrice Castaner

C’est dégueulasse de vieillir.

Notre vieille Europe a perdu le sens du sacré en même temps que l’esprit de sacrifice. Cependant, au milieu du fracas du monde, de ses désordres, il y aurait donc une place pour le courage. L’engagement de ces types m’a ébranlé.

Sur le plancher de coulée, c’est encore plus beau qu’à la coulée continue. Tu as l’impression d’arriver sur une autre planète, rien qu’avec les fondeurs et leurs combinaisons spéciales gris métallisé pour éviter les éclaboussures de la fonte en fusion, t’as jamais vu ça ni rien qui y ressemble. Le bruit, les poussières d’acier, le feu, le danger, là c’était grand, c’était à ma hauteur.

Ce qui m’a fasciné c’est à quel point le feu semblait savoir où il allait, … j’en aurais chialé.

Ce que voit le sculpteur : non pas des trucs, des bidules, un grand fatras, mais une cité de fer, quelque chose qui ressemblerait aux fabuleuses cités incas.

Ils préfèrent croire que demain ils ne seront pas l’arbre face à la cognée, mais l’arbre qui reverdit.
Ils préfèrent croire qu’ils ne connaîtront pas le parjure, mais le respect de la parole donnée.
Ils préfèrent croire à la bonne nouvelle, celle qu’ils veulent entendre, et ils baptiseront ce jour Thanksgiving Day, jour d’actions de grâce, dû à leur seul courage, à leur détermination collective.
Encore une nuit à attendre, quelques heures, ce n’est rien.

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Carole-Anne Eschenazi - Extrasystoles

13 Septembre 2015, 21:54pm

Publié par zazy

Extrasystoles

Carole-Anne Eschenazi

Edition Cent Mille Milliards

juillet 2015

184 pages

ISBN : 9791091601269

 

4ème de couverture :

« J’ai pris le rouleau à pâtisserie qui traînait pas loin, et j’ai frappé. A coups redoublés. Frappé comme un bœuf. Bam, bam, bam, bam, BAM. Et il s’est effondré. Mort. Mes yeux en sont restés un instant aussi vitreux que les siens, toute surprise que j’étais par ce que j’avais fait. C’était pas prémédité, ni rien. C’est juste venu, brutalement, comme une envie de vomir. L’atrocité de mon geste m’est alors apparue en pleine lumière, celle des néons de la cuisine. Qu’est-ce que j’allais faire maintenant ? Qu’allais-je faire du corps ? J’ai eu un moment de flottement. J’ai été me servir un verre d’alcool de prune. J’en ai bu plusieurs rasades.
Après ça allait mieux, j’ai commencé à y voir plus clair. »

L’auteur :

Carole-Anne Eschenazi est une artiste pluridisciplinaire dont la plume s’exprime sous de multiples formes : scenarii, poésie, contes, nouvelles, romans… Déjà auteur de « Ma balance et moi »

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Extrasystole, contraction anormale du cœur, m’apprend le dictionnaire. Le cœur va souffrir et nous avec ? Dès la première nouvelle, le ton est donné. Amour, solitude, névrose, haine, cynisme, désespoir, laideur, égoïsme… La mort rôde autour de certains, la vie renait pour d’autres. Carole-Anne Eschenazi ne cherche pas à nous rendre sympathiques ses personnages, mais elle sait les rendre vivants (tant qu’ils ne sont pas morts aurait dit Lapalisse). Elle adapte son écriture à chaque nouvelle, à chaque « héros ».

Il y a du cru, du direct « Anthony est partageur. Quand il baise une nana, il aime bien la refiler ensuite à son meilleur pote. Ou, encore plus scabreux, à son propre père ».

Du romantique : « Je ne pense qu’à vous. Tout le temps, la nuit, la journée, en cours, chez moi, dans la rue. Je vous vois tout le temps en train de jouer du piano. Ça me monte dans la tête, j’ai l’impression d’étouffer. Vous êtes la seule à qui pense. Et puis… enfin… voilà, je vous aime. »

Du mélancolique : « En soi, Jeff n’est pas spécialement pour la clope, ou pour la biture, mais c’est vrai qu’il est un peu nostalgique de ces soirées où le monde pouvait être refait, arrondi, adouci, dans les volutes des gitanes et la chaude couleur du whisky. Cela avait un côté feu de camp originel, quelque chose d’un peu archaïque et de fondamentalement viril. »

De la Madeleine sans Proust, de la tambouille à la sauce gribiche, de la cuisine à 0% saignante. Il arrive même que ce soit mathématique ou pathétique. Par bonheur, il y a une violette qui a une madeleine. Chaque nouvelle a sa propre dynamique, la fin est inattendue, bonne ou mauvaise, violente ou tendre. J’ai aimé voir le personnage d’une nouvelle venir faire le lien avec une autre histoire, cela donne encore plus de corps.

Les personnages sont à vifs, cabossés, coupés dans leur élan (au propre pour certains et au figuré). Aucun ne sort indemne de la plume de Carole-Anne Eschenazi qui mitonne ses nouvelles aux petits oignons

Quand je vous dis ; les « petites » maisons d’éditions ont tout d’une grande. Je vous en apporte encore la preuve avec ce livre. En regardant la couverture, très élégante et minimaliste comme je les aime, j’ai appris une chose, Cent Mille milliards est égal à 1014

Une bonne surprise.

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Grégoire Courtois - Révolution

10 Septembre 2015, 13:59pm

Publié par zazy

 

Révolution

Grégoire Courtois

Editions le Quartanier

Série QR

août 2011

174 pages

ISBN 9782923400822

 

4ème de couverture :

Je ne vais pas mentir. En écrivant cette épopée loufoque, j’avais décidé de me moquer. Je voulais rire en posant un regard sarcastique sur ce groupe d’individus que nous connaissons tous, cette jeune bourgeoisie contemporaine, branchée et bavarde, qui ne trouve pas incongru de dénoncer l’oppression capitaliste tout en courant les boutiques, à la recherche du dernier vêtement à la mode. Or, tout en faisant agir et parler ces révolutionnaires du dimanche, l’énergique Jean-Christian et ses acolytes, je me suis aperçu qu’il m’était impossible d’en faire de parfaits idiots. Avec appréhension, je prenais même conscience que les questions qu’ils se posaient, et les actions qu’ils entreprenaient, censément stupides, écrites pour l’être, rejoignaient étrangement mes propres interrogations. Je réalisais avec horreur que le vrai réactionnaire, c’était moi, l’auteur, balayant d’une bonne blague la colère de mes personnages. Alors je me suis mis à les aimer, mes révolutionnaires. Parce que, malgré leur mode de vie, eux s’élevaient. Ils refusaient l’inertie et se lançaient tête baissée, avec ridicule mais une profonde sincérité, dans la grande aventure insurrectionnelle. Parce qu’au fond, je me disais, si eux ne le font pas, qui le fera? Moi? Vous? — G. C.

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Un seul mot : J U B I L A T O I R E !

Un groupuscule BCBG a décidé de faire la Révolution. Oui, vous m’avez bien lue, non pas leur révolution, mais LA révolution. Pour mettre tout en place, rien de tel qu’une petite réunion entre amis dans l’appartement de Jean-Christian… Mais faut pas déc., on y boit du bordeaux 1er cru et on est sapé marques, voire couture. Oui, ils voulaient ourdir un complot visant à un changement radical de la société, ils ont bien aidé au Restos du Cœur. Le lendemain, le réveil fut des plus chaotiques dans un amas de bouteilles vides, vêtements, corps nus ou vêtus, le tout badigeonné de leurs abus. Les ci-devants BCBG ne se souviennent de rien, nada… Mais ils suivront tous un chemin, suite à un petit texte laissé sur un coin de nappe en papier retrouvé sous les reliefs festifs. Faut dire qu’ils ont retrouvé le tube de GHB appartenant à Françoise vide « Son psy lui a conseillé d’en gober avant les soirées, car ça lui permettrait d’aiguiser son appétit sexuel, et même si elle ne se souvenait de rien, son inconscient s’en souviendrait, lui » Ah bon, ça fonctionne ainsi un psy de bobos !

En commençant le livre, je n’ai pu m’empêcher de rire, de me gausser de ces bobos juvéniles comme l’on parle d’un héron juvénile, pas encore tout-à-fait apte à la reproduction. Pourtant, eux sont aptes à se reproduire, mais leur inconscience de fils et filles à papa est crasse.

Les mots que Grégoire Courtois leur prête sont extraordinaires, de vrais leitmotivs pour défilés militants !!

J’ai lu ce livre sur la plage et à chaque rire, je devais lire l’extrait à mes amis… J’ai lu beaucoup d’extraits !

Grégoire Courtois, de son écriture brillante, drôle, incisive, ironique, nous fait presque aimer ces « révolutionnaires ». J’ai compris pourquoi en lisant la 4ème de couverture. Ils y croyaient, étaient assez sincères pour aller loin. "D’ailleurs nous avons cet avantage sur le prolétariat que nous ne sommes pas aliénés par le travail et pouvons donc consacrer tout notre temps à la révolution". Cher voisin bourguignon, vous décrivez fort bien nos travers par le prisme de la dérision et cela me plait beaucoup.

Suréquipées, ma première lecture de cet auteur, fut une joyeuse et superbe découverte. Révolution, qui est antérieur, est, je vous le répète, jubilatoire.

Merci Catherine de me l’avoir prêté. Je vais l’acheter pour l’avoir sur mes étagères, faut pas déc. !

Une heure plus tard, à la terrasse du Kelmann, pas loin du métro Hôtel de Ville, le cœur était à la révolte, les idées à la rébellion et les diabolos à la fraise.

- Nous n’aurions pas dû nous bourrer la gueule, murmura Jean-Christian, comme pour lui-même. Même Lénine avait fin par virer sa maîtresse car cette occupation l’écartait de la révolution. Et il n’écoutait plus Beethoven…
- Beethoven était antirévolutionnaire ? demanda Géraldine
- Tout ce qui n’est pas la révolution écarte de la révolution, confirma Jean-Christian. D’ailleurs, je vais changer ma sonnerie de portable.

- C’est la lutte des classes, plaisanta Bernard. La classe économique contre la première classe ! Vous êtes marrants, vous, les jeunes.
- Et pourquoi, demanda Alexis. Vous étiez où en mai 68, vous, monsieur, si je puis me permettre ?
- Je faisais la lutte des classes aussi, répondit-il. Comme on n’avait pas école, on a organisé un grand tournoi de foot avec toutes les classes du collète. On a perdu en finale. C’était la lutte finale !

D’ailleurs nous avons cet avantage sur le prolétariat que nous ne sommes pas aliénés par le travail et pouvons donc consacrer tout notre temps à la révolution.

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Sergueï Chargounov - Livre sans photographies

8 Septembre 2015, 16:27pm

Publié par zazy

 

Livre sans photographies

Sergueï Chargounov

Editions de la Différence

Collection : Littérature étrangère

Traduit du russe par Julia Chardavoine

Illustré par Vadim Korniloff

septembre 2015

304 pages

ISBN : 978-2-7291-2184-6 304

 

4ème de couverture :

Une imprimerie clandestine en URSS. Les restes de la famille du tsar cachés dans un appartement. Des popes qui acceptent de collaborer avec le Parti. La folie destructrice de la fin de l’époque communiste. La manifestation tragique de l’automne 93 à Moscou. L’ivresse en Ossétie du Sud le jour de la victoire contre la Géorgie. La révolution kirghize…Au gré de ses souvenirs et sur le ton de la confidence, Sergueï Chargounov évoque l’histoire récente et mouvementée de la Russie et des anciennes républiques de l’Union soviétique sans jamais citer de noms ni porter d’accusation. Né en 1980, ce fils de pope, devenu écrivain et journaliste, s’est lancé en politique il y a une dizaine d'années à la tête d’un mouvement de jeunes révoltés. Brisé par les répressions du gouvernement de Poutine alors qu’il briguait, à 27 ans, un poste de député, c’est sur les routes de son pays, du Caucase et d’Asie centrale, qu’il est parti en quête du sens de sa vie, inextricablement liée au sort de sa patrie… Sergueï Chargounov dépeint, dans une prose fluide et imagée, une Russie méconnue de l’Occident et fait entendre la voix de son peuple, oublié dans des provinces reculées, abîmé par les dérives capitalistes et nostalgique à sa manière de l’époque soviétique.

L'auteur :

Nominé au National Bestseller Prize et au Big Book Award en Angleterre, ce récit puissant est le premier ouvrage de l’auteur traduit en français.

Actualités

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Sergueï Chargounov m’a ouvert son album de souvenirs et je m’y suis plongée avec délectation. Chaque chapitre est un flash, une parcelle de sa vie.

Ce qui m’a le plus marqué chez ce fils de pope anti-communiste c’est que je n’y ai trouvé aucune révolte, même lorsque Poutine brise sa carrière politique. L’écriture reste toujours fluide, agréable lire, celle d’un conteur.

Sergueï enfant n’est jamais entré chez « les enfants d’octobre » « Je suis resté en mauvais termes avec l’Union Soviétique pendant toute mon enfance. J’ai été le premier dans toute l’histoire de mon école à ne pas entrer chez les enfants d’Octobre. Je n’ai jamais été pionner non plus. » Ce qui rend encore plus irrationnelle sa nostalgie de « la patrie de son enfance ». Est-ce par nostalgie de son enfance ? Toute son enfance baigne dans cette dualité. Attiré par tout ce qui était soviétique, il adorait la clandestinité des antisoviétiques qui passaient chez lui, la littérature passée sous le manteau…

Jeune adulte, il créé son mouvement politique au « nom de la liberté et d’une vie meilleure » « Hourra ! », son oncle lui a dit de l’appeler ainsi, comme le titre d’un de ses livres. Il connait son heure de gloire, puis est descendu par ce cher Poutine qui prend ombrage de sa popularité et de ses idées.

A vouloir trop jouer franc-jeu, on se fait descendre. La chute est rude, il perd beaucoup de ses « amis ». « On m’avait détruit. On ne m’acceptait nulle part comme journaliste. Mes amis d’hier en politique m’évitaient comme un lépreux. Mes amis d’hier en littérature se réjouissaient de mon malheur. Seuls mes parents n’avaient pas changé. »

En créant son mouvement, Sergueï voulait faire non pas faire une révolution, mais faire évoluer son pays vers plus de justice, vers un meilleur développement.

Persona non grata à la télévision sur les ondes de radio, il obtient un petit reportage sur la Tchétchénie ; ironie du sort, la carte-mémoire lui est confisquée et donc plus de reportage.

Parcourant le pays, il découvre une autre vie beaucoup plus rustre, plus rude, plus dure. Je n’ai pu empêcher un haut-le-cœur en lisant ce qui suit « Le petit s’est approché son père l’a entouré de son énorme bras, a écrasé sa tête duveteuse contre son genou puissant et enfoncé la bouteille dans la petite bouche. » Il s’agissait de vodka et le gamin avait 2 ans !

De son voyage en province, il ramène un sentiment de démission, de nostalgie de l’URSS d’avant où les gens n’étaient pas abandonnés. L’impression, qu’actuellement, les russes éloignés de la capitale ne peuvent compter que sur eux-mêmes, se sentent et semblent être totalement abandonnés par le pouvoir. C’est quelque chose que j’avais ressenti en lisant Assan de Vladimir Makanine ou Un homme de peu d’Elisabeth Alexandrova-Zorina.

Sergueï Chargounov ne polémique pas, il raconte la Russie d’aujourd’hui. Je le sens imprégné de et par son pays. Son écriture est imagée, fluide, forte, sans apprêt ni concession. A l’inverse, les dessins de Vadim Korniloff, me paraissent saccadées montrent le chaos et me mettent mal à l’aise. Toutes ces mains qui enserrent, cachent, se prennent la tête, ces yeux fixes, ces regards sans vie expriment ce qui se cache derrière les phrases.

J’ai aimé cette lecture d’une Russie que l’on entr’aperçoit dans quelques reportages. L’impression d’un bateau à la dérive, d’un bateau ivre où la politique capitaliste menée par d’anciens oligarques fait beaucoup de victimes parmi les petites gens.

 

Un livre sans photographies mais très imagé. Un livre à lire. Une maison d'éditions qui nous ouvre les portes de la bonne littérature russe contemporaine. Déjà lu, en grandement apprécié, Les enragés de la jeune littérature russe de Monique Slodzian

C’était au nom « de la liberté et d’une vie meilleure » que je m’insurgeais. Les insurrections m’ont toujours fait penser à des bourrasques. A du vent. Parce que le vent est toujours plus puissant quand on court

Ce n’est pas parce qu’en passant, le temps nous prend en photo qu’on doit rester immobile. Au contraire, plus on court avec fougue, plus on est arrosés de flashs.

J’ai soufflé sur les traces de neige qui recouvraient le métal et j’ai regardé mon reflet trouble : la tâche du visage, les cheveux éboufiffés. C’était comme si je m’imprimais sur cette feuille en acier. La photographie de la solitude. Le visage et la pelle. Je creuserai la neige avec mon propre visage. Et le jour où je ne travaillerai plus ici, le nouveau balayeur enfoncera lui aussi la pelle dans la neige avec mon visage.

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Edward Kelsey Moore - Les suprêmes

4 Septembre 2015, 13:45pm

Publié par zazy

 

Les suprêmes

Edward Kelsey Moore

Traduction Cloé Tralci

Editions Actes Sud

Avril 2014

320 pages

ISBN 978-2-330-01992-1

 

4ème de couverture :

Elles se sont rencontrées à la fin des années 1960 et ne se sont plus quittées depuis : tout le monde les appelle “les Suprêmes”, en référence au célèbre groupe de chanteuses des seventies. Complices dans le bonheur comme dans l’adversité, ces trois irrésistibles quinquas afro-américaines aussi puissantes que fragiles ont, depuis leur adolescence, fait de l’un des restaurants de leur petite ville de l’Indiana longtemps marquée par la ségrégation leur quartier général où, tous les dimanches, entre commérages et confidences, rire et larmes, elles se gavent de nourritures diététiquement incorrectes tout en élaborant leurs stratégies de survie.

Née dans un sycomore, l’intrépide Odette, qui mène son monde à la baguette, converse secrètement avec les fantômes et soigne son cancer à la marijuana sur les conseils avisés de sa défunte mère, tandis que la sage Clarice endure les frasques de son très volage époux pour gagner sa part de ciel. Toutes deux ont pris sous leur aile Barbara Jean, éternelle bombe sexuelle que l’existence n’a cessé de meurtrir. D’épreuves en épreuves, l’indissoluble trio a subsisté contre vents et marées dans une Amérique successivement modelée par les ravages de la ségrégation raciale, l’insouciance des années hippies, la difficile mise en route de “l’ascenseur social”, l’embourgeoisement, sous la houlette des promoteurs immobiliers, des quartiers naguère réservés aux Noirs et les nouveaux catéchismes de la modernité mondialisée.

Invitation à une lecture aussi décalée que féconde de la problématique raciale aux États-Unis, ce formidable et attachant roman de l’amitié et de la résilience emmené par d’époustouflants personnages et porté par l’écriture imagée et subversive d’Edward Kelsey Moore, s’affirme avant tout comme une exemplaire défense et illustration de l’humanisme conçu comme la plus réjouissante des insurrections.

L'auteur :

Violoncelliste professionnel à Chicago, Edward Kelsey Moore signe ici son premier roman et travaille à une suite.

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Baby love, my baby love… Qu’est-ce que j’ai pu l’écouter ! J’adorais les Suprêmes avec Diana Ross.

Par l’entremise d’Odette, Barbara Jean et Clarice, j’ai fait un très bon voyage dans l’Indiana profond et ce sur tout une vie, la leur. La ségrégation, le premier bébé né dans une clinique pour femmes blanches, l’évolution sociale des noirs…

Ce livre que beaucoup on lu m’a enchantée. Une telle amitié qui perdure malgré les aléas de la vie c’est superbe, rare et précieux.

Ces trois quinquas, non botoxées et si naturellement belles m’ont ravie. J’ai souri, pleuré, eu envie de mordre, bref j’ai vécu, à travers Odette, Barbara Jean et Clarice, une belle lecture.

Odette, si vous rencontrez de nouveau Leonor Roosevelt, trinquez à ma santé. Clarice, enfin, j’ai cru que vous alliez endurer les frasques de votre cher époux jusqu’à la fin du livre. Vivez ! Barbara Jean, la vie peut commencer à 50 ans, allez-y.

Merci Mesdames. Merci Edward Kelsey Moore pour ce superbe livre. Il me semble avoir relevé quelques phrases un peu lourdes (traduction ?), mais rien de grave, cela n’a pas terni mon plaisir de lectrice.

Ce premier roman est vraiment abouti, pas de chichis. Les mots d’Edward Kelsey Moore les fait tourbillonner, vivre, rire, pleurer, se battre avec la vie ou la mort avec une énergie bouillonnante.

Dire que je craignais de tomber sur un livre « pour filles » et que j’en retardais la lecture, alors que je suis tombée sur un livre vivant et une tranche de vie quotidienne américaine.

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Marie Darrieussecq - Il faut beaucoup aimer les hommes

2 Septembre 2015, 14:29pm

Publié par zazy

Je pensais avoir publié cette chronique écrite en décembre 2014

 

 

Il faut beaucoup aimer les hommes

Marie Darrieussecq

Editions P.O.L.

septembre 2013

320 pages

ISBN : 978-2-8180-1924-5

 

4ème de couverture :

Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. L’homme est noir, la femme est blanche. Et alors ?

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Le coup de foudre a encore fait une victime !

Soirée mondaine, milieu du cinéma, Hollywood ou Doowylloh, comme vous voulez. L’évidence est là, c’est LUI, « charismatique, énigmatique », les ondes électriques ne mentent pas. Attirance, évidence…

Commence alors pour Solange, star frenchie d’Hollywood -qui a laissé son fils à Clèves à la charge de ses parents, surtout de son père- le temps de l’attente car c’est lui qui donne le tempo. Lui au nom imprononçable pour un acteur, même de second rôle. Mais, il veut marquer son territoire, son caractère. Il s’appelle Kouhouessou. De vraies belles nuits d’amour et, entre temps, l’attente. L’attente qui ronge, l’attente qui déstabilise. « Attendre est une maladie. Une maladie mentale souvent féminine » lui dit son amie Rose et c’est vrai qu’elle est vraiment malade !

Cet homme n’est pas libre. Il n’y a pas une autre femme dans sa vie –on lutte plus facilement contre une rivale en chair et en os- non, il a une idée fixe ; réaliser un film d’après le livre de Conrad « Au cœur des ténèbres » mais, en décors naturels en Afrique. Pour Kouhouessou, il est grand temps que l’Afrique raconte sa propre histoire et c’est ce qu’il va finir par faire.

Cette grande idée lui prend tout son temps, toute son énergie et il ne vient la voir que pour se ressourcer, boire à la source claire de son amour. Pour ne pas sombrer, Solange veut absolument faire partie de la grande idée, s’en empare. Elle voudrait tant qu’il la voit, qu’il l’emporte plus que l’accompagne, avec lui en Afrique. Pour elle, faire partie de la distribution c’est faire partie de LUI. Elle veut être la promise du film, s’incrustera pendant le tournage. Elle s’intéresse à lui, à son univers, lira les livres d'Aimé Césaire, apprendra l’Afrique ou, plutôt, les Afriques. Elle veut faire partie de sa vie, jusqu’a aimer les traces incrustées sur son visage des nattes de Kouhouessou. Oui, elle l’a dans la peau.

Solange, à travers son amant, apprend la couleur de la peau, les regards des gens sur le couple qu’il forme, « ils étaient politiques ». Elle découvrira encore plus lors du tournage

Solange retrouve l’attente lors du tournage au cœur de la forêt africaine. Des pièces dépourvues de tout confort, même le minimum. Là Marie Darrieussecq a mis la surmultipliée. Un vrai film dans le livre. On sent la vitalité qu’elle y a apportée. La scène de la pluie en bouteilles, miam, miam. On sent la fatigue, la lassitude lors de la traversée de la forêt en 4x4 sous la pluie et dans la boue puis à pied pour arriver à la grotte du tournage, la partie où elle doit jouer.

Bien sûr,  on suppute la fin de l’histoire, mais ce n’est pas là l’importance. Ce roman est jubilatoire et fort bien documenté. L’écriture riche de Marie Darrieussecq emplit les pages du livre, sans laisser le moindre espace vierge. C’est un bouquin jouissif, la passion vibre à chaque ligne. Nous passons de la passion amoureuse à la passion créatrice, de la genèse d’un film à la fin d’un amour en passant par des approches politiques du racisme et de la mixité.

Un coup de cœur

Et pour elle la grande idée était comme une autre femme, et elle ne voulait pas qu’il la suive.

Attendre est une maladie. Une maladie mentale souvent féminine

Elle posa ses lèvres sur les siennes. C’était comme embrasser un bouquet de pivoines. Charnues, pulpeuses et perlées de fraîcheur. Des pivoines gorgées d’une liqueur forte, des fleurs mâles et douces, intoxicantes.

L’Afrique est une fiction d’ethnologue. Il y a des Afriques. Idem pour la couleur noire : une invention. Les Africains ne sont pas noirs, ils sont bantous et bakas, nilotes et mandingues, khoïkhoïs et swahilis.

Ce que tu réclames, c'est un certificat. Un certificat de non-racisme. Aussi bien tu ne couches avec moi que pour l'obtenir.

Quand un Blanc et une Noire - un Noir et une Blanche - se rapprochent un peu trop, il y a comme un signal d'alarme, le public se raidit, les producteurs ont dit stop, les scénaristes ont déjà réglé la question, l'acteur noir sait qu'il ne séduira pas l'actrice blanche : sinon on est dans un autre film, un tableau de mœurs, une affaire, un problème.

C’était comme se respirer soi-même, cet air humide, organique. La limite entre soi et le monde s’estompait, les poumons s’ouvraient à même la poitrine, la peau fondait.

Aujourd'hui encore elle frotte ce souvenir contre sa mémoire et il en sort du chaud, du rouge. Des fulgurances de joie. Elle se revoit, elle se re-sent, entrer dans l'attente comme dans une mer effervescente. L'attendre merveilleusement

Je ne t'ai guère oubliée. Pendant trois ans, après le tournage, je n'ai trouvé aucune femme qui te vaille. Oui, pendant TROIS ans, aucune femme ne m'a plu comme toi". Et à son ton factuel, admiratif, gentil, elle sait que c'était la plus belle déclaration d'amour qu’il ne lui fera jamais.

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